"La légende d'Argassi - Tome 2 : Le choc des deux mondes"de Martine Sonnefraud-Dobral


Le choc des deux mondes
La Légende d’Argassi : tome 2
Auteur : Martine Sonnefraud-Dobral
Éditions : Les  Sentiers du Livre (24 Mai 2016)
412 pages
ISBN : 9782754305150

Quatrième de couverture

Si votre rêve devenait réalité et la réalité votre pire cauchemar ?
Victoire va l’expérimenter pour son propre compte et se trouver confrontée à un drame familial doublé d’un dilemme pour le moins étrange. Après être venue à bout d’une malédiction dans une autre dimension quelques années plus tôt, la voici rattrapée par son passé et plongée à son tour dans la tourmente. Aidée de ses amis du Monde Connu, elle va devoir de nouveau se battre et trouver la parade. Face à un nouveau paradoxe et à un nouveau défi, arrivera-t-elle à lever la menace qui pèse sur sa famille et à concilier rêve et réalité pour contrecarrer, une fois de plus, le destin ?
Prise entre deux Mondes et entre deux vies, il lui faudra, cependant, encore faire des choix.

Mon avis

Enthousiasmant !

Avec une écriture vive et dynamique, de l’action, des sentiments, Martine Sonnefraud-Dobral m’a conquise ! Son livre a été un pur moment de bonheur. Bien sûr, au premier abord, on peut se dire que l’intrigue va être assez basique et que le choc des deux mondes a un petit air du film « Les Visiteurs » et bien pas du tout !!!

Victoire, aidée de ses amis va tenter de sauver une situation bien périlleuse. C’est une femme douée, intelligente et sensible qui sait bien s’entourer (et hum, personne ne dormirait dans la baignoire s’il me « visitait » aussi » ;-) On va suivre les raisonnements de chacun, découvrir les modes de communication , d’approche d’une situation différents et comment sauver les apparences…  La rencontre entre les deux « vies » qui animent Victoire, est un vrai régal, on rit, on sourit, il y a beaucoup de tendresse, d’écoute, de respect …… Dans ce style de situations (l’opposition entre deux « civilisations », parfois, l’auteur en fait trop ou pas assez et je crains toujours un déséquilibre. Pour  ce recueil, le ton m’a semblé très juste, sans exagération.  J’ai beaucoup apprécié le fait que les personnages se posent des questions (même si cela reste assez léger) sur les relations humaines, la mafia, l’art et sa transmission…. Je n’ai ressenti aucun temps mort et c’est à regret que j’ai reposé cet opus sur la table.

Je crois que le charisme de la plupart des personnages y est pour beaucoup. Même si j’ai une nette préférence pour l’homme au catogan, tous ont du « chien », ce petit quelque chose qui fait que des êtres de papier deviennent des familiers et que vous n’avez pas envie de les lâcher. Et lorsqu’il en est ainsi, c’est que la personne qui écrit prend du plaisir à décrire les événements qu’elle présente et forcément, de l’autre côté, ça se ressent !!!!




"L'Alicanto" d'Amadeo Alcacer


L’Alicanto
Auteur : Amadeo Alcacer
Éditions : Santa-Rosa (11 Juillet 2014)
ISBN : 978-1519027771
244 pages

Quatrième de couverture

Le cadavre d'une jolie serveuse est retrouvé chez elle. En sept mois, six autres jeunes femmes ont disparu dans des circonstances similaires, assassinées à leur domicile. Les malheureuses sont toutes découvertes dans des poses très particulières, exposées à la manière des tableaux de la Renaissance.
Le capitaine Marquez demande à l'inspecteur Diego Alandia, qui a déjà suivi une affaire similaire dans on pays, de mener l'enquête. 

Mon avis

« La mort ne pouvait pas se domestiquer, mais la crainte légitime qu’elle inspirait pouvait être annihilée, voir maîtrisée jusqu’à devenir acceptable. »

L’Alicanto est, au Chili, un oiseau mythologique.
Les oiseaux sont insaisissables, multiples par leur chant et  leur plumage … Il y a un peu de ça dans cet Alicanto qui se déroule sous nos yeux.

Déjà les personnages ont plusieurs facettes, que ce soit Diego Alandia qui quitte le Chili quelques jours pour aller en renfort en Argentine afin d’enquêter. Pourquoi ? Certaines similitudes dans le processus de meurtres d’un pays à l’autre… Diego est un homme sombre, qui subit sa vie plus qu’il ne la gère. Au niveau personnel et professionnel, il est toujours sur la corde raide, sur la brèche, entre deux… Entre quoi et quoi ? A la frontière du bien et du mal, de la tricherie et de l’honnêteté, de la haine et de l’amour…mi figue mi raisin, il oscille d’une situation à une autre….
Il y a également « L’Alicanto », assassin perfide, manipulateur, violent, sans scrupules, prédateur qui met en scène ses crimes comme autant d’œuvres d’art, narguant la police à travers ses écrits….
Et puis, cette journaliste ambiguë qui semble interpréter les faits à sa façon….
Ces protagonistes qui se côtoient de près, de loin, se dévoilent, se rétractent, s’égarent parfois sur d’autres routes, nous entraînant dans les méandres de l’intrigue mais aussi de leurs états d’âmes. Le lecteur apprend à les connaître, saisit certaines choses, doute, se demande si ce qu’il imagine peut être vrai et tourne les pages fasciné, dérouté, mais irrésistiblement attiré….

Après il y a le style, je devrais écrire « les styles » car l’auteur varie son écriture dans chacune des parties qui composent ce roman.
Au départ, c’est surprenant, cela peut sembler lourd et même bizarre… Qui est la personne qui s’adresse à Diego et lui dit tu ? « Tu prends alors une pose inspirée, puis tu contemples derrière le plaignant,….. » . C’est un espèce de regard extérieur, confirmant qu’il n’est pas réellement maître de sa vie….Un peu comme si son quotidien était épié à travers une paire de jumelles. Quelqu’un l’espionne-t-il ? Son âme est fouillée jusqu’au tréfonds, on accompagne ses recherches, ses raisonnements et en plus on découvre les pays où il se trouve : Chili et Argentine. L’ambiance est bien retranscrite, le climat de la contrée présenté avec finesse et précision.
Cette partie est habilement menée et au moment où je me disais « Bon, ça fait quelques pages que j’ai compris et il en reste encore beaucoup, que va faire l’auteur maintenant ? ». Paf ! Changement radical d’écriture, de contenu, de ton…

Bienvenue au monde du noir, dans le cœur sombre de l’Alicanto…On palpe l’horreur du doigt. Pas à pas, l’Alicanto se confie, s’exprime, se livre….Esprit tourmenté, pensées effarantes, sans aucun état d’âme, la mort est son domaine…Le plaisir de tenir la vie des autres entre ses mains, de les séduire, de les manœuvrer puis de les réduire à néant….
Ses commentaires détachés font froid dans le dos….

La dernière partie, dont je ne dirai rien, est l’aboutissement d’un thriller riche de par son contenu original, son approche des « hommes » et des sociétés où ils vivent.
De plus, une grande part est donnée aux raisonnements des principaux individus qui « hantent » les pages.... leur ombre se profilant dans la couleur rouge sang qui les relie …

Amadeo Alcacer, dont c’est le premier roman officiel, doit aimer l’art sous toutes ses formes (littéraires ou autres) car les références sont de qualité. Ce sont de petites touches de couleurs plus douces au milieu de ces rouge et noir désenchantés…..


"La révolte muette" de Marie Gisèle Nkom


La révolte muette
Auteur : Marie Gisèle Nkom
Éditions : Kyklos (19 Septembre 2018)
ISBN : 978-2-918406-39-6
202 pages

Quatrième de couverture

La révolte muette ou le cri douloureux qui s'élève des profondeurs de l'Afrique pour trouver écho dans une France en mutation constante. Cri poussé par cinq personnages de générations différentes victimes de guerres, de mutilations, de trahisons, dont les destins ambigus vont s'entremêler dans l'écheveau sociétal.


Mon avis

Coup de cœur, coup de gueule, coup de poing… Voilà les premiers mots qui me viennent après avoir refermé ce magnifique roman.

Coup de cœur pour :
-la parole donnée aux femmes de ce récit, même si on les fait taire, on les avilit, on les oublie, elles sont « présences » dans les pages et forcément elles s’installent durablement dans notre cœur….
-l’écriture de l’auteur : sobre, talentueuse, emplie de révolte, de celle qui s’exprime dans le silence, entre les lignes, entre les mots et qui vous frappe de plein fouet, vous laissant pantelant, épuisée devant tant d’injustices cachées, d’horreur passée sous silence, de maltraitances minimisées sous prétexte que … Elle porte un message fort, avec doigté, en peu de mots, mais si bien choisis qu’il se suffisent à eux-mêmes.
« Mon silence avait emprisonné tout ce que mon âme recelait d’émotions. » C’est ce que dit Sala, excisée très jeune, puis mariée contre son gré….

Coup de gueule :
- poussé par l’auteur, par certains de ses personnages, relayé par un style vivant qui vous place au plus près des événements, vous obligeant à regarder, à ouvrir les yeux sur l’inconcevable, l’inacceptable ….
Il est si douloureux de constater que l’humain peut être cruel, violent, s’enfermant dans ses principes, sa haine, ses traditions ancestrales, n’acceptant pas d’évoluer, refusant de voir la souffrance qu’il inflige…
--contre notre société, qui ne fait pas toujours face, qui fait (trop ?) des compromis, essayant de ménager tout le monde, ne résolvant pas les problèmes de l’immigration, de la violence, du chantage …
-et nous ? Au lieu de faire l’autruche, si on osait élever la voix ?  

Coup de poing :
-prendre un tel récit en pleine face c’est accepter d’être bousculée, c’est savoir que l’on va (re)découvrir des faits, des actes, qu’on avait enfouis au plus profond de notre mémoire pour ne plus les « connaître ». En couvrant de silence ces barbaries, ces atrocités, ne se pose-t-on pas en complices ?
-envoyé par les protagonistes, qui sont en quête. Ils cherchent la vie, l’amour, la rédemption, l’avenir meilleur, le combat… Chacun a sa part d’ombre, ses failles…



Ce roman, c’est l’histoire de rencontres, certaines très enrichissantes, d’autres destructrices, d’autres enfin qui se transforment au fil du temps, influencées par les mauvais conseilleurs, par le poids de la violence ou parce qu’on n’a plus le choix (et c’est encore pire) ….
C’est également la voix de ses femmes qui ont voulu prendre leur destin en mains et qui n’ont pas toujours pu faire ce qu’elles souhaitaient car elles n’étaient pas vraiment libres…
C’est, en conclusion, des lecteurs, qui resteront marqués par ce qu’ils ont lu, habités de questionnements sans réponse, se disant : « Mais pourquoi ? » et repartant dans leur quotidien, le cœur en vrac…

Merci à Marie Gisèle d'avoir mis des mots sur les maux de ces exclus pour leur redonner vie et qui sait un peu d'espérance...

"Corps rouge dans le Vercors" de Jérôme Sublon


Corps rouge dans le Vercors
Auteur : Jérôme Sublon
Éditions du Caïman (27 Novembre 2018)
ISBN : 978-2919066711
342 pages

Quatrième de couverture

Le corps de Delmare est retrouvé sans vie dans sa propre scierie. La commissaire Aglaëe Boulu est dépêchée dans un village perdu dans les forêts du Vercors... Les habitants se révoltent : la rumeur désigne un coupable, il ne reste plus qu'à l'enfermer... Les villageois aspirent à conclure rapidement cette enquête... Pour autant, ils ne coopèrent guère... Ont-ils peur qu'une vérité enfouie n'éclate au grand jour ?

Mon avis

Certaines librairies et parfois même les bibliothèques n’ont de la place sur leurs rayons que pour les « grandes » maisons d’éditions. Grandes par quoi ? Par le nombre d’exemplaires vendus, par leurs auteurs parfois surcotés, par leur nom écrit en gros ? Tout ça pour dire que les éditions du Caïman (peu exposées) gagnent à être connues non seulement pour la qualité de leurs ouvrages mais également pour la passion qui anime les fondateurs.

Jérôme Sublon qui a commencé comme ingénieur, puis professeur des écoles, se consacre maintenant à l’écriture. Il randonne beaucoup et son dernier récit se situe dans la région de Villard de Lans. Le village montagnard, perdu (les réseaux téléphoniques sont parfois aléatoires) de Sainte-Moucherolle-sur-Bourne est en émoi. Après une vieille dame décédée il y a quelque temps alors qu’elle promenait son troupeau sur les coteaux, voilà que le patron de la scierie est retrouvé assassiné dans des conditions qui font froid dans le dos. Sa veuve, pas du tout triste, soit dit en passant, se propose de reprendre l’affaire aidée des fidèles ouvriers. Mauvaise surprise, une dette contractée pas son époux et non couverte, fait qu’elle n’est plus propriétaire….. A qui profite le crime ? A l’usurier ? Trop facile….

C’est la commissaire Aglaë Boulu qui est dépêchée sur place pour mener l’enquête, aidé des gendarmes du coin. Pourquoi elle ? Parce qu’elle fait un peu d’ombre à son patron, alors l’éloigner et l’envoyer au milieu de nulle part, c’est une bonne solution, surtout si elle n’arrive pas à trouver le meurtrier….. Elle va vite être rejointe par Francesco, un amoureux avec qui le lien a été rompu… Pardonnera, pardonnera pas ? Ah aha….. je ne dis rien ;-) Aglaë est une jeune femme opiniâtre, observatrice, qui ne lâche jamais. Elle écoute, examine chaque détail, chaque indice, elle interprète un regard, un mouvement de cils et elle agit. Parfois, elle joue au poker menteur pour pousser les gens dans leurs retranchements et ça lui va bien.

En face d’elle, les habitants du village, des taiseux qui communiquent peu et semblent même cacher des choses. Parmi eux, le comte Danjou (sans apostrophe) - excusez du peu, il y a des gens de la « Haute » dans ce coin paumé -, qui « guide » la belle policière dans ses investigations. Aglaë va vite réaliser qu’en effet, on ne lui dit pas tout. Qu’en est-il de ce club de chasseurs, qui se réunissait régulièrement, quelques fois accompagné de femmes – disons – très disponibles et peu recommandables ? Et cet instituteur parisien, pourquoi est-il venu s’enterrer ici ? N’avait-il pas un but caché ? Et voilà que se produit un autre meurtre, tout aussi sordide que le premier dans sa mise en scène. Ce coin de nature n’est plus du tout tranquille….. Les villageois réclament au maire que les têtes tombent et sont prêts à agir si ça ne va pas assez vite …… Il est donc plus que nécessaire qu’Aglaë mette ses problèmes amoureux entre parenthèses et agisse, à moins que son ex ne lui apporte un autre éclairage sur ces affaires troublantes …..

Porté par une écriture franche, un style vif, ce récit se lit avec plaisir. La nature est parfaitement décrite, ce qui place l’intrigue dans un contexte très visuel. Pas besoin de plan, on visualise les habitations, la montagne, les bois, les routes étroites, pleines de virages… On imagine sans difficultés, les différents protagonistes (une adaptation en téléfilm serait très intéressante) que ce soit celui qui parle fort ou le plus discret….. L’enquêtrice sera dans l’obligation de remonter dans le passé pour essayer de comprendre certaines réactions ainsi que des allusions lancées ici et là. Le lecteur aura également quelques indications avec des retours en arrière brefs mais suffisants.

Ce recueil est excellent, l’atmosphère est tellement bien retranscrite qu’elle en est « palpable »… L’auteur apporte des précisions importantes aux événements qui finissent par s’emboîter. Le lien avec le passé nous rappelle combien les gens peuvent être rancuniers, traînant leur mal-être pendant des années, comme un poids lourd, si lourd qu’il peut entraîner vers la folie….

"Tant de silences" de Philippe De Riemaecker


Tant de silences !
Auteur : Philippe De Riemaecker
Éditions : Encre Rouge (1 Septembre 2016)
ISBN : 979-10-96004-33-1
364 pages


Quatrième de couverture

Les premiers, tournant le dos à la révolution, traversent l’Iran à pied.
Les seconds, concierges dans un couvent, sont témoins d’étranges phénomènes.
Les derniers se préparent au deuil. Il n’existe aucune raison pour que ces destins se croisent et pourtant

Mon avis

Les silences…. Ceux dont on est complices en ne disant rien, ceux que l’on entend (parce que oui, le silence fait du bruit et peut être un tumulte intérieur…), ceux que l’on choisit et que, parfois, on apparente à des secrets….Pourquoi se taire ?

« Le silence de la radio est une bénédiction, une occasion de retrouver les mots et les phrases qui n’ont plus à lutter contre l’assourdissement en provenance de toutes les civilisations. »

Portée par une écriture infiniment poétique, maîtrisée au niveau du rythme et de la cadence, avec un vocabulaire soigné, ce recueil se savoure. On a l’impression que l’auteur nous murmure des confidences, nous demandant de bien entendre tout ce qu’il transmet.  Notamment un hymne  à la tolérance…. Une acceptation de la différence dans le respect de chacun ….

En lisant ce livre, se posent inévitablement des questions : quand est-il nécessaire de parler et quand vaut-il mieux ne rien dire ? Ne pas partager ce qu’on sait sous prétexte de protéger ceux qu’on aime, est-ce la bonne solution ? Où est la confiance dans ce cas là ? Vaut-il mieux fermer les yeux en restant dans sa zone de confort ou agir ? Ça et là, l’auteur émaille son texte de quelques réflexions personnelles. On pourrait penser qu’il s ‘agit de digressions. Mais pas du tout, ses remarques s’intègrent au contenu, on suit sa pensée et on chemine avec lui.
Dans ce roman, nous suivons plusieurs destins, tous ont des peurs, des espoirs, des doutes, des attentes …. Tous s’interrogent sur leur passé, leur présent et leur avenir. A points comptés, un patchwork lumineux, parfois douloureux mais toujours très juste, se construit sous nos yeux. Philippe de Riemaecker leur donnent vie à ses protagonistes avec beaucoup de délicatesse et de tendresse…..



"De Biblioteca" de Mélanie De Coster


De Biblioteca
Auteur : Mélanie de Coster
Éditions : Aconitum (27 Octobre 2018)
ISBN : 9782378370558
326 pages

Quatrième de couverture

Dans un monde postapocalyptique, les bibliothécaires, seuls détenteurs du savoir, ont pris le pouvoir. Des rebelles se dressent pourtant contre eux, en quête d'un livre ultime qui pourrait changer leur univers. Dewey, un garçon de 15 ans qui n'a pas encore appris à lire, va être embarqué malgré lui au milieu du conflit. L'ordre de leur civilisation repose peut-être sur ses épaules...

Mon avis

« Il fut un temps où les bibliothèques ne contenaient pas uniquement des livres utiles. On y trouvait la matière dont on fait les rêves, le souffle des voyages immobiles, des aventures intrépides …. »

Ce temps là est révolu dès les premières pages du roman… D’ailleurs, pourquoi apprendre à lire ? C’est inutile, la vie est réglée, guidée pour que les hommes soient heureux. On décide pour eux, on impose ? C’est pour leur bien….

Heureusement pour la jeune génération, celle qui n’est pas encore passée du côté « adulte » (qu’il faut intégrer à seize ans), il y a Anna, la bibliothécaire. Elle réunit les adolescents, elle leur parle, leur explique, leur raconte…. Et puis, une attaque, et elle est enlevée….  Deux amis étaient là, cachés et l’un d’eux décide d’agir et de partir à la recherche de la jeune femme. Il sera suivi par deux compagnons. Dans un monde apocalyptique, où tout un chacun est surveillé, où la vie privée n’existe plus, comment vont-ils pouvoir mener leurs recherches sans être sans arrêt empêchés ? Quelles rencontres feront-ils ?

 Porté par une écriture fluide, vive avec des retournements de situation intéressants, ce récit est très prenant. Le style de l’auteur est bien dosé, elle n’en rajoute pas, ce n’est pas trop manichéen et les « mondes parallèles » qu’elle a mis en place sont très crédibles dans le contexte de l’histoire.

J’ai apprécié le juste équilibre de cet univers ainsi que les protagonistes. Aucun ne m’a semblé trop caricatural ou fade (Marek m’a amusée avec son langage imagé « on a dégagétionné un chouillat de passage et tu vas te contorsiofiler…. ». Bien entendu, c’est de la fiction et les livres ne sont pas près de mourir mais à trop aseptiser nos vies, on pourrait perdre la part de rêve dont on a besoin pour être bien… alors lisons encore et toujours !!!!

NB: ce livre est classé en jeunesse chez l'éditeur, mais je pense qu'il peut être lu par des adultes

"Un coeur sombre" de R. J. Ellory (A dark and broken heart)


Un coeur sombre (A dark and broken heart)
Auteur: R.J. Ellory
Traduit de l’anglais par Fabrice Pointeau
Éditions : Sonatine (1 er Octobre 2016)
ISBN : 9782355843129
496 pages

Quatrième de couverture

Sous sa façade respectable, Vincent Madigan, mauvais mari et mauvais père, est un homme que ses démons ont entraîné dans une spirale infernale. Aujourd'hui, il a touché le fond, et la grosse somme d'argent qu'il doit à Sandià, le roi de la pègre d'East Harlem, risque de compromettre toute son existence, voire de lui coûter la vie. Il n'a plus le choix, il doit cette fois franchir la ligne jaune pour pouvoir prendre un nouveau départ. Il décide donc de braquer 400 000 dollars dans une des planques de Sandià. Mais les choses tournent mal : il doit se débarrasser de ses complices, et une petite fille est blessée lors d'échanges de tirs. Rongé par l'angoisse et la culpabilité, Madigan va s'engager sur la dernière voie qu'il lui reste : celle d'une impossible rédemption.

Mon avis

Il y a un inconnu dans mon cœur

Il ferme les yeux et il essaie d’oublier qui il est…. Mais Vincent Madigan ne peut pas occulter ce qu’il est, ce qu’il sait, ce qu’il a fait, ce qu’il a vu ou entendu ….
« Maintenant, tout ce qu’il voyait, c’était son autre facette, la facette la plus sombre, celle qu’il cachait au monde . »
Bon ou mauvais, compatissant ou indifférent, il n’en demeure pas moins un homme corrompu, enfoncé dans ses erreurs, ses errances…. Mais c’est trop tard, à force d’aller tout droit, vite, trop vite, sans réfléchir ou en réfléchissant mal, il n’a rien anticipé …. Alors Vincent se retrouve dans une situation inextricable. Chaque fois qu’il trouve un palliatif pour repousser le danger, le filet se resserre à nouveau … Pourtant, il essaie de s’en sortir, d’aller vers l’improbable rédemption mais … sans cesse, un nouvel élément se met en travers.

On dit que pour aimer les autres, il faut d’abord s’aimer soi-même. En est-il de même pour le pardon ? Est-ce que Vincent doit d’abord faire la paix avec lui-même, avec ses démons, avant de vouloir faire régner la paix autour de lui ? Il a un cœur, mais un cœur sombre, envahi par l’obscurité créée de toutes pièces par ses propres  travers (il boit trop, il fume trop, il se détruit lui-même, il joue avec le feu, flirte avec l’illégalité, frôle la bande jaune…) Il oscille sans arrêt entre deux aspects : celui d’un homme qui peut se pencher sur les autres, s’intéresser à eux, faire le bien et celui d’un homme qui ne peut pas vivre sans des « béquilles » dangereuses que sont : la drogue, le mensonge, la corruption…..

C’est dans une Amérique où la pègre règne, en lien avec la police, jouant au poker menteur, que nous entraîne l’auteur. Le personnage principal est torturé, blessé, perdu mais il n’est pas le seul. Le roi des malfrats, tout désabusé qu’il est, avec des morts sur la conscience, n’est-il pas lui aussi un homme tourmenté ?

Madigan arrivera-t-il à se libérer des chaînes qu’il s’est lui-même installé ? Sous la carapace d’un homme dur, qui ne sait pas aimer, qui est « presque » pourri jusqu’à l’os, trouvera-t-on la faille, celle qui pourrait mener vers un cœur tendre capable de vivre en harmonie avec lui-même, sa famille, ses collègues, la société ?

Avec une écriture puissante, parfaitement traduite par Fabrice Pointeau,  l’auteur nous décrit toute cette noirceur, tous ces malheurs, toutes ces horreurs. On voit des protagonistes qui souffrent, tombent, se relèvent, repartent pour tenter de retrouver une paix intérieure qui les fuit. Le style vous happe, vous tient dans ses rets …. Parfois une éclaircie, fugace, vous laisse entrevoir une lueur d’espérance mais tout cela reste éphémère.

Le style reste posé, offrant une atmosphère lourde, empreinte de cris ou de silence (et ce n’est pas contradictoire) où chacun s’efforce de rester en vie tout simplement ….On peut se demander comment l’auteur installe dans ses livres, tous ces individus qui ont chaque fois une part d’ombre importante. Il excelle à décrire ces  vies brisées et on se demande chaque fois, s’il va réussir à se renouveler, nous intéresser encore. . Ne peut-il bien (d)écrire que des situations difficiles, des êtres qui portent une croix ?

Même, si pour moi, cet opus a été moins « fort » que d’autres de R.J. Ellory (sans doute parce que j’ai été moins bouleversée, moins touchée par les personnes rencontrées dans le récit), il n’en reste pas moins vrai que cette lecture laissera une trace durable en moi et que je ne l’oublierai pas.