"Façons de dire, façons de faire" d'Yvonne Verdier

 

Façons de dire, façons de faire
La laveuse, la couturière, la cuisinière
Auteur : Yvonne Verdier
Éditions : Gallimard (11 Décembre 1979)
ISBN : 978-2070282463
390 pages

Quatrième de couverture

Un même fil parcourt, à Minot, la tresse que forment les propos, les gestes et les fonctions des femmes. Il est fait des particularités de leur corps. Façons de dire et façons de faire se relaient et s'éclairent mutuellement pour dessiner une sphère de représentations et d'actions qui appartient en propre au monde féminin. Au coeur de ces représentations apparaît avant tout le rapport privilégié des femmes avec le temps ; chacune en prend la mesure par la périodicité de son corps, alternance qui la relie aux grands rythmes cosmiques.

Mon avis

Le village de Minot a été observé plusieurs fois, entre 1968 à 1975, par des femmes ethnologues, professionnelles de terrain.

Yvonne Verdier a choisi de porter son étude sur le rôle des femmes dans le monde rural, à l’époque choisie. Elle s’est aperçue qu’elles se retrouvaient souvent à avoir des fonctions précises dont trois principales : coudre, cuisiner, aider. Trois fonctions, trois positions dans le groupe, dans cette mini société. Pourquoi ?

« Un même fil parcourt la tresse que forment propos, gestes et fonctions féminines, celui, physiologique, des particularités de leur corps. Façons de dire et façons de faire se relaient et s’éclairent mutuellement pour dessiner une sphère de représentations et d’actions appartenant en propre aux femmes. »

Cet essai montre comment tout s’entrelace, lorsque les femmes agissent. On découvre également l’organisation de la vie en communauté, la place de l’homme et comment ont évolué les liens, les tâches de chacun-ne.

Pourquoi lorsqu’une femme avait ses règles, était-elle considérée comme portant des « fonctions négatives » ? Pourquoi se méfiait-on des rousses ? Pourquoi mettait-on à part les femmes enceintes et quid de la place de l’homme le jour de l’accouchement ?

C’est un livre très intéressant, avec des témoignages, des comptes-rendus, des réflexions de l’auteur qui analyse, réfléchit et retransmet ses déductions suite à ce qu’elle a vu.

Ce n’est pas une lecture ordinaire mais elle vaut le détour car on comprend mieux comment les relations étaient instaurées pendant cette période.


"Second plan" de Baptiste Deyrail

 

Second plan
Auteur : Baptiste Deyrail (textes et dessins)
Éditions : Jarjille (15 mai 2024)
ISBN : 9782493649225
20 pages

Quatrième de couverture

Sous bock est une collection des éditions Jarjille.
Second plan est le numéro 29 de la collection.

Mon avis

Second plan, c’est une histoire d’acteur. Un homme, une femme, dans un bar à l’ancienne. On sent la tension entre eux et le dialogue est difficile.

Pour bien réussir à dire son texte, pourtant court, Monsieur a des exigences, il ne peut pas boire n’importe quoi, alors le jus de pomme censé représenté de l’alcool, il n’en veut pas. Forcément, ça traîne en longueur… et la dispute approche …

Les dessins sont des monotypes. Une technique d’estampe. C’est en noir et blanc, le trait de crayon est écrasé et les aspérités sont « absorbées ». Cela donne des images magnifiques en ombre et lumière (mais pas forte, plutôt estompée). Les attitudes et les visages sont expressifs. Le fond est souvent dans les tons de gris et les bulles sur fond blanc se détachent, avec les quelques mots échangés par les protagonistes.

Ce livre est tout petit (format d’un sous bock bien entendu), il a peu de pages et pourtant, l’auteur réussit à installer une atmosphère. On a vraiment le sentiment d’assister à la scène en « direct » et je me sentais presque prête à intervenir et à dire à ce type qui se la pète « Et maintenant, ça suffit ! ».

Les croquis sont vraiment très beaux et ils magnifient le contexte. Un bel objet livre à glisser sous le sapin ou à s’offrir !



"L'Arabe du futur - Tome 4 : Une jeunesse au Moyen-Orient, 1987-1992" de Riad Sattouf

 

L'Arabe du futur - Tome 4 : Une jeunesse au Moyen-Orient, 1987-1992
Auteur : Riad Sattouf (texte et dessin)
Éditions ‏ : ‎ Allary (27 septembre 2018)
ISBN : 978-2370731258
290 pages

Quatrième de couverture

Ce livre raconte l’histoire vraie d’un adolescent de moins en moins blond, de sa famille franco-syrienne et du coup d’Etat de son père.

Mon avis

Dans ce quatrième tome, on continue les chapitres des albums précédents et on commence au numéro 17. Il faut vraiment les lire dans l’ordre.

Riad et ses deux petits frères sont installés en Bretagne. La mère, malade, est soignée à l’hôpital et la fratrie est perturbée, heureusement les grands-parents sont là. Le père fait des allers-retours entre le France et l’Arabie Saoudite où il enseigne et fait soi-disant fortune, même s’il envoie très peu d’argent à sa femme.

Le fossé est de plus en plus profond entre les deux parents. Ils se disputent et chacun essaie de transmettre ses convictions et sa culture. Pour le père, la religion prend de plus en plus de place, ses idées sont très arrêtées, sans nuance et sans possibilité de dialogue.

Pendant les repas de famille, le papa a un regard critique, une attitude hautaine, comme s’il était le seul sage à table.

« Comme s’il se tenait au milieu du péché absolu … et que par sa rectitude et son exemplarité…il nous faisait silencieusement la morale. »

On sent bien que les relations se tendent dans le couple, que chacun reste bloqué et qu’il n’y a plus de communication car le paternel est de plus en plus rigide. Riad grandit et avec ses yeux de collégien, il comprend beaucoup de choses. D’album en album, on voit son regarde qui évolue, qui se fait plus sagace.

Toujours aussi intéressant, cette lecture est fascinante.


"Les âmes féroces" de Marie Vingtras

 

Les âmes féroces
Auteur : Marie Vingtras
Éditions : L’Olivier (19 Août 2024)
ISBN : 978-2823621020
272 pages

Quatrième de couverture

Leo n’est pas rentrée et le printemps s’entête dans sa douceur. Leo ne reviendra pas. La shérif Lauren Hobler découvre son corps au milieu des iris sauvages. Autour de la mort soudaine d’une jeune fille, Les Âmes féroces tisse plusieurs destinées. Pour élucider un mystère, mais lequel?? Celui de Leo, peut-être, et de ses silences. Celui de Lauren, coincée dans une petite ville qui ne la prend pas au sérieux. Il y a aussi Benjamin, Seth et les autres… Les gens de Mercy, qui pensent tous se connaître et en savent si peu sur eux-mêmes.

Mon avis

Leo, jeune adolescente est morte. Que s’est-il passé dans ce village de 3974 habitants moins un maintenant ?

Quatre parties, quatre saisons et dans chacune, un personnage lié à ce drame s’exprime. L’écriture s’adapte au narrateur qui va au-delà des apparences et nous plonge dans les tréfonds de l’âme humaine.

Il y a la shérif, une femme, lesbienne de surcroit, elle partage ses difficultés professionnelles et personnelles, le début de son enquête. Ce sont les prémisses, le printemps. Elle doit prévenir le père.

« Il fallait que je prévienne son père avant qu’un voyeur quelconque s’en charge, avide d’assister en direct à ce moment où tout bascule, ce moment où plus rien ne sera jamais comme avant, les choses privées de goût, le ciel sans éclat et votre vie subitement dépourvue de sens. »

Puis, c’est le professeur, qui raconte pourquoi il est venu ici, son passé et ce qu’il a mis en place avec ses élèves dont Leo. Après, c’est la meilleure copine, celle qui a reçu les confidences, qui en sait peut-être plus que ce qu’elle dit. Et pour conclure, l’hiver du père, le froid du cœur quand on a perdu son enfant unique… Chaque style est percutant, chaque texte nous renvoie les questions du rédacteur, ses souffrances, ses errances.

Mercy est une bourgade sensée être calme et cet événement bouleverse toutes les certitudes. Finalement est-ce que tout ne serait pas qu’apparence ? On se sent enclin à penser que personne n’est digne de confiance, que le mensonge gangrène et a gangréné les rapports humains de ce coin d’Amérique où rien ne semble définitivement acquis.

 Les quatre points de vue comme quatre éclairages d’un même fait, se complètent, s’emboîtent. On s’aperçoit que chaque protagoniste qui prend la parole avait quelque chose à cacher, des failles…. C’est un excellent roman offrant une « peinture » humaine d’une cité pas si banale que ça….

"Camille Verhoeven - Tome 1 : Travail soigné" de Pierre Lemaitre

 

Camille Verhoeven - Tome 1 : Travail soigné
Auteur : Pierre Lemaitre
Éditions : du Masque (5 Avril 2006)
ISBN : 978-2702433621
533 pages

Quatrième de couverture

" Il y a eu meurtre à Courbevoie... ". Message bien laconique pour un crime aussi épouvantable. Camille Verhœven comprend très vite que dans cette affaire les explications rationnelles seront inopérantes. Et il a raison. Parce que les crimes illogiques, horribles, gratuits, vont se succéder, que la presse va très vite se déchaîner contre la " méthode Verhoeven ", que le juge Deschamps, le Parquet, le ministre lui-même, n'auront de cesse de le dessaisir de l'affaire pour manquements à la discipline. Et parce que Camille Verhoeven va formuler une hypothèse... à laquelle personne ne veut croire. Une hypothèse hors nonnes. Camille a beau y être habitué, ça agace. Et il va bientôt se retrouver seul face à un assassin qui semble avoir tout compris, tout prévu, tout manipulé.

Mon avis

Est-ce que maintenant pour être un bon enquêteur (dans les romans) il faut être un homme ou une femme totalement atypique ? On a les amoureux de la divine bouteille, ceux qui ont des problèmes avec leur fille, les vieux loups solitaires, l’homme au pardessus et à la pipe et voici que surgit dans mon univers littéraire, le commissaire « Tom Pouce ». Petit mais (très) coriace avec des collègues au caractère bien défini (peut-être un peu trop pour mon goût) : l’avare, le policé bien propre sur lui…
Le décor est vite campé et les différents éléments installés, les liens s’installent petit à petit et malgré quelques ficelles un peu grosses, le lecteur est vite accroché.

Ce qui m’a captivée, ce sont les rapports que ce policier établit avec les autres comme si, finalement, sa taille jouait un rôle important dans ses relations. Dans son approche du tueur, il est également intéressant de suivre son raisonnement mais …..

Si globalement, j’ai trouvé l’idée de base plutôt bien, l’ensemble m’a semblé très « hémoglobine » et pas assez dans la suggestion. C’est dommage car de ce fait, je n’ai pas apprécié à sa juste valeur cette lecture qui a été pourtant très addictive. L’écriture m’a paru très simple, donnant à l’ensemble beaucoup de fluidité mais il manquait un petit quelque chose.

Malgré cet avis mitigé, j’ai enchaîné avec Alex., deuxième de la série du même auteur.


"Élixir" d'Alain Brechbuhl

 

Élixir
Auteur : Alain Brechbuhl (textes et dessins)
Éditions : Jarjille (15 mai 2024)
ISBN : 9782493649218
20 pages

Quatrième de couverture

Sous bock est une collection des éditions Jarjille.
Inspiration est le numéro 32 de la collection.

Mon avis

« Chaque petite parcelle de vie, c’est l’univers tout entier ! »

Cloé se sent seule. Elle a appelé Amane plusieurs fois mais il n’est pas venu. Lorsqu’il arrive enfin, elle lui raconte sa tristesse. Il lui donne un élixir et partage avec elle des réflexions courtes mais profondes.

Dans cette collection des éditions Jarjille, le défi de chaque auteur est de choisir une boisson et de créer une courte histoire autour.

Alain Brechbuhl a choisi de nous entraîner dans un univers de magie avec un gentil personnage original, au regard doux. Comme dans les contes de fée, la boisson est l’élixir.

C’est en noir et blanc, sans case, parfois le dessin est tronqué ou déborde de la page. Le décor est assez épuré, le trait lisse.

J’ai eu le sentiment d’une « fabliette », hors du temps (même s’il n’existe pas ;- ), d’un ensemble empli de tendresse, de délicatesse.

Quand on regarde de près, Amane n’a pas les critères de beauté que l’on connaît habituellement. Et pourtant, il est attachant, il donne envie de l’aimer, de le comprendre.

C’est peut-être ça la morale de l’histoire ? S’apprécier quel que soit notre aspect physique et être là pour l’autre, dans son cœur, pour qu’il se sente aimé ?




"Inspiration" de Philippe Luguy

 

Inspiration
Auteur : Philippe Luguy (textes et dessins)
Éditions : Jarjille (15 mai 2024)
ISBN : 9782493649232
20 pages

Quatrième de couverture

Sous bock est une collection des éditions Jarjille.
Inspiration est le numéro 30 de la collection.

Mon avis

C’est avec des dessins crayonnés en noir et blanc que Philippe Luguy décline son inspiration. Il se met en scène, recevant la demande des éditions Jarjille pour faire ce sous bock. Les idées lui manquent, il cherche, lunettes sur le front, boissons pas loin… La pression augmente de jour en jour et il ne trouve pas mais comme il se raconte, les images s’enchaînent, les textes également.

Tout est empli d’auto dérision, d’humour, de clins d’œil, on prend des fous rires devant ce qu’il écrit.

« …Prendre soin de ses muqueuses…Pour se faire, les imbiber copieusement pour activer les neurones ! »

Suivi de l’inévitable glou glou glou voire reglou glou glou…. On sait bien qu’il exagère mais c’est tellement désopilant !

Il n’y a qu’un personnage (l’auteur) mis en scène, principalement à sa table de dessin. On pourrait se dire que ça va être un peu léger. Et bien, il n’en est rien !

Il nous partage les affres de la page blanche, les idées qui fuient, la peur de ne pas tenir le délai imposé… C’est expressif (les visages entre autres), drôle, bien pensé, « enlevé ». Cela m’a beaucoup plu !