"Libidissi" de Georg Klein (Libidissi)

 

Libidissi (Libidissi)
Auteur: Georg Klein
Traduit de l’allemand par Philippe Giraudon
Gallimard (4 Novembre 2002)
ISBN: 9782070425563
250 pages

Quatrième de couverture


Dans un décor de venelles tortueuses et de rotondes baroques, l'agent spaik attend. Le bureau central vient de désigner son successeur. un pneumatique confirme la nouvelle. spaik y était préparé: l'homme est chargé de l'éliminer. est-ce parce qu'il a dépassé l'âge fatidique de quarante ans, parce qu'il est devenu suspect, ou tout simplement parce qu'il néglige trop ostensiblement sa mission, préférant s'abandonner à la moiteur des hammams ?

Mon avis

Et bien voilà un roman qui n’est pas simple à aborder ni à continuer encore moins à finir….

À ne pas lire sur la plage !

Libidissi….

Une ambiance lourde, une écriture très complexe employant un «nous collectif» dont on ne sait pas toujours qui il représente. De plus, beaucoup de verbes au passé-simple avec des terminaisons en «âmes» pas très heureuses.

Un premier personnage principal qui donne l’impression d’être un tantinet névrosé en employant la formule «Moi= Spaik», ce qui ne donne pas de fluidité au texte, loin de là…

Des phrases longues, quelquefois alambiquées, avec des descriptions qui m’ont de temps en temps pesées (les locaux ou l’art du hammam ne faisant pas avancer mon intérêt pour ce pauvre héros)…

Spaik est poursuivi, il sait qu’il va être tué car son temps est révolu. Par qui, de quelle façon, pourquoi? Toute l’ambivalence, l’ambigüité sont là… Qui, quand, comment?

«Le» tueur prendra alors la parole à son tour….

Alternance des deux voix …..

Impression bizarre de lenteur tant la mise en place des faits se traîne… Parallèlement cette abondance de détails vous fait pénétrer dans le livre ….pour mieux vous imprégner de l’atmosphère ….

C’est un roman tentaculaire, qui dégage une impression malsaine par ce qu’il évoque de façon cachée, il met mal à l’aise (c’est le but) et vous laisse avec des questions …. Et des réponses dont vous n’avez aucune certitude que ce soit les bonnes …..


"Le Scoop" de Michelle Frances (The Daughter)

 

Le Scoop (The Daughter)
Auteur : Michelle Frances
Traduit de l’anglais par Maryline Beury
Éditions : L’Archipel (9 Juin 2022)
ISBN : 9782809841916
386 pages

Quatrième de couverture

Kate a élevé seule sa fille Beth, son unique amour, sa fierté. D'autant que Beth vole depuis peu de ses propres ailes. Journaliste stagiaire, elle s'apprête même à sortir prochainement le scoop qui lancera sa carrière. Mais Beth meurt subitement. D'abord anéantie, Kate cherche à comprendre les circonstances de l'accident. Et, peu à peu, elle en arrive à douter. Se pourrait-il que Beth ait été éliminée ?

Mon avis

Être enceinte à quinze ans, ce n’est jamais simple. Surtout lorsque le Papa du bébé ne se manifeste pas. Pourtant Kate a choisi de devenir mère, d’élever sa fille seule et de faire, toujours, le maximum pour elle. Sa propre génitrice l’a mise à la porte, son père l’a aidée en cachette mais le quotidien difficile, c’est elle qui l’a assumé. Une voisine plus âgée, sans famille, l’a prise en affection et lui a offert de l’amitié, une présence et de l’aide.

Maintenant, nous sommes en 2017. Kate travaille dans un magasin de bricolage et elle conseille les clients, car elle est devenue experte dans ce domaine, tenant à se débrouiller seule. Beth a fait de brillantes études, aidée par une bourse. Elle est stagiaire dans un journal et rêve d’y faire carrière en se consacrant au journalisme d’investigation. D’ailleurs, elle a trouvé un sujet intéressant et a même, en cachette, commencé des recherches sur un sujet brûlant. Elle n’en a pas encore parlé à son patron car elle veut avoir toutes les informations en mains pour lui dévoiler son scoop.

Un soir où elle doit rejoindre le domicile familial pour retrouver Kate qui doit lui présenter son amoureux, Tim, elle n’arrive pas et c’est la police qui sonne à la porte. Beth a été renversée par un camion qui ne l’a pas vue et elle est décédée sur place. Après l’incrédulité, la stupéfaction, la colère, le deuil impossible, Kate découvre que sa fille était sur le point de soulever un lièvre et de mettre au jour des faits scandaleux. Serait-elle morte à cause de cela, parce qu’elle dérangeait et que certaines entreprises allaient devoir rendre des comptes ? Pour rester fidèle à sa fille, par amour pour elle, elle reprend son combat. Elle n’y connaît rien, n’a pas pu poursuivre ses études, ne sait pas comment s’y prendre mais elle ne lâchera pas et se mettra en mode « mère courage ».

Ce roman est très bien construit. D’habiles retours en arrière nous montrent comment Kate et Beth ont construit leur relation, mais également comment chaque obstacle a été surmonté. Cela permet aussi de ne pas trop rester ancré dans le présent. La lutte de Beth, devenue celle de Kate n’est pas sans rappeler d’autres affaires du même style. Peu importe, on les aime ces femmes battantes, qui tiennent tête, qui ne baissent jamais les bras, qui refusent la fatalité, qui croient en des lendemains meilleurs.

C’est avec une trame bien ficelée, du rythme et un suspense omniprésent, que Michelle Frances m’a captivée. Révoltée par l’injustice, par le mensonge, par les faux-semblants, par le fait qu’on puisse être malhonnête et jouer avec la vie des gens, j’aurais voulu soutenir Kate, l’accompagner, l’aider comme l’a fait Iris, sa gentille voisine. J’aurais voulu lui dire : à plusieurs on est plus fort, ne reste pas seule. Il faut le reconnaître, malgré Iris, malgré Tim, elle est bien seule. Pourtant sa cause est juste. Mais ceux qu’elle veut poursuivre sont puissants, font peur et certains n’osent pas s’engager à ses côtés. J’ai trouvé intéressant de voir comment chacun réagit et se rallie à elle ou pas.

Je n’ai pas vu le temps passer aux côtés de Kate, elle m’a fascinée par sa pugnacité, son énergie, son besoin de vérité. L’écriture accrocheuse, les rebondissements, le rythme m’ont maintenue dans l’action et dans le souhait de toujours en savoir plus. Michelle Frances est vraiment un auteur à suivre !


"Requiem des ombres" de David Ruiz Martin

 

Requiem des ombres
Auteur : David Ruiz Martin
Éditions : Taurnada (12 mai 2022)
ISBN : 978-2372581028
380 pages

Quatrième de couverture

Hanté depuis l'enfance par la disparition de son frère, Donovan Lorrence, auteur à succès, revient sur les lieux du drame pour trouver des réponses et apaiser son âme. Aidé par une femme aux dons étranges, il tentera de ressusciter ses souvenirs. Mais déterrer le passé présente bien des dangers, car certaines blessures devraient parfois rester closes…… au risque de vous entraîner dans l'abîme, là où le remords et la honte règnent en maîtres.

Mon avis

Quarante-deux ans après le décès de son frère Virgile, Donovan Lorrence choisit de revenir dans la région où se sont déroulés les faits. Il ne peut pas accepter que ce drame reste sans réponse. En effet, Virgile a disparu une nuit où ils étaient sortis tous les deux, jeunes adolescents désobéissants. À cette époque-là, Novembre 1973, à Neuchâtel, une brume épaisse et poisseuse s’était abattue sur la ville et les environs, rendant toute escapade dangereuse et de ce fait fortement déconseillée. Mais bien sûr, les ados n’en ont cure de ce genre de recommandation….

Donovan, devenu écrivain à succès, est rongé par cette disparition, d’autant plus que le corps n’a pas été retrouvé et qu’aucune explication n’a pu être donnée. Que s’est-il passé ? Remords, culpabilité, deuil impossible, il est hanté par tout ça et ne sait comment attaquer ses recherches. Ce qui est certain, et il le comprend assez vite, c’est qu’il dérange et dans ce cas, on maîtrise rarement les événements.

Il va rencontrer d’anciennes connaissances, en faire de nouvelles mais rien ne l’aide vraiment. Il se heurte aux silences, aux non-dits. Et puis il voit la mystérieuse Iris, une femme trouble et troublante qui oscille entre deux mondes. Peut-elle l’aider ? Est-elle capable de cerner ce qui lui échappe ?
Tous les personnages ont quelque chose à cacher, même Donovan ne semble pas net, il louvoie entre les uns et les autres. J’ai même eu l’impression quelques fois qu’il cherchait à les exploiter….

Dans ce récit plutôt bien équilibre, il y a un peu de surnaturel, paranormal, mais sans excès, c’est assez bien dosé. Les protagonistes sont intéressants car réellement travaillés par l’auteur. Ils ont de la consistance. L'écriture est accrocheuse. Il y a du suspense, des rebondissements. Le rythme est un peu lent au début, comme si l’évocation de la brume qui colle à la peau avait ralenti la cadence, rendant tout plus difficile, plus « couteux ». Il faut l’arrivée d’Iris pour redonner du dynamisme à l’ensemble. J’ai trouvé cela un peu dommage car peut-être que certains lecteurs auront été rebutés.

La grande force de l’auteur est dans la description, que ce soit l’atmosphère ou les faits, c’est tellement bien présenté qu’on s’y croirait et c’est pour cela que cela semble un peu long au début, il faut le temps d’installer soigneusement tout un décor pour que le lecteur soit complétement à l’intérieur, partie prenante de ce qu’il découvre.

Ce recueil nous renvoie à nos propres peurs face à la mort, face au destin, face à tout ce qui nous échappe et qu’on ne contrôle pas. De vastes questions auxquelles l’auteur nous laisse le soin de répondre…..


"L'intendresse" de Valentin Deudon

 

L’intendresse
Carnet d’itinérance
Auteur : Valentin Deudon
Éditions : du Volcan (10 Février 2022)
ISBN : 979-1097339425
126 pages

Quatrième de couverture

Il est des voyages qui décident à votre place, qui ne vous laissent guère le choix. Alors, il faut simplement partir. Au printemps, Valentin Deudon a enfourché son vieux vélo orange, lesté de deux sacoches noires remplies d’affaires sales, de chambres à air de rechange et de livres de poésie. Il a longé la mer ou le fleuve, seul, sans but précis, en itinérance, visitant autant d’hôtes chaleureux que de démons inhospitaliers, tentant de diluer la nostalgie d’un amour perdu tout en observant les innombrables beautés autour. Des semaines roulantes, pesantes, pensantes, propices à l’écriture.

Mon avis

Le voyage mobile n’est rien d’autre qu’un condensé d’éphémère.

Et un jour, les jambes ont fourmillé et il a fallu partir. Peu importe la ou les raisons, le vélo orange était prêt, le cycliste pas tout à fait mais ils ont fait corps tous les deux et ils ont pris la route. Non pas pour fuir comme certains pourraient le penser mais pour se retrouver, prendre le temps de l’itinérance, des rencontres, des pauses…

Printemps 2021, Valentin Deudon part, le long des côtes ou de la Loire, avec toujours l’eau à portée de main, comme une fidèle compagne. Il a pédalé pendant trois mois. Écrivant quelques lignes ou les enregistrant chaque soir, il en a fait ce recueil empli de poésie au phrasé délicat et porteur de sens.

Poèmes, articles, références, petits paragraphes de souvenirs, observations ou réflexions personnelles sont posées çà et là. Quelques photos, en noir et blanc, paysages où surgissent rarement quelques silhouettes humaines assez floues, accompagnent le propos. Comme pour nous dire que l’homme n’était pas toujours seul. Se déplaçant constamment, l’auteur a affiné son sens du rapport à l’autre, sans contrepartie, simplement pour le plaisir du partage. Il s’est sans doute reconstruit, lui qui était « en morceaux ».

« Sur une carte ou vu d’en haut, mon trajet ne formera ni une belle boucle ni une grande ligne. Non, lui comme moi nous sommes en morceaux. »

Valentin Deudon manie les mots à merveille, il les choisit avec soin, n’en fait pas trop, comme si le fait d’être seul, l’avait incité à économiser ce qu’il dit pour revenir à l’essentiel, ce qui (se) vit, ce qui vibre. En quelques lignes, il nous transmet des émotions, des ressentis, en toute simplicité, sans se cacher, il se confie. C’est beau, c’est émouvant.

Ce livre est un petit bijou. Intendre c’est tendre vers, avoir quelque chose pour but. L’intendresse, c’et un carnet d’itinérance qui nous rejoint pour notre plus grand plaisir et qui peut devenir un compagnon de route ou de chevet.


"BFF" de Thomas Cadène, Joseph Safieddine, Clément Fabre

 

BFF
Scénaristes : Thomas Cadène, Joseph Safieddine
Illustrateur : Clément C. Fabre
Coloriste : Clément C. Fabre
Éditions : Delcourt (8 Juin 2022)
ISBN : 9782413045908
260 pages

Quatrième de couverture

Gro est un artiste, du genre qui galère et vit dans un studio miteux. C'est ce que croient ses potes... En réalité, il est un pianiste classique à succès. Dans son groupe d'amis, c'est le raté sympa dont l'échec rassure, ils l'aiment comme ça et il ne veut pas que ça change. Mais tous ont des secrets... Et la préparation du mariage d'Oscar et Claire va faire vaciller cet édifice de mensonges.

Mon avis

BFF : Best Friends Forever, ce sont des amis. La trentaine, en couple ou pas, prêts à se marier ou encore un peu volage. On suit particulièrement Olivier Gro, pianiste réputé qui n’a pas sur dire (à moins qu’il n’ait pas été écouté ?) à ses potes qu’il s’était fait un nom dans la musique. Alors pour eux, il est intermittent du spectacle et vit dans un studio pas terrible alors qu’il possède un bel appartement dans le même immeuble. Il demande à ne jamais jouer en France pour ne pas être reconnu. Peu importe que la base de ce scénario soit crédible ou pas. Ce qui est intéressant dans cet album est ailleurs.

Les scénaristes ont analysé avec finesse les comportements de ces jeunes adultes prêts à basculer dans une vie plus rangée, de « loin », de préférence quand il s’agit des copains, car eux ils ont encore envie de s’amuser. Il y a les enterrements de vie de jeune fille (EDVF) ou EDVG s’il s ‘agit d’un garçon, plutôt à Barcelone, comme le veut la tradition, avec alcool et même un peu de débauche, les soirées, les secrets échangés et les inévitables critiques sur l’un ou l’autre quand il / elle est absent-e…

La galerie de personnages présente des hommes et des femmes qui sont parfois un peu caricaturés mais c’est nécessaire de forcer un peu les traits de la personnalité pour qu’on repère chacun et surtout les relations qu’ils entretiennent entre eux. Et c’est comme dans la vraie vie, plusieurs se cachent derrière un masque pour faire comme si. Est-ce que c’est plus facile de jouer un rôle que d’être soi ? Est-ce que chacun réagit ainsi pour moins souffrir ? Parce que finalement quand on est un autre, un « faux », il ne peut rien nous arriver, comme si c’était virtuel…

Découpée en vingt-quatre (comme les vingt-quatre heures d’une journée ?) « chapitres » ou tranches de vie, cette bande dessinée nous fait partager le quotidien de ces amis. Mais le sont-ils parce que cela a toujours été ainsi, chacun faisant partie de l’univers des autres ?  Ou sont-ils réellement prêts à aider, accompagner en cas de problèmes ? La tendance est plutôt à demander un coup de main sans se préoccuper de ce que ressent l’autre. Lorsque tout tourne à peu prés les rapports sont plus simples mais dès qu’il y a des difficultés, c’est autre chose. Et effectivement les préparatifs du mariage d’Oscar et Claire risquent de déstabiliser cet équilibre de « surface »…. Et chacun se retrouve parfois seul face à ses tourments.

Cette lecture a été une belle découverte. Les dessins sont épurés sans détails superflus mais ils « campent » bien le décor où se déroulent les événements. Ils ont parfois un "thème de couleurs sur plusieurs pages et c'est assez original. Les visages sont suffisamment expressifs, même si ça reste plus dans une impression globale. Les dialogues sont bien dans d’actualité (même si je ne connaissais pas certains mots d’argot). J’ai apprécié de découvrir les différents protagonistes, de voir comment ils évoluent ou réagissent face à des événements qu’ils ne maîtrisent pas. C’était un bon moment de détente et je n’en demandais pas plus !

 

Petit bémol : la police de caractères m’a un peu gênée notamment pour les V et les RR qui se confondent facilement, de plus certaines bulles étant sur fond foncé, c’était plus difficile de lire (oui, j’ai des lunettes 😉


"La perle et la coquille" de Nadia Hashimi (The Pearl That Broke Its Shell)

 

La perle et la coquille (The Pearl That Broke Its Shell)
Auteur : Nadia Hashimi
Traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Emmanuelle Ghez
Éditions : Hauteville (19 juin 2015)
ISBN : 978-2811214562
432 pages

Quatrième de couverture

Kaboul, 2007 : les Talibans font la loi dans les rues. Avec un père toxicomane et sans frère, Rahima et ses sœurs ne peuvent quitter la maison. Leur seul espoir réside dans la tradition des bacha posh, qui permettra à la jeune Rahima de se travestir jusqu’à ce qu’elle soit en âge de se marier. Elle jouit alors d’une liberté qui va la transformer à jamais, comme le fit, un siècle plus tôt, son ancêtre Shekiba.

Mon avis

Nadia Hashimi est pédiatre et c’est également une écrivaine américaine. Ses parents ont fui l’Afghanistan en 1970 et c’est seulement en 2002 qu’ils y sont retournés avec elle. Ce qu’elle a découvert au cours de ce voyage et par la suite en se renseignant l’a inspirée pour écrire ce roman. Il met en scène, à un siècle d’intervalle, deux femmes d’une même famille.

Dans le récit qui se déroule en 2007, Rahima, une fillette, est obligée de se costumer en garçon pour que ses sœurs puissent aller à l’école et qu’elle ait la possibilité d’aider sa famille (elle peut se déplacer librement, faire les courses etc) car son père est défaillant. Un siècle plus tôt, c’est Shekiba qui s’est habillée en homme pour garder le harem du roi.

Quelle vie offre-t-on à ces filles ? A la puberté, Rahima ne pourra plus suppléer le garçon qui n’est jamais venu. Elle devra retourner à sa condition de femme, perdre ce qu’elle avait découvert d’une certaine forme de liberté (pas volée mais tout à fait normale), est-ce que c’est ça la vie ?

Malheur à celles qui sont nées femmes, elles sont « prisonnières » d’une vie qu’on leur impose, elles sont brimées, voire maltraitées et méprisées. Comment se révolter dans un pays où ce fonctionnement est la norme ? Elles se cachent, rentrent dans leur coquille pour se faire oublier alors que ce sont des perles. Parce qu’une fois mères (en espérant qu’elles aient eu au moins un garçon), elles se battent pour leurs enfants.

Et dire qu’il y a encore des hommes qui se comportent ainsi avec les femmes ! Merci à l’auteur d’avoir écrit cette histoire pour que nous n’oubliions pas le bonheur d’aller à notre guise, d’apprendre, de choisir ….

C’est avec une écriture fluide (merci à la traductrice) que Nadia Hashimi présente des faits qui nous révoltent. Elle décrit avec finesse les événements, les ressentis. Comment remettre de la dignité là où les talibans font la loi et rendent les femmes invisibles ? Ce recueil, édifiant, est à partager pour ne pas oublier et qui sait, peut-être faire bouger les choses….


"L’inconnue de Bangalore" d'Anita Nair (Cut Like Wound)

 

L’inconnue de Bangalore (Cut Like Wound)
Auteur : Anita Nair
Traduit de l’anglais (Inde) par Dominique Vitalyos
Éditions : Albin Michel (10 Mai 2013)
ISBN : 978-2226246844
360 pages

Quatrième de couverture

Première nuit du Ramadan à Bangalore, la cosmopolite Silicon Valley de l’Inde. Le quartier musulman de Shivaji Nagar brille de mille feux, mais dans une sombre ruelle, un jeune prostitué est attaqué et brulé vif... D’autres meurtres vont bientôt suivre et il semble très vite clair que l’on a affaire à un tueur en série. L’inspecteur Borei Gowda à la cinquantaine désabusée, n’arrive pas à comprendre le lien entre ces morts, mais les témoins évoquent tous une femme d une grande beauté. Une première piste...

Mon avis

C’est dans le monde très particulier et très fermé des eunuques que ce roman se déroule. Nous sommes dans une Inde aux castes bien déterminées, approchée par l’auteur sous de multiples angles, comme un prisme aux nombreuses facettes.

En effet tour à tour, nous suivrons des personnages aussi originaux que troublants et il sera nécessaire de rester attentif au maximum pour ne pas perdre le fil. D’autant plus que des expressions comme Abba, Akka, Appa, Amma sont employés régulièrement. Comme ces termes peuvent désigner des membres de la famille mais aussi être destinés à marquer la respectabilité, il y a de quoi embrouiller le lecteur. Ajouter à ceci, le « il » et le « elle » utilisés pour définir les eunuques et vous allez penser « trop compliqué pour moi, pas envie de me prendre la tête. »

Ne vous arrêtez surtout pas à cette impression et partez dans cette Inde multicolore, aux individus ambigus mais attachants. Les chapitres courts permettent de passer rapidement de l’un à l’autre sans se lasser et donne un rythme intéressant à une intrigue complexe sans être trop torturée non plus.

L'inspecteur Borei Gowda, dont la femme est dans une autre ville pour accompagner leur fils qui y fait ses études, est un homme aimant son métier mais appréciant par-dessus tout de mener les choses comme il l’entend au grand dam de ses supérieurs. Voilà qu’on lui adjoint Santosh qui a demandé à faire équipe avec lui. Il faudra que les deux collègues se comprennent (bien qu’ils soient issus de la même caste), s’apprivoisent pour qu’ils s’écoutent et avancent ensemble et non pas séparément. C’est une belle approche de la difficulté de ces hommes un peu « ours », un peu plus âgés, lorsqu’ils doivent collaborer qui nous est offerte en filigrane de ce roman. Ses rapports avec son fils et avec une ancienne amie de faculté, sont décortiqués aussi car ils nous montrent les maladresses masculines lorsqu’il faut parler d’amour….

Mais le fil conducteur le plus important, est bien cet eunuque, qui au fil des pages, devient tour à tour captivant, détestable, équivoque mais surtout fascinant pour le lecteur, scotché au texte, porté par une écriture de qualité, tout à fait adaptée au contenu. Bangalore est une grande ville indienne dans laquelle, suivant les protagonistes, nous marchons, déambulons, courons, nous cachons.

Il a sans doute été difficile pour Anita Nair de ne pas écrire un roman ethnique tout en donnant suffisamment d’éléments au lecteur pour qu’il s’approprie les êtres rencontrés au fil des pages ainsi que l’atmosphère particulière de cette ville en plein Ramadan. En les appréhendant, on peut concevoir leurs réactions, les « accepter » car elles sont liées à leur vie, à leur cheminement, à leur passé….

Parfois, on pense qu’un livre qui se déroule à l’étranger, pourrait être transposé ailleurs car les lieux pourraient être facilement inter changés et hop au lieu de la froide Islande, on se retrouverait en Ecosse ou au Portugal (en dehors des villes, on adapterait météo et paysages et le tour serait joué…)

Anita Nair en nous plongeant dans l’univers des eunuques, dans leurs pensées, leur mode de vie, réussit un tour de force. Tout est bien dosé et nous passons rapidement de l’un à l’autre, gardant en mémoire les lignes précédentes pour mieux comprendre celles qui suivent.

J’ai eu beaucoup de plaisir à cette lecture. Je ne sais pas si l’auteur a l’intention de nous faire retrouver Gowda et Santosh mais je pense qu’ils ont encore de beaux jours devant eux sous la plume de cette jeune femme, journaliste et poétesse (ce qui explique des descriptions courtes, fines, imagées, nous donnant l’impression de découvrir des photos de cette ville qu’elle habite).

Une mention « excellent » à la traductrice, qui vit plusieurs mois par Inde et qui a si bien sur faire vivre les mots pour nous transmettre l’atmosphère de ce pays.