Le diable rit avec nous
Auteur : Xavier-Marie Bonnot
Éditions : Récamier (20 Août 2026)
ISBN : 978-2385772086
352 pages
Quatrième de couverture
SS, nous rentrerons en France
Chantant le chant du Diable.
Avec nous hurle Satan
Et nous en rions volontiers.
(Chant de la division SS-Charlemagne)
Tout commence par une photographie oubliée. Et par une
rencontre. Celle d'un vieil homme, Charles Morin. Ancien de la Waffen-SS, passé
par la Légion des volontaires français contre le bolchevisme. Il accepte de
parler et de dire, sans détour ni repentir, ce qu'il a été. Face à lui, un
narrateur hanté par son histoire familiale, par les silences et les zones
grises d'un siècle ravagé.
Mon avis
Dans Faust, le diable rit, les hommes se perdent.
Ce roman ne juge pas, il met en lumière des faits mal ou peu
connus, des choses dont on peut être fier ou pas, suivant l’angle de vue. C’est
tout en nuances et subtilité que se déroule ce récit.
Le père du narrateur (né au Viêt-Nam) est décédé lorsqu’il
avait quatre ans, il sait qu’il a été journaliste. Il a plus profité de son
grand-père, Emile, d’ailleurs il l’admirait beaucoup. C’est à la mort de ce
dernier qu’il découvre une vieille photographie avec trois légionnaires. Quelques
mots, une date, au dos : Indochine, 1949, Charles Morin, premier à
gauche. Il se met en tête de retrouver cet homme pour comprendre pourquoi
son aïeul a gardé ce cliché.
C’est le début d’une enquête qui l’entraîne dans la grande Histoire
qui se mêle à celle des personnages. Il finit par rencontrer Charles Morin en
2000, plusieurs fois et il ouvre les yeux sur la face sombre de certains
français. On revisite le temps, de la première guerre mondiale à celle d’Indochine,
la position de certains soldats, leurs choix, plus ou moins bons, car ils ne
sont pas toujours conscients d’être manipulés (et cela doit nous mettre en
alerte car, de nos jours, sous prétexte d’idéologie, on vous retourne vite fait
le cerveau, la vigilance doit être accrue en permanence).
Charles Morin s’est engagé volontairement dans la Waffen-SS,
ces soldats d’élite « pour combattre le bolchévisme hors du territoire
dans les formations constituées par le gouvernement allemand. »
Mesurait-il au moment de signer tout ce que cela impliquait ?
Qu’a-t-on laissé faire sous prétexte de chasser le communisme ?
« Il y avait une rage en moi qui m’emmenait vers une
autre rive inexorablement. »
Une fois sur le terrain, c’est autre chose, cette armée
dépend des nazis et il faut obéir. Comment cet homme, fils d’un ancien poilu, a-t-il
pu se laisser embarquer là-dedans ? Comment s’en sortir ?
Il a rejoint la Légion étrangère sous une fausse identité,
et a croisé Emile…
Alternant des pans du passé avec les entretiens de 2000, l’auteur,
avec une écriture très clinique, nous offre un texte riche et documenté où des
faits réels croisent la route de protagonistes qui auraient pu exister. Il nous
confie la vie de ces individus avec beaucoup de doigté, d’intelligence, il nous
rappelle les travers des uns et des autres, le rôle des légionnaires en
Indochine, ces officiers qui étaient de nulle part. Bienvenus ou pas, ils se
cherchaient une identité, comme le narrateur.
Ce que découvre celui qui s’exprime n’est pas forcément
aussi lisse et propre qu’il l’imaginait. Faut-il rejeter ceux qui ont été pour
autant ? Qu’aurait-on fait à leur place ? En interrogeant les
souvenirs de Morin, Xavier-Marie Bonnot questionne nos mémoires, notre passé.
Et ce n’est pas tout le temps reluisant. Il le fait avec justesse, sans en
rajouter et c’est parfaitement dosé. Il maintient une forme de suspense car
Charles Morin distille ses informations par bribes, comme s’il était parfois gêné
de ce qu’il va partager. Cherche-t-il une forme de pardon ?
Puissant et intéressant, ce livre est une réussite !

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