Les récidives
Auteur : Fabienne Périneau
Éditions : Récamier (27 août 2026)
ISBN : 978-2385772215
224 pages
Quatrième de couverture
Au cours d'un atelier théâtre dans une prison de femmes,
Alice, comédienne, rencontre une jeune détenue, Stella, dix-neuf ans, que tout
le monde appelle la petite boiteuse.
Peu de temps après sa libération, Stella disparaît.
Lorsqu'Alice la retrouvera, ce sera le choc.
Et si les récidives n'étaient pas celles que l'on croit ?
Mon avis
Ce soir-là, c’est la première pour Alice, elle sera seule en
scène. Seule ? Pas vraiment. Elle portera avec elle toutes les femmes qui
ont participé à l’atelier qu’elle a proposé, en prison. Elle a le trac, il lui
coupe les jambes, lui noue le ventre mais elle doit y arriver.
Pour toutes « ses sœurs » qui se sont exprimées
lorsqu’elle animait, accompagnée de Nelly, les rencontres. Ce projet, elle
avait osé l’envoyer au directeur de la prison, presque persuadée que ce serait :
non, pas possible, trop compliqué. Mais cet homme a dit oui, on va s’organiser,
demander les autorisations, mais attention, ce ne sera pas simple.
Elle a préparé au mieux le premier rendez-vous, se demandant
combien elles allaient être, si elles resteraient, si elles auraient envie de
continuer l’expérience.
Elles sont venues, un peu sur la défensive, mais elles ont
accroché et ont continué. Il faut dire qu’Alice, avec sa sensibilité a su non
seulement leur parler mais les écouter et surtout leur donner la parole. Neuf
femmes pendant trois semaines.
Elles ont « travaillé » à partir des textes de la
comédienne, puis en faisant des improvisations. Le thème général : la
féminité en prison. L’amour, l’amitié, les problèmes gynécologiques, la sexualité
etc. La féminité en milieu carcéral ? Est-ce que ça peut exister encore ?
Quand on passe derrière les murs, l’identité s’efface. Les enfants, les
conjoints, c’est lorsqu’il y a des visites ou avec quelques photos dans la
cellule, qu’on partage, donc l’intimité …. Enfermées pendant des semaines, des
mois, que reste-t-il de la capacité à aimer, à s’aimer ?
Elles n’ont pas toutes le même passé, le même vécu, le même
âge. Stella est la plus jeune, habillée de noir, à fleur de peau, révoltée mais
taiseuse le plus souvent. Alice s’attache à elle, lui demande d’être là pour la
représentation, puisqu’elle aura été libérée. Mais Stella n’est pas là… Au
téléphone, elle explique pourquoi et demande à Alice de lui rendre visite.
Quand elle veut la retrouver, Stella est partie. Alors Alice
prend la voiture et part à sa recherche. Le chemin est long, elle lui échappe
mais Alice continue la route…
Dans ce roman, on prend certaines situations en pleine face,
une réalité brute, crue, terrible. L’autrice nous plonge dans un récit porteur
de sens, avec quelques statistiques qui font froid dans le dos. Elle a su adapter
le phrasé aux différents personnages. Elle montre qu’on ne sort pas indemne d’un
séjour derrière les barreaux, l’étiquette reste collée à la peau et à la
sortie, la réinsertion est complexe. Oui, il vaut mieux éviter d’y aller mais
certains événements font qu’un jour, on se retrouve du mauvais côté, avec tout
ce que ça comporte de difficultés, de pertes de droit, d’autonomie, de respect …
Quand on a dérapé une fois, fréquenté les mauvaises
personnes, fait des erreurs, que reçoit-on de la société pour ne pas rechuter ?
Quel suivi est proposé ?
Le ton est très juste, l’écriture précise et vivante. Les
thèmes abordés sont intéressants dont les traumatismes de l’enfance qui, s’ils
n’excusent pas tout, peuvent fournir des pistes de réflexion.
Ce texte est puissant. À travers ce qu’on lit, on entend un
long cri entre les lignes, un cri d’alarme, un appel au secours, un plus jamais
ça, car les récidives sont trop nombreuses ….

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