"Alerte rouge" de James Patterson & Marshall Karp (Red Alert)


Alerte rouge (Red Alert)
Auteur : James Patterson & Marshall Karp
Traduit de l’américain par Sebastian Danchin
Éditions : Archipel (9 Janvier 2020)
ISBN : 9782809827880
360 pages

Quatrième de couverture

La haute société new-yorkaise est réunie au Pierre, l’un des plus prestigieux hôtels de la ville, pour un gala de charité. Soudain, une explosion souffle la salle. Plusieurs blessés, une victime. Acte terroriste ou vengeance personnelle ? À quelques kilomètres de là, dans les entrailles d’un hôpital désaffecté de Roosevelt Island, est retrouvé le corps d’une célèbre réalisatrice de documentaires. Étranglée. Une séance SM qui aurait mal tourné ? Deux enquêtes cousues main pour Zach Jordan et sa partenaire Kylie MacDonald, du NYPD Red, l’unité d’élite chargée de la protection des célébrités.

Mon avis

New-York, époque contemporaine. Il est de bon aloi de se faire voir dans des galas dits « de charité ». Une fondation, « Aidons les nécessiteux » écrit en gros et un repas à très chère l’assiette. Oui, mais c’est pour la bonne cause et j’y suis, vous me voyez au moins ? pensent la plupart des convives…. Quatre hommes sont à l’origine de cette « bonne œuvre ». En accord avec Madame le Maire, ils ont déboursé un dollar symbolique pour un entrepôt désaffecté. En échange, ils se chargeaient de le réhabiliter en cent-vingt-cinq logements sociaux destinés aux sans-abris. Ils ont remué ciel et terre, trouvé des financements, de généreux donateurs et ce soir-là, tous fêtent « la première pierre. Deux employés du NYPD (unité d’élite policière chargée de la protection des célébrités) veillent au grain, même si servir de nounou ne les emballent guère…. En plein discours, c’est l’explosion, la panique….et la mort….

Etonnant, une seule personne est décédée, un des quatre fondateurs. Était-il réellement la cible ou cet attentat visait l’édile de la ville ? Les deux enquêteurs n’ont pas le temps de se poser beaucoup de questions. Voilà qu’on les envoie sur les lieux d’un drôle de drame. Dans un hôpital abandonné, une femme nue a été retrouvée assassinée. Certains éléments laissent à penser que ce serait une séance sado masochiste qui aurait mal tourné…. Pas de liens apparents entre les deux affaires. Les deux acolytes Zach et Kylie vont devoir être sur tous les fronts pour faire face et surtout protéger les trois autres membres du quatuor de bienfaiteurs…..

Aubrey, la jeune femme morte, était réalisatrice de documentaires. Malgré les dénégations de sa sœur, elle n’avait rien d’une femme rangée classique. Elle recherchait des sensations violentes et provoquait des situations à risques, se mettant en danger. Alors, est-ce un jeu qui a mal tourné ou un acte volontaire d’un de ses partenaires ? Sa personnalité était ambivalente, torturée, que cachait-elle ? Son psychiatre est prêt à aider la police, ce ne sera pas de trop. Tous les soutiens seront les bienvenus, même ceux de malfrats ou d’indicateurs pour l’affaire de la bombe ….

Sacré boulot pour les deux acolytes, pas facile du tout lorsqu’on sait que ces deux-là ont été amants et qu’ils passent de très nombreuses heures (autant le jour que la nuit) ensemble pour le travail….. Leurs conjoints respectifs doivent se montrer compréhensifs et accommodants et cet état de faits pimente un peu plus l’intrigue. Fonctionnant parfois à l’instinct, à d’autres moments en réfléchissant plus, ils forment un duo détonant, amusant également lorsqu’ils ne savent plus très bien la limite de leur relation. Chacun peut être le flic méchant ou le gentil la seconde suivante. Un regard, un geste et ils se comprennent, ce qui les rend redoutablement efficaces. Arriveront-ils à comprendre la mort d’Audrey, à empêcher d’autres mécènes d’être visés par un ou des tueurs dans l’ombre ? Et puis, d’abord, qu’ont-ils faits ces « bons » messieurs pour être sur la sellette comme ça ?

C’est sur un rythme vif, endiablé, avec une écriture fluide (merci au traducteur) que James Patterson et Marshall Karp nous entraînent dans les rues et quartiers de New-York, mais également en Thaïlande. De nombreux dialogues rendent le récit très vivant, accrocheur. L’histoire, très bien construite, est fascinante, les deux intrigues se croisent, les différents policiers doivent être fins limiers pour faire parler ceux qui se taisent et déjouer les coups tordus des autres.  James Patterson a l’art et la manière de construire des thrillers efficaces, captivants pour le lecteur et ce nouveau titre ne dément pas cette affirmation.

"Que tombe le silence" de Christophe Guillaumot


Que tombe le silence
Auteur : Christophe Guillaumot
Éditions : Liana Levi (9 Janvier 2020)
ISBN : 979-1034902163
305 pages

Quatrième de couverture
En cet été caniculaire, Renato Donatelli, dit le Kanak, s’ennuie à la section des courses et jeux. Lorsqu’il apprend que Six, son partenaire, serait impliqué dans l’exécution d’un baron de la drogue, il se lance dans une contre-enquête au grand dam de sa hiérarchie. Mais à fouiller le passé, on ressuscite de vieux démons que le gardien de la paix aurait aimé ne plus croiser. Comme une trainée de poudre, sa vie personnelle s’embrase alors que les coups montés et règlements de compte s’accumulent.

Mon avis

Un dernier silence …..

C’est le premier roman que je lis de Christophe Guillaumot et je sais déjà que je vais suivre ses écrits de près. Son écriture précise, concise, coup de poing vous met au cœur de la vie réelle, sans détour, ni faux semblant, cash et vous prenez les événements, les ressentis, en pleine face. Impossible d’y échapper. De plus les thèmes abordés le sont avec doigté, intelligence et réalisme. Avec lui, faire l’autruche c’est non. Il évoque les difficultés quotidiennes pour les jeunes en Nouvelle-Calédonie, dont certains obligés de faire la mule pour espérer des jours meilleurs afin de quitter ce pays. Ils sont cesse confrontés au chômage, à l’insécurité, aux problèmes de racisme, de culture… Il parle du mal-être des policiers et des relations « sur le fil » avec le Mirail dans la banlieue de Toulouse où se trouvent beaucoup de logements sociaux. Une cité où parfois la guerre des clans engendre l’incompréhension et la violence.

Dans ce livre, nous découvrons Renato Donatelli, dit le Kanak, un policier affecté à la section des courses et des jeux. Ce n’est pas ce qu’il préfère car lui, il aime le terrain, l’action, le mouvement mais on ne choisit pas toujours et il faut se plier aux décisions des supérieurs. Il est grand, des mains comme des battoirs qu’il n’hésite pas à utiliser. Il a tendance à agir comme il l’entend, parfois en marge du code de procédure….parce que l’administration a des lourdeurs un peu insupportables et que pour avancer il est nécessaire de se bouger. Lorsque son coéquipier est placé en garde à vue pour le meurtre d’un dealer, il sent le coup fourré, l’arnaque. Bien sûr, son collègue, dit Six, a sniffé de la blanche lorsqu’il déprimait, mais de là à tuer…. Ce qui est gênant, c’est qu’il y a quelques jours à peine, il a démissionné pour aller vivre aux Etats-Unis. Voulait-il fuir après avoir fait le ménage ? Quelle était la raison de ce grand départ ?

Ne voulant pas abandonner son ami, le Kanak va fouiner quitte à déranger, parce qu’il sait bien qu’il n’a pas le droit. Mais lui, il veut un peu d’humanité, de savoir être, de savoir vivre. On ne peut pas, on ne doit pas oublier tout ce que Six a fait de bien avant de juger et de condamner sans essayer de comprendre … Mais certains (certaine … les femmes ne sont pas toutes dans l’empathie) ne pensent qu’à appliquer le système sans discuter, et sans envisager de le changer….
J’ai énormément apprécié ce roman malgré son côté noir. Je l’ai trouvé empli de désespérance mais également de poésie. « Un jour, je ferai un souhait en regardant une étoile, Je me réveillerai là où les nuages sont loin derrière moi…. » Je crois que c’est le subtil équilibre entre ces deux émotions qui donne toute sa force à ce récit. C’est sombre, les hommes sont cassés, épuisés, leur vie est brisée mais il suffit d’une main tendue, d’une viennoiserie, d’un geste et vous vous prenez à croire à nouveau en l’homme avant, quelques fois, de retomber….. Chacun des protagonistes a des failles, une part d’ombre, nous apprenons à les connaître petit à petit et ils deviennent de plus en plus attachants pour ceux qui sont « aimables » (que l’on peut aimer)….

L’auteur est commandant de police, il connaît le quotidien des forces de l’ordre. Il sait de quoi il parle lorsque ses personnages s’expriment, se livrent, et même lorsqu’ils se taisent…. surtout lorsqu’ils se taisent et demandent le silence (Monsieur Guillaumot, vous m’avez fait pleurer sur ce coup-là…)




"Aux armes" de Boris Marme


Aux armes
Auteur : Boris Marme
Éditions : Liana Levi (9 Janvier 2020)
ISBN : 9791034902118
270 pages

Quatrième de couverture

Dans les couloirs d’un établissement scolaire américain, des bruits semblables à des tirs d’arme à feu résonnent subitement. Alerté, l’officier responsable de la surveillance, Wayne Chambers, accourt sur les lieux, mais demeure figé à proximité du bâtiment. Tétanisé, il hésite à en franchir le seuil. Quand la fusillade prend fin, il n’est pas entré dans les classes où sont étendus les corps de quatorze jeunes élèves, mais déjà réseaux sociaux et chaînes d’info s’emballent : la machine médiatique affûte ses armes.

Mon avis

Coupable ou non-coupable ?

Boris Marme est français mais il situe l’action de son roman aux Etats-Unis. Sans doute, parce que tout enfle plus vite dans ce pays de la démesure…. Avec une écriture choc, des phrases courtes, parfois sans verbe, il nous fait rentrer au cœur de l’action dès les premières pages.

Wayne Chambers est un officier de police affecté à la surveillance d’un grand établissement scolaire américain. Dans ce lycée, il lui arrive d’être appelé dans le bureau du directeur pour faire la « leçon » à des jeunes ayant fait une bêtise. Il s’acquitte de son rôle, prend sa grosse voix et les renvoie dans le droit chemin. Son quotidien est assez tranquille jusqu’au jour où…..

Nicholas, son collègue l’appelle. Des bruits de pétards viennent d’éclater dans un des bâtiments. Pétards ou tirs ? Et si c’était une fusillade ? L’alarme résonne, ne cesse pas, on entend des coups de feu ou du moins ça y ressemble fort, il faut lancer le « Code Red »….. Le code rouge d’habitude, c’est pour de faux, pour s’entraîner. Le genre d’exercices qui fait sourire les lycéens… Mais là, Wayne doit l’annoncer, le mettre en place. Il court, il dit à Nicholas de ne pas bouger, qu’il va aller voir ce qu’il se passe, il se précipite vers le bâtiment, près à rentrer et là …..

Plus rien, un blanc, le vide………… Un homme immobile, l’arme à la main, un officier inutile ? Il ne sait plus, le bruit est trop fort, le choc le paralyse…et il reste à l’extérieur, en dehors du drame qui s’est joué dans les couloirs, dans les classes ….

Au début les yeux sont rivés sur la tragédie, les morts, les blessés puis la question se pose. Qu’a fait l’officier de surveillance ? A partir de ce moment-là, les médias, les réseaux sociaux, les gens se déchaînent, Wayne peut devenir le bouc émissaire, celui qui a « failli », qui n’a pas agi comme il aurait dû. Cacher sa honte, faire face, essayer de se justifier ? Quelle que soit la position adoptée il sera lynché par la vindicte populaire et comme il se doit, ce que les personnes ne savent pas, elles l’inventeront, quitte à transformer la vérité…. Alors ? Coupable ou non coupable ? 

Habilement, l’auteur par quelques retours en arrières, nous explique comment Wayne est arrivée à ce poste, qui est sa mère, qui était son père. Boris Marme offre également des regards croisés sur cet homme. Sa mère, l’avocat qu’elle embauche, les collègues, le maire, la presse, la radio, la télé…tous s’en mêlent, s’expriment  …. On voit combien les paroles des uns et des autres peuvent inverser une tendance, modifier un jugement, un ressenti…La médiatisation des événements est un engrenage violent, dangereux, non maîtrisé…. C’est très bien présenté sans fioritures et on ressent vraiment la détresse de Wayne face à ce déferlement de brutalité.

J’ai trouvé ce recueil parfaitement maîtrisé et d’une justesse étonnante pour un premier récit. Le poids des mots est comme autant d’uppercuts que le lecteur prend en pleine face car difficile de ne pas se poser la question : « Et moi ? Qu’aurais-je fait à sa place ? »
« Il reste là de longs instants, à tenter de s’apaiser, de se délester de tout ça, mais il ne peut échapper à lui-même, cette chose s’est emparée de ses remords et les attise. »

"Le petit garçon sur le quai de la gare" de Pierre Sainte-Hélène


Le petit garçon sur le quai de la gare
Auteur : Pierre Sainte-Hélène
Éditions du Volcan (14 Novembre 2019)
ISBN : 979-1097339210
132 pages

Quatrième de couverture

Sur son quai de gare, Louis a tout d'un garçon ordinaire. Pas plus haut que trois pommes, il semble sourire au monde. Pourtant, le drame qui se joue devant ses grands yeux bleus va changer le cours de sa vie. Tiraillé entre deux mondes totalement opposés, il lui faudra grandir et apprendre très vite, trop vite, la violence du monde des adultes.

Mon avis

C’est un petit coin de pays, quelque part, sans doute dans un gros village ou une ville moyenne, où tout le monde se côtoie, s’apprécie. Il y a la gare, un peu le cœur de la bourgade avec le café restaurant tenu par Marie qui l’a repris après ses parents. François, c’est le chef de gare, celui qui régule tout ça avec son sifflet et son couvre-chef. Il travaille avec Mathilde qui fait les annonces vocales et demande aux voyageurs de se tenir éloignés de la bordure des quais selon la formule consacrée. La vie est paisible, chacun fait de son mieux pour que tout aille bien. Et puis un soir, à l’heure de la fermeture, ce n’est pas une valise abandonnée que François trouve mais …. un bébé.

Que faire ? Le laisser aux services sociaux, le recueillir, le confier à quelqu’un ? C’est finalement une femme (je ne dis pas laquelle volontairement) qui deviendra Maman de ce petit bout d’homme (car oui, il s’agit d’un garçon). Elle a de l’amour à donner, il a besoin d’en recevoir pour grandir. C’est comme si ces deux-là s’étaient donné rendez-vous, choisis pour la vie….

Pour la vie ? Ça c’est moins sûr… Des fois que « sa mère » revienne, qu’elle veuille le reprendre, qu’elle explique que c’est son enfant, son droit de le récupérer…. Les adultes, parfois, oublient qu’ils ont été petits, ne pensent qu’à ce qui les intéresse. Ils oublient de se pencher vers les plus jeunes.

Vous dites :
" C'est fatigant de fréquenter les enfants. "
Vous avez raison.
Vous ajoutez :
" Parce qu'il faut se mettre à leur niveau,
se baisser, s'incliner, se courber, se faire petit. "
Là, vous avez tort.
Ce n'est pas cela qui fatigue le plus.
C'est plutôt le fait d'être obligé de s'élever
jusqu'à la hauteur de leurs sentiments.
De s'étirer, de s'allonger, de se hisser
sur la pointe des pieds.
Pour ne pas les blesser.

Janusz Korczak
"Quand je reviendrai petit"

C’est l’histoire de ce petit garçon que nous conte Pierre Sainte-Hélène avec une écriture délicate, empreinte de tendresse pour ses personnages. Il nous prend par le cœur, et nous tenons fermement la main du garçonnet, de peur que son univers devienne poussière. Les événements le font grandir trop vite, difficile de le préserver….

C’est un livre court mais tellement rempli d’amour qu’il ne peut que rejaillir sur le lecteur. Je l’ai trouvé sublime tant dans les mots que le contenu. Je ne sais pas qui se cache derrière le pseudonyme de l’auteur mais je suis sûre d’une chose, c’est un homme bon.

"Fils du passé" de Blanca Miosi (Hijo del Pasado)


Fils du passé (Hijo del Pasado)
Auteur : Blanca Miosi
Traduit de l’espagnol par Maud Hillard
Éditions : Independently published (21 novembre 2019)
ISBN : 978-1710246056
400 pages

Quatrième de couverture

John Hamilton décide de déshériter Howard, son fils unique. Vingt-cinq ans plus tard, le cambriolage d’une banque déclenche une série d’événements qui vont révéler ce qui se cache derrière chacun des trois personnages principaux : Daniel Kozlowski, un Juif polonais, Viveka, sa jeune épouse, Francis Hamilton, fils de Howard, le déshérité, spécialisé en restauration d’œuvres d’art.


Mon avis

Dans ce roman habilement construit, richement documenté, Blanca Miosi nous entraîne dans plusieurs lieux à différentes époques (De 1943 à 2005). Les retours en arrière éclairent la personnalité des protagonistes, surtout Daniel Kozlowski dont le caractère, la vie, les ressentis sont très développés.  Cet homme est un juif polonais que l’on apprend à connaître jeune garçon de dix ans, en 1943, dans le ghetto de Varsovie. Il se bat pour survivre, pour réussir et finira médecin aux Etats-Unis après de nombreuses péripéties.

En 2005, époque où se déroule l’essentiel de l’intrigue, il est installé avec sa seconde et jeune épouse dans une demeure, appelée « maison Hamilton » du nom du propriétaire décédé. Il l’a obtenue en usufruit pour une vingtaine d’années parce qu’il n’y a pas d’héritier. Il doit l’entretenir et en prendre soin pour pouvoir l’habiter. Le couple a une vie bien réglée et est heureux jusqu’à ce que….

Francis Hamilton, petit-fils de l’ancien habitant débarque chez eux. Il leur explique que son grand-père avait déshérité son Papa et que cette villa représente quelque chose pour lui. Daniel et Viveka l’accueillent pour quelques jours. Quelles sont les intentions de cet homme ? Pourquoi veut-il rencontre le banquier que sa famille fréquentait ? Pourquoi reste-t-il dans la maison ? Que cherche-t-il ? Quel est le but réel de sa visite ? Il parle d’une fortune cachée dans le logement. Est-ce vrai ? Les locataires ont-ils découvert quelque chose ? Qui est sincère, qui ne l’est pas ?

Avec doigté, l’auteur nous emmène dans les méandres du passé des personnes évoquées dans ce recueil. Personne n’est vraiment parfait, l’opportunisme guide les pas de certains, d’autres veulent réussir quel que soit le prix à payer, d’autres enfin ne sont habités que par le besoin de rendre les gens heureux autour d’eux (Xia en est un parfait exemple).

Francis Hamilton va se révéler très intéressant, c’est un homme honnête et il est tiraillé entre tout ce qu’on lui propose. Il est devenu avocat parce que c’est ce que voulait son père mais sa vie, c’est l’art et la restauration des tableaux. Il connaît bien l’œuvre de Léonard de Vinci et cela lui sera utile. Il tisse un lien particulier avec Daniel et il est fascinant de voir comment leur relation évolue. Daniel, lui, est quelqu’un qui a souffert mais qui n’a jamais renoncé. Il semble placide mais il réfléchit, analyse et fait face.

J’ai vraiment beaucoup apprécié ce récit. Le contexte est instructif, mêlant fais réels et imaginaires et apportant des informations sur un événement véridique. L’écriture est fluide, le style très vivant, la traduction excellente et le vocabulaire de qualité. Malgré les nombreuses époques, on ne se perd pas car la date est, si besoin, indiquée en titre de chapitre. En outre, il n’y a pas pléthore de personnages et les situations de chacun sont très claires. Ce qui est également captivant c’est que l’intérêt ne faiblit pas. La vie de chacun se découvre par petites touches et les révélations progressives maintiennent l’attention du lecteur. Blanca Miosi est une conteuse hors pairs et je ne me lasse pas de la lire. Je comprends que Maud Hillard, sa fidèle traductrice prenne du plaisir à découvrir ses textes et à nous les faire partager.

"Refuge" de Terry Tempest Williams (Refuge)


Refuge
Auteur : Terry Tempest Williams
Traduit de l’américain par François Happe
Éditions: Gallmeister (5/04/2012, première parution en 1991)
Collection: Nature Writing
Nombre de pages: 352

Quatrième de couverture

Utah, printemps 1983. La montée des eaux du Grand Lac Salé atteint des niveaux records et les inondations menacent le Refuge des oiseaux migrateurs. Hérons, chouettes et aigrettes neigeuses, dont l’étude rythme l’existence de Terry Tempest Williams, en sont les premières victimes. Alors qu’elle est confrontée au déclin de ces espèces, Terry apprend que sa mère est atteinte d’un cancer, comme huit membres de sa famille avant elle – conséquence probable des essais nucléaires menés dans le Nevada au cours des années 1950. Bouleversée par la douleur de celle qu’elle accompagne dans la maladie, Terry se plonge dans une enquête sur les effets dévastateurs des retombées radioactives.
Remarquable étude naturaliste et chronique familiale saisissante, Refuge entrelace le destin des oiseaux du Grand Lac Salé et celui des hommes frappés comme eux par les drames écologiques. Dans une langue tout à la fois sobre et poétique, Terry Tempest Williams refuse la tragédie et lance un formidable appel au renouveau.

Quelques mots sur l’auteur

Terry Tempest Williams est née en 1955 dans le Nevada et a grandi dans l’Utah. Naturaliste et activiste engagée dans la défense des droits des femmes, son combat pour la préservation de l’environnement l’amène à témoigner devant le Congrès à plusieurs reprises. Elle y dénonce les effets des essais nucléaires réalisés dans le désert du Nevada et qui sont alors minorés par le gouvernement. Auteur de nombreux récits, essais et poèmes, elle est aujourd’hui une voix incontournable de l’Ouest américain.

Mon avis

« L’espoir est cette chose avec des ailes qui se perche dans l’âme. » Emily Dickinson

Chut ! Lisez ….

Chut ! Écoutez ….
Écoutez la voix de cette femme qui vous berce par son écriture, par ses phrases précises, par son amour de la vie, de sa mère, de sa famille, des oiseaux.
Écoutez votre cœur, qui bat à l’unisson avec elle, accompagnant sa mère malade, pour la fin de la route. («J’ai besoin de toi pour m’accompagner dans la mort. »)

Chut ! Regardez….
Regardez la couverture, sobre, élégante, comme très souvent aux éditions Gallmeister.
Regardez une carte des Etats-Unis pour savoir où se trouve le refuge de Bear River et cerner ainsi les enjeux dont nous parle l’auteur.

Chut ! Observez…
Observez à ses côtés, installez-vous silencieusement jumelles à la main. Regardez les avocettes, les pluviers. Ne faites pas de bruit, asseyez-vous près de Terry, de sa mère, de sa grand-mère, apprivoisez avec elles les nidicoles, les nidifuges mais aussi cette maladie insidieuse qui va changer le cours des choses.
« C’est peut-être l’étendue de ciel en haut et l’étendue d’eau en bas qui apaisent mon âme »
Chaque chapitre porte le nom d’un oiseau qui sera rappelé dans les pages qui suivent avec des connaissances précises.

Chut ! Sentez ….
Sentez sur vos mains, votre peau, cette eau collante, très chargée en sel du Grand Lac Salé.
Sentez le vent, le souffle des ailes des oiseaux qui vous frôlent, sentez la nature, près si près que vous « communiquez » avec elle.

Chut ! Prenez le temps …
Prenez le temps de lire cet ouvrage calmement, au rythme serein malgré la mort qui rode, malgré la maladie et les problèmes.
Tout est évoqué avec une grande pudeur et une douceur qui apportent la paix à l’âme.

Chut ! Comprenez…
Comprenez combien la vie est belle.
« Je crois que lorsque nous sommes totalement présents, nous ne vivons pas seulement mieux nous-mêmes, nous vivons mieux pour les autres. »
L’auteur avec délicatesse évoque ses sentiments, parfois en s’appuyant sur ses observations des oiseaux.
« Les oiseaux sont simplement allés plus loin. Ils me donnent le courage de faire la même chose. »

Chut ! Goûtez ….
Goûtez chaque mot, chaque ligne, chaque paragraphe, chaque page, chaque chapitre. Arrêtez-vous de temps à autre pour profiter pleinement de ce magnifique ouvrage.

Chut ! Savourez ….
Savourez cette pépite littéraire, ce bijou de finesse ….

Chut ! Choisissez ….
Choisissez avec soin les personnes à qui vous offrirez cette rencontre, ce trésor, afin qu’il ne perde pas de son éclat et reste unique.

NB : La « note au lecteur » en fin de livre complète magistralement la lecture.

"On n'enterre jamais nos morts" de Christophe Coquin


On n’enterre jamais nos morts
Une enquête de Viktor Kurt
Auteur : Christophe Coquin
Éditions : Lulu.com (2 décembre 2019)
ISBN : 978-0244538538
330 pages

Quatrième de couverture

Bruxelles. Janvier. Depuis plus d'un an et sa dernière enquête qui lui a couté sa place de consultant prive pour la police, Viktor Kurt végète. Mais un événement va tout remettre en question. Une nuit, Angèle Barney, richissime et extravagante vieille dame, lui demande de reprendre l'enquête qui a envoyé son fils en prison pendant vingt-cinq ans. Avant de mourir, elle veut savoir s'il a été le coupable idéal ou s'il est vraiment un assassin sans scrupule.

Mon avis

Il s’appelle Viktor, avec un K. Non pas que ce K soit important mais on peut imaginer qu’il lui a donné cet aspect sec, intransigeant, sans douceur alors que le C aurait laissé couler le prénom sous la langue. Avec un K, il est comme son héros, rugueux, pointu, d’autant plus suivi d’un nom de famille commençant par la même lettre…
En effet, c’est un homme qui contrôle ses émotions, son physique, qui ne ressent pas d’empathie et qui ne s’encombre pas de palabre lorsqu’il a quelque chose à dire ou à demander. Cette façon d’être lui permet d’avoir beaucoup de recul sur les événements, et dans les enquêtes, c’est un atout. Un cadavre très amoché ne le trouble pas, les sanglots d’une femme non plus et il « sent » lorsque quelqu’un n’est pas net, ment ou « transforme » la vérité…. C’est un personnage « particulier » mais qui a quelque chose, non pas d’attachant tant il est froid et détaché, mais de « magnétisant ». Son côté sulfureux, hors normes, presque en marge de la société fascine et on se demande ce qu’il est réellement au fond de lui…

Il a perdu sa place de consultant pour la police et il tourne en rond, quand soudain il reçoit une invitation bizarre. Il doit se rendre, une nuit, dans un musée. Là il rencontre, Angèle Barney, propriétaire de laboratoires pharmaceutiques. C’est une vieille femme extravagante, riche, qui lui demande de mener une enquête pour elle. Elle veut savoir si son fils, récemment sorti de prison où il a été enfermé vingt-cinq ans, est vraiment l’assassin qu’on a dit ou s’il est innocent. Au cours de ce rendez-vous, Viktor retrouve son amie Abigaël, commissaire divisionnaire à Bruxelles, avec qui il a déjà travaillé.

Les deux amis sont à l’opposé l’un de l’autre et pourtant, ils se respectent et sont bien ensemble. Elle est sensible bien qu’elle essaie de le cacher, elle a de l’humour et le sens de la répartie. Et surtout, elle accepte et apprécie Viktor tel qu’il est : ténébreux, secret, pas toujours clean que ce soit avec les obligations professionnelles ou dans sa vie personnelle mais efficace, terriblement efficace dans ses investigations.

Voilà donc Viktor, Abigaël, Tom (un collègue d’Abigaël) partis pour démêler le vrai du faux dans ce qu’on veut bien leur dévoiler. Viktor décide d’avoir une petite discussion avec Heliot Moss, un journaliste judiciaire qui a suivi l’enquête, il y a vingt-cinq ans, avec beaucoup de professionnalisme. Mais lorsqu’il arrive au domicile de ce dernier, il découvre qu’il a été torturé et tué. Par qui ? Pour quelles raisons ? En savait-il plus que ce qu’il disait dans les journaux où il écrivait ? A-t-il caché certaines informations ? A-t-il été manipulé ?
Le consultant, embauché par Angèle, se met en mode « fouineur » et n’hésite pas à utiliser différents stratagèmes pour arriver à ses fins. Ses troubles, au lieu de le déstabiliser, l’aident à « voir plus clair », comme si souffrir lui permettait d’être plus clairvoyant….

Ce roman se lit d’une traite, l’écriture fluide et accrocheuse de l’auteur y est pour beaucoup mais les rouages de l’intrigue sont un deuxième point fort ainsi que le caractère atypique de Viktor. Christophe Coquin maîtrise à la perfection l’aspect « caméléon » de son principal protagoniste. Il en joue habilement, entraînant le lecteur à sa suite. J’ai pris beaucoup de plaisir à cette lecture, attendant avec impatience les dernières révélations pour cerner et comprendre toute l’affaire….