"De pierre et d'os" de Jean-Paul Krassinky

 

De pierre et d’os
Auteur : Jean-Paul Krassinsky (textes et aquarelles)
Éditions : Dupuis / Collection : Aire Libre (11 Avril 2025)
ISBN : 979-1034767069
212 pages

Quatrième de couverture

Lors d'une nuit de tempête, Uqsuralik, une jeune Inuk, est séparée des siens. Isolée sur une banquise hostile, elle tente de survive en compagnie de ses chiens.
Elle est heureusement recueillie par une famille et intègre leur campement d'hiver. Si ses talents de chasseuse lui permettent d'être rapidement valorisée au sein du groupe, les agissements du patriarche la contraignent à s'éloigner et fuir cet homme dangereux. Elle retrouve alors la famille de son oncle. Entourée de bienveillance, elle va essayer de soigner son corps et son âme des traumatismes de son passé.

Mon avis

Adapté du roman éponyme de Bérengère Cournut (que je n’ai pas lu, paru en 2019), ce roman graphique est splendide. Les illustrations sont des aquarelles représentant des inuits et leur environnement : la banquise, une nature régulièrement hostile où il faut trouver de quoi s’abriter, se nourrir …

L’auteur a travaillé pendant quatre ans dont trois uniquement sur les dessins pour réaliser cet album. Ne pas surcharger les phylactères mais respecter l’essentiel du texte n’a pas dû être facile. Pourtant on ressent bien toutes les étapes de la vie et toutes les émotions d’Uqsuralik, une jeune Inuk, qui a été séparée de sa famille par un incident météorologique.

Les paysages et les éléments naturels tiennent une grande place mais le surnaturel également. Certaines doubles pages sont consacrées à des chants et j’ai beaucoup aimé celui du vent et de l’orage.

Les vignettes ne sont pas régulières, elles s’étirent et s’étalent plus ou moins selon l’importance de ce qu’elles transmettent : la violence, la douceur ou la « communion » du moment.

Les inuits ont tendance à tous s’habiller de façon identique mais on repère les personnages avec quelques traits caractéristiques même quand ils vieillissent. J’ai lu que Krassinsky a choisi de mettre des gros sourcils à Uqsuralik pour qu’on la reconnaisse à tous les âges (on la suit sur plusieurs années).

Ce n’est pas une histoire facile, les conditions de vie sont terribles et Uqsuralik, au gré de ses pérégrinations, n’est pas forcément accueillie avec mansuétude (elle est vue comme une bouche de plus à nourrir). Les relations humaines sont rustiques le plus souvent mais j’ai beaucoup aimé la complicité établie avec la vieille femme, Sauniq.

Cette lecture bouleverse parce que, souvent, quand on imagine la vie des inuits, on ne voit que les aspects positifs, sans penser à la rudesse des journées et des rapports humains. Pour la beauté des « tableaux » et l’émotion qui s’en dégage, c’est une magnifique découverte.



Le convoi de l’eau de Akira Yoshimura (水の葬列)

 

Le convoi de l’eau (水の葬列)
Auteur : Akira Yoshimura
Traduit du japonais par Yutaka Makino
Éditions : Actes Sud (19 Janvier 2009)
ISBN : 978-2-330-02812-1
180 pages

Quatrième de couverture

Un homme étrange s'est engagé au sein d'une équipe chargée de construire un barrage en haute montagne. Perdu dans la brume, tout au fond d'une vallée mal connue et difficilement accessible, se révèlent les contours d'un hameau. Les travaux ne sont pas remis en question par cette découverte : le village sera englouti sous les eaux.
Au cours du terrible chantier, alors que la dynamite éventre la montagne et ébranle les maisons, le destin du narrateur entre en résonance avec celui de la petite communauté condamnée à l'exil. A la veille du départ qui leur est imposé, il observe les premières silhouettes alignées sur le sentier escarpé. Elles sont innombrables et portent sur leur dos un singulier fardeau.
Des images de toute beauté, inoubliables.

Mon avis

Un tout petit livre, dans ce format si agréable de chez Actes Sud et à la couverture superbe : une photographie qui ressemble à un tableau …

D’entrée, j’ai été surprise par le « nous ». Le narrateur s’efface derrière ce pronom et utilise peu le « je ». Il dit d’ailleurs qu’il est venu sur ce chantier du barrage pour « guérir » après une période d’incarcération. « Le hameau qui avait bien voulu soigner ma blessure était en train de disparaître de cette vallée »

Petit à petit, au long du livre, il se «détachera » du groupe, se remettra à exister par lui-même et emploiera à nouveau le « je » jusqu’à l’utiliser couramment
On retrouve bien là, l’attitude des détenus, qui ont des difficultés à garder une identité propre car le rythme est imposé au groupe, par le groupe.

Le chantier d’un barrage n’est pas un chantier ordinaire, c’est un endroit à hauts risques où « La mort est une réalité prise en compte dès le début. »
On y vit tous ensemble, loin de sa famille, loin de la ville.

À côté du chantier un village, l’observation réciproque est finement écrite ainsi que les relations entre les deux entités.

L’eau, le vert, les os, la mort sont très présents mais jamais d’une façon lourde.

L’écriture est très asiatique, légère, poétique. Je la comparerai à une dentelle créée petit à petit, à points comptés sans se presser.

L’eau monte, inexorablement, mais pas l’angoisse … Comme souvent dans les contrées asiatiques, les hommes acceptent la vie, la mort avec « philosophie » continuant leur route …

Notre narrateur s’est réconcilié avec lui-même mais il ne nous laissera jamais entrevoir que ce qu’il a décidé de partager. Le reste, même son nom, nous ne le saurons pas et je l’imagine en train de continuer sa route, se retournant vers moi, un sourire (à peine esquissé) énigmatique aux lèvres …

 


"La jeune fille et la mer" de David Vann (The Sea Maiden)

 

La jeune fille et la mer (The Sea Maiden)
Auteur : David Vann
Traduit de l’américain par Laura Derajinski
Éditions : Gallmeister (5 Novembre 2025)
ISBN : ‎ 978-2351783603
288 pages

Quatrième de couverture

À vingt et un ans, Aica est prête à tout pour échapper à sa vie misérable et quitter la petite île des Philippines où elle a grandi. Quand débarque Bob, un Américain quinquagénaire qui vit sur son voilier, Aica décide de partir avec lui. Mais si Bob se présente comme un célibataire naïf et débonnaire en quête de compagnie, tout le monde sait bien qu’aux Philippines les riches étrangers entre deux âges ne cherchent qu’une chose auprès des jeunes fi lles locales. Naviguant entre espoir et cynisme, Aica veut malgré tout tenter sa chance et rejoint Bob sur son bateau.

Mon avis

David Vann est un auteur dont on dit qu’il est torturé. Ses obsessions nourrissent ses romans et je rajouterai qu’il vaut mieux s’abstenir de le lire si on n’a pas le moral …

Dans « La jeune fille et la mer », il aborde le thème du tourisme sexuel. Pourquoi certaines femmes en arrivent-elles à de telles extrémités ?

Aica a vingt et un ans, elle habite sur une petite île des Philippines et vit avec sa famille dans des conditions précaires. Elle veut partir, rencontrer un riche étranger afin d’avoir un meilleur quotidien. Elle est bien consciente qu’il sera nécessaire d’utiliser son corps, sa seule arme pour séduire….

Elle ne rêve pas que pour elle. Elle rêve également pour sa famille, ils ont besoin d’un frigo, d’un bateau, d’améliorer leur habitat … Elle ne peut pas dater ce rêve mais elle a le sentiment que, depuis toujours, il est au fond d’elle et qu’elle ne pense qu’à ça, tout le temps.

Alors, quand Bob et son voilier apparaissent, elle est en effervescence, la voilà l’occasion qu’elle attend. Bien sûr, il est un peu âgé mais elle le sent, c’est le bon moment pour elle. Et lui, avide de chair fraîche ne met pas longtemps à se décider… Est-ce le bon choix pour Aica ? En a-t-elle d’autres ? Est-ce mieux d’essayer, et tant pis pour les risques, pour ne pas avoir de regrets ?

L’embarcation est bien aménagée mais c’est petit et l’espace autour c’est la mer… Difficile de s’isoler, d’être seul-e un moment pour se reprendre et respirer …. Ce qui rapproche Aica et Bob ? Le sexe et j’écris « le sexe » pas « l’amour » …

Est-ce qu’on peut bâtir une relation durable en se basant uniquement sur ça ? Pas besoin de réfléchir longtemps pour savoir que ça va être compliqué … Que vont-ils faire ?

Avec son écriture sombre (merci à la traductrice), l’auteur nous plonge dans un récit noir, terrible, qui fait froid dans le dos. Pas d’optimisme, les événements graves s’enchaînent …. Aica passe de la naïveté à une certaine forme de ruse pour essayer d’obtenir la liberté. Elle a appris bien vite …

Ce titre m’a moyennement plu. J’ai trouvé les invraisemblances un peu trop grosses et, même pour parler de tourisme sexuel, toutes les scènes intimes ne sont pas nécessaires. J’aurais souhaité que soit plus creusé le côté psychologique des personnages. On passe parfois rapidement d’une situation à une autre et ce n’est pas très réaliste. Dommage.

Malgré ces « bémols », je reconnais que l’auteur sait installer une tension dans le texte, ça noue le ventre, on cherche une lueur d’espoir, en se disant que si Aica prend la bonne décision, il y aura du mieux …

Davi Vann habite maintenant aux Philippines, j’espère que ce qu’il présente n’est pas une généralité là-bas ….

"Viral" de Kathy Reichs (Virals)

 

Viral (Virals)
Auteur : Kathy Reichs
Traduit de par Marie-France Girod
Éditions Oh ! Editions (18 Novembre 2010)
ISBN : 978-2361070106
410 pages

Quatrième de couverture

A 14 ans, Victoria Brennan, nièce de la célèbre anthropologue judiciaire Temperance Brennan, vit avec son scientifique de père sur une île isolée au large de Charleston, sur la côte de Caroline du Sud. Quand elle n'est pas à Charleston pour suivre les cours du collège huppé qu'elle déteste, Victoria, dite Tory, est livrée à elle-même et à ses passions : la science, la mer, sa bande de trois copains, et surtout... les chiens-loups. Car près du centre de recherches où travaille son père, une petite meute de chiens-loups vit en liberté depuis toujours. Tory est la seule à pouvoir les approcher. Elle est donc la seule à se rendre compte que le plus jeune de la meute, Cooper, a disparu. C'est en le cherchant qu'elle trouve une plaque d'identification militaire datant de la guerre du Vietnam, près d'un tas d'os. Tory n'est pas la nièce de Temperance Brennan pour rien : elle sait que ces restes sont humains. Et pourtant, à son retour avec la police, il n'y a plus rien... Un thriller haletant qui enthousiasmera tous les fans de BONES. À lire de 13 à 99 ans et au-delà...

Mon avis

«À lire de 13 à 99 ans et au-delà … » est il écrit en quatrième de couverture.
À lire un jour de pluie, pendant les vacances …
A lire pour se détendre sans chercher plus loin qu’un bon moment …

Le prologue et l’épilogue entourent quatre parties rythmées par les recherches d’un groupe d’adolescents entêtés et dynamiques …

Du mystère, un peu de surnaturel, des bons, des méchants, un méchant pas si méchant qu’il en a l’air, de l’amitié, des dialogues trépidants, des actions qui s’enchaînent, parfois des ficelles un peu grosses mais globalement un livre agréable.

Une lecture à la portée de tous, pas d’étude psychologique approfondie des personnages, pas de détails très poussés sur l’intrigue elle-même mais inutile de bouder son plaisir, on avance vite dans cette lecture et on a envie de comprendre le « pourquoi du comment »….

Je ne connais pas « Bones » la série télévisée évoquée mais je reconnais que ce roman, très visuel dans l’action et très « parlant » pourrait être facilement adapté pour le petit écran.

L’écriture est simple, familière, à l’image des jeunes héros que nous côtoyons, facile à aborder. Les différents personnages sont bien définis, la trame « se suit" bien, tout est donc réuni pour qu’en compagnie de ce roman, on ne voit pas le temps passer


"Trilogie de l'éveil -Tome 1 : Wake" de Robert J. Sawyer (Wake)

 

Trilogie de l'éveil -Tome 1 : Wake (Wake)
Auteur : Robert J. Sawyer
Traduit de l’anglais (Canada) par Patrick Dusoulier
Éditions : Gallmeister (5 Février 2025)
ISBN : 978-2404080475
466 pages

Quatrième de couverture

La jeune Caitlin Decter est un petit génie des mathématiques. Aveugle de naissance, elle bénéficie d’un programme révolutionnaire qui doit lui permettre de découvrir ce monde et voir enfin le visage de sa mère. Lorsqu’on lui greffe un implant oculaire et que la lumière se fait enfin, ce sont les paysages du web qui explosent dans sa conscience, en une débauche de formes et de couleurs. Avide de découverte, elle se met à explorer cet univers étrange.

Mon avis

Wake est le premier livre de la trilogie de l’éveil, parue en 2009 sous le nom WWW.

Le récit se déroule en 2012. Caitlin Decter, 15 ans, est aveugle de naissance. Son père est un scientifique, un peu fermé sur lui-même qui communique sans chaleur avec sa fille. Sa mère s’est beaucoup occupée d’elle et a mis sa carrière entre parenthèses. Ils viennent de déménager à Waterloo, en Ontario. Caitlin suit ses études dans un lycée ordinaire avec quelques aménagements. Elle est très douée en maths.

Un jour,elle reçoit un mail du Docteur Masayuki Kuroda, un japonais. Il pense avoir une solution afin qu’elle puisse voir, avec un appareil qu’il a conçu, un eyePod. Il lui propose une rencontre et un essai. La vie de l’adolescente risque d’être bouleversée, elle n’a jamais vu, elle n’a pas les « codes » des couleurs, saura-t-elle associer une forme touchée dans l’espace à sa représentation sur une feuille de papier ? Et lire ? Les lettres, les phrases ne sont rien pour elle.

En parallèle, une épidémie se déclare en Chine et le gouvernement ne sait comment la stopper à part en prenant des mesures radicales. À savoir en éliminant tous les risques et en se coupant du monde. Plus de téléphone, plus d’internet… Un militant pour la liberté d’expression essaie de contourner le blocus. On suit également une chercheuse avec des bonobos à qui elle apprend la langue des signes.

Trois entrées pour une même histoire, les liens se feront sans doute dans les tomes suivants. Pour celui-ci, cela ne m’a pas semblé évident Mais ça ne m’a pas gênée.

Tout est captivant, surtout Caitlin, qui avec beaucoup d’intelligence, exploite tout ce qu’elle a sous la main. Quand elle découvre ce qu’elle peut faire, elle décide d’aller plus loin….et nous emmène avec elle dans un nouveau univers …

Tout commence comme un roman assez classique avec une famille, et deux autres « entrées ». Et puis ça devient extra ordinaire (en deux mots). On sort de la logique tout en restant dans le presque réalisable (encore plus lorsqu’on voit ce qui peut exister de nos jours). J’ai été fascinée par l’évolution du texte et des personnages. Petit à petit, notre conscience s’éveille à d’autres possibles.

On touche à de nombreux domaines, dont bien sûr, l’intelligence artificielle et ses dérives. Si parfois, les notions informatiques sont dépassées ou un peu rasantes à lire, elles complètent bien le propos. Je pense que la suite va nous entraîner plus loin…

C’était un excellent moment de lecture car l’écriture est prenante (merci au traducteur) et le style vif. Il y a des rebondissements et Caitlin est attachante. Je lirai volontiers la suite !


"La vertigineuse évasion" de Laurent Lecrest

 

La vertigineuse évasion
Auteur : Laurent Lecrest
Éditions : Globophile (6 Novembre 2023)
ISBN : 979-1094423189
210 pages

Quatrième de couverture

Lou a l’énergie d’une centrale nucléaire, l’agilité d’un bouquetin, l’intelligence d’Einstein… « La modestie d’un aigle royal, les chevilles d’un hippopotame… » me coupe maman. OK, j’ai compris le message. Je vais être brève. Ce livre raconte mon enlèvement par 2 bandits en cavale. Et tout ce que je peux vous dire c’est que lorsque j’en ai terminé avec eux, ils étaient au bout de leur vie.

Mon avis

Lou est une adolescente qui aime bien écrire. Elle décide de raconter ses vacances dans un livre. Ses parents, estimant qu’ils ont un droit de regard, font des commentaires lorsqu’ils ne sont pas d’accord par exemple ou pour compléter ce qu’elle a présenté.

En congés, les voilà tous les trois en montagne, dans les Dolomites pour faire de la randonnée et de l’escalade avec nuits en refuge. Lou râle parfois, il faut tenir le rythme. De temps en temps, elle trouve ses parents un peu lents et se moquent gentiment d’eux.

Malgré un réseau téléphonique parfois faible, elle reste en contact avec ses copains, copines. Instagram ou autre, elle communique et se tient au courant de tout !

Très observatrice, un soir, dans un gîte, elle remarque deux hommes qui se tiennent un peu en retrait et dont l’attitude l’interpelle Le lendemain, ils ne sont plus là mais la police les recherche ! La jeune collégienne est enchantée, elle aura des choses à partager avec sa bande d’amis !

Enfin un peu de piment dans son quotidien ! Mais elle n’imagine pas, à cet instant, qu’elle va croiser à nouveau ces malfrats et qu’elle ne maîtrisera pas la situation. Cette rencontre l’entraînera dans une aventure vertigineuse.

J’ai trouvé ce roman très plaisant à lire. Il est parfaitement adapté pour un public de bons lecteurs, à partir de 8 / 9 ans jusqu’à 13 /14 ans. Lou est attachante, drôle, plus vraie que nature. L’écriture, le style, les réflexions sont en phase avec son âge. L’auteur a bien su se mettre à la portée de ceux à qui il destine cette publication. Il a soigneusement dosé le suspense, n’a pas multiplié les personnages, ni les lieux. Le décor montagnard est beau, les soirées en refuge décrites avec réalisme. Les pointes d’humour mettent le sourire aux lèvres.

Laurent Lecrest a rédigé un récit intéressant, abouti, bien construit. Cette histoire plaira autant aux filles qu’aux garçons ! C’est bien réussi !

"Lune noire" Michel Rodrigue & Bob de Groot

 

Lune noire (Clifton 19)
Auteurs : Michel Rodrigue (dessin) & Bob de Groot (scénario)
Éditions : Le Lombard (2 Octobre 2004)
ISBN : 978-2803620074
52 pages

Quatrième de couverture

Crime crapuleux ou règlement de comptes ? Via internet, les services secrets britanniques viennent d'apprendre que les autorités nord-coréennes s'interrogent sur le meurtre sans mobile apparent d'un citoyen anglais de passage dans leur capitale. La nouvelle est d'autant plus navrante et embarrassante que la victime n'était pas n'importe quel touriste. Sous le nom communiqué, œuvrait en effet l'un des plus fameux agents de sa Majesté : Harold Wilberforce Clifton !

Mon avis

À peine quelques pages et Clifton est mort ! La catastrophe ! Comment pourra-t-il revenir dans les albums suivants ?

Dans cette aventure, il est associé à Jade, une belle jeune femme (je vous rassure, il ne semble pas être en couple avec elle-même si elle lui plaît énormément).

Ils partent tous les deux pour la Corée du Nord afin de récupérer une brebis égarée qui s’est fait embarquer dans une secte. Quelques scènes nous rappellent comment les adeptes se font embobiner, persuadés d’avoir trouvé leur voie.

On est en pleine histoire d’espionnage avec le lot d’actions, de rebondissements, nécessaire au maintien du suspense ! Mais tout ne va pas se dérouler comme prévu….

Si le synopsis n’est pas un des meilleurs, j’ai beaucoup aimé les dessins et l’humour.

Une bande dessinée pour se détendre !


"Le dissident chinois" de Nell Freudenberger (The Dissident)

 

Le dissident chinois (The Dissident)
Auteur : Nell Freudenberger
Traduit de l’américain par Clément Baude
Éditions : La Table Ronde (14 Janvier 2010)
ISBN : 978-2710329572
448 pages

Quatrième de couverture

L'exil était au coeur des nouvelles remarquées de Nell Freudenberger, Lucky Girls. Dans Le Dissident chinois, son premier roman, il s'agit encore d'exil mais de l'Orient vers l'Occident. Yuan Zhao, célèbre artiste dissident, est invité à passer une année à Los Angeles. Il enseigne à l'école de filles St Anselm's et est hébergé par les Travers, une famille d'intellectuels aisés. À sa tête, Cece Travers. Enchantée de l'accueillir, elle s'efforce de donner une image positive de sa tribu où les relations sont plus complexes qu'il n'y paraît. Son mariage avec Gordon, un psychiatre obsédé par la généalogie, est en déroute, son beau-frère Phil, charmant et irresponsable, est désespérément amoureux d'elle et ses enfants lui échappent. De son côté, Yuan Zhao cache bien son jeu. 

Mon avis

« ...…j’étais un peu déconcerté de m’entendre inventer de nouveaux mensonges. ».

Dès la page 125, le ton est donné. Parfois ce dissident ment. Pourquoi, quand, à qui, dans quel but ? Ne rien dire d’important pour ne pas se dévoiler…mais alors pourquoi accepter d’être hébergé dans une famille où les contacts, les questions seront quotidiens ?

Pour moi, les chapitres écrits à la troisième personne sont sans vie, sans âme, j’avais l’impression que tout m’était raconté sur le même ton, un ton monocorde, comme un documentaire en noir et blanc tout sur le même plan.

Ce roman ne m’a pas emballée mais il a un côté intéressant.

C’est la réflexion sur l’art, la paternité des œuvres (« C’est fascinant, cette idée que la paternité d’une œuvre d’art puisse évoluer avec le temps »), les copies. C’est aussi la place de l’art, son rôle dans la société, ses limites. Les incursions, par flash-back, dans l’East Village de Pékin où se réunissaient des artistes avant gardistes dans les années 90 sont bien amenées, bien vivantes. Là, il me semblait qu’il y avait une ambiance. J’allais plus vite dans ma lecture, ça m’intéressait.

« Était-ce donc le sens des réalités, davantage que l’innocence, que les Américains avaient perdu au cours des cinquante dernières années ?"

J’attendais plus sur la vie et le ressenti des américains, ce côté-là m’a paru fade.

Et puis, j'attendais beaucoup, trop sans doute, de la confrontation entre les deux cultures, les deux modes de pensée, de vie ....

Globalement, un livre qui se lit mais je pense que les deux histoires auraient dû un jour se rencontrer ..... sinon pourquoi?...



"Elles" de Saskia Jacquemin

 

Elles
Auteur : Saskia Jacquemin
Éditions : 5 Sens (15 octobre 2025)
ISBN : ‎ 978-2889498390
266 pages

Quatrième de couverture

Lorsque Elia se retrouve plantée devant ce supermarché, les pieds trempés et le cœur en éclats, elle réalise à quel point son monde vient de s’écrouler. Pas loin, une autre femme est en fuite, entraînant dans sa course une petite fille. Une grand-mère réunira ces destins que rien n’aurait dû faire se rencontrer. « Elles », c’est l’histoire de quatre femmes de générations différentes aux destins entremêlés. Elles pourraient être vos sœurs, vos filles, vos mères. Agnès, Elia, Sinaï et Nina ont le point commun de n’avoir pas été épargnées par la vie mais d’avoir su coaguler rapidement des blessures imposées.

Mon avis

Elia, Sinaï, Agnès, trois femmes. Elles n’avaient aucune raison de se croiser, de se parler et puis, la magie de la vie les a fait se rencontrer.

« Il se disait souvent que ces deux femmes devaient être l’une pour l’autre, des rencontres de vie, celles qu’on explique difficilement et qu’on n’oublie jamais. »

Dans les chapitres avec l’en-tête de leur prénom, elles s’expriment, parlent de leur quotidien, de leurs espoirs, de leurs déceptions, de leurs peurs, de leurs joies …. De temps à autre, on peut lire le journal de Nina, beaucoup plus jeune. On « accompagne » ces personnes sur plusieurs années, au cœur de leur vie, dans leur intimité.

« Ces femmes n’étaient pas censées se rencontrer et pourtant, leurs destins s’étaient emmêlés les uns aux autres, laissant naître des racines qui devenaient profondes. »

Certains disent qu’une femme s’accomplit dans la maternité, lorsqu’elle devient mère. Mais on peut être mère ou père, sans porter l’enfant au creux de son ventre. On peut également être heureux-se sans être parents. L’essentiel, c’est de se sentir bien dans ses choix, dans ce qu’on souhaite au plus profond de soi sans laisser peser les influences extérieures.

Ce sont de magnifiques portraits que nous offre Saskia Jacquemin. Elle décrit celles qu’elle présente avec retenue, délicatesse, sans les juger, sans trop de pathos. Il y a les coups du sort, ce qu’on ne maîtrise pas et qui peine ou détruit, et il y a parfois un regard échangé, un mot ou un geste qui aident à avancer, à se relever, à croire encore en l’avenir.

C’est tout cela et bien plus encore qu’on découvre dans ce roman intimiste. Elles ont toutes une blessure morale et le besoin de ne pas s’appesantir sur elles-mêmes. Résilientes avant tout, elles se battent avec leurs moyens, et se rendent rapidement compte que lorsqu’on donne un peu de soi, on reçoit beaucoup plus.

J’ai trouvé cette lecture émouvante, emplie d’émotion. Bien sûr, j’ai parfois pensé que « c’était encore vraiment pas de chance » pour certains protagonistes mais il arrive que, dans la réalité, ce soit ainsi. Alors, le fait que tout soit condensé permet d’aborder plusieurs thèmes dans un seul récit, différentes situations que l’on pourrait connaître et face auxquelles on devrait réagir. On peut d’ailleurs se demander ce qu’on ferait si on était confronté aux événements évoqués. Et c’est là qu’en lisant, j’ai réalisé que, face à une situation, chacun réagit avec ce qu’il est, ce qu’il a vécu. On n’a pas tous le même recul par rapport à un fait grave en fonction de notre passé, des gens qu’on côtoie, de ce qu’on veut pour le futur.

Le style est fluide, les ressentis sont exprimés avec pudeur, finesse, sans en rajouter. On passe assez vite d’un personnage à l’autre, tout en comprenant aisément ce qui va les relier petit à petit.

J’ai trouvé ce livre bien écrit et plaisant à lire, même si quelques fois, c’est très triste et que ça m’a fait de la peine…. La couverture est belle !


"Ma voisine face au fleuve" de Frank Andriat

 

Ma voisine face au fleuve
Auteur : Frank Andriat
Éditions au Pluriel (18 Novembre 2025)
ISBN : 978-2492598241
208 pages

Quatrième de couverture

Antoine, professeur de lettres, vit dans un appartement face à un fleuve qui lui apporte sérénité et paix. Il se reconstruit après une rupture qui a fait voler sa vie en éclats. Sybille s’installe dans l’appartement voisin. Ils se découvrent un parcours de vie blessé. Au fil des rencontres bercées par les reflets de la lumière sur l’eau, par la musique baroque et par le vol des troupes de bernaches, un lien se tisse entre les deux voisins que de petits détails du quotidien vont rapprocher.

Mon avis

Antoine est professeur de français, il aime la littérature, la poésie, Christian Bobin, les phrases qui font rêver et les élèves motivés. Il a eu un parcours de vie peu aisé et pensait avoir trouvé un équilibre avec Amélie. Mais elle l’a quitté il y a trois ans. Il est seul dans un appartement qui donne sur le fleuve. C’est une vue apaisante pour lui, avec les reflets qui ne sont jamais les mêmes. Au collège, sa collègue Mathilde est son amie et il sait qu’il peut compter sur elle, lui parler, se confier.

Sybille vient de quitter Merlin, un compagnon toxique. Mais comme c’est elle qui a fui le domicile conjugal, son conjoint a mis ce fait à profit pour récupérer la garde de leur fils Jérôme. Elle ne le verra que les fins de semaine. Installée dans un joli logement, sur le même palier qu’Antoine, elle attend la visite de son fils. Elle réalise très vite que « son ex » n’a rien laissé au hasard. L’enfant est « formaté » par les réflexions de son père qui lui a lavé le cerveau, qui présente les faits en sa faveur. Il cherche à l’éloigner de sa mère, voire à le dégoûter de venir chez elle.

Sybille souffre, elle doit faire face, soupeser ses mots pour ne pas envenimer la situation, ne pas surréagir car Jérôme le dira à son papa, mais que c’est difficile. Il faut préserver le collégien des conflits des adultes et en parallèle, ne pas se laisser faire. Elle est sur la corde raide. Heureusement elle s’épanouit dans sa profession.

Un jour, elle voit son voisin sur le parking de l’immeuble. Il lui propose de l’aide pour porter ses sacs de courses. Tout d’abord très méfiante, elle finit par accepter en se disant que ça n’ira pas plus loin. Et puis, ils se croisent d’autres fois et petit à petit un lien se tisse et la confiance arrive. Ils discutent un peu, échangent …

Les chapitres alternent entre Antoine (qui s’exprime en disant « je ») et Sybille (avec un narrateur extérieur). On découvre leurs points de vue, leurs ressentis, les événements qui jalonnent leur quotidien.

Le style de l’auteur est infiniment poétique, doux, lumineux. Les descriptions du fleuve, par exemple, apportent une note délicate.

« Quelques oiseaux célèbrent l’obscurité qui avance sur la pointe des pieds. Les blancs entre leurs chants installent la nuit, bercée par l’eau infatigable et par les lampadaires qui peignent sur sa surface des éclats mordorés. »

J’ai été charmée par la « musicalité » de l’écriture, par l’atmosphère qui se dégage lorsque la nature ou les relations humaines - paisibles - sont évoquées. Le fleuve a un « rôle » important.
Lire Frank Andriat, c’est prendre le temps de contempler, d’écouter cette petite histoire qui se déroule sous nos yeux.
Je me suis attachée à Sybille, cette femme qui veut protéger son fils et qui a beaucoup subi. Combien sont-elles, dans la vraie vie, à lui ressembler ?  À se battre pour exister librement, sans emprise ?

Ce récit m’a beaucoup plu. Peu importe qu’il y ait d’heureuses coïncidences ou des temporalités un peu rapides. L’essentiel est ailleurs, dans la qualité du phrasé, dans la construction du texte où tout semble parfaitement en symbiose. Les mots de l’auteur parlent à la tête et au cœur et c’est ce que j’aime quand je découvre un livre !


"Arcangelis City Saison 1 : Là où naissent les rêves" de A.J. Blakemont

 

Arcangelis City Saison 1
Là où naissent les rêves
Auteur : A.J. Blakemont
Éditions : CreateSpace Independent Publishing Platform (28 février 2014)
ISBN : 978-1495983832
252 pages

Quatrième de couverture

Pour Lys, la lumière du soleil est un danger mortel. Elle a une rare condition génétique qui rend sa peau très photosensible. Solitaire et farouche, elle habite une métropole futuriste, Arcangelis City, et mène une double vie. Le jour, elle est étudiante en littérature ; le soir, elle est artiste dans l'univers virtuel du jeu Alter Ego. Dans cet univers, elle rencontre un Oneiroï, être mythologique capable de manipuler les rêves. Qui se dissimule derrière ce sombre et mystérieux avatar ?

Mon avis

Un livre surprenant capable de captiver les jeunes et les moins jeunes.

Pourquoi ? Le style est fluide sans être basique et trop lisse, l’auteur a trouvé le juste équilibre entre abordable et de bonne qualité.

L’installation des deux mondes, la place des rêves permettent aux protagonistes de montrer plusieurs aspects de leur personnalité, de lâcher prise lorsqu’ils sont avec leur avatar, qui leur sert alors de « couverture ». Un peu comme nous lorsque nous choisissons de nous exprimer avec un pseudo. C’est assez fouillé tout en restant accessible à tous. Pas de confusion possible entre les personnages, les lieux et les événements. Les individus rencontrés sont bien ciblés, même si chacun a une part d’ombre. On sent que l'on ne sait pas tout sur eux, cela interroge le lecteur et laisse entrevoir de prochaines découvertes.

L’intrigue se tient, au début on peut se dire que ça va ressembler à ceci ou cela mais très vite, on s'aperçoit que c'est unique. L’écriture de l’auteur distille une ambiance qui se sent entre les lignes, c’est palpable, on « voit » les images et on visualise très bien les scènes sans que le style tombe dans la description lourde qui lasse.

La fin, qui n’est pas une conclusion, laisse présager d’autres saisons tout aussi intéressantes.

NB : Pour ceux qui seraient inquiets de découvrir un nouveau monde, il y a un lexique dans les dernières pages donc pas de soucis !


"De l’eau pour les éléphants" de Sara Gruen (Water for Elephants)

 

De l’eau pour les éléphants (Water for Elephants)
Auteur : Sara Gruen
Traduit de l’anglais (canadien) par Valérie Malfoy
Éditions : Albin Michel (1er Janvier 2007)
ISBN : 9782226177179
416 pages

Quatrième de couverture

Durant la Grande Dépression, dans les années trente, les trains des petits cirques ambulants sillonnent l'Amérique. Jacob Jankowski, orphelin sans le sou, saute à bord de celui des frères Benzini et de leur « plus grand spectacle du monde ». Embauché comme soigneur, il va découvrir l'envers sordide du décor où tous, hommes et bêtes, sont pareillement exploités, maltraités. Sara Gruen fait revivre avec un incroyable talent cet univers de paillettes et de misère qui unit Jacob, Marlène la belle écuyère, et Rosie, l'éléphante que nul jusqu'alors n'a pu dresser, dans un improbable trio.

Mon avis

L'écriture est alerte, rythmée, vibrante, agréable, les phrases courtes et bien ciblées sans fioriture excessive.

De plus, l'histoire est originale, poétique, poignante...Je vais vite le terminer et le prêter à mes vrais amis lecteurs qui sauront l’apprécier !


"Trop tard pour mourir" d'Olivier Kourilsky

 

Trop tard pour mourir
Auteur : Olivier Kourilsky
Éditions : Glyphe (28 Août 2025)
ISBN : 978-2352851684
230 pages

Quatrième de couverture

Chirurgien dans un hôpital du Morbihan, David Corbin est confronté à une série d'infections post-opératoires. Il suspecte des actes de malveillance en raison de l'hostilité permanente d'un collègue. Son ami Moussa Ndiaye, anesthésiste dans le même hôpital, essaie d'oublier une affaire criminelle à laquelle il a été malgré lui lié autrefois, mais il est rattrapé par cet épisode glauque. Bientôt s'engage une course contre la montre avec un tueur mystérieux qui élimine un à un tous les intervenants de cette histoire ancienne.

Mon avis

David Corbin, mariée à Marlène, est chirurgien en Bretagne. Il a postulé car il voulait changer de région et il est heureux d’avoir été choisi. Dans l’hôpital où il vient d’être nommé, un collègue le jalouse, persuadé que ce poste lui revenait de droit. Il n’est pas toujours agréable avec Corbin. Ce dernier met son poing dans sa poche, se consacre à sa tâche, avec sérieux, application, faisant le maximum pour tous les malades qui lui sont confiés et essayant de ne pas donner prise à une quelconque remarque désagréable de l’autre docteur.

Il opère toujours avec toutes les précautions nécessaires pour éviter le moindre problème. Pourtant, une nuit, le téléphone sonne chez lui. Un de ses patients est fiévreux et présente une infection. Il se rend sur place au plus vite pour tenter d’endiguer les complications post-opératoires.

Un fait isolé ? Malheureusement non, d’autres cas similaires surviennent et il est aussitôt question de fermer son service. Le médecin est inquiet, et l’envieux jubile… Il va bien falloir trouver une solution et tout cela est bien embêtant. Corbin sait qu’il peut compter sur le soutien de Moussa Ndiaye, anesthésiste avec lequel il collabore régulièrement mais il n’est pas là.

En effet, ce dernier s’absente et part sur Paris. Il est, en quelque sorte, rattrapé par son passé (que nous découvrons avec des retours en arrière dans une autre police de caractères). Jeune étudiant en médecine, l’argent lui manquait … il fallait bien arrondir les fins de mois. Il a eu quelques activités « en dehors des clous ». Mais c’était il y a longtemps, tout cela est derrière lui …  c’est ce qu’il croyait …

Le récit alterne entre le Morbihan et la capitale. On passe aisément d’un lieu à l’autre et pas de mélanges avec les personnages, ils sont bien ciblés. Il y a du rythme et le suspense va crescendo quand on sent, d’un côté comme de l’autre, que les événements graves ne s’arrêteront pas.

Dans ce roman, l’auteur met en avant plusieurs thèmes. Il ne les approfondit pas tous mais le fait de les évoquer montre sa sensibilité. La précarité estudiantine en est un ainsi que le fait que certains emplois liés à l’art ne soient pas assez lucratifs. Et bien sûr, le milieu hospitalier, (qu’il connaît bien puisque c’est son métier), où certains n’ont que leur ambition pour moteur, ayant sans doute oublié l’objectif de base de leur profession …

L’écriture est fluide sans fioriture, les chapitres courts. On va à l’essentiel. J’ai trouvé Moussa très attachant dans sa détresse et je pense qu’il a fait les bons choix. Ce n’est jamais aisé d’être en paix avec son passé …

C’est une lecture fluide, plaisante, pas compliquée mais suffisamment intéressante pour qu’on ait envie de comprendre les raisons d’agir de chacun ainsi que leur mode de fonctionnement.

J’ai passé un bon moment, merci Docteur K !

NB : le montage photo de la couverture me plaît beaucoup !


"Flitop" de David de Thuin

 

Flitop
Auteur : David de Thuin
Éditions : Jarjille (14 Novembre 2025)
ISBN : 978-2493649386
68 pages

Quatrième de couverture

Que faire lorsque vos légumes sont attaqués par toute sorte de bestioles et que votre éthique personnelle vous interdit d'utiliser les moyens qui s'imposent ?

Mon avis

Cette bande dessinée, constituée de trois histoires, met Flitop en scène. Comme les autres personnages, il a un style un peu animal, naïf, avec un tracé tout arrondi et de belles couleurs. Il est confronté à différentes problématiques qu’il essaie de résoudre avec bonhomie et gentillesse. Il le dit lui-même :

« Je vais discuter et on trouvera un arrangement. »

Il est face à des « envahisseurs ». D’abord dans son potager où de jolies petites bêtes se sont installées dans ses légumes. Comment va-t-il manger si tout est squatté et abîmé ?
Puis la maréchaussée veut qu’il coupe un arbre dont les racines débordent un peu sur le trottoir.

Il est bien ennuyé mais reste assez maître de lui et essaie de ne pas s’énerver…. Et puis il rencontre des « envahisseurs » arrivés en soucoupe et qui semblent avoir de bonnes idées …

Les péripéties que subit Flitop sont intéressantes et peuvent donner lieu à des discussions avec le jeune lecteur qui les découvre, en lui demandant comment il aurait réagi face à des situations semblables et en dialoguant sur les thèmes évoqués entre « les lignes » (partage, respect, etc).

Les vignettes ne sont pas toutes de la même taille en fonction de l’importance du contenu. Les dessins sont à la fois simples et suffisamment complets pour qu’on visualise bien le lieu où ça se déroule. Pour les onomatopées, les couleurs sont épurées pour se concentrer sur le son.

Les bulles sont bien remplies d’où l’intérêt de lire avec l’enfant s’il débute pour qu’il garde le plaisir de suivre Flitop et ses compagnons.

Si l’enfant lit seul, il s’attachera au contenu et rira devant les mini conflits, les mines humoristiques, les petits détails amusants. S’il lit avec un adulte, ce dernier découvrira des passages plus « matures » avec des phrases qui résonneront en lui, comme autant de réflexions bien actuelles, qui le feront sourire dans ce contexte.

« Vous n’allez quand même pas brutaliser une femme enceinte ! ? » « Je respecte toute forme de vie. »

Tout cela donne un bel ensemble tant sur le fond que la forme.

J’ai trouvé cet album très réussi avec des aventures divertissantes et bien pensées. Il a un petit côté original qui plaira à beaucoup ! Pour ma part, j’ai vraiment aimé !

"Le bonheur à l’école Journal d’une instit" de Dominique Deconinck

 

Le bonheur à l’école
Journal d’une instit
Auteur : Dominique Deconinck
Éditions : Le livre de Poche (20 Août 2014)
ISBN : 978-2253194781
216 pages

Quatrième de couverture

Déposant son enfant à l’école, quel parent n’a pas imaginé se glisser dans la salle de classe une fois que la cloche a sonné ? C’est ce à quoi nous invite Dominique Deconinck, institutrice passionnée à l’enthousiasme communicatif. Avec finesse et humanité, elle raconte son quotidien, ce qu’elle voit et ce qu’elle entend : les leçons, les jeux, les confidences, le découragement ou le chagrin, les miracles de la confiance…

Mon avis

Professeur des écoles, instituteur -trice ou remplaçant-e, tous ont le même but : transmettre des connaissances aux élèves. La plupart ont également le souhait de leur faire aimer l’école et de vivre les apprentissages dans la bonne humeur.

L’auteur de ce petit livre partage son quotidien, les réflexions amusantes de ces CE1, les rendez-vous de parents où il faut faire preuve de beaucoup de délicatesse pour faire passer certains messages. Elle montre qu’il faut sans cesse se renouveler, trouver des outils adaptés à chacun, des idées pour maintenir l’attention, donner envie d’apprendre et de découvrir.

J’ai retrouvé un quotidien que je connais. Être présente et donner un coup de main lorsqu’une collègue est absente, se renouveler sans cesse, ne pas perdre l’enthousiasme et le dynamisme nécessaires chaque jour.

C’est bien écrit, avec beaucoup d’humour. De plus Dominique Deconinck est positive. Elle voit plutôt le bon côté des choses et c’est agréable !


"Un martini blanc sans glaçon" d'Angélique Lhérault

 

Un martini blanc sans glaçon
Auteur : Angélique Lhérault
Éditions : Librinova (24 Novembre 2025)
ISBN : 9791040592327
264 pages

Quatrième de couverture

Depuis que Sacha a quitté la France pour s'installer à New York, tout lui sourit. Elle est devenue une autrice à succès, s'est mariée à un brillant éditeur, et a fondé une famille. Mais ces derniers temps, son inspiration galopante s'est tarie. Peut-être est-ce à cause de son mari, qui semble étrangement distant ces derniers temps ? Lors d'une de ces soirées mondaines dont elle a horreur, elle croise la route de Joshua, un musicien qui lui demande d'écrire sa biographie. Ce projet les rapproche dangereusement l'un de l'autre, tandis qu'un fantôme du passé revient hanter la romancière, menaçant de faire éclater au grand jour tous ses secrets...

Mon avis

Sacha est française mais c’est à New-York qu’elle a réussi. Elle est autrice, en couple avec Logan, maman d’une jeune adolescente. Tout lui sourit sauf que depuis quelque temps, elle souffre du syndrome de la page blanche. De plus, son époux lui paraît bizarre. Heureusement, elle a des amies sur qui elle peut compter et qui sont toujours là pour elle.

Elle n’aime pas les galas de charité, les soirées sophistiquées mais de temps en temps, elle est bien obligée d’y aller. Ce soir-là, elle rencontre un chanteur connu qui lui demande de rédiger sa biographie. L’occasion de retrouver le plaisir d’écrire ? C’est ce qu’elle souhaite. Comme en plus, cet homme est intéressant, elle a tout à y gagner. Il est nécessaire qu’ils se rencontrent souvent et un lien se noue ….

Tout pourrait continuer tranquillement sauf que Sacha aperçoit quelqu’un qu’elle ne veut pas voir. Cela la déstabilise complètement. Est-ce bien la personne à laquelle elle pense ? Si oui, pourquoi est-elle ici ? Elle garde tout ça pour elle souhaitant se tromper…. Mais elle a peur d’un effet boomerang … Quand on ne dit pas tout, on prend des risques ….

À partir de là, le récit va rentrer dans une phase plus mystérieuse. Sacha se retrouve face à des coïncidences peu plaisantes et elle n’est pas à l’aise. Elle ne sait plus à qui se confier, d’autant plus que son compagnon est fuyant. Avec sa fille, c’est parfois compliqué, comme souvent avec les ados. Tous ces événements la mettent sous pression.

En commençant ce roman, après avoir vu la couverture et lu le résumé, je m’attendais à une lecture facile pour le train ou la salle d’attente du médecin, une bluette avec un peu de suspense et quelques faits bizarres pour accrocher le lecteur mais un ensemble plutôt léger. Il n’en est rien !

Plusieurs thèmes sont abordés : l’amitié, l’amour, le poids du passé, le mensonge, la manipulation, la perversité, la jalousie…

L’idée de départ est plutôt bonne mais quelques petites choses m’ont dérangée. Quelques invraisemblances que je ne détailler pas pour éviter de dévoiler quoi que ce soit. Les concordances de temps ne sont pas toujours correctes, voire carrément hasardeuses et ça donne un style peu équilibré. Heureusement, les dialogues vifs sont bien construits et apportent du rythme. Certains protagonistes ne sont pas clairs et on peut s’interroger sur le fait que personne ne se rende compte de rien mais bon … .

J’ai malgré tout passé un moment assez plaisant car l’intrigue a été bien pensée, même s’il y a quelques imperfections. Je suis certaine que Angélique Lhérault va se bonifier.


"Des nouvelles du Celsa" de Collectif d'auteurs

 

Des nouvelles du Celsa
Auteurs : Collectif
Éditions : Kyklos (31 Octobre 2011)
ISBN : ‎ 978-2918406211
412 pages

Quatrième de couverture

Le Celsa, emmené par sa directrice Véronique Richard, a coutume de donner de ses nouvelles, plutôt belles si l’on en juge par la pertinence des étudiants sortis de ses rangs. Prenant à la lettre l’un des plus beaux outils de la communication : l’écrit, l’école organise depuis 2007 un concours annuel qui distingue trois textes d’exception choisis parmi 120 manuscrits. Le talent vaut toujours plus, en témoignent les sept promenades majuscules écrites par des auteurs-joueurs, honorant en mot compte triple un sigle, Celsa, qui signe ici un esprit alliant fantaisie et rigueur. On n’en attendait pas moins de l’enseignement d’une Grande École à la Sorbonne qui a offert ses ailes de noblesse à la créativité.

Mon avis

LIRENFETE :                                                       Numéro spécial de Novembre 2011

Un reportage de notre nouvelle recrue : Cassiopée

« Kyklos * », ce nom ne vous dit rien ?

Et pourtant …. si vous avez les yeux sur cette rubrique c’est que vous lisez …. Alors, pour vos futures lectures, n’hésitez pas ! Sortez des sentiers battus et retrouvez cette maison connue dans le monde de l’édition pour sa voix dissonante et son habitude de la prise de risque.

Auteurs méconnus, mal connus, peu connus, sujets qui dérangent, ou vus sous un autre angle, thèmes qui poussent le lecteur à la réflexion, à l’introspection, ne font pas peur à cette jeune entreprise qui fêtera ses trois ans en Janvier 2012.

Les responsables des éditions Kyklos vont à la recherche de textes porteurs d’un message, (quitte à faire traduire les écrits), pour donner la parole à ceux qui pourraient parfois être censurés ailleurs. Grâce à Fabrice Berthet ** et Virginie Carbuccia **, ils pourront s’exprimer et être écoutés, lus ….

La maison Kyklos choisit des sujets qui perdurent dans le temps, qui donnent aux lecteurs une représentation de la société qui ne leur est pas forcément familière, une approche et une vision différentes, qui transmettent des informations pour les obliger à réfléchir par eux-mêmes ou pour rebondir sur d’autres sujets et aller, de cette façon, plus loin qu’une lecture linéaire.

Les livres choisis sortent parfois en faible tirage et attendent le bouche à oreille pour être découverts mais ainsi, la fondatrice, le directeur éditorial et leur équipe se sentent libres dans leurs choix et proposent un catalogue divers, varié, éclectique, enrichissant, surprenant, « dissonant » …

Les couvertures, toutes identiques, sont là pour rappeler que seul le contenu est important (entretien du 29 Janvier 2011 entre Virginie Carbuccia et Dominique Bouchard) avec un logo qui montre que la lecture n’est pas figée, ni dans le temps, ni dans l’espace ….

Le contenu, la qualité, sont privilégiés sur l’apparence et la quantité. Les lecteurs le comprennent et les auteurs aussi.

Cette fois-ci, c’est à de jeunes étudiantes de l’école du CELSA (Centre d’Etudes Littéraires et Scientifiques et Appliquées), qui dépend de la Sorbonne, que la possibilité d’être publiées a été offerte.

Le CELSA, très connu au sein des grandes écoles, pour être le « top » en matière de communication, propose un concours de nouvelles chaque année (depuis 2007) à plus de cent vingt étudiants. Un jury composé d’auteurs, éditeurs, universitaires, journalistes, libraires récompensent annuellement les trois meilleurs textes.

C’est ainsi que sept jeunes filles ont eu le bonheur de voir leurs écrits édités et regroupés en un même livre sous le titre : « Des nouvelles du Celsa ».

Dans cet opus, sont rassemblées les sept nouvelles les plus marquantes écrites entre 2007 et 2011. Jean-Bernard Pouy, bien connu pour ses livres, a même "postfacé" le recueil.

Cinq des sept jeunes auteurs ont accepté de parler du projet (leurs interviews sont disponibles sur youtube, NDLR). Les questions étaient les mêmes : parler de la nouvelle en quelques mots, donner des indications sur la structure et l’écriture, préciser sa source d’inspiration et  partager son ressenti en apprenant la publication sous forme de livre.

Ces jeunes filles s’expriment avec beaucoup d’humilité et les réponses sont variées.

Certaines ont été inspirées par une « tranche de vie» d’histoire personnelle (souvent rattachée au vécu familial) ou par un fait divers, d’autres ont laissé parler leur imaginaire à travers un lieu qui leur est cher. Elles expliquent que l’approche de la nouvelle a été parfois structurée, méthodique, (en trois parties, très « scolaires »), de façon plus originale « en cercles » ; appliquée, pensée, réfléchie ; avec une trame, des parties bien distinctes, ou composée « au fil de l’eau » ….

Mais toutes soulignent le bonheur d’avoir écrit d’abord pour soi, avant d’apprendre que leur « travail » allait être partagé, diffusé …. puis publié ….. et enfin mis entre les mains de lecteurs inconnus ….

Ces nouvelles, panachées dans leur contenu, leur écriture, leur approche de l’écrit, ont malgré tout un dénominateur commun : un élément extérieur va entraîner le(s) protagoniste(s) dans une direction à laquelle il(s) n’avai(en)t pas pensé. Etait-ce une consigne de départ pour le travail d’écriture de ces demoiselles ou les événements se sont-ils imposés d’eux-mêmes ?

Abordant des problèmes de société (solitude, influence des jeux vidéo, vie dans les grandes villes …) ces textes sont écrits avec finesse, doigté. Ces écrivains en herbe manient avec dextérité la langue française, le vocabulaire, la syntaxe et transmettent ainsi des émotions, toute une palette de sentiments et des scènes très visuelles qui viendront toucher le lecteur et l’obliger à se poser des questions … Leurs écrits ont la fraîcheur de la jeunesse et leur expression n’est pas « formatée » …. Elles ont une vingtaine d’années chacune et si elles restent fidèles à elles-mêmes, c’est avec grand plaisir que nous les relirons.

Souhaitons aux éditions Kyklos de rester, comme leur joli nom grec l’indique, dans la spirale de la réussite, en découvrant encore et encore des talents cachés pour le plus grand bonheur de leurs lecteurs présents et à venir ….

                                                                               Cassiopée

                                                                               Lectrice régulière et journaliste occasionnelle

N.B. : Le lecteur pourra s’interroger sur le fait que seules des étudiantes ont été sélectionnées pour l’élaboration de cet ouvrage. Aussi la rédaction s’engage-t-elle à se renseigner sur ce fait auprès de l’éditeur et à transmettre la réponse dans un prochain reportage. Peut-être les hommes sont-ils moins nombreux à participer à ce concours ?

La rédaction de « Lirenfête » précise que sa journaliste, Cassiopée, remercie les différents partenaires ayant permis la lecture de cette œuvre.

  • * Kyklos, dont le siège social est à Paris, est une jeune maison d’éditions qui n’a pas, volontairement, créé de rubrique « collections » pour ne pas cataloguer les auteurs et éviter ainsi de leur coller une « étiquette », c’est une maison qui choisit ses titres minutieusement.
  • ** Fabrice Berthet est le directeur éditorial des éditions Kyklos, Virignie Carbuccia en est la fondatrice (NDRL)
  • *** Grande école rattachée à l'université Paris-Sorbonne (Paris IV), le CELSA mène des recherches et dispense des formations professionnalisantes de haut niveau en journalisme, communication, marketing, publicité et ressources humaines.

"Les chaussures italiennes" de Henning Mankell (Italienska skor)

 

Les chaussures italiennes (Italienska skor)
Auteur : Henning Mankell
Traduit du suédois par Anna Gibson
Éditions : Seuil (22 Octobre 2009)
ISBN :
978-2020944656
352 pages


Quatrième de couverture

À soixante-six ans, Fredrik Welin vit reclus depuis une décennie sur une île de la Baltique avec pour seule compagnie un chat et un chien et pour seules visites celles du facteur de l'archipel. Depuis qu'une tragique erreur a brisé sa carrière de chirurgien, il s'est isolé des hommes. Pour se prouver qu'il est encore en vie, il creuse un trou dans la glace et s'y immerge chaque matin. Au solstice d'hiver, cette routine est interrompue par l'intrusion d'Harriet, la femme qu'il a aimée et abandonnée quarante ans plus tôt. Fredrik ne le sait pas encore, mais sa vie vient juste de recommencer. Le temps de deux solstices d'hiver et d'un superbe solstice d'été, dans un espace compris entre une maison, une île, une forêt, une caravane, Mankell nous révèle une facette peu connue de son talent avec ce récit sobre, intime, vibrant, sur les hommes et les femmes, la solitude et la peur, l'amour et la rédemption.

Mon avis

Henning Mankell, habitué des romans policiers, aborde ici un genre tout à fait différent et il le fait avec brio. Un médecin, reclus sur son île, suite à une bavure médicale, est tout à coup dérangé par son amour de jeunesse qu'il avait lâchement abandonnée trente sept ans auparavant sans explication.

À travers cette "nouvelle" rencontre, une superbe réflexion sur la solitude, le poids du passé, le pardon, le mensonge... 

L'écriture est sobre et profonde, l'ambiance est habilement retranscrite. Un excellent moment de lecture.


"Frappe chirurgicale" de Sébastien Bouchery

Frappe chirurgicale
Auteur : Sébastien Bouchery
Éditions du Caïman (21 Octobre 2025)
ISBN : 978-2493739285
420 pages

Quatrième de couverture

Paris, 1981. Louis Verneuil, chirurgien à l’hôpital Saint-Antoine et accessoirement, vétéran d’Indochine, n’aspire qu’à une chose : la paix. Misanthrope et solitaire, il fait pourtant l’erreur un soir de céder aux charmes d’une jeune serveuse, elle-même dans le viseur d’un voyou à la solde de la famille Marzi qui a la mainmise sur la capitale. Une série de réactions en chaîne se met en place et Verneuil devient une cible. Une proie sauvage que personne n’aurait dû sortir de sa tanière...

Mon avis

La boxe est évoquée dans ce roman et moi j’ai pris un uppercut littéraire, une claque. Quatre-cent-vingt pages de tension, d’espoir, de ventre noué, de mains moites et de waouh.

1981, Louis Verneuil, chirurgien, vit seul dans un appartement à Paris. Quand il a du temps, il retape une maison en banlieue. Pas n’importe laquelle, il l’a choisie par besoin, sans doute pour guérir une de ses blessures. Parce que l’homme a souffert. Il a connu l’Indochine et a vu et vécu des choses horribles. De cette période, il a gardé une solide amitié avec un camarade, peut-être une des seules personnes avec qui il est resté en contact. Après, d’autres événements graves l’ont marqué mais, en taiseux, il en parle peu. C’est donc un solitaire, bosseur et discret, qui ne recherche pas la compagnie. Ce qu’il veut ?  Qu’on le laisse tranquille !

Un soir, en sortant du boulot, il s’arrête au Saint-Loup pour boire un scotch, ou plusieurs, une façon comme une autre de se délester du fardeau de la journée. Une jeune femme, Nelly, l’aborde, mais il n’a pas envie, ni de parler, ni de l’écouter, encore moins d’un « et plus si affinité »… Et puis, il le voit bien, elle est trop jeune pour lui. Pourtant, ils finissent par se faire du bien mais il est très clair :  ce sera sans avenir. Pas de chance, pendant les heures où elle est serveuse, elle a tapé dans l’œil de Togo, un petit voyou. Il lui a fait des avances qu’elle a repoussées. Vexé - son orgueil en a pris un coup - il entend bien lui faire payer ce qu’il considère comme une humiliation. Dont acte. Verneuil n’apprécie pas que le malfrat se soit vengé et il souhaite calmer ses ardeurs pour que Nelly ne se sente pas en danger et renoue avec une vie quotidienne apaisée.

Il ne sait pas où il a mis ses poings et ses pieds, le doc. Il se retrouve entraîné plus loin que ce qu’il pensait car, derrière Togo et ses acolytes, se cachent des individus sans foi ni loi, la gangrène des quartiers …. Que faire ? Se mettre en retrait et oublier ? Essayer de dialoguer ? S’attaquer à plus fort que soi ?

Entre le 10 et le 23 Mars 1981, plusieurs vies basculent. Des chapitres courts, de l’action, des rebondissements, des scènes qu’on déroule comme un vieux film en noir et blanc, une écriture qui fait mouche, sans fioriture et je suis restée scotchée aux pages. Vous prenez les faits bruts, parfois violents, en pleine face. Pas de répit pour le lecteur. Pas de temps mort. Je lisais en apnée, prête à en découdre, à aider tant j’étais dedans.

Le rythme est trépidant, Les personnages sont bien campés et les scènes très visuelles (normal, l’auteur est également scénariste). Il est intéressant de voir comment chacun analyse et ressent les différentes situations. Verneuil et le commissaire Lebreton sont deux protagonistes fascinants. Chacun est à la limite de ce qui est autorisé. Volontaires, impliqués, intuitifs, intelligents (avec la tête et le cœur), tiraillés pour cerner la limite entre le bien et le mal, ils sont attachants.

J’avais lu Gangway du même auteur. Avec Frappe chirurgicale, il s’est lancé dans un nouveau style et il a réussi avec brio, j’ai énormément aimé. Dans les dernières pages, il explique la genèse de cet opus et ce qui l’a inspiré, ça complète bien la lecture.  

NB : Monsieur Bouchery, la fin m’a brisé le cœur !

 

"Jade" de Michel Rodrigue & Bob de Groot

 

Clifton - Tome 18 : Jade
Auteurs : Michel Rodrigue (dessin) & Bob de Groot (scénario)
Éditions : Le Lombard (1er Mars 2003)
ISBN : 978-2803616695
52 pages

Quatrième de couverture

Clifton, colonel dans les Services secrets de Sa gracieuse Majesté, détective amateur et chef scout, reprend du service… Alors qu’il comptait les accompagner au Pays de Galle, Héron Mélomane (alias le colonel Clifton) est forcé d’emmener ses louveteaux dans le Devonshire. Le motif de ce changement de direction : un pli déposé dans sa boîte à lettres spécifiant que la seconde guerre mondiale n’est pas finie et signé AKC 666 !

Mon avis

Dans cet album, dessiné par Michel Rodrigue (j’aime beaucoup ce qu’il fait), les jeunes scouts doivent partir en camp avec Clifton. Mais un courrier déposé par une main inconnue dans sa boîte aux lettres l’oblige à revoir ses plans.

Il s’organise et se retrouve embarqué dans une nouvelle enquête. C’est là qu’il fera connaissance de Jade qui intégrera son univers pour d’autres aventures.

J’ai bien aimé le fait que l’histoire soit basée sur un fait historique (réel ou pas mais relié à des événements existants), ça met un peu de piment. De plus, des personnages anciens réapparaissent et sont parfaitement intégrés à ce tome.

Il y a énormément d’actions, un peu comme dans les films de James Bond, ça canarde dans tous les sens, parfois un peu trop ! Ils sont même des accessoires bien pratiques ! Malgré la présence des « méchants » bien armés et rusés, Clifton ayant plus d’un tour dans son sac, il s’en sort toujours (et puis Jade l’aide bien).

Une lecture agréable !