"Les jardins perdus" de Rouda

 

Les jardins perdus
Auteur : Rouda
Éditions : Liana Levi (28 Août 2025)
ISBN : 979-1034910984
224 pages

Quatrième de couverture

Juillet 2023. Les Jardins perdus se remettent à peine des émeutes qui ont secoué toute la France. Au milieu des cendres et des barricades, la disparition de Martin Chevallier pourrait presque passer inaperçue. Face à l’inaction de la police, seul son grand frère Zac s’active pour le rechercher. Il espère de tout son cœur qu’il s’agit juste d’une histoire d’amour, d’une passade. Mais dans le quartier, il sent les regards sur sa nuque et entend bruisser la rumeur : Martin aurait rejoint un groupuscule d’extrême droite. Comment son petit frère, son meilleur ami, aurait-il pu passer de « l’autre côté » ? Lui qui est si fier de sa banlieue, qui n’a pas perdu son âme d’enfant et passe des heures à écrire dans sa chambre. Pour le retrouver, Zac emprunte le même chemin que lui, quitte à se perdre à son tour dans la nébuleuse fasciste. Il ne pourra compter que sur ses souvenirs pour tenter de comprendre ce frère à la dérive.

Mon avis

Les mots ont leur importance. Chez nous, c’est souvent ce qu’il reste de plus précieux.

Ils habitent une cité dans le 93 avec leurs parents. Zac est l’aîné (23 ans), Martin plus jeune de deux ans. Au cœur des Jardins Perdus, dans une des tours au nom d’écrivain, peut-être parce que ça fait plus classe de dire « j’habite la tour Balzac » …..

Dans cette famille, petit à petit le silence s’est installé, on échange moins, chacun fait sa vie dans son coin. Mais on se donne des nouvelles, au moins par texto. Pourtant, depuis plusieurs jours, Martin n’est pas rentré et n’a pas communiqué. Il est majeur alors …. Il a le droit de disparaître, de ne rien dire …

Zac se renseigne auprès des copains, des voisins. Lui, il a été en stage loin pendant quelque temps, il a un peu perdu de vue son frangin. Certains disent qu’il aurait fait ami-ami avec des gens d’extrême-droite. Comment est-ce possible ? Ça ne lui ressemble pas. Que faire ? Zac décide de marcher sur les traces de Martin. C’est un moyen pour mieux cerner qui il était, pour s’approprier ses pensées, ses rêves et le ramener à la maison …

Avec des retours en arrière, on comprend que ces deux-là n’ont pas grandi au même rythme, avec les mêmes envies, les mêmes désirs.

« Grandir c’est aussi apprendre à s’enfuir, c’est fendre l’air sans se faire rattraper. »

Martin était en délicatesse avec l’école, pas forcément motivé, mal accompagné, pas écouté …. Alors écrire est devenu son moyen d’expression, il noircit des feuilles, qui sont intégrées au récit (Rouda, j’ai pensé à Éluard et Liberté pages 55/56 😉. Elles révèlent ses pensées, son mal-être, son cheminement ….Dans sa chambre, il n’a jamais rien jeté de ce qui le compose, comme si tout ce qu’il garde le construisait, année après année…

En cherchant Martin, en mettant ses pas dans les siens, Zac entrevoit ses motivations, ce qui l’a entraîné l’ombre, ce qui a fini par le noyer, l’envahir, ne lui laissant plus le choix…. Lui, il doit être vigilant, ne pas se faire « contaminer », garder son libre-arbitre, sa liberté de pensée mais que c’est difficile ….

Ce roman est d’une grande justesse. Explorant la place des réseaux sociaux, les groupuscules qui agissent et séduisent dans l’ombre, les discours qui endorment et semblent faits uniquement pour vous, Rouda a rédigé un texte d’un réalisme aigu, digne d’un reportage. J’avais le ventre serré, les mains moites en observant les actes de certains qui profitent de la fragilité de la jeunesse.

Les personnages sont bien ciblés, présentés tant physiquement que moralement, on les « sent », on les « voit ». Leurs rapports et les dialogues sont édifiants et nous en apprennent beaucoup sur les liens qu’ils entretiennent.

On ne devrait jamais minimiser les appels au secours des jeunes qui se cherchent, qui perdent pied. On les croit forts, costauds mais sous leur carapace, ils sont fragiles, et tout petits.

Rouda a une écriture en forme de punch line, Il adapte son phrasé à celui qui s’exprime. Il glisse des poèmes, des textes qui enchantent le lecteur par leurs mots rythmés, cadencés, chantés, slamés … Il nous touche au cœur, à la tête, car il sait comment nous émouvoir …

Ce recueil est une peinture d’une partie de la société en dérive, un cri d’alarme mais également une histoire d’amour entre deux frères. Magnifique !

NB : une bande son est proposée pour accompagner la lecture !


"Chasseurs d'été" de Soufiane Khaloua

 

Chasseurs d’été
Auteur : Soufiane Khaloua
Éditions : Agullo (28 Août 2025)
ISBN : 978-2382461419
276 pages

Quatrième de couverture

Bloignes, son canal, sa passerelle, sa vie paisible...
Ramadan a 7 ans lorsqu'il emménage dans le quartier Saint-Exupéry, coincé entre le chemin de fer et le canal. Il est encore émerveillé par cette rue aux maisons flambant neuves et parfaitement identiques lorsque Nelson, jeune blondinet à la coupe au bol, débarque dans sa vie pour la bouleverser à tout jamais. Ensemble, ils font les quatre cents coups jusqu'à ce que la vie les sépare et n'emmène Dan de l'autre côté de la passerelle, du côté des privilégiés. Nelson est vite remplacé par Paul, Max et Julien, avec qui il occupe quotidiennement la place de la Mairie, mais surtout l'exubérant Naka, qui vient à nouveau tout chambouler, pour le meilleur et pour le pire.

Mon avis

Ramadan, dit Dan, a sept ans quand il arrive dans le quartier Saint-Exupéry. Avec ses yeux d’enfant, il observe. Il se lie avec ceux de son âge et des amitiés se construisent. De l’autre côté de la passerelle, il y a les privilégiés. Ceux qui vont dans un établissement scolaire plus coté… Mais Dan ne s’attache pas à ces détails, il est heureux avec ses copains et a encore un regard neuf. Petit à petit, il cerne les codes de la cité. Sa mère le prévient : pas d’embrouille sinon tu seras facilement accusé… Son père est souvent absent à cause de son travail. Alors il grandit avec deux femmes : sa sœur et sa mère. Les liens se nouent, se dénouent, c’est selon le cours de la vie… Le temps passe …

Avec ses potes, il voudrait être chasseur d’été, je ne donne pas la définition, je laisse les futurs lecteurs la découvrir mais qu’est-ce qu’elle est belle ! Et puis, un jour, il va habiter de l’autre côté de la passerelle… Peut-il garder des amis des deux côtés ? Ce sont deux mondes si différents… Va-t-il trouver sa place là-bas aussi ? Sera-t-il accepté ? Comme il est ?

On découvre l’enfance de tous ces jeunes, leur adolescence, ce qui les porte, ce qu’ils aiment partager ou pas. Les inévitables difficultés qui modifient l’approche, le regard. Les bêtises, les bons moments, les coups durs, tout ce qui anime leur quotidien …

Le ton est très juste sans doute parce qu’il y a une part de vécu et que l’auteur a mis beaucoup de lui dans ce récit.

L’écriture est fine, agréable. Il manque un petit quelque chose pour que ce livre ait une dimension supplémentaire mais ça reste une lecture plaisante, réaliste et très vivante.

PS : J’aime beaucoup la couverture !

"L'étrange tumulte de nos vies" de Claire Messud (This Strange Eventful History)

 

L’étrange tumulte de nos vies (This Strange Eventful History)
Auteur : Claire Messud
Traduit de l’anglais 5canada) par France Camus-Pichon
Éditions : Christian Bourgois (28 Août 2025)
ISBN : 978-2267055191
530 pages

Quatrième de couverture

Juin 1940, Paris tombe aux mains des Allemands. Gaston Cassar décide de rester à son poste d'attaché naval à Salonique et de renvoyer sa femme Lucienne et leurs enfants, François et Suzanne, en Algérie pour les mettre à l'abri. Mais pour cette famille pied-noir, survivre à la guerre ne signifie pas d'en être épargnée. Les Cassar vont vivre ballotés par les événements de l'Histoire, sans jamais vraiment s'ancrer nulle part après leur départ de l'Afrique du Nord. La famille sera toujours séparée par un océan.

Mon avis

Librement inspiré par la vie de sa propre famille, Claire Messud a construit un roman fort parcourant trois générations. On suit les différents membres de pays en pays, de période en période. Ce n’est pas linéaire, il peut y avoir des sauts de puce qui nous permettent de retrouver un même personnage quelques années plus tard, sur plusieurs jours ou semaines. L’Histoire y tient une grande place, elle avance sans se préoccuper de chacun. Certains événements affectent le quotidien, obligeant l’un ou l’autre à s’éloigner d’un lieu, à prendre une décision, un peu forcée ou pas.

Ce récit est puissant, intéressant, vivant, captivant. On réalise que ce que l’on pense être nos choix, ne sont parfois que les seules options disponibles. Est-ce qu’on se donne l’illusion du choix pour mieux accepter ce qu’on ne peut pas changer ?

De 1940 à 2010, on accompagne Gaston et sa femme, leurs enfants et petits-enfants. Quelle que soit la génération, ils ont souvent dû partir, ailleurs, pour des tas de raisons. Ils n’ont jamais pu planter leurs racines quelque part, avoir un chez soi, un chez eux, fixe, tous ensemble. Il y en a toujours un, ou une, qui manque à l’appel, qui est loin du groupe familial. Et on sent, en filigrane, cette interrogation qui hante la plupart d’entre eux : c’est quoi un foyer ? À quoi ça sert, est-ce que ça aide à grandir, mieux, bien, avec un bon équilibre ?

« Et, de manière plus pressante, sans lui sur place -lui qui m’avais assuré, quand j’étais jeune, que seule la famille comptait, que la famille était, pour les nomades certainement, pour ceux dépourvus de pays, un chez soi-, qui étions nous ? »

Décliné en plusieurs parties, avec des chapitres où les narrateurs diffèrent (allant de la première à la troisième personne du singulier), avec un style et un phrasé adaptés (parfois à hauteur de l’enfant qui observe), ce texte est d’une immense virtuosité. C’est remarquable d’avoir réussi ce tour de force de mettre en lumière certains faits plutôt que d’autres. Ils éclairent les relations, les liens, le vécu de ceux qui sont présentés.

J’ai énormément apprécié que les angles de vue ne soient pas toujours le fait d’une même personne. L’intérêt pour cette lecture en est ainsi décuplé. Les ressentis sont variés mais tous très forts, porteurs de sens pour celui ou celle qui les expriment. Les caractères de chaque individu sont précis, expliqués par leur passé, leur présent, ce qu’ils envisagent, comme leurs réactions, qu’on peut comprendre ou pas mais qui sont analysées avec finesse. On pénètre dans l’intimité de cette famille, mais on ne se sent jamais voyeur, on a vraiment le sentiment d’être à leurs côtés, proches d’eux, sans les gêner outre mesure. C’est un panorama, notre regard s’élargit de plus en plus, il va plus loin (en temps, en lieu). Au départ, centré sur le couple Gaston-Lucienne, on prend du recul, pour voir les lieux, les faits historiques, leurs influences et ce qu’il en résulte. On observe l’évolution de ces hommes et de ces femmes, façonnés par ce qu’ils vivent, les questions qui les envahissent, pour lesquelles ils et elles veulent des explications.

Ce livre est très riche, très profond, ils explorent le couple et les liens entre enfants et parents à travers l’Histoire qui se croise dans de nombreux pays, tous avec leurs coutumes, leur façon de vivre, des lieux où il faut faire sa place, s’intégrer. On voit tout ce qui porte l’amour familial, affiché ou pas, tu ou pas, les compromis, les non-dits, les discussions ouvertes ou fermées, les forces et les faiblesses cachées ou pas, tout ce qui construit les êtres humains…

L’écriture est belle, plaisante, dire que c’est bien fait, bien pensé n’est pas suffisant. C’est tout simplement magistral ! Une belle réussite !

NB 1 : L’auteur explique la genèse de cet opus, c’est un plus indéniable. Son grand-père avait écrit ses mémoires et en les découvrant, elle a eu envie de s’en servir.

NB  2 : Le prologue est magnifique, les premières phrases sont bouleversantes !


"Papillon de nuit" de David Belo

 

Papillon de nuit
Auteur : David Belo
Éditions : Taurnada (15 Mai 2025)
ISBN : 978-2372581530
308 pages

Quatrième de couverture

Tiffany Malcom, photographe, travaille occasionnellement pour la mairie d'Opatoma. Alors qu'elle couvre la fête annuelle en l'honneur du père fondateur de la ville, Lily, sa fille de 7 ans, disparaît. Depuis ce jour, inconsolable, c'est une lente agonie pour la jeune femme, entre drogues en tout genre et scarifications… Lorsque son dealer lui propose une nouvelle substance, Tiffany n'hésite pas longtemps. Durant son trip, elle se retrouve propulsée dans les années 1800, où sévit un redoutable et mystérieux kidnappeur d'enfants… Aussi improbable que cela puisse paraître, la photographe est peu à peu persuadée qu'il s'agit de l'homme qui a enlevé sa fille ! Mais où se trouve la frontière entre hallucination et réalité ? Comment démêler le vrai du faux sans perdre la raison ?

Mon avis

J’ai terminé ce roman depuis quelque temps mais j’ai mis longtemps avant de rédiger mon avis. À vrai dire, je ne savais pas vraiment comment en parler sans trop en dire, sinon tout est gâché mais en en disant suffisamment pour qu’on comprenne de quoi il retourne.

Le récit qui oscille entre passé, présent, réalité et fantastique, est dans un premier temps, assez déroutant, et presque troublant. Opatoma est une ville imaginaire des Etats-Unis. Elle a un père fondateur, qu’on fête chaque année. Tiffany Malcom est d’ailleurs photographe officiel pour cet événement. Ce jour-là, sa fille adorée, qu’elle élève seule, échappe à sa surveillance et elle disparaît. Pour Tif, c’est un tsunami, elle ne s’en remet pas et elle sombre. La drogue, les blessures qu’elle s’inflige, la douleur pour oublier … et s’oublier ….

Elle s’aperçoit que lorsqu’elle est sous substance, elle voyage dans le temps et se retrouve dans les années 1800 la première fois. Elle ne sait pas si c’est vrai ou si son esprit embrumé lui joue des tours. Ce qui est sûr, c’est que ce qu’elle vit, ce qu’elle voit, elle le ressent dans son corps. Dans ces retours en arrière, des personnages de son quotidien semblent être là, avec d’autres noms (attention à ne pas s’embrouiller en lisant). Elle a le sentiment d’avoir le moyen de résoudre l’enlèvement de sa fille.

Elle obtient des indices mais comment convaincre ceux qu’elle côtoie de sa bonne foi ? Son équilibre psychique paraît si fragile, elle est toujours prête à flirter avec les limites, à aller au-delà du possible et du raisonnable. Elle dérange, elle détonne.

Autour d’elle, une mère instable, un père absent, un policier qui essaie de la cerner, une adjointe qui fait de son mieux pour organiser son emploi du temps, maintenir les clients… C’est un peu « la garde rapprochée » mais d’autres gravitent également.

C’est une battante, un peu perdue, parfois complètement paumée mais volontaire. Sa force c’est de ne jamais baisser les bras quelle que soit la période où elle est. Mais quelques fois, elle m’a exaspérée, car j’aurais voulu qu’elle agisse d’une autre façon ! Prend-elle assez de recul ?

David Belo aime cet univers qui déstabilise, qui interroge, qui se démarque. Il adapte son phrasé au contexte, à l’époque. Le lien établit avec le papillon sous plusieurs formes est intéressant, bien réfléchi. J’ai eu quelques fois l’impression qu’il voulait nous transmettre plein d’éléments, presque trop. J’aurais préféré que, de temps en temps, ce soit plus « épuré », j’ai ressenti quelques longueurs.

Mais le texte est puissant. L’atmosphère nous prend aux tripes, c’est noir, violent, on ne sait qui croire, que croire. Tiffany est fragile et forte à la fois, elle puise au fond d’elle-même tout ce qu’elle peut par amour pour sa fille. Quand elle s’effondre, elle en est consciente et comme le noyé au fond de l’eau, elle donne un coup de pied pour remonter et lutter encore. C’est tellement immersif qu’on sort vidé de cette lecture. Et ça, chapeau (mais pas un tricorne ; -)

"Peau d'ourse" de Grégory Le Floch

 

Peau d’ourse
Auteur : Grégory Le Floch
Éditions : Seuil (22 Août 2025)
ISBN : 978-2021585612
240 pages

Quatrième de couverture

Mont Perdu a des rêves qui ne sont pas ceux de son village des Pyrénées encore aux prises avec des traditions archaïques. L’adolescente, corpulente, lesbienne, victime de harcèlement, trouve refuge auprès des montagnes, les seules qui lui parlent et la comprennent. Et peu à peu, Mont Perdu va se métamorphoser en ourse.

Mon avis

« Je ne suis pas à ma place. Ni dans cette chambre. Ni dans ce corps. »

Voilà, elle l’a dit ou au moins pensé, très fort, car c’est une taiseuse Nina, elle ne parle pas ou peu. D’ailleurs Nina, c’était quand elle était encore une petite fille dans « la norme ». Maintenant, elle est « Mont Perdu », une adolescente mal dans sa peau, lourde, charpentée, lesbienne, moquée des uns et des autres, voire rejetée. Même avec sa famille, c’est compliqué, elle sait bien qu’ils ne peuvent pas aimer celle qu’elle est devenue, qu’elle devient …Elle n’essaie plus de nouer les liens …

Elle sent bien qu’elle n’appartient pas au monde dans lequel elle évolue, ce n’est pas le sien, elle ne peut pas être épanouie.  Son mal-être nous interpelle, nous bouscule. Ça nous secoue quand on lit ses confidences, qu’elle balance sans tabou. Quelles solutions a-t-elle pour se sentir mieux ?

Son évolution, loin des clichés, est très intéressante. La communion avec la nature (qui est "vivante" et tient une place particulière dans le récit) se renforce au fil des pages. Elle fait corps avec les montagnes. D’ailleurs lorsqu’elle se glisse dans une grotte, c’est comme un peau à peau.

Différents sujets sont abordés par l'intermédiaire de cette histoire mais ce n’est pas une approche classique et déjà vu. Alors ça peut plaire ou pas, mais c’est remarquable.

La grande force de ce récit et ce qui fait qu’il se démarque, c’est qu’il commence comme une histoire ordinaire (d’adolescente harcelée, qui se « cherche ») et se transforme au fil des pages. Il devient conte, fable, texte surnaturel (mais superbement dosé sans trop en faire ni trop peu)…. C’est un univers particulier, très riche en images … Mont Perdu choisit sa vie, elle mue pour être heureuse ….

L'écriture est brute, le style sans fard, porté par une certaine forme de poésie. C'est très beau, émouvant, original.


"Si Rome meurt" de Renaud Rodier

 

Si Rome meurt
Auteur : Renaud Rodier
Éditions : Anne Carrière (22 Août 2025)
ISBN : 978-2380823622
290 pages

Quatrième de couverture

Par une nuit de septembre, à Rome, trois amis sortent d’un cinéma. Pietro, Tama et Monica ont en commun d’avoir chacun un parent étranger. Ils plaisantent souvent sur le fait qu’à eux trois ils forment un Italien et demi. Sur la place Colonna, ils croisent une cohorte avinée qui célèbre une victoire : Giorgia Meloni vient de remporter les élections. Pietro, qui a dix-huit ans ce soir, se soucie peu de politique. Sa seule obsession est le court métrage qu’il doit réaliser pour l’examen d’entrée dans une prestigieuse école de cinéma. Mais devant la fontaine de l’Acqua Paola, il rencontre un clochard qui a d’étranges théories sur l’univers. Un doute gagne Pietro : ce SDF illuminé pourrait-il être son père, un astrophysicien disparu dix ans plus tôt ?

Mon avis

« Qu’on se le dise : à Rome, le temps ne s’écoule pas comme ailleurs. »

2022 : Giorgia Meloni vient d’être élue. À Rome, certains fêtent sa victoire, d’autres non.

Trois jeunes amis sont dans les rues. Pietro, toujours avec sa caméra, comme une prolongation de sa main, de son corps, de son esprit. Il filme, pour ne pas oublier, pour garder une trace, parce qu’il aime ça et qu’il veut aller dans une école de cinéma. Avec lui, Monica, au look gothique, à fleur de peau avec qui peut-être…. et puis Tama, le colosse.

Ils partagent beaucoup ces trois-là, avec pudeur parfois, en essayant de se comprendre car ils sont très différents les uns des autres. Un soir, une rencontre bouleverse Pietro, un clochard illuminé qui s’intéresse à l’univers, qui parle de théorie… Et si c’était son père, astrophysicien, disparu depuis une dizaine d’années ? Pietro lance sa quête, celle d’un jeune pour comprendre qui était son père, savoir qui il était. C’est très fort et bien amené.

Ce roman se démarque par son approche de l’existence. C'est une magnifique réflexion sur la vie, l'influence de notre passé, nos désirs pour le futur, ce qu'on veut, ce qu'on a, comment les rencontres modifient notre "trajectoire".

La place de l'art et du cinéma apporte un autre regard sur les événements décrits et présentés. Les passages "filmés" sont un plus indéniable. Rome tient une grande place, la ville est là, elle bruit, bouge, vit sous nos yeux, avec tous ces habitants, même ceux que certains préfèrent ne pas voir car ils sont moins reluisants.

L’écriture de l’auteur est fine, délicate, douce et imagée. Ce récit est une parenthèse, une belle histoire qu’on découvre en marchant dans les rues de cette cité superbe et en s’imprégnant de l’atmosphère qui y règne.


"Une voisine encombrante" de Shari Lapena (Somehone We Know)

 

Une voisine encombrante (Somehone We Know)
Auteur : Shari Lapena
Traduit de l’anglais (Canada) par Valérie Le Plouhinec
Éditions : Presses de la Cité (12 Mai 2021)
ISBN : 978-2258194724
322 pages

Quatrième de couverture

Aylesford, une banlieue new-yorkaise pleine de charme, offre à ses habitants une qualité de vie exceptionnelle. Pourtant un adolescent y a pris la mauvaise habitude d'entrer par effraction chez ses voisins et de fouiller dans leurs ordinateurs. Lorsque les victimes reçoivent une lettre anonyme à ce sujet, les rumeurs vont bon train et la suspicion monte. Qui est ce visiteur clandestin et où ce sale gamin est-il allé fourrer son nez ? Quand la belle et séductrice Amanda Pierce est retrouvée morte au fond d'un lac de la région, la tension atteint son point de rupture...

Mon avis

Shari Lapena écrit des thrillers domestiques. Ses intrigues se situent dans des quartiers ordinaires, des coins de banlieue où les voisins s’entendent bien, s’entraident, se reçoivent de temps en temps jusqu’à ce qu’un grain de sable fasse dérailler cette belle harmonie qui n’était, peut-être, qu’apparence….

Cette fois-ci, c’est dans la périphérie résidentielle de New-York que l’on fait connaissance avec les différents voisins. La plupart sont en couple, plusieurs ont des enfants adolescents qui vont en classe ensemble. Les maris se côtoient, les épouses aussi, notamment autour d’un club de lecture. Robert et Amanda Pierce sont arrivés depuis peu. Ils ont été invités à la fête des voisins. Lui, un peu en recul, comme s’il observait, elle, plutôt à se montrer, à chercher les hommes… Les compagnes n’ont rien dit mais pensaient bien que cette séductrice était à surveiller.

Alors que tout le monde coule des jours paisibles, la tranquillité n’est plus de mise. Amanda n’est pas rentrée de son week-end shopping avec une amie et son corps est retrouvé au fond d’un lac. N’avait-elle pas une vie dissolue sous une apparence « proprette » ? Des amants ou un mari jaloux qui auraient commis l’irréparable ? De plus, un des ados s’introduit dans les domiciles pour hacker les ordinateurs … A-t-il eu accès à des informations troublantes ?

J’ai trouvé ce récit très bien construit, avec son lot de fausses pistes, de menteurs, de non-dits, d’éléments dont on ne sait s’ils sont vrais ou faux. On voit les familles unies où chacun essaie de protéger les siens, malgré les doutes … Qu’est-ce que la vérité, celle qu’on voit, celle qu’on croit ?  Les gens ne sont pas toujours ceux que l’on imagine et quand on découvre leur vraie personnalité, on est souvent déstabilisée, ne sachant que faire ….

Je me suis souvent interrogée en lisant, jusqu’où peut-on aller par amour ? Comment aurais-je réagi ? Les interrogations des uns et des autres sont bien présentées. L’écriture est fluide (merci à la traductrice), très « grand public », ça se lit vite, c’est prenant, il y a du rythme, des rebondissements…. De plus, les protagonistes se questionnent sur les choix à faire, sur ce qu’ils ont pu rater et on les comprend…

Une lecture efficace et captivante !


"La hideuse" de Reine Bellivier

 

La hideuse
Auteur : Reine Bellivier
Éditions : Christian Bourgois (21 Août 2025)
ISBN : 978-2267055351
192 pages

Quatrième de couverture

À la fin des années 1950, dans un bourg des Deux-Sèvres, Marguerite, mariée et mère de trois enfants, quitte le domicile familial et disparaît sans un mot. Des années plus tard, sa fille enquête pour comprendre les raisons et les circonstances de cet événement qui a marqué sa vie. De la vérité, elle n'a que les bribes qu'on a bien voulu lui confier. Certes, il y aurait eu un autre homme, plus aisé que son père, que sa mère aurait rejoint sur la côte. Mais est-ce bien seulement cela, son histoire ? Et comment vivre libre après avoir tout abandonné ?

Mon avis

Elle s’appelle Marguerite et un jour, elle est partie, laissant un mari et trois enfants en bas âge Laissant, abandonnant, fuyant ? Qu’est-ce qui peut pousser une femme à prendre la route, quitter un époux et trois petits ? Fatigue, lassitude, nouvel amour, envie d’aventure, de liberté ? Étouffait-elle dans un quotidien usant, sans fantaisie ? A-t-elle, eu, subitement, un désir d’autre chose ou cette décision a-t-elle mûri durant de longues semaines ?

La narratrice, sa fille, décide de mener l’enquête (c’est d’ailleurs le sous-titre de ce roman) pour comprendre cette femme, éclairer sa personnalité, peut-être lui redonner une certaine forme de dignité en analysant son besoin de partir, de s’affranchir de cette vie qui ne lui convenait plus, comme si, des années après, elle lui « offrait » la permission d’agir à sa guise.

Elle n’a rien ou presque, quelques bribes de souvenirs (les siens, ceux des autres), quelques photos ou traces écrites…. Autrement dit pas grand-chose et surtout rien de suffisant. Alors elle émet des hypothèses, elle les lance, puis les contredit quelques fois et revient en arrière.

« J’ai arpenté ces derniers jours des chemins qui m’ont aidée à en imaginer bien d’autres. »

Elle s’interroge sur le mariage, le couple, la maternité. C’est quoi être une femme, une compagne, une mère ? Comment peut-on aimer, accompagner, vivre pleinement ?

Ce sont les années 50, après la guerre, les femmes ont souffert et Marguerite a peut-être besoin de découvrir le monde, même si cela se limite à la France. À moins qu’un autre homme ne lui ait dit « Viens, rejoins-moi, je t’aime mais seulement nous deux, pas d’enfants… » Aucune certitude, plusieurs vérités se côtoient. On ne saura pas et c’est mieux ainsi, elle garde sa part de mystère, d’évanescence… C’est elle qui a décidé, sans se justifier et c’est son droit, même si ça fait mal à ceux et celles qui s’interrogent encore …

La narratrice l’interpelle souvent,

« Tu te perds dans l’air vif, ta tête se déploie aux dimensions du ciel, tu te débarbouilles avec les rayons du soleil. »

« Je ne sais plus ce qui m’appartient. Quels souvenirs sont les miens et lesquels sont les tiens, véridiques ou réinventés. »

Décliné en quatre parties, citant souvent en début de chapitres, des extraits de lectures qui font écho aux recherches de celle qui investigue, ce roman atypique est la « peinture » d’une femme qui s’est probablement questionnée, qui a hésité mais qui a choisi sa vie. Qu’est-ce qui lui a donné le souhait du changement ? A-telle eu envie de faire machine arrière, ne le faisant pas par orgueil ? On ne sait pas mais peu importe. Elle est là, vivante, vibrante, dans ces pages où nous la découvrons.

Ce texte, d’une grande sensibilité, poétique, est émouvant, prenant, beau tout simplement. J’ai aimé que la fille ne juge jamais sa mère, qu’elle lui trouve des raisons d’agir comme elle l’a fait, qu’elle la « reconnaisse » dans sa différence, dans sa façon d’être, pas forcément dans la norme de l’époque mais en toute « liberté ».

Un livre d’une immense délicatesse, à lire pour entendre tout ce qui bruit entre les lignes …


"Partout le même ciel" d'Hajar Bali

 

Partout le même ciel
Auteur : Hajar Bali
Éditions : Belfond (21 Août 2025)
ISBN : 978-2714404909
324 pages

Quatrième de couverture

Algérie, années 2010. Wafa et Adel habitent Alger. Ces deux adolescents s'aiment d'un amour farouche et ardent. Chaque jour, ils tentent d'inventer leur vie, tiraillés entre désir d'émancipation et loyautés familiales. Un jour, ils rencontrent Slim, en révolte lui aussi, " inadapté " comme eux, ancien prof de fac, quarantenaire misanthrope. Érudit, généreux, il devient leur pygmalion, les initie à la philosophie, au cinéma, à la littérature. C'est un homme blessé pourtant, lui-même égaré, qui s'est fixé une mission, celle de sauver ces " enfants ". Ces trois-là vont nouer une relation fusionnelle, presque mystique. Entre révolution intime et révolution politique, et si se traçait là leur chemin vers la rédemption ?

Mon avis

Ce roman, délicat et subtil, est La "peinture" d'un pays (l'Algérie) qui hésite entre modernisme et tradition (on est en 2010). Une étude de l'intérieur notamment sur l'influence de la religion, des coutumes, de ce que décident les anciens qui attendent qu’on respecte leurs décisions.

Wafa et Adel s’aiment et voudraient s’émanciper de leur famille. Ils se questionnent en permanence sur leur vie sociale, leurs difficultés face au manque de moyens de leur famille. Ils se demandent de quoi sera fait leur avenir. On découvre leurs peurs et leurs faiblesses. Ils rencontrent Slim, dans des circonstances atypiques. Un lien se crée, fait d’attirance et de rejet, ils se cherchent, se tournent autour. Leurs échanges sont vifs, emplis de sens.

L’écriture est attractive sans temps mort, Hajar Bali ose dire les choses. Elle nous transmet l’atmosphère de son pays, avec un style tout doux. Ce n’est pas un lieu neutre, il tient une place à part entière. Les personnages sont bien décrits, avec une bonne approche psychologique.

Le rythme tombe sur la fin, c’est dommage. J’ai ressenti un petit coup de mou dans le dernier quart Mais globalement, c’est une belle lecture.

NB : La couverture est magnifique !


"La vocation" de Chloé Saffy

 

La vocation
Auteur : Chloé Saffy
Éditions : Cherche Midi (21 Août 2025)
ISBN : 978-2749180281
272 pages

Quatrième de couverture

L'histoire – vraie ? – d'une femme devenue la propriété d'un couple de grands bourgeois, allant jusqu'à leur offrir la disposition de son corps, métamorphosable à merci. Chloé est auteur de romans érotiques et passionnée par la culture BDSM. C'est la raison pour laquelle une jeune femme, Salomé, la contacte un jour sur Facebook. Elle souhaite, dit-elle, échanger sur ce qu'elle vit depuis sept ans.

Mon avis

Vraie ou pas, cette histoire m’a dérangée et mise mal à l’aise.

L’autrice qui rédige des romans érotiques, a été contactée par une jeune femme. Cette dernière, devenue la « propriété » d’un couple a décidé de se confier. Chloé a essayé de comprendre pourquoi et comment elle en était arrivée là. Pourquoi elle accepte d’être soumise de cette façon, d’obéir etc… 

Il faut dire que les « proprios » n’ont pas de limites. Pour moi, c’est malsain, c’est du non-respect de la personne, ce n'est pas un jouet !

L’écriture est sobre, efficace, le thème se démarque. Mais j’ai trouvé cela très froid, très « clinique ». Pour moi, il y a trop de répétitions dans le sens où tout tourne autour de la soumission contrôlée, voulue.

On ne comprend pas assez ce que ressentent les femmes ainsi « élues », l'aspect mental n'est pas assez exploité. Tout cela reste très factuel avec un manque de recul sur tout ce qui est évoqué.

Bref, une lecture décevante pour moi.


"Le chant du prophète" de Paul Lynch (Prophet Song)

 

Le chant du prophète (Prophet Song)
Auteur : Paul Lynch
Traduit de l’anglais (Irlande par Marina Boraso
Éditions : Albin Michel (2 Janvier 2005)
ISBN : 978-2226481481
304 pages

Quatrième de couverture

À Dublin, un soir de pluie, deux hommes frappent à la porte d’Eilish Stack. Membres d'une toute nouvelle police secrète - le GNSB -, ils demandent à s'entretenir avec son mari, enseignant et syndicaliste, mais celui-ci est absent. Larry se rend au commissariat dès le lendemain, puis disparaît dans des circonstances troublantes. Tandis que le malaise s'installe peu à peu, Eilish voit son quotidien et celui de ses quatre enfants amputés d'une liberté qu'elle tenait pour acquise. Bientôt l'état d'urgence est déclaré, les rumeurs parlent de camps d'internement...

Mon avis

On se croit protégé, à l’abri, on pense que tout ça, ces choses horribles, ces droit bafoués, c’est loin de nous… Et puis, un jour, quelqu’un frappe à la porte et tout bascule…

C’est ce qu’il se passe, un soir chez Eilish et Larry, à Dublin. Elle est microbiologiste, il est prof et syndicaliste (adjoint au secrétariat général du syndicat des enseignants d’Irlande), ils ont quatre enfants, une maison, une vie bien remplie. Il se bat pour les droits des enseignants, c’est normal, c’est son rôle, veiller et agir. Manifester aussi si besoin. Ce n’est pas, encore, interdit…

Mais ce jour-là, des agents de la nouvelle police secrète, dont on ne connaît pas vraiment la mission, si ce n’est qu’elle a été mise en place suite à l’état d’urgence pour le pays afin de gérer la crise, toquent à la porte et demandent à voir Larry. Il est absent, en réunion. Il devra se rendre au commissariat dès le lendemain, sans attendre. Lorsqu’il rentre, cette visite l’interroge. Et le jour suivant, il se rend au rendez-vous. Il apprend, avec stupéfaction qu’il y a eu un signalement contre lui.

« [..]vous vous conduisez comme quelqu’un qui sème la discorde et l’agitation. »

Il doit faire « son examen de conscience » et prouver qu’il suit bien les règles. Lui, il considère qu’il remplit sa fonction de syndicaliste et qu’il exerce ses droits civiques. Le dialogue est impossible et il ne rentre pas chez lui.

Son épouse, ne le voyant pas revenir au domicile familial, se renseigne, se bouge, se bat. Elle doit faire preuve de discernement, ne pas se mettre en danger ainsi que leurs enfants. Mais que faire lorsqu’elle se heurte au silence des autorités ? Elle risque de perdre ses droits, de ne pas obtenir des papiers pour le petit dernier. Elle sent que tout lui échappe, comme si le gouvernement voulait les enfermer, les emprisonner, les étouffer…. Sa situation d’épouse d’un, peut-être agitateur, l’isole. Elle devient paria, rejetée…

En luttant, jour après jour, pour les siens, Eilish réalise que le bonheur se tenait dans des tas de petites choses ordinaires du quotidien, rien que le fait d’être en famille…. Autour d’elle, le monde se fracasse, s’écroule, se délite. L’ordre se détraque, le chaos s’installe… C’est insidieux, au début, on croit qu’il n’y a rien ou presque et puis, les libertés sont grignotées petit à petit, l’étau se resserre, le couvre-feu s’installe, les « zones » de déplacement aussi…

Ce roman parle de ce qui existe dans certains pays où tout est remis en cause et où les habitants doivent choisir entre fuir et tout abandonner pour l’inconnu, ou rester près de leur famille et essayer d’agir, en espérant un mieux.

L’écriture de Paul Lynch est immersive (merci à la traductrice), anxiogène. Le style indirect nous plonge dans l’histoire, nous empêchant de respirer, de prendre une pause. On est au cœur des événements, on a le sentiment de voir, de vivre, ce qui est présenté. On suit la répression, la violence, la peur, les angoisses… On est au cœur des pensées d’Eilish, qui a une période de déni avant de comprendre. Son esprit vagabonde, elle peut faire des incursions dans ses souvenirs puis revenir aussitôt au présent. Elle doit prendre des décisions mais comment savoir ce qui est le mieux ?

Ce récit, terriblement réaliste, bouleversant, est un hommage à tous ces peuples qui luttent dans l’ombre. C’est aussi un rappel à l’ordre pour prendre conscience de notre bonheur et tout faire pour garder notre liberté …. Soyons vigilants.


"Le vol du héron" d'Isabelle Beaujean

 

Le vol du héron
Auteur : Isabelle Beaujean
Éditions : BOD (22 mars 2024)
ISBN : 978-2322524426
254 pages

Quatrième de couverture

Il y a des histoires qui sont prétexte à d'autres histoires... Amzaëll est policière. Une simple fonctionnaire ambitionnant simplement de bien faire son boulot. Et puis un jour, on lui donne l'occasion de faire plus... Un jour où tout, progressivement, va basculer. Au fil d'une seule enquête, c'est toute sa propre vie, marquée par un décès, qui va s'ouvrir à une rencontre, un secret, une folie peut-être... Mais le plus fou, hormis l'énigme policière, c'est que tout est vrai ! TOUT. Même l'impossible. Surtout l'impossible !

Mon avis

D’abord, il y a la couverture avec cette photo magnifique et ce titre mystérieux, superbement calligraphié. 

Ensuite, on rentre dans l’histoire, un départ classique, des policiers enquêtant sur des meurtres commis certains jours sur des individus très choisis … mais rien n’est figé, on le réalise rapidement.

Et puis, il y a l’écriture de l’auteur qui magnifie chaque mot, chaque expression pour les obliger à donner le meilleur d’eux-mêmes. Une atmosphère au cordeau suivant le lieu et les personnages qu’on y croise. On peut passer de l’angoisse à la tendresse, de la curiosité à l’horreur. C’est un subtil mélange des genres dans une unité constante.

Dans l’équipe de police, Amzaëll, une nouvelle recrue qui vit avec sa maman vieillissante. Entre elles, un lien à la fois fort et délicat fait de regards, de silences, de pensées communes, de non-dits aussi. Se confier, trop en dire, est-ce se fragiliser, prendre le risque de se perdre ?

Amzaëll est plutôt affectée aux chiens écrasés, aux petits délits. Pourtant, elle aimerait participer à de grandes investigations, arrêter un tueur en série, résoudre une affaire criminelle. Cela tombe bien, son supérieur l’appelle dans son bureau et lui demande de travailler en binôme avec le capitaine Martinot, un collègue. Il n’a pas l’habitude de partager ses recherches, d’échanger, elle non plus. Il va falloir qu’ils créent un lien ces deux-là, qu’ils s’écoutent, qu’ils parlent de leurs hypothèses, évoquent leurs idées, leurs conclusions.

Si ce roman démarre avec une intrigue que l’on aurait pu retrouver dans un autre livre, ça ne dure pas. Très vite, tout devient différent. On sent le mystère qui s’installe, qui se tisse de pages en pages. On avance sur la pointe des pieds, enveloppé dans une aura énigmatique, où on essaie de discerner le vrai du faux. On le sait pourtant, c’est écrit dans la quatrième de couverture : tout est vrai, même l’impossible…

J’ai aimé cette lecture, à la frontière du réel et de l’imaginaire. Elle m’a emportée dans une ambiance enveloppante, mystérieuse et intéressante. Les protagonistes ont des failles car ils sont humains et je me suis souvent interrogée sur ce qu’ils allaient devenir. On peut tout envisager …

Isabelle Beaujean a mis beaucoup d'elle dans ce texte, avec beaucoup de tendresse, frôlant l'intime et nous laissant deviner, entre les lignes, tout ce qui l'habite. 

La partie « Pour en savoir plus » dans les dernières pages est un atout supplémentaire pour mieux comprendre les choix de l’auteur, ce qu’elle a choisi de nous faire découvrir à travers un texte riche en émotions.

NB : quelques illustrations, çà et là : c’est superbe !

"Kay Scarpetta - Tome 28 : Identité inconnue" de Patricia Cornwell (Identity Unknown)

 

Kay Scarpetta - Tome 28 : Identité inconnue (Identity Unknown)
Auteur : Patricia Cornwell
Traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Dominique Defert
Éditions : JC Lattès (14 Mai 2025)
ISBN : 978-2709674942
386 pages

Quatrième de couverture

Le Dr Kay Scarpetta est appelée sur une très étrange scène de crime : dans un sinistre parc d’attractions abandonné, un corps à la peau curieusement rouge a été retrouvé au centre d’un agroglyphe de pétales. Horrifiée, elle découvre que la victime n’est autre qu’un homme qu’elle a autrefois aimé, Sal Giordano. Pour Lucy, la nièce de Kay, la forme géométrique ne laisse aucun doute : l’astrophysicien a été jeté dans le vide du haut d’un objet volant non identifié. Les autorités, elles, s’interrogent sur la loyauté du scientifique envers sa nation et le débat fait rage. Mais lorsque l’autopsie révèle un indice que son ancien amant semble lui avoir volontairement laissé, la cheffe de l’institut médico-légal entrevoit une explication à la fois plus simple, et bien plus terrifiante...

Mon avis

Je m’intéresse à Kay Scarpetta depuis ses débuts. J’ai suivi ses enquêtes, ses déboires amoureux. Je connais Lucy, sa nièce, très douée dans ce qui est en lien avec l’informatique, le numérique. Elle est maintenant adulte et collabore parfois avec sa tante.

Cette fois-ci, un corps a été retrouvé dans un parc d’attraction abandonné. C’est un ancien compagnon de Kay et cette découverte la bouleverse. Elle s’applique à rester professionnelle pour mener ses investigations, dont, bien entendu, l’autopsie qui est présentée avec de nombreux détails. C’était un astrophysicien renommé, Sal Giordano et elle l’avait rencontré la veille de sa mort.

Parallèlement à cette affaire, Scarpetta doit en outre se pencher sur le cas d’une petite fille dont la mort lui paraît suspecte. Les parents de cette fillette la harcèlent pour récupérer le corps.

Elle est donc sur tous les fronts, comme à son habitude et son fidèle Mario l’aide. Elle sent bien qu’on (son mari, sa nièce) lui cache certains éléments. Sal, qui communiquait assez souvent avec elle, lui disait-il tout ? Ou avait-il une part d’ombre ? Les autorités se questionnent, elle aussi.

Cette nouvelle intrigue permet de voir l’évolution des différents personnages. Leurs liens changent au fil des tomes, certains se rapprochent, d’autres s’éloignent. Ils sont devenus des familiers pour les lecteurs et ils sont heureux de les retrouver.

J’ai lu cette aventure sans déplaisir mais pas avec un enthousiasme débordant. Le début est lent, les investigations : scènes de crimes, autopsie, analyse psychologique des individus, regards sur les faits, prennent de la place et donnent parfois une impression de longueur (surtout quand c’est entrecoupé de « et j’envoie un sms », « je noue mes lacets » etc qui ne sont pas franchement utiles). Il y a également les « réponds-je », ou « répliqué-je » qui alourdissent le texte au lieu de l’alléger mais ce n’est que mon avis.

Toutes mes excuses au traducteur, qui je sais, ne fait pas un métier facile, mais je n’ai pas été convaincue par la tournure des phrases et le vocabulaire employé. Pour l’anecdote, il utilise le mot sopalin (qui est une marque) au lieu de feuilles d’essuie-tout. Un de mes élèves, à qui j’avais dit de prendre du sopalin pour éponger la peinture qu’il avait fait tomber, avait tourné en rond sans rien prendre. J’avais donc pris le rouleau en lui disant : regarde ! Il m’avait répondu : ça ne s’appelle pas Sopalin mais essuie-tout !)

Il m’a manqué un peu d’action même si le fond est vraiment intéressant, voire captivant pour les recherches de Sal, le contexte évoqué et certaines réflexions sur la vie. L’auteur sait nous accrocher et dans ce livre elle aborde de nombreux thèmes. Je continuerai de la lire mais sans attendre avec impatience le prochain titre.

"Voyage Voyage" de Victor Pouchet

 

Voyage voyage
Auteur : Victor Pouchet
Éditions : Gallimard (14 Août 2025)
ISBN : 978-2073119087
210 pages

Quatrième de couverture

"Orso voulait mettre en place ce qu'il appelait la théorie de la grande diversion. Il avait trouvé cette formule dans un livre et elle lui plaisait. Il fallait se changer les idées. Penser à autre chose. Chercher l'aventure dans des endroits inédits ; aller là où ils n'étaient jamais allés ; voir ce qu'ils n'avaient jamais vu ; avancer un peu plus loin, au fond de l'inconnu pour trouver du nouveau." Orso et Marie s'aiment, mais leur quotidien insouciant se heurte à un chagrin brutal. Pour faire diversion, ils se lancent dans un road-trip improvisé.

Mon avis

Orso et Marie sont en couple. Confrontés à un chagrin, un tsunami émotionnel, dont on ne sait rien au début, ils sont déstabilisés, bouleversés. Alors, il propose de partir, là, maintenant, tout de suite, sans trop réfléchir. Ils feront la tournée des musées originaux, dans des endroits qu’ils ne connaissent pas.

On pourrait penser que c’est pour fuir. Je crois plutôt que c’est une façon de se renouveler, de créer de nouveaux souvenirs, de relancer le dialogue, d’abord sur un terrain neutre avant d’aller plus en profondeur.

Ils sont fragiles, sur la retenue, puis petit à petit, ils s’ouvrent, ils parlent, leur road trip les surprend, les attire, les embarque et le lecteur les suit.

J'ai aimé l'écriture pleine de tendresse, de délicatesse, avec une pointe d'humour et parfois de poésie. Les deux personnages principaux sont attachants, intéressants dans leur façon d'appréhender la vie et leur quotidien. 

L'histoire est universelle, mais tellement bien rédigée qu'on a envie d'accompagner les deux protagonistes encore longtemps.

Malgré tout, pour moi, il manque un souffle, un petit quelque chose. Il aurait pu être intéressant d’avoir une incursion plus fouillée dans le passé.


"L'inconnu des barricades" de Pierre Mazet

 

L'inconnu des barricades
Auteur : Pierre Mazet
Éditions : du Caïman (9 Janvier 2025)
ISBN : 978-2493739216
266 pages

Quatrième de couverture

Saint-Étienne 1834, la grève des passementiers est noyée dans le sang. Dans les rues du pourtour du quartier de Chavanelle, on ramasse des cadavres. D'une impasse, les brancardiers sortent celui d'un homme dont le visage ne rappelle nulle origine connue. C'est alors que Floréal Leroux, journaliste débutant, entre en scène, s’assignant une double mission : identifier l’inconnu, afin de lui rendre, en partie, sa dignité. Et, bien entendu, trouver le coupable, car celui que policiers et politiques désignent semble arranger un peu trop le pouvoir...

Mon avis

Saint-Etienne, 1834, après Lyon, la révolte des canuts arrive dans cette ville. Il y a beaucoup de bagarres, de violence et les morts sont assez nombreux. Les brancardiers ont de quoi s’occuper. Et voilà que, dans une impasse, ils ramassent le corps d’un homme de couleur, que personne ne reconnaît.

Richement documenté, le contexte de la rébellion des passementiers est très bien amené et intégré au récit. L’heure n’était pas au dialogue, la répression était importante. On croise des personnes ayant existé. Pour quelques-unes, elles sont présentées avec plus de détails en fin d’ouvrage, ce qui nous éclaire sur ce qu’elles étaient.

C’est Floréal Leroux, jeune journaliste, qui raconte les faits. Il décrit les arrestations, l’atmosphère chargée de peur, les conditions de travail très difficiles et l’impossibilité d’obtenir des améliorations. Voyant le macchabée, Floréal décide de mener l’enquête, profitant de quelques contacts, il fouine, interroge, recoupe les maigres informations qu’il obtient. Il voudrait que cet homme soit reconnu dans tous les sens du terme. Il pense qu’il n’est pas venu à Saint-Etienne par hasard. Il veut comprendre et savoir qui il est. Son inexpérience n’est pas un frein, car finalement il ose. Il va même aller jusqu’à la capitale où il découvrira des documents qui vont l’aider, l’éclairer dans ses recherches.

Parfois, il dérange. C’est un peu comme de nos jours, le journalisme d’investigation n’a pas toujours bonne presse (c’est le cas de le dire ; -) À trop creuser, on risque de découvrir des éléments que certains n’ont pas envie de voir dévoiler. Mais il ne se décourage jamais et il continue encore et encore, usant de son charisme et de son sourire. Il pourrait devenir un héros récurrent tant il est attachant et intéressant dans son fonctionnement.

Cette histoire m’a captivée, j’ai aimé que les événements soient reliés à Monsieur Laperouse, même si tout cela est romancé. Cela intensifie, intelligemment, l’approche historique et donne une autre dimension au texte. En outre, le vocabulaire, les descriptions (je pense, entre autres, aux Rambertes), tout est parfaitement adapté, relié à la période évoquée.

À travers ce roman, l’auteur aborde plusieurs thèmes, une certaine forme de racisme, les prises de pouvoir par certains qui en abusent, le manque d’écoute et de respect des plus petites classes sociales, le travail de journaliste pas toujours bien compris ou bien considéré. Et surtout les « raccourcis » pour la police lorsqu’elle pense avoir un coupable sous la main. Ce qui est bien pratique quand c’est un individu qu’on ne supporte pas parce qu’il a tendance à vouloir protéger les ouvriers. Si on peut s’en débarrasser ainsi, c’est parfait et tant pis pour lui, au moins, il cessera ses actions !

Moi qui suis stéphanoise, j’ai vraiment apprécié que cette intrigue, inspirée de faits réels, se déroule « chez moi ». Je connais bien les lieux mentionnés (quand les rues ont changé de nom, Pierre Mazet le signale donc on ne se perd pas) et j’avançais au rythme des différentes situations exposées, revisitant ma ville.

L’écriture est de qualité, immersive, fluide. Les indices arrivent petit à petit, maintenant notre intérêt car ce qu’on perçoit donne envie de toujours en savoir plus. C’est excellent !


"Inspecteur Stilwell - Tome 1 : Sous les eaux d’Avalon" de Michael Connelly (Nightshade)

 

Inspecteur Stilwell - Tome 1 : Sous les eaux d’Avalon (Nightshade)
Auteur : Michael Connelly
Traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Robert Pépin
Éditions : Calman-Levy (11 Juin 2025)
ISBN : 978-2702194331
400 pages

Quatrième de couverture

Sur l’île paradisiaque de Santa Catalina, au large de Los Angeles, les journées sont calmes pour l’inspecteur Stilwell. Récemment débarqué de l’unité des Homicides du LAPD, il s’occupe essentiellement de cas de violences domestiques et d’ébriété sur la voie publique. La découverte du corps d’une jeune femme dans le port de la ville d’Avalon, enroulé dans une bâche et lesté, est donc un véritable choc, non seulement pour Stilwell, mais également pour les personnalités les plus notables de l’île, qui apprécient peu cette mauvaise publicité. En dépit des pressions publiques et des ordres de sa hiérarchie à Los Angeles, Stilwell va méthodiquement enquêter.

Mon avis

Le bandeau annonce : un nouveau personnage, un nouveau décor, un grand roman. L’auteur m’ayant habituée à beaucoup mieux, je mets un bémol sur le mot « grand ». Non pas que ce soit mauvais mais c’est un peu mou et il faut attendre le dernier tiers pour que le rythme s’accélère.

De plus, comme pour le titre précédent, quand je lis, dans les remerciements, le nombre de personnes (dont des écrivains « mineurs ») ayant contribué à la rédaction de ce livre, je m’interroge. Qui a vraiment écrit et quoi ? Est-ce que ceci n’expliquerait pas le fait des deux publications par an (ce qui est beaucoup pour un seul homme) ?

C’est sur l’île de Santa Catalina, au large de Los Angeles que le lecteur fait connaissance avec l’inspecteur Stilwell (il n’a pas encore de prénom). Il a été muté dans ce lieu car il est « puni » par sa hiérarchie (il n’est pas le seul, peu choisissent d’être ici), restée sur le continent, comme le collègue Ahearn, responsable du clash qui l’a isolé. Il s’est habitué, bien qu’il n’ait pas grand-chose à se mettre sous la dent en matière d’affaire criminelle. On est loin du LAPD et il s’ennuierait presque !

Mais voilà que le corps d’une femme, lesté par une ancre et enroulé dans une bâche, est retrouvé dans le port. Comme il est excellent plongeur, il peut la voir de près. En parallèle, il doit chercher qui a décapité un bison et qui a volé une statuette dans un club très sélect. Il va utiliser les deux dernières enquêtes, auxquelles il a droit, pour mener des investigations sur la morte du port (en toute discrétion, vu que c’est chasse gardée pour ceux du continent).

Pas de risque de mélange car il n’y a pas pléthore de personnages. Tout est linéaire et les liens s’installent petit à petit (sur la fin, j’ai trouvé certaines déductions un peu rapides mais bon, il doit être très intelligent). Stilwell manque encore un peu d’étoffe, mais c’est le premier tome. Un peu rebelle, pas de cadavre dans le placard, il est parfois limite avec les règles mais sans trop exagérer.

L’écriture (merci à Robert Pépin, le fidèle traducteur) est fluide. Ça se lit bien mais, au début, je pouvais poser le roman sans problème, je n’étais pas hyper captivée. C’est vraiment venu sur la fin. Le contexte de l’île, un endroit particulier (où on se déplace en bateau ou voiturette), méritera d’être approfondi. C’est un microcosme où les habitants tiennent à préserver leur qualité de vie et n’ont pas envie d’être envahis par ceux du continent. Stilwell a commencé à nouer des liens et je pense que tout ça va évoluer au fil des tomes et sans doute m’accrocher un peu plus.

Récit plaisant, aux ramifications bien pensées avec des gens qui pensent à leur intérêt avant tout et quelques-uns qui cachent bien leur jeu, cette histoire se lit tranquillement sans que ce soit exceptionnel. Même si l’atmosphère est bien retranscrite, je n’ai pas eu d’émotions décuplées, et il manque à l’ensemble un petit quelque chose pour que ce soit du « grand » Connelly.


"Honorine la maudite" de Cathy James

 

Honorine la maudite
Auteur : Cathy James
Éditions : Book Envol (12 Mai 2025)
ISBN : 978-2386840272
200 pages

Quatrième de couverture

1889, Saint-Étienne-de-Baïgorry, Nouvelle-Aquitaine.
Bouc émissaire de la société pyrénéenne, Honorine Carpentier appartient à la communauté des intouchables cagots. Accablée de haine et de mépris, elle va se battre contre les préjugés, pour devenir libre et respectée.
2020, Gruissan, Aude.
À vingt et un ans, et après la perte douloureuse de ses parents dans le terrible attentat de Nice, Caroline Delmas décide de réaliser son rêve, de redonner à sa maison de vacances de Saint-Étienne-de-Baïgorry, son lustre d’antan et ainsi d’ouvrir des chambres d’hôtes.

Mon avis

1889, dans le Sud-Ouest de la France, certains villageois ne peuvent pas vraiment se mêler aux autres. Ce sont les cagots. Ils sont isolés, méprisés, et ne vivent qu’entre eux. C’est le cas d’Honorine et de ses deux frères. Habitant à Saint-Étienne-de-Baïgorry, ils appartiennent à cette espèce de « caste ». Leur place est définie dans l’église, leur lieu d’habitation également etc. D’ailleurs, l’avenir d’Honorine est tout tracé, elle va épouser Isidore, c’est décidé. Pas par elle, mais par ses frangins, que ça lui convienne ou non. Mais la jeune femme n’aime pas cet homme et ne veut pas l’épouser. Elle ose défier les règles, elle a du caractère, de la répartie. Elle refuse sa condition. Elle est prête à sacrifier sa fierté pour sa liberté.

Évidemment, ça ne plaît pas, ce n’est pas dans la norme. Elle dérange et voilà, en outre, que ses yeux croisent ceux du fils du chatelain. Une attirance mutuelle les submerge mais elle sait bien que c’est interdit, inimaginable. Elle n’a jamais ressenti un tel émoi. Elle, la guérisseuse, qui a appris les herbes qui soignent avec sa mère, elle n’ignore pas que rien n’est envisageable entre eux. Lui, Adam, est sous le charme, subjugué par sa beauté, son charisme. Lui, le charmeur, qui multiplie les conquêtes, souhaite se poser près d’elle pour l’aimer. Mais c’est impossible. Que va-t-il se passer ? Vont-ils renoncer ? Ce serait la compromettre, prendre le risque qu’elle soit rejetée, devienne une paria et puis elle a un fiancé…

Dans la première partie de cet excellent roman, nous faisons connaissance avec Honorine, cette « cagote » un peu rebelle, attachante, pleine de vie, qui « ose ». Comme l’histoire se déroule à la fin du dix-neuvième siècle, le vocabulaire, les mœurs, le quotidien sont liés à l’époque où se déroulent les événements. Il n’y a pas de fausse note.

La seconde partie nous permet de rencontrer Caroline. La trentaine, peu sûre d’elle, elle a hérité d’une maison à Saint-Étienne-de-Baïgorry. Elle veut l’aménager en chambres d’hôtes. Elle se heurte à certains habitants du coin sans comprendre en quoi son projet est gênant. Elle revoit un homme qu’elle avait rencontré il y a quelques années et avec qui la relation n’est pas simple. Elle qui pensait s’installer rapidement et sans problème se trouve confrontée à plusieurs obstacles et soucis, chamboulée par plusieurs faits. Comment réagira-t-elle ? Abandonner, rester ? Certains lui donnent des conseils mais elle aime bien être maître de son destin….

Cette lecture a été très plaisante. Je n’avais pas connaissance des cagots, qui ont été maudits pendant huit cent ans avant que ça aille mieux (après la première guerre mondiale (dans les villages, ils ont été envoyés au front en priorité)). Cathy James s’est documentée et le côté historique de son récit est intéressant, il donne envie d’aller plus loin, de mieux connaître cette communauté. Son écriture est fluide, agréable, sans longueur, prenante. Le rythme ne faiblit pas. J’avais envie de lire pour voir ce que devenaient les protagonistes, en espérant que tout se passe comme je l’avais rêvé….


"Memento Vivere" d'Ismaël Lemonnier

 

Memento Vivere
Auteur : Ismaël Lemonnier
Éditions : Taurnada (12 Juin 2025)
ISBN : 978-2372581554
384 pages

Quatrième de couverture

Vitry-sur-Seine. Un bébé est retrouvé mort dans la cuvette des toilettes d'un bar sordide. Lucien, un flic psychorigide et proche de la retraite, et Anaïs, dernière recrue au look provocateur et au comportement borderline, sont appelés sur cette scène de crime pour le moins singulière. Découvrant que le foetus a été génétiquement modifié, les deux enquêteurs devront mettre de côté leurs différends et plonger dans les abysses de la folie humaine. En parallèle, un individu sème la terreur dans la ville avec son chien-loup en laissant derrière lui des cadavres.

Mon avis

Autant commencer tout de suite par le plus important : j’ai beaucoup aimé ce livre. Ce que j’ai particulièrement apprécié, c’est le duo atypique d’enquêteurs, Lucien et Anaïs. Lui, c’est le flic psychorigide, qui ne supporte pas l’imprévu, un pli sur sa chemise, un mot déplacé. Elle, c’est l’électron libre, aux mèches roses, a la langue acérée. Tout les oppose, la musique (ah les cassettes du « papy » dans la voiture), la nourriture, la façon de travailler, de parler. Leurs dialogues sont vifs, elle le bouscule, le provoque, le pousse dans ses retranchements, ne laisse rien passer. Il essaie de tout contrôler mais parfois il n’y arrive pas….

Voilà qu’on les envoie dans un bar pas très net où un bébé a été retrouvé mort dans les toilettes. L’enquête commence et ils découvrent assez vite qu’il ne s’agit pas d’un nourrisson « ordinaire ». Il a été génétiquement modifié. Qui a fait ça et pourquoi ? Et qui est la mère ? Pourquoi n’est-elle pas avec son enfant ? En parallèle, des cadavres apparaissent et chaque fois il y a un dé à côté. Plutôt bizarre ….

Toute l’équipe est sur les dents pour ces deux affaires. Et le lecteur est totalement accroché dès les premières lignes. Ce qu’on entrevoit fait froid dans le dos, d’autant plus que c’est extrêmement documenté. C’est d’ailleurs un point fort de ce récit. L’aspect scientifique est approfondi, avec des références et des explications de bon niveau, sans jamais être lassant. Cela permet de donner une « autre dimension » à cette histoire On se rapproche des questions actuelles, sur les limites de l’éthique. Jusqu’où peuvent aller les recherches médicales ? A-t-on le droit, au nom du progrès, de mettre des vies en danger, de prendre des risques non mesurés ? Lorsqu’un homme est entraîné par les avancées de ses prospections, il doit garder la tête froide, l’esprit sain pour rester dans les clous…. Mais la tentation est grande d’essayer encore et encore …

Avec une écriture fluide et très vive, l’auteur nous embarque dans un roman construit avec intelligence, des personnages aux caractères bien définis. Anaïs et Lucien ont des passés lourds qui se dévoilent par bribes, on comprend alors leur attitude, ce qu’ils montrent d’eux en cachant soigneusement leur part d’ombre. Leurs fragilités se complètent et l’air de rien leur binôme est efficace.

Le franc parler d’Anaïs, ses déductions étonnantes mais non dénuées de réflexion la rendent drôle et attachante. Elle « déménage » comme on dit mais c’est super car cela impulse un bon rythme au texte. Les investigations des différents policiers sont menées de front, chaque équipe étant sur le terrain, au bureau, se démenant pour arrêter d’une part le meurtrier au dé, d’autre part pour coincer les individus liés au décès du bébé.

On a parfois le sentiment qu’Ismaël Lemonnier part dans tous les sens, tant il y a de l’action, des rebondissements. Mais pas du tout ! Tout s’emboîte à merveille sur une cadence effrénée car il faut agir au plus vite … Il aborde de nombreux thèmes, avec doigté, sans jamais trop en faire. Si certaines scènes sont dures, elles ne sont pas « gores » et font partie des éléments nécessaires à la compréhension générale.

Une lecture captivante et prenante. Je verrai bien un retour d’Anaïs et Lucien dans un prochain titre !

"Tranquille, frérot" de James Holin

 

Tranquille, frérot
Auteur : James Holin
Éditions : du Caïman (1er Août 2025)
ISBN : 978-2493739261
358 pages

Quatrième de couverture

À Nice, le trafic de stups est aux mains des frères Berkane. L’aîné, "l’Épicier" le dirige d'une main de fer, tandis que son cadet,"Kadafix", un nain plutôt sadique, exécute les basses oeuvres. Les tontons sont légion et jouent à trois bandes tandis que les trafiquants se carottent à qui mieux mieux et que les balances finissent en barbecue sur les collines. Le major Castaneda de la gendarmerie et la commissaire Dubois de la Police judiciaire, quand ils ne se content pas fleurette, se tirent la bourre pour essayer de les cravater. Qui de la jolie flic ou du fougueux pandore arrivera le premier à serrer les deux sinistres frangins ?

Mon avis

Décoiffant, ébouriffant, drôle, et plantant des personnages hauts en couleurs, ce roman est un régal (et dire qu’il va falloir attendre le tome 2 !)

D’abord, un bon point : dans les premières pages, la liste de ceux qu’on va rencontrer et leur rôle, des fois que notre mémoire nous joue des tours, c’est bien pratique. Surtout que chez les malfrats, certains sont rebaptisés en fonction de leur physique ou de leur « profession » si tant est que l’épicier tienne « seulement » un commerce officiel. On sait bien ce que c’est « Moi, j’ai rien fait m’sieur, c’est lui qui m’a obligé à vendre de la drogue… » Ben voyons, comme si le lecteur allait tomber dans le panneau et avoir pitié de ces petits ou gros bras. Faut pas compter sur moi.

Dès les premières pages, j’ai compris qui étaient les gentils et les méchants. Mais, comme je ne veux pas d’histoire, j’ai regardé de loin sans m’en mêler, c’est mieux, non ? On ne sait jamais, une balle ou un coup de pied perdus….

Cette lecture a été une vraie détente. Malgré les coups de feu, quelques morts, le sourire ne m’a pas quittée. Ce qui m’a particulièrement plu ? Le ton libre, mordant, pétillant de dérision, d’ironie et d’humour.

« La résine lui avait rongé les muscles. Des biceps de phasmes et des pectoraux d’hippocampe montés sur des fesses de crevettes et de la guibole en fil de 0,3. »

Ce que j’ai aimé aussi ? Le rythme, pas le temps de se poser, c’est comme une partie de ping-pong avec les frères Lebrun, ça part, ça revient, revers et smash si on y arrive, sinon, gare !

À Nice, ce sont les frères Berkane qui ont le presque monopole du trafic de stupéfiants. Ce serait bien de les coincer, de préférence avec un bon chargement, histoire de se faire mousser et de montrer que les gendarmes sont les plus forts. Un indic, un utilitaire en route, deux collègues volontaires et ça devrait le faire, non ? Malheureusement, ça vire au vinaigre et le major Castaneda ( il n’est pas de la famille du célèbre gardien de but des verts) se fait remonter les bretelles ou souffler dans les bronches. Il a quand même de la chance, il ne s’en sort pas trop mal. Mais ça continue de le titiller, comment a-t-il pu se faire avoir de cette façon ? Il y a forcément une entourloupe quelque part, mais qui et pourquoi ? Il investigue, il cherche, il oublie de partager ses découvertes quelques fois …

L’auteur nous entraîne dans un imbroglio mené à une cadence folle. Des dialogues qui font mouche, des phrases qui fusent, une écriture sans temp mort, des événements qui s’enchaînent. Ça emballe et on veut savoir qui joue double jeu, qui ment, qui triche, qui manipule …

Les protagonistes ont des tripes, du caractère et se transforment rarement en lavette (sauf quelques-uns, pas très nets, qui se mettent à trembler dans leur caleçon). Certains d’entre eux font tout pour obtenir des informations, et ils n’hésitent pas à cogner pour avoir ce qu’ils veulent. Et puis, il y a ceux qui sont gouvernés par leur libido et eux, quand le boomerang revient, ils ne peuvent qu’en prendre plein les dents et on ne les plaint pas !

Un récit qui n’a été que du plaisir, vivement la suite !

"Everglades" de R.J. Ellory (The Bell Tower)

 

Everglades (The Bell Tower)
Auteur : R.J. Ellory
Traduit de l’anglais par Etienne Gomez
Éditions : Sonatine (10 Avril 2025)
ISBN : 978-2383992073
458 pages

Quatrième de couverture

Août 1976. Garrett Nelson est shérif adjoint en Floride. Lors d'une arrestation qui tourne mal, il est grièvement blessé. C'en est fini pour lui du service actif. Suivant les conseils de sa thérapeute, Hannah Montgomery, il rejoint le père et le frère de celle-ci à Southern State, en tant que gardien au pénitencier d'État. Édifiée sur l'emplacement d'une ancienne mission espagnole située au beau milieu des Everglades, la prison est censée être d'une sécurité absolue. Et pourtant... Entre un étrange suicide et une curieuse évasion, l'instinct d'enquêteur de Nelson reprend vite le dessus.

Mon avis

1976. Garrett est shérif adjoint, il vit seul et n’a pas vraiment d’obligations, son père est décédé et il n’a plus de lien avec sa mère. Alors, lorsque son chef lui demande d’aller aider les collègues, dans le comté d’à côté pour une arrestation, il ne fait pas d’histoire, il se rend disponible. Quand il rejoint l’équipe, on lui explique ce qu’un coéquipier et lui doivent faire. Rien de compliqué, tout devrait se dérouler sans encombre. Malheureusement, ça tourne mal et il est grièvement blessé à une jambe. Pour lui ce fait est d’une violence inouïe qui propage une ombre en lui, collant à la peau, assombrissant son quotidien.

« La violence avait fait irruption par cet événement, et elle avait une manière à elle de ne jamais repartir. »

Il ne peut plus exercer son métier. Sa kiné lui parle d’un pénitencier où il pourrait être gardien. Il pense que ce serait toujours, en quelque sorte, en lien avec sa précédente profession puisqu’il s’agit de faire régner l’ordre. Et il est conscient que c’est la seule chose qu’il sait faire.

Une fois embauché, il réalise que cela n’a rien à voir. Ce nouveau job l’entraîne dans les ténèbres. Il n’arrive pas à cloisonner vie privée et vie professionnelle, il se laisse « bouffer » par ce qu’il voit, ce qu’il sent (des non-dits, des magouilles, des silences…) et il n’aime pas ça. Il est démuni face à la noirceur qui l’envahit, il n’arrive pas à s’en protéger et le noir déborde sur la clarté pâle de ses journées, menaçant de l’enfouir, de l’étouffer.

Il s’interroge sur ses choix de travailler au maintien de l’ordre. Il se questionne sur des faits surprenants, notamment une évasion alors que le lieu est très sécurisé, isolé dans une nature hostile. Certains collègues joueraient-ils double jeu ? Ce qu’il croit comprendre ne lui plaît pas, pas plus que l’attitude des autres adjoints lorsqu’il essaie de les alerter.

Comme à son habitude, l’écriture de R.J. Ellory est fouillée, racée, profonde. Le traducteur a su trouver les mots précis, marquants, à la hauteur du regretté Fabrice Pointeau qui était une « pointure » dans ce milieu.

L’auteur analyse la violence sous toutes ses formes et les raisons qui peuvent pousser à des actes abominables. Qu’est-ce qui fait qu’un jour, un homme ou une femme bascule du côté du mal ? Quel mécanisme se met en place dans son esprit ? C’est quoi la valeur de la vie, d’une vie ? A-t-on le droit de tuer ? Quand et comment ? Exécuter un meurtrier au risque de faire une erreur judiciaire, est-ce juste ? Si on se trompe, que se passe-t-il ?

« Pourquoi tuons-nous ceux qui tuent pour montrer que tuer est mal ? » a dit Holly Near (militante pacifiste).

Garrett est un homme attachant, intègre, qui ne supporte pas l’à peu près. Il a besoin de certitudes, de croire en l’homme, en lui. Quand il côtoie ceux qui sont dans le couloir de la mort, il réfléchit à chaque décision prise par un individu, à chaque bifurcation possible, à ce qui fait pencher l’histoire d’un côté plutôt que d’un autre. Ses interrogations pourraient être les nôtres, c’est un homme qu’on pourrait connaître. D’ailleurs, Ellory dit : Je veux écrire des histoires auxquelles les gens pensent même en dehors du livre, et quand ils le terminent, je veux qu'ils aient l'impression d'avoir laissé derrière eux des personnes qu'ils ont appris à connaître.

Garrett est un homme ordinaire face à des situations qu’il maîtrise mal ou pas du tout car il n’est pas seul face à elles. Le lecteur passe, avec lui, par tout un panel d’émotions, de sentiments, il l’accompagne, le soutient, le plaint, est heureux pour lui, parfois.

Captivant, addictif, nous interpellant, ce récit est fort, puissant, nous poussant à réfléchir sur de nombreux sujets.


"Un bon indien est un indien mort" de Stephen Graham Jones (The Only Good Indians)

 

Un bon indien est un indien mort (The Only Good Indians)
Auteur : Stephen Graham Jones
Traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Jean Esch
Éditions : Rivages (21 Septembre 2022)
ISBN : 978-2743656218
354 pages

Quatrième de couverture

Quatre amis d’enfance ayant grandi dans une réserve du Montana sont hantés par les visions d’un fantôme, celui d’un caribou femelle dont ils ont massacré le troupeau lors d’une partie de chasse illégale dix ans auparavant. Tour à tour, ils vont être victimes d’hallucinations et de pulsions meurtrières, jusqu’à ce que l’entité vengeresse s’en prenne à la fille de l’un des chasseurs.

Mon avis

Stephen Graham Jones est né en 1972 à Midland, Texas, et appartient à la tribu Pikunis (Blackfoot). Ses livres parlent des amérindiens, de leur vie quotidienne, de leurs légendes.

Dans ce roman, parfois à la frontière du fantastique (il est fait allusion à Stephen King), il aborde, par le biais de ses personnages, des thèmes forts concernant les indiens. Le poids des traditions, les mariages « mixtes » (ici un indien avec une blanche), la vie dans et en dehors de la réserve, l’attitude à avoir face à cet autre monde, l’extérieur. Comment agir et se comporter, à l’école, au travail, avec les autres.

Il y a dix ans, quatre amis, appartenant à la même réserve, ont fait une énorme bêtise. Ils ont massacré un troupeau d’élans. Un garde-chasse les a coincés et ils n’ont pu garder qu’une femelle qui attendait un petit. Cette vision les hante. Malgré les années, le souvenir reste vivace et la culpabilité est bien présente. Il faut vivre avec et continuer d’avancer mais voici, peut-être, venu le temps de payer.

Dès les premières lignes, on comprend que ce récit ne sera pas ordinaire, qu’il faudra faire avec les souvenirs plus ou moins vrais, les peurs, les esprits qui s’égarent.

On se demande où est la frontière entre réalité et illusion. On est au cœur de l’action, on « voit » par les yeux des protagonistes et on est totalement immergé dans les événements. Cela les rend encore plus « palpables » et pour certains, plus angoissants.

L’écriture est (merci au traducteur) fluide, « pointue », décrivant avec précision chaque fait, chaque sentiment ou ressenti. C’est très immersif.

Cette lecture est un peu déstabilisante, elle ne m’a pas totalement emballée. L’auteur mêle policier, thriller et fantastique, tout s’articule petit à petit, c’est seulement à la fin qu’on comprend vraiment ce qui peut arrêter la malédiction.