"Un atelier à New-York" de Seth Greenland (The Mid-Century Moderns)

 

Un atelier à New-York (The Mid-Century Moderns)
Auteur : Seth Greenland
Traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Adélaïde Pralon
Éditions : Liana Levi (1er Octobre 2026)
ISBN : 979-1034913121
320 pages

Quatrième de couverture

Manhattan, 1951. Sasha Cross, jeune élève peintre, voudrait percer et vivre de son art. En attendant, elle trouve des petits boulots, vole à l'occasion... Lors d'un cours de dessin d'après modèle vivant, elle fait la connaissance de Grace Hartigan, une peintre déjà connue et exposée qui pourtant pose nue afin d'arrondir ses fins de mois. Elles deviennent amies, et Grace commence à la présenter à d'autres artistes. Parallèlement Sasha lie connaissance avec Leo Dunbar, le critique d'art le plus craint et le plus influent de New York. De vingt ans son aîné, Leo la séduit, et ils commencent une liaison. De vernissage en vernissage, il va lui présenter tous ceux qui comptent dans le monde de l'art contemporain new yorkais, de Joan Mitchell à Jackson Pollock... 

Mon avis

« […] l’art le plus précurseur doit toujours faire l’effet d’un coup de poing en pleine face. »

Manhattan, 1951, le monde des artistes est soumis aux dictats des critiques. Il est parfois difficile de donner libre cours à ses idées, de s’affranchir du regard extérieur, de créer son style et d’être en phase avec ce qu’on souhaite et ce qu’on ressent.

Sasha Cross est jeune, elle est élève peintre et a peu de revenus, elle fait des petits boulots, vit en colocation, vole parfois. Elle se cherche, elle veut exprimer tout ce qui bout en elle. Elle refuse d’imiter quelqu’un, elle souhaite se réaliser par elle-même dans un style figuratif qui n’appartiendra qu’à elle. Mais elle bute et n’arrive pas à se lâcher.  Elle rencontre Grace, une peintre qui a déjà exposé et qui l’introduit petit à petit dans ce milieu assez fermé. Sarah a des principes et ce n’est pas aisé pour elle d’évoluer au contact de ces personnes qui, parfois, ont peu de pudeur et sont à l’aise partout.

Par un concours de circonstances, dont on ne peut pas dire s’il est heureux ou malheureux, elle fait la connaissance du redouté Leo Dunbar, un critique. L’influence de ce dernier est énorme, il est capable de démolir un ou une artiste ou de le ou la monter aux nues sur des critères souvent connus de lui seul. Il a vingt ans de plus que Sasha, il va la prendre sous son aile. L’aidera-t-il à grandir ou l’étouffera-t-il ? Le but est de la guider, de l’accompagner, de la soutenir, de faire tomber les barrières qu’elle a érigées, pour qu’elle soit elle-même mais ne risque-t-il pas d’imposer ses vues, de la « modeler », d’en faire « sa » chose pour s’attirer une forme de gloire ? Comme s’il était le seul, l’unique à avoir vu son potentiel ? Peut-être parce que lui, il aurait voulu être artiste et qu’il n’a pas assez de talent ?

Ancrée dans un riche contexte historique, ce récit est très intéressant, prenant et bien écrit (merci à la traductrice). En effet, l’auteur s’appuie sur des événements réels pour accompagner ses personnages fictifs, cela donne de la consistance à son récit, le rend plus « réel ». Il nous montre que les femmes ont du mal à percer, à s’imposer. Beaucoup, comme Sasha, sont tiraillées entre le désir de s’épanouir dans l’expressionisme abstrait et la volonté (un peu imposée par la société) d’être dans la norme, conformément aux « codes ». Se faire une place est compliquée pour elles, elles ne sont pas reconnues à leur juste valeur, comme si elles ne pouvaient pas être les égales des hommes dans ce domaine. Faire des compromis ? Lesquels et pourquoi ? 

Le roman analyse à la perfection tous les enjeux pour percer, se faire un nom, tout en gardant son identité, en restant « soi ». Le jeu des influences est quelques fois bienveillant mais pas toujours, pouvant aller jusqu’à être destructeur.

Chaque chapitre est introduit par quelques lignes (extrait d’émission de radio, de journal etc.) qui nous plongent dans l’atmosphère de l’époque. C’est très bien fait.

J’ai beaucoup apprécié cette lecture, je n’ai ressenti aucune longueur. J’ai suivi Sasha, souhaitant qu’elle trouve sa voie, qu’elle se sente bien, qu’elle soit heureuse. Je l’ai sentie fragile, soucieuse du détail, désireuse de se démarquer tout en « s’accomplissant ».  Avec un phrasé rythmé, vivant, Seth Greenland a su me captiver, tout en me permettant d’enrichir mes connaissances sur cette période à New-York.


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