"Jérôme K Jérôme Bloche - Tome 28: Et pour le pire" d'Alain Dodier

Et pour le pire
Jérôme K. Jérôme Bloche Tome 28
Dessins et scénario : Alain Dodier
Couleur : Cerise
Éditions : Dupuis (18 mars 2022)
ISBN : 979-1034736294
76 pages

Quatrième de couverture

Alors que Jérôme passe (encore) son permis, il découvre une jeune mariée prête à se jeter sur le périphérique parisien du haut d'un pont ! Après l'avoir sauvée, il décide de la prendre sous son aile. Babette va-t-elle apprécier l'irruption de cette femme aussi jolie que fragile dans la vie de Jérôme ? Pas sûr. D'autant que la prénommée Rebecca semble vraiment apprécier le détective privé, auquel elle souhaite rendre sa gentillesse par mille signes attentionnés... Mais cette attitude est-elle si désintéressée ?

Mon avis

Le scénario de ce tome est très réaliste et il fait froid dans le dos. Il démontre comment on peut détourner des faits et influencer les personnes extérieures en manipulant ce qui s’est passé.

On y retrouve Jérôme, sa fiancée, le curé et ami, les voisins, tous les gens du coin qu’on connaît quand on suit, comme moi, ce petit détective depuis ses débuts.

Les dessins sont plaisants, bien précis, colorés juste ce qu’il faut pour mettre une belle ambiance.

J’ai eu beaucoup de plaisir à retrouver tout ce petit monde !

 

"Sandiniste !" de Yann Madé

 

Sandiniste !
Auteur : Yann Madé
Éditions : Jarjille (20 Octobre 2023)
ISBN :    978-2-493649-14-0
98 pages

Quatrième de couverture

A treize ans, je n'avais pas de futur. Du moins c'est ce que me disaient mes idoles punks... Mais le futur est arrivé : En 1980, the Clash a sorti Sandinista!, l'album mythique de son virage artistique et politique. Adulé ou détesté, ce triple album clivant et foutraque est resté dans l'histoire du rock comme le disque d'un groupe qui voulait être autre chose qu'une éternelle bande de branleurs. En plongeant quarante ans plus tard dans mes cahiers d'adolescent et dans le livre enquête de Vincent Brunner, j'ai essayé de comprendre pourquoi j'avais toujours pensé que ce disque avait changé ma vie. Peut-être que je n'aurais jamais fait de BD liées au rock si je n'avais pas voulu moi aussi, intuitivement, être autre chose... et peut-être qu'il est grand temps de donner la parole aux femmes à notre sujet. Car ni the Clash ni moi n'aurions beaucoup évolué sans elles.

Mon avis

« Je me suis aperçu que ceux que je considérais comme des idoles essayaient juste de faire ce que j’avais tenté moi-même. Sortir de la rage et de la violence pour devenir des gars un peu meilleurs. »

Une bande dessinée autobiographie sur une période de la vie de l’auteur. Pourquoi ? Parce qu’il se rappelle le 20 Juin 1979. Ce jour-là, Bill Stewart, journaliste américain est assassiné à Managua. Il couvrait la révolution nicaraguayenne, et parlait des forces rebelles sandinistes en disant « des jeunes qui font la guerre aux vieux ».

Yann Madé, alors jeune adolescent, s’est retrouvé dans ses paroles. Il était mal dans sa peau, un peu dissipé et ce genre de réflexion faisait écho en lui. Une envie de combattre mais quoi et pour qui ? Alors, quelque temps après, la découverte du groupe The Clash avec le disque « Sandinista » est une révolution musicale pour lui. Avec cet album, la musique punk rentre dans sa vie. Les titres ont été enregistrés à Londres, Manchester, New York et en Jamaïque. Yann Madé nous fait voyager aux côtés des artistes qui les ont chantés, joués.

Je pense que cette BD n’a pas été facile à « construire ». Il fallait trouver un équilibre entre les souvenirs, parfois déformés, les ressentis, les extraits de journal intime (merci à Yann Madé de partager ce qu’il a écrit ado, avec le lecteur). Est-ce que Sandinista ! a réellement changé sa vie, sa façon d’être ? La réponse a-t-elle beaucoup d’importance ? L’essentiel est ailleurs, dans le cheminement de ce gosse de treize ans qui est devenu un homme et qui assume ses choix. Il est « vrai » et rien que pour ça, la lecture vaut le coup !

Les tracés sont au crayon avec des nuances de gris, des ombres, parfois un peu de jaune. Les vignettes et les bulles peuvent se chevaucher, se diviser, se croiser. Cela donne du « rythme », du mouvement, aux pages. Si en plus on écoute les titres évoqués en fin d’ouvrage, on est embarqué.

J’ai beaucoup apprécié cette lecture. J’ai senti que l’auteur se dévoilait, nous offrait un peu de lui … les écrits de ses carnets intimes sont souvent bouleversants, et on ne peut pas s’empêcher de penser à ce qu’on rédigeait au même âge… A-t-on accompli un de nos rêves ? Lui, oui, (voir page 83) et avec brio !

NB : En fin de livre, quelques pages très personnelles puis toutes les références citées ou dessinées.

"Comme si nous étions des fantômes" de Philip Gray (Two Storm Wood)

Comme si nous étions des fantômes (Two Storm Wood)
Auteur : Philip Gray
Traduit de l’anglais par Elodie Leplat
Éditions : Sonatine (7 Septembre 2023)
ISBN : 978-2383991007
506 pages

Quatrième de couverture

Trois mois après la fin de la Première Guerre mondiale, une jeune Anglaise, Amy Vaneck, arrive à Amiens afin d'en apprendre davantage sur l'homme qu'elle aime, Edward Haslam, porté disparu dans les tranchées. Les champs de bataille de la Somme sont désormais silencieux. Ne restent sur place que quelques hommes qui se livrent à la tâche difficile de rassembler les dépouilles et d'essayer de les identifier. Parmi eux, le capitaine Mackenzie, qui se propose d'aider Amy. Mais lorsqu'on retrouve treize cadavres dissimulés dans un tunnel au fond d'une tranchée, celle où Edward a été vu pour la dernière fois, tout change. D'autant plus qu'il apparaît bien vite que leur mort n'a rien à voir avec les combats, ni avec l'armée allemande.

Mon avis

Ce récit nous replonge dans l’atmosphère de la première guerre mondiale. Il présente plusieurs périodes et lieux en alternance, allant de 1916 à 1919, de la France à l’Angleterre. Ceci nous permet de suivre différents personnages. Certains sont au cœur du conflit, d’autres le vivent différemment en retrouvant un époux blessé, défiguré, marqué psychologiquement, usé par tant de peur, de violence, d’angoisse ….

En 1916, Amy Vaneck, jeune femme anglaise, a une vie calme et rangée. Elle doit être dans « les convenances » et sa mère ne tolère pas d’écart, ni dans les fréquentations, ni dans les actions. Il faudra qu’elle se marie avec un homme de son rang, qu’elle soit en phase avec le décorum de sa famille. Pourtant, elle rencontre Edward, un enseignant, musicien. Il est d’un milieu plus simple que le sien et une histoire d’amour est inenvisageable, voire interdite. L’éternel dilemme du cœur et de la raison…. Amy, un brin rebelle, ne peut pas passer à côté d’un amour comme celui-ci. Alors ces deux-là s’aiment en cachette.

Edward est contre les conflits, il ne veut pas se battre mais il n’a pas le choix, il part à la guerre. En Août 1918 il est porté disparu, en France… Pas de corps, pas de tombe, pas de vraie preuve de sa mort…. Amy, en femme courageuse et volontaire part sur place pour comprendre, faire son deuil…. Elle va être confrontée aux horreurs d’après-guerre, ces champs de bataille où des soldats cherchent des restes humains pour leur donner une sépulture décente, les rendre à ceux qui les ont aimés. Elle avance un jour après l’autre, dans des conditions terribles, difficilement imaginables. Elle se sent ainsi plus près de ce qu’a vécu son fiancé, certains lieux lui rappellent les lettres qu’il lui a envoyées. Elle est confrontée à des événements terribles. Elle se relève et elle continue sans baisser les bras, porté par le serment qu’elle a fait à son compagnon. Elle rencontre des militaires, la plupart lui conseille de rentrer, se moquent d’elle et de sa quête, quelques-uns semblent vouloir l’aider….

Un jour, elle croise un prévôt, ancien de Scotland Yard, il est en mission mais ne dévoile pas tout. Une étrange relation se noue entre ces deux-là. Il lui demande presque de l’aide, mais dans quel but ?

Sur des terres insécuritaires, dévastées par les tirs de mortiers, les tranchées, les grenades, avec des habitations détruites, des lieux isolés, de la poussière, des individus parfois dangereux, une ambiance délétère, Amy ne lâche rien. Elle est admirable dans sa détermination.

Ce roman à la trame historique a un aspect policier car plusieurs situations peuvent être assimilées à des enquêtes. Il nous offre des portraits détaillés, précis où le caractère de chacun est bien défini pour qu’on comprenne le comportement des protagonistes. Par ses multiples approches de la guerre et de ses conséquences (avant, pendant, après), c’est une profonde réflexion sur une période troublante et troublée.

L’écriture (merci à Elodie Leplat pour sa traduction, elle marche sur les traces du regretté Fabrice Pointeau pour la qualité de son travail) est majestueuse, le rythme soutenu. L’intrigue aux diverses ramifications est bien pensée et très intéressante. J’ai aimé ce recueil qui donne une belle place aux femmes, qui parle des chinois qui sont venus travailler en France à partir de 1916 et de toutes ces personnes (hommes ou femmes) marquées à jamais dans leur corps, leur esprit…les cauchemars ne les quitteront pas et il leur faudra être forts pour se reconstruire et croire encore en la vie….

Un excellent livre !

 

"Les pommiers fleurissent aussi en hiver" d'Aubry Françon

 

Les pommiers fleurissent aussi en hiver
Auteur : Aubry Françon
Éditions : Editlivre (21 Décembre 2015)
ISBN : 9782334056700
166 pages

Quatrième de couverture

« Poussé par une incontrôlable frénésie, il s'empara du pli pour le décacheter fiévreusement. Un ouvrage jauni et corné surgit entre ses doigts. Il caressa doucement le recueil, laissant glisser sous ses phalanges les multiples nervures qui parsemaient la couverture craquelée. La gorge serrée par l'émotion, il lut lentement le titre du volume qui se détachait en lettres grises sur fond beige. Il savoura avec délice le moment où, sous son regard, se dévoilèrent son prénom et son nom. Il ouvrit le livre à peu près en son milieu, confiant au hasard le soin de décider de la page qui allait s'offrir à lui. Le papier râpeux et de médiocre qualité produisit un froissement, et André s’absorba dans la lecture d'un extrait. »

Mon avis

Les mots ont souvent une résonance particulière en moi et lorsque j’ai découvert le titre de cet ouvrage, j’ai aimé « la musique » qu’il me murmurait à l’oreille. La quatrième de couverture (bien choisie) et la photographie sur la première page ont complété mon souhait de lire ce recueil. En plus, le décor était ma ville, ses rues, sa cathédrale, ses environs ! Tout me « parlait », j’étais « chez moi » dans ce livre…

Mais, nous sommes bien d’accord, ce que je viens d’évoquer ne suffit pas à démonter la qualité d’un roman.  Donc il fallait que je le lise pour me faire une opinion. C’est désormais chose faite et je peux écrire que j’ai savouré ce récit. Je suis rentrée immédiatement dans l’histoire et je me suis attachée aux personnages sans doute parce qu’ils sont très réalistes. L’atmosphère est bien retranscrite, les situations sont celles de la vie de tous les jours. Le texte est inscrit dans le quotidien, celui d’hommes et femmes comme il en existe beaucoup : des arrivistes, des honnêtes, des travailleurs, des amoureux, des faux jetons, des grandes gu…, des hypocrites, des tendres (trop)…

André, un des protagonistes mène une vie, qui lui convient à moitié mais il n’a pas le courage de « passer à autre chose » … Et puis un regard, une rencontre, un aspect de son passé qui resurgit et le voilà devenu « un autre » …. Le lecteur assiste à sa métamorphose, il va se révéler, laisser libre cours à ce qui le passionne, et exister enfin…. Mais est-ce si facile de devenir soi-même à la quarantaine ? À quel point le regard des amis, des collègues, de la famille, peut-il peser sur les choix ? Quels peuvent être les dégâts collatéraux d’une telle transformation ?

Aubry Françon dans un style fluide, avec une écriture de qualité et un vocabulaire de choix, a su, dès les premières lignes, capter mon attention.  Et de fait, la lecture s’est enchaînée sans temps mort.  Le lien avec « le récit du Prieur » est pour moi amené avec finesse et doigté et apporte un plus, non négligeable à l’ensemble. Une belle découverte !


"Veiller sur elle" de Jean-Baptiste Andrea

 

Veiller sur elle
Auteur : Jean-Baptiste Andrea
Éditions : L’Iconoclaste (17 Août 2023)
ISBN : 978-2378803759
594 pages

Quatrième de couverture

Au grand jeu du destin, Mimo a tiré les mauvaises cartes. Né pauvre, il est confié en apprentissage à un sculpteur de pierre sans envergure. Mais il a du génie entre les mains. Toutes les fées ou presque se sont penchées sur Viola Orsini. Héritière d'une famille prestigieuse, elle a passé son enfance à l'ombre d'un palais génois. Mais elle a trop d'ambition pour se résigner à la place qu'on lui assigne.

Mon avis

1986, une communauté religieuse, quelque part en Italie. Les frères veillent l’un des leurs, même s’il n’a jamais prononcé de vœux alors qu’il est là depuis quarante ans. C’est la fin, à quatre-vingt-deux ans, il va mourir. Mais qui était cet homme ? Sous ses yeux fermés, dans sa demi-conscience, les souvenirs affluent et il les partage…

Ses parents ont fui la Ligurie, il est né en 1904 d’un père sculpteur. Il l’observe, l’écoute, s’imprègne de chaque geste, fasciné par son métier. Sa mère l’a nommé Michelangelo, comme si ce prénom pouvait lui donner un statut, de la force, à lui, qui est né avec un handicap (il est de petite taille). Mais le plus souvent, il est Mimo.

La première guerre mondiale arrive et c’est la mort du paternel. Sa Maman l’envoie en Italie, chez un oncle, sculpteur lui aussi, à Pietra d’Alba. Mais là-bas, le jeune garçon n’est pas aimé. Le tonton aime la divine bouteille et supporte mal que le rejeton soit meilleur que lui. Parce que, oui, déjà, à peine adolescent, son talent se dessine… Mais que c’est difficile avec son nanisme de s’imposer, d’être « reconnu ».

Un jour, il doit se rendre chez les Orsini, une famille fortunée non loin de l’atelier. Par un curieux coup du destin, il rencontre Viola, la fille de la maison. Une âme libre, qui n’a pas l’intention de se laisser voler sa vie, ses choix, malgré les conventions, la bienséance. Une amitié naît alors sous les yeux du lecteur attendri. Une de ses amitiés improbables mais vraies… Ces deux-là se « portent », se protègent, se cachent des adultes, se « nourrissent » l’un de l’autre. Ils peuvent parler et se taire ensemble, ils se comprennent….

« Nous ne sommes pas des aimants. Nous sommes une symphonie. Et même la musique a besoin de silence. »

Les adultes, les bien -pensants vont-ils tolérer une telle relation ? Qu’est-ce que l’avenir leur réserve ? Mimo rencontrera-t-il le succès qu’il mérite, lui dont l’art est toute sa vie ? Les carcans qui les enferment peuvent-ils disparaître ? Les personnalités des deux amis sont belles. Ils sont à la fois rebelles, attachants, volontaires, rayonnants. On accompagne ces deux destins, on espère avec eux, on souffre aussi.

Ancré dans un contexte historique très riche (l’auteur glisse de temps à autre des événements ayant existé) dans un pays bouleversé par la montée du fascisme, ce récit est magnifique. Porté par un souffle épique, accompagné d’un vocabulaire de qualité, recherché mais sans emphase, le texte nous porte et nous emporte. L’écriture de l’auteur est lumineuse, délicate, tout fait sens. Quand il parle de sculpture, on a envie d’aller visiter un musée et de voir cette oeuvre sur qui Mimo veillera jusqu’à la fin de sa vie….

« Imagine ton œuvre terminée qui prend vie. Que va-t-elle faire ? Tu dois imaginer ce qui se passera dans la seconde qui suit le moment que tu figes, et le suggérer. Une sculpture est une annonciation. »

Coup de coeur !

"Le dernier festin des vaincus" d'Estelle Tharreau

 

Le dernier festin des vaincus
Auteur : Estelle Tharreau
Éditions : Taurnada (2 novembre 2023)
ISBN : 978-2372581257
250 pages

Quatrième de couverture

Un soir de réveillon, Naomi Shehaan disparaît de la réserve indienne de Meshkanau. Dans une région minée par la corruption, le racisme, la violence et la misère, un jeune flic, Logan Robertson, tente de briser l'omerta qui entoure cette affaire. Il est rejoint par Nathan et Alice qui, en renouant avec leur passé, plongent dans l'enfer de ce dernier jalon avant la toundra. Un thriller dur qui éclaire sur les violences intracommunautaires et les traumatismes liés aux pensionnats indiens, dont les femmes sont les premières victimes. « Au Canada, une autochtone a dix fois plus de risque de se faire assassiner qu'une autre femme. »

Mon avis

Meshkanau, au Canada, une réserve indienne.

Un lendemain de réveillon, la mère de Naomi Shehaan réalise qu’elle n’est pas rentrée. Elle la recherche chez son petit ami, à droite, à gauche mais rien. Une fugue de plus ? Elle reviendra sans doute dans quelques jours…. ou pas …..

Ici, certains habitants sont partis vers les villes voisines, pour ne pas être stigmatisés, « parqués », catalogués, ou peut-être pour voir autre chose. Mais ce n’est pas forcément simple, leur aspect physique fait que de temps à autre, on les repère. Quelques-uns sont intégrés, en apparence seulement, car ils restent sur le qui-vive, de peur d’une dérive liée à leurs origines.

D’autres sont restés dans la réserve, malgré les difficultés croissantes, le manque de travail, la violence, l’alcool et la drogue qui rendent fou, la pauvreté, la peur de ne jamais s’en sortir. Autrefois, les enfants sont allés au pensionnat pour apprendre. Mais ils étaient « les étrangers », ceux dont on ne veut pas et ils ont été humiliés, détruits par des sévices insupportables, impardonnables. Marqués à vie, que sont-ils devenus ?

Quelques hommes qui ont le « pouvoir » profitent de leur position dans la réserve. Ils sont capables de « faire chanter » les indiens, de les manipuler, de les abuser. Ils mentent mais les autorités les croient.

Alors chercher Naomi, est-ce que ça vaut la peine que la police s’en mêle ? Peut-être qu’en confiant un semblant d’enquête à un jeune flic sans expérience, l’affaire sera réglée (et classée sans suite) très vite ?

Dans la réserve, les gens sont en colère. II est question d’implanter une scierie sur leurs terres. Pour faire passer la pilule, on leur promet du travail mais personne n’est dupe. Et puis, avec ce projet, les forêts seront abîmées, les lacs moins accessibles…. La protection de la nature n’est clairement pas la priorité de ceux qui veulent installer cette entreprise, business is business….  

C’est dans cette atmosphère délétère que les personnages évoluent. Les relations sont tendues entre « blancs » et indiens. Il y en a qui essaient de se parler, de communiquer, mais c’est tellement difficile. Nathan et Alice que tout pourrait opposer, veulent comprendre ce qu’il s’est passé pour Naomi. Parfois, ils avancent, mais on les rejette aussitôt, on leur met des bâtons dans les roues. De quoi s’occupent-ils ? Ne peuvent-ils pas rester à leur place ? Quand on gratte, on dérange…alors évidemment….

Toutes ces horreurs ont existé, existent encore. Estelle Tharreau les décrit factuellement, et ça nous fait d’autant plus mal. C’est terrible. Je connaissais déjà ces situations mais c’est toujours révoltant. L’auteur a su, une fois encore, se renseigner et inscrire son récit dans un contexte tangible.

Elle se renouvelle à chaque livre avec des sujets variés, toujours intéressants. Son écriture puissante transmet de nombreuses émotions. Le lecteur a peur, sent la colère monter, voit une pointe d’espérance avant que tout s’écroule et recommence…. C’est la réalité, la vie là-bas, mais aussi ailleurs…. Inscrit dans un contexte crédible, ce roman bouscule, bouleverse, prend aux tripes …  Une réussite !

"Un cursif ABC 26 poèmes dans la caboche d’une élève de CP" de Jean-Baptiste Verrier

 

Un cursif ABC
26 poèmes dans la caboche d’une élève de CP
Auteur : Jean-Baptiste Verrier
Illustrateur : Pierre François Rault
Éditions : du Volcan (8 novembre 2022)
ISBN : 979-1097339500
80 pages

Quatrième de couverture

Un cursif ABC, sous-titré 26 poèmes dans la caboche d’une élève de CP, fait du quotidien de millions d’écoliers âgés de 6 à 7 ans le sujet d’un recueil de poésie. Les poèmes rendent un hommage appuyé à l’apprentissage de la lecture et de l’écriture. Ils célèbrent également les moments de vie inimitables de cet âge : les premiers « meilleure copine et meilleur copain », les confidences durant les récrés, le retour chez soi le soir auprès des parents… En une année de CP et 64 pages, on apprend bien des choses sur nos affreux et gentils gamins.

Mon avis

Dans la préface, écrite par Nathalie Duclos, une phrase de Paul Éluard est citée : « Il y a des mots qui font vivre. ». Le ton est donné….

Dans ce livre, chaque lettre de l’alphabet est révisée. Page de gauche un dessin en noir et blanc, la lettre, espiègle, s’échappe, se courbe, se penche… Chacune est mise en scène, parfois avec quelques mots qui font rire ou sourire. Les tracés semblent être faits à l’encre de Chine. C’est fin, aérien, tout doux…

Page de droite, un poème….. En lien avec l’école, les élèves, leurs questions, leurs gribouillis, leurs chamailleries etc… et avec un rappel de la lettre qui est en face (on est bien d’accord : K comme Kanard….)

L’écriture est légère, exquise, délicate. Les mots dansent, se figent, se posent, s’évadent… On les suit sur la feuille, on va à la ligne pour lire le vers suivant (pas le ver luisant…). Tout s’enchaîne sans fausse note, pour nous faire rêver… Ce sont des écrits à hauteur d’enfants. On y trouve de l’émotion, de la naïveté….

La poésie de la lettre L est ma préférée ;-) je lis des livres, tu lis des livres…

Ce petit recueil a du charme, les illustrations renforcent l’aspect poésie, complètent à merveille les textes. L’auteur et l’illustrateur sont doués !

C’est une lecture plaisir comme je les aime.