"Connemara Black" de Gérard Coquet


Connemara Black
Auteur : Gérard Coquet
Éditions : Jigal (15 Février 2017)
ISBN : 979-1092016925
350 pages

Quatrième de couverture

La Connemara Black est une mouche artificielle permettant au pêcheur de ne jamais rentrer bredouille... C'est également le nom d'un ancien groupe armé de l'IRA, l'Armée Républicaine Irlandaise. Mais c'est aussi le surnom donné aux filles vivant dans cette baie, à l'ouest de l'Irlande. Elles sont souvent très belles mais plus revêches à apprivoiser qu'un poney des tourbières. Ciara McMurphy en est une. Après un mariage raté, elle a fui la région et s'est engagée dans la Garda, la police locale. Mais lorsqu'une série de meurtres balaie la ville de Galway, c'est elle que le commissaire Grady choisit d'envoyer sur ses terres natales afin de surveiller ce qui reste des indépendantistes.

Mon avis

Pêche en eau trouble, tâches de rousseur, Guinness et …….

Connemara Black c’est le nom d’une mouche pour la pêche (celle qui est en photo sur la couverture) mais également le nom d’un ancien groupe de l’IRA et aussi (page 112) une façon de parler de Ciara McMurphy. Elle, c’est une irlandaise jusqu’au bout des ongles, belle comme un feu de la Saint Jean , plus têtue qu’une ânesse, rebelle, n’ayant pas la langue dans sa poche. Son mariage a été une catastrophe, alors elle s’est engagée dans La Garda, comme lieutenant, et officie dans la ville de Galway. 

Suite à des assassinats pour le moins bizarres, ses supérieurs l’envoient en mission dans sa région natale. Là bas, vit un homme qui a été en contact avec certaines des victimes. Il va falloir jouer serré, surveiller et essayer d’en savoir plus.  Présentée comme cela, l’intrigue semble assez simpliste mais il n’en est rien. Mêlant guerre de clans et conflits religieux, magie noire, mythologie celtique, l’auteur nous emmène dans des coins d’Irlande où les hommes sont droits dans leurs bottes, prêts à tout pour ne pas perdre la face. Les policiers du cru ont décidé qu’ils ne feraient rien, ni dans un sens, ni dans un autre, pour Ciara. Elle se retrouve là-bas, où son père avait mauvaise réputation et où personne n’a envie qu’elle pointe son nez, même s’il est parsemé de taches de rousseur….  Rien ne sera aisé pour elle,  et si elle va rencontrer des vivants, elle sera également hantée par les morts et que dire des fantômes ?

L’Irlande est un de mes pays préférés. J’aime ses landes désertiques, ses mélodies, ses lacs, ses moutons, sa tourbe (surtout son odeur lorsqu’elle brûle), ses habitants qui paraissent farouches mais qui, une fois qu’ils vous ont adoptés, sont prêts à tout pour vous rendre service. J’ai retrouvé cette atmosphère sous la plume de Gérard Coquet, je sentais, j’observais, j’entendais (me branchant sur You Tube à chaque titre évoqué) je m’imprégnais du décor et il me semblait voir les protagonistes évoluer sous mes yeux. De plus, l’auteur a un humour qui permet de reprendre son souffle entre deux situations tendues :
« Des histoires d’amour aussi fades que des brocolis bouillis » (ce n’est pas fade, c’est beuurkkk…. ;-)
« L’échalas galonné, avec son pif bouché et son club de golf dans le rectum… »

Ce livre a comblé la lectrice avide de connaissances que je suis. Les explications mythologiques, historiques (même un peu survolées), mathématiques (lorsque le collègue de McMurphy , Bryan Doyle présente « Logiques et Théories des ensembles » pour faire avancer l’enquête), ou les tableaux de Hieronymus Bosch (qui m’ont fait penser à la série de Harry Bosh, grâce à laquelle j’ai découvert cet artiste), autant de sujets parfaitement intégrés au contenu, bien choisis, et qui deviennent indispensables pour comprendre.

Quant aux différents personnages, hauts en couleurs, ils sont souvent coriaces, entêtés, parfois obtus, mais attachants, enfin presque tous. La plupart ont une faille, une blessure secrète (qu’il essaient de cacher ou d’oublier) et cela les rend terriblement humains. Je donnerai une mention très bien à Bryan, il m’a paru très au fait de plein de choses mais comme il a parfois du mal à s’exprimer (il faut dire que Chiara n’est pas la reine de l’écoute ; elle, il faut que ça brasse, que ça avance et elle a une fâcheuse tendance à brailler ), et surtout à aller droit au but, et bien, ça donne des dialogues savoureux (surtout quand sa chef le fait rougir avec quelques allusions salaces). Chiara, elle, est une femme qui a souffert mais qui ne veut pas que ça se sache donc elle se campe sur ses jambes, et avec un langage que ne renierait pas un « mâle, un vrai », elle ne s’en laisse pas compter. Et puis, pour un chat, elle baisse sa garde et montre un peu de sa fragilité bien cachée sous sa carapace.

L’eau n’est pas toujours claire, la pluie et la boue s’invitent souvent, les hommes se rendent coup pour coup, le sang coule presque autant que la bière, mais crévindieu que l’écriture et le style sont addictifs. Râpeux comme une Guinness, rythmés comme une tempête en mer d’Erin, et envoûtants comme une ballade irlandaise….. D’ailleurs, ça et là, quelques références musicales de qualité, des artistes ou de belles complaintes irlandaises : Sharon Shannon, The Fields of Athenry …. Et on peut penser que ces choix ne sont pas anodins….. Merci Monsieur Coquet pour le voyage ! Je serai bien restée un peu plus ……

"Dans la neige" de Danya Kukafka (Girl in Snow)


Dans la neige (Girl in Snow)
Auteur : Danya Kukafka
Traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Claude et Jean Demanuelli
Éditions : Sonatine (7 Février 2019)
ISBN : 978-2355846649
360 pages

Quatrième de couverture

Dans cette petite ville du Colorado, on adore ou on déteste Lucinda Hayes, mais elle ne laisse personne indifférent. Surtout pas Cameron, qui passe son temps à l'épier, ni Jade, qui la jalouse terriblement. Encore moins Russ, qui enquête sur sa mort brutale. On vient en effet de retrouver le corps de Lucinda dans la neige.

Mon avis

Nous sommes en 2005, en plein hiver, à Broomsville, dans le Colorado, une jeune lycéenne est décédée, découverte dans un parc près de chez elle. Elle s’appelait Lucinda Hayes et tant dans son établissement scolaire que dans son quartier, c’est la stupeur complète. Qu’a-t-il pu se passer ? La mort n’est pas naturelle, qui et pourquoi ?

Ici, pas d’enquête où nous suivons les recherches de la police ou le passé de l’adolescente pour comprendre. Nous nous trouvons face à une construction originale où tour à tour sont mis en lumière :  Cameron, Jade et Russ.
Cameron, un élève du même lycée qui admirait, espionnait, surveillait Lucinda. Un adolescent, dont les professeurs diraient, en conseil de classe, qu’il est « particulier ». Son attachement à Lucinda vire à l’obsession, il la dessine sans arrêt, passe une partie de ses soirées en mode « nuits-statues » debout, caché, à regarder les voisins vivre leur vie et il sait beaucoup de choses sur eux. Son mal-être l’empoisonne et l’empêche d’avoir des relations normales et simples. Est-il coupable, a-t-il des éléments sur le drame ?
Jade, est également scolarisée au même endroit. Sa petite sœur est très amie avec celle de Lucinda et les deux familles ont souvent réuni leur progéniture. Mais Jade ne s’est jamais sentie proche de Lucinda, c’est même presque le contraire. Une forme d’indifférence l’habite. D’ailleurs, pas de larmes lorsqu’elle apprend le décès.  Elle a été très proche de l’ex petit copain de la morte. A-t-elle senti quelque chose, a-t-elle des éléments ? Et que cache ce détachement ?
Russ, le policier qu’on a appelé dès les premières minutes a des soucis dans sa vie privée. Il a été le coéquipier du père de Cameron qui a disparu (on apprendra pourquoi) et qui lui a confié son fils. Il vit avec Inès dont le frère, Ivan, a découvert le corps. Ce dernier, pas très clair aux yeux du policier, ferait un bon coupable….

Sur quelques jours d’enquête, nous passons tour à tour de l’un à l’autre, découvrant le côté obscur, la part d’ombre, de mystère, de ces individus. Rien n’est laissé au hasard, ni leurs ressentis, ni leurs conversations, ni leur passé qui apparaît petit à petit et qui nous dévoile des personnalités complexes. Tout est dans cette approche psychologique, faite à petites touches, à travers des chapitres qui présentent les relations que les uns et les autres entretenaient, leurs écrits secrets, leur mode de vie….. Chacun se pose des questions sur les autres.
« On s’active tous à essayer de se comprendre et de comprendre les autres. Mais il y a des moments où les petites bulles d’humanité que nous sommes entrent en collision. »

Il y a également les habitants du lieu avec leurs non-dits, leur jalousie, leurs problèmes. On s’aperçoit vite de l’impact de la mort de la jeune fille sur la communauté. L’ambiguïté des liens établis entre les gens du coin instille une atmosphère lourde de silence, parfois presque étouffante.

Le rythme est plutôt lent, sans aucun doute à cause de l’articulation des chapitres qui ne nous amène pas à suivre une intrigue avec des rebondissements comme dans un polar plus classique. C’est vraiment le côté psychique qui est privilégié et la complexité de l’esprit humain. Mais l’auteur s’en sort de main de maître (alors qu’il s’agit de son premier récit). L’écriture est précise, fouillée, addictive car le lecteur a le besoin de cerner plus précisément ceux qui ont tous eu un lien avec la jeune Lucinda afin de connaître la vérité.

J’ai beaucoup apprécié cette lecture. Danya Kukafka a déjà un style bien à elle, personnel et rempli de maturité.




"Tango à la romaine" de Philippe Carrese


Tango à la romaine
Auteur : Philippe Carrese
Éditions : de l’Aube (3 Janvier 2019)
ISBN : 978-2-8159-3186-1
296 pages

Quatrième de couverture

Mai 1967, sur les bords du Tibre. Le groupe Potere Rosso, « le Pouvoir rouge », est fin prêt à passer à l’acte. Les attentats s’annoncent spectaculaires. Mais la révolution n’est pas un exercice facile, surtout lorsque toutes les attentions sont focalisées sur d’autres événements d’importance : la sortie de l’album Sgt. Pepper’s des Beatles, la guerre des Six Jours en Palestine, les querelles intestines à l’ambassade américaine, la pusillanimité des communistes du Latium, les désordres gastriques du responsable local de la CIA, les cours de tango argentin dans les salons de Trastevere et les doutes existentiels de Pietrino Belonore, notre héros en croisade viscérale contre les soldats yankees.

Mon avis

C’est le quatrième livre de Philippe Carrese mettant en scène la famille Belonore et permettant de revisiter l’histoire de l’Italie à travers l’atmosphère de la période décrite. Nous sommes avec Pietrino, un jeune homme qui vit chez une logeuse à Rome et qui a un travail régulier. Il veut lutter contre le pouvoir et l’impérialisme américain et décide de s’investir dans le groupe Potere Rosso (le pouvoir rouge). On le choisit pour une mission spéciale et …. à cause d’un coup de foudre (et pas un coup de folie…), rien ne se passe comme prévu…. comme avec l’arroseur arrosé…..Il doit se faire oublier mais ce serait sans compter sur ses « camarades de lutte » qui n’ont pas l’intention d’en rester là. Si on rajoute une victime collatérale de l’événement raté, décidée elle à se venger…Cela fait beaucoup de personnes liées par une même problématique qu’aucune n’aborde sous le même angle et de la même façon….

Le début du roman installe différents protagonistes. On les découvre dans leur quotidien, leurs questionnements, leurs souhaits, leur part d’ombre, leurs doutes, leurs projets. Puis à partir de la moitié du livre, les choses s’accélèrent et … chassez le naturel, il revient au galop !
Et là, tout part dans un joyeux tourbillon de mensonges, de trahisons, de manipulations, de tricheries, de faux semblants où le pauvre Pietrino a bien du mal à démêler le vrai du faux et à savoir qui est sincère avec lui ……

Les personnages sont hauts en couleurs, avec des caractères bien trempés. Zefirino, Pietrino et Foscarina sont ceux que j’ai préférés car ils savent aller jusqu’au bout de ce qu’ils pensent, en prenant des risques. Zefirino qui peut passer pour le pauvre gars de service n’est pas si niais qu’il en a l’air, il est bien plus fort mentalement qu’on l’imagine. Pietrino est encombré par ses émotions, ses émois qu’il n’arrive pas toujours à gérer mais quand on le pousse à bout, il peut se réveiller et être très fort. Quant à Foscarina, la logeuse, elle est intelligente (normal, c’est une femme 😉), rusée, futée et pleine de ressources.  Les seconds rôles comme les employés du restaurant, Beatrix ou d’autres sont intéressants également.

L’ambiance est très vivante, il se passe toujours quelque chose et le lecteur doit maintenir son attention pour ne pas perdre le fil. Les lieux évoqués sont bien décrits, présentés en peu de mots, suffisamment précis pour qu’on visualise la scène (ah, les repas au restaurant, purement jubilatoire). Il y a les individus mais aussi les services secrets, les organismes clandestins, les hommes politiques et ce qui se déroule dans la ville et en dehors voire dans le monde …… Tout cela donne un recueil abouti, original par son approche parfois un tantinet décalée.

L’écriture est fluide, pleine d’humour et très agréable, il y a un petit peu de dérision, juste ce qu’il faut pour nous faire sourire. J’ai trouvé cela très bien, ça apporte un peu de légèreté et c’est de la moquerie gentille, au second degré, du comique de situation en quelque sorte. Le style de l’auteur est plaisant et permet de passer un bon moment !
 



"Idaho" d'Emily Ruskovich (Idaho)


Idaho (Idaho)
Auteur : Emily  Ruskovich
Traduit de l’américain par Simon Baril
Éditions :  Gallmeister (3 Mai 2018)
ISBN 978-2-35178-129-6
368 pages


Quatrième de couverture

Idaho, 1995. Par une chaude journée d’août, une famille se rend dans une clairière de montagne pour ramasser du bois. Tandis que Wade, le père, se charge d’empiler les bûches, Jenny, la mère, élague les branches qui dépassent. Leurs deux filles se chamaillent et chantonnent pour passer le temps. C’est alors que se produit un drame inimaginable, qui détruit la famille à tout jamais. Neuf années plus tard, Wade a refait sa vie avec Ann. Mais alors que la mémoire de son mari s’estompe, Ann devient obsédée par le passé de Wade.

Mon avis

« Il y avait une certaine intensité inhérente à toute chose jusqu’à ce qu’un jour, il n’y en ait plus. »

C’est le premier roman d’Emily Ruskovich et il est éblouissant. Lourd de sens, complet et complexe, il emporte le lecteur sur les chemins de la mémoire, du passé, de ce qui construit et détruit les hommes et les femmes.

1995, Wade et Jenny sont en forêt avec leurs deux filles, ils taillent du bois et empilent des branches dans leur pick-up. Il fait chaud, il y a des moustiques, la chaleur pèse sur les organismes. Soudain, un drame et la famille est éclatée à jamais. Neuf ans plus tard, le père est remarié avec Ann. Il perd la mémoire, et son comportement devient instable, déroutant, voire même dangereux pour sa nouvelle épouse. Elle essaie de remonter le fil, de comprendre les événements qui se sont déroulés le jour où tout a basculé mais elle se heurte à la part d’oubli qui a envahi l’esprit de son mari.
« C’est la texture de ses souvenirs, non pas l’émotion, qui a disparu. »

Les chapitres, datés (et très étalés dans le temps de 1973 à 2025), car rien n’est linéaire, se succèdent, apportant leur lot de silences, de non-dits, de révélations, d’indices, glissés ça ou là…. On découvre comment Ann essaie de remonter le fil, ce qu’est devenue Jenny. C’est un récit très descriptif, je dirai même « analytique » dans le sens où chaque situation est décortiquée tant dans le contexte, le décor, que dans les émotions des uns ou des autres.
L’auteur a une écriture lumineuse, qui rayonne au-delà des mots. Elle est fouillée, travaillée, précise, pointue…. Ce qui est impressionnant (encore plus quand on sait qu’il s’agit d’un premier livre), c’est la maturité du style, du phrasé. Les paysages de l’Idaho sont évoqués avec minutie, on perçoit l’atmosphère, on entend les oiseaux ou le bruissement d’un ruisseau ou d’un animal….. On y est vraiment et, en outre, les troubles, les ressentis de chacun sont présentés avec finesse …. J’ai également été stupéfaite par l’évocation du drame, en quelques mots, sans en rajouter. Pourtant, c’est l’élément déclencheur pour les recherches d’Ann mais celui qui lit n’a pas besoin d’en savoir plus. L’absence de détails donne encore plus de poids à ce qui s’est passé.

Ce recueil aborde de nombreux thèmes : l’amour, la vieillesse, la perte de la mémoire, le deuil, la famille, la résilience, la nature, l’espoir et bien d’autres. Ce qui est très bien fait, c’est que tous ces sujets s’imbriquent, sont presque toujours présents en filigrane dans chaque chapitre …

Ce n’est pas un texte facile à lire, non pas parce qu’on passe d’une époque à l’autre puisqu’on se repère très facilement mais parce qu’il y a comme une espèce de lenteur, de nostalgie singulière et d’évanescence qui imprègnent les lignes, l’atmosphère toute entière, obligeant le lecteur à se poser pour à son tour s’imprégner de chaque mot choisi avec soin permettant ainsi que le murmure de la vie reste présent malgré tout ….. 

Sublime et délicat, ce premier roman rempli de poésie et d’une éclatante beauté est parfaitement réussi.

NB :  Bravo à Simon Baril pour son remarquable travail de traduction


"Faut-il te pardonner ?" de Christophe Coquin


Faut-il te pardonner ?
Auteur : Christophe Coquin
Éditions : lulu.com (22 novembre 2018)
ISBN : 978-0244136284
106 pages

Quatrième de couverture

Comment se construire lorsqu'on est livré à soi-même ? Comment pardonner à sa mère de l'avoir abandonné par cupidité ? Entre mises au point, vérités familiales et récit initiatique, l'auteur partage sans fausse pudeur son parcours atypique : trahison, solitude, homosexualité, drogue, croyance religieuse...

Mon avis

Ce livre fait un peu plus d’une centaine de pages mais il est dense en contenu.  Le témoignage de Christophe Coquin sur sa vie et sa relation avec Elle, sa génitrice est lourd. En effet, « Elle » n’a pas vraiment été mère, encore moins maman….et l’auteur de ce témoignage a dû se construire seul, à la force du poignet … Il a été courageux et volontaire en prenant la plume pour expliquer son cheminement, ses difficultés à avancer dans la vie car tout était instable autour de lui…. Sauf ses grands-parents puis l’amour de sa vie lorsqu’il l’a rencontré.

Il faut une sacrée force de caractère pour se tenir droit, ne pas se décourager quand on a vécu ce que Christophe Coquin a subi. Il pose des mots, se met à nu et ne nous cache rien. Pour autant son récit ne fait pas grand déballage et règlements de compte. Il présente des faits, les analyse brièvement, nous envoyant les questions qu’il s’est posé et que n’importe qui se serait posé à sa place….

J’ai été très intéressée par ce recueil. Tout simplement parce qu’on s’attache très vite à ce jeune garçon qui va devenir un homme, on a envie qu’il s’en sorte, qu’ « Elle » finisse par comprendre qu’il a besoin de son amour, de sa présence…. C’est tellement difficile de grandir seul ou presque….

L’écriture est fluide, on se repère très vite car les dates précèdent chaque anecdote, chaque période évoquée. Le style n’est pas vindicatif, il est réaliste. Il faut souhaiter que grâce à l’écriture de ce texte, Christophe Coquin ait trouvé une forme de paix intérieure, sans oublier ce douloureux passé mais en tournant, résolument, son regard vers l’avenir.

"Cabossés en série" de Henri Cachia

Cabossés en série : Dernières nouvelles exclusives de la folie ordinaire
Auteur : Henri Cachia
Éditions du Volcan (5 Mars 2018)
ISBN : 979-1097339050
144 pages

Quatrième de couverture

Voici les dernières nouvelles exclusives de la folie ordinaire. Il n'y a pas d'intrigue policière, dans la mesure où chaque protagoniste ne se cache mais au contraire dévoile ce qui l'a amené, selon lui, à certains excès. D'une faille, d'un petit dérapage, d'une trahison naît l'impensable cruauté. Des sentiments exacerbés et frustrés jaillissent des actes ignobles justifiés par un instinct de vengeance. On ne lira pas les raisons improbables de cette mise à la marge mais les conséquences en sont sanglantes. Dix nouvelles, dix portraits de Cabossés en série.

Mon avis

Un régal !

 Des petites histoires, un tantinet irrévérencieuses dans la mesure où elles écornent ce qui s’appelle la morale, écrites avec un humour décalé et qui font rire et sourire. Pourtant, si on réfléchit bien, les personnages frisent le hors la loi, décidant eux-mêmes de ce qui est bien ou pas. Se vengeant, se moquant, manipulant et tout cela pour notre plus grand plaisir. Est-ce bien raisonnable me direz-vous ? Oh que oui, il n’y a pas de mal à se faire du bien, dit-on et puis, on reste dans le domaine de la fiction…  Il ne faut évidemment pas se poser la question de savoir où l’auteur puise son inspiration….

Certains protagonistes décrivent leurs aventures en disant « je », nous prenant à témoins et nous rendant presque complice de leurs méfaits. Ils osent ce à quoi il nous est peut-être arrivé de penser … On serait presque admiratifs…. Je plaisante, hein !

L’écriture de l’auteur plante un décor en quelques lignes, décrit une situation et les éléments dont vous avez besoin pour imaginer sans problème les scènes (il y a un petit air de théâtre dans tout cela). C’est jubilatoire, tourné vers une certaine forme de dérision (ah le coupe papier jeté…) et très agréable à lire (et même à relire parce qu’il y a parfois un petit détail amusant qui apparaît la deuxième fois …)

 Ce petit livre a été pour moi une découverte, un moment plaisant et  
je me suis pris à rire toute seule en repensant à certaines choses 😉 Qu’est ce que ça fait du bien !

"Prends ma main" de Megan Abbott (Give Me Your Hand)


Prends ma main (Give Me Your Hand)
Auteur : Megan Abbott
Traduit de l’anglais (États-Unis) par Jean Esch
Éditions : Le Masque ((9 janvier 2019)
ISBN : 978-2702448779
340 pages

Quatrième de couverture

Kit est une jeune chercheuse en physique, ambitieuse, intelligente, en passe d’obtenir le poste de ses rêves auprès de son mentor et idole. Mais une nouvelle recrue vient troubler ses plans et son passé revient la hanter lorsqu’elle découvre que sa rivale n’est autre que Diane, sa meilleure amie du lycée, perdue de vue depuis plus de dix ans. Dix ans durant lesquels Kit s’est efforcée d’oublier Diane et le lourd secret qu’elles partagent.

Mon avis

Megan Abbott aborde une fois encore, avec finesse et doigté, les relations humaines et plus précisément les rapports amicaux entre filles, femmes, collègues…. Ces liens qui se créent à l’adolescence, souvent empreints de fascination, voire de manipulation et de jeux de séduction lorsqu’une des personnes essaie de prendre le dessus sur l’autre.

Kit et Diane n’étaient pas forcément destinées à être amies. Au lycée, un stage les réunit. La première issue d’une famille modeste qui rêve de réussir pour fuir ce coin de province, la seconde née avec une cuillère en argent dans la bouche mais pas forcément heureuse car ses parents ne sont pas présents pour elle. Un professeur de chimie les encourage à obtenir de bonnes notes et à poursuivre des études dans cette voie. Lors d’une soirée entre filles, elles échangent des secrets, des vrais, de ceux qu’il ne faut pas répéter même pas à une personne à la fois… Diane se décharge du sien sur Kit. Cette dernière va le porter toute sa vie et en souffrir car il s’agit d’un fait grave, qu’il faudrait dénoncer mais elle ne s’en sent pas le droit. Chacune avance dans la vie et elles ne sont plus en contact. Kit est en doctorat et a intégré un prestigieux laboratoire dirigé par une maîtresse femme. Deux postes d’adjoints sont à pourvoir et Kit est en concurrence avec d’autres doctorants. Soudain, la responsable annonce l’arrivée d’une nouvelle qui n’est autre que Diane. Tout l’univers de Kit est à nouveau bouleversé et son équilibre professionnel et personnel mis à mal…. Va -t-elle utiliser ce qu’elle sait pour obtenir le poste convoité et évincer Diane ? Ou la situation va-t-elle se retourner contre elle ?

Entre « maintenant » et « avant » ainsi que les pensées et ressenties de chacun, le lecteur avance pas à pas. On découvre le lien, presque malsain qui s’établit entre les différentes protagonistes féminines. Même si on n’a pas franchement d’empathie pour elles, ce roman se dévore. L’atmosphère est vite plombée par les non-dits et c’est très addictif, on veut absolument comprendre ce qui s’est passé, et en quoi c’est si important pour le présent. De plus, des événements perturbants vont se dérouler au laboratoire, ce qui n’améliore pas l’ambiance.

J’avais trouvé très intéressant le milieu de la gymnastique dans le précédent recueil de l’auteur. Cette fois, elle place son intrigue dans un laboratoire de recherches avec des doctorants en compétition pour des emplois. Mon fils ayant travaillé dans ce genre de lieu, je peux confirmer qu’il en est bien ainsi. Rivalités, intrigues, c’est celui qui bosse le plus et qui se fait bien voir du grand patron qui peut arriver, même si les compétences de la personne jouent aussi. Il ne faut pas hésiter à faire des heures supplémentaires pour progresser. Tout ceci est parfaitement décrit par Megan Abbott. Certains esprits chagrins reprocheront quelques aspects caricaturaux chez quelques-uns mais ce n’est pas bien gênant et c’est de toute façon très représentatif.

L’écriture fluide (merci au traducteur !), le style vif et agréable, assorti de nombreux dialogues donnent de la vie à ce livre qui nous narre le destin de trois femmes étroitement liées par l’étude de cas médicaux qu’elles veulent mener à bien mais également par ce qu’elles ont partagé et qui les lient à tout jamais. Dans ces conditions, peuvent-elles s’épanouir ? Est-on prisonnier des secrets qu’on nous confie et de ceux qu’on met en place nous-mêmes ? Megan Abbott aborde ce sujet dans une intrigue bien ficelée et  qui a été, pour moi, très agréable à lire.