"Retour aux sources" de Jean-Marie Palach



Titre : Retour aux sources
Auteur : Jean-Marie Palach
Éditions : Pavillon Noir (mars 2014)
Nombre de pages : 258
ISBN : 9782917843246

Quatrième de couverture

Dominique Nativel, un député proche du Président de la République française nouvellement élu, est poussé sous une rame du métro parisien, station Saint-François-Xavier, sur la ligne 13. Beaucoup de monde pouvait en vouloir à cet homme politique prometteur, qui multipliait les frasques extra conjugales et n’hésitait pas à dénoncer les dérives de personnages riches ou puissants. Le ministre de l’Intérieur charge la commissaire Clémence Malvoisin de débrouiller l’affaire, sans faire de vagues.Son enquête l’obligera à remonter aux sources de sa propre famille, sur l’île de La Réunion, où un destin cruel avait une première fois frappé Nativel, enfant.

Mon avis

En voyageant…

C’est entre la région parisienne, la Creuse et l’Île de la Réunion que Clémence Malvoisin, au corps bien fait et à la tête bien pleine, commissaire de choc, va mener l’enquête suite au décès de Dominique Nativel. Lui, c’était l’homme qui monte en politique, beau gosse, faisant des ravages dans le cœur des dames (bien que marié à une belle journaliste aux yeux bleus (je vous vois venir ;-) non, nous sommes bien dans un roman), passionné par son métier et ses dossiers. Une chute sur les rames du métro parisien, un soupçon de doute et voilà comment Clémence, qui devait partir en congés, se retrouve à questionner, sonder, chercher ….
Quelque temps plus tard, à des milliers de kilomètres de la capitale, une femme est retrouvée assassinée sur une plage réunionnaise. Quels liens entre les deux ? Dominique Nativel était un de ces fameux « enfants de la Creuse » (de jeunes enfants réunionnais avaient été envoyés en métropole pour repeupler les campagnes avec, bien entendu, des tas de promesses (retour sur l’île régulièrement, études etc…) qui n’ont pas été tenues…..), ils ont tous les deux un autre point commun … Pourtant, il semble difficile de comprendre ce qui peut relier ces deux affaires, si toutefois elles sont réellement en corrélation.

Clémence Malvoisin est une femme, et comme beaucoup d’entre nous (pardon messieurs ;-) quand elle a une idée en tête, elle ne l’a pas ailleurs. De ce fait, elle est opiniâtre, va au bout de ce qu’elle pense, creuse, réfléchit, interprète, revient en arrière, avance…jusqu’à comprendre les tenants et les aboutissants …. peu lui importe les kilomètres à parcourir, les ramifications se présentant à elle et l’obligeant à rencontrer de nouvelles personnes (elle va également entendre parler du gang Hamidovic…), elle prend le temps et ne baisse jamais les bras. Personnalité attachante, pas prétentieuse du tout, l’héroïne récurrente de Jean-Marie Palach a pris de la consistance depuis son roman « La conjuration des Masques ». Elle s’est « étoffée », ses relations avec les autres sont plus déterminées, comme si en « grandissant » dans le métier, elle avait pris de l’assurance. Les personnages qui gravitent autour d’elle ont chacun un attrait particulier sans qu’on sombre dans la caricature. J’ai eu un petit faible pour le chanteur/policier/ homme de lettres réunionnais ainsi que Maurice, le planton, peut-être parce qu’il « fait une période « thés » »….

Quant à l’écriture de l’auteur, elle s’est affirmée. Elle est fluide, agréable et intelligemment documentée. Je m’explique. Tout au long du livre, de nombreuses références apparaissent, plus ou moins importantes, plus ou moins indispensables aux investigations des fins limiers que sont Clémence et ses collègues, mais toutes parfaitement intégrées au contenu. Que ce soient les recettes de cuisine (cari saucisses ou poulet), le clan Hamidovic, la géographie de l’île de la Réunion (que j’ai eu un immense plaisir à retrouver), le maloya ou autre chose, chaque élément apporté est parfaitement à sa place, donnant une profondeur intéressante au contenu des chapitres.

Ce qui au départ pouvait sembler une enquête de routine va vite s’avérer complexe. Malgré tout, le style est rythmé « juste ce qu’il faut » et jamais le lecteur ne se sent perdu. J’ai beaucoup apprécié la construction du livre, amenant les protagonistes petit à petit, nous entraînant dans des voyages précis à la recherche de réponses aux nombreuses questions posées par tous ceux qui sont en recherche d’indices pour solutionner les mystères auxquels ils sont confrontés. La vérité n’est pas toujours celle qu’on croit et Jean-Marie Palach, tout en distillant quelques repères ça et là, nous emmènera dans différents lieux avant que nous comprenions ce qu’il en est…..

A quand le prochain opus et la joie de retrouver Clémence ?

NB : une mention particulière pour la page 184 où l’auteur nomme celui qui a changé mon regard sur la poésie : Paul Eluard ;-)

PS : en toile de fond sur la couverture…l’île de la Réunion et ses cirques….

"La conjuration des masques" de Jean-Marie Palach


Titre : La conjuration des masques
Auteur : Jean-Marie Palach
Éditions : Pavillon noir (Corsaire éditions) (Janvier 2012)
Collection : polars
Nombre de pages : 265


Quatrième de couverture

Lorsque le corps d’un jeune homme est découvert, un matin, dans son appartement parisien, la mise en scène macabre — un masque a été déposé sur le bas-ventre — convainc la commissaire Clémence Malvoisin, de la brigade criminelle, que l’affaire n’est pas ordinaire.
Deux autres victimes sont retrouvées. La commissaire comprend alors que la traque sera longue pour mettre fin à cette folle série. Une traque qui la conduira à Venise, sur les traces des grands artistes du seizième siècle et de Casanova et qui l’obligera à décrypter la logique du meurtrier pour mieux le confondre.

Mon avis

Bas les masques ! Que cachent-ils ?

Paris, Rome, Bruxelles, Venise … un masque à la signature particulière déposé sur le corps d’hommes assassinés, soigneusement choisis pour des raisons bien particulières…
Quels sont les points communs entre les différentes victimes ?
Qui agit dans l’ombre, pourquoi et dans quel but ? Que peut vouloir revendiquer l’assassin ?
Comment Venise la Sérénissime et son histoire ainsi que la peinture peuvent-elles être reliées à ces meurtres ?

C’est ce que Clémence Malvoisin, jeune femme commissaire, va être chargée de découvrir. A son équipe et à elle de mener l’enquête, de fouiner, d’observer, de rechercher, de déduire, de comprendre, d’aller plus loin que les apparences, et surtout d’anticiper pour éviter d’autres morts.

Pour un premier roman, l’auteur ne s’en sort pas mal.
L’écriture est alerte, abordable, le style agréable et facile d’accès.
Les descriptions rigoureuses si besoin mais sans fioriture inutile, les chapitres relativement courts donnent à l’ensemble un rythme aisé à suivre.

Le personnage de Clémence Malvoisin est assez bien cerné, tant sur le plan professionnel que familial. Elle a un tout petit côté « part d’ombre » qui permet de la rendre attachante.
Les différents individus qui gravitent autour d’elle ont eux aussi leurs propres caractéristiques qui permettent au lecteur de s’approprier le récit et ses protagonistes sans aucune difficulté.

Nous allons suivre l’enquête avec Clémence. Différentes recherches l’emmèneront à Bruxelles, Venise …. dans le but d’éclaircir la situation et de mieux interpréter les événements qui s’enchaînent dans ce qui semble être la logique d’un esprit tourmenté, malade et dangereux.

Les pages qui sont consacrées à Venise, à Casanova, au « peintre » Paolo Debenetti sont criantes de réalisme et de vérité, même si tout n’est pas vrai (mais nous sommes dans un roman).
En effet, l’auteur a su habilement mêler les quelques personnages ou faits ayant existé à d’autres de son invention, le tout dans une intrigue qui se tient.
Je l’avoue bien volontiers, ce sont ces feuilles que j’ai préférées. Dans ces passages, le roman me semblait plus « fourni », plus riche, plus intéressant.

Non pas que l’enquête et les diverses questions de Clémence Malvoisin ne m’ait pas intéressée. Mais dans ces extraits-là, il manquait « un petit supplément d’âme » à l’écriture.
Heureusement, pour étoffer un peu, Jean-Marie Palach distille quelques petites choses en plus : les doutes de Madame le Commissaire sur son couple, les interrogations sur son fils, les soupçons sur son collègue … mais tout ceci est simplement abordé, voire survolé. C’est peut-être dommage. Il y avait, à mon avis, matière à mieux faire. Mais c’est peut-être un choix de l’auteur.

J’aurais sans doute souhaité que l’écrivain décortique plus profondément les conclusions, les questions, les peurs, les dispositions d’esprit des uns et des autres. C’est un peu comme s’il y avait eu moins de « travail » de recherche dans le contenu, dans les mots, dans la structure des phrases pour le début du roman, alors que la fin, avec les diverses études puis déductions, reliées à Venise est très bien pensée et surtout bien amenée.

Tout ceci laisse à penser qu’un second roman sera encore meilleur puisque Jean-Marie Palach aura eu tout loisir de personnifier son style et d’approfondi le genre « roman ».

"Le théorème de l'uppercut" de Jean-Marie Palach


Le théorème de l’uppercut
Auteur : Jean-Marie Palach
Éditions : Daphnis et Chloé (Décembre 2015)
Illustration : Léa Rolland
ISBN :979-10-253-0049-7
309 pages

Quatrième de couverture

Gislain est professeur de mathématiques et ancien champion du monde de Kick Boxing. Quand il est affecté dans un lycée en banlieue parisienne, il pense retrouver la motivation qui lui manquait. Mais il découvre un monde auquel il ne s’attendait pas : professeurs suicidaires, proviseur psychopathe, élèves violents impliqués dans la mafia locale, un commissaire à la prostate capricieuse et son adjoint gravure de mode… Une chose est sûre, l’année scolaire sera mouvementée ! Heureusement que les réflexes d’ancien champion de Gislain ne sont pas encore trop loin…

Mon avis

La quatrième de couverture,  le dessin de la première page ainsi que le titre peuvent donner l’impression d’un livre léger.  Et bien, pas tant que ça….  Si l’écriture est teintée d’ironie de bon aloi et d’humour, elle n’en évoque  pas moins quelques sujets graves comme le harcèlement, les mauvaises influences chez les jeunes, la « vitrine » de certains établissements médicaux, le rôle de la police, la difficulté de certains  pour  trouver un sens à leur vie, la complexité des rapports humains et bien d’autres choses…..

C’est autour d’un établissement scolaire que gravitent les personnages de Jean-Marie Palach.  J’ai d’ailleurs énormément apprécié le microcosme ainsi présenté, très bien décrit (je suis enseignante, on s’y croirait), à tel point que je me suis demandée si, dans une autre vie, l’auteur n’avait pas été professeur lui-même !  Que ce soient les adultes ou les élèves, tous sont mis en place avec minutie et intelligence, intégrés dans l’intrigue lorsque c’est nécessaire. Ce sont, ce qu’on appelle communément, des personnages « hauts en couleurs », je préfère dire qu’ils ont du charisme. Un petit quelque chose qui leur donne « vie » et qui chuchote à l’oreille qu’une adaptation en film serait une excellente idée. Les différents protagonistes ont tous une place à part entière, une vision de ce qu’ils vivent intéressante et habilement décryptée par l’auteur. Les interactions entre les uns et les autres sont d’une grande richesse. Ce roman foisonne dans le bon sens d’une terme sans pour autant paraître embrouillé, confus ou rempli de longueurs.

Quelques professions sont « écorchés » gentiment… Combien d’hommes et de femmes gardent encore « la foi » dans le métier qu’ils ont choisi ? Combien sont encore capables de donner ce petit plus que Gislain, le professeur de mathématiques, offre à cette élève en qui personne ne croyait ? Combien sont-ils ces « oubliés », adultes ou jeunes, que l’on ne pense pas à regarder, vers qui on ne se penche plus parce qu’on n’a pas le temps ou parce qu’on ne sait pas comment ils vont réagir ? Ils sont nombreux à être évoqués, avec délicatesse et doigté, dans cet ouvrage. L’auteur a vraiment réussit ce joyeux mélange d’apparente légèreté tout en soutenant des propos sérieux qui entraîneront des réflexions profondes chez ceux qui liront entre les lignes.

Dès les premières pages, j’ai été intéressée par l’histoire, par les différents niveaux de présentation : le professeur et sa famille (son père et le personnel soignant, pas si loin d’une vérité bien dérangeante….), le professeur et ses collègues ou ses élèves, le professeur face aux autres…. Les relations entre les individus sont criantes de vérité, on croirait parfois regarder tout cela à travers une loupe. Les jeunes qui partent à la dérive m’ont interpellée et je me suis demandée si, nous les enseignants, nous faisions toujours ce qu’il faut pour les remettre à flots. Il faut bien l’avouer, parfois, on les croit perdus définitivement et si on n’a pas la « foi » de Gislain, qui s’occupera d’eux et que deviendront-ils ? Mais lorsqu’on lit que pour aller plus vite, l’infirmière met des couches au père de  Gislain et arrête la sonnette car elle n’aura pas le temps…on se dit qu’il y a bien des emplois où il y a beaucoup à revoir…..

Ce livre parle au cœur, à la tête également. C’est un roman qui s’ouvre sur l’espérance car des « Gislain », il en existe et il faut croire en eux pour qu’ils soient de plus en plus nombreux dans tous les postes. Afin que le mot « rendement » ne fasse jamais oublier celui qui doit venir avant : « humanité »….



"Soeurs brisées" de Jean-Marie Palach


Sœur brisées
Auteur : Jean-Marie Palach
Éditions : Daphnis et Chloé (5 novembre 2017)
ISBN : 979-1025300671
262 pages

Quatrième de couverture

Héloïse est une auteure prolifique et couronnée de succès. Terrée chez elle, elle puise son inspiration dans les drames qui ont bouleversé sa vie.
Sa jeune soeur, qui ignore quasiment tout de sa carrière littéraire, végète dans l'administration. Belle et séduisante, courtisée par de nombreux hommes, elle refuse de s'engager. Les deux femmes peinent à communiquer.

Mon avis

Je n’ai pas de sœur et  je préfère ne pas en avoir….. J’ai entendu des professeurs, lorsque j’étais collégienne ou lycéenne, dire à des camarades de classe : « Ah tu es la sœur de …, j’espère que tu seras aussi douée qu’elle mais ce sera difficile… » D’emblée, le poids de l’aînée était posée sur les épaules de la cadette ….. assumer une sororité pareille, quel fardeau ! C’était, déjà, avant même de la connaître, la positionner dans une posture délicate….

C’est un peu ce qui est arrivée à Faustine, la sœur d’Héloïse, une des deux protagonistes du dernier roman de Jean-Marie Palach.  Faustine a toujours entendu des remarques familiales sur le fait qu’elle était moins douée que sa sœur aînée. Qu’elle soit plus belle ne  l’a pas aidée, bien au contraire. Alors Faustine s’est appliquée à se faire oublier, à cloisonner, tant dans sa vie personnelle que dans sa vie professionnelle. Comme s’il lui était interdit d’exister en son nom propre, vivant dans l’ombre de la grande  dont elle ne parle jamais d’ailleurs.

Héloïse, ce n’est pas mieux, retranchée dans son passé, se nourrissant de son malheur dont elle s’inspire pour ses romans, elle ne vit pas, elle survit….

Les deux sœurs sont, chacune, bloquées dans leur vie, n’arrivant pas à communiquer sur ce qui les a fait souffrir. Quels événements pourront faire évoluer la situation et surtout comment vivront-elles un bouleversement pas forcément voulu et encore moins choisi ?

Explorant avec doigté, délicatesse et beaucoup de brio, les relations humaines, Jean-Marie Palach nous rappelle combien il est ardu de s’affranchir de son passé, du regard des autres, du poids de la culpabilité, des non-dits….. Ce qui se vit entre les deux frangines rejaillit forcément sur leur approche et leurs rapports avec les autres. Il faudra des interventions extérieures pour qu’elles puissent avancer mais à quel prix ? Vont-elles y laisser un peu d’elles, souffrir ?

Tout au long des chapitres, j’ai ressenti la détresse, le mal-être de ces femmes. Elle essaient de faire face, de cacher  ce qu’elles ressentent mais l’auteur à mots couverts, discrètement, nous dévoile leur personnalité et nous apprenons à les connaître, les comprendre, les apprécier chacune dans sa singularité…..

C’est un livre très bien écrit, qui parle, entre autres sujets,  des hommes et des femmes et de leur difficulté pour communiquer …. Jean-Marie Palach n’a rien d’un juge, d’un censeur, il se rapproche de l’âme de ses personnages et  il écoute avant de retranscrire sur le papier ce qu’il a entendu ….….




"Comme la fleur sur l’arbre" d'Amélie Lamiée


Comme la fleur sur l’arbre
Auteur : Amélie Lamiée
Éditions : LBS Sélection (3 Mai 2018)
ISBN : 978-2-37837-025-1
240 pages

Quatrième de couverture

Juliette, 6 ans, est accueillie par ses grands parents paternels suite au décès de ses parents dans un accident de voiture. Petite fille sensible et émotive, elle ressent un malaise chez eux au sujet du passé de son père. Elle se lie d'amitié avec Stéphane, petit garçon solitaire et ombrageux dont les parents tiennent une ferme dans un village voisin.

Mon avis

Infiniment touchant et délicat ….

Ses parents décédés dans un terrible accident de voiture alors que sa Maman était enceinte, Juliette se retrouve à l’âge de six ans chez ses grands-parents paternels à la campagne.  Ils l’élèvent « à l’ancienne », en étant hyper protecteurs, lui donnant des « codes » de vie d’une autre époque (ne pas appuyer ses mains sur la tapisserie de peur d’y laisser des traces etc ….). Juliette fait tout pour leur plaire, elle s’applique à être telle qu’ils la rêvent. Sa personnalité s’efface un peu sous les souhaits de son Papy et de sa Mamy Mais c’est parfois difficile car elle voudrait vivre autre chose. Elle devient ami avec Stéphane, le fils des fermiers voisins, qui est son compagnon de banc à l’école. Cela ne semble pas réjouir ses aïeux  et elle se demande bien pourquoi… En grandissant, elle rencontre Raymond, un vieil homme du village avec qui elle noue une étrange relation faite de respect, d’écoute et de partage, malgré la différence d’âge. Il l’aide à grandir, à s’affirmer, à comprendre qui elle est vraiment, à se poser les bonnes questions, dont une essentielle : subir ou agir ? Des drames jalonnent la vie de la jeune fille mais également des moments riches, forts, remplis d’ émotion. Des secrets de famille enfouis très loin finiront par ressurgir et il lui faudra faire face….

Dès les premières lignes, j’ai été captivée par ce roman. L’écriture est délicieuse, légère et profonde à la fois, c’est-à-dire faite de peu de mots mais de mots choisis, un peu comme un poème. Le style et le phrasé m’ont comblée, je me sentais plongée au cœur de cette histoire sans avoir aucune envie d’en sortir tant Juliette est attachante.  Amélie Lamiée a su donner vie à ses personnages avec beaucoup de doigté, de tendresse. Cette jeune Juliette, à fleur de mots, est une belle personne en devenir. Ses conversations avec le vieux Raymond sont un vrai chemin philosophique, une espèce de quête initiatique pour mieux se connaître, s’accepter, se découvrir puis  se dévoiler. Au début du recueil, Juliette est un petit bourgeon qui n’arrive pas à s’épanouir et dont les futures fleurs sont étouffées par la vie qu’on lui impose et puis, petit à petit, on la voit éclore, rayonner….. C’est infiniment touchant et délicat….

Amélie Lamiée a l’intelligence du cœur, celle qui permet de retranscrire et de transmettre une histoire en la rendant tellement vraie qu’on ne peut que chercher à donner la main aux protagonistes, ou leur prêter une oreille attentive, pour les accompagner sur le chemin de leur destinée…. J’ai aimé ce recueil parce que l’auteur a su m’offrir un moment de lecture très tendre, me donnant en cadeau la sérénité et la sagesse du vieux Raymond, qui murmurait à mon oreille attentive les mêmes conseils qu’à Juliette….

"Marche ou greffe !" d' Olivier Kourilsky


Marche ou greffe !
Auteur : Olivier Kourilsky
Éditions : Glyphe (Janvier 2018)
ISBN : 978-2352851035
270 pages

Quatrième de couverture

La vie personnelle du docteur Séverine Dombre, médecin responsable d'une unité de greffe rénale à Paris, est un désastre. Fille unique, très tôt orpheline, elle est incapable de nouer une relation amoureuse stable et n'entretient que des rapports distants et conflictuels avec son fils. Séverine est approchée par un groupe mafieux qui veut la contraindre à organiser une greffe de rein.

Mon avis

Médecin chef du service de néphrologie dialyse au centre hospitalier sud francilien de 1982 à 2009, Olivier Kourilsy (alias Docteur K) sait de quoi il parle lorsqu’il évoque les greffes de rein. Mais, attention, toute ressemblance avec des personnes etc… Pour autant, son livre a des accents de vérité et ce qu’il présente pourrait être plausible. N’a-t-on pas entendu parler plusieurs fois de trafics d’organes ? Heureusement, une réglementation sévère et sérieuse empêche toute dérive dans notre pays.

Séverine Dombre a perdu son père alors qu’elle n’avait que deux ans et sa mère au début de ses études de médecine. Très organisée et rigoureuse dans sa vie professionnelle, elle n’arrive pas à se fixer dans sa vie personnelle. Les aventures éphémères lui conviennent avec éventuellement une relation plus suivie en toile de fond mais toutefois épisodique. Elle a eu un fils Vincent, quand elle était très jeune. Ce dernier est un jeune adolescent qu’elle voit peu car il est élevé par son père. Sa vie ainsi structurée lui convient et elle s’en accommode. Mais ce fragile équilibre va être déstabilisé par la visite d’un malade à son cabinet. Un homme accompagné de « gardes du corps », traducteurs, exige une greffe de rein alors qu’il n’est en aucun cas prioritaire… Dans un premier temps, Séverine, honnête, refuse… Rapidement un chantage va se mettre en place et elle sera entraînée dans un tourbillon infernal…..mettant la vie de son fils en jeu…. Parallèlement à ce choix crucial : céder aux malfrats pour protéger Vincent ou demander de l’aide à la police au risque de le perdre, Séverine va partir sur les traces de son passé en Normandie. Au départ, c’est surtout histoire de faire quelque chose avec son rejeton mais  finalement cette balade l’entraînera bien plus loin que prévu.
Ce roman est très addictif et une fois commencé, je ne l’ai plus lâché. J’ai trouvé l’intrigue très bien construite. L’auteur ne se contente pas de nous relater les recherches de l’équipe du Commandant Chaudron concernant les différents « ennuis » qui arrivent au médecin. En effet, il nous fait découvrir également le passé de sa famille, la difficulté de sa relation de mère mais aussi son approche des hommes. Séverine est une femme de notre époque : forte et fragile à la fois, qui veut prendre son destin en mains, sans l’aide de quiconque, mais qui a parfois peur et ressent le besoin d’être protégée. Toute l’ambivalence féminine ! L'aspect psychologique de sa personnalité parfois complexe est parfaitement abordé. Le fait de mettre en parallèle  ces deux aspects : l’enquête actuelle et la découverte du passé, permet d’étoffer le recueil, de lui donner de la consistance et le récit n’est pas du tout superficiel. Et la fin est bluffante !

J’ai beaucoup apprécié ce roman, le milieu médical est un peu dévoilé (sans vocabulaire difficile), les personnages sont  bien décrits et l’angoisse que le docteur ressent monte aussi dans la poitrine du lecteur au fil des pages.


Le blog de l'auteur

"Un arbre, un jour..." de Karine Lambert


Un arbre, un jour …
Auteur : Karine Lambert
Éditions : Calmann-Lévy (Mai 2018)
ISBN :  9782702163245
265 pages

Quatrième de couverture

En ce matin de printemps, un avis d’abattage est cloué sur le platane centenaire qui ombrage ce village de Provence. Entraînés par un petit garçon effronté, sept habitants s’unissent pour découvrir qui souhaite la mort du géant.

Mon avis

« Un arbre qui tombe fait plus de bruit qu’une forêt qui pousse. »

Il a cent trois ans, et depuis cent ans il est installé sur la place du village. Témoin de la vie de plusieurs générations, il sait tout, voit tout, entend tout. Certains montent s’installer sur ses branches, d’autres s’adossent à lui, quelques un le serrent dans leur bras, il paraitrait même qu’on a vu des gens lui parler ..… Pourtant le maire a décidé d’abattre ce vénérable centenaire.  Pourquoi ? Un expert dit qu’il a perdu de sa solidité et qu’il ne va pas bien… Qui est-il ? Un platane….

Lorsqu’il s’exprime (en disant « je »), un fin dessin de feuille de platane nous prévient, si c’est un humain, il y a son nom en italiques avant que le narrateur ne parle. En tête de chapitres, des dates, la première, le 1er Mars, qui annonce l’abattage pour le 21 du même mois, date où on fête le printemps…  A-t-on idée d’ôter la vie à un végétal un jour pareil ?

 Ce gardien de la mémoire nous murmure à l’oreille des secrets car ses ramifications lui permettent de tout observer. Il ne sait rien de ce qui se trame pour sa mort programmée même s’il sent la fébrilité et l’agitation gagner la place où il habite et les alentours…. C’est Clément, un jeune garçon d’une dizaine d’années qui le premier s’insurge et s’essaie à la résistance. Il sera finalement suivi de quelques adultes. Chacun des habitants semble avoir un lien particulier, personnel, avec l’arbre. Nous avançons au rythme des jours, découvrant la vie des uns et des autres : deux sœurs âgées, la tenancière du bistrot PMU, une jeune femme qui se cherche, l’employé municipal, bien ennuyé de toute cette opposition et bien d’autres  … Une galerie de portraits comme les aime Karine Lambert. Des hommes et des femmes ordinaires qui par la force de la vie peuvent devenir extraordinaires….. Elle arrive à magnifier ceux qu’elle décrit, en quelques mots, bien choisis, bien pensés, elle les rend humains. Est-il vraiment utile et judicieux  de se battre pour un arbre ? A chacun sa vérité, mais cette situation fait causer et les gens du village se côtoient un peu plus par la force des choses.

L’écriture de l’auteur est à fleur d’écorce, à fleur de mots, elle est faite de petites touches légères qui vous effleurent comme un souffle, comme une caresse, et pénètrent pourtant au plus loin dans  votre esprit…. On peut croire qu’un tel thème est léger et pourtant, la lutte des habitants va faire ressurgir beaucoup de sentiments cachés, certains vont s’exprimer à cette occasion… L’arbre protecteur est devenu le déclencheur de liens beaucoup plus profonds. Il crée une communauté autour de lui et par l’énergie que les villageois déploient pour le sauver, il rayonne et unit ….

J’ai passé un moment doux et délicat avec cette lecture, comme une pause offerte au milieu de l’agitation. Je me suis ressourcée auprès de ce platane.

Une mention spéciale pour la couverture, qui comme le reste de cet opus, exprime beaucoup en quelques traits. Et si vous ne connaissez pas le livre et / ou le film « L’intelligence des arbres », je vous le conseille, il complètera cette lecture en vous rappelant qu’un arbre est un être vivant…..

NB : lu un premier Mai pluvieux, ce recueil a été un rayon de soleil au milieu d’une journée de grisaille. Merci  Madame Lambert!