"Sherlock Holmes et les protocoles des Sages de Sion" de Nicholas Meyer (The Adventure of the Peculiar Protocols)

 

Sherlock Holmes et les protocoles des Sages de Sion (The Adventure of the Peculiar Protocols)
d’après les mémoires du Dr Watson
Auteur : Nicholas Meyer
Traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Sophie Guyon
Éditions : L’Archipel (14 Avril 2022)
ISBN : 9782809842173
274 pages

Quatrième de couverture

6 janvier 1905. Sherlock Holmes – qui fête ses cinquante ans – et le Dr John Watson sont convoqués par Mycroft, le frère du célèbre détective, au club Diogène. Sur place, ce dernier leur remet les documents retrouvés sur le corps d'une agente des Services secrets britanniques, repêché dans la Tamise : Les Protocoles des Sages de Sion. Holmes et Watson prennent alors l'Orient-Express pour la Russie des tsars, d'où provient ce texte explosif, bien que sujet à caution. Mais à leurs trousses s'élancent des adversaires déterminés à les empêcher de découvrir la vérité.

Mon avis

Le Docteur Watson est le fidèle ami du détective Sherlock Holmes, il l’aide même à résoudre certaines affaires en jouant un rôle actif à ses côtés. Il paraît qu’il écrit un journal et Nicholas Meyer, par un concours de circonstances à découvrir dans l’avant-propos, se retrouve avec une partie de ses écrits. En résulte ce nouveau roman, pastiche holmésien.

Janvier 1905, Mycroft, frère de Sherlock, l’invite avec Watson au club Diogène. Un drôle de lieu où les hommes ont une discussion assez brève. Les deux convives récupèrent des documents qu’une agente britannique assassinée avait avec elle. Il s‘agit des Protocoles des Sages de Sion (texte inventé de toutes pièces par la police secrète du tsar et publié pour la première fois en Russie en 1903. Ce faux se présente comme un plan de conquête du monde établi par les Juifs et les francs-maçons). Une histoire totalement nouvelle, un cas inédit pour les deux compères.  Ils vont mener une double-enquête à la fois sur le meurtre de la femme et sur les protocoles pour comprendre ce qui les a inspirés et ce qu’ils peuvent apporter (ou pas) comme danger.

Mêlant habilement le compte-rendu de Watson (avec des pages manquantes ; -) bien à propos), faits réels et fictifs, l’auteur nous entraîne dans l’Orient-Express et nous fait voyager. Explications, fines analyses, suppositions, hypothèses, Nicholas Meyer s’appuie sur tout cela pour nous faire pénétrer dans un univers que Conan Doyle ne renierait pas. C’est très fort et parfaitement bien pensé.

L’écriture fluide, le style vivant permettent au lecteur de s’imprégner de l’atmosphère, du décor, c’est très visuel. Je croyais voir les sourires en coin, les moustaches masculines, les regards échangés, les gestes presque cachés mais vus…. Les images défilaient sous mes yeux, et dans le train, je visualisais les lieux, les scènes. Le pouvoir descriptif de l’auteur est de qualité.

En ce qui concerne les personnages, j’ai apprécié les pointes d’humour pour parler de certains que ce soit pour le caractère ou autre chose. Ils ne sont pas neutres et tissent des liens surprenants parfois et comme dans la vraie vie, parfois on se doute que… et parfois pas du tout.

L’enquête, quant à elle, est particulière. On n’est pas face à une rapide course-poursuite ou à de dangereux malfrats hyper violents. C’est beaucoup plus dans le « non palpable », dans l’étude de chaque indice, de chaque situation que Watson et Sherlock s’investissent. Ils sont en compagnie d’une jeune femme qui traduit le russe et qui n’est en rien une quantité négligeable, bien au contraire.

Si ce récit n’a pas un rythme trépident, il est très intéressant. Les allusions historiques m’ont donné le souhait de creuser ce que j’ai appris, notamment sur les Protocoles de Sion et sur les relations entre les pays de l’époque. On est au seuil de la première guerre mondiale et on sent les prémices de quelques petites choses qui ne rassurent personne….

Cette lecture m’a dépaysée. L’originalité de l’introduction, la cadence plutôt lente qui peut malgré tout provoquer des accélérations cardiaques quand on s’interroge sur le devenir des protagonistes, le phrasé typique, tout cela m’a permis de passer un excellent moment !


"Cachotteries" de Anne Gerbedoen

 

Cachotteries
Auteur : Anne Gerbedoen
Éditions :  Fleur Sauvage (21 octobre 2015)
ISBN : 979-1094428122
128 pages

Quatrième de couverture

Un vol plané du haut d'un beffroi Une facétieuse détective, son délicat mari Le drame d'une amie. Et une multitude de secrets...

Mon avis

Point besoin de faire dans la longueur pour écrire un roman atypique, distrayant. Avec de faux airs de Miss Marple, Hermione est une femme, comme beaucoup, non pas curieuse mais qui s’intéresse à son prochain. N’est-ce pas ? Je l’entends me chuchoter : « C’est ça, ce n’est pas de la curiosité mal placée, je m’intéresse aux autres et à leur histoire, c’est tout… »

C’est tout et c’est déjà beaucoup car à travers les nombreuses « connaissances »  (voisins, commerçants, amis et j’en passe…. ) de cette détective amateur, nous allons rencontrer une galerie de personnages aux prénoms fleuris, sortant de l’ordinaire et désuets à souhaits. Un régal, vous dis-je. Le style et le ton de l’auteur au phrasé choisi et de qualité laissent à penser qu’elle « en a sous la plume » et que ses futurs écrits, en s’étoffant, donneront des romans qui gagneront à être connus.

Ce que femme veut… et Hermione sait ce qu’elle veut. Elle désire plus que tout comprendre ce qui s’est passé, histoire d’en finir avec une certaine forme de culpabilité qui va venir la hanter. C’est un personnage haut en couleurs que l’on imagine sans peine, allant de l’un à l’autre, l’air de rien, pour fureter. Elle est malicieuse et intelligente. Elle nous entraîne à sa suite dans une enquête qui n’en est pas vraiment une… Elle questionne, observe, écoute, tend l’oreille, provoque des rencontres…. soliloque, fait des déductions et discute beaucoup avec son cher et tendre époux qu’elle emmène parfois avec elle dans des situations un peu délicates… Il est intéressant de remarquer que les seconds rôles ont également leur mot à dire et tiennent une place prépondérante dans le contexte global. Ce sont des individus bien décrits, en peu de mots, on les cerne, du moins en apparence, car de temps à autre, la part d’ombre de l’un ou de l’autre apparaît entre les lignes.

Chaleureux  et amusant, de bonne facture, ce livre permet de passer un excellent moment de lecture.


Dans le silence du vent de Louise Erdrich (The Round House)

 

Dans le silence du vent (The Round House)
Auteur : Louise Erdrich
Traduit de l’anglais par Isabelle Reinharez
Éditions : Albin Michel (21 août 2013)
ISBN : 978-2226249746
480 pages

Quatrième de couverture

Un dimanche de printemps, une femme est agressée sexuellement sur une réserve indienne du Dakota du Nord. Traumatisée, Geraldine Coutts n’est pas en mesure de révéler ce qui s’est passé à la police, ni d’en parler à son mari ou à son fils de treize ans, Joe. En une seule journée, la vie de ce dernier est bouleversée. Il essaie d’aider sa mère mais elle reste alitée et s’enfonce peu à peu dans le mutisme et la solitude. Tandis que son père, qui est juge, confie la situation à la justice et à la loi, Joe perd patience face à une enquête qui piétine et il décide avec ses copains de chercher les réponses de son côté.

Mon avis

J’ai une tendresse toute particulière pour les indiens, probablement à cause des livres de Forrest Carter et de Jim Fergus…ainsi que le film « Danse avec les loups ». Je lis des articles et des documents sur leur cause et je possède également de magnifiques livres de photographies les représentant.

Le livre de Louise Erdrich m’intéressait de façon toute naturelle.

L’écriture est pudique et lumineuse, le style poétique (surtout quand elle évoque légendes, coutumes ou habitudes indiennes…)

On rentre dans l’histoire à pas feutrés et on ressort de même, sur la pointe des pieds…

J’ai trouvé remarquable de parler d’un sujet aussi grave sans inciter à la haine, à la vengeance, à la violence. Géraldine, la mère de Joe, jeune indien de treize ans, n’a pas (plus) la force, l’envie, le souhait de combattre…Elle s’enfonce et entraine sa famille dans son apathie, son mutisme…mais Joe ne veut pas de ça. Avec ses moyens de jeune adolescent, ses copains, ses amis (ceux à qui ont peut tout dire et qui sont là quand on en a besoin) il décide de mener l’enquête, de comprendre et de savoir tout ce qu’on lui tait.

C’est à travers ses yeux et sa lutte, que nous allons découvrir la justice, les restrictions pour les recherches entre blancs et indiens, la difficulté d’inculper la bonne personne…

Joe est un enfant et il se trouve face à un drame qui n’est pas de « son âge ».

Obligé de grandir plus vite que prévu parce qu’il refuse de laisser les choses en l’état, parce qu’il ne supporte pas de voir sa mère, murée dans sa souffrance, s’éloigner d’eux de plus en plus….

L’auteur sait parfaitement adapter son style à l’âge de ce jeune garçon, elle plonge très bien dans son esprit, ses tourments, ses questionnements… A travers sa quête, sont glissé ça et là et très bien amenés des traditions, des façons d’être ou de vivre de la communauté indienne… C’est beau car inséré avec une exquise délicatesse.

Ce roman est comme une musique, impétueuse, calme, fougueuse, posée ….passant par toutes les vibrations du porte-parole de ce peuple indien qu’elle aime tant et dont elle fait partie….Merci Louise Erdrich !


"Quand ils rêvent les oiseaux" de Nora Bensaad

 

Quand ils rêvent les oiseaux
Auteur : Noura Bensaad
Éditions: Elyzad (8 Octobre 2009)
ISBN : 978-9973580214
112 pages

Quatrième de couverture

«Allongée et immobile, elle se laissait bercer par le mouvement de l’onde. Les vagues comme animées d’une volonté propre la poussaient vers le rivage, un rivage désert et lointain qu’elle-même désirait atteindre sans y parvenir.»

Tout au long des huit nouvelles de ce recueil, les vies oscillent et les personnages, pris de vertige, avancent à tâtons, au plus près des failles de leur existence. En même temps qu’eux, nous glissons dans un monde à la fois familier et étrange.

Mon avis

Une fois encore, je suis charmée par les éditions Elyzad …

Ce papier tramé, à la couleur légèrement surannée, comme celui que j’aime utiliser pour écrire, donne déjà l’impression de recevoir un courrier de qualité …

Ensuite, la photo de couverture, invitant à la rêverie, offrant un accès à la rêverie (observez le cadre noir, ne dirait-on pas le contour d’une fenêtre ?), comme une fenêtre ouverte sur …..

La tendresse ….

Ce mot s’est imposé à moi, après la lecture de ces nouvelles et j’ai pensé au grand Jacques et à sa chanson.

« Pourquoi crois-tu la belle

Que monte ma chanson

Vers la claire dentelle

Qui danse sur ton front

Penché vers ma détresse

Pour un peu de tendresse…. »

Jacques Brel

Ces petits récits « transpirent » la tendresse, la sérénité, la délicatesse, même si des sujets graves sont abordés …

Tendresse du don de soi, gratuit, sans calcul …

Tendresse du partage, de la rencontre …

Tendresse des souvenirs heureux, mais aussi parfois, douloureux …

Tendresse de la découverte …

Tendresse de l’ouverture à l’autre ….

Tendresse de l’écoute …

Tous font une belle place à l’imaginaire, juste ce qu’il faut pour envelopper l’esprit d’autres possibles, à la limite de la réalité …. Le doute peut planer mais c’est si beau lorsqu’on y croit … C’est tellement vrai tout cela lorsqu’on se laisse porter par l’écriture…

« Était-ce l’incertitude d’un à venir de son existence qui donnait à sa présence tant d’intensité ? »

Qu’il est beau ce « à venir » ….

Les mots sont doux, murmurés, chuchotés, choisis, amenés là, à l’instant où il le faut pour nous parler comme autant d’images, de photographies, de paysages, de tableaux … car il y a un peu de peinture dans l’écriture de Noura Bensaad.

Chaque nouvelle est présentée comme une peinture, par petites touches, apposées ici ou là, retraçant les questionnements du personnage, ses rencontres, sa vie, montrant comme il arrive qu’un événement, semblant anodin, puisse tout faire basculer …

En apparence, dissociés les uns des autres, ces récits, par de petits détails, semblent parfois rappeler un personnage, un événement évoqué dans les pages précédentes … formant ainsi un seul et même tableau au parfum de Méditerranée ….

"Le grand effondrement" de Sébastien Le Jean

 

Le grand effondrement
Auteur : Sébastien Le Jean
Éditions : Liana Levi (14 Avril 2022)
ISBN : 979-1034905638
400 pages

Quatrième de couverture

En région parisienne, un PDG a été savamment assassiné en un lieu dont personne ne soupçonnait l’existence, un bunker pour milliardaires. Le commandant Ronan Sénéchal aurait préféré ne pas être appelé sur cette affaire le jour de la naissance de son fils. En région lyonnaise, le corps d’un jeune youtubeur, connu pour appartenir à la mouvance écologiste radicale, a été repêché dans un étang. Le capitaine Irina Kowalski peine à comprendre qui a éliminé l’activiste qui voulait sauver le monde du changement climatique.

Mon avis

Commandant de police, Ronan Sénéchal a connu des moments difficiles, il a eu des zones d’ombre, a souffert, a dérivé et semble s’en être enfin sorti. Il est heureux avec sa femme Nathalie et vient d’être papa d’un petit Gaspard. Le bonheur enfin pour cet homme ? Il vient à peine de faire connaissance avec son petit bout, il est encore sous le coup d’émotions contradictoires : la souffrance de son épouse et le plaisir d’être père et voilà que son téléphone sonne…. Son adjoint l’appelle et lui dit qu’il l’attend. Le procureur de la république a demandé qu’il soit en charge d’une enquête sur le meurtre d’un PDG. Plutôt connu, il vient d’être retrouvé dans des conditions particulières. Ronan n’a pas envie mais c’est ainsi, le devoir l’appelle.

Il va prendre à cœur cette nouvelle mission. Au risque d’être déstabilisé dans son quotidien mais surtout dans ses convictions. Va-t-il renouer avec ses vieux démons, en trouver de nouveaux ? Se perdre et mettre son couple en danger ? L’affaire sur laquelle il doit faire des investigations est particulièrement bizarre. Le PDG a été assassiné dans un lieu hautement sécurisé, en région parisienne, où il se croyait à l’abri et prêt pour « le grand effondrement », cette éventuelle fin du monde où seuls ceux qui sont préparés (moralement, matériellement, physiquement) s’en sortiront. Que s’est-il passé ? Qui l’a tué et pourquoi, que revendique cette personne ?

Pratiquement en même temps, à Lyon, un jeune youtubeur, connu pour sa chaîne consacrée au survivalisme et à la défense de l’environnement est retrouvé noyé dans un étang. Il a été torturé. C’est au capitaine Irina Kowalski que sont confiées les recherches pour comprendre ce qui est arrivé au jeune homme.

Y-a-t-il un lien entre les deux affaires ? Aucune raison, les deux villes ne sont pas proches, les deux hommes encore moins … Et pourtant, le premier avec une activité professionnelle proche des voitures, « polluait » et le second, même radicalisé, voulait sauver la planète… Un même meurtrier, un clan, rien à voir ?

Avec une écriture nerveuse et musclée, sans temps mort, l’auteur nous entraîne dans un univers pas si fictif que ça. Tout au long de ce roman, on rencontre des personnages dont on se dit souvent « tiens, ça me fait penser à … » et on se dit « et si ? … » brrrr

J’ai envie d’écrire « même si on n’en est pas encore là », méfions-nous des dérives, des peurs fabriquées, des excès, des discours tout faits, écoutons mais renseignons-nous auprès des bonnes personnes et croyons encore en l’homme. Tout n’est pas mauvais en lui.

Les thématiques abordées dans ce récit sont d’actualité et c’est sans doute pour ça que le contenu nous frappe de plein fouet. Le style rapide, fluide, le propos addictif, tout cela capte rapidement l’attention du lecteur. Et une fois accroché, on n’a plus envie de laisser le livre !

J’ai trouvé cette lecture captivante tant sur le fond que la forme. Les protagonistes ont de l’épaisseur, notamment les policiers. J’ai tout à fait compris les réactions de Ronan et d’irina face à ce qu’ils découvrent, face à ce qu’ils vivent. Leurs choix ne sont pas si étonnants que ça. Il y a un côté plutôt réaliste dans tout ce que l’on lit.

Un auteur à suivre et un recueil à découvrir !


"30 secondes ..." de Xavier Massé

 

30 secondes
Auteur : Xavier Massé
Éditions : Taurnada (17 Février 2022)
ISBN : 978-2372580984
248 pages

Quatrième de couverture

30 secondes… Les 30 dernières secondes les plus importantes de sa vie. Les 30 dernières secondes de leur vie. Les 30 dernières secondes dont il arrive à se souvenir. 30 secondes… c'est le laps de temps qu'il leur a fallu pour avoir cet accident. 30 secondes, c'est le temps dont dispose Billy pour retrouver la femme de sa vie… disparue…

Mon avis

Billy est un jeune joueur de foot américain, il est plutôt bon, mais parfois il se laisse aller à boire et dans ces cas-là, ça part en vrille et il lui arrive de prendre des cachets dont il abuse un peu. Sa copine Tina le lui reproche souvent, elle aimerait que leur couple ne soit pas pollué par les sautes d’humeur et les dérives de Billy. Ce jour-là, une fois encore, il se lève avec la gueule de bois, il a trop bu. Ils montent tous les deux dans la voiture. L’ambiance est plutôt glaciale alors pour meubler, il parle, il fait des projets, ce soir ils se feront un restau … Tina reste silencieuse et lui il cause, il cause et puis BAM, c’est l’accident….

Billy se réveille à l’hôpital, bandé de partout, ça a tapé très fort, il est dans un sale état, et ses souvenirs ne sont pas clairs… Aussitôt réveillé il demande des nouvelles de Tina. Personne ne peut lui en donner, elle n’était pas dans la voiture…  Il ne comprend rien, c’est quoi cette histoire ? Il s’est sûrement passé quelque chose mais quoi ?

Le neurologue de l’hôpital lui propose des séances d’hypnose pour rafraîchir sa mémoire, retrouver des informations. Les séances épuisent le sportif, il a du mal à séparer le vrai du faux, à comprendre le déroulé des événements. Parfois, il plonge dans des scènes tellement violentes en émotions qu’il n’arrive pas à revenir dans le réel. Il perd les pédales, il a peur de ce qui se rappelle à lui, notamment avec certains de ses potes un peu borderline. Il ne sait plus où il en est… Et puis, il y a cet homme à côté du médecin qui prend des notes et dont il ignore, dans un premier temps, ce qu’il fait là. Pourquoi prend-il des notes ? Où est Tina, comment se fait-il que personne ne puisse lui répondre ?

Les souvenirs arrivent petit à petit, parfois remis en cause dans l’entretien suivant. Le lecteur s’interroge autant que Billy. On est dans le flou, on essaie d’ordonner ce qu’on découvre, de relier les différents éléments et de trouver la chronologie des faits. Mais l’auteur se joue de nous….

Il y a peu de personnages dans ce roman. Ils se suffisent à eux-mêmes avec des rôles bien définis. L’écriture nerveuse et rythmée nous entraîne dans un tourbillon, il est difficile de reprendre son souffle. C’est un récit très déstabilisant et je pense même qu’il peut être déroutant pour certains.

Xavier Massé a bien ficelé son intrigue. Il a sans doute également fait des recherches sur le fonctionnement de l’hypnose car ce qu’il écrit est précis. J’ai eu un peu de mal avec ce que je vais appeler « les répétitions » c’est-à-dire, retourner régulièrement dans les réminiscences pour obtenir une avancée sur les événements à éclaircir. C’est le fonctionnement de l’hypnose, c’est donc normal, mais moi, j’avais envie de savoir et que ça se décante tout de suite. Je voulais connaître la vérité, car je sentais bien que l’auteur me baladait, preuve qu’il avait parfaitement réussi à maintenir le suspense.

« 30 secondes » est un roman noir psychologique travaillé et présenté de façon très originale avec une conclusion bluffante.


"Le convoi de l'eau" de Akira Yoshimura (水の葬列)

 

Le convoi de l’eau (水の葬列)
Auteur : Akira Yoshimura
Traduit du japonais par Yutaka Makino
Éditions : Actes Sud (19 Janvier 2009)
ISBN : 978-2-330-02812-1
176 pages

Quatrième de couverture

A la faveur de la construction d'un barrage aux abords d'un village condamné par le nouvel édifice, le destin d'un homme au passé trouble entre en résonance avec celui d'une petite communauté isolée en pleine montagne. Dans des paysages dont la splendeur contraste avec la violence fruste des moeurs, un combat tellurique et intimiste à la fois.

Mon avis

Un tout petit livre, dans ce format si agréable de chez Actes Sud et à la couverture superbe : une photographie qui ressemble à un tableau …

D’entrée, j’ai été surprise par le « nous ». Le narrateur s’efface derrière ce pronom et utilise peu le « je ». Il dit d’ailleurs qu’il est venu sur ce chantier du barrage pour « guérir » après une période d’incarcération. « Le hameau qui avait bien voulu soigner ma blessure était en train de disparaître de cette vallée »

Petit à petit, au long du livre, il se «détachera » du groupe, se remettra à exister par lui-même et emploiera à nouveau le « je » jusqu’à l’utiliser couramment

On retrouve bien là, l’attitude des détenus, qui ont des difficultés à garder une identité propre car le rythme est imposé au groupe, par le groupe. 

Le chantier d’un barrage n’est pas un chantier ordinaire, c’est un endroit à hauts risques où « La mort est une réalité prise en compte dès le début. »

On y vit tous ensemble, loin de sa famille, loin de la ville.

À côté du chantier un village, l’observation réciproque est finement écrite ainsi que les relations entre les deux entités.

L’eau, le vert, les os, la mort sont très présents mais jamais d’une façon lourde.

L’écriture est très asiatique, légère, poétique. Je la comparerai à une dentelle créée petit à petit, à points comptés sans se presser.

L’eau monte, inexorablement, mais pas l’angoisse … Comme souvent dans les contrées asiatiques, les hommes acceptent la vie, la mort avec « philosophie » continuant leur route …

Notre narrateur s’est réconcilié avec lui-même mais il ne nous laissera jamais entrevoir que ce qu’il a décidé de partager. Le reste, même son nom, nous ne le saurons pas et je l’imagine en train de continuer sa route, se retournant vers moi, un sourire (à peine esquissé) énigmatique aux lèvres ...