"Otage" de Aloysius Wilde


Otage
30 élèves de maternelle pris en otage
Auteur : Aloysius Wilde
Éditions : Shaka edition (22 septembre 2019)
ISBN : B07Y8LC4VQ
270 pages

Quatrième de couverture

Point de départ d’un ébouriffant enchainement de faits : deux malfaiteurs prennent en otage une classe de maternelle. Les médias se déchainent pour couvrir l’évènement. Mystérieusement les truands arrivent à quitter l’école qui est pourtant cadenassée par les forces de police. Le commandant Denis Chaval, surnommé l’ours, se met à leur poursuite.

Mon avis

C’est sur un rythme endiablé que nous entraîne l’auteur et dès qu’on a commencé ce roman, on est accroché, ferré. Pourquoi ? Pour plusieurs raisons. L’écriture fluide, addictive et les nombreux rebondissements maintiennent l’attention du lecteur. Le thème de la prise d’otages d’enfants, avec un père qui se bat nous touche. En parallèle, on découvre la cadence effrénée du quotidien des policiers, mais également la place des médias lors des enquêtes. Cet aspect est très bien analysé, notamment en reprenant les dangers des informations mal vérifiées et trop vite communiquées. Et enfin, dernier atout, les personnages sont intéressants.

En effet, pour ses protagonistes, Aloysius Wilde n’est pas tombé dans le manichéisme. Il a su « travailler » ceux qu’ils présentent, avec intelligence, les dotant de caractères parfois troubles. Rien n’est vraiment tout bon ou tout mauvais. D’ailleurs, je ne m’attendais pas du tout à la fin qui m’a réellement surprise et c’est une bonne chose.

Si je devais mettre un bémol, je dirais que l’aspect psychologique de certains aurait pu être encore plus approfondi. En outre, j’aurais souhaité plus d’explications sur les raisons qui ont amené le père de famille à évoluer ainsi. Mais ces deux détails n’enlèvent rien au fait que ce recueil m’a captivée et que je n’ai ressenti ni longueur, ni temps mort.

Il y a beaucoup de dialogues et de l’humour dans certaines répliques, c’est agréable et ça décrispe quand on sent que l’atmosphère devient plus lourde parce que l’angoisse monte. J’ai passé un bon moment et je vais suivre les autres publications de l’auteur.




"L'année du lion" de Deon Meyer (Koors)


L’année du lion (Koors)
Auteur : Deon Meyer
Traduit de l’Afrikaans et de l’anglais par Catherine du Toit et Marie-Caroline Aubert
Éditions : du Seuil (19 octobre 2017)
ISBN : 978-2021365085
636 pages

Quatrième de couverture

Ils ont tué mon père.
Je les aurai.
Après la Fièvre qui a décimé les neuf dixièmes de la race humaine, mon père, Willem Storm, a fondé Amanzi, une nouvelle colonie, et l'a menée du chaos à l'ordre, de l'obscurité à la lumière, de la famine à l'abondance.
Je suis Nico Storm, formé par Domingo à l'art de tuer.
Je détestais mon père et je le vénérais.
Je vais trouver ses tueurs et je le vengerai.
Ce qui suit est mon histoire.

Mon avis

Deon Meyer est connu pour ses romans policiers. Avec ce recueil, qui lui a pris quatre ans, en recherches et rédaction, il est sorti de sa zone de confort et s’est lancé dans autre chose. Récit post apocalyptique, « L’année du lion » a quelques défauts mais surtout de nombreuses qualités. Commençons ce qui m’a moins plu. Certaines situations, voire personnages sont un peu clichés de ce genre d’univers : la communauté où tout va plutôt bien et où quelqu’un finit par se rebeller en entraînant d’autres membres, les luttes contre les éléments, les animaux, les héros et leur zone d’ombre…. C’est un peu déjà vu mais parfaitement intégré dans le texte donc ça passe. Et puis, il y a ce qui est vraiment prenant : l’écriture fluide, addictive, variée, ciselée de l’auteur. Il a un réel talent pour écrire, camper une atmosphère, présenter des protagonistes qui deviennent palpables. Le contexte, les décors, tout est réfléchi et décrit avec doigté.


Diverses personnes prennent la parole dans cet opus. Nico Storm, rescapé avec son père, de la Fièvre qui a exterminé une grande partie de l’humanité, est le principal narrateur. Avec son Papa, ils vont essayer de trouver d’autres humains, comme eux, avec de bonnes intentions, pour créer Amanzi. Un lieu de vie où tout est à organiser, construire, dans le respect, la bonne humeur, l’échange, le partage…. Mais forcément, ils feront des envieux, il y aura des pillards, des espions …. Et rien ne sera vraiment facile …

L’histoire que présente Nico est entrecoupée de passages où des habitants d’Amanzi s’expriment, présentant soit le même événement (mais avec leur point de vue personnel), soit autre chose qui complète ce qu’on sait déjà, parfois sous la forme d’entretiens avec des questions.  Cela évite la lourdeur de n’avoir qu’un regard sur les faits. J’ai trouvé que c’était un vrai plus. Cette fiction se déroule sur un rythme endiablé qui ne laisse aucun répit. Il se passe toujours quelque chose, et c’est captivant. Et j’ai enfin beaucoup apprécié de voir l’évolution de Nico qui, de petit garçon, est devenu homme. Son cheminement, ses questions, ses analyses sont très intéressantes et contribuent à étoffer les péripéties qui maintiennent le suspense.

Certains n’aimeront pas la fin, d’autres l’apprécieront. Elle est rapide, surprenante …. Personnellement, elle ne m’a pas dérangée et elle m’a apportée un éclairage supplémentaire sur tout le contexte.

Six cent trente-six pages ? Je ne me suis pas ennuyée une seconde et je n’avais qu’une hâte : replonger dans ma lecture ! Alors, n’hésitez pas !


"Contre Macron" de Juan Branco


Contre Macron
Ontologie du monarque
Auteur : Juan Branco
Éditions : Plon (3 Octobre 2019)
ISBN : 9782259282338
140 pages

Quatrième de couverture

Ce texte montre comment, dès les premiers jours de son mandat, se dessinait chez Emmanuel Macron une pratique du pouvoir dangereuse pour la démocratie, ancrée dans une histoire politique éloignée des préceptes auxquels sa rhétorique donnait l’impression d’adhérer.

Mon avis

Apparence…

Cet ouvrage paru une première fois en 2017 a été revu et corrigé par l’auteur. C’est cette nouvelle version, apparemment plus digeste dans le vocabulaire, que j’ai lue.

Les propos que je vais exprimer ont pour but de coller au plus près à ceux de l’auteur. Je ne prétends pas faire de la politique. La politique, parlons-en, est souvent faite d’accords, de compromis, de discussions secrètes et de manipulations. L’électeur lambda ne voit que ce qu’on veut bien lui montrer.

Dans son essai, Juan Branco met au jour des faits non connus qui écorchent la personnalité de Monsieur Macron. Entre autres, il s’était investi du titre de philosophe sans jamais avoir produit d’écrits en ce sens.  La mise en exergue de sa personne a été orchestrée par certains médias dont il était très proche. La presse aurait-elle été instrumentalisée ? Il a été « programmé », il a « travaillé, calculé » ses attitudes, ses apparitions, ses discours, pour correspondre aux attentes de son époque. Et il a été élu car beaucoup croyaient en ce qu’il disait … Combien seraient-ils maintenant à revoter pour lui ?

L’auteur dit que l’un des défauts de Monsieur Macron est de ne pas reconnaître ses erreurs, de n’avoir aucune capacité à renoncer (alors que d’autres présidents ont écouté le peuple). Pour lui, il n’a aucun courage démocratique et pas de respect de la dignité. Rester figé dans ses idées, ses convictions sans remettre quoi que ce soit en cause, empêche une construction collective. Mais est-il libre de ses mouvements, de ses choix ?
Si ce sont les médias qui ont porté Monsieur Macron au pouvoir, est-il un pantin entre leurs mains ?  La question est posée… La réponse ….

Ce livre m’a beaucoup intéressée. J’ai toujours voté, ne serait-ce que parce que des personnes se sont battues pour que les femmes puissent le faire mais je me suis toujours interrogée sur les enjeux des partis, la part de manipulation, de mensonges, dans les programmes électoraux et ce que je viens de lire n’est pas fait pour me rassurer…. Juan Branco a su mettre à la portée de tous son ressenti avec des exemples précis. Les mots sont durs, cash, il ne fait pas dans le compromis, il ose, il démonte, il démontre …. Il faut passer outre les quelques phrases un peu plus amphigouriques pour profiter pleinement du texte.  

NB : Juan Branco, né le 26 août 1989 à Estepona (Espagne), est un avocat et journaliste franco-espagnol engagé à gauche.

"Lou après tout - Tome 2: La communauté" de Jérôme Leroy


Lou après tout – Tome 2 : La communauté
Auteur : Jérôme Leroy
Éditions : Syros (3 octobre 2019)
ISBN : 978-2748526448
430 pages

Quatrième de couverture

Épuisée, Lou revient vers la mer afin de se laisser mourir sur la plage où Guillaume lui a appris à nager. Marchands d'esclaves, pillards, Entre-Deux... avec son lot d'horreurs, la vie d'après le Grand Effondrement mérite-t-elle que l'on se batte encore pour elle ? Plusieurs rencontres inattendues amènent Lou à continuer, malgré tout. Lou le sait pourtant bien : c'est au moment précis où l'on baisse la garde que surviennent les pires dangers.

Mon avis

Relais ….

A la fin du premier tome de cette dystopie, Lou se retrouvait seule, en proie à un chagrin immense car elle avait perdu, dans de terribles conditions, son compagnon de route Guillaume. Il était plus âgé qu’elle et l’avait recueillie, petite fille, après le Grand Effondrement, ce moment terrible où le monde a basculé dans le chaos. Pourquoi ? Parce que, malgré de nombreuses personnes qui ont tiré les sonnettes d’alarme, beaucoup d’hommes ont continué de faire n’importe quoi. La pollution, le dérèglement climatique, la place du numérique…. Tout a été mal géré et le monde est parti en vrille. Il y a des humains qui ont été contaminés et qui sont devenus redoutables pour les autres. Il n’y a plus rien pour vivre décemment, il faut se battre pour survivre mais également se cacher car les dangers sont nombreux et de formes très variées…

Au début de nouveau récit, Lou est désespérée, prête à mourir. Soudain, une rencontre fortuite va lui redonner, petit à petit goût à la vie. Elle puise de la force dans les conseils que lui avait donnés Guillaume. Il est, même mort, son roc, une présence invisible qui la porte. Et puis, il y a la poésie, celle d’Apollinaire, de Rimbaud, leurs mots qui rappellent que la beauté peut exister… Lou s’en abreuve, s’en nourrit car les poèmes lui permettent de s’évader et surtout en lisant, elle sauve l’écrit….

Dans ce monde post-apocalyptique (nous sommes en 2053), rien n’est facile, rien n’est anodin. Il n’y a plus de technologie, de moyens de transport, de livres ….mais quelques humains essaient de s’en sortir, d’être bons les uns pour les autres, de donner du sens aux mots humanité, partage, amour, respect…. Malheureusement, même parmi ces communautés créées pour vivre mieux ensemble, certains essaient de dominer, d’accaparer le pouvoir, de décider et de régenter…. Lou ne rentre dans aucun moule, on ne lui dicte pas sa conduite alors forcément la situation va devenir difficile. Luttes, péripéties diverses, rien ne lui est épargné mais toujours elle avance, faisant des rencontres plus ou moins heureuses, comprenant douloureusement comment le monde en est arrivé là lors d’une conversation avec quelqu’un.

Ce qui m’a paru très intéressant, c’est le fait que « donner d’elle » pour aider une autre personne, se pencher vers plus petit, l’oblige à prendre le relais. Tout ce que lui a transmis Guillaume, c’est à elle de l’offrir maintenant pour que l’histoire continue. C’est symbolique mais ça montre que lorsqu’on y croit tous les possibles s’offrent à l’homme et qu’il y a une lueur au bout du chemin. J’ai eu beaucoup de plaisir à retrouver Lou et à découvrir les nouveaux personnages qu’elle va côtoyer. On la voit évoluer, grandir, elle est pleine de ressources, elle a de la volonté et rebondit toujours malgré les aléas.

C’est une lecture addictive, il y a pléthore de rebondissements. Le lecteur sent l’étau de l’angoisse qui se resserre, puis souffle lorsque ça va mieux.  J’aurais souhaité que la discussion entre Lou et soit Maria soit encore plus détaillée, plus fouillée mais ce sera sans doute pour le tome trois. J’ai apprécié ce recueil et je lirai le dernier volet avec plaisir.



"Les points de fuite" de Frédérique Molay


Les points de fuite
Auteur : Frédérique Molay
Éditions : Thomas & Mercer (1 octobre 2019)
ISBN : 978-2919809042
280 pages

Quatrième de couverture

New York : une jungle urbaine, un concentré de violence, une mosaïque de couleurs. Branchée, survoltée, époustouflante, c’est la ville où « rien n’arrête le regard, à part le point de fuite ». Ce jour-là aurait dû être un jour comme les autres pour Elaine Casey. Mais alors qu’elle et son fils visitent le musée national des Amérindiens, tout bascule en quelques minutes : l’enfant a disparu. Les détectives de la Division des enquêtes spéciales de la police de New York ont rapidement la certitude qu’il a été enlevé. S’engage alors une course-poursuite avec le kidnappeur.

Mon avis

Que peut faire une mère lorsque son fils disparaît alors qu’elle visitait un musée avec lui ? A quoi peut-elle s’accrocher pour espérer ? Comment ne pas se sentir coupable ?  Bien sûr, il y a l’alerte Amber (nous sommes à New-York), les policiers, les potentiels témoins et tous ceux qui, l’œil rivé au téléphone portable suivent la situation, prêts à aider mais …

Très vite, il est évident que l’enfant a été kidnappé par un homme qui n’a rien à perdre…Il va être nécessaire d’agir avec doigté, prudence et intelligence. La ville, les personnes sont encore traumatisées par les événements du 11 Septembre, la moindre explosion peut faire régner la terreur, la panique… Plusieurs personnages souffrent de faits passés qui ont bouleversé leur quotidien.  Tout ce qui a trait à l’anxiété, au stress est parfaitement exprimé dans ce roman.

On découvre les policiers dans leur enquête, les parents dans leur détresse, un artiste qui semble suivre le ravisseur et dont on se demande s’il est de mèche avec lui. Il y a du rythme, de l’action, l’angoisse monte….et les pages défilent.

Ce roman se lit d’une traite, c’est prenant, l’écriture est fluide, accrocheuse. En tant que parents ou tante ou oncle, on s’identifie très vite à ces deux adultes qui souhaitent retrouver leur fils au plus vite. Les enchaînements sur les différents protagonistes et leur traumatisme sont intéressants et bien pensés, l’auteur a une bonne approche psychologique de ces situations de souffrance. En résumé, une lecture agréable et un auteur à surveiller.

"La bataille de Mocambo" de Jean-Marie Palach


La bataille de Mocambo
Les aventures de Loïc le Corsaire : Tome 4
Auteur : Jean-Marie Palach
Éditions : du Volcan (8 Octobre 2019)
ISBN : 979-1097339173
230 pages

Quatrième de couverture

Juin 1712, Loïc, surnommé Sabre d'or, rallie le port de Lisbonne à bord du Pombal. Il vient de traverser l'Atlantique pour retrouver Amalia, sa bien-aimée, avant que le père de celle-ci, le terrible amiral Azevedo, ne la contraigne à épouser un homme de son choix. Loïc doit une nouvelle fois affronter de terribles dangers dans la quête de sa bien-aimée.

Mon avis

C’est au Portugal et plus particulièrement à Lisbonne que se déroule le dernier récit des aventures de Loïc, mon corsaire préféré. Cela tombait bien car, ayant séjourné dans cette ville cet été, j’étais heureuse de la revisiter sous la plume de Jean-Marie Palach. J’ai même « revu » certains lieux bien que cette intrigue se déroule en 1712. J’ai d’ailleurs trouvé le contexte historique riche et intéressant.  L’auteur nous rappelle combien les esclaves africains avaient des difficultés pour être respectés. Leurs droits étaient bafoués, ils étaient exploités et n’avaient pas d’autres solutions que d’obéir pour survivre tant bien que mal. Considérés comme une vulgaire marchandise, certains « propriétaires » oubliaient volontairement que c’était avant tout, des êtres humains. L’injustice est révoltante et une fois encore le jeune Loïc a été à la hauteur pour la combattre.

Loïc au cours de ses pérégrinations précédentes est tombé amoureux d’Amalia, une jeune portugaise de haute lignée. Elle a réussi à le prévenir qu’elle allait être mariée contre son gré et il va tout faire pour la retrouver avant les épousailles. L’histoire commence sur un galion où il a réussi à embarquer pour rejoindre la côte portugaise. Rien n’est facile sur le navire mais Loïc sait nouer de fidèles amitiés et sa droiture plaît à beaucoup. Pour cette partie, les liens entre les hommes de l’équipage, le quotidien sur le bateau sont évoqués avec un lexique riche et soigné. Après quelques difficultés, Loïc arrive à Lisbonne et s’aperçoit très rapidement que rien ne va être aisé. Le père de sa bien -aimée n’a pas envie de l’accueillir et il met tout en œuvre pour contrarier les plans des tourtereaux, arguant, entre autres,  que l’amoureux n’est pas noble ….

Une fois encore, je me suis régalée avec une lecture jeunesse. Sans doute parce que la qualité du style et de l’écriture font que quel que soit l’âge on prend du plaisir à suivre ce jeune homme. Il véhicule des valeurs fortes d’écoute, de compassion, de respect, d’entraide… De plus l’auteur ancre son intrigue dans un décor intéressant, qui apporte un réel plus aux péripéties que doit affronter Sabre d’or. Il y a notamment une bonne présentation des relations complexes entre les aristocrates, le petit peuple et les esclaves. Cela nous apprend beaucoup sur la vie à cette époque. Les rebondissements permettent de garder un bon rythme et l’atmosphère est retranscrite à la perfection pour les rapports humains, les descriptions ….

Jean-Marie Palach aime écrire, cela se sent et je peux affirmer qu’il a de l’affection pour ses personnages. Il les décrit d’une plume bienveillante, jamais mièvre, réaliste. Son texte, à destination d’un jeune public est ambitieux car il « tire » les lecteurs vers le haut avec un vocabulaire de qualité, un phrasé idoine. En tant qu’enseignante, j’apprécie que ceux qui écrivent pour la jeunesse ne soient pas négligents, et qu’ils proposent des ouvrages qui donnent envie de lire tant dans le contenu que la présentation (c’est d’ailleurs l’occasion de souligner la très belle couverture qui fait écho aux précédentes dans le thème des couleurs).  C’est à regret que je quitte cette série et je souhaite à Loïc une belle vie….



"Le jardin" de Hye-Young Pyun ( 홀 The Hole)


Le jardin ( The Hole)
Auteur : Hye-Young Pyun
Traduit du coréen par Lim Yeong-Hee avec la collaboration de Lucie Modde
Éditions : Rivages (2 octobre 2019)
ISBN : 978-2743648725
160 pages

Quatrième de couverture

Ogui, paralysé et défiguré après un accident de voiture ayant causé la mort de sa femme, se retrouve enfermé chez lui sous la tutelle d'une belle-mère étrange. Cette dernière, une veuve respectable, le néglige peu à peu, le laissant affronter seul sa rééducation et le deuil de son épouse. Plus étrange encore, elle s'obstine à creuser un immense trou dans le jardin entretenu autrefois par sa fille.

Mon avis

Parce qu’il est temps…

C’est la première fois que je lis Hye-Young Pyun et j’ai été séduite ! Son écriture et son style sont presque indéfinissables. Un mélange de détachement et de froideur ajouté à un petit côté irrévérencieux, un tantinet moqueur. C’est un régal parce que ça sort des sentiers battus et que l’atmosphère particulière qui se dégage est captivante.

Ogui est enseignant en faculté avec un doctorat de géographie. Sa femme, après plusieurs tentatives d’activités professionnelles, ne travaille plus.  Elle s’occupe du jardin de la maison qu’ils ont acheté. Enfin, elle s’occupait parce que lorsque ce roman commence, Ogui est sur son lit d’hôpital, défiguré, paralysé, incapable de communiquer à part avec une paupière et sa femme est décédée… C’est par l’intermédiaire de ses ressentis, énoncés par le narrateur, que nous allons découvrir ce qu’était sa vie. Ogui était marié et son épouse passait tout son temps à l’extérieur, plantant, déplantant, sarclant, bêchant, ratissant, …. Des fleurs, d’autres semences, des arbres, des plantes grimpantes…. Elle ne vivait que pour son lopin de terre ….. Elle essayait de transmettre son intérêt pour la verdure à Ogui mais cela ne le fascinait en rien…

Ce jardin a pris de plus en plus de place dans leur vie, il les a envahis comme le liseron, les lianes ….Alors les époux se sont peu à peu éloignés l’un de l’autre, à cause d’une incompréhension et d’une difficulté récurrente à communiquer (de plus Madame avait tendance à interpréter les faits, les gestes, les paroles…). Et puis, un jour l’accident, elle meurt. Ogui est alors totalement dépendant et sa belle-mère, veuve, va venir régulièrement à l’hôpital avant de prendre les choses en main pour un retour à domicile avec des soins appropriés. Pourquoi gère-t-elle tout ça ? Veut-elle garder son gendre sous sa coupe ? A-t-elle une réelle affection pour lui ? Ou manigance-t-elle quelque chose ? Ogui va-t-il progresser, devenir un peu plus autonome ?

Au fil des pages, nous découvrons l’improbable quotidien de Ogui et comment un être en totale détresse se retrouve à ne plus être maître de rien. Ce sont des petits riens qui mis bout à bout vont déstabiliser le peu d’équilibre de cet homme. Une lente toile d’araignée se tisse autour de lui, pernicieuse, insidieuse. On s’aperçoit que Ogui n’était peut-être pas un saint homme. On pourrait s‘apitoyer sur son sort mais l’auteur (et c’est tout à fait jubilatoire) par petites touches dresse son portrait et finalement l’empathie qu’on devrait éprouver s’amenuise (j’ai pensé à La Métamorphose de Kafka) … C’est vraiment très fort de sa part parce qu’on se pose la question de savoir si elle nous dit la vérité ou si elle nous manipule pour que l’image de Ogui se déforme petit à petit ….

Plusieurs aspects sont très intéressants dans ce recueil. Il y a l’évolution des personnages, surtout celle de Ogui mais aussi de sa femme et de sa belle-mère. Toutes les deux n’existent que par leur fonction, leur prénom n’est pas dit (leur rôle dans la vie de Ogui a prévalu sur ce qu’elle sont lorsqu’elles ne sont pas avec lui ?)… et on voit combien l’air de rien tout ce qu’elles ont mis en place peut influencer le cours du destin, les rapports qu’Ogui entretenaient avec l’extérieur avant et après l’accident …. L’ambiance de ce récit est tout à fait jubilatoire alors que le propos est triste. C’est sans aucun doute parce que l’auteur nous présente les différentes situations avec une forme d’effronterie comme si elle ironisait sur le devenir de chacun.  

J’ai vraiment énormément apprécié cette lecture tout à fait atypique ! Et la couverture est magnifiquement bien pensée !!!