"Le cerf-volant" de Laetitia Colombani

Le cerf-volant
Auteur : Laetitia Colombani
Éditions : Grasset (9 juin 2021)
ISBN : 978-2246828808
210 pages

Quatrième de couverture

Après le drame qui a fait basculer sa vie, Léna décide de tout quitter. Elle entreprend un voyage en Inde, au bord du Golfe du Bengale, pour tenter de se reconstruire. Hantée par les fantômes du passé, elle ne connait de répit qu'à l'aube, lorsqu'elle descend nager dans l’océan indien. Sur la plage encore déserte, elle aperçoit chaque matin une petite fille, seule, qui joue au cerf-volant.

Mon avis

Trois combattantes, trois rescapées, trois guerrières.

A cet exergue, j’aurais pu rajouter : trois destins de femmes.

Une fois encore, Laetitia Colombani met la condition féminine à l’honneur.

Son nouveau récit se déroule en Inde, où Léna est partie suite à un drame personnel. Elle est dans la ville de Mahäbalipuram dont elle découvre le côté sombre, où chacun lutte pour survivre. Elle veut panser ses blessures, oublier son métier d’enseignante et se faire oublier, essayer d’avancer… Mais la douleur la cloue, la mure, l’étouffe…jusqu’au jour où sur la plage, elle fait une rencontre. Une petite indienne qui, elle s’en aperçoit vite, travaille au lieu d’aller à l’école.

Dans certains pays, naître femme est un handicap, un obstacle majeur pour accéder au savoir et à la liberté. Malheureusement on ne choisit pas et dans ce cas-là, on se doit d’être obéissante et soumise sous peine de représailles.

Léna constate tout cela, se sent impuissante. Puis elle se « réveille », sort de sa torpeur, elle voudrait faire bouger les choses. Elle voit vite que le plus difficile, ce n’est pas l’extrême pauvreté mais le poids des traditions qui pèsent et qui empêchent les lignes de bouger. Bien que malheureux, les habitants n’envisagent pas de renoncer aux coutumes. C’est leur héritage, leur vie, leur essence.

Elle s’attache à la petite fille qu’elle a vue sur la plage et fait une autre rencontre : Preeti. Une jeune femme qui engagée avec les Red Brigades fondée en 2011 par Usha Vishwakarma (n’hésitez pas à aller lire son histoire personnelle). Elles se heurtent et finissent par s’apprivoiser.

Ces trois personnages féminins cheminent sous nos yeux. Chacune se construit pas à pas, hésitant, reculant, renonçant puis repartant en ne perdant pas espoir. Léna est une belle personne, elle a besoin de se raccrocher à la vie comme elle le peut et c’est en Inde qu’elle trouve une raison d’exister.

C’est avec une écriture au scalpel, lumineuse que l’auteur nous décrit leur quotidien, leurs luttes, leurs peurs, leurs espoirs. C’est empli d’une belle sensibilité nous rappelant l’importance de l’éducation. J’ai trouvé ce roman doux et beau, bien documenté (et ça, c’est vraiment intéressant !) et très réussi.

 

 

"Minuit à Atlanta" de Thomas Mullen (Midnight Atlanta)

 

Minuit à Atlanta (Midnight Atlanta)
Auteur : Thomas Mullen
Traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Pierre Blondil
Éditions : Payot & Rivages (5 Mai 2021)
ISBN : 978-2743653064
496 pages

Quatrième de couverture

Atlanta, 1956. L’ex-agent de police Tommy Smith a démissionné pour rejoindre le principal journal noir de la capitale en tant que reporter. Mais alors que l’Atlanta Daily Times couvre le boycott organisé par Rosa Parks à Montgomery, son directeur est retrouvé mort dans son bureau. FBI, flics racistes, agents Pinkerton : beaucoup de monde semble s’intéresser d’un peu trop près à cette affaire.

Mon avis

Après avoir lu Darktown et Temps noirs du même auteur, j’attendais avec impatience de découvrir ce nouveau roman qui allait me permettre de retrouver des personnages connus dans un contexte historique bouillonnant aux Etats-Unis. Nous sommes en 1956, les policiers à peau noire dérangent toujours autant. Les lois Jim Crow qui ont introduit la ségrégation dans les services publics, les lieux de rassemblement etc, sont toujours bien présentes. Mais l’Arrêt Brown est arrivé et il est considéré comme une étape décisive du mouvement américain des droits civiques pour obtenir l'égalité citoyenne des Afro-Américains. Une avancée qui n’est pas du goût de tout le monde (surtout des blancs …), on s’en rend vite compte en lisant ce roman….

Thomas Mullen tisse son récit avec des personnages fictifs évoluant dans une période historique qu’il a soigneusement étudiée. Cela représente sans aucun doute une somme de travail colossal, c’est impressionnant ! On croise çà et là des événements réels et toute son histoire sonne vraie. C’est ce que j’apprécie par-dessus tout dans ses écrits. On a vraiment l’impression de vivre les situations. On ressent les tensions, la peur, les petites victoires. On se révolte avec ceux qui luttent, on serre les poings, on hurle devant tant d’injustice, de mauvaise foi, de mensonges et de manipulation. Cet auteur me bluffe tant ses livres sont empreints de véracité, d’humanité, de profondeur.

Smith a fait partie du contingent des premiers policiers noirs mais il a démissionné et il est devenu reporter criminel pour un « journal noir » plutôt actif. Il se sent plus libre ainsi pour agir.

« Peut-être le meilleur moyen de réformer le système était-il de l’extérieur, après tout. Peut-être était-ce mieux comme ça. Peut-être n’avait-il pas simplement abandonné. »

Assez séducteur, il vit seul dans un petit espace car son salaire est peu élevé. Il est resté un peu en contact avec McInnis, son ancien chef, un blanc qui a appris à connaître ceux qui travaillent sous ses ordres et qui, petit à petit, leur a fait confiance. Son regard sur ces hommes a évolué au fil du temps et il s’est attaché à eux en quelque sorte. Pourtant, ce n’est pas simple, son rôle est mal vu par les autres blancs (dont certains très proches du Klan) qui se moquent de lui et de son équipe.

Un soir, Smith reste tard au journal et il s’endort. C’est un coup de feu qui le réveille et il monte vite à l’étage où Bishop, le directeur travaillait. Il est mort et Smith appelle aussitôt McInnis. Smith va très vite se retrouver en position d’accusé et il va lui falloir mener l’enquête pour comprendre ce qui a pu se passer, d’autant plus qu’il réalise que les policiers blancs n’ont pas l’intention de creuser. Beaucoup de personnes semblent s’intéresser à cette affaire et pas forcément pour les bonnes raisons, certaines fuient le contact notamment lors des funérailles. Que cachait Bishop ? L’atmosphère est électrique, pourquoi le FBI se mêle-t-il de ce fait ?

Smith et ses anciens coéquipiers vont mener des investigations en parallèle. Les événements sont articulés avec intelligence, les ressentis et les descriptions sont précises. Le rythme ne faiblit pas et chaque fois que quelque chose de nouveau se produit, on se demande où cela va nous entraîner.

L’écriture est puissante (merci au traducteur, qui n’est pas le même que pour les romans précédents, les a-t-il lus avant de traduire pour apprivoiser ambiance et individus ?), le texte étoffé, complet. On apprend énormément sur l’histoire du pays en découvrant ces aventures. L’enquête est loin d’être simple, les fausses pistes et les ramifications sont nombreuses, la vie passée de chaque protagoniste va intervenir de différentes façons, tout cela rend le texte de plus en plus addictif. Les protagonistes sont tous intéressants dans leur évolution, notamment McInnis, ils ont leurs failles, ils sont humains donc imparfaits.

Je suis totalement fan de Thomas Mullen et j’ai hâte de découvrir d’autres recueils qu’il a écrit (en plus il semblerait que les trois que j’ai cités vont être adaptés au cinéma…)

Entretien avec le traducteur

"Reikiller" de Laurent Philipparie

 

Reikiller
Auteur : Laurent Philipparie
Éditions : Plon (3 Juin 2021)
ISBN : 978-2259306621
336 pages

Quatrième de couverture

Jenny, prodigieuse acrobate, intègre la troupe d'un célèbre cabaret périgourdin. Elle vient de s'installer dans la région pour être aux côtés de Didier, gendarme à la Brigade de recherche de Sarlat. Ce dernier enquête sur la disparition de plusieurs touristes allemandes. Avec leur fille âgée de cinq ans, le couple aurait tout pour être heureux si la petite Luna n'avait pas développé une grave tumeur cérébrale contre laquelle la médecine conventionnelle ne peut rien. Les jours de l'enfant sont comptés.

Mon avis

Didier et Jenny forment un couple heureux, avec leur petite Luna. Lui est gendarme à la brigade de recherche de Sarlat. Elle, a trouvé une place de danseuse de pole dance dans un cabaret de la région. Deux quotidiens bien différents mais qui ne gênent en rien l’épanouissement de leur amour. Ils s’en accommodent.

Il est confronté à une affaire très intéressante, la disparition de jeunes femmes, toutes des touristes allemandes. Cela lui prend énormément de temps, il s’investit à fond car s’il réussit il sait bien que cela va booster sa carrière. De son côté, elle a parfois du mal à le comprendre de vivre dans tant de noirceur, alors qu’elle est sous le feu des projecteurs, mettant des étoiles dans les yeux des spectateurs.

Un jour, c’est le coup de massue, leur petite Luna est touchée par un gliome infiltrant du tronc cérébral, une tumeur inguérissable, elle est condamnée. Hospitalisée, il faut accepter l’idée de l’accompagner jusqu’au bout du chemin. C’est un tsunami pour les parents, comment réagir, que faire ? Face à la souffrance d’un proche, chacun réagit de façon différente, certains pratiquent le déni, d’autres baissent les bras s’en remettant à la fatalité, d’autres encore essaient d’espérer un miracle….Et si ?

Didier se noie dans le boulot, vivant de chantage avec lui-même, marchandant. « Si je coince le tueur alors ma fille sera sauvée… » Jenny ne sait pas, ne sait plus jusqu’à une discussion avec la patronne du cabaret, adepte de Reiki (une méthode de soins non conventionnelle d'origine japonaise, fondée sur des soins dits « énergétiques » par imposition des mains). Elle connaît une grande prêtresse et peut la faire intervenir pour sauver Luna. Jenny est rationnelle mais quand il ne reste plus d’espoir et que quelqu’un vous laisse une lueur, peut-on dire non ? Je n’ai pas pu blâmer cette mère, si la foi dans ce procédé lui permet de rester droite, pourquoi pas ? Mais il ne fallait pas qu’elle se laisse envahir, tout est question de dosage…

« Il y a ceux qui ne veulent pas croire, ceux qui ne peuvent pas croire, ceux qui croient mal…. Les plus dangereux restent ceux qui font semblant de croire, parfois contre leur gré… »

Le lecteur va suivre l’enquête des policiers, les interactions avec la jeune mère de famille, la vie de la troupe du cabaret où de nombreux artistes ont été convertis au Reiki par la patronne, la maladie de Luna et d’autres éléments liés à tout cela. Il y a des personnages forts : Goupil, le chef de Didier, un homme pragmatique qui avance pas à pas, qui ne veut pas que l’on bouscule les choses, la chef du cabaret qui ne jure que par le Reiki, les parents qui luttent pour tenir bon, et tous les autres, dont un tueur dans l’ombre, dangereux et violent à l’extrême….

Cette histoire aborde plusieurs thèmes, celui des croyances, le pouvoir et la force de la foi. L’évolution des personnes face à la maladie de ceux qu’ils aiment. L’Histoire avec H majuscule puisqu’on va découvrir des faits de résistance et des évènements concernant Joséphine Baker. Les investigations policières. Et les rapports humains qui se consolident ou se délitent. On pourrait penser que ça fait trop. Mais l’auteur articule tout cela avec doigté et il s’en sort bien. Son récit est prenant, découvrir l’univers du cabaret de l’intérieur, observer les ressentis de chacun, décrire les paysages où se déroulent certaines scènes difficiles, parler de l’Histoire, tout cela est écrit avec suffisamment de détails, sans en faire trop non plus. On peut mettre un bémol pour certains faits qui ne sont pas très vraisemblables, quoique…. Laurent Philipparie sait de quoi il parle puisqu’il est criminologue et capitaine de police.

Cette lecture a été une belle découverte pour moi. La construction avec plusieurs angles d’approche m’a bien plu ainsi que les sujets évoqués. L’écriture est accrocheuse, vivante et on ne s’ennuie pas une seconde !


"Lew Archer Tome 10 - Le corbillard zébré" de Ross Macdonald (The Zebra-Striped Hearse)

 

Lew Archer Tome 10 - Le corbillard zébré (The Zebra-Striped Hearse)
Auteur : Ross Macdonald
Traduit de l’américain par Jacques Mailhos
Éditions : Gallmeister (7 janvier 2021)
Parution : en anglais (Etats-Unis) en 1962, en français à partir de 1964
ISBN : 978-2351787298
336 pages

Quatrième de couverture

L'avenir sourit à Harriet Blackwell. À vingt-quatre ans, elle est sur le point d'hériter d'un demi-million de dollars et compte épouser un peintre désargenté dont elle est éperdument amoureuse. Seulement, son père, le colonel Blackwell, se méfie. Autoritaire et plein de certitudes, il charge Lew Archer d'en apprendre davantage sur le prétendant de sa fille, avec la ferme intention de le discréditer.

Quelques mots sur l’auteur

Ross Macdonald, de son vrai nom Kenneth Millar, est né en 1915 en Californie et a d'abord grandi au Canada avant de revenir s'installer aux Etats-Unis. Pendant la Seconde Guerre mondiale, il est officier de marine dans le Pacifique. À son retour, il publie quatre romans avant la parution de Cible mouvante en 1949, le premier livre où apparaît le détective privé Lew Archer, plus tard incarné à l'écran par Paul Newman. Ross Macdonald meurt en 1983. Il est considéré comme l'un des plus grands écrivains de romans noirs.

Mon avis

Merci aux éditions Gallmeister et à Partagelecture pour cette découverte.

C’est le titre original et surprenant qui m’a attirée dans cette lecture. Le corbillard zébré, pourquoi ? Un corbillard, c’est la mort, souvent à un âge avancé, mais zébré ? Dans le récit, ce véhicule est occupé par de jeunes surfeurs (un peu hippies on est dans les années 60), comme s’il s’agissait d’un moyen de transport ordinaire. Quant aux rayures fantaisistes, elles peuvent montrer l’écart entre les deux mondes : celui de la jeunesse insouciante (liée à l’intrigue et qui apparaît de temps à autre) et celui de l’âge mûr représenté par l’enquêteur qui nous rappelle régulièrement son âge (la quarantaine). Des traits qui séparent mais qui rassemblent aussi par intervalles….

Le colonel Blackwell voit d’un très mauvais œil le fait que sa fille Harriet soit tombée amoureuse d’un artiste sans le sou, d’autant plus que prochainement elle va hériter d’une fortune conséquente. Elle a décidé de l’épouser en plus ! Il mandate alors un détective, Lew Archer, pour enquêter sur cet homme et si possible découvrir de quoi le discréditer. Lew accepte l’affaire et se met au travail. Pourquoi le père ne veut-il pas de ce fiancé ? La jeune femme n’est pas très belle, est-ce qu’elle plaît vraiment au peintre ou vise-t-il sa fortune ?

Assez vite, le fin limier va sentir des zones d’ombre, des mensonges, des non-dits, des interprétations, entre les différents personnages qu’il côtoie. Rien n’est vraiment net, ciblé, certains fait sont troublants et le cheminement du futur mari semble relié à plusieurs décès. Lew Archer avance pas à pas, change de lieu, même d’état, c’est lui qui s’exprime dans le récit. Il fait une description très précise des lieux, des situations. Ses observations sont détaillées et il les utilise pour faire des recoupements, des hypothèses, lançant l’air de rien, quelques mots bien ciblés à ceux qu’il interroge.

Le contexte et les raisons d’agir des uns et des autres sont bien pensés, il n’y a pas de temps mort, suffisamment de rebondissements pour maintenir notre intérêt. Les travers de chaque individu sont glissés çà et là, au fil des chapitres, les caractères se précisent, se dévoilent jusqu’au dénouement final.

Le rythme est celui d’un enquêteur qui ne laisse rien au hasard, qui prend le temps, ne voulant rien rater. Méticuleux, intuitif, maniant l’humour noir et la dérision, il secoue ceux qu’il questionne, les pousse plus loin pour arriver à ses fins. Les dialogues sont vifs, certains paragraphes s’apparentent à de savoureux apartés, comme si Lew prenait le lecteur à témoin de ce qu’il constate. « Ce devait être un mariage d’inconvenance …. » Je pense que Jacques Mailhos a fait du bon travail car le texte est savoureux (donc parfaitement traduit)

Une lecture que j’ai beaucoup appréciée.

 


"Il est grand temps de rallumer les étoiles" de Virginie Grimaldi

 

Il est grand temps de rallumer les étoiles
Auteur : Virginie Grimaldi
Éditions : Fayard (2 mai 2018)
ISBN : 978-2213709703
396 pages

Quatrième de couverture

Anna, 37 ans, croule sous le travail et les relances des huissiers. Ses filles, elle ne fait que les croiser au petit déjeuner. Sa vie défile, et elle l’observe depuis la bulle dans laquelle elle s’est enfermée. Le jour où elle apprend que ses filles vont mal, Anna prend une décision folle : elle les embarque pour un périple en camping-car, direction la Scandinavie. Si on ne peut revenir en arrière, on peut choisir un autre chemin.

Mon avis

Mère de famille débordée, Anna jongle avec un emploi du temps difficile, ses filles adolescentes, son ex-mari, et un travail qui l’accapare beaucoup (et avec des conditions matérielles éprouvantes). Elle est à deux doigts de craquer et elle sent bien que l’éducation de ses enfants lui échappe. Pas le temps de se parler, de se poser, de vivre de bons moments, de les accompagner…. Elle est consciente de leur mal-être, de ses manques mais elle ne sait que faire…

Sur un coup de tête, avec l’aide de son père et un coup de pouce de sa grand-mère, elle part en camping-car avec ses deux filles, direction la Scandinavie pendant plusieurs semaines. L’occasion de se retrouver, de revenir à l’essentiel, de faire le point, de reconnecter le trio.

On va suivre ce périple par l’intermédiaire de trois regards. Anna qui raconte, son aînée qui tient un blog et la plus jeune qui écrit un journal intime. Ces différentes approches sont intéressantes, assez fines, pour nous offrir les ressentis de chacune et l’évolution de leur perception de ce voyage.

Des thèmes graves sont abordés mais sans pathos et avec un peu de légèreté ce qui en fait un bon roman tout public (ce n’est pas négatif). Il y a de l’humour, de la tendresse, des bons sentiments. C’est fluide, ça se lit tout seul.

J’ai bien apprécié de retrouver les coins de Scandinavie que j’ai déjà visités, en plus de l’écrit, les images me revenaient. Quand on a des ados qui se cherchent, ce livre peut être lu par la mère et la fille par exemple, car il peut offrir des temps de discussion en famille. Une lecture agréable.

"C'est douloureux, ce passage entre l'enfance et l'adolescence, quand les illusions volent en éclats et que les rêves se fracassent contre la réalité."

"Le cheval-drac de Molompize" de Gisèle Larraillet

 

Le cheval-drac de Molompize
Auteur (texte et dessins) : Gisèle Larraillet
Éditions : Contes à Nounette (Juin 2020)
32 pages




Mon avis

Ce conte illustré un peu comme une bande dessinée, met en scène une légende traditionnelle du Cantal. Il peut être lu dès huit ans, et a une très belle reliure japonaise (c’est-à-dire sans colle).

Les dessins sont magnifiques avec des couleurs bien choisies, toutes douces. Le contenu de chaque page est assez détaillé tant dans le texte que dans les images pour que les enfants suivent sans difficulté le récit. Les illustrations sont simples mais très « parlantes ».

Une grand-mère a raconté à sa petite fille l’histoire du cheval-drac, qui est un animal dangereux. La fillette fait une rencontre et se demande ce qu’elle doit faire. Serait-elle face à être de légende dont il faut se méfier ?

J’ai trouvé cet album intéressant pour plusieurs raisons.

Il transmet par écrit un texte qui n’était qu’oral mais qui fait totalement partie du village de Molompize. Il permet de le faire « vivre » encore même après la disparition des anciens. Il est important de garder une trace de l’héritage des aînés.

Il est adapté à un jeune public qui peut le découvrir en famille, les adultes racontent ou seul, lorsque l’enfant sait lire.

Il est beau tout simplement….

J’ai apprécié de découvrir ce texte traditionnel et je trouve très bien la réaction de l’enfant qui donne à réfléchir aux adultes pour d’autres situations, où il est important de ne pas se fier aux apparences !


"Dent de dinosaure" de Michael Crichton (Dragon Teeth)

 

Dent de dinosaure (Dragon Teeth)
Auteur : Michael Crichton
Traduit de l’anglais (États- Unis) par Pierre Brévignon
Éditions : L'Archipel (3 juin 2021)
ISBN : 978-2809841398
306 pages

Quatrième de couverture

1875. Dandy désœuvré, le jeune William Johnson, après avoir perdu un pari, doit partir pour le Far West. Quittant son univers privilégié, l'étudiant de Yale rejoint une expédition à la recherche de fossiles préhistoriques dans les territoires reculés et hostiles du Wyoming. Mais la plus sanglante des guerres indiennes vient d'éclater. Et avec elle un autre conflit, opposant deux célèbres paléontologues prêts à tout pour déterrer d'inestimables vestiges de dinosaures et accéder à la gloire.

Mon avis

Michael Crichton est décédé en 2008, mais son épouse qui signe une belle postface, offre aux lecteurs un roman retrouvé dans les archives de son mari. Ce recueil a inspiré Jurassic Park.

L’Ouest américain en 1875. William Johnson est étudiant à Yale, dans une université bien cotée. Il y est plus pour s’occuper que par goût personnel. Pourtant il a des facilités et s’en sort bien mais il n’a pas vraiment de but dans l’existence. Gosse de riches, enfant gâté, il se laisse vivre. Suite à un pari où il ne veut pas perdre la face, il se retrouve embarqué, alors qu’il n’a aucune connaissance pour le faire, dans une expédition pour la recherche de fossiles préhistoriques. Il trouvera une solution pour masquer son incapacité et être intégré dans le groupe d’un professeur renommé.

Les voyages forment la jeunesse, dit-on. Et bien, William peut rajouter à l’adage, que les voyages endurcissent, font grandir en maturité, affinent les personnalités, et bien d’autres choses encore. J’ose même écrire que pour le jeune homme, cette aventure est un réel cheminement vers l’âge adulte et une découverte de soi, des autres, de la vie. Cet aspect du récit est très intéressant. On voit comment celui qui n’était qu’un dandy, évolue, se demandant quelle idée il a eu en partant pour longtemps dans des territoires hostiles… Son approche des personnes, des événements change au fil des pages. Il devient un homme sous nos yeux. Et pour ce faire, il passe par plusieurs épreuves et difficultés. Rien ne lui sera épargné, besoin d’asseoir sa crédibilité, amours contrariées, indiens déchaînés (les guerres indiennes font rage et en plus, les chercheurs passent sur leur territoire), cow-boys dangereux, shérif pourri, villes totalement coupées de tout etc… Il est confronté à la peur, au danger, à l’hostilité permanente, au dédain….

Ce livre, inspiré de faits réels, met aussi en scène deux paléontologues connus : Edward Drinker Cope and Othniel Charles Marsh. Ils se disputaient sans cesse les découvertes, allant jusqu’à faire des faux pour se piéger l’un et l’autre. Au début, ils étaient amis mais ça n’a pas duré. Dans le récit, ils se surveillent, s’épient, se jalousent et c’est parfaitement retranscrit !

Au fil des pages, la tension ne faiblit pas. On sent que les situations sont, la plupart du temps, très nouvelles pour William et qu’il ne sait pas toujours comment réagir, comment faire. Il essaie de s’affirmer et en même temps, il ne veut pas se mettre qui que ce soit à dos, car le séjour va être long. Il vaut mieux avoir quelques soutiens solides….

Ce recueil est captivant, le rythme est dense, il y a des rebondissements. L’écriture (merci au traducteur) est fluide et accrocheuse. L’atmosphère de l’époque est décrite avec ce qu’il faut de détails pour qu’on s’imprègne de l’histoire. C’est très visuel à tout point de vue, j’avais l’impression d’entendre les bruits, de sentir la chaleur, le froid, la poussière….  Au niveau scientifique, l’auteur explique comment les chercheurs s’y prennent pour les fouilles, les heures de travail pour, parfois, un piètre résultat. La patience et l’abnégation sont indispensables. Il faut être passionnés et ne pas chercher la gloire.

C’est une lecture plaisante, mêlant habilement réalité historique et fiction, le suspense omniprésent donne l’envie permanente de tourner les pages. Et le sujet abordé, cette recherche de fossiles dans la seconde moitié du XIX ème siècle m’a vraiment incitée à creuser ces faits, à en savoir plus sur ces deux scientifiques et sur ce qu’ils ont réellement fait. J’apprécie énormément ce genre de récits qui titillent ma curiosité et m’ouvrent d’autres horizons.