"Ce qu'ils nous ont pris" de Léa Morenn

 

Ce qu’ils nous ont pris
Auteur : Léa Morenn
Éditions : Taurnada (2 Juillet 2026)
ISBN : 978-2372581899
256 pages

Quatrième de couverture

Suspendu de ses fonctions, Eren Conti devrait ignorer l'enquête qui secoue Paris. Mais il ne peut rester insensible face à ces enlèvements qui lui rappellent son propre drame, cet été 1989 où tout a basculé. Pour lui, c'est une évidence : il se doit d'intervenir.
Plus il avance, et plus l'affaire se transforme en descente aux enfers. Harcelé par des appels anonymes, menacé par ses souvenirs, tiraillé entre sa famille et son obsession, il découvre que la vérité pourrait bien être plus terrifiante que le mensonge.

Mon avis

Eren Conti, policier, vient d’être suspendu de ses fonctions. Il sait pourquoi et il sait également qu’il ne doit pas se mêler de l’enquête qui accapare bon nombre de ses collègues. Les raisons ? Ses supérieurs jugent qu’il ne pourra pas raison garder, qu’il n’aura pas le recul nécessaire. Mais lui il est obsédé par cette affaire, un cas de disparition d’enfants. Cela lui rappelle l’été 1989 lorsqu’il a été kidnappé avec son frère. Un traumatisme vu qu’il est le seul à s’en être sorti…

Il s’est reconstruit, a une femme et des enfants. Mais on sent bien que tout cela reste fragile, que les fêlures sont là, envahissantes, présentes. Il n’aime pas en parler et c’est regrettable car ça tient trop de place dans son esprit et s’il se confiait, ce serait moins lourd. Il est hanté par ce lourd passé, ce qui aurait dû/ pu être différent si les choix n’avaient pas été ceux qu’il a faits… On ne peut pas revenir en arrière, on ne peut pas faire reset et tout recommencer alors on vit avec, comme on peut … Eren a été un enquêteur reconnu, admiré puis il a perdu pied et maintenant c’est plus compliqué, il boit, il n’est pas dans les clous, il part à la dérive ….

La construction de ce roman est très intéressante, plusieurs voix se succèdent, offrant des perspectives variées en fonction du ressenti de chacun, de son interprétation. Et il y a deux temporalités, les événements antérieurs apportant un éclairage sur ceux qui se déroulent sous nos yeux. L’autrice propose aussi « une bande son », glissant les titres qui l’ont inspirée. Ils se marient de belle manière avec l’intrigue et c’est excellent !

Les secrets, les non-dits, le manque de discussion empoisonnent la vie de plusieurs protagonistes. Quelqu’un qui décide de se taire, de ne pas dévoiler tout ce qui pourrait aider à la compréhension, peut difficilement revenir en arrière et après c’est l’engrenage infernal. C’est ce que démontre Léa Morenn. Parfois il suffit de peu pour enclencher des situations qu’on regrettera ensuite. Ne pas se confier sur un appel téléphonique ou un sms reçus peut être plus grave qu’on l’imagine. Chaque individu détient des informations mais comme la communication est compliquée, rien ne se décante facilement.

L’atmosphère est sombre, avec peu d’éclaircies, il m’a même manqué quelques réponses. Disons que j’aurais voulu encore plus de détails, d’explications rationnelles. Les personnages ont, pour la plupart, une part d’ombre, on s’interroge sur ce qu’ils cachent, qu’on devine ou pas. Leurs interactions ne sont pas forcément fluides car certains se méfient, ont peur ou sont mal à l’aise.

Léa Morenn a mis en place une histoire où le poids du passé est énorme. Elle démontre combien il est difficile de vivre lorsqu’on n’a pas évacué tout ce qui détruit la sérénité. Certains ruminent une vengeance, d’autres refusent de voir la réalité, quelques-uns transforment la vérité parce que c’est plus facile…. Finalement, dans ce roman, le flou règne souvent et le lecteur s’interroge beaucoup …

L’écriture est dense, le propos travaillé, une lecture lourde de sens et une autrice à suivre …


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