"SEMCHEM Le semeur de cheminées" de Frédéric Mélis


SEMCHEM
Le semeur de cheminées
Auteur : Frédéric Mélis
Éditions du Volcan (20 Décembre 2013)
ISBN : 978-2954683300
52 pages



Quatrième de couverture

Tout commence par la lecture d’une étrange histoire racontée par un maître d’école à ses élèves. Elle va faire naître chez notre jeune héros, Semchem, une drôle d’idée. Pourra-t-il la réaliser ?

Mon avis

C’est un conte de Noël pour enfants. On peut leur lire à partir de trois ans, ils peuvent le découvrir seuls lorsqu’ils ont accès à la lecture. Le vocabulaire n’est pas trop difficile, les illustrations sont fines et délicates, pas surchargée, colorées avec goût, de vraies aquarelles.

J’ai aimé la ténacité de Semchem et la réponse de son maître qui le guide, ne le décourage pas mais ne lui dit pas vraiment ce qu’il doit faire. J’ai apprécié la précision des dessins, leur finesse et le fait qu’ils n’aient pas forcément le même format.

C’est le rêve d’un petit garçon qui suivra sa route, jusqu’au bout pour arriver à concrétiser son projet.
Un album à découvrir et à offrir….

NB: Et cerise sur le gâteau : cet album est imprimé sur du papier provenant de la gestion durable des forêts….



"La vie adagietto" de Jacques Borni


La vie adagietto
Auteur : Jacques Borni
Éditions : du Volcan (Juin 2017)
ISBN: 978-2954683393
190 pages

Quatrième de couverture

C'est une famille où tout est prétexte au bonheur. Gaétan, Rosana et Antoinette, enfants d'un père érudit et d'une mère aimante, sont complices d'une vie de découvertes, de joie et de bonne humeur. L’année scolaire se termine et l’été est propice aux prémices de l’amour avec l’incertitude de ses choix. Passionnée de musique, Rosana doit quitter le cocon familial pour une nouvelle vie parisienne. C’est un nouvel univers rempli de rencontres et de découvertes artistiques qui s'offre à elle. De ses premiers émois aux relations affirmées, Rosana va prendre sa place dans un monde qu’elle a choisi.

Mon avis

Avant de parler du contenu du livre, je souhaite évoquer sa couverture. Stylée, épurée, avec ce demi cadre gris sur la gauche, le choix de la police de caractères parfaitement adaptée et une photo superbe, toute en nuances, magnifique de délicatesse. Le tout accompagné « d’un marque ta page» assorti.  En allant sur le site de l’éditeur, j’ai découvert que la plupart des romans était présenté ainsi. Cela dénote pour moi, une recherche et une réflexion de très bon goût.  Cette parenthèse terminée, je rentre dans le vif du sujet.

L’auteur l’annonce dès les premières pages : « […] ceux qui achètent des livres ont bien le droit, une fois en passant, de se voir proposer un ouvrage qui ne devrait pas leur laisser de tristesse au cœur ! »
Non, ce n’est pas un « feel be good » de plus, pas de la chik lit non plus, encore moins une mièvrerie…. C’est une chronique d’une famille ordinaire, comme on peut en rencontrer au quotidien. C’est notamment sur les émois des jeunes gens, que Jacques Borni s’est penché. Entre les flirts de vacances, le premier amour qui ne jamais s’oublie, la découverte des émotions, de son propre corps et de celui de l’autre, tout est abordé avec subtilité… L’ensemble est écrit avec doigté, tendresse, et intelligence. De plus, l’orthographe et le vocabulaire sont irréprochables ! On s’attache surtout aux pas de Rosanna. Elle va partir étudier à Paris, un saut dans l’inconnu, vers l’inconnu….Et pour une jeune adolescente, ce n’est pas si simple. A travers les différentes situations évoquées, on la voit évoluer,  elle doit se positionner, choisir sa route, tenir compte de ce qu’elle pense et ressent tout en restant intègre….

J’ai trouvé ce récit apaisant. Il offre une parenthèse agréable et glisse une douce musique sous les yeux par l’intermédiaire du phrasé de l’auteur. Son style est harmonieux, on entendrait presque chanter les mots !

"La maison oubliée" de Cédric Bruneaux


La maison oubliée
Auteur : Cédric Bruneaux
Éditions :  Les Sentiers du Livre (Juin 2018)
ISBN : 9782754307284
240 pages

Quatrième de couverture

En terminant sa longue tournée de concerts, Norianna se voyait déjà sur une plage paradisiaque à siroter des cocktails, mais ceci étant sans compter que Bradley, son manager, avait d'autres projets pour elle. Sur le trajet qui la mènera à l'aéroport, Nina de son véritable nom recevra un coup de téléphone auquel elle n'aurait pas dû répondre. Pourquoi le sort s'acharne-t-il sur elle ? Elle quittera New-York pour se retrouver dans un petit village normand, où elle finira par y découvrir une mystérieuse maison. Pourquoi les habitants du village tentent à tout prix à l'en éloigner ?

Mon avis

Lorsque j’ai commencé ce roman, j’ai pensé que je me trouvais en face d’une jeune femme en plein burn out. Ayant gagné un casting chantant de téléréalité, Norianna s’est trouvée propulsée sur le devant de la scène, poursuivie par les aficionados, les journalistes, etc. Contente de ce qu’elle vit … jusqu’au jour où….par un concours de circonstances, elle s’aperçoit que sa vie ne lui « appartient » plus… Une rencontre improbable et la voilà qui part loin, sur un coup de tête…. On ne peut que la comprendre tant la célébrité et le rythme effréné des stars doit être difficile à vivre, à supporter….

D’avions en taxis, elle atterrit dans un petit village normand où elle « flashe » sur une maison qu’elle se met en tête d’acquérir… Et là, tout dérape… Les villageois n’ont pas vraiment envie qu’elle s’installe. Elle rencontre des personnes bizarres, elle ne sait pas si elle peut leur faire confiance…. Tout semble échapper à son contrôle…

L’auteur nous plonge au cœur des tourments de Nina, sa part d’ombre la hante, et les événements surprenants qu’elle subit en Normandie ne la rassurent pas….  On sent l’inquiétude monter en elle avec, en parallèle, un besoin vital de comprendre ce qui se déroule sous ses yeux.  Mêlant une petite part de fantastique au quotidien de Nina, nous entraînant dans les non-dits du passé, la culpabilité, les remords de certains, la fourberie d’autres, Cédric Bruneaux campe une intrigue aux multiples facettes. Son écriture est fluide, son style endiablé vu le nombre de rebondissements  et de situations complexes dans lesquelles se trouvent les protagonistes.

C’est un livre agréable à lire ou le panachage des genres apporte une touche originale. Les différents personnages sont suffisamment développés pour nous intéresser. J’ai regretté que le rôle de Paul ne soit pas plus précis sur les dernières pages, il lui a manqué un petit quelque chose pour tout à fait me captiver. J’aurais souhaité qu’il explique plus en détails ses découvertes.  Je pense que l’auteur a de l’imagination, peut-être trop parfois, ce qui peut donner à certains lecteurs, une impression de confusion. Comme j’ai lu cet opus en une journée, je n’ai pas eu ce ressenti et j’ai passé un bon moment de lecture.



"Le sang des pierres" de Johan Theorin (Blodläge)


Le sang des pierres (Blodläge)
Auteur : Johan Theorin
Traduit du suédois par Rémi Cassaigne
Éditions : Albin Michel (Mars 2011)
ISBN : 978-2226220608
432 pages

Quatrième de couverture

À la fonte des neiges, les gens du continent réinvestissent l’île d'Öland  . Peter Mörner s’est installé dans une vieille maison dont il a hérité. De sa villa flambant neuve, Vendela  Larsson regarde cette lande dont elle connaît tous les secrets. Quant à Gerloff, vieux loup de mer de 85 ans, il a voulu revoir, peut-être pour la dernière fois, le soleil de son enfance… Mais pour eux, le printemps ne sera pas comme les autres. La mort rôde en cette nuit de Walpurgis, et les drames du passé resurgissent…

Mon avis

Veine sanguine

Le vent, les fauvettes à tête grise, la lande, les embruns, le soleil couchant éclairant les anémones sauvages, les dernières plaques de neige, les nuits mystérieuses, une carrière, les Trolls, les Elfes, leurs légendes, une ambiance qui s’installe, en même temps que le printemps, dès les premières pages sur l’île d’Öland au large de la Suède….

« Odeur de calcaire et de varech, de mer et de terre. Vent sur la plage, miroitement du soleil sur le détroit, hiver et printemps mêlés au-dessus de l’île. »

Des personnages divers et variés vivent dans cet environnement, ils sont de passage ou habitent à demeure. Qui sont-ils ? Un vieil homme qui ne veut pas rester en maison de retraite, un homme et ses deux enfants, un couple et leur chien et bien d’autres… Un point commun entre tous ? Ils sont attachés à ce lieu pour une raison ou une autre. Ils vont se croiser, s’éviter, se parler, se taire, se terrer, se cacher, s’exposer, chercher …. et entrevoir puis découvrir en profondeur certains événements du passé mais aussi du présent…
L’éclairage sur ces différentes situations sera apporté par des chapitres courts, allant de l’un à l’autre, du passé au présent, du réel à l’imaginaire, en passant par la lecture d’un journal intime.

On n’avance pas vite, c’est un peu comme si la nature imposait son rythme, pas d’actions spectaculaires qui s’enchaînent, pas d’hémoglobine et de violence à foison. Seulement des hommes, des femmes, des enfants qui cheminent pas à pas dans leur vie, essayant de maîtriser les événements qui, de temps à autre, leur échappent …
L’écriture est agréable, fluide, « aérée ». Les chapitres courts, alternant individus, époques, styles narratifs (journal intime ou récit à la troisième personne) évitent toute lassitude au lecteur.

J’ai apprécié Peter, le tourmenté (mais pas trop, il reste très humain), qui souhaite comprendre le passé de son père, sa fille, combattive m’a émue, les voisines sont intéressantes car différentes et bien ciblées dans leur caractère. Jerry, lui-même est attachant dans son combat pour parler, sortir des mots du plus profond de lui-même.

Ce qui me plaît dans ce genre de roman, c’est qu’au-delà de l’intrigue elle-même, il y a une atmosphère et elle est si bien décrite qu’on a l’impression de la ressentir par tous les pores de la peau. De plus, et cela aussi il faut le souligner, on ne trouve pas un enquêteur qui prend le pas sur les autres protagonistes. Il est là, mais ne tient pas une place outrancière. D’ailleurs peut-on dire qu’un individu domine plus que les autres ?

Je crois que l’élément principal, le presque « héros », est cette île, que tous habitent, au sens propre et au sens figuré, de façon différente, l’investissant de leur présence, mais aussi de leurs ressentis, de leur âme, donnant d’eux à cette contrée un peu magique comme elle, leur transmet d’elle ….. Les uns ne pouvant pas être dissociée de l’autre, cette terre d’accueil qui fait partie de leur histoire personnelle …..

"Rome ne paie pas les traîtres" de Matthieu Paulo


Rome ne paie pas les traîtres
Auteur : Matthieu Paulo
Éditions : Les Sentiers du Livre (3 Juillet 2018)
ISBN : 9782754307314
285 pages

Quatrième de couverture

En 147 av. J. C., alors que Rome vient d'anéantir définitivement Carthage, elle est confrontée à un nouveau danger : une révolte se lève dans toute l'Hispanie. Les Celtibères, voulant se libérer du joug romain, placent tous leurs espoirs en un berger : Viriathe. Des légions entières sont décimées, des milliers de soldats tombent. Alors que les Romains pensaient qu'il ne s'agissait que d'une rébellion passagère, ils finissent par prendre cette menace au sérieux et s'engagent dans un effort de guerre considérable. Scipion Emilien le Second Africain, chef militaire héroïque, s'appuie sur la volonté éteinte d'un homme populaire : le centurion Juventus Thalmas.

Mon avis

Les Guerres celtibères eurent lieu  au troisième et au deuxième siècles avant Jésus-Christ entre la République romaine et les différents peuples celtibères, qui habitaient dans la zone moyenne de l'Èbre et le plateau supérieur. C’est dans ce contexte historique que se déroule le roman « Rome ne paie pas les traîtres ». On y rencontre Viriathe (un personnage ayant existé dont on sait peu de choses), un jeune berger qui va oser tenir tête aux troupes romaines. En face de lui et des hommes qu’il rallie à sa cause, des guerriers romains aguerris, solides, habitués aux combats et sachant s’organiser. Pot de fer contre pot de terre ? Ce serait sans compter sur les inévitables trahisons, mensonges, magouilles, secrets espionnés et révélés que comportent la société et sans oublier la fourberie de certaines femmes…..

Pour faire relever la tête aux romains, le centurion Juventus Thalmas, qui était au bord de la faillite, est missionné. L’occasion pour lui, s’il réussit le défi, de redorer son blason et de monter en grade. Sa femme, Claudia, belle et ambitieuse le pousse à accepter même s’il doit partir combattre loin de leur foyer. Elle pensera à lui, lui restera fidèle, dit-elle ….  Alors, il y va et la situation ne va pas être aussi facile qu’on lui l’avait fait miroiter. D’abord, il y a des hommes qui jouent « double jeu » et qui vont lui faire des infidélités et puis en  face, il y a Viriathe et ses acolytes. Le jeune homme pousse tous ceux qui lui font confiance à donner le maximum. Il est pugnace, rebelle, assoiffé de vengeance et il n’ a plus rien à perdre. Sa détermination et sa rage sont exceptionnelles.
Dans ce récit, au fil des chapitres, nous allons suivre les « aventures » de ces deux hommes. Lorsqu’il s’agit du centurion, c’est lui qui s’exprime et qui dit « je », sinon le reste du texte est à la troisième personne. Bien ancré dans la période présentée avec des personnages très crédibles, développant les mœurs et coutumes de l’époque (avec un vocabulaire adapté), le texte de Matthieu Paulo est non seulement intéressant, mais également très vif, captivant par les faits que l’on voit se dérouler sous nos yeux. Fresque vivante et visuelle, on s’approprie très vite les différents protagonistes et on suit sans peine tous les événements.

Je ne connaissais pas  Viriathe et ce roman m’a donné l’envie de le découvrir un peu plus. J’ai donc consulté différents documents et c’est bien en rapport avec ce qu’on lit dans ce recueil.  L’auteur a réussi là un roman abouti, complet, fascinant. Il le fait avec un style et une écriture de qualité et une documentation complète qu’il a parfaitement intégrée à son intrigue. Non seulement, on passe un agréable moment de lecture mais en plus on apprend plein de choses ! Que demander de plus ?  

"L'évangile selon Youri" de Tobie Nathan


L’évangile selon Youri
Auteur : Tobie Nathan
Éditions : Stock (22 Août 2018)
ISBN : 9782234081772
306 pages

Quatrième de couverture

Élie : vieillissant, désabusé, divorcé, désencombré des illusions sur la vie. Voici comment on pourrait décrire ce psy aux méthodes particulières qui dirigea longtemps un centre d’ethnopsychiatrie au coeur de Paris. C’est un spécialiste en « étrangeté ».
Il faut prendre garde aux étrangers que nous croisons : parmi eux se cachent des êtres d’exception.

Mon avis

Et si je vous disais qu’un nouveau Dieu va arriver bientôt sur notre terre ? L’année prochaine par exemple ? Que penseriez-vous ? Est-ce cela qu’à voulu nous présenter Tobi Nathan ?

Elie est psy, dans tous les sens du terme. Psy pour recevoir ses patients, « psy » parce que lui-même n’a pas résolu ses propres problèmes ? Il le dit lui-même : « il a charge d’âmes », c’est ça son métier… D’autres le définissent en tant que « Psy des émigrés »… … Il reçoit beaucoup de monde notamment Youri, un réfugié. Qui va apporter le plus à l’autre ? Youri prend « le dessus » sur Elie, le guide, lui apporte ce qu’il a peut-être cherché longtemps….

Il se passe des choses bizarres dans ce roman et j’ai eu du mal à accrocher à l’univers décalé de l’auteur. Je ne suis même pas certaine d’avoir compris ce qu’il voulait transmettre et je m’en excuse. Pourtant l’écriture est agréable, le style fluide mais c’est le contenu qui « ne me parle pas… »

Sans doute suis-je trop « carrée », trop rationnelle, trop cartésienne…et l’ethnopsychiatrie n’est pas faite pour moi….

NB : J’aime bien la couverture !

"Nulle autre voix" de Maïssa Bey


Nulle autre voix
Auteur : Maïssa Bey
Éditions : de l’Aube (23 Août 2018)
ISBN : 978-2-8159-3018-5
248 pages

Quatrième de couverture

Elle a tué un homme, son mari. Elle sort de prison, quinze ans après. Mais, après avoir purgé sa peine, a-elle vraiment retrouvé la liberté ? Être une femme en Algérie est déjà propice à l'enfermement et au silence. Être une femme condamnée pour avoir ôté la vie d'un homme est au-delà des mots. Une femme, qui se présente comme chercheuse, fait irruption dans sa vie. Jour après jour, par la force de la parole retrouvée, ces deux femmes que tout sépare vont à la rencontre l'une de l'autre.

Mon avis

Le visible et le caché *

Elle a tué pour se libérer ….mais qu’on ne compte pas sur elle pour demander qu’on la comprenne,  qu’on l’excuse, que son passé explique son acte, que sa condition de femme algérienne soumise soit une raison pour avoir agi ainsi… Non, elle se tait, accepte le verdict et part en prison… Quinze ans … quinze longues années avec peu ou pas de visites, à supporter la promiscuité, les conditions difficiles et à se taire toujours… Une lueur dans tout cela : elle est devenue « écrivain public » pour les autres détenues et l’écriture la libère un peu…. « Là-bas, dans la maison d’arrêt, l’écriture m’a sauvée »
Elle ? N’a-t-elle pas de prénom ?  Serait-elle devenue invisible ? « par l'acte que j'ai commis, j'ai effacé mon identité et le prénom que mes parents ont choisi pour moi le jour de ma naissance. »  C’est un peu cela, elle est devenue transparente. Revenue dans l’appartement où le crime a été commis, elle s’applique à ne pas déranger, sortant tôt le matin et ne bougeant plus de chez elle le reste de la journée. A-t-elle peur ? Est-elle angoissée au point de s’être construit « une nouvelle prison » ?

Un jour, une personne sonne à la porte. Une femme qui se dit « écrivaine » (revendique—t-elle la féminité de ce nom commun ? ) Elle souhaite écrire un roman inspiré de son histoire. De rencontres en rencontres, la meurtrière (car il faut bien l’appeler comme ça, non ?) se laisse apprivoiser, glissant ça et là des confidences supplémentaires.  Si,  au départ, elle a regretté d’avoir dit oui, maintenant c’est le contraire. Elle s’attache à cette femme qui, en lui rendant visite, la relie avec l’extérieur, elle guette et attend sa venue. Elle ressent, elle aussi, en miroir de cette situation, le besoin d’écrire. Alors, elle se met à rédiger des lettres pour celle qui l’interroge, des missives qui vont plus loin que leurs échanges, et qu’elle lui donnera peut-être un jour….  Elle se munie également de carnets et laisse glisser sa plume… C’est elle que nous lisons et qui dit « je »….
« Nos conversations me laissaient un goût d'inachevé. Je voulais aller plus loin. J'ai compris, en revenant à mes carnets chaque soir, que l'écriture libère bien plus que la parole. »

De nombreux thèmes sont abordés dans ce recueil, la place de la femme dans la société algérienne mais également dans le couple, la relation à la mère et aux enfants (parfois « programmés » pour être ce que les adultes pensent être le meilleur pour eux), le jugement de la famille, des voisins, les silences, les non-dits, le poids de tous les « bien pensants » qui croient avoir raison….

Maïssa Bey est la voix des femmes algériennes, c’est une femme engagée,  fondatrice et présidente de l’association de femmes « Paroles et écriture ». Elle ose écrire sur des sujets brûlants et le fait toujours avec intelligence  et acuité . Lorsque je regarde la couverture de ses romans, je retrouve son style d’expression et j’aime à penser qu’elle doit choisir les illustrations de ses livres. Si on observe la première page de « Nulle autre voix », on constate la luminosité derrière une silhouette sombre en mouvement, tourmentée, les pieds sont flous comme le visage, effacés ?  Et ce dessin colle tellement au récit, au phrasé qu’elle emploie que c’est déjà magnifique…. En lisant cet auteur, je retrouve exactement la même chose que dans cette image de première page : une écriture lumineuse, solaire avec des passages troublés, crus, puis d’autres emplis de poésie et un ensemble cohérent qui vous frappe au cœur de plein fouet. Les phrases sont souvent courtes, épurées, Maïssa Bey  retient les mots puis d’un coup les lâche alors ils prennent vie, si vite pour se faire une place, inventer leur propre chemin… et ils arrivent en saccades sur le papier…. C’est beau, c’est douloureux, c’est parfois plein de colère contenue, de « silences »que l’émotion pourrait étouffer, faire taire, mais l’auteur le dit elle-même : « Je me suis libérée au moment où j’ai commencé à écrire… » et elle le fait si bien ! Merci, Madame, d’avoir  pris la parole pour toutes celles qui ne l’ont pas, qui n’osent pas et qui grâce à vos écrits, existent et survivent ….

* « Le visible et le caché. Deux socles sur lesquels repose la société. Ce qui ne se voit pas n'existe pas et ne peut donc pas être répréhensible. »