"Neverhome" de Laird Hunt (Neverhome)

 

Neverhome (Neverhome)
Auteur : Laird Hunt
Traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Anne-Laure Tissut
Éditions : Bourgois (1er Octobre 2026)
ISBN : 978-2267060652
320 pages

Quatrième de couverture

Jamais Constance n'aurait imaginé quitter la vie humble et heureuse qu'elle menait dans sa ferme de l'Indiana. Mais quand éclate la guerre de Sécession, elle revêt à la place de son mari l'uniforme de soldat de l'Union. Sous le nom d'Ash Thompson, elle traverse des champs de bataille, manie les armes et boit du whisky, et deviendra tour à tour une héroïne, une légende populaire, une folle et une traîtresse à la cause américaine. Pourtant, au milieu du chaos, elle garde l'espoir de retourner un jour auprès de son compagnon. 

Mon avis

Combien de Constance ont choisi de se battre en prenant la place des hommes ? Combien se sont bandées la poitrine, ont enfilé des pantalons informes et ont pris les armes en mains ?
Parler d’elles, c’est leur donner une place dans l’Histoire, les « reconnaître ». Et si en plus c’est un auteur et pas une autrice qui prend la plume, c’est parfait !

Laird Hunt s’est glissé dans la peau de cette épouse, qui, après discussion, a imposé son choix à son mari. C’est lui qui resterait à la ferme et elle qui prendrait l’uniforme pour la guerre de Sécession. Elle le dit, il est fait de paille, elle d’acier… Deux ans loin de son foyer, dans des conditions terriblement difficiles, pour ne pas se faire prendre, que son corps ne la trahisse pas, cela vous change une femme…

Elle part, elle se fond dans le groupe.

« Nous étions des objets non identifiés qui avançaient avec des baïonnettes. »

Elle cache soigneusement ce qu’elle est (quelques femmes croisées, ici ou là, comprennent). Elle est forte, a de grandes mains, sait tirer donc elle passe inaperçue… Enfin, presque car quelques actes font qu’on la remarque. Mais pas le temps de s’attarder, il faut continuer à avancer.

L’écriture est toute en poésie. L’auteur ne s’appesantit pas sur les blessures, les coups durs, les horreurs. Il les nomme parce que tout a de l’importance dans le contexte. Mais il s’attache surtout à Constance, à ces moments où son esprit rêve, où elle se souvient. On découvre le lien qu’elle a avec son compagnon, leur rencontre, leur vie. On l’entend dialoguer avec sa mère défunte. On s’assoit ou on s’allonge près d’elle pour écouter la nature, regarder le ciel…. Des moments de répit où elle redevient une femme …. C’est beau …

Elle garde le contact avec son conjoint, elle lui écrit, racontant son quotidien. Il lui répond en l’appelant Ash, puisqu’elle a décidé de prendre ce prénom. Ils ne vivent rien en commun mais arrivent encore à échanger. Est-ce suffisant pour reprendre le cours de l’existence quand elle sera de retour ? Si le corps peut être indemne, qu’en est-il de l’esprit ? Quelles traces laissent les traumatismes vécus ?

L’écriture ciselée (merci à la traductrice), toute en nuances, nous offre de belles réflexions sur ce que vit et ressent Constance. Elle part, heureuse, parce qu’elle a envie de bouger, d’y aller, de voir ce que c’est, elle est courageuse et vit ce qu’elle veut. Son regard sur la guerre se modifie au fil des semaines, des mois. Elle garde la même personnalité, de battante, de femme entière qui ose mais au fil du temps son sens de l’observation, des situations et des personnes qu’elles croisent, est plus acéré et elle s’adapte, sans pour autant être malléable et modelable car c’est une femme de caractère ! (Et c’est pour ça qu’on l’aime !)

J’ai lu la première page de cette épopée magistrale et je n’ai plus lâché le livre, c’était impossible. Constance se livrait à moi et je ne pouvais que l’écouter, l’accompagner, la soutenir, lui sourire.

Inspiré de faits réels, Neverhome est pour moi un coup de cœur !


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