"Le refuge des affligés" de Céline Servat

 

Le refuge des affligés
Auteur : Céline Servat
Éditions : Taurnada (12 Février 2026)
ISBN :  978-2372581776
258 pages

Quatrième de couverture

Alors que Gabrielle, gendarme à la brigade de recherches de Muret, enquête sur le meurtre atypique d'un SDF, Marco et son amie Manue participent à une retraite spirituelle.
Mais rien ne se passe comme prévu dans ce coin perdu des Pyrénées, et le besoin de se ressourcer est compromis par le meurtre de l'un des occupants des lieux…

Mon avis

Dans ce roman, j’ai retrouvé des personnages que l’auteur a déjà présentés mais les livres peuvent se lire indépendamment.

Deux lieues s’opposent dans ce récit. La ville de Muret, proche de Toulouse, où un homme, sans domicile fixe, a été assassiné. Une bâtisse isolée dans les Pyrénées, près du hameau de la Henne Morte, où est organisée une retraite spirituelle.

Pour le SDF, c’est Gabrielle Leseigneur et son équipe de gendarmes, dont Frank Deluc (en couple avec Manue), qui mènent les investigations. Ils ne trouvent pas grand-chose et la question est de savoir s’il vaut mieux persévérer ou abandonner.  Un SDF, c’est un individu dont personne ne se soucie, alors à quoi bon chercher le tueur ? Il s’agit, peut-être, d’un règlement de comptes entre laissés pour compte et inutile de s’obstiner.

De l’autre côté, c’est Manue qui a eu l’idée du séjour. Son pote Marco souffre de stress, voire plus certaines fois, et elle se dit que l’aide qu’ils vont trouver au « refuge » sera bénéfique. Mais elle sait bien que son ami n’appréciera pas ce genre d’initiative donc elle n’a pas été très honnête avec lui et lui a parlé d’une semaine de thalasso… Lorsqu’il découvre sa « surprise », il n’est pas content mais c’est trop tard pour faire machine arrière. Les voilà, tous les deux, avec d’autres participants, en petit groupe, sous la tutelle de Vazken et Eve (les organisateurs), aidés d’un peu de personnel pour les tâches annexes (cuisine, jardin etc.)

Dans ce coin paumé, c’est presque un huis clos. Pas de moyens de communication (le téléphone ne passe pas, pas d’internet…), des séances pour se sentir mieux : yoga, méditation, sophrologie, lithothérapie et bien d’autres, des repas frugaux etc. Marco a faim, ne se sent pas toujours en phase avec ce qu’il vit. Chacun est un peu sous tension (Avoir le ventre creux n’arrange sûrement rien…) et les relations sont parfois source de tension.

Lorsqu’une des personnes présentes dans ce lieu est retrouvée morte, l’ambiance devient carrément délétère. Les enquêteurs du coin viennent mais Frank, ayant très peur pour sa compagne, réussit à se glisser parmi les visiteurs. Il est sur tous les fronts puisqu’il gère également des investigations pour le SDF.

L’auteur a su mener son récit de main de maître. Les deux intrigues se suivent sans problème, on ne se mélange pas. J’ai particulièrement apprécié les descriptions de la « retraite ». C’est très réaliste, entre les conseils des gourous, les élèves qui ne disent pas tout (et surtout pas la vérité), les grignotages en cachette quand c’est possible (et en plus, ça permet de voir ce qu’on vous tait), le manque ressenti quand on ne peut ni appeler, ni « textoter »…. Chacun réagit avec ce qu’il est et là aussi, les émotions sont bien décrites.

La construction, alternant les deux endroits, avec quelques retours en arrière pour qu’on cerne mieux les personnalités, est intéressante et bien faite. Le style est fluide, les dialogues éclairent sur certains faits et donnent parfois une idée du caractère des protagonistes. Les indices arrivent petit à petit et relancent le texte pour donner du rythme.

C’est un excellent moment de lecture et une histoire équilibrée et maîtrisée.


"Noir Alpha" de Marco Pianelli

Noir Alpha
Auteur : Marco Pianelli
Éditions : du 38 (23 Janvier 2026)
ISBN : 978-2384832743
200 pages

Quatrième de couverture

Depuis qu’il a quitté Genève, Mano Lander avance sans but, lesté de colère et de solitude. Ancien commando rompu à la guerre, il n’est plus qu’un fugitif silencieux, porté par l’instinct. Mais sur une route noyée de pluie, en pleine nuit, sa trajectoire croise celle d’une fillette terrorisée, pourchassée dans les bois. En la sauvant, il pénètre malgré lui au cœur d’un drame qui dépasse ce qu’il imaginait.

Mon avis

Des phrases courtes. Des mots qui claquent. Comme ça. Sans concession, sans fioriture. Comme autant de clous qui s’enfoncent et marquent. Simplement pour dire ce qui est.
De l’action. Parfois un cri, ou un silence qui contient toute la tension de chaque instant. On en prend plein les yeux. Plein la tête. Plein le cœur aussi. Ça fait mouche.

Lorsque je lis Marco Pianelli, je suis en apnée. Je retiens mon souffle, je serre les poings, je ne fais pas de bruit pour rester immergée dans le récit. Son style est totalement maîtrisé pour sublimer chaque émotion. On peut croire, si on feuillette rapidement le livre, que la violence est omniprésente, que certains ne pensent qu’à se battre mais ce n’est pas ça du tout. Tout un panel de sentiments explose entre les lignes et les répits, s’ils sont courts, expriment tout ce qui n’est pas dit par le personnage principal, tout ce qui n’est pas écrit.

Parce que Mano (cette fois-ci il s’appelle Mano, mais ça pourrait être Paco ou un autre nom, peu importe, ce qui est important, c’est ce qu’il est, ce qu’il veut, au plus profond de lui-même) c’est un taiseux, pas le genre à s’épancher, pas le genre à raconter. On en sait un peu plus sur lui à chaque tome mais ce n’est pas grand-chose. Une enfance cabossée, à voir souffrir sa mère sans pouvoir faire quoi que ce soit, un passé dans les forces spéciales et un besoin exacerbé de justice. C’est même plus qu’un besoin, c’est vital. Il ne supporte pas les conditions injustes et dans ces cas-là, il agit. C’est plus fort que lui, il le faut. Il ne peut plus réparer les morts qu’il a vu souffrir et qu’il aurait voulu aider, alors il répare les vivants. Il les accompagne jusqu’à ce que justice soit faite et il continue sa route lorsque tout lui semble correct.

Il sort d’une histoire pas facile Mano. Il a beaucoup donné de lui, de son énergie. Il a réussi à s’en sortir, à remettre les choses en ordre. Maintenant il aspire à se poser un peu. Il roule sans but si ce n’est celui de trouver un coin tranquille. La nuit est froide, pluvieuse, la route noire, les alentours sombres. Pas âme qui vive, le bitume et l’ondée forte, tenace. Notre baroudeur roule mais en habitué des situations ardues, il est vigilant, constamment aux aguets. C’est comme ça qu’il aperçoit une fillette poursuivie par un homme. C’est tout à fait le genre de fait qui l’insupporte. Il ne peut pas poursuivre son voyage. Il intervient sans savoir où il met les pieds et les poings, sans mesurer les conséquences. Je crois, d’ailleurs, qu’il s’en fiche. Ce qu’il comprend, c’est que ça ne va pas, que certains abusent de leur pouvoir et que d’autres subissent. Il sait que quelques-uns portent le Mal en eux. Et ce n’est pas ce qui lui semble équitable, alors il s’en mêle. Pas forcément bien accueilli par les victimes qui se méfient de ce baraqué qui ne dit rien sur lui, qui est doté d’une force surhumaine, qui sent, à l’instinct, ce qu’on lui cache. Ils aimeraient savoir qui il est mais il ne partage rien ou si peu. Il rencontrera le Mal incarné et devra se battre. Peut-il s’en sortir encore une fois ?

Je ne suis pas très attirée par les gros costauds, mais Mano a quelque chose en plus de son physique. Son calme face à n’importe quel événement, son sens de l’observation, son regard qui assure et rassure, sa volonté inépuisable de remettre le bien au centre, de chasser le mal sous toutes ses formes. Il est attachant et je l’aime beaucoup.

Avec son écriture puissante, son rythme rapide sans temps mort, son intrigue reliée à des faits qui pourraient être d’actualité, ses protagonistes bien campés, ses rebondissements à bon escient, l’auteur m’a, une nouvelle fois, scotchée dans mon canapé.

Je ne m’en lasse pas ! C’est quand le prochain ?  

 NB : bravo pour les débuts de chapitre avec un design bien pensé !

 

"Clifton - Tome 13 : Matoutou-Falaise" de Bédu & De Groot

 

Matoutou-Falaise
Clifton numéro 13
Auteurs : Bédu & De Groot
Éditions : du Lombard (7 Juin 1996)
ISBN : 978-2803607655
50 pages

Quatrième de couverture

En vacances en Martinique, Clifton a reçu l’ordre de rechercher un agent du Service de renseignement qui ne donne plus signe de vie. Il le trouve moribond au pied du Matoutou-Falaise.

Mon avis

Clifton est en vacances en Martinique, hôtel avec piscine, soleil et belles nanas Ça lui va bien ! Mais voilà qu’il reçoit un appel du bureau. Un des leurs, détaché sur place, ne donne plus de nouvelles alors qu’il téléphone chaque jour à dix heures.

Les congés ne sont plus d’actualité et notre détective file chez le gars en question. Après avoir fouillé un peu, il trouve une carte et décide de se rendre au lieu indiqué. Il retrouve le disparu bien mal en point. À lui de mener l’enquête de récupérer des documents top-secrets.

Dans cette nouvelle enquête, Clifton est assez seul mais il trouve quelques alliés pour avancer ses pions. Il a toujours cette fâcheuse tendance à vouloir faire le joli cœur. Une belle femme et sa moustache frétille de contentement, qu’il se méfie !

Ce n’est pas, à mon sens, un des scénarios les plus travaillés mais ça reste intéressant. L’humour british est un peu moins présent.

Les dessins sont ceux que je préfère. J’ai passé un bon moment !


"Je ne suis pas là pour ça" de Iain Levison (The Portrait of Ella)

 

Je ne suis pas là pour ça (The Portrait of Ella)
Auteur : Iain Levison
Traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Emmanuelle et Philippe Aronson
Éditions : Liana Levi (5 Mars 2026)
ISBN : 979-1034912063
120 pages

Quatrième de couverture

Dans un restaurant new yorkais, Ella a rendez-vous avec sa meilleure amie, Prahla, une riche héritière, qui doit lui présenter Lucien, son nouveau petit ami. À la fin du repas, un vieil homme se lève, tend à Ella un dessin, et sort. C’est un portrait d’elle, pris sur le vif. Si beau que Lucien se demande si ce n’est pas là un authentique Montrose, cet artiste mystérieux qui a toujours choisi ses modèles dans les lieux publics, et dont on a perdu la trace. Sa cote, dès lors, n’a cessé de monter. Et si l’artiste était encore vivant et en activité ? Quelle aubaine pour Lucien ! Il pourrait en tirer beaucoup d’argent …

Mon avis

Cet auteur n’en finit pas de m’étonner. Le point commun de ses romans est de partir d’un fait banal, tout à fait ordinaire. Ensuite, tout se met à dérailler à cause des choix que font certaines personnes. C’est toute le temps surprenant et totalement jubilatoire. Cette fois-ci en cent-vingt pages, il plante une histoire et toutes les conséquences des décisions de chacun.

Prahla a un père très riche, elle habite un appartement très classe dans un immeuble qui appartient à son paternel. Il voudrait qu’elle se range, qu’elle rentre dans le rang, qu’elle ait une activité professionnelle en lien avec son milieu et qu’elle épouse un homme digne d’elle. Prahla n’a pas envie de ce chemin lisse, déjà tracé, de suivre ce que souhaite son papa. Alors, pour affirmer sa personnalité, son caractère, elle prend des petits amis qui, elle le sait, ne correspondent en rien aux critères de sélection de sa famille. C’est sa façon à elle de se rebeller, de montrer qu’elle est adulte, capable de savoir ce qui est bon pour elle. Et tant qu’à faire, elle cherche à choquer donc ses « fiancés » déplaisent aux siens et à ses amis.

Parmi ces derniers, il y a Ella, sa best friend. Lorsque Prahla lui annonce une nouvelle conquête, la plupart du temps, elle sait qu’elle n’appréciera pas le dernier « fiancé » élu. Mais elle essaie de faire bonne figure. Après tout, ce n’est pas elle qui est concernée… Cette fois-ci, elles ont rendez-vous dans un bar restaurant et elle sait qu’elle va faire connaissance de Lucien. Le couple arrive. Comme toujours, sa copine semble très amoureuse. Lui, elle ne le sent pas. Il en fait trop, limite obséquieux…. Mais Ella fait tout pour ne pas montrer son ressenti. Elle observe et voit deux hommes, l’un les regarde attentivement et dessine, l’autre semble les surveiller. Se fait-elle des idées ? Ou y-a-t-il, déjà, anguille sous roche ?

Avant de sortir, celui qui tenait un crayon lui remet, sans un mot, un croquis magnifique la représentant. Les deux filles regardent cette image (Lucien est parti au boulot). Ella l’emporte chez elle et l’accroche au réfrigérateur avec des aimants. Elle part quelques jours, confie ses clés et son chat à Prahla. Celle-ci vient nourrir le matou avec son chéri. Et c’est là qu’il réalise que cette feuille de papier vaut, peut-être, une fortune ! Pourquoi ? Il a l’impression que c’est un « Montrose », cet artiste qui dessinait pour le plaisir et offrait ses tableaux à ceux qu’il avait représentés sans demander une quelconque contrepartie.

Il sait qu’il peut gagner beaucoup en le vendant et il n’a pas envie de partager. Mais plusieurs problèmes se présentent à lui. Comment récupérer le croquis ? Comment l’authentifier et que faire si c’est un vrai ou un faux ? Que dire aux deux amies ? Avec qui négocier ? Je ne rajouterai pas « Que faire de l’argent ? » car pour cela, Lucien ne manque pas d’idées.

Ce récit, parfaitement agencé, se déroule avec une logique impitoyable. Les événements s’enchaînent, rien de vraiment saugrenu, c’est la force de l’auteur, un grain de sable, une personne qui arrive plus tôt que prévu et tous les plans changent. J’aime énormément cette façon de faire en partant de trois fois rien.

L’écriture est directe, simple et précise, les mots font mouche (merci aux traducteurs). C’est une fine observation des différentes scènes et des relations humaines. J’ai découvert que certains individus étaient très futés alors que je les pensais un peu en retrait. Iain Levison montre, avec intelligence, qu’on peut être manipulé, il le fait avec les protagonistes mais également avec nous, lecteurs.

Encore une belle découverte !

NB : j’ai volontairement raccourci la quatrième de couverture.


"Les naufragés de la mère" de Laïna Hadengue

 

Les naufragés de la mère
Auteur : Laïna Hadengue
Éditions : Douro (2 mars 2026)
ISBN :  978-2384065981
338 pages

Quatrième de couverture

« D’abord, il y a son absence, suivie d'un silence abyssal. C'est comme une déflagration, un coup de tonnerre, un big bang, et puis plus rien. » Délaissée, confrontée au sentiment d'abandon maternel et constamment déçue dans sa quête affective, Iris, engagée dans un corps à corps impossible avec sa mère narcissique et manipulatrice, parviendra-t-elle à se libérer de son emprise ? En marge de la tourmente familiale, la création devient son refuge, un pont dressé au-dessus du chaos. L'art suffira-t-il pour infléchir son destin ? L'amour sera-t-il le phare qui la sauvera du naufrage ?

Mon avis

Laïna Hadengue, née en 1962 à Valence, est une artiste peintre, plasticienne et vidéaste autodidacte. Elle expose dans de nombreux pays. Elle écrit depuis toujours.

Dans « Les naufragés de la mère » (titre excellent !)  qui débute en 1968, nous découvrons Iris, une petite-fille de six ans que nous allons suivre jusqu’à l’âge adulte. Il y a cinq enfants dans sa famille et elle est celle du milieu, entourée de deux fois deux frères. Elle n’a pas une place facile. Ce jour-là, une vague la renverse, un tsunami lui coupe le souffle. « Les enfants, votre mère est partie. »

Six mots, et un quotidien qui ne sera plus jamais le même. Un avant, un après. Comment se construire avec ce manque, cette béance dans le cœur ? C’est à hauteur d’enfant, avec des mots simples qu’Iris exprime ses émotions, transmet ses questions, ses peurs, ses angoisses. C’est très bien écrit, on est dans l’esprit de cette enfant, on l’accompagne …

Le père, lui, est sur tous les fronts, il est « présence » pour chacun de ses petits.

« Pour le moment, il faut apprendre à exister sans elle. Comme ça, tous les six. »

Mais que c’est difficile !

« Attendre er se laisser consumer par les effluves amers de la peine. »

Le temps passe, avec l’espoir d’un retour, chacun essayant de contenir les larmes qui perlent. Il ne faut pas que la houle monte, que le chagrin prenne le dessus. Le papa est là, il fait tout pour tenir la baraque alors la fratrie se serre les coudes pour lui dire merci, lui montrer l’amour et l’affection qui les unissent.

Iris grandit, son regard s’affine, son écriture devient plus mature. Elle essaie de s’évader par la pensée, de vivre de bons moments pour exister par elle-même. Comment réagir lorsque la mère la réclame ? Où se situe sa place ? Passer du temps avec elle est-ce formateur ou destructeur ?

L’auteur explore toute l’ambivalence du besoin d’être avec sa génitrice et le fait que cette dernière puisse être « dangereuse », perverse, voire manipulatrice … Son écriture fluide aborde avec beaucoup de discernement les conséquences de l’abandon. Chaque enfant réagit en fonction de son âge, de ce qu’il attend, de ce qu’il espère. Chacun doit se battre pour avancer seul, même si le père et d’autres adultes, donnent le maximum pour que la souffrance soit atténuée, pour les protéger.

Le parcours d’Iris est fait de séparations, de choix. Elle réalise la place que l’art peut prendre dans sa vie, elle sent que ça peut l’aider à s’épanouir. Mais ça veut dire s’éloigner du père, de son pilier… Que faire ? Cette approche est particulièrement intéressante.

Ce roman aborde plusieurs thèmes : le divorce, le pardon, la famille (celle qu’on a, celle qu’on crée), ce qu’on impose aux enfants en oubliant de penser à ce qu’ils ressentent, la place de l’art dans l’élaboration d’une personnalité, les adultes qui ne pensent qu’à eux et ceux qui s’oublieraient presque car ils veulent, avant tout, le bonheur de ceux qu’ils ont engendrés. L’histoire commence en 1968 et s’étale sur une trentaine d’années, le contexte est bien présenté. Des allusions à des personnages ou des événements réels sont glissés ça et là.

J’ai trouvé le ton très juste. Le style évolue en même temps qu’Iris. Plus elle se rapproche de l’âge adulte, plus son phrasé est celui d’une grande personne. Le récit commence à hauteur d’enfant et se termine avec le regard plus acéré d’une femme qui a compris beaucoup de choses.

Laïna Hadengue a sans doute mis beaucoup d’elle-même dans ce recueil ce qui explique la précision des sentiments présentés. Une belle découverte et une lecture de qualité.

NB : des documents sont glissés dans les dernières pages et complètent bien le texte.


"Deux petits pas sur le sable mouillé" d'Anne-Dauphine Julliand

Deux petits pas sur le sable mouillé
Auteur : Anne-Dauphine Julliand
Éditions : Les arènes (3 Mars 2011)
ISBN : 978-2352041405
230 pages

Quatrième de couverture :

L'histoire commence sur une plage, quand Anne-Dauphine remarque que sa petite fille marche d'un pas un peu hésitant, son pied pointant vers l'extérieur. Après une série d'examens, les médecins découvrent que Thaïs est atteinte d'une maladie génétique orpheline. Elle vient de fêter ses deux ans et il ne lui reste plus que quelques mois à vivre. Alors l'auteur fait une promesse à sa fille : " Tu vas avoir une belle vie. Pas une vie comme les autres petites filles, mais une vie dont tu pourras être fière. Et où tu ne manqueras jamais d'amour. ". Ce livre raconte l'histoire de cette promesse et la beauté de cet amour. Tout ce qu'un couple, une famille, des amis, une nounou sont capables de mobiliser et de donner. Il faut ajouter de la vie aux jours, lorsqu'on ne peut plus ajouter de jours à la vie.
Anne-Dauphine Julliand est journaliste et vit à Paris.

Mon avis :

Un couple, deux beaux enfants (un garçon, une fille), un troisième à venir …
la vie est belle, tout va bien ….
Et puis, un jour, le terrible diagnostic …

La révolte, les questions, l’angoisse, les peurs, le quotidien qui ne ressemble plus à celui qu’on connaissait, les bouleversements, les projets qui disparaissent, les incertitudes, la mort au bout du chemin ….

« Il faut ajouter de la vie aux jours, lorsqu'on ne peut plus ajouter de jours à la vie. » a dit le professeur Jean Bernard, éminent cancérologue.

Alors une certitude s’impose, aimer, donner de l’amour mais aussi en recevoir, vivre le présent, profiter de chaque instant sans penser à demain, accepter chaque épreuve mais aussi vivre chaque moment de grâce intensément ….

Sans misérabilisme ; sans voyeurisme, Anne-Dauphine s’exprime, laisse parler son cœur de maman, d’épouse, d’amie …
C’est tellement bien écrit que l’on pourrait presque dire que ce n’est pas triste …
Jamais, elle ne se plaint, elle énonce les faits et nous explique comment la famille et tous ceux qui les entourent avancent, combien il faut rester « normal » avec les parents qui souffrent pour ne pas s’éloigner d’eux définitivement.

« Je suis convaincue que si l’on maintient le fil de ces discussions, si l’on arrive à parler de tout et de rien, alors on pourra aborder plus facilement les sujets épineux. Si je peux rire avec eux, ils pourront pleurer avec moi. Parce qu’on gardera un lien. Sinon, on s’éloignera. Jusqu’à ne plus se connaître. »

Le courage et l’amour de ses filles malades, de son fils bien portant, de son mari mais aussi ceux de ce formidable « réseau » familial, amical, médical … Tous unis dans un même but …

Ce livre ressemble à son auteur (si vous avez trois minutes, regardez la vidéo, courte mais poignante sur un moteur de recherches), lumineux …

Je ne peux rien écrire d’autre pour définir l’écriture, le contenu …

Lumineux, tout en sérénité, parce que l’amour rayonne et donne la force pour continuer ….

 

 

"Tant qu'il y aura des coquelicots..." de Cliff Paillé

 

Tant qu'il y aura des coquelicots...
Auteur : Cliff Paillé
Éditions : Cairn (17 Avril 2018)
ISBN : 978-2350686288
90 pages

Quatrième de couverture

Paul déchiffrait plutôt bien, mais savait-il lire ? Deux comédiens pour un Cercle des Poètes Disparus à la française. Un regard gourmand, profond et plein d'humour sur le bonheur d'être lecteur, la richesse de le devenir. Regard distancié sur l'enfance, la peur d'apprendre, la joie de la vaincre. Ray Bradbury affirmait dans Farenheit 451 que la première des censures consistait à ne pas lire. Loin d'être seulement une question individuelle, lire serait donc une question de société. Mais comment et pourquoi devenir lecteur ? Quel est le rôle de la transmission ? Quels en sont les garants et de quels moyens disposent-ils ? Et si tout n'était pas perdu. 

Mon avis

Coup de cœur !

Cette pièce de théâtre est un petit bijou.

« Les adultes, ils font avec l’insouciance des enfants comme certains paysans avec leurs terres. À force de faire pousser des trucs dessus ils l’assèchent, ils la rendent stérile. Plus rien ne pousse, et l’enfance s’en va. »

Deux comédiens, dont Paul le narrateur qui est celui qui s’exprime le plus. À travers ces quelques pages, on découvre la lecture, les lecteurs. Ce qui fait aimer ou pas un livre, ce qui (ou ceux et celles qui) donne le goût des mots.

On peut savoir lire, dans le sens déchiffrer mais ne rien savoir des livres, de ce qu’ils apportent de connaissances, de rêves, de vie….

« Il faut ouvrir les phrases, les soulever, regarder derrière. Il est là, le bonheur de lire. »

Un jour, quelqu’un m’a dit : « Je ne suis jamais seule, j’ai mes livres… »

« Le goût de la solitude. Pour aimer lire il faut aimer être seul. […] Moi je crois que c’est ça qui empêche plein de gens d’aimer lire. Le silence qui fait trop de bruit autour du livre. »

Le texte parle aussi de l’écriture.

« Écrire c’est transpirer ses peurs, ses angoisses, et respirer ses rêves, aussi. Rencontrer ses plus belles espérances. »

Le phrasé est infiniment délicat, porteur de sens. C’est magnifique et si un jour, je peux voir la pièce, je serai ravie.