"Un piolet dans les mogettes" de Philippe Manjotel

 

Un piolet dans les mogettes
Auteur : Philippe Manjotel
Éditions : Les 2 encres (20 Novembre 2014)
ISBN : 978 2351686867
172 pages

Quatrième de couverture

Un meurtre aux Éprax, paisible centre de vacances qui respire au rythme de Chamonix, la célèbre station alpine, véritable sanctuaire des sports de montagne. Mais qui donc s'est acharné avec une telle sauvagerie sur Antoine Michon, industriel vendéen habitué du site ? Le célèbre commissaire Delmas, lui aussi en villégiature au pied des glaciers du Mont-Blanc, fait appel à son vieux complice de toujours, le détective Jo Risel.

Mon avis

Une comédie policière qui pourrait parfaitement être adaptée en téléfilm tant le lieu (un centre de vacances à la montagne) et le duo d'enquêteurs (tous les deux très différents mais aux réparties très amusantes et de bon aloi) sont bien « plantés » dans un décor et une ambiance très bon enfant malgré un assassinat.

Le commissaire Delmas, en vacances, pas très loin du lieu où s'est déroulé le crime, est appelé à la rescousse pour élucider cette affaire. Mais sa femme et ses enfants ne l'entendent pas de cette oreille, les congés en famille c'est sacré ! C'est là que le policier pense à son ami de toujours (que son épouse apprécie), le détective Jo Risel, dragueur, hâbleur mais efficace. Les voilà donc réunis pour leur plus grand bonheur et celui des lecteurs.

L'écriture de Philippe Manjotel est un vrai régal, vive, parsemée de pointes d'humour, elle est ponctuée de dialogues et de scènes qui font sourire. Pourtant le propos est grave, puisqu'un homme a été tué pendant une soirée festive. Dans ce lieu de villégiature, tout le monde se connaît depuis des années, tous ont l'habitude de passer du temps ensemble et chacun peut être soupçonné car le mort était loin de faire l’unanimité. Quelle femme pouvait être amoureuse et jalouse au point de l'occire ? Quel homme voyait en lui son rival et ne supportait plus sa présence ? Quelles raisons animaient celui ou celle qui a brandi « l'arme » pour prendre le risque et tuer ?

C'est pour dénouer tous les fils de cet imbroglio que nos hommes enquêtent, questionnent, furètent dans tous les coins, auprès de toutes les personnes susceptibles d'être mêlées à cette histoire.

Ils vont aller de découvertes en découvertes, nous entraînant sur des voies de traverse avant un final surprenant. 


"Le bal mécanique" de Yannick Grannec

 

Le bal mécanique
Auteur : Yannick Grannec
Éditions : Anne Carrière (25 Août 2016)
ISBN : 9782843377549
540 pages

Quatrième de couverture

Un soir de 1929, la prestigieuse école du Bahaus, à Dessau, a donné un bal costumé. C'était avant que les nazis ne dévorent l'Europe, c'était un temps où l'on pouvait encore croire au progrès, à l'Art et au sens de l'Histoire. Pendant ce bal, une jeune femme, Magda, a dansé, bu et aimé.

Quel rapport avec Josh Shors, animateur à Chicago d'une émission de téléréalité dont le succès tapageur mêle décoration d'intérieur et thérapie familiale ? Quel rapport avec son père, Carl, peintre oublié qui finit sa vie à Saint-Paul-de-Vence, hanté par les fantômes de la guerre de Corée et les mensonges d'une enfance déracinée ? Quel rapport avec Cornelius Gurlitt, cet homme discret chez qui on a découvert en 2012 la plus grande collection d'art spoliée par le IIIe Reich ?

Mon avis

Deux « livres » en un pour deux époques d’une même famille. Dans la première partie, le fils : Josh, s’exprime le plus souvent à la première personne. Il est responsable d’une émission « Oh My Josh » très connue et très « hollywoodienne ». Comme il le dit lui-même : « Je ne prétends pas apporter le bonheur aux familles candidates . Je cherche à faire naître l’espoir chez les autres. » mais le but annoncé est malgré tout de faire avancer des familles (le but caché sera, bien sûr, de faire de l’audience, mais je ne vous apprends rien….) en « nettoyant » leur maison et en les confrontant à certains choix (ils ne peuvent pas emporter grand-chose….

On le voit évoluer dans sa vie professionnelle et personnelle, chaque chapitre est introduit par le titre d’une toile ou d’un film. Habilement, l’art est au cœur de cet ouvrage, de plus en plus présent au fil des pages.

Dans la seconde partie, on repart dans le passé et on découvre le père de Josh, appelé Carl, il vit à Saint Paul de Vence et il est peintre. Leurs rapports ne sont pas simples : l’un en France, l’autre aux USA, le fils n’ayant pas suivi la carrière envisagée par son géniteur. Et là, on rentre au cœur d’une intrigue parfaitement bien pensée, mêlant avec doigté personnages ayant existé et d’autres imaginaires. Secrets de filiation, trésors cachés par les nazis, etc…

Ce livre est très bien construit, riche, très riche. L’auteur aborde l’art sous différents points de vue, faisant revivre certains artistes talentueux, créant des liens entre différentes générations…. L’écriture est belle, travaillée, le style fluide. J’ai aimé les parallèles entre les époques, les liens qui se nouent, se dénouent, le fait de découvrir le passé dans un « autre livre »….Ce recueil est une œuvre d’exception, tant par le contenu dédié à l’art que par la forme ainsi que le choix minutieux de chaque tableau ou film mis en exergue au début de chaque chapitre.


"L'adulte surdoué : Apprendre à faire simple quand on est compliqué" de Monique de Kermadec

 

L'adulte surdoué : Apprendre à faire simple quand on est compliqué
Auteur : Monique de Kermadec
Éditions : Albin Michel (5 octobre 2011)
ISBN : 978-2226238542
194 pages

Quatrième de couverture

Être surdoué est une richesse formidable pour réussir sa vie. Alors pourquoi y a-t-il tant d'adultes surdoués malheureux ? Pourquoi tant d'anciens enfants précoces sont-ils en situation d'échec social, professionnel et sentimental ? Pourquoi les femmes et les hommes à fort potentiel vivent-ils si mal leur différence ?

Mon avis

« Il a besoin de nourrir sa curiosité naturelle, de faire travailler son intelligence en la confrontant à des problèmes concrets, de trouver des solutions, d’échanger sur les questions qui le taraudent. »

Ce livre à l’écriture fluide, abordable et intéressante est une vraie mine de renseignements. L’auteur, psychologue clinicienne, présente les adultes surdoués. Elle explique que certains sont mal à l’aise avec leur « douance » et qu’ils ont besoin de comprendre leurs différences pour savoir pourquoi ils se sentent si souvent « décalés ».

Être un adulte surdoué signifie qu’on a été un enfant précoce en le sachant ou pas et que des forces et des faiblesses sont présentes. Parfois il est difficile de s’épanouir parce qu’on se connaît mal, qu’on ne cerne pas ce qui coince. Et quelques-uns se referment.

Elle donne des caractéristiques de ces personnes, évoque leurs réactions, leurs relations, leur fonctionnement. Il n’y a pas de solutions, mais des pistes pour aider ceux qu’on connaît qui sont dans ce cas ou s’aider soi-même. Parfois certains refusent cet état de faits et disent qu’ils sont simplement plus curieux que les autres … Il n’est jamais simple d’accepter d’être différent, de risquer d’être marginalisé, de ne pas se sentir bien.

L’auteur conseille de voir un psychologue, de parler, de partager, d’échanger.

L’atout principal de ce recueil est de donner une première approche, facile d’accès pour le lecteur qui pourra creuser le thème dans les ouvrages suivants.


"Freedom" de Jonathan Franzen (Freedom)

 

Freedom (Freedom)
Auteur : Jonathan Franzen
Traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Anne Wicke
Éditions : L’Olivier (25 Novembre 2021)
ISBN : 978-2823618631
752 pages

Quatrième de couverture

Et si Patty Berglund était la femme idéale ? Pour Walter, son mari, cela ne fait aucun doute. Épouse aimante, mère parfaite, Patty a tout pour plaire. Mais au fond, qu'en pense-t-elle ? En renonçant à Richard, ce bad boy qui se trouve être le meilleur ami de Walter, Patty a peut-être commis l'erreur de sa vie.

Mon avis 

« Bienvenue à Pattyland, le pays des erreurs ».

Formidable chronique sociale de cette Amérique qui a voulu, qui voudrait mais qui …. subit les conséquences de ses erreurs, de ses choix.
Bien entendu, se tromper, choisir, tout cela fait « grandir », il faut en tirer des leçons, mais forcément, le cours de la destinée de chacun en est changé…

Trois générations se côtoient dans ce roman, trois générations décortiquées dans un pays, une ambiance, une vie, des vies tout simplement …. . Chaque personnage est finement analysé dans ses relations, leur évolution, les sentiments qu’il éprouve : jalousie, égoïsme, envie(s), rêve(s) d’un jour ou d’une vie….
Non-dits, secrets, mensonges, apparences, action ou vérité comme le jeu des grands adolescents …. Tout cela est présent dans les 718 pages qui défilent, comme autant de flashes sur ces familles américaines qu’il nous ait donné de rencontre le temps d’un livre.
Vit-on pour soi ou pour les autres ? Quel impact le regard de celui qui est en face ou à côté de moi ? Quelle force peut-il me donner ou me faire perdre ?

« J’ai découvert où je voulais être, et avec qui je voulais être. » dit Patty dans son journal d’ « autobiographe » où elle parle d’elle à la troisième personne et qu’elle a écrit à la demande de son thérapeute.
Cette partie, appelée « Des erreurs furent commises » examine soigneusement, avec acuité ; le parcours de Patty, ses doutes, ses choix, ses sentiments, son analyse de ce qu’elle a fait ou pas et ce que cela a engendré pour elle et sa famille …
Car les choix d’une personne ont un impact plus important que ce qu’on imagine …

Ce journal, on le lit entre les pages 45 et 246. Puis à la page 590, dans une conversation avec elle, son mari Walter dit : -Des erreurs furent commises.
Un constat lourd, pas de reproches, pas de remarques interminables, juste ces quatre mots …. Titre du journal intime …

Quatre mots lourds de sens ….
Est-ce que nos erreurs sont plus difficiles à porter que nos choix ? Est-ce qu’elles nous obligent à faire le deuil de certains de nos rêves ?
Est-ce nous, vraiment, qui faisons des erreurs, ou parfois, la vie nous pousse-t-elle à prendre une direction pour ne pas faire souffrir les autres ? …. Tiens on en revient aux autres … Quel est le poids de tout cela ?

J’ai beaucoup apprécié ce roman, sa construction, son écriture.
Je l’ai trouvé dense mais très intéressant.
Il offre une assez bonne « peinture » d’un pays, à une époque précise, dans un milieu donné et soulève par ce biais, beaucoup de questions.

D’autres, avant l’auteur, se sont "frottés" à cet exercice difficile de parler d’un pays à travers différentes familles mais je trouve que Jonathan Franzen s’en sort plutôt bien car je ne me suis pas ennuyée une seule seconde !

"Demain les ombres" de Noëlle Michel

 

Demain les ombres
Auteur : Noëlle Michel
Éditions : Le bruit du monde (5 Janvier 2022)
ISBN : 9782493206367
322 pages

Quatrième de couverture

C’est un clan d’humains. Ils chassent et cueillent, ils naissent et meurent, ils habitent des tentes de peau, ils peignent sur la paroi des grottes, ils perpétuent les légendes de leurs déesses et dansent autour du feu les soirs de fête. Leur univers est une forêt nourricière et, hormis les grands froids ou la maladie, ils n’ont à redouter que la Bête, qui rôde aux abords d’infranchissables Confins. Ils ignorent qu’un tout autre monde existe au-delà. Cet autre monde, c’est le nôtre ou presque, couvert de villes grises de pollution et peuplé de Sapiens dont quelques-uns vont bientôt rencontrer leurs lointains cousins du clan Neanderthal…

Mon avis

Jusqu’où iront les hommes ? C’est la question, légitime, qui m’est venue à l’esprit en fermant ce roman. En effet, ce dernier nous présente des dérives scientifiques mises en place sous prétexte d’études…. On se dit que dans le futur, de telles choses pourraient se produire. Bien sûr, le progrès c’est magnifique, mais il faut savoir le gérer et certains, malheureusement, ne savent pas s’arrêter. Dans ce récit, l’auteur montre le danger des émissions de téléréalité, de la connexion à outrance, de l’envie de satisfaire des voyeurs. Elle montre le pouvoir des gens qui manipulent les autres, les influencent.

Cette dystopie est très intéressante, elle met en avant de nombreuses problématiques et pose des questions qui dérangent. De plus, elle est très bien construite avec des dates en début de chapitres qui nous donnent les bons repères. Le parallèle entre les deux « sociétés » est captivant. D’un côté l’espèce Neandertal qui a été recréée pour être observée mais pas que… Les « Néans » sont en vase clos, vont-ils évoluer comme leurs ancêtres ou différemment, et comment feront-ils face à des obstacles apportés de toutes pièces ? De l’autre côté, les « Sapiens », ceux qui ont « inventé » cet autre monde ou ceux scotchés derrière leurs écrans prêts à voter, à choisir, à intervenir devant ce « spectacle » qui les captive. Eux, ils sont hyper connectés, tellement « branchés » qu’ils ne choisissent plus leur vie alors qu’ils s’en imaginent maîtres. Ont-ils vraiment les rênes en main ?  Ou ne sont-ils que des éléments dont on tire les ficelles pour les inciter à agir ?

Ce récit est captivant, bluffant. Écrit d’une plume fluide et alerte, il nous embarque dans son univers dès les premières pages. Je n’aurais pas imaginé en lisant la quatrième de couverture, être à ce point « dans l’histoire ». J’ai vraiment pris fait et cause pour certains personnages, j’en aurais giflé d’autres tant je hais le double jeu, l’injustice, les hypocrites, les fabulateurs. Je sentais la colère m’habiter.

Noëlle Michel a énormément de talent, elle a réussi à mettre du rythme dans son texte, du suspense, et surtout elle nous pousse dans nos retranchements et nous envoie en pleine face, quelques interrogations qui interpellent. Où est la limite du jeu ? Qu’est-ce que je fais pour ceux que je rencontre, pour la nature ? Est-ce que j’ose dire stop ou non lorsque je vois des dérives ou est-ce que je me cache (ou tourne la tête) comme si je n’avais pas compris ? C’est parfois plus facile de « se laisser porter », de ne rien dire …

Par la façon dont elle amène les différents personnages et lieux, l’auteur, avec beaucoup de finesse et de doigté, « campe » deux groupes dont on pourrait dire que tout les oppose. Et pourtant, l’homme quelle que soit l’époque où il vit, ressent des émotions (même s’il ne les exprime pas de manière semblable). Il peut aimer, détester, avoir peur, être heureux et se réjouir d’un rayon de soleil qui le réchauffe.

J’ai apprécié ce qui s’est construit au fil des pages de ce recueil. Je me suis attachée à Lune Rousse, à Pierre Debout etc. Par-dessus tout, j’aime l’idée de l’amour qui peut bouleverser le cours d’une vie et peut-être changer le destin ….

"Dans les forêts de Sibérie" de Sylvain Tesson

 

Dans les forêts de Sibérie
Auteur : Tesson Sylvain
Éditions : Galimard (1er Septembre 2011)
ISBN : 978-2070129256
270 pages

Quatrième de couverture

 Assez tôt, j'ai compris que je n'allais pas pouvoir faire grand-chose pour changer le monde. Je me suis alors promis de m'installer quelque temps, seul, dans une cabane. Dans les forêts de Sibérie.
J'ai acquis une isba de bois, loin de tout, sur les bords du lac Baïkal.
Là, pendant six mois, à cinq jours de marche du premier village, perdu dans une nature démesurée, j'ai tâché d'être heureux.

Mon avis

« …peut-on se supporter soi-même ? »

Voilà une des questions que se pose Sylvain Tesson pendant ses six mois d’isolement volontaire dans une isba russe perdue dans la nature et le grand froid…

Retour aux sources du corps et de l’esprit qui se transforment pendant ce séjour où' l'auteur revient à l’essentiel : « célébrer la vie ». Un oiseau qui passe devant la fenêtre et c’est le bonheur …
Qui n’a pas rêvé de tout lâcher un temps et de partir (de préférence avec sa pile de livres ;-) seul, loin de tout ?

La société est ainsi faite que l’on est toujours dans la course, le rendement … alors prendre le temps, ce n’est pas toujours facile et il faut parfois « se forcer »…
Une « parenthèse » de six mois, ça vous change un homme, ça modifie le regard sur le monde et ça permet de faire le point …
Dans le journal de bord de cette aventure, Sylvain Tesson livre ses doutes, ses joies, ses craintes, ses peurs, mais aussi une excellente réflexion sur la condition humaine et le rapport à l’autre.

On peut regretter que la vodka ait une place prépondérante mais à chacun sa « drogue » (moi, je serais partie avec du thé… et que les beuveries semblent de temps à autre le seul moyen de vivre quelque chose de sympathique avec le peu d’hommes qu’il rencontre. Il y a aussi le fait qu’il parle peu de sa famille et que sur ce point de vue-là, on ne sache rien de son ressenti.
Mis à part ces deux « bémols », j’ai eu beaucoup de plaisir à lire ce récit.

Bien sûr, se pose la question : « Que reste-t-il de tout cela ? » Souhaitons, pour l’auteur, que ce soit le titre de la dernière partie de son livre : La paix…celle dont tout un chacun a besoin pour être en phase avec lui-même, puis avec les autres….

"Les mots nus" de Rouda

 

Les mots nus
Auteur : Rouda
Éditions : Liana Levi (5 Janvier 2023)
ISBN : 9791034907069
162 pages

Quatrième de couverture

Entre Belleville et la Brousse, Ben cherche sa place. Il traverse les années 90, les bouleversements du monde et les luttes sociales qui secouent le pays.

Mon avis

Rouda est né en 1976, à Montrieul. Chanteur, slameur, auteur-compositeur-interprète et poète français, « Les mots nus » est son premier roman. Et ce titre est très bien choisi. Cet homme a tout compris du « pouvoir des mots ». Ceux qui bercent, ceux qui détruisent, ceux qui crient la révolte, ceux qui parlent d’amour ou d’amitié, ceux qui blessent, ceux qui « poétisent » …. C’est tellement fort un mot….ça peut tout bouleverser sur son passage. Rouda les aime, leur permet de donner le meilleur d’eux-mêmes, il les chuchote, les hurle, les « slame » pour le plus grand bonheur du lecteur.

Dans les premières pages, une bande son pour accompagner la lecture.

Au début du récit, 1990, Ben a quatorze ans. Il vit en banlieue, va au collège. Ce n’est pas toujours aisé mais il s’accommode de sa vie et de ses parents. Chez lui, on parle peu, ni des autres, ni d’eux, ni de ce qui rend tristes.

« C’est juste que mon père n’a pas assez de mots. Et que ma mère ne sait pas dans quelle langue il faut lui parler. »

Pour passer le bac, il va dans un établissement sur Paris, ça permet de s’inventer une autre vie, de faire comme si, de rêver, de profiter d’un quotidien différent. Et puis, c’est la faculté, les rencontres, les influences pas toujours bonnes, il faut bien que jeunesse se passe…. Et un jour, Oriane, une fille exceptionnelle, qui illumine par sa présence et c’est la découverte de l’amour. Elle est raisonnable, elle apaise Ben, elle le comprend mais pour combien de temps …

« On ne peut pas changer le monde, Ben, mais il faut tout faire pour qu’il ne nous change pas. »

Ben sait bien que « La violence qui fait du bien n’est pas une manière d’être. » Pourtant certaines situations le révoltent. Alors pour calmer ses colères, il absorbe les mots, il lit, il prend des notes, il découvre ceux qui ont lutté avant lui. Il se sent solidaire des chômeurs, de ceux qui sont malmenés, incompris, oubliés…. Alors, comme les curés prennent l’habit, il épouse la cause des laissés pour compte. Il se battra avec ses failles, avec ses forces, avec ses armes, avec ses mots….

Ben, tu as raison d’y croire, mais ce ne sera pas facile, et peut-être que tout ça ne servira à rien mais tu l’auras fait, c’est ça ? Tu auras essayé ? Tu as besoin d’aller jusqu’au bout, de ne rien lâcher, pour être toi …

Ben n’était pas destiné à se trouver en première ligne des combats, mais c’est ainsi, c’est parfois violent la vie, ça fait mal, ça fait peur, et puis on se relève et on continue. Ben ne peut pas envisager d’abandonner alors jusqu’au bout …il porte l’étendard de la révolte….

Ben, c’est vous, c’est moi, c’est eux, c’est tous ceux qui, un jour, se sont levés, même une seule fois, pour dire stop !

Ce roman est bouleversant par la place qu’il donne aux mots. C’est une vague, un murmure, un cri, un tsunami. J’ai aimé les textes, en italiques, semés ça et là, ils rythment l’histoire, lui donnent une autre dimension. Parfois, les phrases elles-mêmes semblent être du slam et on a envie d’entendre l’auteur nous les dire. Qui sait ? Peut-être certaines d’entre elles deviendront une mélodie le temps d’un slam ?