"Enfouis" de Lynda La Plante (Burried)

 

Jack Warr – Tome 1 : Enfouis (Burried)
Auteur : Lynda La Plante
Traduit de l’anglais par Sebastian Danchin
Éditions : L’Archipel (8 Juin 2023)
ISBN : 978-2809846904
384 pages

Quatrième de couverture

L'inspecteur Jack Warr se lance dans une enquête qui le plongera dans son passé... Jusqu'à pénétrer l'univers dangereux et secret de la pègre londonienne. La nouvelle série de Lynda La Plante, autrice et scénariste aux multiples récompenses, à l'origine d'une quarantaine de best-sellers internationaux.

Mon avis

Lynda La Plante a commencé une nouvelle série avec l’inspecteur Jack Warr en personnage principal. Je viens de découvrir le tome 1 de ses aventures. Il est en couple avec Maggie qui travaille en milieu hospitalier. Ils habitent Londre et n’ont pas d’enfant. Il a été adopté par Penny et Charlie qu’il aime comme de vrais parents et qui le lui rendent bien. Son chef voudrait qu’il postule pour devenir sergent car il croit en lui. Mais Jack est parfois un électron libre et pas toujours très assidu. Il a besoin de challenge, d’adrénaline.  Une de ses collègues est amoureuse de lui mais il ne le sait pas.

Mais voilà qu’un fait sortant de la routine se produit. Une maison non habitée incendiée, un cadavre calciné et énormément d’argent dans la cheminée. Les billets n’ont plus cours mais le rapprochement est vite fait. Un train transportant de l’argent, en 1995, a été arrêté par des explosifs et les sacs contenant la monnaie ont disparu. Une partie de la somme n’a plus cours, celle qu’on a retrouvé en partie dévorée par les flammes, mais il en restait beaucoup et elle peut être utilisée ! A-t-elle été récupérée et par qui ?

L’enquête va emmener les policiers sur la trace d’un groupe de femmes, autrefois malhonnêtes, mais disparues ou « rangées des voitures ». Mais comment auraient-elles pu transporter des besaces aussi lourdes ? Une autre piste évoque des malfrats, voire même un policier corrompu. Autant dire que c’est le flou total. En parallèle de tout ça, Jack cherche à retrouver son père biologique. C’est un besoin viscéral, il pense pouvoir ensuite mieux se comprendre, mieux cerner son caractère. En lisant, on réalise assez vite que les investigations sur la demeure brûlée et la quête du paternel vont se croiser, se compléter et donner un éclairage différent au passé et au présent. De nombreux retours en arrière nous apportent des éléments intéressants sur les personnages. Les profils psychologiques des uns et des autres sont réfléchis ainsi que les liens qui les unissent ou pas.

Jack est souvent écartelé entre vie professionnelle et vie personnelle. Ses priorités peuvent changer d’un moment à l’autre en fonction de son instinct, de son raisonnement. Parfois il délaisse sa femme, à d’autres moments, il horripile son supérieur. En tout cela, cet homme est très humain.

Ce roman soulève de nombreux thèmes, entre autres, la frontière, quelques fois ténue, entre le bien et le mal. Quelles définitions donnons-nous à ces mots ? Où se situe la malhonnêteté si ce qu’on vole sert à aider les plus démunis ?

Au départ, j’ai eu peur de me perdre entre tous les protagonistes présentés et les situations évoquées mais j’ai rapidement pris des repères. Et après, ça allait tout seul. L’atmosphère est palpable, on sent la tension, les doutes, les avancées dans les prospections, les erreurs, les réussites….

L’écriture est fluide (merci à Sebastian Danchin qui fait toujours un excellent travail de traduction). Le rythme est soutenu et tout est bien ficelé. On a déjà un bon aperçu du couple Maggie / Jack dont on voit l’évolution. Je ne doute pas que dans la suite des aventures de ce fin limier, on en saura encore plus. Je peux dire que je serai ravie de le retrouver (et pas seulement parce qu’il est beau gosse).

"Les Jaloux" de James Lee Burke (The Jealous Kind)

 

Les jaloux (The Jealous Kind)
Auteur : James Lee Burke
Traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Christophe Mercier
Éditions : Rivages (7 juin 2023)
ISBN : 978-2743659912
434 pages

Quatrième de couverture

À Houston, dans les années 1950, le jeune Aaron Holland Broussard fait un rude apprentissage de la vie, entre trafics de drogue et familles mafieuses, sur fond de romance contrariée.

Mon avis

1952, Houdson au Texas. Aaron Holland Broussard a dix-sept ans et parle de son quotidien. Son père a combattu pendant la seconde guerre mondiale et veille sur son éducation. Un jour, dans un drive-in, il assiste à une dispute dans un couple. En enfant bien élevé, il demande si ça va et tombe immédiatement sous le charme de Valérie. Elle quitte son boy friend et accepte les « avances » d’Aaron. C’est une fille connue, appréciée, enviée et être avec elle, est déjà, en soi, une fabuleuse aventure. Mais il s’avère que ce coup de foudre va être synonyme d’ennuis et pas des petits. Pourquoi ? « L’ex » de Valérie est Grady Harrelson, un garçon riche qu’on ne contrarie pas. Et il veut se venger de l’humiliation que lui a fait subir Aaron. Ce dernier n’a pas envie de se transformer en carpette et entend bien se faire respecter. C’est sans compter « leurs amis » respectifs, leurs parents, qui vont s’en mêler, intervenir, conseiller.

Rivalités, jalousies, clans, tous ces adolescents (il y a très peu de filles donc je mets uniquement le masculin) sont en plein passage à l’âge adulte. Ils veulent se comporter en homme mais ce n’est pas chose aisée. Il faut encore étudier, travailler pour l’argent de poche, obéir à ses géniteurs. Saber, l’ami d’Aaron est un peu un électron libre et il est capable du meilleur comme du pire. Il ne réfléchit pas et se laisse manipuler malgré les avertissements de son camarade.

James Lee Burke décrit à merveille les caractères, les influences subies par chacun. Les fils pourraient partir se battre en Corée, les pères ont déjà vécu les conflits armés. D’ailleurs poignards et révolvers se promènent dans ce récit et font partie du quotidien. Est-ce que se bagarrer est une preuve qu’on grandit ?

Quelle que soit la génération, les dialogues sont ardus, tous semblent préférer l’action à la parole. Quand ils s’expriment, il y a souvent une part cachée, des non-dits, voire des sous-entendus. L’auteur montre la complexité des relations humaines dans une ville où la fracture entre les classes sociales est importante, allant même jusqu’à entraîner des faits de violence.

Ce roman est très intéressant, il présente l’évolution des personnages qui changent au fil des pages. À chaque nouvelle situation, ils essaient de réfléchir, parfois seuls ou avec l’aide des adultes mais en voulant en parallèle prouver qu’ils sont capables d’agir en solo ou éventuellement à deux. Ils sont écartelés régulièrement entre dire ou taire la vérité. Ils sont confrontés à la bestialité : « Le mal absolu a pénétré dans ta vie, et tu n’y es pour rien. C’est ce qui détruit les gens. »

J’aime beaucoup l’atmosphère qui est installée dans ce recueil. C’est noir, très représentatifs des tensions entre les individus, qui n’ont pas tous le même but, les mêmes envies. Des références musicales accompagnent le texte. Elles sont en lien avec certains événements et c’est très bien pensé. Le passé a laissé des traces et beaucoup de questions se posent, nous permettant de réfléchir : qu’est-ce que le péché ? Quelles sont les valeurs qui habitent Aaron et les autres ?

L’écriture (merci à Christophe Mercier le traducteur) est profonde, puissante, il a les mots justes. Le style est réaliste, on a vraiment l’impression d’y être. Je verrai bien une adaptation en film. J’ai beaucoup apprécié cette lecture car certains protagonistes puisent en eux le courage nécessaire pour faire face et avancer en pouvant se regarder dans une glace.  

"Les émeraudes de Satan" de Mathieu Bertrand

 

Les émeraudes de Satan
Auteur : Mathieu Bertrand
Éditions : Paulo Ramand (15 Novembre 2016)
ISBN : 978-2754305655
290 pages

Quatrième de couverture

1306, Poitiers : Le Grand Maître Jacques de Molay, sentant la fin de l'Ordre des Templiers approcher, informe le Pape Clément V qu'il est en possession d'une couronne ayant appartenu à Satan lui-même. Par peur de ne plus pouvoir en assurer la protection, il la confie au Saint-Père qui lui promet de la faire enterrer dans le Temple de Salomon, seul endroit sur Terre en mesure de limiter ses pouvoirs démoniaques. 2013, Rome : Le Pape découvre d'étranges courriers hérités de ses prédécesseurs. Il sollicite le Père Paul Kaminsky, agent du service des enquêtes spéciales du Vatican afin qu'il se rende en France et retrouve sept émeraudes, ornement d'une couronne ramenée de Terre Sainte au onzième siècle.

Mon avis

Ce roman n’est pas le premier à se situer au Vatican et à rappeler certains faits connus, les mêlant à d’autres totalement imaginés….
L’auteur a une écriture de qualité, il est très agréable à lire et son récit est captivant. Il alterne les passages où le Pape s’exprime à la première personne, livrant ses pensées, ses réflexions et d’autres pages où l’on voit ceux qui recherchent les émeraudes. Ces deux-là, sur le papier, tout les oppose et pourtant ils font équipe de bien belle manière ! Il y a du rythme, des rebondissements, on ne s’ennuie pas une seconde !

Au-delà de la quête des ornements de la couronne, ce texte permet d’aborder le respect entre les religions, et élargissant le respect entre les hommes. Ce n’est pas présenté avec un ton moralisateur mais à travers des faits tout simples qui montrent que certains savent vivre ensemble, en bonne entente….

C’est un livre où l’on trouve un peu d’ésotérisme, d’ambiance thriller, de fantastique…mais tout est dosé à merveille et l’ensemble est fort bien équilibré. Les lecteurs qui sont parfois rebutés par les gros pavés, auront plaisir à découvrir cet opus, complet mais bien moins lourd à tenir dans les mains…

La conclusion m’amène à penser que d’autres récits pourraient suivre celui-ci, avec les mêmes protagonistes et c’est avec plaisir que je les retrouverai !


"Que s'est-il passé?" de Hanif Kureishi (What happened)

 

Que s’est-il passé ? (What happened)
Auteur : Hanif Kureishi
Traduit de l’anglais par Florence Cabaret
Éditions : Christian Bourgois (1er Juin 2023)
ISBN : 978-2267050882
288 pages

Quatrième de couverture

Mettre des mots justes sur les événements dans lesquels nous sommes plongés à notre insu, trouver une cohérence au désordre du monde et au passé récent : voici la tâche à laquelle s’attelle avec une inventivité toujours renouvelée Hanif Kureishi, qui nous livre dans ce recueil de nouvelles et d’essais des réflexions foisonnantes, forgées à partir de sa propre expérience.

Mon avis

« L’écriture, c’est toute ma vie : à l’adolescence, j’ai décidé que je voulais raconter des histoires et j’étais certain que c’est ainsi que je gagnerais de quoi vivre. »

Voici la première phrase de l’introduction de ce livre. Le ton est donné. Écrire pour respirer, pour exister…. Hanif Kureishi est issu de l’immigration et c’est un des représentants de la nouvelle « école » des écrivains britanniques. Il est professeur en écriture créative à l'Université de Kingston.

Dans ce recueil, des nouvelles et des essais sur des sujets très divers (dont l’homme de la couverture que vous aurez sûrement reconnu : David Bowie), le racisme, le rapport d’Hanif au métissage (sa couleur de peau et ce qui en découle dans la vie de tous les jours avec le regard des autres), l’arrivée de son père en terre étrangère, la place de la parole dans le couple, la quête d’identité, etc.

L’auteur développe son rapport à l’écrit, son bonheur d’avoir l’impression de repartir de zéro à chaque fois qu’il se lance dans la rédaction. Même s’il y consacre beaucoup de temps, c’est toujours nouveau pour lui, presque une première fois…. Il explique les sentiments qui l’habitent lorsqu’il se retrouve seul en pleine composition. Il s’interroge : est-ce que les gens lisent encore ? Est-ce que ça les intéresse ? Il parle du processus de création et c’est très intéressant.

Hanif Kureishi est très cultivé et de ce fait, on apprend énormément en le lisant. Les thèmes très variés nous offrent des tas de pistes de réflexion, sur la politique, la société, les changements culturels d’un pays. L’auteur n’apporte pas de réponses toutes faites. Il a observé avec finesse et analysé pour ensuite partager avec nous. Il a une excellente capacité à prendre du recul et à « capter » ce qui est important.

Le texte « Nulle part » m’a bouleversée. Il fait une trentaine de pages. C’est pertinent, intelligent, édifiant. En quelques lignes, tout un tas d’émotions sont exprimées. Vivre sous les yeux de ceux qui ne vous voient pas, être regardés par ceux pour qui vous comptez. Se battre pour vivre, pour être libre, protégé. Se faire berner, avoir confiance. Avoir confiance ou pas. Aimer, donner, espérer… Et à la fin, quelle magnifique fin même si elle a un petit quelque chose de douloureux….

Cet écrivain sait manier les mots (et il est très très bien traduit pour qu’on puisse en profiter). Chaque mot fait mouche, comme s’il avait été minutieusement sélectionné. Ces phrases sont pleines de réalisme. Des valeurs fortes se découvrent entre les lignes et c’est puissant. Heureusement qu’il a choisi d’écrire, qu’il n’a jamais renoncé, cela aurait été du gâchis !

Je n’avais jamais entendu parler de lui, et je suis enchantée de cette belle découverte !

"Philosophie et art numérique: un monde extraterrestre" de Martine Bubb

 

Philosophie et art numérique
Un monde extraterrestre
Auteur : Martine Bubb
Éditions : L’Harmattan (9 Avril 2014)
ISBN : 9782343030463
300 pages

Quatrième de couverture

La figure polymorphe - à la fois fantastique, imaginaire, sociale et politique - de l'extraterrestre (étranger, handicapé, hérétique, parasite, fou, génie, monstre, ange ou sauveur...) s'est progressivement imposée, nous conduisant à interroger les problématiques portant sur la différence et sur les différends qu'elle suscite, sur l'errance, la spectralité, l'événement et l'univers infini, l'archaïque et l'ultramoderne...

Mon avis

Les artistes peuvent s’exprimer de nombreuses manières, avec différents outils. Certains utilisent des supports numériques qu’ils mêlent ou pas à des supports plus palpables. C’est ainsi qu’on peut voir associer sculpture et son, peinture et vidéo, photographie et musique ou d’autres binômes.

Dans ce livre, Martine Bubb, chercheuse, docteur en philosophie et diplômée des beaux-Arts s’interroge sur ces liens. Elle explique porter non pas une réflexion sur les œuvres, mais sur ce qu’elles peuvent évoquer ou inspirer a posteriori.

Elle rappelle que les recherches en art croisent différentes disciplines par des approches diverses et variées.

Attention, apporter de la technique ne doit pas étouffer l’art.  Elle peut accompagner, sublimer, offrir un plus. Mais il est nécessaire que l’art continue de s’exprimer, sans entrave.

Dans ce livre, l’auteur présente une étude approfondie, étoffée de nombreuses références (entre autres à Star Trek, ce qui en ravira plus d’un), et une réflexion intéressante sur comment, par l’expérience, matérialiser les immétariaux ….

La philosophie et l’art sont deux domaines que je ne côtoie pas régulièrement et de ce fait la lecture n’a pas toujours été fluide pour moi. Il fallait que je reste concentrée sur le propos même si l’écriture et le style étaient abordables. J’ai apprécié de découvrir des artistes dont j’ignorais tout et de comprendre le pourquoi de leurs démarches, le cheminement de leur pensée, l’interprétation que l’on peut faire de ce qu’ils ont présenté.

Sous le regard des « spectateurs », l’artiste peut agir différemment, les oublier ou s’appuyer sur leur présence pour produire autre chose. Les émotions, les ressentis sont très personnels face à tout ce que ces hommes et ces femmes créent. C’est également essentiel qu’ils gardent une part de mystère pour ne pas devenir « communs »….

Ce genre de lecture permet de regarder les œuvres que l’on découvre dans des expositions d’un autre œil et de les apprécier sans se poser de questions, ni justifier ses choix.


"The Gray Man – Tome 2 : La cible" de Mark Greaney (On Target)

 

The Gray Man – Tome 2 : La cible (On Target)
Auteur : Mark Greaney
Traduit de l’américain par Philippe Vigneron
Éditions : L’Archipel (1er Juin 2023)
ISBN : 978-2809842692
482 pages

Quatrième de couverture

Connu sous le pseudonyme de Gray Man, ce tueur à gages est devenu légendaire pour sa discrétion et son efficacité. Aujourd'hui pris entre deux feux – tuer un dictateur africain ou lui laisser la vie sauve –, le Gray Man est devenu la cible.

Mon avis

Court Gentry a été agent de la CIA (et a la formation qui va avec) mais c’est fini. Il est maintenant Gray Man, tueur à gages et vit plutôt en marge, sans se faire remarquer. Il a un sens de l’observation hyper développé, il analyse les gestes, les paroles, les regards. Cela lui permet d’avoir un peu d’avance sur ses adversaires, ou sur ceux qu’il rencontre. Cet aspect du personnage est très intéressant et plutôt bien développé. Évidemment, il a des capacités physiques hors normes et un cerveau qui réfléchit vite et bien. Malgré tout il est accro aux opiacés, comme quoi il n’est pas parfait.

Dans cette nouvelle aventure (je ne connaissais pas la précédente, adaptée en film et ça ne m’a pas dérangée), un commanditaire russe lui confie une mission. Il doit tuer un président africain. C’est dans ses cordes bien entendu. Il s’organise, commande son matériel et … Un autre « patron » (à qui il a déjà eu affaire) lui demande de kidnapper le même homme. À qui « obéir » ? Quoi qu’il fasse, il y aura des mécontents, qui voudront se venger et avoir « sa peau »…. Gentry est donc tiraillé, d’autant plus que les raisons données pour qu’il agisse ne sont pas toujours claires. Y-aurait-il du mensonge et de la manipulation dans l’air ? Comment va-t-il choisir son camp ? Et que répondre à celui à qui il dira non ?

Rien n’est jamais tout blanc ou tout noir et Court va se trouver rapidement au cœur de conflits et d’ennuis majeurs, surtout que son impulsivité peut lui jouer des tours. Il ne sera pas tout le temps en capacité de faire ce qu’il décide. Il se veut sans attache mais on ne sait jamais, n’est-ce pas ?

C’est un récit trépidant, avec énormément de dialogues, d’actions, de rebondissements. L’angoisse monte, on est sans arrêt à s’interroger sur la suite. Chaque décision que notre héros prend peut être lourde de conséquences. Il doit de temps à autre agir vite et la prise de risques est importante. Gray Man est un meurtrier mais il a une bonne part d’humanité malgré tout. Il ne cherche pas la mort pour la mort et il se révèle capable d’essayer de protéger ceux ou celles dont il pense qu’ils ou elles le méritent.

Netflix a fait une série de ce livre et on comprend pourquoi tant c’est addictif, prenant. On voyage, on bouge, le texte est déjà très visuel alors si en plus il y a l’apport des images ! D’autre part, au-delà de l’intrigue qui tourne autour de celui qui sera exécuté ou pas, l’auteur complète son propos avec une approche politique où les dirigeants de ce monde s’affrontent, par intermédiaire, pour s’approprier ce qui ne leur appartient pas vraiment et profiter de tout sans affect. Cela donne plus de profondeur et d’intérêt à son texte.

Impossible de s’endormir sur sa lecture avec une telle histoire ! Pas de temps mort, il se passe toujours quelque chose. Ça se bagarre, ça ruse, ça s’entourloupe, ça agit plus ou moins honnêtement… Peu de femmes, mais celle qui est le plus présente n’est pas mal du tout dans sa naïveté et sa droiture.

L’écriture dynamique (merci au traducteur) impulse le mouvement. De temps à autre, une vanne de Gray Man et une pointe de dérision. C’est fluide et addictif !

"Crossroads" de Jonathan Franzen (Crossroads)

 

Crossroads (Crossroads)
Auteur : Jonathan Franzen
Traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Olivier Deparis
Éditions : L’Olivier (23 Septembre 2022)
ISBN : ‎ 978-2823614565
704 pages

Quatrième de couverture

Nous sommes en 1971, à la veille de Noël, la météo annonce une importante perturbation. Russ Hildebrandt vit avec sa femme, Marion, et leurs enfants dans une banlieue cossue de Chicago. Pour ce pasteur libéral, l'attirance qu'il ressent à l'égard d'une jolie paroissienne est un vrai cas de conscience. À ses tourments s'ajoute l'arrivée de Rick Ambrose, le jeune pasteur cool qui cherche à l'évincer à la tête de l'association de jeunes qu'il a créée.

Mon avis

C’est parce que j’avais apprécié « Freedom » du même auteur que j’ai eu le souhait de découvrir Crossroads. C’est globalement une lecture intéressante mais j’ai ressenti quelques longueurs.

Nous sommes dans les années 70 et nous faisons connaissance avec une famille où le père est pasteur. Tous les membres de la famille (parents et enfants) vont être « décortiqués » avec un profil psychologique finement analysé (parfois trop à mon goût car je trouvais qu’un peu d’action aurait permis de maintenir mon intérêt). On s’aperçoit rapidement que le dialogue, l’écoute, ont disparu et que chacun a tendance à vivre sa vie sans se préoccuper de ce que pensent les autres. Parfois, il y a un peu de partage avec de vrais débats mais ça ne tien pas vraiment sur le long terme.

Les chapitres sont consacrés à l’un ou à l’autre que l’on suit dans son quotidien, ses questions existentielles, ses problèmes relationnels, ses troubles, ses petites réussites… Il n’y a pas un récit linéaire avec une intrigue, ce sont plutôt des « arrêts » sur image sur les différents personnages. Cela permet d’aborder beaucoup de thèmes : la guerre du Viet Nam, le choix des études, les tentations, la religion, la politique, le sexe…. Parfois, j’ai trouvé que les explications apportaient de la lourdeur par le nombre de détails, voire de digressions avec des retours en arrière.

L’équilibre familial est très fragile. Tout le monde est sur le fil, les nombreux non-dits et les mensonges empoisonnent les discussions qui de ce fait, ne sont pas fluides.

Je reconnais que Jonathan Franzen sait parfaitement « camper » une famille américaine avec toute sa complexité. Il décrit tout cela parfaitement ainsi que l’atmosphère du pays à cette époque. Son écriture (merci au traducteur) est plaisante mais le style manque de rythme. Certains chapitres étaient addictifs, je voulais savoir ce qui allait se passer, d’autres étaient trop lents à mon goût.

Ce livre est le premier d’une trilogie, donc à suivre…