"Lovita broie ses couleurs" de Nicole Giroud


Lovita broie ses couleurs
Auteur : Nicole Giroud
Éditions : Plumitive Éditions (24 Mars 2014)
ISBN : 979-10-93327-00-6
177 pages

Quatrième de couverture

Comment s’en sortir dans la vie quand on a des cartes pourries mais un physique ravageur, une totale absence de scrupules et qu’on peint des tableaux qui troublent les hommes ? En exploitant les autres, les hommes bien sûr mais aussi Martha l’agent artistique obèse tombée en amour devant la peinture de Lovita et de son fils de huit ans, Martin.

Mon avis

« Votre âme partira sans doute en couleurs et votre fils aura une palette ineffable devant les yeux. »

Trois femmes : Lovita l’artiste, Martha son agent, amie qui aide au quotidien, la psy et Martin le fils de Lovita ...
Huis clos de femmes hormis le bambin…
Lovita est une écorchée vive, qui se cherche, qui broie les couleurs car le blanc lui pourrit la vie… Il n’y a que son atelier qui a l’air vivant car coloré, le reste est blanc et vide …
C’est une de ces femmes a la personnalité troublée et troublante, une femme qui dérange par son art….
« Ma main court toute seule, ma main est la messagère de toutes les femmes du passé, mais j’ai le pouvoir de l’artiste, ce que je fais est bien loin de la compulsion volontaire. »
Bien « qu’handicapée » des sentiments, Lovita aime son fils, mal ou bien, le lecteur ne doit pas se poser en juge car il ne sait pas tout, ou alors il hésite : où se trouve la frontière entre le vrai et le faux ? Entre ce que Lovita a réellement vécu ou totalement inventé ?

L’art de Lovita prend de la place, dans ses tableaux elle transmet ses colères, ses questions, sa révolte, elle choque volontairement car pour elle c’est le seul moyen d’exister. Il faudra qu’elle apprivoise sa relation avec son enfant pour exister autrement, pour elle-même, par elle-même et non pas par oeuvres interposées…..

Long cheminement fait de hauts de bas, de passages chez la psy pour garder son fils où elle essaie de donner le change, Lovita forte et fragile à la fois entraîne le lecteur sur les chemins de la vie qui n’est jamais simple….

L’écriture de Nicole Giroud est forte, elle est ponctuée de nombreux dialogues, parfois secs, comme autant de coups de massue reçus par ceux qui gravitent autour de Lovita, qu’ils soient in ou off…. Elle nous interroge sur la place d’un partenaire, d’un enfant, de la famille, dans la vie d’un artiste, sur ce qu’est l’inspiration, sur les limites de la bienséance dans l’art (est-ce que tout est permis au nom de l’art ?)….

Les réponses sont entre les lignes et appartiennent à chacun mais il est intéressant de s’approprier ce livre pour entrevoir comment l’auteur introduit ces sujets…..
Couleurs….douleurs….il n’y a qu’une lettre de différence….

"En moi le venin" de Philippe Hauret


En moi le venin
Auteur : Philippe Hauret
Éditions : Jigal (17 Septembre 2019)
ISBN : 978-2377220816
232 pages

Quatrième de couverture

Suite à un événement tragique, l’ancien lieutenant de police Franck Mattis se voit contraint de retourner sur les terres de son enfance. Il y retrouve d’anciens camarades de lycée. Franck Mattis se voit plongé au cœur d’un monde qu’il ne connaît que trop bien, celui de la nuit, de la violence, du mensonge et de la désespérance. Une fois encore, il lui faudra lutter contre ses propres démons, et qui sait, peut-être enfin trouver la paix…

Mon avis

Au bout de la nuit

Désabusé, déçu, Franck Mattis a laissé son boulot dans la police. Sa vie est maintenant faite de rien, il traîne sa misère dans des cafés avec des compagnons de beuverie…Un jour, un appel, sa mère est décédée. Il se rend sur place, et s’aperçoit que quelques jours plus tôt, son père est mort également. Il s’installe dans le vieil appartement de ses parents, dans la ville de sa jeunesse… Comme il n’a pas grand-chose à faire, il renoue avec d’anciennes connaissances. Esther lui plaît toujours autant, Ben, son vieux pote qui est autoentrepreneur semble bien seul, Valéry dirige une boîte de nuit assez torride, Maxence brigue la mairie…. Ils ne sont plus ni collégiens, ni lycéens, chacun a évolué, différemment, et les liens qui se (re) créent n’ont pas la même force. Les adultes qu’ils sont devenus analysent ce qu’ils vivent et beaucoup d’entre eux espèrent profiter au maximum de toutes les opportunités…. Le temps a passé et a laissé des traces. Les caractères de chaque protagoniste sont bien campés, certains nous paraissent rapidement imbuvables, d’autres laissent entrevoir une part d’humanité…. J’ai apprécié d’avoir quelques aspects de chacun lorsqu’ils étaient adolescents, cela permet de voir leur évolution….

Franck va rapidement se trouver à faire le chauffeur garde du corps pour le candidat à la mairie. Cela lui permet d’être avec Esther et d’approcher le monde de la nuit, dans le club de Valéry. Peut-on dire que son instinct de flic se réveille ou tout simplement que sa morale le titille ? Toujours est-il qu’il n’aime pas trop ce qu’il pense percevoir : l’exploitation sexuelle de très jeunes filles ….. Va-t-il s’en mêler alors que son nouveau patron a ses entrées dans ce lieu nocturne branché ? Qu’a-t-il à y gagner ? Probablement des ennuis et pas des moindres….

Bien sûr, il n’y a pas que cet aspect dans l’histoire, parfaitement maîtrisée par l’auteur. Il nous fait découvrir dans ce roman sombre, la part obscure de certains individus. Celle qui ne demande qu’à surgir lorsqu’ils s’imaginent être les plus forts, et avoir raison. Celle qui peut rester tapie mais qu’une étincelle peut allumer…. Violence, noirceur, tout est parfaitement présenté, très réaliste malheureusement. Par petites touches, avec des mots qui font mouche, Philippe Hauret écorche notre société et ceux qui parlent trop ou mal ou pas assez. Il évoque les EHPAD où le manque de moyens est criant, les programmes électoraux emplis de promesses qui ne sont jamais tenues, la solitude des hommes ou des femmes, les mères célibataires, la drogue, l’appât du gain, etc….

Une fois qu’on est entré dans ce récit, on ne le lâche plus, on essaie de s’accrocher à la petite lueur d’espérance qu’on a perçue dans toute cette noirceur, dans la solitude des uns et des autres. On se dit qu’il faut continuer de croire en l’homme car certains peuvent être bons, ou le devenir par la magie d’une rencontre.

Le rythme ne faiblit pas dans ce recueil, il y a de l’action, du mouvement. L’atmosphère est lourde de sens. L’écriture fluide rend toutes les scènes très visuelles en captivant le lecteur. Cette lecture m’a beaucoup interpellée car il faut bien reconnaître que l’auteur n’invente rien. Il présente plusieurs aspects de l’argent facile, des tentations qui peuvent pourrir des vies et pour lesquelles parfois, les autorités ferment les yeux…. C’est percutant, la désespérance est présente en filigrane, tout le temps ….  mais au bout de la nuit comme disait Eluard, il y a toujours – je cite-
un cœur généreux,
une main tendue,
une main ouverte,
des yeux attentifs,
une vie : la vie à se partager.


"Rien que pour moi" de J.L. Butler (Mine)


Rien que pour moi (Mine)
Auteur : J L Butler
Traduit de l’anglais par Caroline Nicolas
Éditions : Sonatine (7 Novembre 2019)
ISBN : 978-2-35584-674-8
502 pages

Quatrième de couverture

Tout commence comme dans un conte de fées. Ambitieuse avocate à Londres, Francine Day tombe folle amoureuse de son nouveau client, Martin, un banquier d'affaires qui l'a engagée pour s'occuper de son divorce. L'attraction est réciproque, c'est le début d'une aventure clandestine. Mais lorsque Francine engage un détective privé pour suivre Donna, la femme de Martin, afin de préparer son dossier, elle s'aperçoit que son amant ne lui dit pas toute la vérité.

Mon avis

Parfaitement huilé, ce roman nous entraîne à Londres dans le milieu des affaires et de la justice. Francine est une avocate ambitieuse, qui pourrait même postuler pour « la soie » (c’est-à-dire pour avoir le titre honorifique de « conseiller de la Reine »), c’est dire si elle est brillante. On vient d’ailleurs de lui confier le divorce d’un client richissime dont la femme espère une grosse part de la fortune amassée au fil des années. C’est pour cette affaire que Francine rencontre Martin Joy, le financier, il ne veut pas se faire « plumer » par celle avec qui il est marié et compte sur « Fran » pour limiter les dégâts. Dès les premiers instants, elle tombe sous son charme et une alchimie particulière, indescriptible s’installe entre eux.  Oubliant tous les codes de la déontologie ils tombent amoureux et commencent une liaison.

En lisant le début de ce recueil, j’avais envie de secouer Francine et de lui dire « Non mais ça ne va pas la tête ? Tu mélanges tout ! » mais bon, c’est son choix, sa vie… Elle est parfaitement exaspérante dans ses décisions, ses comportements mais on comprend mieux lorsqu’on apprend qu’elle est bi polaire et qu’elle ne prend pas régulièrement son traitement (est-ce bien sérieux quand on a un métier comme le sien ?). Soudain, coup de tonnerre, Donna, l’épouse, disparaît et au bout de quelques jours, une enquête est diligentée. Est-ce un assassinat, une disparition volontaire, un accident ?  En toute logique, le conjoint est soupçonné et l’aventure avec sa défenseuse ne va pas arranger les choses (parce qu’évidemment, quand on veut se cacher, tout finit par se savoir…)

La société de Martin est dirigée, à parts égales, par un associé qui, bien entendu, ne veut pas de « mauvaise publicité », (ça ferait désordre …) avec tout ce que subit son collaborateur et il préfère se tenir à distance. Ce collaborateur est un ami, leurs femmes sont copines…. Est-ce une réalité ? Une « vitrine » pour le côté marketing ? Sur qui Martin peut-il compter ? Et si les faits rejaillissent sur Francine et sa carrière, sur qui pourra-t-elle s’appuyer ? A qui faire confiance lorsque la mémoire s’effiloche sous les médicaments et qu’on n’est pas sûr de ce qu’on a fait ?

Les faits surprenants s’accumulent, la vérité d’une page n’est pas celle de la suivante et le lecteur, lui-même, ne sait plus à quel saint se vouer. C’est déstabilisant et très bien fait. L’écriture (et la traduction) est accrocheuse, le rythme soutenu, les rebondissements bien pensés. Francine est une femme qui devait être en manque d’amour. Elle a l’impression de le trouver et son attitude n’est plus du tout dans la raison, seul le besoin de se sentir désirée l’anime. Et comme en face d’elle, se trouve un homme qui adore fait le joli cœur… C’est un couple irritant d’égoïsme et c’est très bien décrit par l’auteur. Cela nous change de ne pas avoir des protagonistes attachants. J’ai trouvé que c’était une bonne idée et que ça sortait des standards du genre. Au-delà de la part d’ombre qu’on peut trouver en chacun, le fait que les personnages soient agaçants oblige celui qui lit à prendre du recul pour rester uniquement sur les événements en étant le plus objectif possible, sans se focaliser sur les réactions ou les traits de caractère et c’est un excellent exercice !

C’est une lecture plaisante où rien n’est évident, on sent que tout peut arriver n’importe quand. Pour ma part, je n’ai pas vu le temps passer et j’ai trouvé l’intrigue bien construite.



"Le lambeau" de Philippe Lançon


Le lambeau
Auteur : Philippe Lançon
Éditions : Gallimard (12 Avril 2018)
ISBN : 978-2072689079
515 pages

Quatrième de couverture

Lambeau, subst. masc. 1. Morceau d’étoffe, de papier, de matière souple, déchiré ou arraché, détaché du tout ou y attenant en partie. 2. Par analogie : morceau de chair ou de peau arrachée volontairement ou accidentellement. Lambeau sanglant ; lambeaux de chair et de sang. Juan, désespéré, le mordit à la joue, déchira un lambeau de chair qui découvrait sa mâchoire (Borel, Champavert, 1833, p. 55). 3. Chirurgie : segment de parties molles conservées lors de l’amputation d’un membre pour recouvrir les parties osseuses et obtenir une cicatrice souple. Il ne restait plus après l’amputation qu’à rabattre le lambeau de chair sur la plaie, ainsi qu’une épaulette à plat (Zola, Débâcle, 1892, p. 338). (Définitions extraites du Trésor de la Langue Française).

Mon avis

« Rien de ce qui est, n’est. »

Il y a des livres qui bouleversent, d’autres sont des « claques littéraires ». J’en ai pris une avec ce récit.

Pour Philippe Lançon, il y aura toujours « un avant » et « un après ».  Plus rien ne sera pareil. Il était au cœur de l’attentat de Charlie Hebdo en Janvier 2015 et a été touché dans sa chair, dans son esprit. Des mois d’hôpital, de combat pour récupérer et il est un autre homme. Il l’écrit, il n’est plus le même. Le premier est mort.

« Le lambeau » présente sa lente reconstruction physique et morale, son cheminement de Janvier à Novembre 2015. L’acceptation d’un nouveau visage, de sensations différentes ; son regard sur ce qu’il a vécu mais surtout sur ce qu’il vit. Il est sans complaisance pour celui qu’il fut, pour celui qu’il est maintenant. Il s’exprime avec un ton très juste, en peu de mots mais avec des phrases qui font écho, qui résonnent en nous. Il est maintenant dans l’urgence de vivre, il ne peut plus perdre de temps, autoriser des compromis. C’est fini, il est dans « l’ici et maintenant ». « Je dissolvais presque instantanément les crises et les peines comme si tout, désormais était trempé dans le travail napoléonien du corps : il n’avait pas d’énergie à perdre avec le souvenir du reste. »

Les mots l’ont aidé à avancer, à vivre, à survivre. « Ce qui comptait, c’était la sensation de vérité et le sentiment de liberté donnés à celui qui écrivait comme à ceux qui lisaient. […] Le patient ressuscitait d’entre les mots et reprenait le dessus. » Est-ce qu’écrire a été une thérapie ? Sans doute sous une certaine forme pour lui. En posant des mots sur les maux, il a pu passer douloureusement, lentement, un jour après l’autre à la suite de sa vie. Pour nous, ce qui domine, c’est le besoin de le comprendre, de partager et d’alléger sa peine en le lisant. Il nous explique sa relation aux autres, aux collègues disparus (plus proches de lui qu’ils ne l’étaient de leur vivant), ce lien indéfectible qui s’est créé. Il parle de ses échanges avec les chirurgiens, les kinés, les soignants, les malades…. Il a choisi de s’éloigner de certaines personnes, de se rapprocher d’autres qui l’aident à être plus fort. Il ne cherche pas à justifier ni à pardonner quoi que ce soit. Il avance pas à pas, vivant avec ses peurs, ses déceptions, ses espoirs, ses douleurs…. Il dit le poids des renoncements lorsque les greffes ne prennent pas et il signale le soutien nécessaire de tous ceux qui l’ont entouré, chacun à leur manière. Le personnel hospitalier montre une grande délicatesse à l’égard de ce blessé de la vie. Philippe Lançon nous rappelle combien on se sent redevenu petit lorsqu’on dépend des autres et combien leur attitude, faite de respect, d’écoute compte au quotidien. Il cite quelques livres et certains passages de ceux-ci qui l’ont accompagné comme des « doudous ».

Son écriture est porteuse de sens, puissante, sans pathos, sans détour, prenante. C’est un témoignage d’une rare intensité qui ne laisse pas indemne. On sent une force de caractère hors du commun, où est-il allé puiser tout cela ? En lui …. Toujours plus loin ….  J’ai lu ce texte en apnée, j’aurais voulu lui dire des tas de choses mais finalement, en lisant cette phrase : « Je pleure sur ma vie perdue, je pleure sur ma vie future, je pleure sur ma vie obscure, mais vous ne me verrez pas pleurer. », je me contenterai d’un mot : Merci.

"L'Anthogrammate" de Nicole Giroud


L'Anthogrammate
Auteur : Nicole Giroud
Éditions : Plumitive Éditions (2 juillet 2014)
ISBN : 979-1093327037
264 pages

Quatrième de couverture

Marguerite Letourneur, institutrice à la retraite, trouve un moyen très original pour meubler ses loisirs. Elle vit enfin, toute prudence oubliée, découvrant pêle-mêle l’amitié, les dangers de l’auto-stop, les problèmes lorsque ses mensonges sont trop foireux, les délices de la vengeance et bien d’autres choses encore. On s’attache vite à cette vieille canaille de Marguerite dans ce roman optimiste, drôle et émouvant.

Mon avis

Dites-le avec des fleurs

Marguerite Letourneur est « maîtresse », une de ces enseignantes, aux vieilles méthodes ; que l’on qualifie parfois de « dinosaure » (pourvu que ce ne soit pas mon cas… au secours !!!!)

Lorsqu’elle était jeune, les êtres de papier lui tenaient compagnie et ceux qu’elle côtoyait l’intéressaient peu…. Elle se suffisait à elle-même, les livres envahissaient trop sa vie…
L’heure de la retraite arrive et il faut bien qu’elle accepte l’idée de s’arrêter. Pour laisser la place aux nouveaux arrivants de l’IUFM et puis, parce que c’est le moment….Comme il se doit l’école prépare une fête avec les discours et les banalités d’usage que répètent les élèves pour dire merci sans originalité…. Et puis, « Eh, Marguerite, il se fait tard, il ne faudrait pas que cette soirée vous fatigue…. » Alors, elle comprend et le petit jeune de service (un des derniers arrivés dans l’école), la raccompagne (elle est célibataire) et …..

Et ???? Qu’est-ce qu’elle va faire de sa vie maintenant Marguerite ? « Et moi ? Et vous que ferez-vous de la vôtre lorsque vous n’aurez plus d’activité professionnelle ? » « A quoi occuperons-nous notre temps, nos journées ? »

Pour l’enseignante de ce livre, ce n’était pas métro, boulot, dodo mais préparations, école, corrections et tout d’un coup, le vide…
Parfois, il suffit de peu de choses pour que la vie prenne une autre direction. C’est ce qui va lui arriver. Une rencontre suite à des problèmes de santé et une idée qui germe et devient fleur…. ;-)
De fleurs en fleurs, ou plutôt de chapitres en chapitres (mais chacun porte le nom d’une fleur), nous suivons notre, désormais attachante amie, dans ses aventures. Elle ne s’ennuie plus, elle est heureuse, elle commence à donner du sens à son existence. Elle est espiègle, coquine, roublarde, mais également débrouillarde, naturelle, drôle. Nous la suivons dans ses rapports aux autres, ses visites dont certaines l’aideront à changer son regard, puis sa vie….

L’écriture de Nicole Giroud est pleine d’humour mais aussi documentée sur les fleurs (et elle a la finesse de nous apprendre plein de choses sans en avoir l’air, en l’intégrant à l’histoire, comme seules savent le faire les très bonnes institutrices…) De temps à autre, le propos se fait plus sérieux, plus grave, abordant mine de rien des sujets importants, comme la solitude, le monde du handicap ou nos choix au sein de notre monde pour en améliorer les couleurs …..

Une lecture originale et divertissante, qui de plus, a le mérite de nous offrir de nouvelles connaissances… Vous ne recevrez plus un bouquet de fleurs sans en chercher le message caché….

"Dernier Tango à Bruges" de Pieter Aspe (Tango)


Dernier Tango à Bruges (Tango)
Auteur : Pieter Aspe
Traduit du néerlandais (Belgique) par Emmanuèle Sandron
Éditions : Albin Michel (28 Mai 2014)
ISBN : 978-2226258151
300 pages

Quatrième de couverture

Un certain Jacob Decloedt, perclus de dettes de jeu, a disparu. Au même moment, Lucien Wouters, de la Sûreté de l'Etat, apprend à Van In l'existence de photos qui compromettraient plusieurs personnalités brugeoises ayant des liens avec la mafia russe. Les deux affaires seraient-elles liées ? Et pourquoi Wouters semble-t-il à la fois encourager et freiner l'enquête ? Van In l'apprendra à ses dépens... et à ceux de ses jumeaux ! Heureusement qu'il est plus amoureux que jamais de son espiègle Hannelore depuis qu'ils sont revenus de leur voyage de noces en Argentine. La preuve, il a même accepté de prendre avec elle des cours de tango ! Parties fines qui tournent mal, assassinats pour dettes de jeu : quand les échevins brugeois frayent avec la mafia russe... c'est tout Bruges qui tangue !

Mon avis

Paso Doble…..

Quatorzième enquête du commissaire Pieter Van In habitant à Bruges et marié à la belle et amoureuse (de lui, je vous rassure) Hannelore.Martens, juge d’instruction.
Au fil des romans, on a vu ce brave homme évoluer, rencontrer Hannelore, l’épouser, lui faire deux charmants mais bien « vifs » enfants.
Mais je vous rassure, vous pouvez lire n’importe quelle histoire de Van In indépendamment des autres, si ce n’est que sa situation personnelle (ainsi que sa silhouette, il a une légère tendance à l’embonpoint et ne semble pas résolu à se mettre au régime) ne sera pas découverte dans l’ordre mais cela ne gêne en rien.

On le trouve ici, marié, nanti de ses deux bambins et d’une femme. Le couple rentre d’un voyage de noces en Argentine et Madame, tombé en admiration au pays des danseurs, a décidé qu’ils allaient prendre des cours de tango. Monsieur n’a pas du tout envie, cela lui semble difficile, mais il n’a pas trop le choix alors il cède. Le tango rythmera quelques échanges plein d’humour et donnera une touche musicale à l’ensemble du livre.
Van In n’a pas une hygiène de vie irréprochable et une fois encore, je me demande ce que sa chère et tendre lui trouve (rien que l’haleine parfumée à la bière …berk…) . De plus, il est un peu porté « sur la chose » et ne rate pas une occasion de poser ses mains un peu partout dès que sa femme n’est pas loin (il faut reconnaître qu’elle se promène avec un peignoir mal fermé, elle cherche … ;-) Voilà pour le couple et ces différents éléments seront présents presqu’autant que les recherches policières. Est-ce une volonté de l’auteur d’apporter ainsi une part de légèreté pour qu’on ne sente pas l’angoisse monter ? Peut-être… En tous cas, son écriture est tellement divertissante que, même dans les passages les plus durs, on se prend à penser que dans quelques lignes, il y aura une phrase amusante et que tout ne sera pas si grave que cela en a l’air.

Cette fois-ci, c’est le compagnon d’une jeune femme qui a disparu. Il semblerait qu’il était criblé de dettes. Enquête de routine ? Pas vraiment. Les ramifications vont être nombreuses et vont toucher des personnes haut placées à Bruges que l’on visite avec eux. Mais comme toujours dans ces cas-là, certains feront comme s’ils ne savaient rien, n’avaient rien vu, rien entendu. C’est tellement plus simple de ne pas se « mouiller »… Sauf que Pieter et Hannelore ne l’entendent pas de cette oreille et ils se décident à gratter (là où ça fait mal comme le veut l’expression consacrée). Et quand bien même, « on » leur conseille très fort de cesser de mettre leur nez là où il ne faut pas, ils continuent…. Nous nous retrouverons dans Bruges la coquine, dans certains lieux un peu « chauds » où les ébats remplacent les débats (je fais de l’humour comme Pieter Aspe ;-)

La construction de l’histoire est bien articulée, tout se met en place petit à petit et jusqu’à la touche finale les doutes peuvent nous assaillir. Il n’y a pas de temps mort et les petites touches drôles, caractéristiques de l’écriture de l’écrivain, sont comme un style inimitable, une marque de fabrique (comme la Duvel que boit le commissaire sans arrêt).
C’est prenant et il y a de beaux rebondissements et beaucoup d’actions (encore plus dans le dernier tiers où Van In se déchaîne).

Sans être une inconditionnelle de ce commissaire, j’ai chaque fois du plaisir à le retrouver et je passe un agréable moment en sa compagnie (sans doute parce qu’il ne me propose pas de boire avec lui ce qui deviendrait rédhibitoire ;-)

"Le bal des frelons" de Pascal Dessaint


Le bal des frelons
Auteur : Pascal Dessaint
Éditions : Rivages (2 Février 2011)
ISBN :978-2743621872
208 pages

Quatrième de couverture 

La montagne, les prairies, le grand air, ce n'est pas toujours aussi sain et bucolique qu'on le pense. Un peu plus loin dans la vallée, les vestiges d'une ancienne usine de tungstène sont encore visibles. Ensuite, il y a le village. Et ses habitants. C'est ça le pire, à commencer par ce combinard de Michel, le maire, qui ne montre pas vraiment le bon exemple à ses administrés. Alors, comment s'étonner que ceux qui ne sont pas obsédés par le sexe ne pensent qu'à l'argent, quand ce n'est pas les deux à la fois ? Tout est bon pour arriver à ses fins : menace, chantage, meurtre.

Mon avis 

L’horreur peut-elle être jubilatoire et le rire, même jaune, peut-il nous faire passer un bon moment de lecture ?
Et bien, oui …
Pascal Dessaint réussit grâce à ce livre hors normes à nous amuser avec des choses horribles.
« C’est » pas très chrétien tout ça …. Mais tant pis, de temps en temps ….

Chaque personnage (ils sont une dizaine) prend tour à tour la parole dans les chapitres qui se succèdent en disant « je ». Tous reliés par un même village ou parce qu’ils connaissent les habitants de ce hameau.
Il y a aussi, omniprésents, les animaux ; abeilles, ours, hérisson, vache etc … qui jouent un rôle important aux aussi.
Il s’en passe des choses dans une petite bourgade, tout ne se sait pas ou alors on fait comme si on ne savait pas. C’est parfois plus facile de faire l’ignorant, de rester loin des conflits d’intérêt, loin des amourettes, des complots, des tricheries ….
Les différents protagonistes sont truculents, un peu caricaturés mais c’est pour la bonne cause, histoire que nos zygomatiques n’oublient pas de bouger et de se maintenir en forme.
Ils ont chacun un petit côté fêlé, juste ce qu’il faut pour qu’on puisse penser que parfois, on pourrait rencontrer des personnes pas si éloignées de celles qui sont décrites (sauf qu’elles ne seraient sans doute pas doute concentrées dans un même périmètre quoique il me semble que ma voisine … je me demande si … enfin moi ce que j’en dis ….. au secours, le livre déteint sur moi !!!!!!)

L’écriture vive et alerte de Pascal Dessaint, adaptée de façon magistrale à chaque personnage, nous entraîne très vite de pages en pages. Ce n’est pas un roman policier où l’étude psychologique des individus prend de la place et est décortiquée. Non, tout cela reste survolé sans être trop superficiel. C'est-à-dire qu’on cerne très vite chacun, rien qu’à sa façon de s’exprimer, de partager ses pensées secrètes.

De temps à autre, des allusions amusantes :
« Je suis arrivé en nage à la bagnole et j’ai crié, crié, Caroline, pour qu’il revienne. »

En résumé, un bon moment de détente au milieu d’autres lectures plus consistantes.