"Mortelle tentation" de Christophe Ferré


Mortelle tentation
Auteur : Christophe Ferré
Éditions : L’Archipel (9 Octobre 2019)
ISBN : 9782809827385
385 pages

Quatrième de couverture

« Hier après-midi, non loin du GR 10, un randonneur a repéré des vautours qui tournoyaient à basse altitude. Intrigué, il s’est approché et a découvert le cadavre d’une jeune femme entièrement nue. » Depuis que le crime a fait la une des journaux, Alexia est sans nouvelles de son mari, parti quelques jours plus tôt marcher en solitaire dans ce coin sauvage des Pyrénées. D’abord inquiète elle en vient peu à peu à suspecter l’homme qui partage sa vie.

Mon avis

Alexia est avocate. Son mari, Peter, ancien rugbyman de renom, est architecte d’intérieur. Ils habitent à Toulouse dans une maison agréable avec leur fils Kevin, un jeune adolsecent. Régulièrement, Peter va randonner dans les Pyrénées, en solitaire. Il en a besoin mais, lorsqu’il part, il appelle son épouse le plus souvent possible et lui répète combien il l’aime. Lors de sa dernière sortie, Alexia reste plusieurs jours sans nouvelles. De plus, elle apprend qu’une jeune femme a été assassinée dans le coin où il marchait. A partir de ce moment-là, l’inquiétude monte en elle surtout que le téléphone de son compagnon est perpétuellement sur messagerie…. Que s’est-il passé, est-il lié à ce sordide fait divers ? Peut-elle soupçonner celui dont elle partage la vie depuis longtemps et à qui elle fait totalement confiance ? Ou a-t-il fait, lui aussi, une mauvaise rencontre ?

Alexia a une personnalité attachante, elle passe par tous les sentiments, ne sait plus qui croire, à qui se confier. Cela la place sans arrêt dans une situation ambivalente, en plein malaise. Tout accable Peter et pourtant des contradictions, des éléments surprenants, et son amour pour lui l’incitent à se méfier de cette accusation. Puis une nouvelle certitude se présente et elle n’a qu’un souhait : le rejeter, ne plus entendre parler de lui….On sent son désespoir, la tension qui l’habite en permanence. On se demande si elle retrouvera un jour un peu de paix intérieure… Quelles conséquences toute cette histoire aura-t-elle sur elle, sur son fils ? Qui sont ses vrais amis ? Sur qui peut-elle compter, s’appuyer ? Même le juge qui suit l’affaire ne semble pas net … Quant à son conjoint, son « image » est égratignée et on se demande s’il pense aux conséquences de ses actes ou s’il agit sans réfléchir, en égoïste…. Peter est-il l’homme droit, honnête, fidèle que tout le monde admirait ?

Il est intéressant de voir comment le doute s’insinue en chacun, comment il déstabilise toutes les convictions. Il ronge les rapports humains comme une mauvaise rouille, les modifient, il s’attaque à tout. Chacun réagit différemment et les questions fusent encore plus….

Habilement, Christophe Ferré propose plusieurs pistes. Le lecteur en suit une, se trompe, revient, repart. Un nouvel indice apparaît et ce qu’on pensait juste ne le semble plus vraiment. Au départ, l’intrigue paraît primaire puis elle devient plus complexe tant des éléments déroutants apparaissent. Peter est-il un sale macho tueur ou est-il victime d’une machination ? Est-ce aussi simple que ça ? J’ai trouvé excellente la complexité des différents protagonistes et de l’intrigue. Personne n’est vraiment lisse.

L’écriture est fluide, plaisante. Les chapitres courts maintiennent un rythme vif et captent l’attention du lecteur. Il n’y a pas de temps mort car sans cesse, une nouvelle révélation est annoncée. Le suspense est donc bien présent. C’est un vrai page-turner.

Le seul bémol qu’on pourrait mettre, c’est que parfois, le trait est peut-être exagéré mais lorsqu’on voit l’actualité, on ne s’étonne plus de rien. De fait, ce roman ferait un excellent téléfilm avec ses rebondissements, ses personnages troubles et cette ambiance inquiétante qui s’alourdit de page en page.

J’avais beaucoup apprécié le premier roman de l’auteur et il confirme son talent avec ce deuxième titre. Il a su intelligemment se renouveler tant dans les lieux que pour le contexte du récit. Dans quel coin nous emmènera-t-il la prochaine fois ?

NB : Encore une très belle couverture !



"L'ordre du jour" de Eric Vuillard


L’ordre du jour
Auteur : Éric Vuillard
Éditions : Actes Sud (29 Avril 2017)
ISBN : 978-2330078973
160 pages

Quatrième de couverture

Ils étaient vingt-quatre, près des arbres morts de la rive, vingt-quatre pardessus noirs, marron ou cognac, vingt-quatre paires d'épaules rembourrées de laine, vingt-quatre costumes trois pièces, et le même nombre de pantalons à pinces avec un large ourlet. Les ombres pénétrèrent le grand vestibule du palais du président de l'Assemblée ; mais bientôt, il n'y aura plus d'Assemblée, il n'y aura plus de président, et, dans quelques années, il n'y aura même plus de Parlement, seulement un amas de décombres fumants.


Mon avis

Les plus grandes catastrophes s’annoncent souvent à petits pas

La couverture du livre montre une photo de l’industriel allemand Gustav Krupp von Bohlen und Halbach prise en septembre 1931. Il est l’un des protagonistes de ce court récit qui revisite l'Anschluss c’est-à-dire l'annexion de l'Autriche par l'Allemagne nazie. Le 20 février 1933, vingt-quatre patrons allemands se réunissent. On découvre leurs échanges, leurs discussions, leurs choix et comment ils trouvent de la main d’œuvre à bon marché. Certains finiront par le payer au prix fort… Le président du Reichstag, Hermann Goering et Hitler viennent leur parler. Il faut être fort, en finir avec ce qui ressemble à un régime faible et donner de l’argent, beaucoup pour accompagner les projets du Führer. La face cachée de l'Anschluss est traitée avec dextérité.

J’ai trouvé ce récit un peu lourd au début (sans doute l’absence de dialogues en style direct n’allège pas le phrasé). Puis le contenu, l’approche que fait l’auteur des événements, des liens entre les hommes m’a intéressée et je suis rentrée totalement dans ma lecture.

Éric Vuillard ne cite pas ses sources, et ce livre est noté « récit »… Est-ce un roman, un essai, il me semble qu’il aurait été intéressant d’en savoir plus….

"La quête" de Carl Rodrigues


La quête
Auteur : Carl Rodrigues
Éditions : AFNIL (2 août 2019)
ISBN : 978-2955803295
170 pages

Quatrième de couverture

Une femme, deux hommes. Une histoire biblique, celle d’Adam et Ève. Un livre racontant une version différente de celle que l’on connaît. Et si Dieu trouvant une vie humaine trop courte, les avait condamnés à errer éternellement sur terre…

Mon avis

Sara et Peter s’aiment. Elle est libraire, il est pompier professionnel. Sara va passer quelques jours sur l’île où elle a grandi et où demeurent encore ses parents. Arrivée là-bas, elle fait une étrange rencontre. Un homme lui confie un manuscrit racontant la vraie histoire d’Adam et Eve. S’ensuit alors une mise en abyme de cette histoire dans le roman. Et là, le lecteur est ferré.

L’écriture est accrocheuse, agréable et le contenu intrigue, on a envie de comprendre. L’auteur a eu le bon goût d’éviter les longueurs, de ne pas en rajouter pour faire du remplissage. J’ai trouvé les deux périodes (la vie actuelle de Sara et celle d’Adam et Eve) équilibrés, bien pensés. En plus, la problématique évoquée est astucieusement glissée dans les différents évènements.

Sara est une femme intéressante. Elle a les pieds sur terre mais elle garde une bonne ouverture d’esprit. Ses parents sont aimants mais ils sont rationnels, ne laissant pas de place à la fantaisie.
En parcourant le recueil qui lui a été offert, Sara va découvrir des choses sur son passé. Laissera-t-elle de la place à ses révélations au risque de bouleverser sa vie ? Comment pourraient réagir ses parents, son époux ?

Ce récit est écrit avec un style vif, il est assez court et maintient l’intérêt du lecteur de belle manière. Je me suis laissée emporter par la lecture et j’ai passé un moment plaisant en compagnie des personnages.


"N'éteins pas la lumière" de Bernard Minier


N’éteins pas la lumière
Auteur : Bernard Minier
Éditions :  XO Editions (27 Février 2014)
ISBN 978-2-84563-631-6
620 pages

Quatrième de couverture

Christine Steinmeyer croyait que la missive trouvée le soir de Noël dans sa boîte aux lettres ne lui était pas destinée. Mais l'homme qui l'interpelle en direct à la radio, dans son émission, semble persuadé du contraire... Bientôt, les incidents se multiplient, comme si quelqu'un avait pris le contrôle de son existence. Tout ce qui faisait tenir Christine debout s'effondre. Avant que l'horreur fasse irruption.


Mon avis

Et voilà, je viens de lire mon premier ( et sans aucun doute, pas le dernier) roman de Bernard Minier. C'est ce titre qui m'a été conseillé et offert, donc lecture!

L'imagination de l'auteur est débordante, sa documentation (entre autres sur l'espace) excellente, son vocabulaire précis, son écriture fluide et addictive, je suis ravie de cette découverte.

Ce n'est pas une nouveauté que d'aborder le sujet de la perversité et du harcèlement mais c 'est bien traité, bien ficelé même si l'on est en droit de penser que c'est un tantinet exagéré.

Christine, animatrice radio, se retrouve, du jour au lendemain, au cœur de faits qu'elle ne maîtrise plus et elle ne comprend absolument pas ce qui lui arrive, qui peut lui en vouloir à ce point et surtout pourquoi. Parallèlement à sa terrible descente aux enfers, on suit un policier en arrêt maladie, qui reçoit des courriers bizarres, comme un jeu de piste, qui le mènerait, peut- être, à l'obligation d'ouvrir une enquête sur un suicide avéré... Ce sera l'occasion, pour lui, de "reprendre vie" et de sortir de sa retraite.
Évidemment, ces deux entrées finiront par se rejoindre.

J'ai beaucoup apprécié cet opus. Je l'ai trouvé remarquablement bien construit. L'angoisse monte pour Christine, mais également pour nous, au fil des pages et des chapitres qui se succèdent. On s'interroge sur qui est le plus malade, le plus tordu des personnages que l'on rencontre et quelles peuvent être les raisons de la personne qui est derrière tout cela. De temps en temps, un indice, minime, pourrait nous mettre la puce à l'oreille mais pris dans l'intrigue, on ne s'attarde pas et c'est seulement plus tard qu'on se dit "tiens ..."

Christine va-t-elle se laisser abattre, couler par le fond face à tout ce qui lui tombe dessus? Au contraire, va-t-elle réagir, lutter? Et si oui, aura-t-elle la force de tenter quelque chose? Où peut-elle trouver du soutien? Le cheminement de cette femme est très intéressant, et on découvre, petit à petit, tout ce qui, dans sa vie, l'a construite ou parfois détruite. En ce qui concerne, le flic, Servaz, on sent bien que le fait de retrouver un semblant d'activité, bien qu'en marge de ses collègues, lui permet de relever la tête. Ces études de caractère complètent tout à fait les actions qui s'enchaînent sur un rythme trépident et donnent un bel équilibre à l'ensemble du recueil.

Alors, à bientôt, Monsieur Minier !

"L'attaque du Calcutta-Darjeeling" de Abir Mukherjee (A Rising Man)


L'Attaque du Calcutta-Darjeeling (A Rising Man)
Auteur : Abir Mukherjee
Traduit de l’anglais par Fanchita Gonzalez Batlle
Éditions : Liana Levi (17 Octobre 2019)
ISBN : 979-1034901906
400 pages

Quatrième de couverture

1919. La Grande Guerre vient de se terminer en Europe. Après cette parenthèse éprouvante, certains Britanniques espèrent retrouver fortune et grandeur dans les lointains pays de l’Empire, et tout particulièrement en Inde. Ancien de Scotland Yard, le capitaine Wyndham débarque à Calcutta et découvre que la ville possède toutes les qualités requises pour tuer un Britannique : chaleur moite, eau frelatée, insectes pernicieux et surtout, bien plus redoutable, la haine croissante des indigènes envers les colons. Est-ce cette haine qui a conduit à l’assassinat d’un haut fonctionnaire dans une ruelle mal famée, à proximité d’un bordel ? C’est ce que va tenter de découvrir Wyndham .

Mon avis

Sam Wyndham a quitté Londres et Scotland Yard pour être muté, à sa demande, en Inde, à Calcutta. Nous sommes après la première guerre mondiale, sa femme est décédée, il se sent seul et plus rien ne le retient dans son pays. Le capitaine Wyndham a besoin de se remettre des traumatismes vécus pendant cette période où, en outre, il a vu des choses très difficiles lors des combats.  Venir dans un tel lieu, où les britanniques règnent en maître sans être vraiment aimés, n’est pas évident mais notre brillant policier espère y trouver un nouvel équilibre.

Le Mercredi 9 Avril 1919, un haut fonctionnaire est retrouvé assassiné pas très loin d’une maison close. Dans sa bouche, un papier « Quittez l’Inde » probablement à destination des anglais. Pourquoi a-t-il été tué et par qui ? Sam, aidé par ses collègues indiens, va devoir mener l’enquête. Rapidement, il déchante en comprenant que rien ne sera facile. D’abord, beaucoup de personnes pouvaient avoir le souhait de se venger. Des collègues jaloux, des révolutionnaires, des natifs du lieu souhaitant transmettre un message fort et puis les procédures policières ne sont pas les mêmes.  Lorsque le capitaine se renseigne, c’est souvent que la réponse commence par « Vous êtes nouveau à Calcutta… » C’est dire le poids des coutumes, du quotidien des habitants du cru… On n’interroge pas une femme comme on le ferait ailleurs. Ici, elles se doivent d’être discrètes, effacées, presque soumises et transparentes …. C’est l’époque où les lois Rowlatt ont été promulguées, elles permettent d’arrêter les agitateurs, sur un soupçon de terrorisme ou d’activité révolutionnaire. Les indiens s’insurgent. Il faut donc se méfier des rassemblements…. Notre homme n’en a cure. Il veut résoudre son affaire et continue de fouiller, chercher, quitte à déranger …. Ses relations avec ses collaborateurs sont parfois difficiles car les « codes » des deux pays, les modes de fonctionnement ne sont pas identiques. Pour ceux qui collaborent avec lui, ce n’est pas aisé : être du côté de la police pour un indien n’est pas forcément bien vu, collaborer avec un anglais encore moins… J’ai trouvé très intéressant de voir comment les liens entre ces hommes, faits de respectueuse distance mais aussi d’échanges pour avancer, évoluent.

MacAuley, celui qui a été tué, était proche de deux personnes :  le vice-gouverneur, et un prince marchant, écossais comme lui.  Les deux lui faisaient confiance mais profitaient de lui….. A-t-il fini par les déranger, allait-il révéler des malversations, des tromperies ? Sam Wyndham essaie de cerner l’individu ….S’il comprend les raisons du meurtre, il pourra remonter jusqu’à celui qui a commandité l’acte. Mais il n’est pas toujours en état de travailler, il doit faire face à ses propres démons, à son besoin de drogue pour vaincre ce qui l’a blessé, il reste hanté par la grande guerre. C’est vraiment un personnage captivant que l’on aimera à retrouver dans d’autres récits. Il se fait des alliés, des ennemis également. Mais il reste ferme dans son besoin de compréhension non seulement de l’enquête mais également de la vie dans cette colonie. Au fil de ses investigations, sa perception des autochtones s'affine et son approche se modifie.

« Le problème, capitaine, c’est que pendant les deux derniers siècles nous avons fini par avaler notre propre propagande. Nous nous sentons supérieurs aux abrutis que nous dominons. Et tout ce qui menace cette fiction menace l’édifice tout entier. C’est pourquoi l’assassinat de MacAuley a fait tant de bruit. C’est une attaque sur deux niveaux. D’abord elle nous montre que certains Indiens au moins ne se considèrent plus comme inférieurs, au point de réussir à assassiner un membre aussi en vue de la classe dominante, et ensuite parce qu’elle détruit la fiction de notre supériorité. »

Au-delà des investigations policières, l’atmosphère parfois tendue, les rapports humains, le côté historique sont parfaitement développés et m’ont captivée. Ancrer son texte dans cette période décisive   de l’histoire anglo-indienne a certainement demandé beaucoup de recherches à Abir Mukherjee et il s’en sort à merveille. Le lecteur s’imprègne de l’ambiance, des différents personnages sans aucune difficulté. C’est une lecture aboutie, très bien écrite (merci à la traductrice), placée dans un contexte riche qui apporte un intérêt supplémentaire. Premier d’une série qui comporte quatre autres titres, j’espère bien que les éditions Liana Levi ont mis une option pour la suite ! Moi, je suis pour !

"L'héritage Davenall" par Robert Goddard (Painting the Darkness)


L’héritage Davenall (Painting the Darkness)
Auteur : Robert Goddard
Traduit de l’anglais par Elodie Leplat
Éditions : Sonatine (26 Septembre 2019)
ISBN : 978-2355847288
710 pages

Quatrième de couverture

1882. St John's Wood. Lorsqu'un homme se présente aux portes de la maison de Constance Trenchard, celle-ci ne se doute pas que sa vie va être bouleversée. L'homme prétend en effet être Sir James Davenall, son ancien fiancé, disparu une semaine avant leur mariage et que tout le monde croit mort depuis dix ans. Si Constance le reconnaît, toute la famille Davenall, en particulier sa mère et son frère, Hugo, héritier du prestigieux domaine de Cleave Court, prétend qu'il s'agit d'un imposteur. C'est le début d'un incroyable puzzle, sur fond d'aristocratie victorienne et de secrets de famille, qui, après de multiples rebondissements, connaîtra une conclusion tout à fait inattendue.

Mon avis

En 1871, Constance devait épouser son fiancé, James Davenall. Mais peu avant le mariage, il a disparu, laissant une lettre où il explique qu’il va mettre fin à ses jours (sans en donner la raison). Il a fallu beaucoup de temps à la jeune femme pour se reconstruire mais finalement elle a épousé William Trenchard et ils ont eu une petite Patience.

Nous sommes maintenant en 1882, et un homme se présente à la porte du jeune couple. Il dit porter le nom de James Norton mais être en vérité James Davenall … Il vient pour récupérer son héritage de baronnet et compte sur Constance pour témoigner de son identité. Sa famille le rejette, arguant qu’il ment et il faut qu’il trouve des soutiens pour prouver sa bonne foi. Est-ce James ou un imposteur qui ne vise que l’argent ?

On pourrait se dire que c’est oui ou non… Mais on n’est pas à l’époque où un test ADN suffit pour établir des liens familiaux… Il faudra bien les sept cents pages qui constituent ce roman pour démêler l’immense toile d’araignée construite sous nos yeux. C’est William Trenchard qui s’exprime, soit en racontant les faits, soit en évoquant des épisodes passés. Il y a également quelques situations présentées par un narrateur.

Machinations, perversions, mensonges, tricheries, plusieurs pistes sont lancées. Le lecteur essaie de comprendre, de savoir qui tire les ficelles mais sans cesse les choses lui échappent. Ce sont des conflits d’intérêt, des conflits d’amour décrits avec précision, doigté. Dans ces milieux bourgeois, aristocratiques, certains ne souhaitent pas préciser d’où vient leur fortune. D’autres, considérant qu’ils sont les maîtres, se croient tout permis, y compris de maltraiter le petit personnel pour mieux le chasser après, lui faisant porter au passage une dose de culpabilité. La

Alors ? James est-il en train de rétablir la justice ou de préparer une vengeance ? Qui a tort ? Qui a raison ? Quels vont être les dommages collatéraux de cette réapparition ? Personne ne peut en sortir indemne. Ni Constance, tiraillée entre l’amour d’hier et celui d’aujourd’hui. Ni la famille et les amis de James, ni James, ni tous ceux qui de près ou de loin seront liés à cette intrigue.

C’est avec une écriture raffinée, élégante, très vieille Angleterre mais agréable et facilement lisible, que l’auteur nous raconte par le menu toute une succession d’événements, de révélations qui relancent régulièrement le rythme. On ne s’ennuie pas une seconde et lorsqu’une piste se dessine, elle est vite effacée ou troublée et il faut refaire des déductions, réfléchir à ce qui peut être possiblement une réponse à nos questions…. Les différents protagonistes ont des personnalités intéressantes, pas franchement lisses et on sent bien que tout n’est pas dit. Quant à l’atmosphère, c’est un régal, on voit les paysages, on sent la pluie, le vent, la brume ou le rayon de soleil. Le style de Robert Goddard est toujours très suggestif, envoûtant.

J’ai particulièrement apprécié de ne pas savoir à qui faire confiance. Il y a chaque fois un petit détail, style grain de sable, qui vient semer le doute et relancer la partie comme s’il s’agissait d’un image jeu de cache-cache, chacun se glissant, soigneusement, derrière un masque de bienséance qui n’est peut-être qu’hypocrisie et illusion…



"Marie-Thérèse la "champie"" de Joëlle Crépet


Marie-Thérèse la « champie »
Auteur : Joëlle Crépet
Éditions : Passion du Livre (8 Juillet 2019)
ISBN : 979-1097531010
505 pages

Quatrième de couverture

Être une "champie" c'est être née dans les champs, Dédé le décrit très bien. Marie-Thérèse a eu la chance d'avoir été placée chez des personnes instruites et d'une parfaite éducation. Après une enfance très heureuse dans le Poitou, Dédé, son grand amour d'enfance lui tourne brusquement le dos et lui présente un si joli, si gentil garçon... Si entreprenant aussi...

Mon avis

On les appelait « les enfants de l’assistance », ils étaient confiés à des familles, aimantes ou pas…. Marie-Thérèse est une de ces enfants. Très jeune, elle a été accueillie par un couple âgé sans progéniture. Ils lui ont donné beaucoup d’amour, une belle éducation et de saines valeurs. On la découvre en 1938, et on la suit jusqu’en 2000….Toute une vie s’écoule sous nos yeux… La seconde guerre mondiale, celles d’Indochine et d’Algérie, Mai 68 etc ….

C’est avec une écriture douce, fluide, pleine de tendresse pour son personnage principal que Joëlle Crépet nous présente les journées de « la champie ». C’est elle qui s’exprime et qui dévoile ses ressentis, ses sentiments, ses joies, ses espoirs, ses déceptions, ses peurs… Dans son enfance, elle apprend que ceux qu’elle appelle Papa, Maman ne sont pas ses parents. Une fois la déception passée, elle comprend tout l’amour qu’ils lui portent. Elle se sent proche de Dédé, le fils des voisins mais finalement, à quinze ans, c’est avec Amand qu’elle fera sa vie…. Mariée jeune, elle est régulièrement enceinte et la vie n’est pas facile.  Le quotidien des femmes à cette époque n’était pas évident, et les problèmes rencontrés de « place dans le couple », ou dans la société sont évoqués avec beaucoup de justesse.  Le mari, Amand, de Marie-Thérèse étant militaire, elle a dû s’adapter, accepter ses absences quand il partait en mission, le suivre dans les garnisons, en Algérie dans une période trouble, en France dans divers lieux. Leurs enfants grandissent, changent, voient les difficultés d’entente de leurs parents…. Et ne savent pas comment agir, craignant les représailles…
Une des grandes forces de ce récit, c’est une description du contexte, entre autres historique, en quelques phrases bien ciblées. Les scènes présentées sont très visuelles, bien « croquées » (je pense notamment au cochon sacrifié, comme me l’avait raconté ma grand-mère).

J’ai vraiment apprécié cette lecture. Elle est agréable, intéressante pour l’évolution de la condition féminine. Marie-Thérèse a été habituée à obéir, à ne pas choisir mais dans ses réflexions, on sent qu’elle est consciente de cet état de faits. Elle est « disciplinée », humble, attachante, elle dégage du charisme, de la force de caractère, elle aime ceux qu’elle a mis au monde, elle les protège et fait tout pour eux.  L’auteur a choisi d’enchaîner les années, les événements, c’est une excellente idée. Cela donne du rythme et on ne ressent aucun temps mort. J’ai lu les cinq cents pages d’une traite et j’aurais volontiers accompagner Marie-Thérèse plus longtemps.

Joëlle Crépet a vraiment un style élégant et une très belle plume. Et pour un petit plaisir supplémentaire, la couverture est comme l’histoire de cette femme : lumineuse.