"Un fantôme dans la gorge" de Doireann Ní Ghríofa (A Ghost in the Throat)

 

Un fantôme dans la gorge (A Ghost in the Throat)
Auteur : Doireann Ní Ghríofa
Traduit de l’anglais (Irlande) par Élisabeth Peellaert
Éditions : Globe (4 Avril 2024)
ISBN : 978-2383612308
370 pages

Quatrième de couverture

C’est l’histoire d’une femme qui passe sa vie dans les couches et le lait en tâchant de maintenir l’équilibre précaire d’une famille de la classe ouvrière dans l’Irlande d’aujourd’hui. Malgré la charge mentale et l’épuisement, elle s’épanouit dans la maternité et le dévouement total à sa condition de mère. Mais quand son quatrième enfant manque de mourir à la naissance, elle perd pied. Elle trouve alors du réconfort dans la lecture du célèbre « Caoineadh », un poème irlandais datant du XVIIIe siècle.

Mon avis

Je l’ai écrit plusieurs fois mais je le redis. J’ai « rencontré » « Liberté » de Paul Éluard sur mon livre de lecture à l’âge de dix ans. La poésie était entrée dans ma vie. Pour la narratrice de ce roman, c’est le poème « Caoineadh », rédigé par Eibhlín Dubh Ní Chonaill qui l’a bouleversée. Il date du XVIIIe siècle. Elle aussi l’a connu alors qu’elle était écolière.

« Sa voix engendre un écho si puissant qu’il parvient très loin, jusqu’à une petite fille aux cheveux noirs et aux ongles rongés. Moi. »

« Ceci est un texte féminin », dès les premiers mots, le ton est donné. C’est une femme, une mère, qui s’exprime. Elle ne cache rien de son mal-être, de ses difficultés. Elle a quatre jeunes enfants dont la petite dernière qu’elle allaite. Ses journées sont rythmées par ce qu’elle écrit sur ses listes : école, lessive, laver les toilettes, poubelle, tire-lait (elle donne son lait pour d’autres bébés) etc… Elle se noie dans ses tâches, mais jamais elle ne se plaint de surmenage.

« On éprouve un singulier contentement à s’absenter ainsi de son être, à le subsumer aux besoins des autres : c’est d’un tel effacement que, pour moi, naît la joie. »

En parallèle de ses activités, elle décortique «Caoineadh » qui parle d’une femme et de son amour pour son époux, décédé alors qu’elle était enceinte. C’est ce qui « la tient debout ». Ce texte a d’abord traversé le temps oralement avant d’être plus connu par écrit. Il y a peu d’informations sur son auteur et elle veut en savoir plus sur elle. Alors, au milieu des couches, des gamins, du quotidien parfois éprouvant, la mère de famille reprend les feuilles défraichies où se trouve Caoineadh. Elle le relit, elle le répète, et la voix de celle qui a écrit envahit sa gorge, comme un fantôme très présent. Dans la solitude de ses journées, cette voix, cette espèce d’échange lui fait du bien.

À travers ce récit d’un lyrisme lumineux, une comparaison est établie entre ces deux épouses, devenues mères. Leurs vies se tissent, s’entrecroisent à plusieurs siècles de distance. Doireann Ní Ghríofa fait des recherches pour mieux connaître Eibhlín Dubh Ní Chonaill. Il y a des lacunes, des trous dans son passé. Elle se rend sur les lieux où cette dernière a vécu, elle veut comprendre qui elle a été. C’est comme une obsession de tout cerner.

À travers cette quête, c’est une meilleure perception d’elle-même qu’elle a aussi. Elle raconte son quotidien, ce qui la porte, ce qui est plus délicat à gérer. Elle se met vraiment à nu, se confiant en toute simplicité, sans fard, sans limite penseront peut-être certains.

L’écriture est très riche, merci à la traductrice qui a sans doute choisi un vocabulaire de qualité pour que ce livre ne perde rien de sa force. On sent toute la volonté de l’auteur de réussir ses recherches. Lorsqu’elle n’a plus de piste, elle contourne, repart dans une autre direction, aborde le peu qu’elle sait sous un autre angle pour relier les bribes découvertes. Elle écrit où elle peut, quand elle peut, entre deux biberons, pendant la sieste des petits, elle irait jusqu’à s’excuser, comme si elle n’était pas légitime mais elle pose sur le papier son ressenti et le lien unique qu’elle a avec cette femme et son hommage à Art, son mari décédé.

Chaque chapitre commence par un extrait du poème qu’on aura en entier à la fin. Car le fil conducteur, le fil porteur, c’est bien lui, extrait du passé, offert dans le présent, vibrant d’amour «Caoineadh ».


"Trois fois la mort de Samuel Ka" de Jean-Marc Fontaine

 

Trois fois la mort de Samuel Ka
Auteur : Jean-Marc Fontaine
Éditions : Globe (2 Mai 2024)
ISBN : 978-2383612902
260 pages

Quatrième de couverture

Juin 2023, des émeutes éclatent à Marseille suite à la mort du jeune Nahel à Nanterre. Antoine se remémore l’époque où il travaillait aux Boqueteaux, une cité entre Aubervilliers et Pantin. En janvier 2012, un braquage y a entraîné une descente de police, puis des affrontements et des nuits d’émeutes jusqu’à la mort d’un homme, Samuel Ka. Il était armé d’un fusil à pompe, il meurt sous les balles d’un policier : de la légitime défense aux yeux de la justice. Affaire classée. Même dans le quartier, on a du mal à pleurer celui qui gérait ses trafics d’une main de fer. Pourtant, tous sont marqués par cette nuit-là. Et chacun nourrit sa propre version des faits.

Mon avis

« Résistante ? On va retirer la majuscule et dire « résistante » avec un petit r. Résistante au quotidien. Aux forces armées de la quotidienneté. À l’occupation par l’état des choses. À l’état de fait. À l’état de fait des choses comme elles sont. »

À Nanterre, en ces jours de Mai 2024, une reconstitution est faite pour comprendre la mort du jeune Nahel. Pourquoi un motard de la police a-t-il tiré sur lui ? Était-il en danger de mort ? Face aux déclarations contradictoires, qui croire ?

À Marseille, en Juin 2023, certains quartiers sont à feu et à sang. Antoine se souvient des Boqueteaux, une cité près de Paris. Un vol avec violence dans une bijouterie commis par trois jeunes avait eu de fâcheuses conséquences. Descentes de police, mutineries, insurrection. Et puis la mort de Samuel. Légitime défense vu qu’il avait dans les mains un fusil à pompe. On passe à autre chose, rien à justifier, à expliquer, d’autant plus que le mort n’avait pas bonne réputation.

Mais Jean-Marc Fontaine décide d’aller plus loin pour comprendre, analyser, disséquer. Comment peut-on en arriver là ? Par l’intermédiaire du personnage d’Antoine, il présente plusieurs points de vue sans jamais juger, en restant observateur et en écoutant ceux qui s’expriment. Chacun son ressenti, son approche. Pour une même situation, les interprétations peuvent être nombreuses et très différentes les unes des autres.

Quand il y a une révolte, il y a obligatoirement une cause, un catalyseur, des conséquences. Un policier fait partie d’une « famille » avec ses collègues. Ils ont été formés à une certaine « vision » des « incidents », ça fait partie de leur « job ». Un mort ça fait désordre, il faut calmer tout ça. La solution ? Surveiller, réprimer si besoin, étouffer, gérer. Mais en face, les jeunes sont mal à l’aise.

« En plus, ça ne leur suffisait pas d’avoir tué Samuel. On aurait dit que c’était nous aussi qu’ils voulaient tuer, nous tous. Tous ceux de la cité. Peut-être pas tuer au sens légal du terme -médecin légiste et tout ça. Tuer dans nos têtes. »

Les jeunes ne comprennent pas ce « flicage », ils ont l’impression de ne pas être libres, d’être en permanence « espionnés », comme s’ils étaient sans cesse coupables de dérives.

Deux clans ? Les ados des cités et les flics ? Il y a également les parents, les éducateurs, les journalistes, Antoine le sociologue. Est-ce qu’on peut éviter ces drames, ces altercations ? L’auteur s’interroge, et nous renvoie ses questions.

Son propos est fin, très juste. Son écriture pointue, précise, au scalpel avec des phrases courtes fait mouche. Il va droit au but, sans concession. Depuis longtemps, impliqué dans les luttes politiques et sociales, il sait de quoi il parle. Il a le regard intelligent de celui qui prend du recul, qui ne laisse pas ses émotions l’envahir pour décrire ces banlieues où tout peut être vécu : le meilleur comme le pire.

Cette lecture a été édifiante, j’ai vraiment eu l’impression d’être au cœur des événements, d’être au plus près de ces hommes et femmes qui vivent la violence de près ou de loin, qui, officiellement, souhaitent tous la paix mais en oubliant parfois de discuter, de dialoguer afin de cerner les solutions les plus appropriées, celles où l’écoute, la confiance, le dialogue prendront le pas sur la haine et la brutalité …


"Et ils revêtirent leurs fourrures d’aiguilles" de Zuzana Říhová (Cestou špendlíků nebo jehel)

 

Et ils revêtirent leurs fourrures d’aiguilles (Cestou špendlíků nebo jehel)
Auteur : Zuzana Říhová
Traduit du tchèque par Benoît Meunier
Éditions ‏ : ‎ Seuil (29 Mars 2024)
ISBN : 978-2021518818
338 pages

Quatrième de couverture

Bohumil, Bohumila et leur fils ont quitté Prague pour sauver leur couple. Mais les habitants du village reculé où ils ont choisi de s’installer ne leur font pas bon accueil. Les regards en biais, les mensonges et les coutumes obscures trahissent une hostilité persistante. Chaque nuit, dans les bois épais qui entourent la maison où vit la famille praguoise, une présence rôde. Est-ce un loup ? Un des villageois ? Un jeu macabre se met en place dans la moiteur étouffante de l’été. Puis, lors d’une fête arrosée, tout va basculer.

Mon avis

Un couple quitte Prague avec leur fils pour s’installer à la campagne. Une façon pour eux de redémarrer, de donner un nouvel élan à leur union. Leur garçon (qui ne sera jamais nommé) souffre d’une déficience légère. Il aime les histoires de loup, les contes. Il les « revisite » à sa manière, découpe, colle, dessine, trace …. Leur maison, près d’un village, est isolée, mal placée, et semble habitée par un sombre passé.

Dès le début, on sent poindre une forme de méfiance, voire d’hostilité, de la part des villageois. Ils ne semblent pas franchement honnêtes, droits dans leurs baskets, ni heureux de voir arriver des « étrangers ». On sent tout de suite que rien ne sera facile pour Bohumil et Bohumila. Déjà que c’est compliqué entre eux et avec leur gosse, si l’environnement n’aide pas et devient presque hostile, arriveront-ils à s’en sortir, à inverser le cours des événements ? On le comprend à demi-mots, tous, dans ce coin perdu, se surveillent, et regardent dans le même sens seulement lorsqu’il s’agit de « zieuter » ces deux nouveaux qui ont débarqué avec un gamin bizarre.

Ce roman est une expérience de lecture singulière, totalement atypique. De temps en temps, des extraits de contes, de chants, de comptines nous emmènent dans un univers onirique parallèle, mais lié au récit par des métaphores, elles-mêmes rattachées aux faits décrits.

« Mais, même ici, la sueur leur sourd des oreilles pour disparaître comme un lézard effrayé derrière les cols sales de leurs chemises. »

On oscille entre réalité déformée et chimères plus ou moins stressantes. C’est presqu’indescriptible mais tellement bien pensé ! L’écriture est précise, les mots choisis (et ça là qu’on réalise l’importance d’un excellent traducteur, merci à Benoît Meunier !) pour exprimer toute une palette d’émotions, de ressentis. L’horreur peut côtoyer le beau ou le partage mais dans quel monde est-on ? Celui où les gens sont réellement ce qu’ils montrent ou un autre où ils se jouent des autres comme dans un livre d’enfant ?

Nombreux sont ceux qui ont tremblé en lisant Perrault, puis à l’âge adulte, des thrillers pour se faire peur et se rassurer en même temps. Les deux parents sont au milieu d’une de ces aventures. Dans ce texte, une ironie mordante peut succéder à une douceur déroutante. Il faut accepter d’être un peu bousculé par cet écrit où le rationnel n’existe pas, où, malgré tout, on se prend à espérer que les gens de la ville de Prague retrouvent un équilibre, un quotidien apaisé alors qu’on sait dès le départ que leurs chances sont infimes, quasi inexistantes.

La couverture nous met déjà dans une atmosphère particulière. On ne peut pas ignorer qu’on va rentrer dans une « autre dimension ». Zuzana Říhová a un style indéfinissable, ça gratte, ça pique, comme le décor décrit, ça dérange, ça interroge mais c’est inoubliable.

J’ai forcément pensé à la phrase : « L’homme est un loup pour l’homme ». Bohumil et Bohumila ne s’aiment plus, alors ont-ils besoin de souffrir pour ressentir quelque chose et se sentir vivants ?

C’est une lecture exigeante, peu ordinaire mais je ne regrette en rien ma découverte !


"Terre, mange tes morts" de Pascal Alliot

 

Terre, mange tes morts
Auteur : Pascal Alliot
Éditions : Dehache (2 Février 2024)
ISBN : 978-2382310328
230 pages

Quatrième de couverture

" Ce village ne possède ni nom ni toponyme hormis celui de la terre reculée ".
Celui de la dernière chance lui siérait à ravir également. Tant ceux et celles qui s’y réfugient viennent expier leurs enfers privés et s’abandonner aux méandres des paroles sacrées. Plonger dans les abîmes et ne pas remonter. Découvrir les tréfonds d’une génération perdue, laminée, détruite par sa propre candeur et modernité futile. Et donc se trouver accolé à ce bout de terre pour le restant de ses jours et oublier.

Mon avis

Ce roman est un thriller glaçant et noir à l’atmosphère violente (âme sensible s’abstenir) où l’on voit beaucoup de mauvais côtés des hommes, leurs esprits tourmentés, torturés les poussant à commettre l’irréparable.

On découvre une communauté bien particulière, celle des missionnaires désabusés. Des personnes qui se sont regroupées pour racheter leurs fautes ou leur mauvais comportement. Ils vivent coupés de tout dans un lieu paumé au milieu de la lande, sous l’influence d’un gourou qui leur dicte leur conduite.

Pas très loin de ce lieu atypique, une scène insoutenable de mise à mort est découverte. L’auteur en fait une description qui noue les tripes. C’est Sophie Debreuil, capitaine de police depuis peu dans le métier, qui récupère l’enquête. Elle a un parcours hors du commun, on le découvre au fil du récit par petites touches. Ça la rend plutôt attachante de mieux la connaître, rien n’a été vraiment simple pour elle. Elle prend cette affaire avec une grande énergie, prête à s’investir corps et âme, peut-être trop d’ailleurs…

Elle est dans l’obligation de collaborer avec des militaires. Pas facile car ils ne parlent que très peu. Chez eux, c’est la « grande muette » et on évite d’en dire trop, tout reste « en famille ». Il est nécessaire de trouver un terrain d’entente, de s’écouter, voire de collaborer… Attention aux égos et aux susceptibilités.

Pour Sophie et son équipe, les investigations sont douloureuses, ils touchent du doigt la noirceur de l’âme humaine, l’horreur de certains sacrifices. Malgré les visions cauchemardesques, ils doivent avancer et tout faire pour que tout ça cesse, que la confiance et le calme reviennent.

Les faits ne sont pas linéaires, on part, on revient, on plonge dans les méandres du mal. C’est une construction qui correspond bien au contenu. L’écriture est adaptée aux différents propos, à ce qui est présenté. L’auteur me semble plus à l’aise lorsqu’il décrit des scènes obscures, des pensées ésotériques et lorsqu’il exploite les idées d’un esprit pervers. Quand il parle du suivi des recherches, il y a plus de petites répétitions, comme s’il prenait moins de plaisir à rédiger ce genre de paragraphes. Mais je suis persuadée que ça s’affinera dans ses prochains titres.

Ce livre se démarque par l’univers évoqué, son agencement et le style de Pascal Alliot.


"La robe du jaguar" de Valérie Fayolle

 

La robe du jaguar
Auteur : Valérie Fayolle
Éditions : Récamier (2 Mai 2024)
ISBN : 978-2385771263
258 pages

Quatrième de couverture

Rose Dessables mène la vie dont elle a toujours rêvé. Celle d'une femme épanouie, d'une mère comblée et d'une artiste en devenir. Mais alors que tout semble lui sourire, elle décide de partir sur un coup de tête au Pérou, prétextant un film documentaire sur les chamans. Les échanges de Rose avec les siens ainsi que les fragments de son journal intime permettent de prendre la mesure des événements qui vont se dérouler entre le 12 mai et le 30 juin.

Mon avis

Rose a quitté le père de ses enfants, elle est maintenant en couple avec un homme plus jeune et a chanté avec lui un titre qu’elle a écrit. Elle a deux grands enfants. Son fils vit aux Etats-Unis et sa fille est installée avec elle.

Un jour, sa fille trouve un mot sur la table. Sa mère est partie au Pérou pour réaliser un documentaire sur les chamans et les peuplades méconnues. À l’aéroport, elle a acheté un carnet dans lequel elle a l’intention de consigner ses impressions. Elle a également son téléphone mais a décidé de ne pas répondre aux appels. Elle communiquera par mail.

Dans ce livre, on découvre les échanges de correspondances informatiques avec ses enfants, son ex-mari, son amant et des extraits de son journal intime.

J’ai toujours eu un faible pour les romans épistolaires. Je pense que dans ces cas-là, l’écriture peut être plus forte que les paroles. Se poser pour rédiger une lettre ou un mail, c’est prendre le temps, choisir les mots, les tournures de phrases car une fois envoyés les courriers ne peuvent pas être rattrapés, difficile à effacer !

Face à l’affolement de ceux qui l’aiment, Rose fait tout pour être rassurante, en édulcorant ce qu’elle vit vraiment. Car perdue en pleine forêt amazonienne, accueillie par des personnes dont elle ne sait rien, qui lui font boire des décoctions bizarres, elle ne se sent pas vraiment épanouie, ni heureuse dans cet univers.

« Je suis ici en pèlerinage, pour regarder à l'intérieur de moi. » écrit-elle. Et on s’interroge ? Son reportage lui sert-il d’excuse pour faire le point sur sa vie ? Pourquoi ne l’a-t-elle pas dit ? Que cache-t-elle ? On chemine à ses côtés, on essaie de lire entre les lignes. On apprend à connaître Rose, les inconnus de la forêt, sa famille, son chéri. Chacun évolue au fil des discussions à distance. Il faut accepter, comprendre, « écouter », ne pas juger, avoir la bonne attitude, ne pas être trop intrusif ou à l’inverse trop loin …

Le voyage de Rose est édifiant pour elle mais aussi pour nous. On s’attache au peuple qu’elle décrit, elle transmet l’amour des lieux présentés, leur puissance, leur force. On sait qu’il faut préserver les ethnies, leurs modes de vie, leurs croyances et l’auteur nous le rappelle par le biais de son récit. Et on se dit : Qu’est-ce qu’on fait pour eux ?

L’écriture de Valérie Fayolle est très belle. Dans les messages électroniques, elle adapte son phrasé à celui ou celle qui s’exprime. Petit à petit, les caractères apparaissent, chacun lève le voile et la confiance est là.

Rose paraît assez irresponsable au départ, un peu fantasque, imprévisible, et il sera nécessaire d’avancer avec elle pour cerner qui elle est réellement et réaliser que ce choix de s’enfuir n’était pas anodin.

J’ai beaucoup aimé cette lecture. La couverture est belle et le titre en lien avec le vécu de Rose au Pérou. L’alternance entre les mails et le contenu du carnet personnel donne du rythme et évite toute lassitude. Les sentiments des uns et des autres sont décrits avec finesse, sensibilité, le style est vraiment délicat, posé.

C’est une magnifique histoire emplie d’émotion et un beau portrait de femme !

"Bigoudis et petites enquêtes - Tome 5 : Panique au festival du livre" de Naëlle Charles

 

Bigoudis et petites enquêtes - Tome 5 : Panique au festival du livre
Auteur : Naëlle Charles
Éditions : L’Archipoche (2 Mai 2024)
ISBN : 979-1039205108
546 pages

Quatrième de couverture

Une nouvelle enquête s'annonce pour Léopoldine Courtecuisse, la coiffeuse de Wahlbourg. Cette fois, c'est sa sœur cadette qui est dans le viseur de la justice. Elle va mener l'enquête avec Quentin Delval, son lieutenant préféré, dessaisi officiellement de l'affaire. Ils vont devoir résoudre ce crime en secret au milieu du festival du livre de la ville.

Mon avis

Cinquième aventure de ma coiffeuse préférée ! Retrouver Léopoldine Courtecuisse, c’est comme retrouver une bonne copine. On galère ensemble, on s’énerve, on rit, on râle, on s’écoute….

C’est une histoire indépendante mais il est plus intéressant de lire dans l’ordre pour voir l’évolution des personnages et de leurs relations. Si toutefois, vous commencez par ce tome, pas de panique. Dans les premières pages, les principaux protagonistes sont présentés, avec les informations à connaître sur eux.

Pour ceux et celles qui auraient oublié et qui débuteraient par ce livre, l’essentiel à savoir c’est que Léopoldine (Léo) vit seule avec ses deux adolescents (son mari l’a quittée pour s’installer avec sa sœur). Elle a aidé plusieurs fois le lieutenant Quentin Delval pour résoudre des enquêtes. Comme elle a un salon de coiffure avec sa meilleure amie, elle entend beaucoup de choses. En plus, elle est futée et a un excellent esprit d’observation et de déduction.

Cette fois-ci, sa mère a décidé d’organiser un salon du livre avec des auteurs connus, des animations, des conférences. Le temps presse et toute la famille est mobilisée. Le comité d’organisation se réunit régulièrement et des tensions commencent à exister. Ah les égos féminins ! Constance, la jeune sœur de Léo se « branche » avec une personne du groupe qui, quelque temps plus tard, est retrouvée morte. Bien entendu, Constance est placée en garde à vue. Il va falloir prouver qu’elle n’est pas coupable. Mais Quentin, trop proche de la famille Courtecuisse est dessaisi de l’affaire au profit de la police dont l’équipe vient s’installer dans sa gendarmerie, prenant les bureaux d’assaut. Il n’est pas enchanté et la collaboration ne sera pas fluide….

Ce récit nous montre les différences d’approche et de méthode de travail des deux groupes d’enquêteurs. Quentin et ses collègues décident de mener des investigations en toute discrétion, aidés de Léo et de ses enfants.

L’auteur aborde également les problématiques liées à l’écriture d’un roman. Les difficultés face à la page blanche et pour se faire connaître. La place des blogueurs, des réseaux sociaux qui influencent les futurs lecteurs, parfois sans avoir vraiment lus le recueil. C’est très intéressant parce qu’incontestablement bien « vu » et réaliste. Naëlle Charles sait de quoi elle parle !

Son écriture est enjouée, elle manie tous les langages et c’est extrêmement drôle lorsqu’elle donne la parole à son fils, d’autant plus qu’il n’a pas la langue dans sa poche et ses réparties sont hilarantes ! Il y a aussi quelques comiques de situation dans les situations amoureuses ou autres.

On alterne les chapitres entre Quentin et Léo qui prennent la parole et posent leur regard sur les événements et leurs ressentis. Ils sont souvent en train de se surveiller discrètement alors qu’ils répètent sans cesse que chacun fait ce qu’il veut. Léo est attachante, au fil des tomes, son lien avec sa frangine s’apaise et c’est une bonne chose.

J’aime beaucoup lire « Bigoudis et petites enquêtes », c’est plaisant, détendant et pas stupide du tout ! On se glisse dedans, une atmosphère faite de sourire, de bonne humeur et de surprise nous enveloppe et on est bien. C’est un moment de lecture sans prise de tête mais avec une intrigue « travaillée » où tout s’emboîte.

"De lumière, d'or et de plomb" d'Alexandre Cabot

 

De lumière, d’or et de plomb
Auteur : Alexandre Cabot
Éditions : Douro (1er Mai 2024)
ISBN : 9782384063444
184 pages

Quatrième de couverture

« De lumière, d’or et de plomb » est un roman d’initiation qui retrace la vie d’Antonin Courbet, depuis la fin de son enfance jusqu’à l’épilogue de ses études. Au fil des années, ce garçon surdoué connaît une irrésistible ascension vers la notoriété, avant d’être entraîné dans un decrescendo vers les désillusions. Une relation étroite se noue entre le héros du livre et le lecteur, qui est amené à réfléchir sur le désenchantement et les déceptions de la vie. « C’est en tirant ma révérence aux podiums et aux honneurs que j’ai réussi à me maintenir dans la course.

Mon avis

Ce recueil est le récit d’un jeune garçon, Antonin Courbet, que l’on voit grandir jusqu’à ce qu’il devienne un homme. C’est lui qui se raconte dans ce roman, à la première personne.

Enfant, curieux de tout, intéressé par les mathématiques, il s’est « cultivé » tout seul, apprenant (et comprenant) dans des livres d’excellent niveau (au-dessus de son âge). Plein d’ambition, d’envie, il a découvert et passé un concours alors qu’il n’avait que treize ans. Le début d’une vie où le besoin de reconnaissance a pris beaucoup de place. Jalousé par certains membres de la famille, Antonin a tenu bon, soutenu par ses parents admiratifs de sa réussite. Ces derniers se sont mis à souhaiter toujours plus. Plus de succès, plus de mentions, plus, plus… Un peu comme si tout cela allait leur apporter plus de pouvoir dans leur vie quotidienne …..

La pression était-elle trop forte ? Antonin, lui, sentait bien qu’il avait déjà fait le maximum, la flamme s’était éteinte, il n’avait plus foi en ses capacités, plus de « jus » … Mais quand tout le monde vous étiquette « intelligence exceptionnelle », vous ne pouvez pas décevoir. Alors il a continué et s’est heurté à de nombreux obstacles, est-ce qu’il allait s’écrouler ?

C’est avec une plume agréable, vive, qu’Alexandre Cabot porte une réflexion fine sur les relations humaines, parfois soumises au diktat du « paraître ». Antonin voit certaines personnes se détourner de lui parce que sa situation professionnelle n’est pas en adéquation avec la leur.  C’est la désillusion pour lui. Le quotient intellectuel ne mesure pas l’humanité et c’est bien dommage….

La personnalité du personnage principal est intéressante, il essaie de rester droit, de s’en sortir, de ne pas être déstabilisé par les pertes de repères, les remarques pas forcément sympathiques. Le regard des autres est parfois bien lourd….

L’histoire est très réaliste, tant dans le comportement des uns et des autres, que dans les relations d’Antonin avec ceux qu’il rencontre au fil des pages. J’ai eu beaucoup de plaisir à cette lecture à travers laquelle l’auteur nous rappelle la différence entre « réussir dans la vie » et « réussir sa vie ».