"Le corail de Darwin" de Brigitte Allègre

 

Le Corail de Darwin
Auteur : Brigitte Allègre
Éditions : Actes Sud Littérature (4 Mai 2012)
ISBN : 978-2-330-00673-0
400 pages

Quatrième de couverture

Tomber pile sur ce qu’on n’imagine même pas chercher, l’objet d’un désir qu’on ignore éprouver. (…) Les deux femmes, Livia et Vigdis, ont saisi une balle au bond, une balle surgie de nulle part en particulier (et hop). De lien en lien elles ont fini par inscrire une série de mots clés dans un moteur de recherche. Hébergement. Séjour. Etranger. Et elles se trouvent.

Mon avis

« L’Islandaise a grandi sur la portion d’écorce terrestre, si neuve que par un tour de passe-passe on y retrouve les racines de notre univers […..]. L’italienne, elle, a vécu jusqu’alors en un lieu où le passé escamote le présent, où le futur n’est que ruines annoncées, les somptueux vestiges de la ville […]

Par un de ces concours de circonstances que certains appellent le destin, Vigdis et Livia vont échanger leur logement respectif. Ce qui, au départ, devait se révéler comme un déplacement touristique va devenir un voyage initiatique. Les caprices de la météo dont tout un chacun dépend sans pouvoir les maitriser, vont entraîner ces deux femmes au-delà de leur vie habituelle, visitant non seulement un lieu, mais aussi des personnes et toute une vie, allant à la rencontre des autres mais surtout d’elles-mêmes. Elles ne ressortiront pas indemnes de la situation et se trouverons confronter à des choix qu’elle n’avait même pas imaginés.

Porté par une écriture délicate, magnifiquement ciselée, au vocabulaire choisi mais jamais ostentatoire, introduit avec délicatesse dans les titres (« sérendipité ») ou les phrases composant les chapitres, ce roman est comme une parenthèse qui se savoure, se mérite, s’offre à vous.

On avance pas à pas avec nos deux touristes, on découvre les « fragments » de Tancredi Autenzio, lié à l’une d’elle. Ces chapitres, insérés de façon régulière dans le reste du récit, apportent ce qu’il faut de digression pour qu’on ne trouve pas le contenu trop linéaire et qu’une petite aura de mystère accompagne le destin de ces deux personnes.

La communication a une grande part dans ce roman, entre les deux protagonistes mais également avec les individus qu’elles côtoient. L’analyse fine et subtile des relations humaines dans toute leur complexité est très bien retranscrite par l’auteur. Que ce soient internet, les post it collés ça et là dans l’appartement romain, la liseuse etc …. ou même les silences, les non-dits, tout est matière à évoquer, avec pudeur, l’infinité des ramifications de la pensée et des sentiments des hommes et des femmes …..

Une très belle lecture où une phrase a été écrite pour moi ;-)

« Tout savoir à l’avance, dans le moindre détail, c’est son idéal. Au point de commencer les romans par la dernière page, le dernier chapitre, et de se renseigner sur les aléas et la fin des films qu’elle va voir. "

"Le fric ou l'éternité" de Paul Chazen

 

Le fric ou l’éternité
Auteur : Paul Chazen
Éditions : Jigal (15 Septembre 2022)
ISBN : 978-2377221721
130 pages

Quatrième de couverture

Ici, la Famille avait toujours régné en maître absolu. Socrate, lui n’en savait rien et n’en soupçonnait même pas l’existence. Mais comme au flipper, parfois il y a des rencontres qui bouleversent les destins ! Pour Socrate, ce sera Nino. Et avec lui son cortège de tsunamis. Parce que, il faut bien le dire, tueur, ce n’est quand même pas un métier comme les autres ! Gratifiant ? Oui, bien sûr. Mais pas facile tous les jours de tenir sans arrière-pensée la balance du jugement dernier ! Parfois, il suffit d’un rien…

Mon avis

Brut et essentiel ….

…. Comme les rencontres de Socrate tout au long de ce roman décoiffant, original et prenant.
…. Comme l’écriture de l’auteur.
…. Comme les titres musicaux parsemés au long du récit.
…. Comme une lecture qui fait mouche.

Appelons-le Socrate. Il n’est pas tenté par une petite vie, presque de misère, comme ses parents. Il a vu certains des siens habiter dans une espèce de bidonville et berk, ce n’est pas ce qu’il veut. Pourtant, c’est ce qu’il fait. Un petit boulot, pas beaucoup d’argent, il vivote. Il n’a pas choisi, ni l’école, ni sa famille. Mais comment changer tout ça ?

Un rien, un regard échangé dans le miroir d’un café et le voilà de l’autre côté. Tueur à gages à ses heures perdues, largement suffisant pour améliorer le quotidien.
Avant « il avait traîné sa détresse de longues années, comme une espèce de bonheur en négatif. »
Et puis il y a eu cette rencontre, improbable, bouleversante en quelque sorte, mais vivifiante. Maintenant il agit, discrètement, à la demande, et sans se faire prendre. Ça lui va bien, il est heureux. Lui, il aime le boulot bien fait, bien fini, bien propre (même si le sang gicle) et il sait se fondre dans la foule, se faire oublier. Un contrat par ci, un contrat par là et hop les poches se remplissent. Il travaille seul, c’est mieux et puis d’abord, ça évite les embrouilles.

Mais peut-on vivre tout le temps comme ça ? Ne risque-t-on pas de commettre une erreur, d’être doublé, coincé ? La morale ? Il ne semble pas y penser Socrate, enfin peut-être que c’est ce qu’on imagine … alors que lui, il voit plus loin …

Avec des descriptions au cordeau, une langue syncopée ne s’embarrassant pas de fioritures, Paul Chazen manie le verbe avec un doigté exceptionnel, chaque mot fait mouche comme les coups tirés par Socrate. C’est un livre de mecs, ils sont là, bien présents, le dernier, Wu, apportant une forme de sagesse… Est-ce pour autant que ça finira bien ?

Chaque chapitre est ouvert par une citation-proverbe totalement improvisé (e) où l’humour le dispute à la raison « Pour changer de place, renverse la situation. » J’ai trouvé ça carrément jubilatoire, profond l’air de rien et plein de sens même si c’est parfois surprenant (je pense au scarabée).

J’ai cherché des renseignements sur l’auteur (j’aime bien savoir ce qu’il en est) et il n’y a pas grand-chose, ce doit être un homme secret, comme son personnage. Je vais essayer d’en savoir plus.

En tout cas, ce qui est sûr, c’est qu’en moins de cent trente pages, il vous embarque dans son univers et vous y êtes, pris dans les rets, et prêt pour un nouveau titre avec lui !

NB: La bande son est donnée en fin d'ouvrage.

"Une enquête philosophique" de Philip Kerr ( A Philosophical Investigation)

 

Une enquête philosophique (A Philosophical Investigation)
Auteur : Philip Kerr
Traduit de l’anglais par Claude Demanuelli
Éditions du Masque (1 er Juin 2011)
ISBN : 978-2702434840
391 pages

Quatrième de couverture

« Je tue, donc je suis. »

L’action d’ « Une enquête philosophique », écrite en 1992, est située en 2013.Le lecteur d’aujourd’hui va se délecter de l’intelligence, de l’humour carnassier et du sens du suspense de Philip Kerr. Il constatera aussi que le texte n’a pas pris une ride : l’auteur avait anticipé les dérives policières et sécuritaires, le racisme banalisé, les risques informatiques, et jusqu’à la grande sécheresse ! L’inspecteur principal « Jake » Jacowicz mène l’enquête. Une dure à cuire drôlement futée, dont la particularité est de détester les hommes. Son adversaire est à la hauteur : un serial killer qui figure sur une liste ultra secrète de criminels sexuels potentiels, tous affublés-sécurité oblige !- d’un nom de philosophe Le méchant, baptisé Wittgenstein, ayant infiltré l’ordinateur central du ministère de l’intérieur, entreprend d’éliminer ses compères un à un. Le duel hautement philosophique et pervers qui se livre ici oscille entre le cynisme et une extrême drôlerie. Un régal.

Mon avis

Ce livre porte son nom à merveille.

La philosophie est omniprésente, de façon originale : par l’intermédiaire des criminels potentiels affublés de noms de philosophes mais aussi par la présence de références nombreuses. En effet, les courants de pensées philosophiques sont évoqués de façon précise et les idées du philosophe autrichien Wittgenstein particulièrement détaillées.

Cela a entraîné chez moi, le réflexe habituel : je suis allée consulter, ingurgiter, lire, décortiquer des pages et des pages d’informations sur lui et les autres cités pour comprendre, savoir ce qui était vrai ou pas, d’où la nécessité de plusieurs jours de lecture pour arriver au bout des trois cent quatre vingt onze pages qui composent ce roman.

Une histoire complexe, complète, mais pas compliquée.

Complexe de par son contenu : les références littéraires et philosophiques instillent un rythme lent qui peut donner l’impression d’être frustrant. On pourrait souhaiter « sauter » ces allusions mais le livre perdrait de sa richesse. Complexe aussi parce qu’on va alterner l’intrigue écrite à la troisième personne du singulier avec les réflexions du tueur principal livrées dans deux carnets : un brun, un bleu (cela n’a pas été sans me rappeler « Le carnet d’or » de Dors Lessing.

Complète parce que l’histoire est « fouillée », le vocabulaire choisi, les situations analysées, les ressentis (peut-on parler de « sentiments » pour un tueur ?) des uns et des autres bien décrits. Complète aussi parce que rien n’est laissé au hasard.

Pas compliquée car tout se déroule à Londres et il n’y a pas foultitude de personnages.

Le tueur dissèque la philosophie, et pas seulement ça, il se fond dans l’esprit de Wittgenstein. C’est tellement bien fait que cela semble tout naturel qu’il pense ainsi.

« L’attribution d’un nom à une chose est-elle toujours réellement arbitraire, ou bien peut-on trouver un sens à la manière dont sont nommées les choses ? »

L’analyse (page 195) sur notre attitude de lecteur est un régal.

Son esprit est enfiévré, ses écrits tortueux, de temps à autre torturés, ses méthodes de piratage informatique pas si futuristes que ça … Mais on accompagne Jake dans la découverte du tueur et on a le souhait de comprendre.

L’inspecteur Jacowicz, « Jake » qui déteste les hommes (est ce pour cela qu’on dit « Jake ?», refuse-t-elle son « état féminin » ?) mène l’enquête. D’habitude, elle s’occupe plutôt de tueurs en série s’en prenant aux femmes. Or, là c’est le contraire.

Têtue, opiniâtre, tenace, elle traque le tueur, essayant de comprendre son mode de fonctionnement, se faisant aider par un génie de l’informatique et un philosophe très doué. Les raisonnements logiques de Jake m’ont interpelés, aurais-je cheminé ainsi à sa place ?

Jake ne manque pas d’humour. Se faisant draguer par un homme demandant si le siège voisin est libre, elle répond qu’il est occupé par le Seigneur et interpelle le prétendant en le questionnant pour savoir s’il se préoccupe du salut de son âme. La réaction escomptée sera la bonne, il va s’enfuir précipitamment ….

C’est une femme très intelligente, licenciée en psychologie, qui suit une psychothérapie et porte en elle une part d’ombre qui la rend très humaine. Son attitude, l’énergie qu’elle met à déchiffrer les événements, la rendent attachante.

La réalité virtuelle et le coma punitif sont les deux visions très futuristes de l’auteur. Mais il y a aussi le « dialogue » entre le tueur et Jake, qui apporte « un plus » au roman. Arrivera-t-il à contenir sa violence, à discuter avec elle ? Sera-t-elle capable de rentrer en contact avec lui alors qu’elle déteste les hommes ?

À éviter sur la plage ou si on a peu de temps, ce livre demande de la concentration pour en apprécier la qualité et l’originalité qui lui donnent toute sa valeur.

"Dessous les roses" d'Olivier Adam

 

Dessous les roses
Auteur : Olivier Adam
Éditions : Flammarion (24 Août 2022)
ISBN : 978-2080286192
256 pages

Quatrième de couverture

- Tu crois qu'il va venir ? m'a demandé Antoine en s'allumant une cigarette. J'ai haussé les épaules. Avec Paul comment savoir ? Il n'en faisait toujours qu'à sa tête. Se souciait peu des convenances. Considérait n'avoir aucune obligation envers qui que ce soit. Et surtout pas envers sa famille, qu'il avait laminée de film en film, de pièce en pièce, même s'il s'en défendait. - En tout cas, a repris mon frère, si demain il s'avise de se lever pour parler de papa, je te jure, je le défonce. - Ah ouais ? a fait une voix derrière nous. Je serais curieux de savoir comment tu comptes t'y prendre...Antoine a sursauté. Je me suis retournée. Paul se tenait là, dans l'obscurité, son sac à la main.

Mon avis

Je veux que tranquille il repose
Je l’ai couché dessous les roses
Mon père, mon père*

Ils enterrent leur père. Trois enfants, adultes, se retrouvent pour trois jours auprès de leur mère.

Trois actes (un par jour), plusieurs scènes (chaque fois que l’un d’eux prend la parole et s’exprime).
Ils expliquent leurs liens qui se font, se défont, les non-dits qui empoisonnent, les silences, les absences, les secrets, leur mal-être personnel, leurs questions…. Est-ce qu’ils font fausse route, se trompant parfois sur leurs choix ?

Ce n’est pas facile de dialoguer lorsque des reproches sous-jacents, des jalousies, des rancœurs, des comparaisons envahissent l’espace. Est-ce que leurs parents les aimaient tous les trois de la même façon ? Prêts à les comprendre, à les accepter comme ils sont ?

Le décès du père les pousse dans leurs retranchements, obligeant chacun à faire le point sur sa vie, son cheminement, son avenir parce que finalement la vie est courte. Bien sûr, on peut penser, à juste titre, qu’ils ont tous tendance à se regarder le nombril, à gémir et qu’ils peinent à trouver du positif dans leur quotidien….

Avec son écriture incisive, qui fouille les âmes, Olivier Adam analyse, pose des mots sur tout ce qui construit les hommes (ou les détruit), sur la difficulté d’être une famille unie, d’aller au-delà des apparences, de comprendre chaque être unique dans son entièreté.

Ce roman m’a moins touchée que d’autres de cet auteur. Je pense qu’il y avait matière à écrire quelque chose de moins répétitif.

*Barbara


"L'envol des faucons" de Mark Zellweger

 

L'Envol des Faucons
Auteur : Mark Zellweger
Éditions : Eaux Troubles (7 Septembre 2014)
ISBN : 978-2839913522
342 pages

Quatrième de couverture

Comme suite à la crise libyenne, Mark Walpen a complété son entreprise de consulting en marketing par un département de géostratégie, le Sword. Celui-ci, devenu le seul service secret non gouvernemental, indépendant et neutre au monde, est renforcé par une unité de combattants issus des meilleures forces spéciales du monde, on les appelle les Faucons. Une prise d’otages a lieu. En même temps, une série d’attentats touche différentes ambassades européennes, créant ainsi la panique. Ces événements sont revendiqués par une mystérieuse « Armée de Libération Arabe ». Les Faucons traquent les auteurs de cette vague d’attentats et recherchent surtout leurs têtes pensantes de l’Égypte à Dubaï en passant par Oman et Montreux.

Mon avis

Un bon point : la couverture qui m'a bien plu.

Un mauvais point : la traduction... et en écrivant cela, je prends le livre, je cherche partout, pas de nom de traducteur, alors je vais sur le site de l'éditeur : idem....

Donc pas de traducteur ?

J'en déduis que l'auteur, que je suppose être suisse, ne parle pas le même français que moi...

Et c'est une chose qui m'a beaucoup dérangée tant les phrases me semblaient mal construites et la syntaxe bancale.

Dommage, vraiment dommage, car ce thriller me semblait de « bonne facture ».

Le contenu paraissait tenir la route avec ce qu'il faut d'actions,de rebondissements, de dialogues pour donner un récit vif, aéré et facile à suivre....

Sauf que....

Les personnages sont un peu trop simples : gentils, méchants, mais jamais ou presque ambivalents et pas tellement creusés au niveau psychologie ...

Les dialogues noient le contenu qui aurait pu être intéressant, seule une discussion entre « Aïcha » et le prince, lorsqu'ils parlent des attentats m’a semblé « sortir du lot ».

Pourtant... je le redis : le contenu était prometteur....

Mark Walpen, papa de deux jumeaux, a perdu sa fille aînée et sa tendre épouse dans les attentats du 11 Septembre .  Ralf, son père qui est diplomate, et Anook, la marraine des petits, l'aident à gérer le quotidien. Il est à la tête d'une société de sécurité et de conseil. Son entreprise abrite un service secret indépendant avec « Les Faucons ». Ces deniers sont capables de faire face à des situations de crise, comme des prises d'otages, des attentats, etc.... 

Justement, des suisses qui naviguaient en Mer Rouge, ont été enlevés et il faut les retrouver.  L'équipe de Mark va devoir agir avec discernement, discrétion et intelligence alors « action ». A partir de ce moment là, on se retrouve dans quelque chose de « visuel » comme si le livre était le scénario d'un film, donc peu de profondeur, on reste à la surface des actes sans aller plus loin, sans chercher à comprendre... Alors, bien sûr, il y aura des ramifications qui entraîneront vers d'autres pays, vers d'autres sociétés mais tout cela restera bien superficiel et la pauvre lectrice que je suis restera sur sa faim.

Malgré tout, je pense que Mark Zellweger en a « sous le pied » et comme cet opus, est, si je ne me trompe pas, le premier d'une trilogie, il a encore le temps de faire mieux et de me convaincre que ce que j'ai trouvé « trop léger » n'était que les erreurs de jeunesse d'un écrivain qui passera la vitesse au-dessus....

"Le lion des Flandres" de Roger Facon

 

Le lion des Flandres
Auteur: Roger Facon
Éditions: Archipel (13 Mars 2013)
ISBN: 78-2809810301
300 pages

Quatrième de couverture

Juin 1936. L'inspecteur Frémont, dit le Lion, quitte ses terres du Nord. Il vient d'être promu aux «affaires réservées» par Roger Salengro, le nouveau ministre de l'Intérieur. Très vite, il est chargé d'un dossier délicat : le taxi Fernand Lemoine, un ancien flic, a été abattu d'une balle dans la nuque en plein Paris, au volant de sa Citroën. L'homme rentrait d'Allemagne et était membre du Souvenir Jaurès, une organisation secrète liée au nouveau pouvoir socialiste...

Mon avis

Il s’appelle Roland Frémont, la trentaine, des dents blanches, une fossette en amande sur le menton (qui fait chavirer les cœurs), une chevelure abondante, rousse et flamboyante qui lui vaut le surnom de « Lion ». Il sait rougir quand il le faut pour charmer les dames, il reste en retrait juste ce qu’il faut pour qu’elles aient envie d’aller vers lui. Travailleur infatigable, dur à la tâche, il sait aussi se montrer tendre et à l’écoute. L’homme idéal ? A vous de voir….Il fume ;-( ….. et plutôt souvent… J’ai rarement vu un roman où les personnages allument sans arrêt des cigarettes et comme on est en 1936 (la loi interdisant le tabac dans les lieux publics est loin d’être passée), ils fument partout et souvent: dans les bureaux de la police, au café etc… J’avais presque l’odeur du tabac dans les narines, le brouillard cotonneux provoqué par les bouffées devant les yeux et je crains un peu….

Heureusement tout cela est resté dans le virtuel et ne m’a pas gêné dans la lecture.

On est donc en 1936, à l’époque du Front Populaire, de l’installation du gouvernement. Le Lion, originaire du Nord, est promu à Paris où on lui confie la tâche délicate d’élucider la mort d’un chauffeur de taxi.

Présenté comme cela, tout paraît assez simple. C’est sans compter les magouilles, le chantage, les vengeances et des protagonistes qui ont des choses à cacher…

On va croiser des noms qui nous rappellent des personnages illustres : Guitry, Martin Du Gard, De Gaulle etc…

On est vraiment dans l’époque et il faut reconnaître que l’atmosphère est parfaitement retranscrite, les individus ayant existé s’intercalant à merveille dans la trame du livre.

Le problème, dans ce cas là, c’est souvent de se poser des questions et de savoir ce qui est vrai ou pas. Non pas sur les rencontres, car on sait ce qu’il en est avec les êtres de papier mais plutôt sur ce qui est dit des hommes ou femmes décrits qui ont existé. Est-ce qu’ils faisaient comme ceci ou est-ce pour les besoins de l’intrigue, est-ce que leur caractère était celui-là etc… L’infatigable curieuse que je suis passe donc beaucoup de temps avec son encyclopédie pour vérifier et contrôler ce qu’elle lit. Pas du tout pour juger ce qu’évoque l’auteur mais surtout pour ma gouverne personnelle parce que « j’aime bien savoir »….

Je peux donc confirmer que la vie de Roger Salengro, telle qu’elle est présentée, colle assez bien à la réalité.

Des chapitres courts, parfois trop car les situations sont, de fait, survolées et pas assez creusées composent cet opus. De plus, on passe ainsi, très rapidement, d’un endroit à l’autre, d’un groupe de personnages à un autre. J’ai trouvé qu’au lieu de donner du rythme, cela le « cassait » car il était difficile de se fixer dans un contexte pour se retrouver dans un autre deux ou trois pages après. Cela peut donner l’impression d’une pléthore de premiers et seconds rôles, pas très fouillés sur leur côté psychologique, manquant d’étoffe et de profondeur et en parallèle embrouiller le lecteur qui a besoin d’une trame plus linéaire.

Malgré ce bémol; c’est un livre qui se lit bien car l’écriture est fluide, simple à aborder avec de nombreux dialogues qui apportent de la légèreté.

"La baignoire de Staline" de Renaud S. Lyautey

 

La baignoire de Staline
Auteur : Renaud S. Lyautey
Éditions : Seuil (21 Octobre 2022)
ISBN : 978-2021479423
224 pages

Quatrième de couverture

Tbilissi, capitale de la Géorgie, terre natale de Staline. Un ressortissant français est retrouvé mort dans des conditions suspectes à l’hôtel Marriott. Avant qu'un scandale n'éclate, René Turpin, à l’ambassade, est mandaté pour assister les inspecteurs locaux. L’enquête les mènera sur les traces du dictateur et d'une immense ville balnéaire abandonnée...

Mon avis

Ce roman est le second titre de l’auteur et malheureusement, il n’y en aura pas d’autres car Renaud S. Lyautey est décédé au printemps 2022 d’une maladie foudroyante. Il a été diplomate, et fut ambassadeur en Géorgie (2012-2016), ex-république de l'Union soviétique, lieu où il situe son histoire. C’était un homme cultivé, curieux de tout, respectueux des autres et ouvert.

Ce roman fait la part belle à l’espionnage et à la politique. La Géorgie est indépendante mais toujours sous influence russe et les relations sont tendues car ce territoire est situé en bord de Mer Noire et les russes aimeraient y accéder plus facilement. La couverture représente un timbre soviétique à l'effigie de Kim Philby (1912-1988), un espion double ou triple selon les sources. On se doute bien qu’il va apparaitre dans le récit, même si celui-ci se déroule en 2009.

Dans un hôtel de Tbilissi, le corps d’un jeune doctorant français, Sébastien Rouvre, est découvert. Après une courte enquête, il est établi qu’il y a eu mise en scène pour faire croire à tout autre chose que la vérité : un assassinat. René Turpin, conseiller à l’ambassade de France est mis dans la confidence pour suivre cette affaire avec le consul et un collègue. Il pourra également communiquer avec les policiers chargés des investigations, dont l’inspecteur Nougo Shenguelia, diplômé de Saint-Cyr. C’est entre autres, ces deux-là que nous allons suivre dans leurs rencontres, leurs réflexions, leurs déductions, leurs questionnements ….

Sébastien, en plus des recherches pour sa thèse, donnait des cours particuliers aux enfants de Monsieur Berichvili, un homme qui s’est enrichi d’une manière un peu particulière que je vous laisse découvrir. Bien entendu il ne sait rien… Mais n’aurait-il pas malgré tout un lien avec cet événement morbide ?

Turpin et Shenguelia sympathisent, on pourrait même écrire qu’ils s’épaulent. Ils veulent comprendre pourquoi ce français a été tué, d’autant plus que d’autres faits dramatiques se produisent. Qu’avait-il pu découvrir de dérangeant pour que certains aient voulu le réduire au silence ? Sébastien avait une vie bien remplie et de nombreux contacts…. L’enquête emmène Turpin dans différents endroits du pays où s’était rendu Rouvre. Certains sont totalement abandonnés, est-ce que des ruines peuvent apporter des pistes de compréhension ?

Les indices donnés au fur et à mesure des chapitres nous permettent d’avancer mais rien ne se devine vraiment car il y a plusieurs facteurs qui entrent en jeu. Le mélange espionnage, politique, enquête, et étude d’un pays est particulièrement réussi. On sent que l’auteur aimait la Géorgie, qu’il connaissait bien son passé, ses influences, ses angoisses face aux « voisins » et à l’avenir. Sans doute parce qu’il travaillait dans des ambassades, il avait un sens aigu de l’observation des rapports humains. Il les présente avec doigté, cherchant des explications aux réactions et agissements des uns et des autres. Cela offre un angle de vue différent sur tout ce qui se passe. On s’attache à beaucoup de personnages, on sent la peur de ceux qui sont en galère, la nécessité pour eux de se faire discret, de ne pas trop en dire…

J’ai énormément apprécié cette lecture. D’abord parce que j’ai appris plein de choses (il y a un fond historique intéressant). De plus l’atmosphère est particulièrement bien retranscrite et les descriptions sont fines et détaillées (lorsque l’auteur parle des repas, on s’y croirait). Tout est fluide et captivant, l’écriture vive ne laisse la place à aucun temps mort. C’est plaisant à lire et surtout captivant.

En fin d’ouvrage, un magnifique hommage des parents de Renaud à leur fils.