"Le petit Jack London" de William Augel

 

Le petit Jack London
Auteur : William Augel
Éditions :  Jarjille (12 Juin 2026)
ISBN :  978-2493649430
48 pages

Quatrième de couverture

Cette BD relate la jeunesse de Jack London et son chien Rollo sous forme humoristique dans des histoires courtes d'une, voire deux/trois pages. Ces histoires mêlent anecdotes historiques et histoires inventées. Avant de devenir un écrivain pas comme les autres, il était un enfant pas comme les autres.

Mon avis

Jack London est un écrivain exceptionnel mais je ne savais pas grand-chose de lui. J’ai découvert qu’il était un enfant extra ordinaire, en deux mots. Son histoire est stupéfiante. Des personnes croisées sur sa route ont été un soutien, une source d’inspiration ….

Dans cette bande dessinée originale, on le voit enfant, avec son chien, qui est un pilier pour lui. Il fait des petits boulots, dont certains ont disparu. Il se construit petit à petit et a déjà des projets dont celui d’acheter un bateau. Et savoir comment il y est arrivé est absolument « magique ».

Au début, il y a la présentation de la « famille » : parents, nourrice, bibliothécaire, meilleur ami, chien. Tous ceux qui ont eu un rôle dans sa vie.

Dans des petites histoires (chacune a un titre) d’une ou plusieurs pages (rarement plus de trois), on fait connaissance avec lui. Son lien avec la lecture, ses remarques ou ses réflexions, ses raisonnements, sa façon d’être. Parfois, en plus des dessins, on a un texte avec des détails pour bien tout cerner et avoir la référence historique, c’est génial.

De temps en temps, d’autres personnages connus de BD participent, sur quelques cases, (Popeye par exemple), leurs interventions sont drôles et en lien avec ce qu’ils sont d’ordinaire.

J’aime beaucoup les dessins, tout en rondeur, avec ou sans cases, de tailles différentes, avec ou sans décor, plus ou moins précis. Cela mêle les genres de présentation tout en gardant une unité, c’est magnifique. Le texte et les dialogues, parfaitement adaptés à chaque situation que ce soit dans le vocabulaire, la construction des phrases, sont bien choisis.

Cette lecture a été un pur plaisir. Cet album est un ensemble harmonieux, riche, captivant. Il m’a donné envie de me plonger dans d’autres recueils de l’auteur et dans une biographie de Jack London.


"Garçon Dauphin" de Paul Bordeleau

 

Garçon Dauphin
Auteur : Paul Bordeleau
Éditions : Jarjille (12 Juin 2026)
ISBN : 978-2493649416
80 pages

Présentation de l’éditeur

Du fin fond de sa blanche forêt, Bordeleau accouche d'un recueil d'histoires courtes où les dauphins s'infiltrent partout, souvent sans raison valable, mais toujours avec une nageoire levée et le sourire en coin. À chaque page, ils surgissent : parfois héros, parfois objets ou figurants. 

Mon avis

Vous saviez que chez les grands dauphins, la notion de couple « permanent » n’existe pas ? Moi, non. Et c’est en ouvrant cette bande dessinée que je l’ai appris dès la deuxième page avec une courte discussion entre deux hommes buvant un verre.

J’ai aussitôt fait un lien avec le surprenant titre « garçon dauphin ». Est-ce que ce « garçon » ne gardait pas ses copines ? Par goût, par choix ? Qu’allais-je découvrir ? Une histoire de cœur meurtri ou volage ? Pas du tout !

Je suis rentrée sur la pointe des pieds dans l’univers de l’auteur (je vous rappelle que son nom c’est Bordeleau, pas mal pour parler de dauphins…). Il est natif de Grande-Rivière en Gaspésie et vit à Québec.

Son recueil est constitué de petites histoires sur quelques pages, entrecoupées de clins d’œil. Chaque « storiette » a un fond couleur uniforme, ce qui permet de la séparer de la suite et de ce qui précède. Chacune aborde en quelques dessins, quelques dialogues ou quelques lignes, un thème et offre un lien avec le dauphin. Le lien est parfois très net dès le début, et, dans d’autres cas, il arrive qu’on se demande à quel moment et comment il pourra apparaître. C’est assez surprenant, même jubilatoire quelques fois, car il fallait y penser !

Les sujets évoqués traversent les époques, les lieux comme pour démontrer l’universalité du dauphin…. C’est original, empli de poésie, plutôt surréaliste. Il ne faut pas chercher d’explications rationnelles, de logique, simplement se laisser porter par la vague des dessins, l’écume des mots…

Les croquis sont fins et précis, sans être envahis de trop de détails. Ils complètent et portent les textes pour dévoiler des messages intéressants qui peuvent se révéler forts et plein de sens.

Cet album a été une très belle découverte. J’ai aimé le style du dessinateur, et ses textes. Ce que j’apprécie particulièrement c’est de réaliser qu’il me faudra plusieurs lectures pour tout voir, tout cerner tant au niveau du tracé que des phrases. Pas parce que c’est compliqué mais parce qu’en lisant entre les lignes, en plongeant sous la surface, on entend et on aperçoit ce qui ne se voit pas au premier abord et qui a tout autant d’importance, pour peu qu’on laisse ses yeux et son esprit ouverts.

Original et insaisissable, c'est une belle découverte !


"Tom petit Tom tout petit homme Tom" de Barbara Constatine

 

Tom petit Tom tout petit homme Tom
Auteur : Barbara Constatine
Éditions : Calmann-Lévy (6 Janvier 2010)
ISBN : 978-2702140635
272 pages

Quatrième de couverture

Tom a onze ans. Il vit dans un vieux mobil-home déglingué avec Joss, sa mère (plutôt jeune : elle l'a eu à treize ans et demi). Comme Joss aime beaucoup sortir tard le soir, tomber amoureuse et partir en week-end avec ses copains, Tom se retrouve souvent tout seul. Et il doit se débrouiller. Pour manger, il va dans les potagers de ses voisins, pique leurs carottes, leurs pommes de terre… Mais comme il a très peur de se faire prendre et d'être envoyé à la Ddass (c'est Joss qui lui a dit que ça pouvait arriver et qu'elle ne pourrait rien faire pour le récupérer), il fait très attention, efface soigneusement les traces de son passage, replante derrière lui, brouille les pistes. Un soir, en cherchant un nouveau jardin où faire ses courses, il tombe sur Madeleine (quatre-vingt-treize ans), couchée par terre au milieu de ses choux, en train de pleurer, toute seule, sans pouvoir se relever. Elle serait certainement morte, la pauvre vieille, si le petit Tom (petit homme) n'était pas passé par là…

Mon avis

J'ai lu ce livre d'une traite dans l'après-midi. J'ai passé un bon moment. Il n'est pas long, les personnages sont attachants et le rythme soutenu.

C'est un bon moment de détente. Certains sujets graves sont abordés mais seulement effleurés. On peut penser que c'est dommage mais je dirais que c'est mieux ainsi.

Le roman reste léger, facile à aborder, sans prise de tête. On ne s'ennuie pas à suivre Tom, sa mère et les autres personnages.

L'écriture est vive, volontairement simple pour donner un "style" au texte. C'est bien fait. Il ne faut pas chercher plus loin, juste se laisser porter par l'histoire, sourire, imaginer les situations qui sont très visuelles et ne pas bouder son plaisir!!!


"Ce que Marcy a oublié" de Marion Cabrol

 

Ce que Marcy a oublié
Auteur : Marion Cabrol
Éditions : Taurnada (23 Avril 2026)
ISBN : ‎ 978-2372581813
384 pages

Quatrième de couverture

Près des falaises d'Anton, un os humain est découvert.
Vingt ans plus tôt, Grace Tanner, une fillette du village, disparaissait sans laisser de traces.
Pour Tom Lanier, journaliste local, l'affaire est personnelle : à l'époque, il partageait la vie de Marcy, amie d'enfance de Grace.
Alors qu'il reprend l'enquête, Tom comprend que Marcy pourrait détenir une part du secret.

Mon avis

Anton, village côtier du Canada a eu son lot de problèmes. Chacun a essayé de les mettre de côté pour continuer d’avancer le plus sereinement pénible. Mais si les bouches se taisent, les mémoires n’ont rien oublié et quand, ce jour-là, un chien trouve un os humain, le passé refait surface, pas si enfoui que ça finalement.

Et si c’était une partie du corps de Grace Tanner, petite fille du coin, qui a disparu en mai 1995 ? Elle avait dix ans, une tragédie, une blessure jamais refermée. Pourtant tous les habitants avaient donné de leur temps, recherches, fouilles, affiches, ligne téléphonique dédiée, tout avait été mis en place pour retrouver la fillette. Sa mère n’a jamais cessé de l’attendre. Mais rien, pas une trace…

Alors, cet os, est-ce l’amorce d’une réponse, d’une explication ? Tom Lanier, journaliste, revient là où il a passé son enfance dans l’espoir d’un scoop pour faire décoller sa carrière. Il vit avec Sabrina. Elle s’occupe des baleines, dont Belém, qui va mal et à qui elle consacre énergie et temps. L’équilibre de leur couple est précaire, ils ont parfois des difficultés pour communiquer.

Le commandant Adrien Vallet a mené l’enquête il y a vingt ans. Pour oublier cet échec, il est parti puis revenu. La découverte de l’os le perturbe. Il avait essayé de mettre cette histoire derrière lui et voilà que tout resurgit ! En plus, tout se complique avec l’arrivée de Marcy sur les lieux.

Petite, elle avait dit que Grace avait été assassinée mais lorsqu’on la questionnait, elle ne se souvenait de rien, c’est la même chose de nos jours. En principe, elle souffre d’une amnésie traumatique. Et pourtant, si un peu de mémoire lui revenait, elle pourrait éclairer le passé. Mais c’est le vide complet, pas un indice….

Les narrateurs essentiels sont Tom, Adrien et Sabrina. On alterne les temporalités. La force de l’auteur est de jeter le trouble. Personne n’est vraiment clair, dans chaque personnalité, des zones d’ombre apparaissent semant le doute. Aucune certitude. En outre, les gens du coin ne disent pas tout, ne sont pas nets…. Qui croire ? Que penser ? Marion Cabrol n’en rajoute pas, son écriture est profonde, en restant assez sobre car elle reste factuelle. Elle instaure une atmosphère, non seulement entre les protagonistes mais aussi à Anton. Il y a ces regards, ces échanges, cette suspicion permanente et le décor, le vent, les falaises escarpées, la nuit mal éclairée où tout peut arriver…. On ressent une angoisse sourde chez les gens mais également dans l’air…. Une tension sous-jacente meuble les silences, les non-dits, Où est la vérité, qui la détient ? 

Ce n’est pas l’intrigue qui est intéressante dans ce roman, c’est le poids du passé. La façon dont il a interféré sur la vie de chacun et comment, encore, il peut les étouffer, les transformer. Tout le monde se méfie, pas de cadavre, pas de coupable, et si c’était le voisin, l’instituteur, l’ami de la famille ? Les trois individus qui s’expriment donnent leurs ressentis, parfois totalement différents et surtout faisant apparaître des éléments pouvant avoir échappé aux deux autres. À nous de faire la part du vrai et du faux, de recouper ce qui est le plus important, de démêler tout ce qu’on apprend pour comprendre. Les profils psychologiques sont détaillés, chaque caractère est précis, parfois dérangeant car ambivalent, c’est très bien pensé.

Malgré ce qu’on perçoit, on est loin, très loin de la vérité. L’autrice mène son récit avec beaucoup de maturité. C’est une réussite.


"Solution miracle" de Serge Yves Ruquet

 

Solution miracle
Auteur : Serge Yves Ruquet
Éditions : du Caïman (15 Février 2026)
ISBN : 978-2493739773
438 pages

Quatrième de couverture

Aix-en-Provence, été 1975. Jean-Luc, armé d'une dévotion sans bornes pour Tintin, le cinéma d'auteur et la Vierge Marie... évolue dans le blasphème : il est projectionniste dans une salle qui diffuse surtout des films X, libérés par l'ère Giscard. Faut bien vivre. Mal, justement ! Entre sa vieille Dauphine, les boules Quies qui le protègent des râles obscènes venus de la salle, un cousin déluré et ses dettes qui s'accumulent, il cherche une issue. Mais la pureté est un luxe qu'il n'a peut-être plus le temps ni les moyens de s'offrir. La mafia s'en mêle…La vie éternelle, certes. Mais... le plus tard possible !

Mon avis

Aix en Provence, c’est l’été, on est en 1975. Deux cousins, Jean-Luc et Bert. Le premier est projectionniste dans une salle de quartier, le second porte l’uniforme.

Jean-Luc vit seul, sa mère est décédée et lui a légué une vieille dauphine. Comme Giscard a été élu, maintenant les films porno sont autorisés. Lui qui se sent investi par Dieu est parfois mal à l’aise face à tant de débauche. Il est passionné de cinéma et a une très grande culture dans ce domaine, bien plus que ce qu’on peut imaginer en le voyant. Bert lui, a une « régulière », elle n’est pas qu’à lui, il doit la partager mais il ne voit qu’elle, il est plus « porté sur la chose » que son cousin… D’ailleurs, il aimerait bien l’emmener visiter une copine de la sienne, histoire de lui faire découvrir la vraie vie des hommes …

Le cinéaste a peu d’argent, d’abord sa Titine lui coûte cher, elle n’est pas de la première jeunesse mais il ne veut pas s’en séparer. Le voilà avec des dettes ! Pas d’avance sur salaire, pas de rente….mais un « couz » qui a un tuyau pour qu’il se refasse une santé financière …. Ils n’imaginent pas, ni l’un, ni l’autre, dans quelle histoire rocambolesque, ils vont être entraîner. Le lecteur encore moins ! Mais c’est tout à fait jubilatoire !

Situations décalées, hauts et bas dans le quotidien, coups durs, petit espoir, on replonge, on repart… Les actions ne manquent pas dans ce polar atypique à la langue « fleurie ».

« -    Ça va ! Me fais pas le coup de la famille. La mienne arrive à me faire chier même quand je suis constipée. Si ma mère savait comment je l’habille, ce que je fume, et avec qui je baise, elle me jetterait aux lions.

-          Elle aurait bien tort. Au moins pour la baise. »

L’auteur joue avec les mots, avec les faits, avec les références cinématographiques (on pourrait monter un film avec cette aventure). Il met de la dérision et du rire partout, même quand c’est grave, c’est désopilant.

Le contexte est très juste, en lien avec les années soixante-dix, je n’ai pas remarqué d’anachronisme, tout se tient. Cela crée une atmosphère dans laquelle on s’engouffre avec plaisir aux côtés des personnages. Au-delà de ceux qui ont des liens familiaux, on croise ceux et celles qu’ils côtoient, par choix ou non. Quelques femmes ont du caractère et valent le détour (je pense notamment à une jeune fille qui a plus d’un tour dans son sac). L’évolution du « cul béni » est intéressante. Il goûte au fruit défendu et il se met à apprécier, ça change son regard sur les événements … J’ai énormément aimé la façon dont est détourné le tableau « Le déjeuner sur l’herbe ». Il fallait y penser. L’ensemble du récit montre la grande imagination de Serge Yves Ruquet. Il a dû s’amuser à écrire ce texte, à décrire les scènes avec précision (on a vraiment le sentiment d’y être). Au-delà de l’humour, en filigrane des thèmes apparaissent, notamment la solitude, les choix de vie, la place qu’on donne à l’argent, les manipulateurs….

Aucun temps mort, on garde le sourire, on s’attache à ces deux cousins-amis, on suit leurs aventures en ayant parfois peur pour eux et en espérant une happy end.


"Voici des ailes" de Maurice Leblanc

 

Voici des ailes
Auteur : Maurice Leblanc
Éditions : Libretto (2 Mai 2016)
ISBN : 978-2369142638
128 pages

Quatrième de couverture

Deux couples dans le vent entreprennent un petit tour de Normandie et de Bretagne à vélo, pensent d'abord avoir présumé de leurs forces..., mais décuplent celles-ci par le moyen d'un élixir imprévu : l'amour. Tous quatre s'aperçoivent rapidement que l'assortiment de départ n'était pas le bon ; l'on change donc de partenaire, non sans quelques hésitations ni cachotteries d'abord. Et l'on se met dès lors à brûler les étapes...

Mon avis

Voici des ailes a été écrit en 1898 ! Comme le dit Antoine de Caunes dans son excellente préface, c’est l’histoire d’un marivaudage à pédales.

Deux couples, les femmes étaient en pension dans le même institut, elles sont restées en contact, les maris se connaissent. Ils ont décidé de partir tous les quatre « à bicyclette », sur les chemins, lalalalala… Ils discutent, et font l’éloge de ce mode de déplacement. Ils sont loin de Paris, les habitudes changent, on se soucie moins de l’heure, on porte des vêtements plus décontractés, on se laisse un peu aller, tout est différent ...

L’expérience commune de ce voyage en vélo modifie les perceptions, un peu comme, lorsqu’on vit un temps fort (stage, centre de vacances) avec les mêmes personnes, en « vase clos ». On se rapproche des autres, la proximité n’est plus la même et … parfois, sans vraiment l’avoir prémédité, on ne prend pas la route prévue et on se retrouve à pédaler avec le mari de la copine …

Pour l’époque, l’auteur a osé proposer une situation très moderne. Au fil des pages, en découvrant la personnalité de chacun, on comprend que les deux unions étaient mal assorties et que Guillaume d'Arjols n’a rien d’un mari fidèle.

Ce court roman, un tantinet désuet est un régal, la langue est travaillée, on lit entre les lignes les sous-entendus, les peut-être, les soupirs, les regards échangés, les mots murmurés … C’est une ode à la nature, à la bicyclette, au rythme lent qu’impose le fait de pédaler, on est obligés de prendre le temps, de regarder, d’ouvrir les yeux.

Il y a une forme de retenue, de pudeur dans le texte, et en parallèle d’intimité, c’est très bien écrit et c’est une belle découverte !


"Une addition salée" de Ludovic Bouquin

 

Une addition salée
Auteur : Ludovic Bouquin
Éditions : Le Caïman (4 Avril 2026)
ISBN : 978-2493739803
318 pages

Quatrième de couverture

Le 1er janvier à Salies-de-Béarn, Antoine se réveille hanté par un black-out total et la présence du corps de Lucille, une jeune femme rencontrée la veille, égorgée dans son lit. Ancien militaire ayant déjà connu l'horreur des combats en Afghanistan, il mobilise ses vieux réflexes tactiques et décide enquêter lui-même, sachant qu’il serait le principal suspect. Entre les rues de la cité du sel et ses souvenirs de guerre qui refont surface, épaulé par son amie Mélissandre, Antoine engage une course contre la montre pour ne pas être désigné coupable. Ce "casse-tête" macabre l'oblige à confronter son passé d'homme d'action à la réalité d'un complot qui semble le dépasser...

Mon avis

Ludovic Bouquin est décédé subitement le 13 Juin 2026 alors qu’il participait à un salon littéraire.

Après un réveillon du jour de l’an bien arrosé avec des copains, Antoine a fini la nuit avec Lucille qui lui a fait des avances pendant la soirée. Comme c’est un homme qui aime plaire, il s’est laissé faire et hop au lit pour une bonne nuit et bien sûr « et plus si affinités » en option obligatoire.

Quand il se réveille dans la matinée du premier janvier, il se sent bien vaseux, la faute à l’alcool ingurgité probablement. À vrai dire, ses souvenirs sont plus que vagues mais il sait qu’il est chez lui, dans sa chambre et en bonne compagnie. En se tournant vers sa compagne d’un soir, c’est le choc ! Elle a été égorgée et il ne comprend rien. Que faire ? Appeler la police ? Il fera un coupable idéal d’autant plus qu’il est quasiment amnésique. C’est peut-être lui l’assassin.

Il n’a que peu de temps pour réfléchir, il doit retrouver la bande de la veille à quatorze heures, comme le lui rappelle son amie Mélissandre. Il décide de ne rien dire et de mener une petite enquête afin de s’innocenter. Il a été militaire en Afghanistan, très souvent en binôme avec Shariff. Ils ont vécu des situations terribles et sont liés par ce passé parfois difficile. Antoine appelle son pote et lui résume les faits. Ensemble, aidés de la fidèle Mélissandre, ils vont essayer de démêler les fils, de comprendre pourquoi Lucille a été tuée et si c’était volontaire que ça se passe chez Antoine. Et si oui, pourquoi lui ? Et pourquoi elle, il la connaissait seulement depuis quelques heures …

Au gré des souvenirs des deux soldats, le récit va repartir en 1998 lorsqu’ils se sont connus et à d’autres dates pour différentes missions qu’ils avaient effectuées. Le passé va-t-il éclairer le présent ?

C’est avec une écriture percutante, des descriptions très visuelles et réalistes, notamment pour les scènes de combat avec l’armée que l’auteur mène son récit de main de maitre. Il y a beaucoup de rythme, du suspense. La tension s’installe et monte au fil des pages. Ce qu’on découvre fait froid dans le dos, l’horreur de la guerre, les risques encourus par les militaires pour sauver la paix ou essayer de protéger la population, tout est présenté avec des mots qui sonnent justes. Et puis, les événements de 2024 où Antoine se débat pour trouver des réponses et ne pas être arrêté. Bien sûr, je me suis interrogée, quel pouvait être le lien ?

Les différents personnages sont bien campés, ils ne sont pas trop manichéens, ils ont tous une part d’ombre, des failles. J’ai apprécié l’évolution d’Antoine, son amitié avec Shariff, virile, mais pleine de complicité, d’écoute, de compréhension et de soutien.

L’alternance passé / présent est intéressante pour plusieurs raisons. L’intérêt est vif des « deux côtés », j’avais envie d’en savoir plus quelle que soit la période. Pour chaque époque le vocabulaire est en phase avec ce qui est évoqué, bien choisi. Je pense entre autres à ce qui se passe avec les officiers et je me dis que Ludovic Bouquin a dû bien se renseigner.

C’est une histoire sans temps mort, dans un style addictif, un livre très réussi !