"Mon ombre assassine" d' Estelle Tharreau


Mon ombre assassine
Auteur : Estelle Tharreau
Éditions : Taurnada (17 Janvier 2019)
ISBN : 978-2372580502
260 pages

Quatrième de couverture

En attendant son jugement, du fond de sa cellule, Nadège Solignac, une institutrice aimée et estimée, livre sa confession. Celle d'une enfant ignorée, seule avec ses peurs. Celle d'une femme manipulatrice et cynique. Celle d'une tueuse en série froide et méthodique.

Mon avis

Chronique d’une construction de violence ordinaire…..

La maîtresse est en prison.
Il paraît qu’elle aurait tué plusieurs personnes.
Les gens sont méchants.
Une si gentille institutrice, dévouée, aimée de ses élèves et de leurs parents.
C’est vraiment n’importe quoi, il faut qu’on la soutienne, qu’on témoigne….

Nadège Solignac attend dans sa cellule d’être jugée et elle se raconte. Employant le « je », elle nous intègre à sa présentation, nous prenant en otage de sa folie, nous entraînant avec elle dans la noirceur de son âme… Extraits de presse, témoignages divers sont présentés en alternance avec le récit de sa vie. Est-ce que raconter tout ce qui lui est arrivé, en nous montrant combien c’était difficile, lui est nécessaire pour chercher une quelconque justification de ses actes ? Est-ce que c’est parce qu’elle n’a pas été aimée, qu’elle a détesté les autres ?  Que voulait-elle faire de sa vie ? Ses choix n’ont-ils pas toujours été guidés par le besoin de dominer et de faire régner « sa loi » ?

C’est avec une écriture au scalpel, quasiment chirurgicale que l’auteur nous fait pénétrer dans le monde de cette jeune femme mais surtout dans son esprit. On a l’impression de lire un journal intime, de suivre le cours des pensées de quelqu’un qui oscille sans cesse entre la « normalité » apparente et un immense « dérangement » intérieur. Nadège nous prend à témoin, nous obligeant à nous pencher sur l’horreur : celle qu’elle a vécue, subie, et celle qu’elle distille, insuffle, l’air de rien….. Tout en restant lisse et aimante en apparence….. Est-ce le manque d’amour qui l’a faite se construire ainsi ? Est-ce qu’on peut naître avec un « cerveau malveillant » ? Il y a ces questions en filigrane, même si elles ne sont pas posées. Nait-on cruel ou le devient-on et si on le devient pourquoi ? Quelle est la part de ce qu’on vit dans son enfance, de l’amour qu’on reçoit dans le devenir d’un être humain ? Nadège est froide, elle dissèque ses pensées, ses actions et elle n’a d’empathie pour personne…. Elle est détestable et pourtant le lecteur se penche sur elle, se disant, la main sur la bouche, « oh, mon Dieu, la pauvre » avant d’avoir envie de crier « ce n’est pas possible, elle ne va pas oser…. »

Estelle Tharreau réussit là, un excellent roman noir, nous plongeant dans la torture psychologique « in et off » Son style précis, glacé et glacial colle parfaitement au propos. C’est un texte profond, abouti, complet, surprenant et addictif. Il peut bousculer, déranger, car on est dans une position inhabituelle, côtoyant la personne qui sème le mal, nous prenant à témoin pour qu’on comprenne (excuse ?) ce qu’elle fait…. C’est terrible parce qu’on pourrait presque oublier la raison et sombrer nous aussi dans la folie ordinaire, celle qui ne se voit pas, qui ne se cache pas car elle est anonyme, discrète et au-dessus de tout soupçon…..

J’ai dévoré ce recueil. L’auteur retranscrit à la perfection l’atmosphère, les réactions des uns et des autres en quelques phrases percutantes, pleines de sens. Elle grandit de livre en livre, ce qu’elle présente est vraiment abouti et a de la consistance. Elle mérite d’être connue et reconnue parmi ceux qui sont capables de surprendre le lecteur en changeant de thème et en restant toujours captivante !

"Trois mille chevaux vapeur" d'Antonin Varenne


Trois mille chevaux vapeur
Auteur : Antonin Varenne
Éditions : Albin Michel (2 Avril 2014)
ISBN : 978-2226256102
560 pages

Quatrième de couverture

Le sergent Bowman appartient à cette race des héros crépusculaires qui traversent les livres de Conrad, Kipling, Stevenson... Ces soldats perdus qui ont plongé au coeur des ténèbres, massacré, connu l'enfer, couru le monde à la recherche d'une vengeance impossible, d'une improbable rédemption.

Mon avis

La guerre commence dans l’attente….

Qu’est ce qui peut inciter un ancien bourreau à devenir bon ?

Arthur Bowman, sergent au service de la compagnie des Indes est un homme dur. Un être solitaire, sans empathie, sans pitié, bourru … Un de ces soldats qui ne baisse pas les yeux, qui secoue les hommes, les forçant à aller au bout d’eux-mêmes au risque de se perdre.
Il dit faire cela pour sauver les militaires qui sont sous ses ordres, les obliger à survivre, un peu comme dans l’adage « attaquer avant d’être attaqués. »
1852, on le rencontre en Birmanie, on le suit à Londres et jusqu’en Amérique. On s’attache à ses pas malgré sa part d’ombre, malgré sa noirceur. Il fait peur car on sent qu’il peut démarrer très vite dans l’horreur et parallèlement on se prend à vouloir l’apaiser. C’est un de ces personnages, tellement ancré dans l’intrigue et dans nos pensées, qu’il devient vite un familier, bien qu’on le connaisse peu.
La Birmanie, la compagnie des Indes, la révolte des cipayes, voici une première partie très bien documentée, aux descriptions fouillées mais pas lourdes. On ne sent pas l’étalage des recherches ou des connaissances de l’auteur. Tout est parfaitement incorporé à l’intrigue et l’écriture reste fluide agrémentée de dialogues vifs et intéressants car, de temps à autre, ils fouillent les pensées des protagonistes.

Six ans plus tard, Londres, le même homme ou du moins ce qu’il en reste… Arthur Bowman lutte maintenant contre ses démons intérieurs, fantômes personnels qui le hantent jour et nuit… Que faire pour résister aux cauchemars ? Boire, se droguer, oublier et essayer de s’oublier, n’être que l’ombre de soi-même … oui mais quel intérêt ? Accusé de torture et de meurtre (les stigmates sur le cadavre ont un air de « déjà vu »), il s’enfuit et souhaite disparaître mais la mort ne veut pas de lui. Alors il se décide à traquer l’assassin. Pourquoi ? Parce qu’il veut comprendre, savoir ce qui a pu inciter un homme (et lequel) à agir ainsi.

Petit à petit, au fil des pages, par d’infimes touches, la couleur revient dans ce tableau glauque, noir.
« Vous avez changé parce que vous avez découvert la peur, sergent. Peut-être que vous allez apprendre le vrai courage maintenant. »
Cela peut être un ciel un peu plus bleu, une chevelure rousse, un lac aux reflets argentés…..
Oh, ne pensez pas que l’on tombe dans un optimiste béat et démesuré. On en est loin. L’ambiance est lourde dans les pages de cet opus mais l’auteur contrôle parfaitement son sujet. L’atmosphère est maîtrisée de bout en bout. Le suspense est habilement maintenu. Les différents lieux que « visite » le Sergent Bowman sont décrits avec intelligence et précision, l’ambiance de l’époque évoquée avec finesse.

L’écriture d’Antonin Varenne atteint sa pleine dimension avec ce recueil. Pour moi, ce roman est le meilleur qu’il ait écrit (la barre est haute, il va falloir se maintenir ;-)Une force incroyable se dégage des pages qui défilent sous nos yeux. C’est parfaitement dosé et il n’en fait jamais trop.

La rédemption d’un homme n’est jamais chose aisée, il faut parcourir un long chemin en tant qu’individu pour y parvenir.
« L’Ojkipa, c’est la réunion des deux hommes qui sont en nous. Le guerrier et celui qui marche en paix sur la terre. »
La route que parcourt Arthur Bowman pour arriver vers un peu plus de paix intérieure est semée d’embuches, de barrières ; celles que l’on place devant lui mais également celles qu’il érige lui-même. Mais il ne cesse de progresser, ne serait-ce que sous le regard d’une femme…..

J’ai beaucoup aimé cette histoire. J’ai apprécié les extraits de « Walden ou La vie dans les bois » de Henry David Thoreau (récit retranscrivant la vie de Thoreau pendant deux ans, en forêt et expliquant comment cet isolement lui a permis de comprendre combien il est important de vivre en harmonie avec les éléments), que lit Bowman (ce n’est d’ailleurs pas sa seule lecture mais peut-être celle qui l’aide dans ses choix), cela lui donnait une part d’humanité, comme si un homme qui lit ne pouvait pas foncièrement être mauvais ….

"Deux gouttes d'eau" de Jacques Expert


Deux gouttes d'eau
Auteur : Jacques Expert
Éditions : Sonatine (22 janvier 2015)
ISBN : 978-2-35584-316-7
336 pages

Quatrième de couverture

Une jeune femme est retrouvée morte dans son appartement de Boulogne-Billancourt, tuée à coups de hache. Elle s’appelle Élodie et son ami, Antoine Deloye, est identifié sur l’enregistrement d’une caméra de vidéosurveillance de la ville, sortant de chez elle, l’arme du crime à la main. Immédiatement placé en garde à vue, Antoine s’obstine à nier malgré les évidences. Il accuse son frère jumeau, Franck, d’avoir profité de leur ressemblance pour mettre au point une machination destinée à le perdre.

Mon avis

Si ce n'est toi, c'est donc ton frère.....

Comme dans la fable de Jean de la Fontaine, l'un peut être le loup, l'autre l'agneau...
Mais si les jumeaux étaient aussi faciles à distinguer, il n'y aurait pas d'histoire...
Il n'est jamais simple de catégoriser les personnes, de les faire rentrer dans des cases.
Aucun protagoniste ne sera limpide dans ce roman, tous auront, à un moment ou un autre, une part d'ombre, une dérive coupable ou pas, qui posera problème … 

Comme les parents en premier lieu devant leurs enfants, puis les amis, les collègues, les voisins et enfin les enquêteurs, le lecteur sera troublé, déstabilisé régulièrement dans ce qu'auraient pu être ses convictions face à ce « couple » que forment les deux garçons.
Le passé, livré par bribes, éclaircit quelque peu deux personnalités machiavéliques, rusées, fourbes, perverses, manipulant les gens qui les entourent pour leur plus grand plaisir, comme dans un jeu. Aux côtés de ceux qui essaient de comprendre, de cerner les deux frères, nous errons, avançons, reculons, suivant le rythme des recherches, allant de réjouissances en déconvenues, découvrant que rien n'est jamais acquis à l'homme.

On assiste presque à un huis clos, tant l'espace est restreint, dans le commissariat, puis dans les quartiers où les hommes s'informent pour saisir ce qu'il s'est réellement passé. Les dialogues sont forts, et dans le contexte, chaque mot peut avoir son importance, chaque regard, chaque geste peut être interprété. Les flics dont un fidèle duo (Laforge et Brunet) qui a l'habitude de travailler ensemble, sont habilement campés dans le livre. Les rages et les colères de l'un sont tempérées par la solide  présence de l'autre, sans oublier celle du jeune Pauchon qui a été blessé et qui, fort de son retour, veut faire ses preuves. C'est alors toute une équipe (pas forcément unie) qui œuvre pour traquer la vérité.
Jacques Expert nous entraîne à la suite de plusieurs policiers, chacun convaincu qu'il a une raison pour être « ici et maintenant » et pas ailleurs. Ils sont dissemblables, mais tous habités par cette volonté chevillée au corps de réussir et de percer le mystère d'Antoine et Franck... Mais la bonne volonté ne suffit pas et parfois, on ne maîtrise pas tout au grand désarroi des supérieurs qui veulent des résultats clairs, des évidences, là, tout de suite.

Une fois commencé, je n'ai pas lâché ce roman, tant j'avais le désir de savoir. Je me disais que j'allais percevoir quelque chose qui échappait aux policiers (d'ailleurs, la dernière scène, je l'avais devinée et c'est un peu dommage). Mais l'auteur a l'art de nous balader à la cadence des révélations, des vérités, contre vérités qui entretiennent un climat indécis. Alors on continue, persuadé qu'à la page suivante, un indice fera preuve et que la solution sera là, sous nos yeux.... Mais bien entendu, rien ne se passera comme cela....

J'ai beaucoup apprécié cette lecture, le côté psychologique de tous les personnages est très bien abordé.  Même ceux qui sembleraient plus ordinaires ont leur place, tous ont un intérêt et c'est une force du roman. Jacques Expert a l'art de décortiquer les personnalités, d'aller au-delà de l'apparence et pourtant ce n'est jamais « lourd » à lire, sans doute parce que les dialogues, les échanges entre les uns et les autres apportent une succession d'informations qui maintient le lecteur en « alerte », attentif à chaque action. C'est un peu comme si on jouait au chat et à la souris, on ne sait jamais qui sera le plus fort, entre les frères, entre les jumeaux et la police, mais également entre l'auteur et nous ….

"La dernière ronde" de Ilf - Eddine

La dernière ronde 
Auteur : Ilf - Eddine
Éditions : Elyzad (28 Février 2011)
ISBN : 978-9973580337
200 pages

Quatrième de couverture 

Un champion d'échecs russe participe à un tournoi qualificatif pour le titre mondial. Au fur et à mesure des parties, comme monte progressivement un suspense intense, l’homme vieillissant se remémore les étapes importantes de sa vie : ses succès de jeunesse, sa découverte du haut niveau, ses années de labeur auprès de Karpov, puis son exil en France, loin de cette URSS qui a façonné son destin….


Mon avis 

Note : Un tournoi d'échecs est souvent organisé sous forme de rondes. Chaque joueur jouera ainsi le même nombre de parties qu'il gagne ou qu'il perde. Ce n’est pas simple à mettre en place …
Le personnage principal de ce roman participe à un tournoi en onze rondes.

Une couverture magnifique de sobriété et de symboles : la pendule (qu’on arrête lorsqu’on sait qu’on a perdu et qu’on renonce à continuer la partie), onze pions, comme les onze rondes, atour de cette dernière. Un format, très agréable et un papier de superbe qualité, épais, « tramé » et légèrement beige. Déjà avant d’ouvrir le livre, un sentiment de plaisir …..

Et une fois refermé, un véritable coup de cœur !

Un joueur d’échecs, russe, vieillissant, participe à un tournoi et de ronde en ronde, revient sur sa vie, son passé, ses choix, ses rencontres.
Les souvenirs se mettent en place, doucement mais solidement, comme autant de coups qui dévoilent le jeu pendant une partie. Au début, il égrène des souvenirs plus ou mois légers, professionnels, puis petit à petit, plus personnels : relations avec le gouvernement russe (un peu écorché au passage), avec les femmes aimées, avec les enfants, avec les autres ….

Connaître un échiquier et son maniement n’est pas indispensable pour apprécier ce livre. Il suffit de se laisser porter par l’écriture de cet écrivain qui a de beaux jours devant lui.
Un récit à la première personne, avec des phrases d’une précision d’orfèvre, des descriptions au scalpel.

« ……………extrême dans son addiction, vacillant à la limite de la pathologie avant de finir par s’y perdre …. »

Le personnage principal évoque ses rencontres avec des « maîtres » de ce monde. On a l’impression d’un réel témoignage et pas du tout de fiction. On sent qu’Ilf-Eddine joue aux échecs, qu’il connaît le principe des tournois et qu’il suit l’actualité de ce milieu.

A travers les onze rondes, réparties en cinq chapitres, on suit le cheminement du héros dans le tournoi, ses pensées, ses analyses (des matchs joués mais aussi de sa vie). On découvre la rigueur que s’imposent les participants pour réussir au mieux, le poids mental des défaites, la culpabilité de celui qui perd lorsqu’il représente une nation, les relations fluctuantes avec les médias, mais aussi le gouvernement russe si vous n’êtes plus considéré comme un élément prometteur, les doutes, les certitudes, les peurs, …. Tout ce qui assaille ces hommes (le milieu est essentiellement masculin) et qu’a si bien su retranscrire l’auteur.

Et bien entendu, les questions de fond, suggérées avec délicatesse, mais bien présentes :

-  A quel moment doit-on renoncer (dans une partie mais aussi dans sa vie) ?
-  Quand peut-on considérer qu’un champion est « fini » ? Ne reste-t-on pas champion toute sa vie ?
-  Quand s’effacer devant les jeunes ?
-  Que transmettre de son « savoir », de son expérience et à quels moments ?

Un livre magnifique, tout en émotions et sensations contenues, comme un hommage aux joueurs d’échecs petits ou grands ….

L’essentiel n’est-il pas de jouer pour le plaisir ? « ….pour la première fois de ma vie, je réussissais à considérer les échecs comme quelque chose de pas si sérieux. »
  
NB : Après le superbe « Joueur d’échecs » de Stefan Zweig, écrire sur ce sujet n’était
pas facile. Ilf-Eddine a relevé le défi avec brio !!! On s’y croirait, et je me pose la question de savoir s’il a fréquenté le milieu russe pour aussi bien le décrire….

"Oiseau de nuit" de Robert Bryndza (The Night Stalker)

Oiseau de nuit (The Night Stalker)
Auteur : Robert Bryndza
Traduit de l’anglais par Chloé Royer
Éditions : Belfond (10 Janvier 2019)
ISBN : 978-2714476173
410 pages

Quatrième de couverture

La scène de crime est abominable : un médecin réputé est retrouvé asphyxié dans son lit, nu, un sac en plastique sur la tête, les poignets entravés. Jeu sexuel qui aurait mal tourné ? Voici donc l'enquêtrice Erika Foster avec un prédateur qui semble tout connaître des vies très secrètes de ses victimes. Qui sait qui il observe en ce moment même ?

Mon avis

Il est médecin, sa femme l’a quitté mais il semblait bien sous tous rapports….  « Semblait » …. les apparences sont parfois trompeuses et il s’avère qu’il avait une part d’ombre. Les enquêteurs envoyés sur le lieu de son décès découvrent son homosexualité et ce qui a tout l’air d’un jeu sexuel qui a mal tourné. Vengeance d’un partenaire ? Suicide ? Ou autre chose ?

Erika Foster (déjà présente dans le premier roman de l’auteur mais cela ne gêne en rien si on ne l’a pas lu), est chargée, avec son équipe, de l’enquête. C’est une femme qui a souffert et qui n’a plus que son boulot et quelques amis pour la tenir debout. C’est un peu un électron libre, elle a la parole franche, elle est impulsive, suit son instinct mais réussit là où d’autres échouent. Par contre, ses méthodes peu orthodoxes dérangent … et c’est difficile pour elle d’obtenir l’aval de ses supérieurs lorsqu’elle n’en fait qu’à sa tête …..

Alors qu’on s’oriente nettement vers les fréquentations du docteur pour trouver le meurtrier, une deuxième mort avec une mise en scène identique …. Il faut chercher un point commun, est-ce l’homosexualité, autre chose ?  Erika se jette à corps perdu dans ses recherches, pas un jour de repos, pas une pause. Malgré la canicule londonienne, elle fouille, analyse, observe, fait des déductions. Elle n’est pas toujours comprise et soutenue par sa hiérarchie mais elle n’en a cure ….

C’est un excellent roman que signe à nouveau Robert Bryndza. Pas de temps mort, des personnages « travaillés » (même si le côté psychologique n’est pas très approfondi), une intrigue qui se tient et une écriture fluide (bravo à la traductrice). C’est très addictif et agréable car on ne voit pas le temps passer.

J’ai beaucoup aimé cette lecture. J’ai apprécié de découvrir la complexité de « l’oiseau de nuit » et ses motivations. Suivre les raisonnements d’Erika est également très intéressant car on voit comment les événements « lui parlent ».

En résumé, un auteur à suivre de près 

"Haine pour haine" de Eva Dolan (Tell No Tales)


Haine pour haine (Tell No Tales)
Auteur : Eva Dolan
Traduit de l’anglais par Lise Garon
Éditions : Liana Levi (10 Janvier 2019)
ISBN : 979-1034900794
425 pages

Quatrième de couverture

A Peterborough, deux hommes d'origine étrangère ont été sauvagement assassinés dans la rue à quelques semaines d'intervalle. Les caméras de surveillance montrent leur agresseur masqué exécutant le salut nazi après les avoir tués à coup de pied. L'inspecteur Zigic et sa partenaire, le sergent Ferreira de la section des crimes de haine mènent l'enquête lorsque survient un autre drame : trois travailleurs immigrés sont renversés devant un arrêt de bus par une voiture. Les deux policiers vont se confronter aux pressions de leur hiérarchie. Il ne faudrait pas que la piste raciste, peut-être commune aux deux affaires, s'ébruite auprès des médias, au risque de réveiller des tensions déjà explosives dans la ville.

Mon avis

L’histoire se déroule à Peterborough à l’Est de l’Angleterre, une ville d’environ cent soixante mille habitants, mais elle pourrait se dérouler dans d’autres cités d’Europe. Nous sommes dans un secteur où les immigrés se sont installés, parfois en communauté, parfois au milieu des autochtones qui les regardent rarement d’un bon œil…. Alors, lorsque deux hommes étrangers sont assassinés à coups de pied, d’une façon brutale et atroce, la plupart des riverains n’ont rien vu, rien entendu et ne veulent rien dire…. L’agresseur ne s’est pas caché, il a fait le salut nazi devant les caméras de surveillance…. Comme s’il était certain de son fait, persuadé que rien ne peut lui arriver … Est-il à la solde d’un homme politique ? Richard Shotton, le député local d'extrême droite, n’a-il pas quelques liens avec les groupuscules néonazis ?  Lui qui nie être raciste, ne profite-t-il pas de l’impression de dépossession de certains citoyens face aux étrangers (qui, soi-disant, prennent les logements, engorgent le service public…) pour récupérer des électeurs et faire agir des malfaisants dans l’ombre?

L’enquête est confiée à l’inspecteur Zigic et sa partenaire, le sergent Ferreira, ils travaillent à la section des crimes de haine. Mais voilà qu’un autre drame survient : trois personnes (deux sœurs et un homme) sont renversées (par un chauffard qui prend la fuite) alors qu’ils attendaient le bus, aux aurores pour aller au travail. Là aussi, ce sont des gens d’origine étrangère. Crime racial ? Vengeance personnelle ciblée sur l’un des trois ? Accident banal ? Ou autre chose ? Toutes les hypothèses sont envisageables. On demande aux deux policiers déjà en charge des deux premiers meurtres de prendre en main cette seconde affaire. L’atmosphère est bien assez tendue intra-muros et les supérieurs de Zigic et Ferreira les adjurent de rester discret face aux médias et surtout de ne jamais mettre en avant une quelconque possibilité de racisme pour les actes qu’ils doivent élucider. Et s’ils pouvaient trouver vite fait bien fait un coupable (un ex petit ami, un jaloux quelconque…) et le coffrer, l’histoire s’arrêterait là, serait étouffée et la vie reprendrait son cours …..

C’est sur une semaine que se déroule l’intrigue et cela nous suffit pour prendre « la température » de ce coin. Eva Dolan écrit avec un réalisme bluffant, ancrant son récit dans l’Histoire du pays, ne cachant rien des haines qui s’accumulent, qui échauffent les esprits. Ses deux limiers n’ont pas été choisis au hasard. Eux aussi, ils ne sont pas vraiment du cru. Eux aussi, ils ont un passé, un vécu personnel qui « jouent » sur leur présent, leurs relations aux autres. Veulent-ils se prouver qu’ils n’ont pas usurpé leur place ?
C’est un roman social mais c’est également une vraie « peinture » de la société anglaise, de son quotidien, de ses travers avec ceux qui se croient plus forts parce que nés au bon endroit…. Les personnages sont plus que crédibles, nous rappelant combien la bêtise peut être (malheureusement) humaine et combien à l’image de Ferreira et de Zigic, il est important de rien lâcher, de cesser de protéger ceux qui font le mal …. L’auteur démontre les contradictions de certains, chasseurs un jour, chassé le lendemain, elle n’hésite pas à poser des mots sur les dysfonctionnements du monde politique ….

Son livre est très intéressant. Non seulement sur le fond mais aussi sur la forme. Il n’y a pas de temps mort, les actions se succèdent et un bon rythme est maintenu. Elle pose des situations largement inspirées du réel, elle ne juge pas, ne donne pas de conseils, elle nous décille les yeux et nous oblige à voir ce que certains veulent taire. Merci à la traductrice qui a su garder la profondeur du texte, j’ai trouvé cette lecture très enrichissante.


"Des larmes dans les yeux et un monstre par la main" de Kathya de Brinon


Des larmes dans les yeux et un monstre par la main
Auteur : Kathya de Brinon
Éditions : Maïa (25 Août 2018)
ISBN : 9782379160356
340 pages

Quatrième de couverture

Année 1948. Âgée de quelques mois, Muriel sera confiée à ses grands-parents paternels. Aimée tendrement pendant neuf belles années, elle ne retrouvera le foyer parental que pour son malheur.

Mon avis

Ce livre est un témoignage, un témoignage très douloureux à écrire, et également difficile à lire par son contenu qui nous envoie en pleine face le comportement violent, cruel, déviant, de certains êtres humains. L’auteur pointe du doigt les exactions qu’elle a subies, elle les couche sur le papier pour transmettre un long cri d’alerte et dire « plus jamais ».

Petite fille heureuse, élevée par des grands-parents aimants, elle revient vivre avec sa mère vers ses neuf ans et, à ce moment-là, sa vie bascule. Son autre grand-père abuse d’elle, livre  son corps à ses amis, ne la laisse pas en paix, lui faisant croire que si elle n’accepte pas, un malheur arrivera à son Peli bien aimé (l’autre papi).

Jouer avec les sentiments de cette enfant est horrible mais lui faire subir les outrages qu’elle nous explique est destructeur. Cet homme a tué son âme d’enfant, a « éteint » plein de choses en elle. On ne peut pas pardonner de tels faits. A qui parler, comment ne pas se sentir coupable, comment casser la spirale du malheur ? C’est un long chemin qu’a parcouru Muriel pour renaître et devenir Kathya. Elle le partage avec nous. Ce qu’elle a vécu est innommable, tant de perversité, tant de malheurs, car malheureusement, il n’y a pas eu que « le monstre » …. Entre les chapitres, on a besoin de respirer, de retrouver un peu de couleurs tant tout cela est dur. Mais on lit, on lui tient la main, on veut qu’elle s’en sorte, on a le souhait de savoir si après tout cela, une vie plus heureuse lui a souri, si elle a trouvé les bonnes personnes pour être aidée, puis pour être aimée….

On se dit, une fois de plus, que parfois, les indices d’un mal être sont sous nos yeux et qu’on ne voit rien. Alors, en racontant son histoire, l’auteur tire la sonnette d’alarme : ne fermons pas les yeux ! C’est avec une écriture fine, précise, qu’elle se met à nu devant nous, elle ne fait pas dans le pathos, elle ne se plaint pas, elle décrit les situations et on frissonne devant tant de maltraitance …..

Même si on ressort « sonné » de notre lecture, on se dit que les quelques belles rencontres qu’elle a faites lui permettent d’être là aujourd’hui.  Il reste encore des personnes merveilleuses prêtes à aider les autres …

Kathya de Brinon a pris la parole, mais elle a pris aussi notre cœur car après l’avoir lue, on ne peut pas l’oublier.