Finalement tout s'est bien passé
Auteur : Estelle-Sarah Bulle
Éditions : Liana Levi (20 Août 2026)
ISBN : 979-1034912773
226 pages
Quatrième de couverture
Un énième geste condescendant d’un béké, et voilà Henri qui
se décide enfin : il va quitter la Guadeloupe. Arrivé à Belleville, chez sa
soeur Edna, il découvre une vie de débrouille animée, et les magouilles de
Steve, le compagnon béninois de celle-ci, dont le rêve est d’ouvrir une boîte
de nuit. Mais dans le Paris interlope des années 60, flics et voyous
s’entendent pour dire qu’un Africain n’a pas sa place dans le monde de la nuit.
Dans l’hôpital psychiatrique où il travaille, Henri rencontre Sabine. Elle
aussi a fui sa région natale, le Nord de la France, dès qu’elle a pu.
Mon avis
Août 1966, Henri arrive à Paris, sans travail, un peu sur un
coup de tête. Il a quitté la Guadeloupe, où réside l’essentiel de sa famille.
Il ne veut plus être regardé de haut, méprisé par les blancs créoles qui
s’estiment au-dessus de lui, car leur peau est blanche. Sa sœur Edna vit déjà
dans la capitale et elle veut bien l’accueillir dans un premier temps. Alors il
se lance dans cette nouvelle aventure.
Edna vit avec ses enfants chez Steve. Un bel homme de
couleur, plutôt sur de lui, grande gueule. Il rêve d’ouvrir une boîte de nuit
et n’hésite pas à engranger un peu d’argent avec de petits trafics qui
deviendront plus importants (et de fait plus dangereux) au fil du temps.
Henri est plein de bonne volonté, d’envie de réussir, de
s’installer dans un « chez lui ». Mais il se heurte rapidement à
quelques difficultés. Malgré tout, il s’accroche et une belle opportunité
s’offre à lui : devenir infirmier en psychiatrie. Le recrutement est
ouvert et la formation assez rapide. Pourquoi pas lui ? Il doit oser s’il
veut avancer.
C’est chose faite et il rencontre Sabine, une jeune femme
qui a quitté le Nord pour s’installer dans la capitale. Ensemble, ils
s’épaulent, se soutiennent et ont à cœur de construire une vie de couple
solide.
Henri rencontre d’autres expatriés comme lui, dont certains
ont des contacts avec le Bumidom (Bureau pour le développement des migrations
intéressant les départements d'outre-mer), un organisme public français créé en
1963 par le gouvernement de Georges Pompidou mais c’est loin d’être idyllique.
Beaucoup de promesses mais peu d’actes. Ce qui entraîne pas mal de
désillusions. La vie n’est pas facile
pour eux, les préjugés sont tenaces. Henri et Sabine le réalisent très vite
lors de leur recherche d’appartement. Certaines personnes sont racistes et se
méfient de lui.
Alternant les chapitres où Henri parle à la première
personne et ceux avec un narrateur, ce récit est très immersif. On est dans les
années soixante et l’atmosphère de cette période est retranscrite sans fausse
note. Estelle-Sarah Bulle emploie un vocabulaire recherché, sans être
ostentatoire. Les phrases sont bien construites et assez visuelles. On pourrait
facilement adapter son histoire en film.
Les différents protagonistes sont intéressants, même si
leurs caractères ne sont pas toujours approfondis. Le rythme est soutenu,
simplement avec les événements de la vie quotidienne qui interviennent et
modifient les plans de chacun.
Je me suis attachée à Henri et Sarah, Edna m’a semble
parfois un peu naïve, prête à croire « son » homme alors qu’il n’est
pas net… La mère de Sabine, Kath, une allemande qui vit en France est à
découvrir, son destin n’est pas banal et ses réactions encore moins. C’est un
personnage qui a du tempérament, du « fond ». La plupart des
personnes croisées dans ce roman essaient de se faire une place dans la société
française. Ce n’est pas aisé car les obstacles sont nombreux pour différentes
raisons : l’argent qui manque, le racisme, la jalousie, l’envie de plus
que ce qu’on peut avoir, etc ….
J’aime beaucoup le style de l’auteur, sa façon de construire
ses récits. Ce nouveau titre ne m’a pas déçue !

Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire