"La légende d'Argassi - Tome 4 : Le Livre de Laïrdhre (partie 1: l'Avant)" de Martine S. Dobral


La légende d’Argassi,
Tome 4 : Le Livre de Laïrdhre, partie 1 : L'avant
Auteur : Martine S. Dobral
Éditions : Évidence Éditions (29 Juin 2019)
ISBN : 979 10 348 1167 0
500 pages

Quatrième de couverture
Investie du devoir de mémoire par Victoire, sa grand-mère aujourd’hui disparue, Julia a retranscrit les aventures hors norme vécues par certaines femmes de sa famille.Elle est Zekela la Mémoire, R’ehbata le Lien, Rawilia Celle qui raconte. Charge à elle de transmettre et de raconter. À la recherche des faits, elle va devoir retrouver, comprendre et interpréter les signes pour remonter aux origines.

Mon avis

Envoûtant et captivant !

C’est dans un projet ambitieux que s’est lancée Martine Sonnefraud Dobral avec la saga de « La légende d’Argassi ». Elle arrive au tome quatre, lui-même décliné en deux parties. Cette histoire de deux mondes : le nôtre et un autre plus imaginaire dans le passé, l’habite depuis qu’elle est enfant et on sent bien que chaque personnage fait partie d’un univers qu’elle maîtrise parfaitement.  Quel que soit le contexte : actuel ou antérieur, il n’y a pas une seule fausse note. Les recherches qu’elle a dû entreprendre sur l’Irlande médiévale sont de qualité et intégrées intelligemment au récit imaginaire.

Dans cette séquence ou les presque cinq cents pages défilent rapidement sous nos yeux tant c’est captivant, nous allons côtoyer Laïrdhre. Une jeune femme qui va devenir épouse et mère sous nos yeux. Elle est droite, entière, volontaire, attachante, elle ne lâche jamais rien et nous enchante. Nous sommes au douzième siècle dans la verdoyante Eire, les relations entre les clans ne sont pas toujours aisées. Jalousie, trahison… certains veulent du pouvoir, plus encore plus, toujours… Et ils sont prêts à tout pour arriver à leurs fins. Nous assistons aux conflits, aux réussites et aux échecs, à la vie quotidienne de ceux qui veulent vivre libres dont Laïrdhre et sa famille mais rien ne leur sera épargné. Pour cet aspect, l’auteur évite de tomber dans les clichés manichéens en nous présentant quelques personnages ambivalents au milieu de ceux dont on sait déjà qu’ils sont bons ou mauvais.

En parallèle, dans la partie contemporaine, c’est Julia qui prédomine. Une adolescente de notre temps avec ses amis, ses doutes notamment sur les sentiments amoureux, ses questions sur le passé. Elle le découvre petit à petit et le retransmet car c’est ainsi, ancré de génération en génération, on se raconte ce qu’a été autrefois. Elle porte en elle l’histoire de ses ancêtres et c’est cela qui la construit au présent et ce lien est indicible.

La transmission, la filiation ont une part importante dans ce roman et c’est abordé avec doigté. L’écriture de Martine S. Dobral est fluide, agréable. L’atmosphère et le décor présentés avec habileté. Il y a suffisamment de rebondissements pour capter l’attention du lecteur et lui donner l’envie d’en savoir toujours plus.

J’ai beaucoup apprécié cet opus et j’ai hâte de découvrir la suite !

NB: Il est intéressant de noter que Évidence Éditions propose des ouvrages divers mais surtout que les recueils sont disponibles en format papier, numérique, braille, audio, malvoyant et dyslexique. Une telle ouverture est assez rare et mérite d’être notée.



"Quand la neige danse" de Sonja Delzongle


Quand la neige danse
Auteur : Sonja  Delzongle
Éditions :   Denoël (1 er Avril 2016)
ISBN : 9782207132845
440 pages

Quatrième de couverture

Février 2014, au nord de Chicago. La neige et le blizzard semblent avoir pétrifié la petite ville de Crystal Lake. Un matin, le médecin Joe Lasko reçoit un paquet. Y repose une magnifique poupée aux cheveux longs et roux, sosie de sa fille Lieserl disparue depuis plusieurs semaines. Comble de l'horreur : la poupée est vêtue exactement comme Lieserl le jour où elle s'est volatilisée.

Mon avis

Le froid vous prend dans ses rets….

Ne vous fiez ni au prénom de l’auteur, ni à la couverture, ni à l’intrigue….non, il ne s’agit pas d’un polar nordique de plus ! Et pourtant, tous les ingrédients sont présents pour égaler les maîtres du suspense scandinaves…..

Lesquels ? La météo fraîche pour ne pas dire glaciale( mais l’intrigue se déroule au Nord de Chicago et pas en Scandinavie). Des personnages atypiques, avec  une part d’ombre importante, au caractère complexe et dotés d’un passé trouble, très torturés pour certains. Des policiers volontaires, opiniâtres, aux relations parfois peu aisées car d’autres vecteurs que l’enquête entrent en jeu. Et bien sûr, une écriture parfaitement maîtrisée avec de nombreux rebondissements. Il ne faut d’ailleurs pas rater une miette des indices donnés par l’auteur pour bien tout comprendre (il faudrait presque tenir un arbre généalogique sur une feuille de papier annexe).

On est donc au cœur de l’hiver, là-bas, à Crystal Lake et plusieurs petites filles ont disparu sans que personne n’en comprenne les raisons. Pas de demande de rançon, pas de courrier, rien de rien. Seuls  le froid extérieur (on est en février, les lacs sont gelés, la neige et le verglas accompagnés d’un vent glacial n’incitent pas à sortir) et intérieur (les parents des enfants ont le cœur pétrifié et ne ressentent plus la chaleur tant leur vie s’est figée le jour du « malheur ») règnent, en maître, sur les journées qui s’écoulent…..

Et puis, un jour, un événement déstabilisant, dérangeant, va venir apporter un élément qui déclenchera des réactions diverses et variées mais surtout une suite d’investigations de la part des gens à qui avaient été confiées les recherches. En effet, le docteur Joe Lasko, comme d’autres parents, va recevoir, par la poste, une jolie poupée de porcelaine habillée comme son enfant disparue !  C’est, bien entendu, particulièrement morbide, mais au-delà de l’acte, il se demande s’il faut voir dans cet envoi, un message caché et lequel…. D’autant plus, que son frère, Gabe, réapparaît, et que ce dernier n’est pas très « net »…. Ce serait si facile s’il était le coupable, les choses seraient réglées rapidement et on n’en parlerait plus….

Mais l’auteur et le lecteur ne peuvent pas se contenter d’une telle facilité sinon il n’y a plus de thriller…. Ce sera donc beaucoup plus travaillé et comme je l’écrivais plus haut, il ne faudra rien perdre de ce qui est écrit ou suggéré pour comprendre et démêler l’écheveau formé par cette histoire. En effet, comme souvent dans ce genre de récits, une des principales raisons des situations actées dans le présent sera à trouver dans le passé.  Si parfois ce dernier tend à se faire oublier, il n’est est pas moins vrai qu’il forge les hommes d’aujourd’hui et de demain…. Je suis toujours étonné, même si je le conçois (puisque c’est ainsi, assez souvent, dans la « vraie vie »), de voir que ce qui a régi une enfance, puisse influencer autant le « ici et maintenant « . Ce qui me rend triste, c’est ce côté « explications et fatalité » du style : « ben, oui, je suis un monstre d’horreur mais il ne pouvait pas en être autrement, regardez mon enfance »….. C’est quelque chose qui me dérange profondément.  Je referme la parenthèse.

Sans temps mort, avec un style très addictif, Sonja  Delzongue nous entraîne dans un tourbillon où le mot ennui  n’existe pas. D’une piste à une autre, elle nous égare vers certaines possibilités avant de nous remettre sur la bonne route jusqu’à un final terrifiant et glaçant …..




"Violence d'état" d'André Blanc


Violence d’Etat
Auteur : André Blanc
Éditions : Jigal (15 Septembre 2015)
ISBN : 979-10-92016-52-9
270 pages

Quatrième de couverture

Suite à un tragique accident survenu sur le périphérique lyonnais, le commandant Farel découvre un important stock de drogue et d’armes planqué dans un cercueil. En remontant la piste de ce qui semble être un trafic régulier, Farel fait sortir du bois une figure du grand banditisme local, un mafieux russe, des hommes de main en provenance des Balkans, une société de sécurité privée et un mystérieux Lupus… Mais au fil de l'enquête, c'est au plus haut sommet de l'État qu'apparaissent quelques personnages inattendus – officier d'état-major, flic à la retraite, énarque, directeur de cabinet – qui semblent, dans le plus grand secret, tirer les ficelles… Après avoir esquivé menaces, intimidations, attentats et autres coups bas, c'est dans un réel climat de guerre froide que Farel et son équipe vont devoir affronter cette étrange coalition !
  
Mon avis

Etre et durer

Farel  est un homme aux mille facettes et aux multiples vies. Plus je le découvre, plus il me fascine. Il montre une force de caractère peu commune, une façon d’être à la fois très tendre et parfois si violente, sans état d’âme lorsqu’il pense toucher le mal dans sa profondeur. Complètement insaisissable et pourtant il emplit le roman, vous prend par la main et ne vous lâche plus.  C’est lui qui donne vie aux pages et parce qu’on s’attache à ses pas, on veut aller plus loin à ses côtés. Alors, on se prend à écouter ce qu’il ne dit pas, à lire entre les lignes ce qu’il n’exprime pas. Parce qu’il est comme ça le commandant : pas de grand discours inutile, seulement, des actions ciblées, voulues, choisies en conscience (la sienne) quitte à franchir la ligne rouge. Une équipe qu’il connaît, parfois surprise de ses manières mais habituée à lui et comme dit l’adage : « On sait ce qu’on perd, mais on ignore ce qu’on gagne. » Alors il vaut peut-être mieux travailler avec Farel, vu de l’extérieur comme un policier psychorigide, mais qui est un homme diablement efficace et non dépourvu d’humanité même si on ne la voit pas au premier abord (et quand il laisse entrevoir qu’il est amoureux, on sent la glace qui fond et on découvre les failles) .  C’est sans doute pour ça que ses collègues, la plupart du temps, lui pardonnent ce qui va moins bien. Et puis c’est quelqu’un qui a la notion du devoir intime.

Le départ de ce roman ressemble beaucoup à un fait divers qu’on pourrait trouver dans nos journaux (D’ailleurs, l’auteur dit dans un entretien avoir été inspiré par la réalité). Un accident dramatique, dans lequel est impliqué un fourgon funéraire, et où il n’y a pas de mort dans le cercueil (mais bien assez tout autour).  Quid du contenu ? De la drogue et des armes… Trafic à la petite semaine ou plus grosse affaire ?  Avec la juge Fournier qui comme lui ne se laisse pas intimider ni influencer, Farel et son équipe dont un petit nouveau,Jimmy, au nom prédestiné (clin d’œil à l’éditeur ?) mènent l’enquête. Ils vont loin dans leurs investigations et découvrent des choses étonnantes, surprenantes,  et surtout dérangeantes….
« Les années passées à tendre des pièges et des chausse-trappes dans les alcôves du pouvoir, lui avaient laissé croire que tout était permis, que la justice était toujours vendue à qui la payait, que le pouvoir n’entendrait jamais les cris, ni les soupirs des hommes, simples pions jetables, et que sous couvert d’intérêt national, la fin devait toujours justifier les moyens, quel qu’en fut le prix…. »
Voilà comment raisonnent les hauts placés, ceux qui gouvernent l’état, les « intouchables » (ou qui le croient)  et pour quelques uns,  des êtres sans scrupules, prêts à écraser tout sur leur passage pour leur profit personnel. Roman ? Vous avez dit roman ?

Lorsqu’on sait où a travaillé André Blanc, pourquoi il est probablement parti , on a le droit de s’interroger. D’autant plus que son livre a des accents de vécu, de vérité, de réalité (les sociétés militaires privées ont-elles « privatisé » la violence ? Et jusqu’où vont leurs actions au niveau politique ?)

C’est donc, une fois encore, un livre dur, édifiant  sur certains points (si on ne fait pas l’autruche), déstabilisant car entraînant des interrogations (tous pourris ou pas ? et si oui, comment agir ?) et écrit dans un style sobre qui frappe fort à votre porte. Le cerveau en prend plein les neurones et le lecteur plein la vue…obligé qu’il est d’enlever les lunettes roses qui le laissaient croire que « tout le monde il est beau, tout le monde il est gentil… »

« Etre et durer » que ce soit Guillaume Farel ou André Blanc, je le souhaite pour notre plus grand bonheur.

"Rien ne se perd" de Cloé Mehdi


Rien ne se perd
Auteur : Cloé Mehdi
Éditions : Jigal (18 Mai 2016)
ISBN : 979-1092016703
272 pages

Quatrième de couverture

Une petite ville semblable à tant d'autres... Et puis un jour, la bavure... Un contrôle d'identité qui dégénère... Il s'appelait Saïd. Il avait quinze ans. Et il est mort... Moi, Mattia, onze ans, je ne l'ai pas connu, mais après, j'ai vu la haine, la tristesse et la folie ronger ma famille jusqu'à la dislocation... Plus tard, alors que d'étranges individus qui ressemblent à des flics rôdent autour de moi, j'ai reconnu son visage tagué sur les murs du quartier. Des tags à la peinture rouge, accompagnés de mots réclamant justice ! C'est à ce moment-là que pour faire exploser le silence, les gens du quartier vont s'en mêler, les mères, les s urs, les amis... Alors moi, Mattia, onze ans, je ramasse les pièces du puzzle, j'essaie de comprendre et je vois que même mort, le passé n'est jamais vraiment enterré ! Et personne n'a dit que c'était juste...

Mon avis

Sans toi, il ne reste que le silence….

C’est avec une écriture emplie de désespérance, de pudeur et de silences que l’auteur nous emmène dans le monde de l’injustice, des injustices. Celles, toute simples, qui, pourtant, changent le cours d’une vie…. Celles de la faute à pas de chance, de la mauvaise coïncidence…. C’est à cause de ce type de situations que Saïd est mort il y a quinze ans, que Mattia n’a plus de père et une mère aux abonnés absents…. Alors, il devient quoi Mattia ? Il est sous la tutelle de Zé qui vit avec Gabrielle…. Gab, sa compagne, c’est la solitude qui la nourrit, elle aime le silence, elle n’aime pas la vie, il faudra bien un jour qu’elle « parte » sans doute pour être elle-même, se sentir heureuse…. Zé, il déclame Lamartine et quand il devient poète, on sent que c’est un autre homme…. Tous les trois plus les autres individus croisés dans ce roman, ont une part d’ombre, de celles qui font tâche, qui collent à la peau, dont on ne se vante pas et qu’on essaie d’oublier…. Mais à essayer d’oublier, on se perd soi-même, sur d’autres routes, pas forcément les bonnes….

Cloé Mehdi donne la parole aux cabossés de la vie, que certains appelleraient « les cas soc ». Si la vie s’était comportée mieux, ils ne seraient pas « ici et maintenant » à survivre plus qu’à vivre avec ces béances dans le cœur et l’âme….Mais c’est ainsi, alors Mattia,  Zé, Gab et tous les autres s’accommodent de leur présent, et on sent qu’il est tellement lourd qu’ils ne peuvent rien faire pour le changer… Non pas qu’ils soient résignés, des éclairs de « je veux autre chose, je lutte », viennent apporter une lueur ça et là. Mais le poids de la société, des événements passés, est important et « il gouverne » le présent. Comme une seconde peau dont personne ne peut (ne veut ?) se débarrasser…. Il est mort il y a quinze ans Saïd et même s’il y a eu une erreur judiciaire, l’histoire devrait être close… mais ….. il y a ses tags qui fleurissent « justice pour Saïd » qui rappellent que tout n’a pas été réglo…..  Il n’était pas né Mattia, il ne devrait pas se préoccuper de tout cela mais sa destinée et celles de ceux qu’ils aiment (pardon, il le sait, il ne faut pas aimer, pas s’attacher car on prend le risque de souffrir…), sont étroitement liées à celle de Saïd….

Cloé Mehdi met en place un réseau fait de silences et d’économie de paroles, chaque mot a donc une résonnance très forte puisqu’il est choisi pour dire ce qui est juste, vrai sans jugement, sans apitoiement. Des faits, des actes, quelques phrases bien pensées, bien ciblées que vous prenez en pleine face, en plein cœur aussi et qui vous laissent en vrac dans votre canapé…. L’auteur flirte avec la « vraie vie », celle qu’on nous cache, qu’on ignore (ou on fait comme si), celle qui n’est pas la plus jolie à voir, celle qui dérange, interpelle, pose question…. C’est du lourd, du beau comme on aime et cette jeune auteur a tout d’une grande…. Pour le lecteur, c’est un récit puissant, d’une grande sobriété, qui laisse une trace, de celles, durable, que l’on n’est pas prêt d’oublier…..



"Van Gogh caché" de Régis Moulu


Van Gogh caché
Auteur : Régis Moulu
Éditions :  Unicité (15 Juin 2019)
ISBN : 978-2-37355-319-2
124 pages

Quatrième de couverture

C’est avec une inspiration tout en profondeur que Régis Moulu s est imprégné des peintures de Vincent Van Gogh qui jouent ici le rôle de catalyseurs pour le poète. Une manière réjouie de distiller la langue, de se remémorer par le jeu de l’inconscient ce qui, à travers ces peintures, n’a jamais cessé de le tourmenter et de le faire agir.

Mon avis

L’art, quelle que soit sa forme, nous « parle » ou pas. J’apprécie la poésie pour le pouvoir qu’elle donne aux mots. Je suis moins à l’aise avec la peinture sauf lorsqu’elle est associée à un texte comme dans les tableaux de Déborah Chock où tout prend sens.

Dans son dernier recueil, Régis Moulu a rédigé des poèmes en résonance avec des tableaux de Vincent Van Gogh. Cela donne une autre dimension aux œuvres de l’impressionniste, offrant au lecteur, un autre regard, une autre approche de chaque toile en apportant une profondeur différente, unique et personnalisée.

Dans les textes de l’écrivain, visuel et écrit se fondent, s’imbriquent, se lient et se marient avec une délicate sensibilité. Contempler et lire (pourquoi pas, d’ailleurs, une version audio lu par l’auteur), c’est garder ses sens en alerte, puis se laisser imprégner de cette douce alliance pour en retirer le meilleur.

Le style et l’écriture magnifient chaque mot, mais aussi chaque représentation choisie en harmonie. Les vocables chantent, vibrent, riment, vivent… Les formes des poèmes sont harmonieuses, le rythme cadencé nous conte les couleurs, les paysages, les hommes, les émotions…. Régis Moulu nous propose une interprétation ouverte de l’artiste qu’il a élu pour l’honorer. Ses compositions sont fines, subtiles. Il ose tout mais il le fait avec tant de doigté que c’est une plaisante découverte.

J’ai énormément apprécié cette lecture / peinture. Elle m’a fait appréhender l’œuvre de Van Gogh sous un angle différent et m’a donné le bonheur de retrouver la plume de Régis Moulu.


Crue émotionnelle

Je te dirai des mots
qui s'ouvrent dans ton coeur
comme des coquelicots
qui se mettent à rougir,

puis je ferai courir sur ta peau
un bouquet d'émotions
que tes yeux chaleureux 
confesseront, feront éclore
et toiletteront,

(extrait du poème en résonance avec
Vase avec marguerites et coquelicots, juin 1890)

publié avec l'autorisation de l'écrivain et de l'éditeur

"Le chasseur de lucioles" de Janis Otsiemi


Le chasseur de lucioles
Auteur : Janis Otsiemi
Éditions : Jigal (15 Février 2012)
ISBN : 978-2914704830
204 pages

Quatrième de couverture

À Libreville, une prostituée est découverte sauvagement assassinée dans un motel de la périphérie. Les agents de la PJ - de fidèles abonnés des bordels de la capitale - pensent tout d'abord à un crime de rôdeur... Quand une seconde fille est retrouvée égorgée dans un autre hôtel du quartier, les policiers sont encore loin d'imaginer qu'ils ont affaire à un client bien décidé à nettoyer la ville de toutes ses lucioles... Celui qui te veut du mal la nuit a commencé à t'en vouloir le jour. C'est dans ce climat de psychose générale que les gendarmes de la DGR enquêtent de leur côté sur le braquage d'un fourgon de la Société Gabonaise de Sécurité dont le butin de plusieurs millions de francs CFA attise bien des appétits...

Mon avis 

Qui lira ce polar découvrira la sombre Afrique....

L’Afrique, le Gabon, Libreville, ce n'est pas seulement le soleil, une certaine nonchalance parfois doublée de volupté, une vie avec ses hauts et ses bas, ses riches et ses pauvres...
Non, l'Afrique, ce n'est pas seulement cela....
Il y a à Libreville, des hommes corrompus jusqu'au cou, des tricheurs, des menteurs, des violents, des conflits d’intérêt, des pots de vin, ...

Bon, d'accord mais dans d'autres pays aussi, alors à quoi bon lire ce roman ?

D'abord pour le style de l'auteur, langage imagé, proverbes (typiquement africains) jetés de ci, de là (et surtout en début de chapitre) : « Deux villages n’ont pas une fontaine commune », ironie mordante empêchant le lecteur de s’arrêter sur les scènes un peu plus difficiles. Il faut d’ailleurs remarquer que l’auteur ne s’appesantit aucunement dans les détails, ne donnant pas dans le « gore ». Il plante le décor, décrit les faits sans en rajouter. Son écriture est incisive, précise mais tempérée de pointes d’humour de façon régulière.

Ensuite, pour l'envers du décor, les enquêtes conjointes servant de prétextes pour explorer au plus profond une partie de la population, ses douleurs, ses faiblesses, ses problèmes, ses angoisses, ses peurs face au chômage, découvrant ainsi les ethnies qui se côtoient parfois avec difficulté, les personnes dont on ne sait pas si on peut leur faire confiance, leur donner plus parce qu’elles sont en situation irrégulière ou parce que leur comportement ne semble pas « clair » …. . Le tout dans une ambiance chaude, sableuse, poussiéreuse, aride, sèche … A tel point qu’on en vient à se demander si les faits ne pourraient pas être différents si l’air était moins lourd, si une légère brise soufflait … On dirait presque que la chaleur accentue le mal-être, étouffant toute possibilité de prendre du recul ….

Tout n'est pas rose (sans jeu de mot ;-) mais très sombre.
Chômage, corruption, propagation du SIDA, vivre sans papiers sont le lot quotidien de beaucoup plus de personnes qu'on ne l'imagine dans cette ville.
Quelquefois, il est plus facile de gagner l'équivalent de plusieurs mois de salaire avec un tout petit trafic qui ne fera pas forcément de vous un gros délinquant qu’en cherchant en vain une activité rémunérée… Comment résister à l’appât du gain ? Comment rester intègre ? La frontière est parfois bien mince...

Dès le début « on sait » (même pas besoin de lire les dernières pages) : un homme tue...Qu'est ce qui pousse un individu à basculer du jour au lendemain dans la sauvagerie, l'horreur et la barbarie ? Se dire que l'on n'a plus rien à perdre suffit-il à justifier l'inconcevable ?
J'aurais souhaité que les raisons qui ont poussé Georges à « passer de l'autre côté de la barrière » soient développées un peu plus même si on peut mettre ses actions sur le compte d’une certaine impulsivité accompagnée de colère.

Les personnages esquissés assez rapidement sont intéressants dans l’ensemble.
Georges qui aime la mer, aurait pu être attachant s’il n’avait pas commis l’irréparable. Les différents enquêteurs ont le mérite de vouloir comprendre, souhaiter aller plus loin que la simple découverte des fautifs. Ils essaient de comprendre les motivations pour mieux cerner les individus et de ce fait les arrêter.

Les dialogues sont vifs, alertes, écrits avec la « langue de là bas » ce qui nécessite de temps à autre une traduction en bas de page.

Une bonne lecture, un auteur qui se démarque par son style donc une excellente découverte.

Qui fermera ce polar aura un auteur de plus à mettre sur ses listes ….


"Purge" de Sofi Oksanen (Puhdistus)


Purge (Puhdistus)
Auteur : Sofi Oksanen
Traduit du finnois par Sébastien Cagnoli
Éditions : Stock (25 Août 2010)
ISBN : 978-2253161899
450 pages

Quatrième de couverture

1992, fin de l’été en Estonie. L'Union soviétique s'effondre et la population fête le départ des Russes. Sauf la vieille Aliide, qui redoute les pillages et vit terrée dans sa ferme. Lorsqu’elle trouve dans son jardin Zara, une jeune femme que des mafieux russes ont obligée à se prostituer à Berlin, meurtrie, en fuite, elle hésite à l’accueillir. Pourtant, une amitié finit par naître entre Zara et elle.


Mon avis 

Ce livre n’est sans doute pas arrivé dans ma vie au bon moment ou bien j’en attendais trop …

Je n’ai rien de particulier à lui reprocher, l’histoire est intéressante, bien construite, l’écriture est de qualité mais je n’ai jamais réussi à « m’approprier » ce livre, à le faire « mien », c’était comme si je le lisais dans une langue étrangère.

C’est seulement dans les 160 dernières pages que je me suis passionnée pour le récit, que les personnages ont pris « vie » et que j’ai retrouvé un réel plaisir à la lecture.
A partir de ce moment là, j’ai vraiment « accroché » avec les deux femmes, souhaitant comprendre chacun de leurs choix, chacune de leurs réactions.

Avec le recul, je pense que, peut-être, je me suis sentie « étouffée » par ce livre, comme engluée par toute cette souffrance, ces peurs, cette culpabilité, cette honte, comme si rien ne pouvait changer le cours des choses ….
Cette impression était sans doute voulue par l’auteur mais elle n’a pas agi sur moi comme il aurait fallu …

Il faudra, sans doute, que je donne une seconde chance à ce recueil mais pas tout de suite …