"L’homme qui m’aimait tout bas" d'Éric Fottorino

 

L’homme qui m’aimait tout bas
Auteur : Éric Fottorino
Éditions : Gallimard (17 avril 2009)
ISBN : 978-2070124633
170 pages

Quatrième de couverture

"Mon père s'est tué d'une balle dans la bouche le 11 mars 2008. Il avait soixante-dix ans passés. J'ai calculé qu'il m'avait adopté trente-huit ans plus tôt, un jour enneigé de février 1970. Toutes ces années, nous nous sommes aimés jusque dans nos différences. Il m'a donné son nom, m'a transmis sa joie de vivre, ses histoires de soleil, beaucoup de sa force et aussi une longue nostalgie de sa Tunisie natale. En exerçant son métier de kinésithérapeute, il travaillait "à l'ancienne", ne s'exprimait qu'avec les mains, au besoin par le regard. Il était courageux, volontaire, mais secret : il préféra toujours le silence aux paroles, y compris à l'instant ultime où s'affirma sa liberté, sans explication. "Ce sont les mots qu'ils n'ont pas dits qui font les morts si lourds dans leur cercueil", écrivit un jour Montherlant. Mais il me laissa quand même mes mots à moi, son fils vivant, et ces quelques pages pour lui dire combien je reste encore avec lui."

Mon avis

« Il est d’autant mieux devenu mon père que, de toutes mes forces et de toutes mes peurs, j’ai voulu devenir son fils. » « Il m’a appris la vie.»

Ce livre a été écrit par Éric Fottorino, en hommage au père qui l’a élevé. Il vient d’ailleurs de publier

« Questions à mon père » où il parle de son père biologique. (

D’ailleurs peut-on dire « en hommage » ? Je n’en suis pas si sûre …

En effet, ce livre ressemble plus au questionnement personnel d’Éric Fottorino et aux différentes étapes que ce décès implique :
-accepter la mort
-regarder le mort
-aller chez le mort
-parler au passé alors que dans le présent, tout nous parle de celui qui n’est plus là…

Les questions lancinantes, se bousculent de chapitres en chapitres : pourquoi, qu’a-t-il fait juste avant, a-t-il pensé à moi, pourquoi n’ai-je rien vu rien senti, etc … et la plus douloureuse : aurais-je pu empêcher cela ?

À travers tous ces chapitres qui vont de la taille d’une page à plusieurs pages, on peut sentir qu’Éric Fottorino se demande si son père n’a pas choisi son « dernier acte d’homme libre ».

Diminué par une attaque cérébrale, presque ruiné, il ne voulait peut-être pas laisser la vieillesse l’approcher.

Éric Fottorino regrette d’avoir oublié de parler, d’être resté, par facilité, « en surface » … Après, c’est trop tard, il nous reste les questions … et les questions, il faut vivre avec ….

L’écriture est pudique, tendre, toute en retenue (voulue ou pas ?), quelques clins d’œil à leur histoire personnelle (Éric avait pensé, un temps, être kiné, comme son père adoptif mais finalement il parle souvent de lui dans ses livres à travers ses personnages masculins ….), quelques souvenirs … Cela reste assez léger.

C’est facile à lire bien qu’il n’y ait pas de dialogues.

Finalement Éric Fottorino a écrit pour laisser une trace de son père, pour essayer de comprendre, pour descendre au fond du gouffre mais, comme il le dit, rien n’est éludé, rien élucidé … Son père gardera à jamais sa part obscure et lui gardera ses questions …

NB : en bas de la page 90, l’évocation du titre, magnifique de poésie.

"Tu m'aimais tout bas, sans effusion, comme on murmure pour ne pas troubler l'ordre des choses. Tu m'aimais tout bas, sans le dire, sans éprouver le besoin d'élever la voix. C'était si fort- la force de l'évidence- que tu ne l'aurais pas crié sur les toits."

"Vingt -cinq depuis Monogaga" d'Yves Raffin

 

Vingt -cinq depuis Monogaga
Auteurs : Yves Raffin & Marie-Françoise Zou-Raffin
Éditions : au Pluriel (29 Juin 2023)
ISBN : 978-2-492598-11-1
128 pages

Quatrième de couverture

Monogaga, une plage de la Côte d’Ivoire, est le témoin d’un amour avec un grand A, premier amour pour Yves Raffin. Entre roman et réalité́, Yves et Marie-Françoise se dévoilent avec finesse, douceur et bienveillance.

Mon avis

Un premier amour, c’est inoubliable. C’est celui qui vous construit, qui vous donne des ailes, vous porte et vous emporte…. Yves Raffin partage le sien avec nous. Coopérant en Côte d’Ivoire, son regard a croisé celui de Marie-Françoise. Il a tout de suite su, compris que c’était elle et que les sentiments étaient réciproques.

Premiers émois, premiers balbutiements, suivis d’une première séparation et d’échanges de lettres (et télégrammes, à l’époque, les téléphones portables n’existaient pas) que l’auteur nous offre. On sent leur relation qui s’installe, qui grandit… Le chemin est tout dessiné. Mais dans la vie, tout ne se déroule pas toujours comme prévu…. Yves se confie à nous, pour laisser une trace, et permettre à sa famille d’en savoir plus sur leur couple.

Ce récit, mélange de fiction et de roman, est une ouverture sur la vie. Celle qu’on souhaite, celle qu’on a. Elle est faite de rencontres, d’aléas, de tous un tas d’émotions, de sentiments. On ne maîtrise pas tout, on souffre parfois et il faut se relever et avancer. Beaucoup d’événements se succèdent et se sont eux qui forgent le destin.

Avec beaucoup de délicatesse, une écriture toute en douceur, l’auteur fait vivre Marie-Françoise sous nos yeux. Le quotidien, les pensées, tout est présenté avec réalisme. Il rend hommage vibrant à cette femme et on comprend qu’elle l’accompagne tout le temps. Elle est présente en lui.

"Seul le silence" de R. J. Ellory (A Quiet Belief in Angels)

 

Seul le silence (A Quiet Belief in Angels)
Auteur : R. J. Ellory
Traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Fabrice Pointeau
Éditions : Sonatine (21 Août 2008)
ISBN : ‎ 978-2355840135
510 pages

Quatrième de couverture

Joseph Vaughan, écrivain à succès, tient en joue un tueur en série, dans l'ombre duquel il vit depuis bientôt trente ans. Joseph a douze ans lorsqu'il découvre dans son village de Géorgie le corps horriblement mutilé d'une fillette assassinée. La première victime d'une longue série qui laissera longtemps la police impuissante. Des années plus tard, lorsque l'affaire semble enfin élucidée, Joseph décide de changer de vie et de s'installer à New York pour oublier les séquelles de cette histoire qui l'a touché de trop près. Lorsqu'il comprend que le tueur est toujours à l'œuvre, il n'a d'autre solution pour échapper à ses démons, alors que les cadavres d'enfants se multiplient, que de reprendre une enquête qui le hante afin de démasquer le vrai coupable

Mon avis

Lorsqu’on tourne la dernière page de ce livre, on reste assis un long moment, comme hébété, habité par le contenu saisissant de ce roman, l’écriture « coup de poing » de son auteur.

Tout au long des pages on voit grandir un enfant, il se pose des questions, il est tourmenté, il est tellement mal parce que son vécu va « au-delà du malheur » ... on voudrait pouvoir l'aider, lui dire: "laisse toi aller, dis ce qui ne va pas …" mais on ne peut pas...Alors on l'accompagne dans sa quête folle, dans ses démarches qui se retournent parfois contre lui ... Je crois pouvoir écrire que l'on souffre avec lui ... et de ce fait ... on ne ressort pas tout à fait indemne de cette lecture ... ou du moins pas indifférent.....

Bien sûr, parfois, on trouve que c’est « un peu trop », qu’il est difficilement envisageable que tant d’horreurs s’abattent sur une même et seule personne … Pourtant lorsqu’on se penche un tant soit peu sur l’histoire personnelle de R.J.Ellory, on s’aperçoit que pour lui « la vie n’est pas un long fleuve tranquille ». Cet homme a une importante « part d’ombre », une approche particulière de la solitude (orphelinat, prison), des expériences qui l’ont marqué au « fer rouge ». Il cite d’ailleurs avant de commencer son livre, Cynthia Ozick « Ce que nous nous rappelons de notre enfance nous nous le rappelons pour toujours-fantômes permanents, estampés, écrits, imprimés, éternellement vus. »
Il est hanté par son passé et écrire doit l’aider à éliminer ses fantômes personnels ….
« Alors écris le livre »
« Le livre ? »
« Celui que les gens comme toi ont toujours en eux »

Cet échange (page 252), montre, à mon avis, combien, R.J.Ellory porte « l’écriture » en lui.

Joseph Vaughan, son héros, est hanté par son enfance, par un premier meurtre resté sans réponse, par ce passé qui lui colle à la peau même lorsqu’il essaie de s’éloigner.
Trente-quatre chapitres se succèdent, où Joseph s’exprime, raconte ce qu’il vit. Parfois quelques pages en italiques, une voix off qui reprend des événements évoqués ou pas par Joseph, qui décortique les pensées, qui analyse, qui nous chuchote à l’oreille.
Cette voix off, nous permet de pénétrer dans l’intimité de Joseph, de fouiller avec lui son âme, on est silencieux, immobile pour mieux l’écouter.
J’ai (forcément) apprécié son institutrice qui lui dit : « Écrire est un don, monsieur Vaughan, et nier son importance, ou faire autre chose qu’utiliser ses capacités, serait une erreur grave et lourde de sens. »
Elle est peut-être une des rares personnes à avoir compris Joseph, à lui permettre de ne pas sombrer. Joseph qui veut « récupérer » sa vie, qui ne sait plus où, comment, pour quoi (en deux mots) vivre, Joseph qui voudrait se soulager du fardeau du chagrin et pouvoir continuer la route, libéré, mais qui ne peut pas, tant le passé le poursuit ….

L’écriture nous happe, nous englobe, comme des serres d’angoisse qui se mettent à nous retenir fermement. On a du mal à s’échapper pour faire autre chose et lorsqu’on pose ce livre, en cours de lecture, Joseph est encore « présent » en nous.

R.J.Ellory réussit à nous « faire toucher du doigt » le mal-être de son personnage principal. Cela va presque plus loin que de l’empathie, l’écriture est telle que ce Joseph est « en nous ».
C’est douloureux. Parfois, on voudrait avoir le courage de lui dire : «Lâche-moi, prends ta vie en mains, je ne veux plus t’écouter, te lire…» mais ce n’est pas possible, une fois commencé, ce livre s’impose à vous et vous n’avez plus envie de le poser, à part pour « souffler » de temps en temps avant de mieux reprendre la route aux côté de Joseph ….


"Retour à la nuit" d'Eric Maneval

Retour à la nuit
Auteur: Éric Maneval
Éditions: Écorce (26 novembre 2009)
ISBN: 978-2953541700
120 pages

Quatrième de couverture

– Écoute-moi bien, Antoine. Tu as eu de la chance que je sois là. Tu comprends ? Ne parle pas, fais-moi oui ou non de la tête.
Oui.
– Je t’ai sauvé la vie. Regarde-moi dans les yeux : je t’ai sauvé la vie, Antoine. Mais si tu veux te faire du mal, je peux te faire du mal. Je peux le faire à ta place. Tu comprends ?
Non.
– Tu as peur ?
Oui.
– Tu as peur de moi, mais tu n’as pas peur de plonger dans une rivière en crue ? T’es un drôle de numéro toi. Tu vois la bouteille que j’ai dans la main ? C’est de l’alcool à 90°. Je vais en mettre sur tes blessures. Ça va faire très mal. Ça va te brûler et tu vas hurler. C’est moi qui vais te faire mal. N’oublie pas ça : moi je peux te faire du mal. Tu t'en souviendras la prochaine fois que tu voudras mourir.
Vingt-cinq ans plus tard, Antoine est veilleur de nuit dans un foyer à caractère social, près de Limoges. Il revient sur son histoire. Depuis cette cascade située près de Treignac, jusqu’à l’affaire du Découpeur. Une nuit, dans le foyer, il montrera ses cicatrices à Ouria, fascinée, qui voudra les revoir ensuite. Et les toucher .La nuit, tournée vers la forêt, l’adolescente parle toute seule à sa fenêtre.


Mon avis


« La nuit je ferme les yeux et je laisse commencer la vraie vie. » 
(Etienne Guillory)

Pas besoin d’être une maison d’éditions renommée pour avoir des auteurs qui valent le détour…
Déjà, une couverture discrète mais parlante, un beau marque-page assorti et un livre qui tient bien en main …. ce ne sont pas des détails, cela donne envie de lire…

Ensuite le contenu: cent vingt pages, c’est peu pour un roman mais je peux affirmer que celui-ci est sobre et terriblement efficace.

L’auteur, veilleur de nuit comme son personnage principal, connaît bien le milieu des enfants en foyer, cabossés de la vie dans leur corps ou dans leur tête. Gardien de ces jeunes aux âmes tourmentées, Antoine, le fil conducteur de ce récit, écrit: J’ai besoin de la nuit…
Beaucoup de choses se déroulent la nuit dans cet opus, Antoine l’habite, elle l’habille… Sa relation à la nuit est différente, il y vit puisqu’il doit rester éveillé. De plus, à ce moment de la journée, les « codes » ne sont plus les mêmes, les rapports avec les autres également. La « teneur » de la nuit est variable, il y en a qui sont lourdes, d’autres plus légères…. Tout cela tient beaucoup de place dans le livre et c’est comme si la nuit devenait un personnage à part entière, mouvante, fuyante, ensorcelante…
Éric Maneval sait décrire en mots choisis une atmosphère, des doutes, des hypothèses, il sait disséminer dans l’esprit du lecteur le trouble, des éléments que chacun peut interpréter à sa manière, comme cette fin ouverte qui dérangera certains… S’il n’y avait que la fin qui pose question… Une des richesses de ce roman a été pour moi de ne pas toujours être certaine que ce que me dévoilait le texte était la vérité de l’intrigue…Après tout, certaines situations pourraient avoir été suggérées par hypnose, rêvées par les protagonistes et transmises comme réalité car ils y croient…

Peu importe, ce qui fait la force de ce livre, c’est qu’il vous prend aux tripes, qu’en peu de pages, vous « sentez » la nuit et les individus qui s’y meuvent. Tous différents mais tous avec une part d’ombre … Que ce soit le veilleur ou les adolescents de l’institut, tous ont vécu un événement grave qui change leur perception du quotidien. Ils sont à fleur de peau, à fleur de mots … Les interactions entre les uns et les autres sont parfois confuses, à la limite de la normalité…comme toujours sur le fil, au bord du précipice, chacun avançant comme il le peut cahin caha, un pied après l’autre…. Il y aussi le regard que portent les « gens du jour » sur ceux qu’ils côtoient entre chiens et loups, au moment des échanges de service le soir, au petit matin lorsqu’Antoine rentre chez lui… C’est ambigu juste ce qu’il faut …

Antoine, la sentinelle, dit de sa tâche qu’elle le structure, comme si en dehors de son boulot, il avait dû mal à se fixer. Il est seul lorsqu’il est de garde, ne se confie pas, vit sa vie et doit rester vigilant car tout pourrait basculer très vite. La nuit, les sens sont exacerbés, les sentiments aussi, Antoine trouve-t-il dans ses échanges avec les jeunes une forme d’équilibre, même s’il est souvent sur le tranchant du rasoir ? A-t-il besoin de ce fonctionnement pour se sentir exister ?

C’est avec une écriture incisive, fine et concise qu’Éric Maneval nous emmène à sa suite. Son style est très puissant et procure les effets recherchés: installer l’angoisse, semer le doute, et nous faire ressentir malgré tout une certaine empathie pour les personnages. Les phrases sont courtes, les dialogues percutants. On peut dire que ce livre sort des sentiers battus et ne s’apparente pas aux polars habituels. 

"Ce pays où dansent les licornes" de Noël Sisinni

 

Ce pays où dansent les licornes
Auteur : Noël Sisinni
Éditions : Les éditions au Pluriel (7 Juin 2023)
ISBN : 978-2492598104
170 pages

Quatrième de couverture

J’ai tué un homme quand j’avais treize ans ! Voilà ce que vient de déclarer Joseph Lantier à sa famille. Il séjourne dans un Ehpad. Il a des problèmes cardiaques et un début de la maladie d’Alzheimer. Personne ne le croit, sauf sa petite fille de 18 ans, Justine qui l’emmène sur les lieux du drame et il va raconter... À cette époque, en 1940, comme beaucoup d’enfants en temps de guerre, Joseph est envoyé à la campagne dans une ferme isolée en Haute Loire.

Mon avis

Joseph, le grand-père de la narratrice (Justine, 18 ans), est en Ehpad. Il se mélange un peu, perd le sens des réalités et s’évade dans le pays où dansent les licornes, les yeux dans le vague, déconnecté du présent. Les médecins sont pessimistes et pensent qu’avec ces problèmes cardiaques et sa fatigue générale, l’avenir est bien compromis.

Sa fille et son gendre, les parents de Justine, n’ont pas beaucoup de temps à lui consacrer, même si dans deux jours, c’est son anniversaire. Pourtant, dans un instant de lucidité, il a demandé à se rendre à la Canardière, sa maison dans le marais poitevin. Pas le temps, d’autres choses plus urgentes à faire…Alors Justine se décide, elle trouve une vieille voiture, et embarque Papy avec elle.

Peut-être l’occasion de mieux le connaître, le comprendre ? Ce qu’elle sait de lui, ce n’est pas grand-chose, il a gardé les vaches en Haute Loire dans une ferme où on l’avait envoyé quand il avait treize ans. Et puis, cette phrase bizarre qu’il n’explique pas mais qui a intrigué Justine : J’ai tué un homme quand j’avais treize ans ! D’accord, il n’a pas toute sa tête mais c’est quand même étrange de déclarer ça, non ?

Les voilà tous les deux sur la route, direction la Canardière. L’ancien est fatigué, mais ils avancent au rythme poussif du véhicule plus tout neuf, et c’est la panne. Évidemment, au milieu de nulle part, avec pas de réseau et pas une bâtisse ou une personne à l’horizon…. Les deux voyageurs partent à pied …. Et finissent par trouver du monde…. Ce sera l’occasion pour Joseph de retrouver un peu d’énergie, de mémoire, et de raconter son enfance à la ferme (le récit se fait alors avec un narrateur extérieur).

On arrive à pas feutrés en 1940, on découvre les fermiers (un frère et une sœur) qui accueillent Joseph. Il ne connaît rien à cet univers, il doit apprendre et vite s’il veut manger…. Le quotidien est difficile au départ puis petit à petit, il trouve sa place, se fait apprécier…

Ce roman, empli d’humanité, m’a énormément plu. Justine un peu sauvage, rebelle, est attachante (je crois que l’auteur aime bien les filles comme elle, je l’avais constaté dans ces écrits précédents), même si elle ne rentre pas dans la « norme » souhaitée par ses parents. L’histoire du grand-père qui se dévoile petit à petit est très représentative d’une époque, d’une façon d’être avec les gens de la campagne. Les hommes un peu bourrus, les femmes effacées, c’est réaliste …

J’ai déjà lu deux livres de Noël Sisinni et j’apprécie qu’il se renouvelle à chaque fois. Quand on commence la lecture, on a le sentiment que ça va être un peu brut de décoffrage et puis les personnages s’installent et leur sensibilité, parfois cachée, leurs failles, nous bouleversent….

Ce sont des personnes ordinaires mais l’auteur leur donne vie et on s’intéresse à leur parcours. On a envie de savoir ce qu’ils vont devenir ou comment ils en sont arrivés là.

L’écriture et le style sont parfaitement adaptés que ce soit pour Justine ou pour le narrateur extérieur.  J’ai lu ce roman d’une traite et c’était un plaisir !


"Le miroir des anges MS 408" d'Isabelle Beaujean

 

Le miroir des Anges MS 408
Auteur : Isabelle Beaujean
Éditions : BOD (19 Juin 2023)
ISBN : 9782322483822
218 pages

Quatrième de couverture

Une libraire dont l'enfance va ressurgir malgré elle. Une série de victimes énigmatiques. Deux policiers qui vont devoir apprendre à travailler ensemble. Un manuscrit étrange qui a traversé les siècles sans qu'aucun scientifique n'ait pu en décrypter l'écriture... Et un chat...

Mon avis

Ce livre est un très bel « objet » avec un papier glacé, des illustrations de qualité donnant envie de le feuilleter et un titre énigmatique. Après, il y a l’histoire. La vie tranquille d’une libraire, Anaëll Marci, est bouleversée. Une femme qui lui a fait une demande bizarre est retrouvée décédée dans d’étranges circonstances. La police se rapproche d’elle. Elle est interrogée, elle cherche à comprendre car tout cela lé déstabilise fortement, l’angoisse. D’autres femmes sont retrouvées mortes. Y-a-t-il un lien entre elles et un avec sa boutique ? Si oui lequel ? Et pourquoi elle ?

Un ouvrage mystérieux semble mêlé à tout cela. Il s’agit du manuscrit de Voynich MS 408 (livre découvert en 1972, illustré, rédigé dans une écriture à ce jour non déchiffrée et dans une langue non identifiée, il n’a pas d’auteur. Il aurait été fabriqué entre 1404 et 1438.). Je n’avais jamais entendu parler de ce recueil et j’ai été fascinée par ce que j’ai appris. Et bien entendu, ça me donne envie d’en savoir plus. J’aime les romans qui m’entraînent plus loin qu’une première lecture.  L’intégrer à cette fiction est une excellente idée, il sert de fil conducteur et c’est bien pensé.

Les personnages sont intéressants, bien décrits. En dehors de la responsable de la librairie, deux policiers sont obligés de collaborer. Ils sont très différents et ils « s’apprivoisent » au fil du temps. J’ai apprécié l’évolution des relations entre les uns et les autres ainsi que le cheminement d’Anaëll pour mieux comprendre son passé.

Isabelle Beaujean nous emmène dans un univers qui semble classique au début et puis petit à petit, avec le manuscrit évoqué, une part de rêves arrive, tout doucement. C’est comme une plume d’ange (comme celle de Nougaro dans sa belle chanson) qui se pose sur le roman, dévoilant un autre monde, un tantinet onirique. Nos yeux pétillent et on est embarqué.

À partir de ce moment-là, les émotions se succèdent. On peut être attendri et quelques pages plus loin, avoir peur ou être en colère. L’autrice maîtrise bien son intrigue. Son style délicat, son écriture douce en font une lecture agréable, plaisante, pas mièvre, enrichissante (la partie « en savoir plus » est un atout non négligeable).


"Mon premier meurtre" de Leena Lehtolainen (Ensimmäinen murhani)

 

Mon premier meurtre (Ensimmäinen murhani)
Une enquête de Maria Kallio
Auteur : Leena Lehtolainen
Traduit du finlandais par Véronique Minde
Éditions : Gaïa (1 septembre 2004)
ISBN : 978-2847200409
230 pages

Quelques mots sur l’auteur

Leena Lehtolainen est née en 1964 dans le centre de la Finlande. Passionnée de musique, elle pratique le chant, la guitare et le piano. Précoce, elle publie à 12 ans son premier roman pour la jeunesse, à 17 ans le suivant. C'est en 1993 que parait " Mon premier meurtre ", le premier épisode des aventures de l'inspectrice de police Maria Kallio. Il sera suivi de sept autres. Lauréate de plusieurs prix littéraires finlandais, elle est traduite en de nombreuses langues. Certains de ses romans ont été adaptés à la télévision.

Quatrième de couverture

Après quelques années à la police nationale où la routine des procès-verbaux et interrogatoires de petits délinquants l'ennuie, Maria Kallio reprend ses études à la fac de droit. Mais l'action lui manque et elle accepte un remplacement. Ce sera l'occasion de sa première enquête criminelle : un jeune homme est retrouvé assassiné, noyé et blessé à la tète, lors d'un week-end passé dans la villa de ses parents avec sept autres membres d'une chorale. Un parmi eux est forcément coupable. Mais lequel ? Maria commence son enquête, les interroge les uns après les autres. Sa tâche est ardue : elle-même a connu la victime et certains des suspects lorsqu'elle était étudiante. Elle a sensiblement le même âge qu'eux, ce qui ne la rend guère crédible comme inspecteur de police. De plus, tous avaient de bonnes raisons d'en vouloir à la victime, un jeune homme riche, talentueux, au succès facile et aux nombreuses conquêtes féminines...

Mon avis

« Mon premier meurtre » est le premier roman policier de Leena Lehtolainen. Il a été suivi depuis de sept autres livres où l’on retrouvera le personnage récurrent de Maria Kallio.

Comme souvent pour une première œuvre, il manque un peu de « consistance », de profondeur, mais cet auteur est assurément quelqu’un « à suivre ».

Je conseillerai ce livre à qui voudrait (pour une première expérience), « tenter » de lire un roman policier, pas trop compliqué, sans trop de sang, ni de situations ou émotions « prises de tête ». Un style simple, fluide, une écriture « féminine » (qui n’a pas été sans me rappeler Sandra Scoppettone), beaucoup de dialogues dans un langage courant, parfois familier, donnent une certaine légèreté à ce livre. Les descriptions sont nettes et l’étude psychologique des personnages ne nous entraîne pas trop loin dans les méandres du cerveau de chacun. Tout ceci est assez reposant.

L’histoire se déroule sous nos yeux, facilement, sans trop d’actions si ce n’est sur la fin où les événements s’accélèrent au fur et à mesure que les « nœuds » se dénouent et que l’intrigue s’éclaircit. La seule difficulté peut être de retenir les prénoms et noms finlandais des différents personnages aux consonances peu habituelles !

Maria Kallio, notre inspecteur principal (emploi du masculin dans le livre alors que c’est une femme) va se retrouver à mener l’enquête dans un groupe de jeunes appartenant à une chorale.

L’originalité étant qu’elle connaît certains de ses membres et qu’il lui faudra ne pas mettre trop « d’affectif » dans ses relations face à ses « suspects potentiels ».

Elle se doit de les interroger, en restant à sa place d’enquêtrice.

D’autre part, elle va voir comment ils ont évolué, quels choix ils ont fait, ce qu’ils sont devenus, ce qui lui renverra les mêmes questions en ce qui la concerne.

A-t-elle fait les bons choix, elle « le garçon » tant attendu par ses parents et qui s’est révélée être une fille ? Est-ce que cette « déception » parentale explique ses difficultés à avoir une relation amoureuse stable, à être féminine ? … Est-ce pour cela qu’elle choisit des métiers d’homme ? Autant de points concernant une jeune femme attachante, indépendante (Je voulais pouvoir mariner dans ma baignoire à deux heures du matin en mangeant du chocolat ou en buvant du whisky si l'envie m'en prenait.) au caractère bien trempé et qui auraient, sans doute, mérités d’être approfondis (mais ce sera probablement le cas dans les romans suivants …)

Une chanson va servir de « fil conducteur ». On la retrouve nommée dans l’intrigue, elle est écrite au début du roman et une de ses lignes (différente à chaque fois) sert d’introduction à chaque chapitre (les chapitres étant encadrés d’un prélude et d’une finale comme un concert). Le milieu musical est bien évoqué et on voit qu’il est familier à l’auteur (il y a d’ailleurs quelques belles références).

Il ne faut pas attendre trop de l’enquête, Leena Lehtolainen s’est plutôt attardée sur les relations entre les uns et les autres et leurs évolutions au fil des ans. L’inspecteur se trouve dans ce groupe assez fermé que constitue la chorale où se jouent beaucoup de choses en « coulisses » (drague, alcool, trahison, mensonge …) On s’apercevra vite que le mort ne disait pas tout et n’était pas aussi « propre sur lui » qu’on pourrait le croire.

Les langues vont-elles se délier ? Ou l’enquêtrice hors pair découvrira-t-elle toute seule ?