"Prisonnière des Bois Noirs" d'Erika Navilles

 

Prisonnière des Bois Noirs
Auteur : Érika Navilles
Éditions : Mot Passant (15 Octobre 2026)
ISBN : 978-2357922853
256 pages

Quatrième de couverture

Morages, petit village d’Auvergne perdu sous la neige au cœur des Bois-Noirs. Au bord d'un étang gelé, une femme est retrouvée battue à mort. Pour l’adjudant Jérémy Gervais, à la tête de la gendarmerie, l’affaire ravive un souvenir glaçant. Dix ans plus tôt, une autre femme a été assassinée dans les mêmes circonstances ! Jeune père du petit Tom avec lequel il peine à créer des liens, Gervais doute de tout, surtout de lui-même. Mais le temps presse. Et si le meurtrier s’en prenait à une autre victime ? Alors que l’inquiétude grandit, Murielle gère son café-épicerie et sa mère dont la mémoire vacille, sans se douter du danger qui rôde…Dans ces Bois-Noirs où la neige efface toute trace, Gervais va devoir affronter le blizzard pour découvrir ce que le village cache depuis trop longtemps…

Mon avis

Comme dans « Perdue dans les Bois Noirs », Érika Navilles a mis la nature au centre de son roman. C’est l’hiver, Noël approche, dans ce coin reculé d’Auvergne, la neige et le froid sont bien présents. Il fait nuit tôt, on circule mal, on frissonne, on a les pieds mouillés et les mains gelées. La forêt est sombre, les chemins et les routes peu praticables. Je me sentais frigorifiée tellement cette atmosphère est bien décrite. C’est très immersif.

Après le départ de son chef, Jérémy Gervais a pris la tête de la gendarmerie de Morages, une petite bourgade. Il travaille avec Samira Chambon. Il est marié à une agricultrice, bien occupée depuis son élection à la mairie et il est père d’un petit Tom, le plus souvent mutique sauf avec sa maman. D’ailleurs, le maître, à l’école le dit et le répète : cet enfant a un problème et le met mal à l’aise …

Jérémy n’a pas eu une enfance facile et cela se sent, c’est un homme tourmenté, torturé et le fait de ne pas savoir comment communiquer avec son fils n’arrange rien. Cela crée des tensions dans le couple et l’ambiance est un peu morose au sein du foyer, dialoguer devient compliqué…

Un corps est retrouvé, une femme battue à mort. Gervais doit mener l’enquête mais il se souvient d’une affaire semblable dix ans en arrière. Est-ce lié ? Ses pensées tournent en boucle, trop, car, préoccupé, il ne fait pas ce qu’il a promis à son épouse. Il ne sait pas par où commencer, qui interroger. Il faut qu’il s’organise, qu’il soit réfléchi, qu’il gère les priorités mais lesquelles ? Famille ? Travail ? Il ne veut rien négliger.

Dans le village, au gré des chapitres et de l’avancée de l’histoire, on fait connaissance avec Murielle responsable de la cantine, du café-épicerie, de sa mère malade d’Alzheimer et qui vient d’enterrer sa tante (et ses secrets ?). Elle n’a plus de vie personnelle avec tout ce qu’elle a à faire. Quelques demeures isolées abritent des habitants mystérieux. Comme souvent, dans des lieux un peu isolés, les non-dits, les ragots ont du pouvoir, trop sans doute, car ils gênent les investigations, perturbent ceux qui les écoutent et empêchent la découverte de la vérité.

L’autrice a bien construit son récit. Pas de temps mort, un contexte bien installé dès les premières pages, c’est d’ailleurs un point fort de son écriture, mettre en place des personnages, un décor qui prennent vie sous nos yeux.

Le style est fluide, les dialogues vifs. L’évolution des protagonistes est intéressante. J’ai apprécié d’avoir des explications sur le comportement des uns et des autres, de cerner leur caractère et les raisons qu’ils ont d’agir d’une façon ou d’une autre. Jérémy, notamment, est attachant dans son mal-être. L’enquête avance pas à pas. D’autres événements interviennent en parallèle, on cherche les liens éventuels, c’est captivant. J’aurais peut-être souhaité que la résolution soit moins rapide (sans doute parce que j’avais beaucoup de plaisir à lire) mais en même temps, je sais que ça ne pouvait pas être autrement.

Érika Navilles s’affirme de livre en livre, elle arrive à installer un suspense prenant qui donne envie de lire encore et encore et c’est très agréable pour la lectrice un peu boulimique que je suis !


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