"Instinct de sang" de James Patterson & Howard Roughan (Killer Instinct)

 

Instinct de sang (Killer Instinct)
Auteurs : James Patterson & Howard Roughan
Traduit de l’américain par Philippine Voltarino
Éditions : L’Archipel (17 Août 2023)
ISBN : 978-2809845365
384 pages

Quatrième de couverture

Une attaque d'une audace sans précédent depuis celle du 11-Septembre vient de frapper New York. Elle contraint le professeur Dylan Reinhart, spécialiste des " comportements déviants ", à quitter son amphithéâtre de Yale. Sur le terrain, il retrouve une vieille connaissance, l'agent spécial Elizabeth Needham, de l'unité antiterroriste d'élite de la ville. Elle enquête de son côté sur le meurtre d'un chercheur iranien en physique nucléaire. En apparence, aucun lien entre ces deux faits. En apparence seulement.

Mon avis

Simple et efficace !

Lire James Patterson c’est savoir qu’on va rentrer dans une histoire aux multiples rebondissements, avec beaucoup d’actions et aucun temps mort. La méthode fonctionne parfaitement car l’écriture est addictive, on veut savoir la suite, sans arrêter la lecture.

De nos jours, la ville de New-York vient de subir une attaque très violente et le professeur Dylan Reinhart se retrouve sur le terrain, après avoir abandonné ses étudiants en plein examen. C’est l’horreur. En parallèle de ce fait abominable, on assiste au meurtre d’un chercheur iranien qui s’est fait piéger par une jeune femme dans sa chambre d’hôtel. Crime maquillé en jeu érotique solitaire ayant mal tourné.

On va suivre les deux intrigues, qui finiront par avoir un point commun et se rejoindront. Les chapitres sont courts, passant d’un lieu à l’autre, nous permettant de visualiser les événements concernant les personnages. 

L’explosion qui a touché New-York semble être la première d’une série. Il est plus que vital de coincer les terroristes, de les empêcher de mener à bien leur mission. D’autre part, l’Iran paraît lié à tout cela ainsi que l’arme nucléaire et la politique. Le maire de la « grosse pomme » tire des ficelles dans l’ombre. Est-ce qu’il en sait plus qu’il ne le montre, est-ce qu’il manipule tout le monde ? Bien difficile pour le lecteur et les protagonistes de cerner le rôle de chacun.

Dylan a été agent de la CIA mais a soigneusement caché cette ancienne activité dans son couple, d’autant plus qu’il est maintenant « chargé de famille » car il a une petite fille. Mais son secret risque d’être éventé et son union va peut-être en subir les conséquences. Lors de ses investigations, il rencontre Elizabeth Needham, une ancienne collègue. Elle enquête de son côté. Ils vont être amenés à se croiser, à s’épauler et se protéger l’un l’autre s’ils y arrivent…. Ils sont épaulés par Julian un geek plus qu’intelligent.

Le phrasé est rapide, fluide (merci à la traductrice), on ne ressent pas qu’il y a deux co auteurs (d’ailleurs comment se répartissent-ils le travail ?). Le profil psychologique des individus est effleuré mais c’est largement suffisant pour nous captiver et cerner les caractères. Évidemment, tous ces gens sont très forts (arrêter un saignement avec un tampon hygiénique, il fallait y penser ! Je pense que c’était un modèle XL…). Lorsqu’on ferme les yeux et qu’on voit les scènes, on s’aperçoit qu’ils utilisent chaque partie de leur corps à bon escient et qu’ils ont l’esprit vif sans arrêt aux aguets. Dylan le souligne, quand il était petit il pouvait réciter les décimales de Pi en allant très loin…. ce qui prouve, si besoin est , sa capacité à engranger des informations, sa mémoire et sa sagacité. Il me plaît bien cet homme … dommage qu’il soit….. déjà pris ; -)

L’auteur sait faire preuve d’humour et de dérision lorsqu’il exprime par la voix de Dylan (le récit est rédigé à la première personne) et c’est excessivement plaisant car ça enlève de la tension dans le texte.

J’ai beaucoup apprécié cette lecture, assez légère dans la forme, mais pas tant que ça dans le contenu. Un nouveau titre qui ne m’a pas déçue.


"Le silence" de Dennis Lehane ( Small Mercies)

 

Le silence (Small Mercies)
Auteur : Dennis Lehane
Traduit de l’américain par François Happe
Éditions : Gallmeister (23 Avril 2023)
ISBN : 978-2351783221
450 pages

Quatrième de couverture

En cet été de 1974, à South Boston, quartier irlandais de Boston, Mary Pat Fennessy mène une existence routinière. Un soir, Jules, sa fille de dix-sept ans, ne rentre pas à la maison, et sa trace disparaît dans la chaleur moite de la ville. La même nuit, un jeune Noir se fait mortellement percuter par un train dans des circonstances suspectes. Ces deux événements sans lien apparent plongent les habitants de Southie dans le trouble.

Mon avis

« Nous sommes des êtres humains. Le pire d’entre nous a du bon en lui. Le meilleur d’entre nous a le cœur qui renferme une part de mal pur. Nous bataillons. »

Dennis Lehane est un de mes auteurs préférés, il ne m’a jamais déçue. Ses romans sont noirs, soulèvent des problématiques de violence, de racisme, de société. Alors oui, le propos est dur, sombre, pas gai mais c’est tellement bien écrit ! Ça vous prend aux tripes dès les premières lignes et vous êtes immédiatement dedans.

On est en 1974, à Boston, dans le quartier « Southie » où sont installées, en majorité, des personnes d’origine irlandaise. Ce n’est pas très loin de là que Lehane a lui-même grandi. À cette époque, la politique du « busing » est mise en place. Il s’agit de transporter, en bus, des élèves blancs dans des écoles accueillants des élèves noirs et inversement afin de participer à la désagrégation. Une méthode pour éviter toute ségrégation raciale…. Sur le papier, ça peut sembler une bonne idée. Mais les habitants, jeunes ou adultes, ne veulent pas de ce projet et les tensions sont nombreuses. Il n’est pas bon de s’attarder dans un quartier où on n’a rien à faire et tout étranger ne sera pas le bienvenu.

C’est dans cette atmosphère que nous faisons connaissance avec Mary Pat, une mère de famille de Southie qui vit avec sa fille Jules, dix-sept ans. Son fils, vétéran du Viet Nam est mort, son premier mari aussi et le second n’est plus avec elle. Elle accumule les boulots pour s’en sortir, fait de son mieux avec sa gosse qui n’est pas toujours facile. Dans leur appartement, rien de bien folichon, les bruits qui s’entendent comme dans beaucoup de cités… Mais en apparence, les gens du coin se serrent les coudes.

Un soir, Jules ne rentre pas et en parallèle, un jeune Noir meurt dans des circonstances un peu bizarres. Mary Pat, une battante dans tous les sens du terme, décide de retrouver Jules. On va suivre la quête de cette femme volontaire, pleine de rage et de colère, prête à tout. Elle traque les hommes, les femmes qui savent, peut-être, ce qu’il s’est passé cette nuit. Elle recoupe les faits. C’est une guerrière. Et si la police traîne un peu, elle agit.

Peut-on faire justice soi-même ? Où se situe la limite entre le bien et le mal ? A-t-on le droit d’autoriser la haine quand on a souffert injustement ? Ce sont des questions récurrentes chez Lehane, et elles sont primordiales.

Au fil des pages, nos poings se serrent, la tension s’intensifie, on sent que les lieux deviennent une cocotte-minute, tout peut exploser d’un moment à l’autre. Mary Pat, mère courage, ne lâche rien, creuse encore et encore, elle veut la vérité. Ceux de la cité ne sont pas si unis que ça et elle se sent bien seule. Un policier, Bobby, réalise qu’elle va probablement aller trop loin. Mais que faire pour la calmer, alors que même la police n’arrive pas à gérer les trafics de drogue et tout ce que cela entraîne de dégâts et de dérives ?

Quand cet auteur écrit, il me bouscule, me bouleverse, me captive. Même s’il me renvoie en pleine face, certains mauvais côtés de notre monde (car il ne faut pas rêver, ce n’est guère mieux de nos jours), il a le mérite de nous rappeler qu’il faut être vigilant. Il sait transmettre à la perfection les émotions, les scènes, on est au cœur de ce que vivent les protagonistes. La psychologie des individus est approfondie et très présente sans être lourde. Le vocabulaire très « parlant » (merci à François Happe pour l’excellente traduction).

C’est du grand Lehane et je souhaite vraiment que ce ne soit pas le dernier, comme le disent quelques rumeurs.


"Congères" de Cyrille Iseux

 

Congères
Auteur : Cyrille Iseux
Éditions : du Volcan (20 Avril 2023)
ISBN : 979-1097339524
248 pages

Quatrième de couverture

Victor, jeune ingénieur agronome idéaliste, issu d’un univers parisien, habité par la montagne, rêve de s’installer sur une ferme. Dans un périple qui le conduira des Pays de la Loire à la Franche-Comté et l’Auvergne, il recherchera la liberté, l’authenticité. Il découvrira des facettes inattendues du monde agricole, un univers dont naïvement il ne mesurait pas la complexité et les ressorts. Il se voit confronté aux traditions, au sectarisme, à la méfiance, lui qui ne vient pas de ce milieu fermé.

Mon avis

« On peut trouver l’aventure à sa porte, à condition de la voir. Enfin, c’est une question de regard portée sur la vie. »

Ce récit commence par la conclusion, Victor a trouvé sa place, il est bien, heureux, en phase avec ses convictions. Mais pour arriver à cet équilibre, il lui a été nécessaire de faire son chemin.

Des études supérieures, une vie dans la capitale, une moto. Rien à voir avec le monde des fermes, des agriculteurs, des vaches et des taureaux. Pourtant, Victor veut tenter l’aventure, c’est ça qui l’intéresse. Sa petite amie de l’époque ne comprend pas, elle lui a trouvé un emploi bien plus intéressant et un boulot de paysan, ça ne correspond pas à ses gènes.

Lui, il essaie d’expliquer, il aime la montagne, le milieu rural, la nature. C’est ce qui l’apaise, le nourrit… Alors, il se lance, il fera des remplacements, il aidera dans des exploitations agricoles. Bien sûr, au début, il « détonne ». Qu’est-ce qu’il fait ici ? Pourquoi il court, il escalade, il regarde les plantes ? Il n’a pas assez avec tout ce qu’il faut gérer ? Et puis, les habitants du coin se laissent apprivoiser, le petit gars de la ville n’est peut-être pas si mal….

En parallèle, le temps passe, Victor sent que ses projets se précisent, il sait ce qu’il veut et ce qu’il ne veut pas. Il a besoin de porter ses valeurs, agir avec bienveillance, transmettre ses connaissances sur le vivant, vivre au cœur de la nature.

C’est tout le parcours initiatique de ce jeune homme attachant que nous découvrons dans ce roman. Ses hauts, ses bas, ses découvertes, ses conversations, ses réussites, ses petits bonheurs….

L’écriture de l’auteur est fluide, teintée d’humour parfois, de poésie à d’autres moments. Elle transmet des émotions, des descriptions de scènes très réalistes. On est au cœur de l’histoire.

Le texte porte un message fort sur la relation à la nature. Elle n’est pas notre ennemie, même lorsque les intempéries s’en mêlent. Il faut l’écouter, l’observer, apprendre à la connaître et à l’aimer pour vivre en harmonie avec elle.

NB : Cyrille Iseux est issu des écoles d’agronomie. Il a travaillé en tant qu’éleveur et en chambre d’agriculture pour devenir ensuite enseignant en biologie. Naturaliste et écologue, il est passionné de montagne dans une diversité d’approches que sont celles de la forêt, de l’élevage, du ski de randonnée, de l’alpinisme, de l’art et de l’écriture.


"Et elles se mirent à courir" de Julie Gaucher

 

Et elles se mirent à courir
Auteur : Julie Gaucher
Éditions : du Volcan (8 Novembre 2022)
ISBN : ‎ 979-1097339470
92 pages

Quatrième de couverture

Les femmes courent, nagent et n’ont pas attendu d’avoir la permission pour vivre « en corps ». Les vers de Julie Gaucher plongent dans l’intimité des corps de sportives, questionnent ces expériences, les sensations physiques et les émotions qui naissent de l’effort sportif. À travers la course et la nage - des activités universelles - la poétesse évoque ses souvenirs denfant, de femme et de mère, mais aussi de sportive, de compétitrice et de voyageuse.

Mon avis

Ce recueil est découpé en trois parties : « Courir », « Nager », « Dans les gradins ».

Dans ses poèmes, Julie Gaucher rend hommage aux femmes, à leur corps, à leur persévérance dans le sport, à leur volonté. Elle évoque ce qu’elle a vécu, que ce soit en tant que sportive, voyageuse, mère etc.

Grâce à elle, j’ai fait connaissance avec Kathrine Switzer, une allemande qui a couru le marathon de Boston, car rien ne précisait qu’il était interdit aux femmes. Mais des hommes ont essayé de lui arracher son dossard, de la faire tomber…misogynie quand tu nous tiens…. C’est mon poème coup de cœur !

Elle parle du passé, évoque Lina Radke, médaillée d’or aux jeux olympiques sur le 800 mètres, dont la course n’avait pas été considérée assez « gracieuse »…. (l’épreuve fut ensuite supprimée plusieurs années).

Courir c’est la liberté.

Mais nager ? La promiscuité des vestiaires, les odeurs de chlore….Plonger ou pas ? Piscine ou lac ? Autant de villes, autant de lieux….Nager en étant enceinte pour se sentir bien, légère…

Quant aux gradins, c’est toute une vie qui les anime. La langue, les chants, les rituels…

J’aime beaucoup la poésie, elle me touche, me parle, me fait vibrer. J’ai énormément apprécié les textes de Julie Gaucher.  L’écriture est belle, aérienne, le propos intéressant, l’ensemble très équilibré.

Une belle réussite ! Bravo !

NB : Julie Gaucher, est docteure en littérature française et chercheuse en histoire du sport à l’université Lyon 1 (Laboratoire sur les Vulnérabilités et l’Innovation dans le Sport).


"Petit pays" de Gaël Faye

 

Petit pays
Auteur : Gaël Faye
Éditions : Grasset (24 Août 2016)
ISBN : 978-2246857334
224 pages

Quatrième de couverture

En 1992, Gabriel, dix ans, vit au Burundi avec son père français, entrepreneur, sa mère rwandaise et sa petite sœur, Ana, dans un confortable quartier d’expatriés. Gabriel passe le plus clair de son temps avec ses copains, une joyeuse bande occupée à faire les quatre cents coups. Un quotidien paisible, une enfance douce qui vont se disloquer en même temps que ce « petit pays » d’Afrique brutalement malmené par l’Histoire. Gabriel  voit avec inquiétude ses parents se séparer, puis la guerre civile se profiler, suivie du drame rwandais. Le quartier est bouleversé. Par vagues successives, la violence l’envahit, l’imprègne, et tout bascule. Gabriel se croyait un enfant, il va se découvrir métis, Tutsi, Français…

Mon avis

Gaël Faye prête sa plume à la voix d’un jeune garçon  et c’est lui qui raconte en s’exprimant à la première personne.

Au départ, il explique avec l’insouciance de l’enfance sa vie en Afrique, sans vraiment réaliser que certaines choses sont graves, voire dramatiques…. C’est donc avec un style teinté de légèreté que débute cet opus. Et le temps passe…la situation politique est de plus en plus instable, les clivages entre ethnies dramatiques, et même les pré adolescents sont confrontés à la peur, la violence….

Alors le rythme s’accélère, les mots se bousculent, les phrases se font incisives. La peur est là, présente, tenace. Essayer de l’oublier, de rêver, de faire comme si ? Ce n’est pas possible. Car la terreur s’accompagne de violence et tous sont confrontés à cela.

J’ai beaucoup apprécié cette lecture. J’ai trouvé le ton très juste. Gaël Faye n’en fait pas trop, il n’y a pas de descriptions lourdes, de longueurs inutiles. L’atmosphère est installée en quelques lignes, précises et délicates sans voyeurisme excessif.

De plus, il a une écriture sublime et raffinée qui monte en puissance au fil des pages avant de nous laisser sur une note bien triste dans les dernières pages.

Je comprends aisément que ce livre ait reçu « Le prix Goncourt des lycéens ».


"Les lampourdes de Magellan" de Patrick Amand

 

Les lampourdes de Magellan
Auteur : Patrick Amand
Éditions : du Caïman (8 Juin 2023)
ISBN : 978-2493739094
250 pages

Quatrième de couverture

Attachée de presse dans une maison d’édition, Jessica de Floirac se retrouve au chômage technique en Normandie. Ce break lui permet de retrouver sa cousine dans la commune de Saint-Vaast-la-Hougue, agitée par une série de décès aux origines suspectes. Jessica utilise son temps libre comme enquêtrice. Ces morts prétendument accidentelles vont plonger la jeune femme dans les méandres de la Seconde Guerre mondiale, des camps de concentration de l’île anglo-normande d’Aurigny à la fuite des nazis en Argentine !

Mon avis

Jessica travaille pour une maison d’éditions, elle est attachée de presse. Son chef lui demande de mettre en avant un nouvel auteur. Il la prévient, le roman n’est pas terrible mais le patron insiste, sans doute un dernier caprice avant de prendre sa retraite…

Elle contacte l’écrivain et lui propose un rendez-vous à Paris où est le siège de l’éditeur. Il exige qu’elle se déplace et le rejoigne à Cherbourg. Sur le moment, ça ne lui fait pas envie mais elle réfléchit. Qu’à cela ne tienne, ce sera l’occasion de voir sa cousine qui n’habite pas loin, à Saint-Vaast-la-Hougue, jolie bourgade de bord de Manche. Passer un peu de temps entre filles, pourquoi pas ?

La voilà partie et finalement le séjour peut se prolonger car elle se retrouve momentanément au chômage technique. Comme son petit cœur s’emballe vite, elle a trouvé sur place, de quoi lui apporter satisfaction alors rester encore quelques jours ou plus si affinités, elle ne dit pas non. Il faudra trouver de quoi s’occuper, mais comme elle est d’une nature vive et curieuse, ça ne devrait pas poser problème.

Qui a dit qu’il ne se passe jamais rien en province ? Sûrement pas Jessica, qui va être confrontée à des événements pour le moins inattendus. Deux femmes d’une même famille qui meurent accidentellement coup sur coup, vous y croyez vous ? La jeune femme s’improvise enquêtrice, et aidée de ses nouvelles amours, elle creuse, gratte, dérange, se renseigne, et découvre des informations sur les décès, en lien avec la seconde guerre mondiale et l’île d’Aurigny. Sur ce petit bout de terre, les allemands avaient construit quatre camps de concentration nazis.

Mêlant habilement petite et grande histoire, un peu d’ésotérisme, de fantaisie, voire d’interprétation personnelle, l’auteur a construit une intrigue captivante. Il nous plonge dans le passé, à plusieurs époques. Il distille alors quelques éléments et indices pour comprendre le présent. Au départ, on se demande comment tout ça va être relié et puis ça se met en place et c’est intéressant.

Patrick Amand a une écriture vive, il met du rythme dans son récit, pas de temps mort, tout s’enchaîne bien. Il débute avec légèreté puis le propos devient plus grave, même si, régulièrement, une pointe d’humour et de dérision nous fait sourire. Les personnages sont tous très différents, certains atypiques et au caractère bien trempé, ou bien pas aussi « lisses » qu’on le pensait. Certains « cachent leur jeu » et on ne voit pas forcément venir la suite… Cela maintient le suspense et le texte garde tout son attrait.

Une lecture très plaisante, une photo de couverture bien pensée et un titre que vous comprendrez si vous lisez ce nouveau titre des éditions stéphanoises du Caïman !


"La guerre d'Alan 2" d'Emmanuel Guibert

 

La guerre d’Alan 2
D’après les souvenirs d’Alan Ingram Cope
Auteur : Emmanuel Guibert (Dessins et textes)
Éditions : L'Association (1er Octobre 2002)
ISBN : 978-2844140784
98 pages

Quatrième de couverture

Quand j'ai eu dix-huit ans, Uncle SAM m'a dit qu'il aimerait bien mettre un uniforme sur mon dos pour aller combattre un gars qui s’appelait ADOLF. Ce que j’ai fait.

Alan Ingram COPE

Mon avis

À la fin du premier tome, j’avais laissé Alan le jour de ses vingt ans, prêt à entrer dans Paris. Nous sommes le 19 Février 1945, la guerre n’est pas finie. Alan pense être arrivé dans la capitale française mais il est obligé de repartir en arrière et ne repartira que deux mois plus tard !

C’est finalement son périple, en direction de Prague, dans un blindé, avec d’autres soldats, que nous allons suivre. Les anecdotes sont savoureuses, exprimées par la voix d’Alan avec beaucoup de simplicité, de pudeur, d’humilité, d’humour. Emmanuel Guibert s’est effacé et s’est vraiment mis au service de son personnage.

C’est incroyable ce qu’a vécu ce jeune homme ! Véhicules perdus qui ont provoqué une attente, rencontres improbables mais réelles, collègue qui pique une crise et qu’il faut gérer etc.

Dans ses planches, l’auteur s’attache à la posture, à l’expression de ceux qu’ils représentent, le décor en arrière-plan n’est pas très détaillé, les visages sont campés en quelques traits et sont expressifs. Le texte est complet, intéressant. Les souvenirs d’Alan sont une vraie mine de renseignements. Les couleurs sépia et marron sont déclinées dans toutes les nuances possibles et c’est suffisant pour décrire les scènes et les événements, c’est impressionnant !

Je n’aurais jamais imaginé le quotidien d’Alan et toutes les aventures auxquelles il a été confronté. Il y a parfois une pointe de dérision, juste ce qu’il faut pour dédramatiser, revenir au réel. C’est un homme simple qui nous partage une histoire unique qui vaut le détour !