"Manuel de survie à l'usage des incapables" de Thomas Gunzig

 

Manuel de survie à l'usage des incapables
Auteur : Thomas Gunzig
Éditions : Au Diable Vauvert (22 Août 2013)
ISBN : 978-2846264143
420 pages

Quatrième de couverture

Plaçant en exergue une citation d'Arnold Schwarzenegger, Thomas Gunzig revient au roman après cinq années de succès au théâtre, avec une dimension romanesque agrandie et un style plus drôle et ciselé que jamais. Comment un jeune employé malheureux, un assistant au rayon primeur, un baleinier compatissant et quatre frères, Blanc, Brun, Gris et Noir, quatre jeunes loups aux dents longues surentraînés et prêts à tout pour se faire une place au soleil, se retrouvent-ils liés par la conjonction fortuite d'un attentat frauduleux et d'un licenciement abusif ? On l'apprendra en suivant avec passion leurs aventures burlesques et noires dans les sinusoïdes étranges du destin, et leurs différentes façons de composer avec les sévères lois du cynisme contemporain.

Mon avis

Les œuvres de Thomas Gunzig sont souvent synonymes de titres hautement improbables et d’humour à décrypter.

Ce recueil n’échappe pas à la règle et ça passe ou ça casse …

Il faut être particulièrement bon public et se sentir prêt à voir sous le regard acide, tournant en dérision la société, une réflexion un peu plus avancée …

J’avoue que j’ai eu du mal à « entrer » dans le fonctionnement de l’auteur et je n’ai pas réellement pris de plaisir à la lecture.

Pourtant, il y a de l’idée, de la recherche et des références (entre autres Pumping Iron) mais tout cela ne m’a pas passionnée et mes zygomatiques sont restées statiques …

« Au moment où son système limbique noyait son organisme sous des litres d’adrénaline, son esprit était lui-même en proie à une confusion d’émotions aussi puissantes que contradictoires… » Même pas drôle….

Les personnages m’ont plutôt énervée sauf peut-être Marianne qui prend son destin en mains …

La première partie très courte m’avait semblé prometteuse mais pour moi, cela n’a pas duré …

Dommage


"Ville des Anges ou Le manteau de Freud" de Christa Wolf (The Overcoat of Dr Freud)

 

Ville des Anges ou Le manteau de Freud (The Overcoat of Dr Freud)
Auteur: Christa Wolf
Traduit de l’allemand par Alain Lance et Renate Lance-Otterbein
Éditions: Seuil (6 Septembre 2012)
ISBN: 978-2-02-104101-9
400 pages

Biographie de l'auteur

Née en 1929 en Prusse, Christa Wolf est l’un des plus grands écrivains de langue allemande. Son oeuvre, traduite dans le monde entier, a été largement distinguée en Allemagne par les prix les plus prestigieux : Prix national de la RDA, prix Georg Büchner, prix Thomas Mann et prix Uwe Johnson, parmi d’autres. Elle est décédée le 1er décembre 2011.

Quatrième de couverture

Los Angeles, la ville des anges.

La narratrice doit y séjourner neuf mois, au début des années 1990, après avoir obtenu une bourse de recherche. Il s’agit pour elle de percer un secret : dans quel but Emma, sa chère amie, lui a-t-elle remis avant de mourir une liasse de lettres qu’une certaine L., allemande comme elle, mais émigrée aux États-Unis, lui avait écrites ?

À la recherche de L. dans la ville des anges, donc. Là où trouvèrent refuge beaucoup d’émigrés allemands fuyant le nazisme. Brecht, Thomas Mann. Là où Christa Wolf elle-même s’installa deux ans après la réunification de l’Allemagne pour se protéger des incriminations qu’eurent alors à subir nombre de ceux qui étaient nés de l’autre côté du Mur.

La découverte de l’Amérique, anges et enfers, au moment même où l’Histoire ne laisse plus le choix et vous contraint à entreprendre un douloureux travail sur soi que l’éloignement permet enfin.

Mon avis

Christa Wolf, née le 18 mars 1929 et morte le 1er décembre 20111, est une romancière et essayiste allemande. C'est l'écrivain le plus célèbre de l'ex-République démocratique allemande. Elle a été encensée, aimée puis son attitude n’ayant pas toujours été comprise (notamment au moment de la réunification), elle a été démolie, critiquée. Une grande partie de son œuvre parle de la douleur d’un peuple qui ne sait pas se situer, comme elle, la citoyenne de RFA, un pays qui n’existe plus…..

C’est un roman aux accents de vérité et de réalisme, l’auteur a beau souligner que les personnages sont fictifs (sauf ceux existant réellement), on sent qu’elle a mis beaucoup d’elle dans ce livre… Ce n’est pas une lecture facile car le style est fort, les phrases parfois très longues mais le contenu est très intéressant.

L’Allemagne est réunifiée depuis trois ans et une jeune femme écrivain arrive aux Etats-Unis, pouvant y séjourner plusieurs mois car elle a reçu une bourse. Une relation allemande lui a donné, avant de mourir des lettres d’une amie exilée en Amérique qui ne signe que d’une initiale.

C’est la recherche de cette personne mystérieuse qui sert de filigrane à ce livre mais ce n’est pas l’essentiel…

Avec une écriture singulière où les dialogues sont « rapportés », comme « pensés », et jamais en style direct, Christa Wolf nous emmène sur les chemins tortueux de son esprit. Elle raconte son « enquête » mais c’est tout ce qui est « à côté » qui représente la force d’écriture de ce roman (je le redis : en est-il vraiment un ?)….

Christa Wolf nous entraîne à sa suite pour une longue réflexion sur la vie en Amérique, au gré de ses visites mais aussi en Allemagne de l’Est dans un passé plus ou moins proche…. Les espoirs, les désillusions, les combats, les doutes, le retour sur soi d’une femme…

Toute une vie ou presque…. Sa vie ?


"Le parfum de la tendresse" d'Alice Quinn

 

Le parfum de la tendresse
Auteur : Alice Quinn
Éditions : Alliage (1 juillet 2021)
ISBN : 978-2369100591
380 pages

Quatrième de couverture

Joseph Conté, cinquantenaire désenchanté, qualifié de trop gentil par ses collègues qui profitent de son hyper sensibilité, mène une vie discrète et solitaire entre son métier de prof et son chat. Si seulement sa fille acceptait de le revoir et de lui présenter son petit-fils ! Peut-être alors, parviendrait-il à faire la paix avec lui-même ?

Mon avis

Joseph est acariâtre, il traîne son pessimisme et sa grogne comme d’autres affichent leur bonne humeur. Lui, il essaie de devenir transparent, pour oublier que sa femme est décédée et qu’il se sent coupable, pour ne plus penser que sa fille, mère d’un petit garçon qu’il ne connaît pas, ne lui parle plus… Une vie fade, vide…. Alors, il la remplit en rendant service. C’est le prof qui accepte d’intervertir ses heures de cours, de dépanner les collègues, de faire plus. Bien sûr, il sait que les autres en profitent mais bon … lui personne ne l’attend à la maison…. On dirait presque qu’il entretient cet état de fait, il ne lutte pas si on oublie de lui rendre la monnaie, si on se moque de lui… Un de ses élèves l’intrigue et c’est peut-être la seule chose dans sa vie qui le sort de la monotonie.

Essayer de se battre, de changer le cours des événements, non, ce n’est pas pour lui. Pourtant, un coup de téléphone va chambouler son train-train, l’obliger à aller là où il n’avait jamais imaginé se rendre, au plus profond de lui-même. Déstabilisé, bousculé, bouleversé, que va faire cet homme ? Se laisser aller ? Réagir ? Attendre ?

Jo va puiser loin, très loin, en ayant des ressources insoupçonnées pour inverser le cours du destin, pour ne pas perdre de vue « la petite fleur espérance ». Le lecteur va observer cet homme qui, pas à pas, un jour après l’autre, petit à petit, accepte que l’autre, les autres, rentrent dans sa vie, une voisine impétueuse, des jeunes gens etc… La carapace se fissure, les bras s’ouvrent lentement, il avance Jo, c’est coûteux, difficile, mais il avance. L’appartement bien rangé, plutôt triste, devient vivant, « vibrant »…. Ce n’est plus comme s’il y avait quelqu’un de passage, il est « habité » dans tous les sens du mot.

Avec son écriture fluide et délicate, Alice Quinn campe un décor et des personnages de tous les jours. Des gens qu’on pourrait croiser ou connaître. Bien sûr, ils sont tous réunis et dans la vraie vie, ce serait un peu différent, moins « concentré » dans l’espace et le temps mais peu importe. Ses protagonistes sont de vrais être humains avec leurs défauts, leur qualités, leurs peurs, leurs faiblesses….mais la plupart ont une envie furieuse d’aider ceux qui sont en difficulté. C’est le style de livre qui vous réconcilie avec le genre humain.

L’auteur ne nie pas les moments difficiles de ceux qu’elle présente, elle ne pratique pas l’optimisme béat. Elle montre simplement qu’une main tendue, un geste amical, un peu d’écoute, peuvent modifier dans le bon sens le cours d’une vie. Elle rappelle qu’à plusieurs on est plus forts, que malgré les drames, la vie vaut la peine d’être vécue.

Son récit est beau. On a envie d’accompagner Jo sur le chemin du pardon, puis sur celui des rencontres qu’il fait, en lui soufflant à l’oreille de ne pas désespérer, de croire en l’homme, que demain est un autre jour et que le beau temps revient toujours après la pluie….


"Mauvaises eaux" d'Inger Wolf (Ondt Vand)

 

Mauvaises eaux (Ondt Vand)
Auteur : Inger Wolf
Traduit du danois par Alex Fouillet
Éditions Mirobole (12 Mars 2014)
ISBN : 979-1092145175
352 pages

Quatrième de couverture

Deux femmes disparaissent sans laisser de traces à Århus. Le même automne, un vieux paysan découvre dans son champ, sous un tas de pierres, deux valises. À l'intérieur, deux corps de femmes. La peau de la première victime présente une multitude de traces en « Y », comme autant de petites incisions ; les cheveux de la seconde sont piqués d'une fleur rarissime, qui pousse essentiellement dans les prairies américaines. En charge de l'enquête, le commissaire Daniel Trokic devra s'intéresser de près aux rituels d'Afrique noire, aux vieilles mines de charbon et aux sangsues.

Mon avis

Diablement ficelé….

Un polar nordique de plus ? Oui et non…

Oui pour le lieu, les nom et prénom de l’auteur, la météo….

Non pour les clichés, il n’y pas un seul enquêteur mais une équipe, c’est plus rapide que chez les autres et Inger Wolf a un style qui n’appartient qu’à elle….

Nous sommes à Århus, deuxième ville du Danemark, après Copenhague. Une équipe d’enquêteurs va devoir se pencher sur des faits pour le moins troublants : des disparitions de femmes et des marques suspectes sur leur corps lorsqu’elles sont retrouvées. Daniel Trokic, est le commissaire chargé de l’enquête. Un homme pas franchement heureux ni malheureux dont on sent que dès qu’il y a beaucoup de paperasses, que les choses deviennent trop linéaires ou ressemblent à une vie rangée, cela ne lui « correspond » plus… Il a à ses côtés Jasper, un adjoint efficace mais un peu secret, Lisa qui revient d’un congé maternité et qui a d’excellents talents de hacker ainsi que d’autres coéquipiers. Là va résider une des originalités du roman : on a affaire à une équipe composée d’individus très crédibles, tous différents mais qui vont œuvrer dans un même but : arrêter le tueur en série. Forcément travailler à plusieurs dans un espace assez restreint n’est pas toujours facile. On va donc retrouver des inimités, des tensions, petits, moyens ou grands soucis de tous les jours sans gros éclats de voix malgré tout. Trokic, Jasper et Lisa ont un rôle un peu plus mis en avant mais ils ont bien besoin de tous leurs collègues pour avancer dans l’enquête.

Soyons clair, une fois le mode opératoire du tueur mis à jour, on a froid partout et on se demande pourquoi, comment, et où l’auteur est allée chercher tout ça…brrrrrr…. La deuxième originalité sera donc là : la méthode utilisée par l’assassin et surtout l’explication de son choix…. C’est bien introduit et comme dans la « vraie vie », les indices arriveront petit à petit, il y aura des erreurs, des questionnements, des retours en arrière avant de comprendre et de réaliser que le poids du passé peut être très dangereux et influencer dans le mauvais sens les esprits fragiles…. Les explications apportées pour comprendre comment le meurtrier en est arrivé à agir ainsi sont captivantes par leurs côtés psychologiques. Inger Wolf aborde le profilage géographique et cela est une autre entrée intéressante.

La troisième originalité sera les ramifications de l’intrigue. On va aborder les coutumes ancestrales de certaines contrées d’Afrique, visiter de vieilles mines ….Et puis chaque fois qu’on croit être arrivés au but et avoir enfin trouvé et compris, un autre chemin se propose à nous pour nous égarer à nouveau. Tout cela est non seulement bien amené mais également bien conçu.

Quelques chapitres donnent la parole au tueur ou décortiquent ses actes installant une ambiance lourde. C’est difficile pour le lecteur qui prend les faits en pleine face et se sent terriblement impuissant puisqu’il ne peut rien dire aux enquêteurs…

L’écriture d’Inger Wolf n’est pas trop lente, elle est cadencée juste ce qu’il faut (contrairement à d’autres polars nordiques où le stylo de l’auteur doit être engourdi par le froid) apportant régulièrement des éléments nouveaux qui font rebondir l’enquête et donnent de nouvelles pistes aux policiers qui n’ont de cesse de résoudre le mystère. La plupart d’entre eux sont opiniâtres, volontaires, et aussi attachants. Les personnages et les situations sont bien installés, bien décrits et les indications pour cerner ce mystère imbitable seront distillées avec intelligence et à un bon rythme pour maintenir le lecteur dans le désir de comprendre, de savoir….

Un roman de très bonne facture et une écrivain danoise à suivre….

 


"La vie en chantier" de Pete Fromm (A job you mostly won’t know how to do)

 

La vie en chantier (A job you mostly won’t know how to do)
Auteur: Pete Fromm
Traduit de l’américain par Juliane Nivelt
Éditions: Gallmeister (5 Septembre 2019)
ISBN: 978-2351781968
384 pages

Quatrième de couverture

Marnie et Taz ont tout pour être heureux. Jeunes et énergiques, ils s'aiment, rient et travaillent ensemble. Lorsque Marnie apprend qu'elle est enceinte, leur vie s'en trouve bouleversée, mais le couple est prêt à relever le défi. Mais lorsque Marnie meurt en couches, Taz se retrouve seul face à un deuil impensable, avec sa fille nouvellement née sur les bras. Il plonge alors tête la première dans le monde inconnu et étrange de la paternité.

Mon avis

Résilience

Marnie et Taz ont tout pour être heureux malgré des fins de mois difficiles. Ils retapent une maison dans le Montana et essaient de gérer les factures. Lorsqu’elle est enceinte, ils sont bouleversés et ravis. Le jour où Midge nait, sa mère meurt. Un accident rarissime mais qui se produit parfois. Taz revient chez eux le cœur vide mais les bras pleins, portant un bébé fille dont il doit s’occuper. Plus rien n’existe à part ce nourrisson. Il s’oublie complètement.

Ce qui le tient debout c’est l’amour pour cet enfant, l’unique être vivant qui le raccroche au quotidien. Il vit au passé (mais vit-il vraiment ?), il voudrait apprivoiser le présent et, peut-être, un jour, se projeter dans l’avenir. Mais le chemin est long, très long….

Il est entouré d’amis dont Rudy, le plus fidèle, celui qui comprend ce qu’on ne lui dit pas, qui anticipe, qui est là. Il y a également sa belle-mère, puis Marko qui lui donne du travail (Taz est menuisier). Tous sont patients, attentifs, essayant de le sortir de son marasme, de l’empêcher de se noyer.

L’auteur égrène les jours, très serrés au début puis qui s’espacent, comme si on pouvait, pendant un temps lâcher la main de Taz, le laisser se débrouiller seul. Il chemine doucement, parfois bousculé par un camarade, ou la baby-sitter, des gens qui lui rappellent qu’il y a un futur, qu’il se doit de l’habiter un jour. Il se hasarde à aller vers les autres, à communiquer pour autre chose que le travail mais Marnie lui manque terriblement et il pense à elle. Il entend même ce qu’elle lui souffle à l’oreille, imaginant ses réactions, les anticipant.  On dirait qu’il ne s’autorise pas à vivre alors qu’elle n’est plus là.

« Vous n’avez jamais eu l’impression que faire le moindre pas en avant serait … mal ? Une sorte de trahison ? »

Et que même si on sent qu’il faut avancer, l’autre est toujours là, non ?

Il est seul, terriblement seul face à son malheur malgré la présence aimante et discrète de ceux qui le soutiennent.

Au bout d’un an, il se surprend à être sur le point d’éclater de rire. En a-t-il le droit ? Le remords ne va-t-il pas lui tomber dessus s’il se laisse aller à sourire, à se distraire, à vivre « normalement » ?

Certains esprits chagrins ne manqueront pas de dire qu’il ne se passe rien dans ce roman, que la fin est prévisible. L’essentiel est ailleurs. Il est dans l’écriture de Pete Fromm, lumineuse, sensible, délicate. La traductrice, Juliane Nivelt, fait un travail remarquable. Elle sait trouver les mots justes, ne rien briser de cette espèce « d’intimité psychologique » dans laquelle nous pénétrons. Ni voyeurisme, ni pathos, une vie pas facile, où chaque jour passé est une victoire sur l’adversité.

L’auteur sait parler de la souffrance. Avec des faits que l’on peut qualifier d’ordinaires, il décrit, analyse chaque échange, chaque geste. Il parle de la vie et de la mort comme peu de personnes savent le faire. Je suis sous le charme de son écriture, de ses intonations. C’est comme s’il me murmurait son texte à l’oreille. Je suis chaque fois « imbibée » de ses personnages. Sans doute parce qu’il les rend palpables et qu’en peu de pages, ils deviennent « familiers ». D’ailleurs, il n’y a pas pléthore d’individus, certains sont dans l’ombre, font quelques apparitions, sans plus d’importance que ça… Et puis, sous-jacent, il y a le rapport à la nature, le lien inexplicable qui se tisse entre le coin secret de Marnie et Taz, réinventant le passé pour le transformer en présent qui deviendra au fil du temps un futur, non pas en chantier, mais à réinventer.

 

 

 


"Constellation" d'Adrien Bosc

 

Constellation
Auteur : Adrien Bosc
Éditions :  Stock (20 août 2014)
ISBN:9782234077317
200 pages

Quatrième de couverture

Le 27 octobre 1949, le nouvel avion d’Air France, le Constellation, lancé par l’extravagant M. Howard Hughes, accueille trente-sept passagers. Le 28 octobre, l’avion ne répond plus à la tour de contrôle. Il a disparu en descendant sur l’île Santa Maria, dans l’archipel des Açores. Aucun survivant. La question que pose Adrien Bosc dans cet ambitieux premier roman n’est pas tant comment, mais pourquoi?

Mon avis

"La puissance discrète du hasard…. "

Constellation, c’est un nom pour rêver, pas pour mourir…

Et pourtant, l’avion nommé ainsi fut le cercueil de quarante-huit personnes. Des célèbres comme Marcel Cerdan ou Ginette Neveu, d’autres plus ou moins connus, et enfin des anonymes passés à la postérité par un curieux concours de circonstances (places échangées ou autres …) Ils ont pris cet avion pour de bonnes raisons mais aucun d’un ne partait en vacances. A l’époque, on utilisait moins ce mode de transport et investir dans un tel voyage n’était pas donné à tout le monde. Ils sont là, vivant sous nos yeux, tant l’auteur les replace chacun dans le contexte les ayant amenés à prendre ce vol puis ………… d’un coup, c’est le silence…. La disparition et les questions…..

L’écriture est incisive, précise, pas de voyeurisme. Une fine analyse des faits expliquant la présence de toutes ces personnes à l’instant T au même endroit. Un roman court, au ton juste car il est inutile d’en faire trop. Est-ce un hommage aux victimes ? Je ne le vois pas comme cela, simplement un regard sur un fait d’actualités des années après….

NB : J’ai beaucoup apprécié le post-scriptum


"Léon Gavet, Je vous écris des Samoa : Un demi-siècle de correspondance inédite 1858 - 1909 venue de la lointaine Océanie" de Serge Tcherkézoff (Préface), Mireille Dodart-de l'Hermuzière (Compilateur)

 

Léon Gavet, Je vous écris des Samoa :
Un demi-siècle de correspondance inédite 1858 - 1909 venue de la lointaine Océanie
Auteurs : Serge Tcherkézoff (Préface), Mireille Dodart-de l'Hermuzière (Compilateur)
Éditions : du Volcan (9 Février 2021)
ISBN : 979-1097339272
660 pages

Quatrième de couverture

Cette correspondance, présentée dans l'ordre chronologique de l'envoi des courriers, offre le tableau de la vie de Léon Gavet, missionnaire mariste aux îles Samoa, sur une période de 51 années de 1858 à 1909. Il y relate son voyage de 16 500 km dans des conditions précaires, puis, outre son travail apostolique auprès des populations indigènes, les menus faits de son quotidien, les événements majeurs en France et dans le monde, les luttes pour le pouvoir des grandes puissances : États-Unis, Angleterre, Allemagne, les guerres civiles des chefferies locales.

Mon avis

J’ai toujours considéré (et c’est encore vrai) qu’une lettre était un cadeau. Prendre le temps de choisir le papier (ou la carte), le stylo, se poser, chercher les mots, penser à celui ou celle qui recevra, offrir ainsi un peu de soi, son temps, ses pensées, partager….

Dans ce magnifique ouvrage, Nous retrouvons les lettres que Léon Gavet, mariste aux îles Samoa, a écrit à sa famille, ses connaissances pendant une cinquantaine d’années. Excellent travail de compilation, elles nous sont dévoilées dans l’ordre chronologique. Quelques photos en noir et blanc illustrent cette présentation complète, il y a même une copie d’une lettre de sa fine écriture et on imagine qu’il a fallu beaucoup de patience (et de temps) pour retrouver ces courriers, les classer et surtout les retranscrire pour que le lecteur les découvre.

Cet homme, animé d’une foi inébranlable, était parti évangéliser là-bas, loin de chez lui et de ses racines. Le voyage en bateau a duré deux mois. Les lettres arrivaient et partaient de façon aléatoire, deux fois l’an ou parfois plus souvent et il fallait plusieurs mois d’attente avant qu’il reçoive une réponse. Jamais il ne se plaint, au contraire, il écrit toujours qu’il ne veut pas qu’on s’inquiète pour lui. Il raconte d’une plume fine, avec une pointe de dérision son quotidien, ses rencontres, les réceptions, les mœurs différents (dont l’utilisation du mouchoir qui m’a amusée), la place de la religion dans ses journées. On devine que c’est quelques fois difficile car il est isolé et que les liens à construire ne sont pas évidents. Il ne juge pas les autochtones, il fait tout pour les comprendre, s’habituer à leur façon d’être sans les braquer, ni les faire fuir.

« Mais au milieu de ces inconvénients, le cœur de missionnaire se plaît à voir l’œuvre de Dieu dans les âmes. »

Ceux qu’il nomme au début « les sauvages » (sans note péjorative, simplement parce qu’il le ressent ainsi par méconnaissance de ces personnes), deviennent au fil des écrits : des fidèles, des brebis, puis une famille. On constate l’évolution du regard de Léon Gavet qui a vu ces hommes et ces femmes venir à lui, grandir, se marier, avoir des enfants, s’éloigner ou mourir. Il a connu plusieurs lieux de résidence dans le même secteur géographique, l’obligeant ainsi à réapprivoiser d’autres personnes, à se faire accepter, ce qu’il vit avec plus de facilité au fil du temps. Le lecteur le sent vieillir, sa compréhension des peuples devient de plus en plus affutée, il se fatigue plus vite mais il garde une écriture alerte, fascinante, analysant les faits sur place avec des détails savoureux mais également à distance. Il ne reste pas centré sur sa personne, il parle de ceux qu’il côtoie, de ce qu’il fait, et quand il rédige il a toujours un petit mot attentif pour celui qui recevra et pour tous ceux qu’il connaît.

Léon Gavet était un homme d’une grande humanité, humble et à l’écoute. J’ai eu énormément de plaisir à découvrir ses courriers. Je n’ai pas eu l’impression d’aller trop loin dans son intimité tant le contenu de ses messages donne de la place aux autres dans le partage et le respect. C’est une merveilleuse découverte d’une vie et pas n’importe laquelle. C’est dépaysant et enrichissant. Je suis impressionnée (et admirative) par la fidélité qu’a eu ce missionnaire envers tous ces correspondants.