"La porte interdite" de Dean Koontz (The Forbidden Door)

 

La porte interdite (The Forbidden Door)
Auteur : Dean Koontz
Traduit de l’américain par Sebastian Danchin
Éditions : L’Archipel (4 Février 2021)
ISBN : 978-2809840445
450 pages

Quatrième de couverture

Jane Hawk, que la presse a surnommée le " Beau Monstre ", vient d'être inculpée pour espionnage, trahison et meurtres. Autant de crimes dont elle est innocente... L'organisation secrète aux nombreuses ramifications qu'elle combat a décidé de resserrer son étau. Mais Jane, qui se rapproche du cerveau du complot, contre-attaque. Ses ennemis vont bientôt apprendre le sens du mot " peur ".

Mon avis

Quatrième partie des aventures de Jane Hawk, ce roman se lit d’une traite tant l’écriture est addictive. C’est l’avant-dernier tome, semble-t-il, avant la conclusion qui verra ou pas, Jane triompher de ceux qui la poursuivent. Pour rappel, Jane est un ancien agent du FBI. Elle est la veuve de Nick, qui s’est officiellement suicidé mais qui a été victime de manipulations mentales. Elle a un petit garçon, Travis, qui a été confié à des amis. Elle se bat pour réhabiliter la mémoire de son époux et pour enrayer le mal que diffuse une organisation secrète. Cette dernière « programme » (avec les nanotechnologies) certaines personnes pour les faire obéir et prendre le pouvoir, ils deviennent alors des Modifiés, dociles, soumis, obéissants et capables de faire tout ce qu’on leur demande, même les pires choses.

Ce nouvel opus commence exactement où s’est clos le dernier et j’étais ravie de retrouver l’atmosphère intacte. L’auteur fait peu de rappels, ce qui évite des lourdeurs inutiles. Dès les premières pages, on est dans le vif du sujet. Travis est en danger et on ressent une peur immense à l’idée que ce petit garçon puisse souffrir. Sa Maman doit le rejoindre pour organiser la suite de sa défense car ceux qui le protégeaient ont subi un triste sort. Mais elle n’est pas la seule à vouloir le rejoindre. Ses poursuivants savent qu’elle est mère, et qu’elle va chercher à le retrouver. En la surveillant, en la pistant, ils se rapprocheront de l’enfant et pourront l’enlever, obligeant ainsi Jane à s’exposer.

La situation est délicate car les hommes de l’ombre ont réussi à s’infiltrer partout. Il est de ce fait très difficile de savoir à qui faire confiance. Malgré tout, Jane peut compter sur quelques personnes qui la croient et qui veulent l’accompagner dans sa lutte pour la liberté. Ils se mettent en danger, ils le savent, mais ils ne veulent pas renoncer aux valeurs qui les animent. Jane sait, presque instinctivement à qui elle peut faire confiance mais elle reste sur ses gardes tout le temps. Elle est intelligente, elle essaie d’anticiper les réactions de ceux qui la harcèlent. Elle a une volonté tenace et reste motivée malgré les difficultés.

J’avais peur d’une énième course poursuite à travers les différents états américains pendant cinq cents pages. Si c’est le cas au début du livre (et c’est nécessaire), les événements vont évoluer par rapport aux récits précédents. Travis est en grand danger mais ses grands-parents paternels également. Et leurs voisins, et d’autres encore. Cette fois-ci, on ne se contente pas de suivre Jane dans ses déboires. On découvre des personnages divers qui sont tout autant attachants qu’elle. Quelques uns sont détestables et on se réjouit lorsqu’ils ne s’en sortent pas. L’auteur a apporté un nouvel élément en lien avec les Modifiés, cela permet de sortir de la chasse à la femme et offre des perspectives différentes. J’ai trouvé cela très astucieux pour éviter de rester tout le temps dans le même type de roman.

L’écriture de l’auteur est accrocheuse, fluide. Le fidèle traducteur le connaît et sait très bien retransmettre le rythme et la tension soutenus qui sont des atouts de ce thriller. Il n’y a aucun temps mort, on reste scotché aux pages, on a peur, on tremble, on lâche un ouf quand ça va mieux, on serre les poings quand un ennemi se fait coincer, bref, on vibre.  Et on attend avec impatience le tome suivant !


"Un dîner chez Min" de Xiaolong Qiu (Inspector Chen & Judge Dee)

 

Un dîner chez Min (Inspector Chen & Judge Dee)
Auteur : Xiaolong Qiu (traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Adélaïde Pralon
Éditions : Liana Levi (4 Février 2021)
ISBN : 979-1034903641
256 pages

Quatrième de couverture

Le légendaire et dérangeant inspecteur Chen est sur la touche. Le Bureau de la réforme du système judiciaire, une voie de garage destinée à l’éloigner des enquêtes trop indiscrètes, pourrait le satisfaire en lui laissant le temps d’écrire un roman inspiré par le célèbre juge Ti. Mais on ne se refait pas, et la tentation d’aller fourrer son nez dans une affaire qui bruisse dans Shanghai–celle mettant en cause une belle courtisane qui ouvre sa table privée aux éminences et aux Gros-Sous de la ville–est plus forte que la sagesse.

Mon avis

C’est toujours un immense plaisir de retrouver l’écriture raffinée de Xiaolong Qiu (merci à la traductrice) ainsi que son inspecteur Chen Cao. Comme l’auteur, Chen a étudié la littérature anglaise, et il aime les poèmes, mais ils ont un autre point commun : ils dérangent tous les deux. Sans doute parce qu’ils osent exprimer ce que les dirigeant chinois veulent cacher. A savoir les difficultés quotidiennes pour certains (travail, transports, logements etc), la corruption des hommes politiques, la forte présence du Parti qui surveille, dirige, musèle la parole…..

Dans ce nouvel opus, Chen est toujours « puni ». De façon élégante, mais sans lui laisser le choix, il a été mis en retrait, et nommé directeur du Bureau de la réforme du système judiciaire. Actuellement en congés de convalescence, c’est sa jeune secrétaire Jin qui gère les dossiers. Il a l’intention de profiter de son temps libre pour écrire un roman inspiré par le célèbre Juge Ti mais de temps à autre, l’inaction lui pèse.

Alerté par un vieil ami, il apprend qu’une jeune courtisane Min a été accusée d’avoir assassiné son aide en cuisine, Quing. Un homme de l’ombre est prêt à payer une jolie somme pour éclaircir l’affaire et innocenter la Dame Républicaine (c’est ainsi que Min est surnommée). Il faut savoir que Min recevait chez elle pour des dîners privés très prisés et très chers. Le soir de la mort de la servante, plusieurs hommes étaient venus manger, n’ont-ils pas observé des tensions entre les deux femmes ?

Si Chen a très envie de creuser l’affaire (on ne se refait pas, mener des investigations est un vrai besoin pour lui), il doit être discret et ne pas trop se mettre en avant. En discutant habilement avec sa secrétaire, cette dernière va s’emparer des pistes qu’il glisse ça et là, l’air de rien et elle lui apportera des éléments de réponse. Cette collaboration est une nouveauté et c’est une excellente idée. Leurs idées se complètent et leurs échanges permettent d’avoir un autre regard sur les faits. La surveillance restant importante, ils doivent agir avec discernement et doigté. Chen se sert aussi d’autres personnes de sa connaissance pour avoir des indices mais habilement.

Chen est attentif au moindre détail, il observe et fait le parallèle entre ce qu’il cherche et ce qu’il voit. Contempler un cerf-volant et le voir s’envoler peut lui apporter une information sur son enquête. J’aime la façon dont ces indices sont amenés par l’auteur, c’est subtil. Il y a une atmosphère très gouleyante dans ce récit. Le goût des bons mets est évoqué par l’intermédiaire des plats, de leurs odeurs, de leur texture. En outre, les extraits de poèmes et le lien avec le passé sont également importants. Chen utilise une enquête du juge Ti pour réfléchir à celle qui mène et en parler à mots couverts en établissant des parallèles. C’est astucieux et c’est amusant de voir comment il réussit à contourner la surveillance, l’air de rien. C’est presque un jeu. Mais il doit être vigilant et extrêmement prudent.

« La nouvelle nomination de Chen n’était peut-être qu’un piège diabolique. Congé ou pas, tôt ou tard, il serait bien obligé de parler des problèmes du système judiciaire et tout ce qu’il dirait serait retenu contre lui comme autant de preuves du complot qu’il fomentait contre le Parti. »

Il est stupéfiant de constater que tout, absolument tout peut être interprété et se retourner contre les personnes. Min la courtisane, se retrouve dans un shuanggui, un mode de détention très sévère, plutôt utilisé contre les cadres du Parti qui dérapent. Pourquoi une telle procédure contre elle ? Pour l’isoler de qui, de quoi ? Jalousie, vengeance, envie de pouvoir et de richesse, amour, rapports entre les uns et les autres sous les yeux de ceux d’en haut, tout cela est évoqué avec finesse et intelligence par l’auteur. Je me suis totalement délectée de ce roman ! C’est une réussite !


"THC sans ordonnance" d' Olivier Kourilsky

 

THC sans ordonnance
Auteur : Olivier Kourilsky
Éditions : Glyphe (15 Janvier 2021)
ISBN : 978-2352851264
240 pages

Quatrième de couverture

Le corps d'un trafiquant de cannabis est retrouvé près de la frontière espagnole, affreusement mutilé. Or, l'individu, connu de la police, avait été déclaré mort deux ans plus tôt. Sur le chemin de l'enquête, alors qu'un tueur redoutable vient de s'évader, les accidents et les cadavres s'accumulent.

Mon avis

C’est près de la frontière espagnole, dans la montagne, qu’un corps, affreusement mutilé, a été retrouvé. Les enquêteurs qui se rendent sur place ne comprennent pas pourquoi son visage a été défiguré, ses viscères éparpillés, et le reste de son corps dispersé dans des auges à cochons, de quoi vous dégouter du saucisson à vie…. Que voulaient cacher ceux qui l’ont tué ? Sans aucun doute, retarder l’identification mais pourquoi ? Seul indice : des traces de pneus d’un 4 x 4 mais il y en a plusieurs dans le coin.

Ce récit se déroule en 2019, et les recherches peuvent utiliser la piste ADN. Et cette idée s’avère fructueuse, l’homme est identifié, il s’agit de Pedro Ramirez, un trafiquant de drogue, bien connu des services de police. Sauf que …  il y a un os …. Cet homme est mort et a été enterré il y a deux ans dans un village proche de Huesca en territoire espagnole. Nos fins limiers se retrouvent face à plein de questions. Où orienter leurs investigations ? Répertorier tous les 4 x 4 du coin, en commençant par la patronne du chalet, où sont hébergés les policiers ? Rencontrer le médecin qui a signé le permis d’inhumation du faux mort ? Les deux pistes vont être suivies. Les pneus du véhicule tout terrain ont été changés récemment, le médecin a disparu et les employés des pompes funèbres qui avaient enterré Pedro Ramirez, sont tous décédés dans le même accident.

Hum, hum, ce fameux Pedro avait sans doute la ferme intention d’effacer ses traces et ne voulait pas être retrouvé. Claude Maplède et son adjoint le lieutenant Pierre Leroy, sont venus de Toulouse et ils ont bien l’intention d’aider celui qui les a appelés à la rescousse, l’adjudant-chef Bergui. Il va falloir creuser et questionner les différentes personnes avec intelligence et discernement. En premier lieu, les hommes vont remonter le fil qui les conduit à tous ceux qui ont été en cheville avec Pedro. Des malfrats dont l’un s’est récemment évadé….et un autre proche de bénéficier d’une remise de peine. De fieffés menteurs qui essaient d’embobiner les policiers en ne disant pas la vérité.  Il faudra toute la ténacité des détectives pour cerner les tenants et les aboutissants de cette histoire et démêler le vrai du faux.

Dans ce dernier opus, Olivier Kourilsky a pris sans aucun doute beaucoup de plaisir à mettre en scène les personnages qui lui sont chers. Victor Maupas sort de sa retraite et c’est tant mieux car en électron libre, il observe, il réfléchit, et ne laisse passer aucune information. Son écriture est toujours vive, fluide, avec des pointes d’humour. Son intrigue se tient et les rebondissements sont nombreux. J’ai trouvé très intéressant que soient développées les raisons d’agir des uns et des autres. Amour, vengeance, addiction qui rendent fébriles, l’auteur nous rappelle que les hommes peuvent être fragilisés par leur vie personnelle et que leurs faiblesses sont parfois un handicap. Le contenu est parfaitement maîtrisé, pas de fausses notes, tout s’emboîte. Le lecteur se croit arrivé plusieurs fois puis il se retrouve embarqué sur une autre route, avant que tout finisse par s’éclaircir…. Les dialogues apportent du rythme à l’ensemble et cela donne une lecture très plaisante, prenante et réaliste.  


"Le Vieux qui ne voulait pas fêter son anniversaire" de Jonas Jonasson (Hundraåringen som klev ut genom fönstret och försvann)

 

Le Vieux qui ne voulait pas fêter son anniversaire (Hundraåringen som klev ut genom fönstret och försvann)
Auteur : Jonas Jonasson
Traduit du suédois par Caroline Berg
Éditions : Presses de la Cité (10 mars 2011)
ISBN : 978-2258086449
468 pages

Quatrième de couverture

Alors que tous dans la maison de retraite s'apprêtent à célébrer dignement son centième anniversaire, Allan Karlsson, qui déteste ce genre de pince-fesses, décide de fuguer. Chaussé de ses plus belles charentaises, il saute par la fenêtre de sa chambre et prend ses jambes à son cou. Débutent alors une improbable cavale à travers la Suède et un voyage décoiffant au cœur de l'histoire du XXe siècle.

Mon avis

Ma grand-mère ressemblait par certains côtés à ce petit vieux, héros de ce roman déjanté et jubilatoire malgré quelques longueurs….

Coriace l’ancien, il veut décider de sa vie et n’a pas le souhait de fêter son anniversaire. Donc, rebelle, il se fait la malle et va vivre, pour le plaisir ou pas des lecteurs, une série de situations toutes autant invraisemblables les unes que les autres. Parallèlement nous revisiterons son passé, faisant même un peu d’Histoire (avec un grand H) par la même occasion. Histoire qui sera, également réétudiée, transformée, au gré des rencontres de notre personnage principal.

Le style est « enlevé », vif, rapide. L’intérêt est assez fluctuant mais l’écriture (bravo pour la traduction !) vaut à elle seule, le détour. Citant Paasilinna (pour se dédouaner ?), l’auteur nous emmène lui aussi dans un registre décalé où le ridicule ne tue pas mais fait rire et détend les zygomatiques. Dans le monde morose que l’on côtoie parfois, ça fait du bien (et si besoin est, je rappelle que lorsqu’on rit, on gagne des années de vie ;-)


"La loi des lignes" de Hye-Young Pyun (선의 법칙) (Seoneui Beopchik)

 

La loi des lignes (선의 법칙) (Seoneui Beopchik)
Auteur : Hye-Young Pyun
Traduit du coréen par Lim Yeong-Hee avec la collaboration de Catherine Biros
Éditions : Payot & Rivages (3 Février 2021)
ISBN : 978-2743652111
240 pages

Quatrième de couverture

Sae-oh, une jeune femme vivant recluse chez son père, doit affronter son agoraphobie après que leur maison a été anéantie par les flammes. Sae-oh soupçonne un collecteur de dettes d’être à l’origine de l’incendie et prépare sa vengeance. En parallèle, Ki-jeong, une enseignante, apprend que sa demi-sœur s’est suicidée.

 Mon avis

Une couverture en clair-obscur, comme les personnages qui oscillent entre ombre et lumière. Après son titre « Le jardin », un roman remarquable et atypique, j’attendais de l’auteur qu’elle se renouvelle et me fasse découvrir une autre facette de son talent. C’est réussi.

Ici, les hommes et les femmes présentés sont des gens ordinaires, qui se sont trouvés, par un concours de circonstances mal maîtrisé, dans une situation délicate.  Ils sont seuls pour faire face et se doivent de réagir ou de se laisser couler. Le lecteur suit surtout le quotidien de deux protagonistes fait de moments de révolte, ou de lâcheté, voire de désintérêt quand tout semble se liguer contre eux.

Sae-oh vivait avec son père. Agoraphobe (on découvrira pourquoi au fil des chapitres), elle ne sortait pratiquement pas sauf en cas de nécessité. Ce jour-là, au retour des courses, elle découvre la maison brûlée. En réfléchissant, elle pense qu’un collecteur de dettes a suffisamment déstabilisé son père pour que ce dernier choisisse de se suicider. Une fois le choc encaissé, la colère grandit en elle et elle décide de se venger de cet homme qui a détruit sa vie.

D’un autre côté, Ki-jeong, une enseignante, est en mauvaise posture. Dans l’établissement où elle enseigne, un élève a abusé de sa candeur pour la déstabiliser, la discréditer. Se voyant prise au piège, la colère gronde en elle. En outre, elle apprend le décès de sa demi-sœur et veut mener une enquête pour comprendre ce qu’il s’est passé.

Ces deux femmes ont leur rage et leur désir d’éclaircir le passé comme points communs. Elles sont tributaires des autres, de leurs réponses, de leurs relations. Leur vie n’existe plus qu’à travers leurs recherches, leur besoin de savoir. Hye-Young Pyun nous démontre que la frontière entre le bien et le mal est bien mince, que l’on ne maîtrise pas tout et qu’un grain de sable peut enrayer le plus beau des mécanismes. Chacun doit alors puiser en soi pour rebondir, avoir de la ressource et essayer d’avancer coûte que coûte.

« A partir de quel moment l’intention malveillante devient-elle le mal ? Est-ce au moment où elle naît ou bien au moment où on la met à exécution ? Et au cas où l’on n’y parvient pas, le mal est-il absent ? »

Sae-oh et Ki-jeong ont été blessées par la vie, défaites. Pas aidées, ni soutenues, elles n’ont presque plus rien mais mues par une surprenante volonté, elles restent vivantes, droites. Quelle forme de vie quand tout semble se liguer contre vous ? Où aller chercher la force de croire encore en quelque chose ?

Dans ce recueil, les deux femmes évoquées nourrissent leur colère en se penchant sur ce qui a mal fonctionné dans leur passé, les pièges qui se sont refermés sur elles et qu’elles n’ont pas vu venir. Nourrir leur colère est ce qui les rend plus fortes. Malgré tout, elles restent terriblement solitaires, ne se fiant à personne, ne voulant pas montrer leurs failles. Elles observent, se taisent, réfléchissent, pèsent chaque décision.

L’écriture est détachée, pointilleuse, analysant chaque détail. Le rythme peut donner des apparences de lenteur mais il n’en est rien, tout est décortiqué pour que chaque fait soit replacé dans son contexte en lien avec les autres. L’évolution des différents individus est traitée avec finesse, c’est intéressant de voir comment des gens effacés peuvent devenir des lions sans avoir l’air.

Vraiment un écrivain à suivre de près !


"La voie du talion" de Alexandra Coin & Erik Kwapinski

 

La voie du talion
Auteurs :  Alexandra Coin & Erik Kwapinski
Éditions : Aconitum (2 Mai 2016)
ISBN : 9791096017008
200 pages

Quatrième de couverture

Ancien légionnaire, Fabrice a officié comme tireur d’élite en Afghanistan.
Retour difficile, confrontations à la luxure, son couple explose. Il part s’isoler en pleine montagne et y rencontrera une jeune asiatique, piégée par la neige.
Lorsque son ex-épouse disparaît, tous les soupçons se portent sur l’ancien sniper.

Mon avis

Justice

La justice est-elle toujours où on l’espère ? C’est-à-dire du bon côté ? D’ailleurs, c’est quoi le « bon côté » ? Défendre ceux qui en ont besoin, vraiment besoin même s’ils ne le disent pas ? Manipuler les esprits, vivre après un traumatisme, subir la puissance et les dérives de la drogue, être soi-même ou un autre….voici des thèmes abordés dans ce roman.

Avec une histoire et des personnages atypiques, les deux auteurs nous emmènent sur les traces d’un couple qui aurait pu suivre le cours d’ une union ordinaire si les bonnes et mauvaises rencontres ne s’en étaient pas mêlées. Il est sniper, elle est avocate. Ils leur arrivent de rester de longs mois séparés, et les retrouvailles ne sont pas forcément faciles car, entre temps, chacun a suivi sa route. Elle est douloureuse pour lui car ses missions sont terribles et la moindre erreur se paie cash.  Quand il rentre,  l’insouciance n’est pas toujours au rendez-vous car il reste hanté par ce qu’il a vu et vécu…. Elle, elle voudrait de la légèreté, de la fougue, du bonheur et de l’enthousiasme à la pelle quand il est là…. Parfois, il ne lui offre que de longs silences…Pas ceux, complices d’un mari et d’une femme qui se comprennent au-delà de tout, non, ceux qui sont lourds de sens, de non-dits, de blessures secrètes non exprimées….

Maladroits face à ce quotidien, ils bifurquent chacun vers une nouvelle direction.  Pour elle, ce sera la luxure, les initiations amoureuses sous la férule d’une amie. Pour lui, l’éloignement et la solitude….

Que va-t-il rester de ce couple et de leurs « amis » ? Comment, parmi ces derniers, trier le bon grain de l’ivraie ? A quoi reconnaît-on un ami, un vrai ? Comment faire les bons choix ? Comment renouer des liens si ténus soient-ils pour avancer encore et encore ? Comment apprivoiser la souffrance ? Et qui écouter, entre les démons intérieurs et ceux qui semblent détenir la bonne parole  et donner les conseils adéquats ? Quand on est en situation de fragilité, ne prend –on pas le risque de se raccrocher à n’importe qui ?

Étalée sur quelques années (facilement repérables dans les en-têtes de chapitres ) avec peu de personnages mais une atmosphère profonde, nous accompagnons l’histoire de ce couple dans son quotidien, ses questionnements, ses errances, ses peurs et ses envies…. En peu de mots, quelques phrases bien écrites, nous avons une idée des faits, des gestes mais également des pensées de chacun… On découvre leur avancée pas à pas, ce qu’ils décident de faire pour aller au bout d’eux-mêmes, essayant de rester en adéquation avec ce qu’ils sont réellement. Mais qu’il est long le chemin avant de retrouver une forme de paix….

C’est écrit à quatre mains mais le style ne s’en ressent pas, chacun a dû apporter à l’autre ce dont il avait besoin. C’est un livre riche et profond sur la rédemption, la vie après un traumatisme et l’amitié solide qui tient les hommes et les femmes à bout de bras ……….. Une belle lecture….


"Les filles mortes ne sont pas aussi jolies" d'Elizabeth Little (Pretty as a Picture)

 

Les filles mortes ne sont pas aussi jolies (Pretty as a Picture)
Auteur : Elizabeth Little
Traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Julie Sibony
Éditions : Sonatine (22 octobre 2020)
ISBN : 978-2355843211
410 pages

Quatrième de couverture

Au départ, elle n'a rien d'une enquêtrice. Timide, un brin asociale, elle s'efforce d'éviter les ennuis. Marissa Dahl est surtout une étonnante monteuse de films. Engagée sur un long métrage dont le tournage a lieu sur Kickout Island, elle fait la connaissance du metteur en scène Tony Rees, réputé pour son comportement tyrannique. Très vite, elle comprend que quelque chose ne tourne pas rond ….Le film reconstitue une histoire vraie, celle du meurtre non élucidé, pourquoi un tel projet ?

Mon avis

« Je suis dans le même monde que vous. C’est juste que je le regarde différemment. »

Marissa Dahl est une excellente monteuse de films. Elle est connue et reconnue dans sa profession pour ses qualités. Son agent s’occupe des relations aux autres et de lui trouver du travail car Marissa a des difficultés avec les personnes neurotypiques. On la dit gauche et un brin asocial, je crois surtout, après avoir refermé ce livre, qu’elle est autiste ou qu’elle a des traits autistiques. En effet, elle n’a pas les « codes » de la vie en société, elle a besoin de rituels et d’un espace personnel qui la rassurent, elle côtoie peu de monde, elle est mal à l’aise avec le contact physique et son principal centre d’intérêt est le cinéma. Il est nécessaire de temps à autre qu’on lui explique comment exprimer son ressenti en y mettant un minimum de forme pour éviter qu’elle froisse ceux à qui elle s’adresse. Il lui arrivé d’avoir peur et elle essaie de se raisonner, mais c’est compliqué. Tout cela en fait une jeune femme à la fois forte et fragile, très attachante. L’auteur a su montrer ses ambivalences, son caractère particulier et c’est très réussi.

Dans ce roman, c’est Marissa qui se raconte. Elle travaille depuis des années avec Amy, qui est également son amie. Mais cette fois-ci, elle va se lancer avec un autre réalisateur, quelqu’un de célèbre. Se disant que c’est une occasion qui ne se représentera pas, elle dit oui sans même avoir lu le scénario et en signant une clause de confidentialité de seize pages. La voilà embarquée sur un bateau afin de gagner une île isolée où se déroule le tournage et où elle sera logée. Du fait de son fonctionnement, elle a, sans cesse, tous ses sens en alerte et de ce fait, elle réalise rapidement qu’il y a une atmosphère étrange sur les plateaux. Bien sûr, elle a du mal à définir ce qu’elle ressent mais elle est certaine d’une chose : il y a eu de nombreuses démissions et ce n’est pas normal.

De plus, elle comprend que le sujet du film n’est autre que d’évoquer un meurtre non élucidé qui a eu lieu, au même endroit, vingt ans plus tôt. Pourquoi un projet comme celui-ci ? Que cherche à prouver le réalisateur ? Comment a-t-il choisi ses acteurs ? Qui sont les deux adolescentes de l’hôtel qui essaient de mener une enquête sur cet assassinat ? Beaucoup de questions se posent. C’est par le regard et les observations de Marissa que le lecteur va petit à petit cerner les personnalités, comprendre ce qui se déroule.

J’ai beaucoup aimé ce récit, Les références cinématographiques ne m’ont pas dérangées, au contraire, j’ai trouvé qu’elles étaient ciblées et astucieusement intégrées au texte. Le style et l’écriture d’Elizabeth Little sont agréables, fluides (merci à Julie Sibony pour la traduction), elle a de l’humour, un peu pince sans rire et de bon goût. La construction de l’histoire est intéressante, sans temps mort. Ce recueil a été une belle découverte et un bon moment de lecture !