Mogador
Auteur : Richard Canal
Éditions : du Caïman (20 Septembre 2025)
ISBN : 978-2493739292
334 pages
Quatrième de couverture
Le Mogador, un hôtel délabré sur la côte sénégalaise. Les
propriétaires, Sarah et Patrick, un couple français à la dérive, sont harcelés
par le fisc. Pour seul client, Pierrot, un tueur à gages exfiltré après un
contrat en Italie. Mais lors d’un passage à sa banque, Sarah réalise qu’on
pourrait facilement la braquer...
Mon avis
Sarah et Patrick ont quitté la France. Ils sont installés au
Sénégal, sur la côte, où ils gèrent un hôtel, le Mogador. Pour eux, un moyen de
faire fortune ou, à défaut, de vivre au soleil, de se la couler douce avec des
revenus réguliers. Un rêve caressé, seulement caressé… Car pour réussir, il
faut des clients et pour l’instant, il n’y en a qu’un, avec un bel arriéré de
paiement. Il s’appelle Pierrot et dès qu’on fait sa connaissance, on sent qu’il
n’est pas net. Est-il venu se cacher ? De qui ? De quoi ? Les rares appels
qu’il passe (à la poste, pas de cellulaires dans ce récit) ne lui apportent pas
satisfaction. Au Mogador, il se fait discret. Pour le couple de gérants, il
faut trouver de l’argent, pour leur client également … Une association de
malfaiteurs en perspective ?
Samba Ndieye est inspecteur de police. Son « terrain de
chasse » c’est Pikine, la face noire de Dakar. Drogue, misère, chômage, SIDA,
ceux qui résident dans ce coin sont sans illusions …. Ils ne vivent pas, ils
essaient de survivre, de s’en sortir comme ils peuvent, parfois en dealant.
Belle occasion pour ceux qui font régner la loi de faire de bonnes pioches,
assez facilement, et peut-être en se servant au passage. Il faut faire
attention car chez les trafiquants, il arrive que la tête soit quelqu’un de « respectable
» et s’attaquer à trop fort est dangereux …
Quel que soit le lieu où le regard se porte, l’argent
manque. C’est un pays où plus rien ne sourit aux hommes, où les choix sont
difficiles et sont rarement les bons. Mais que faire ? Tenter de sauver ce qui
peut l’être ? À quel prix ?
Il y a une atmosphère totalement palpable dans ce roman. On
perçoit la moiteur, les bruits, la sueur aigre, la poussière. Tout cela nous
imprègne. Les personnages également. Ils ont un côté désenchanté qui m’a
beaucoup plu. Ils voudraient tous forcer le destin, vivre autre chose mais
c’est compliqué. Personne ne maîtrise totalement son destin. J’étais totalement
dedans, ressentant chaque émotion, visualisant chaque scène. Comme un film en
noir et blanc se déroulant sous mes yeux, avec une forme de désespérance, je
regardais ces petits blancs un tantinet arrogants, persuadés de leur pouvoir et
de leur puissance. Et à côté, les autres qui ne savent pas comment s’en sortir.
Les rapports humains ne peuvent pas être fluides dans ce récit. Les
protagonistes traînent des « casseroles », des non-dits, des cachotteries, leur
passé est lourd, leur présent difficile, quant à leur avenir, il semble bien
obstrué ….
Richard Canal a vécu en Afrique. C’est sûrement pour cela
qu’il évoque avec réalisme le quotidien des habitants. Il parle de la fracture
sociale entre ceux qui sont venus avec des moyens financiers importants et ceux
du cru qui galèrent tous les jours et vivotent. Son écriture est brute, sans
fioriture. De temps à autre, une pointe d’humour se glisse devant une situation
cocasse ou une remarque. Il y a même quelques lignes poétiques glissées dans le
texte pour se poser, espérer ou croire à un autre futur.
Malgré sa noirceur, j’ai beaucoup aimé cette lecture.
J’avais déjà voyagé aux Etats-Unis avec l’auteur, j’ai apprécié qu’il m’emmène
ailleurs ! Et je veux bien le suivre encore !




















