"Matrices" de Céline Denjean

 

Matrices
Auteur : Céline Denjean
Éditions : Marabooks (2 mars 2022)
ISBN : 978-2501160803
370 pages

Quatrième de couverture

En plein mois de décembre, une terrible tempête se déchaîne sur les Pyrénées. Sous la pluie battante, une jeune femme enceinte qui court à perdre haleine est percutée par une camionnette. Avant de mourir, elle murmure quelques mots en anglais : « Save the others. » Qui est cette femme sans identité ? Que cherchait-elle à fuir ? Que signifie la marque étrange sur son épaule ? Et qui sont ces autres qu’il faudrait sauver ? Les gendarmes Louise Caumont et Violaine Menou se lancent alors dans une enquête hors-norme.

Mon avis

C’est l’hiver, la météo n’est pas clémente et il fait nuit. Un orage terrible avec vents, pluie et éclairs sévit sur cette petite route de campagne dans les Pyrénées. Paul Delormes se concentre, il distingue à peine la route et tout à coup, c’est le choc. A-t-il heurté un animal, une grosse branche tombée sur le bitume ou pire… un être humain ? Il sort de sa voiture en grommelant et là, c’est l’horreur, une jeune femme, enceinte, d’origine africaine, est couchée sur le sol. Il ne sait pas quoi faire, il est perdu quand tout à coup arrive une voiture avec un médecin qui prend les choses en mains. Malheureusement la blessée décède.

C’est à un duo féminin de gendarmes, Louise Caumont et Violaine Menou, qu’est confiée l’enquête. Que faisait cette demoiselle, inconnue du voisinage, à cette heure, sur la départementale sans tenue appropriée ? Que signifient les quelques mots prononcés en anglais où elle dit s’être échappée d’un véhicule et demande à ce que les autres soient sauvées ? Quelles autres ? De quoi parle-t-elle ? L’homme impliqué dans l’accident est-il aussi innocent qu’il veut le faire croire, n’y-a-t-il pas des zones d’ombre dans son emploi du temps ? Pourquoi cette femme sur le point d’accoucher n’était-elle connue d’aucun service de santé à proximité ?

Louise a cinquante ans, ce n’est pas la première affaire qu’elle doit résoudre mais celle-ci va la remuer au plus profond, l’emmener vers la résilience, la contraindre à laisser tomber les barrières qu’elle a soigneusement érigées autour d’elle. Parce qu’elle est comme ça, Louise, elle n’aime pas s’apitoyer, se monter « nue », dévoiler ses sentiments. Elle a besoin de maîtriser, de se protéger en permanence. Sa collègue, Violaine, qui, au fil du temps, est devenue une amie, le sait, et parfois elle lui enjoint de lâcher prise. Mais que c’est difficile ! Cet aspect du roman est intéressant car il donne une bonne part d’humanité aux personnages et on comprend également en quoi les investigations bouleversent Louise et pourquoi elle ne baissera pas les bras.

Une fois encore, Céline Denjean gratte où ça fait mal. Elle aborde de nombreux thèmes dans ce récit, et elle est parfaitement documentée. Je n’avais, par exemple, jamais entendu parler de « Supreme Eiye Confraternity » et ce que j’ai appris m’a révoltée. Les sujets qu’elle évoque sont traités avec intelligence, ses protagonistes n’en rajoutent pas dans le jugement, ils restent dans les faits et le ressenti en lien avec leur histoire personnelle.

J’ai particulièrement apprécié le cheminement de Louise, son abnégation pour faire avancer les choses, son ouverture d’esprit. Elle a aussi un sens inné de la déduction, elle observe, déduit, essaie d’analyser en finesse. Et quand les pièces du puzzle s’emboîtent, on se dit que nous aussi, on aurait pu comprendre, car l’auteur nous a glissé des indices. Ce qui est bien, c’est qu’ils sont placés çà et là, discrètement, et le texte ne s’appesantit pas dessus. Ce n’est que bien plus tard qu’on se dit « mais bien sûr ».

C’est avec beaucoup de plaisir que j’ai retrouvé le style vif et l’écriture accrocheuse de Céline Denjean. Elle m’oblige à affronter de vrais problématiques de notre société. Cela interpelle, on se sent souvent démunie mais on ne peut pas rester indifférent. Aucun temps mort dans cette lecture et aucune longueur, un auteur à ne pas perdre de vue !


"L'assassin du canal" de Sandrine Berthier

 

L’assassin du canal
Auteur : Sandrine Berthier
Éditions : Ravet-Anceau (1er Octobre 2011)
ISBN : 978-2359732146
256 pages

Quatrième de couverture

La population de Coudekerque-Branche, dans la banlieue de Dunkerque, s'inquiète. La police est sur les dents. Les rives du canal ne sont plus sûres. Par trois fois, un déséquilibré a agressé des promeneurs et les a jetés à l'eau. Un employé sans histoire, un SDF et un vieil homme sont morts noyés victimes de ses agissements. L'homme semble choisir ses victimes au hasard et nargue la police en écrivant des lettres dans lesquelles il annonce qu'il va frapper à nouveau pour débarrasser la ville des "inutiles".

Mon avis

Nous voici à Coudekerque-Branche dans la ville natale de l’auteur pour démêler une histoire liant plusieurs meurtres sans point commun apparent si ce n’est le canal et le mode opératoire.

Le lieutenant Decanter et ses adjoints vont devoir faire face à une situation qui leur échappe et qu’ils ne comprennent pas. Il y a un serial killer, c’est sûr mais pourquoi agit-il ainsi, comment « choisit »-il ses victimes, que veut-il, que cherche-t-il, quel est son but ?

Sandrine Berthier, lauréate d’un concours de nouvelles, signe là son premier roman policier.

Elle a de l’idée, des idées, le « fond » de l’intrigue est bien conçu. Quelques passages en italiques laissent à penser qu’elle avait matière à approfondir le personnage de l’assassin en allant plus loin dans le côté complexe de son caractère, de sa vue globale des « gens à éliminer », de son esprit tortueux. Un tueur qui nargue par courrier, c’était un processus original qui méritait d’être beaucoup plus exploité à mon sens.

L’ambiance de cette petite ville, des relations entre les uns et les autres (voisinage, travail, etc…) est bien décortiquée, analysée, on sent que l’auteur a observé, « photographié » ses scènes pour les rendre plus visuelles.

Mais, pour moi, ce roman, a les défauts de « la jeunesse » et sans vouloir peiner l’auteur, je me dois de retranscrire ce que j’ai observé, ne serait-ce que par honnêteté.

Le travail d’écriture n’est pas aisé, j’en suis consciente, mais je suis persuadée que cette jeune écrivain a « une marge de manœuvre » et que son prochain livre sera plus « étoffé ».

C’est donc une interprétation personnelle qui va suivre et qui n’engage que moi.

Il m’a semblé que les dialogues n’étaient pas assez incisifs, percutants, parfois même trop longs et au lieu d’apporter de la légèreté au récit, ils l’alourdissaient inutilement.

Les pronoms personnels trop nombreux, « ils, il », donnent l’impression d’une écriture « lisse », sans relief.

Peut-être aurait-il été intéressant d’aller plus loin dans la recherche des patronymes des différents protagonistes : Duval, Dupuis, Després, Demol, Deleu, … ça ne fait pas un peu trop de D …. Pour accrocher un lecteur lambda, ce sera plus difficile car certains penseront «Tous les noms se ressemblent, je vais me mélanger.» et ils n’iront pas plus avant dans leur lecture.

Alors que chaque individu est assez bien cerné dans sa personnalité même si cela reste superficiel.

La fin est très rapide, tout se dénoue d’un seul coup. Le rôle du chien est révélateur («Je ne sais pas pourquoi il aboie, il est nerveux ? » dit en substance, son maître par intérim). J’avais envie de secouer les enquêteurs et de leur asséner : « Dites, je ne suis pas policier mais moi j’ai compris, réfléchissez un peu … »

Globalement, ce roman me laisse un goût d’inachevé, car je suis intimement convaincue que Sandrine Berthier a de plus belles pages à écrire ….

"Mattéo ne veut pas ....aller à l'école" de Jean-Marie Palach et Patrice Morange

 

Mattéo ne veut pas... aller à l'école
Auteurs : Jean-Marie Palach (texte) et Patrice Morange (Illustrations)
Éditions : du Volcan (4 novembre 2021)
ISBN : 979-1097339333
16 pages

Quatrième de couverture

Ce matin, Mattéo se sent bien dans son lit. Quand MamanPanda le réveille pour aller à l’école, il n’est pas d’accord. Un évènement le fera changer d’avis.

Mon avis

« Pas envie »….même les adultes parfois n’ont pas envie, n’est-ce pas ? Pas envie d’aller au travail ou pas envie de se lever. Et bien ce matin-là, c’est Mattéo qui n’a pas le goût de sortir du lit pour se rendre à l’école. Sa sœur, Mali, est déjà debout, souriante, prête à partir et lui, il reste sous les couvertures…. Alors que faire ? Les parents hésitent, faut-il le secouer, le gronder ? Qu’est-ce qu’ils font eux quand le réveil est difficile ? Et si un événement extérieur venait motiver Mattéo ?

C’est avec des dessins simples et aux couleurs vives mais pas criardes, un texte adapté que Jean-Marie Palach et Patrice Morange présentent cette famille Panda. Le livre cartonné, qui n’a pas trop de pages, est parfaitement pris en mains par les plus jeunes (ou les plus grands s’ils racontent). Le texte peut déboucher sur une discussion pour les matins où l’enfant resterait bien sous la couette, au chaud.

Ce qui est intéressant avec cette série d’albums mettant en scène la famille Panda, c’est que les thèmes abordés sont ceux de la vie de tous les jours qui concernent les enfants. En parler en se servant de personnages fictifs attachants peut certainement aider les parents à échanger avec leur progéniture et y revenir si besoin. Ou bien laisser le livre traîner pour que le message « caché » fasse son chemin…

À offrir ou à posséder dans sa bibliothèque de classe ou chez soi pour voir la joie d’un tout petit assis sur nos genoux écoutant cette histoire….


"L'un des nôtres" de Larry Watson (Let Him Go)

 

L’un des nôtres (Let Him Go, paru en 2013)
Auteur : Larry Watson
Traduit de l’américain par Elie Robert-Nicoud
Éditions : Gallmeister (3 Février 2022)
ISBN : 978-2351782828
350 pages

Quatrième de couverture

Dalton, Dakota du Nord, 1951. Après la mort tragique de leur fils, George et Margaret Blackledge doivent maintenant accepter d’être séparés de leur petit-fils adoré, Jimmy. Car leur belle-fille, Lorna, vient de se remarier à un certain Donnie Weboy et l’a suivi dans le Montana. Hostile à l’égard de Donnie qu’elle soupçonne de maltraiter la jeune femme et l’enfant, Margaret décide de se lancer à leur recherche pour ramener Jimmy coûte que coûte. George ne peut que plier devant la détermination de son épouse.

Mon avis

1951, Dalton dans le Dakota Nord, George et Margaret Blackledge ont la soixantaine. Il a été shérif, il est maintenant ouvrier. Leur fils est décédé, leur belle fille, Lorna, est partie pour suivre un amoureux avec Jimmy leur unique petit fils. Elle s’est installée dans sa nouvelle famille, des gens qui n’ont pas bonne réputation, des faiseurs d’histoires, les rois de l’embrouille et de la violence. Margaret s’aperçoit, un jour, que son le petit Jimmy ne semble pas être la priorité du couple et elle se pose des questions. Elle se décide, elle va aller dans le Montana, voir sur place ce qu’il en est et ramener Jimmy si possible. Son époux comprend tout de suite que rien ne la freinera alors il part avec elle.

Ce couple vieillissant qui a eu son lot de souffrances ne renoncera jamais, on le sent dès le début. C’est leur histoire d’amour, celui qui vibre entre eux malgré les hauts et les bas de leur union, celui qu’il porte à leur descendance, ce petit d’homme qu’ils veulent revoir, et celui que vont leur porter, plus ou moins maladroitement, ceux qu’ils rencontrent sur leur chemin difficile. Ce sentiment domine malgré la violence, le dénigrement, les obstacles, il les habite et leur donne la force de continuer à avancer.  Ils sont attachants dans leur force, leurs faiblesses, leurs imperfections. Peut-être qu’ils devraient faire autrement, parler différemment mais ils ne dérogent pas à leur mission et ne baissent jamais les bras. Jusqu’où est-on prêt à aller pour que le mot « famille » prenne tout son sens ? Il faut bien le dire, ceux qui ont accueilli Lorna, forment un clan, une tribu et une fois dedans, difficile d’en sortir…

L’écriture de l’auteur est très agréable, certains passages sont de belles descriptions lyriques des relations ou des lieux, d’autres sont plus bruts quand l’action s’invite sans discussion. Il y a du rythme, du mouvement, les dialogues sont parfaitement dosés. Au départ, l’histoire s’installe, puis tout accélère, la cadence ne faiblit pas, et on sent l’angoisse qui monte de plus en plus. Y aura-t-il une limite ou chacun est-il enclin à aller encore plus loin pour la garde du petit garçon ? Comment devient-on « L’un des nôtres » ?

Les personnages sont parfois un peu caricaturaux mais ce n’est pas important, George et Margaret rayonnent au-dessus de tout ça. Ceux qui les aident, sans rien demander en retour, sont comme des petites lumières semées sur une route bien sombre.

C’est un récit magnifique, tragique, dur et tendre à la fois, empreint d’émotions fortes qui secouent le lecteur et le laissent le cœur en vrac. J’ai vraiment beaucoup aimé et je ne suis pas prête de les oublier !


NB : ce roman a été adapté en film avec Kevin Costner et je vais essayer de le voir !



"Le jeune acteur - Tome 1 : Aventures de Vincent Lacoste au cinéma" de Riad Sattouf

 

Le jeune acteur - Tome 1 : Aventures de Vincent Lacoste au cinéma
Auteur : Riad Sattouf (textes et dessins)
Éditions : ‎ Les livres du futur (4 novembre 2021)
ISBN : 978-2957813100
150 pages

Quatrième de couverture

En 2008, Riad Sattouf réalise son premier film, Les Beaux Gosses. Il choisit comme premier rôle le jeune Vincent Lacoste, timide et complexé, qui n'avait jamais imaginé être acteur. Le collégien de 14 ans se retrouve alors propulsé dans le monde secret, fascinant et parfois flippant du cinéma ! L'histoire vraie d'un adolescent anonyme devenu l'un des acteurs les plus talentueux de sa génération.

Mon avis

Riad Sattouf est auteur de bandes dessinées et réalisateur. Il a étudié les arts appliqués à Nantes et le cinéma d'animation à Paris, à l'école des Gobelins.

Dans ce tome 1 du jeune acteur, Riad Sattouf dessine sa recherche d’un ado « moche » pour son film « Les beaux gosses » sorti en 2008. On découvre ce qu’il a pensé des castings, ce qu’il souhaitait vraiment. Puis c’est Vincent Lacoste, l’acteur qui a été choisi qui donne ses impressions, toujours dessinées par Riad. C’est vraiment amusant de comparer leurs ressentis d’une même situation, de voir que Vincent Lacoste est « tombé dans le cinéma » par hasard. Il se livre vraiment en toute simplicité, en toute sincérité. Il avait des idées préconçues et tout ne s’est pas déroulé comme il l’imaginait. C’est drôle, désopilant parfois. Il n’arrive pas à visualiser le film car tout est tourné dans le désordre entre autres….

Cette collaboration a donné naissance à une belle amitié. Au départ, Riad est très protecteur avec le jeune acteur et il lui donne des ordres / conseils : pas de drogue, passe ton bac, demande-toi après le film si les gens qui veulent être tes amis l’auraient été avant… Il veut que le jeune homme devienne son « Jean-Pierre Léaud ». Celui qu’il suivra, de film en film, sur plusieurs années.

Cent cinquante pages cela peut paraître important pour une bande dessinée et pourtant pas du tout. On suit le parcours du réalisateur, de l’acteur, de ce qu’ils construisent ensemble. C’est vraiment intéressant. Les dessins sont sympathiques à regarder et il y a toujours une pointe d’humour.

J’ai hâte de lire la suite !



"Entre chiens et loups" de Malorie Blackman (Noughts & Crosse)

 

Entre chiens et loups (Noughts & Crosse)
Auteur : Malorie Blackman
Traduit de l’anglais par Amélie Sarn
Éditions : Milan (28 Novembre 2011)
ISBN : 9782745957252
420 pages

Quatrième de couverture

Imaginez un monde. Un monde où tout est noir ou blanc. Où ce qui est noir est riche, puissant et dominant. Où ce qui est blanc est pauvre, opprimé et méprisé. Un monde où les communautés s'affrontent à coups de lois racistes et de bombes.C'est un monde où Callum et Sephy n'ont pas le droit de s'aimer. Car elle est noire et fille de ministre. Et lui blanc et fils d'un rebelle clandestin... Et s'ils changeaient ce monde ?

Mon avis

« Le cœur a ses raisons que la raison ignore …. » Pascal

Dès que j’ai commencé ce livre, une chose m’a frappée ; il n’y a pas de repère spacio temporel, on ne sait pas précisément où se déroule l’histoire et à quelle époque (il y a des voitures, le téléphone donc c’est assez contemporain …)

Tour à tour, les deux principaux protagonistes, deux adolescents, un garçon, une fille, de race différente, prennent la parole et disent « je », souvent pour parler d’un même fait avec leurs deux éclairages.

C’est ce qui fait la force de ce livre, l’expression de ces jeunes face à l’amour, l’amitié, l’injustice, le quotidien qui ressemble à l’apartheid, … Face au monde des adultes, parents, professeurs ou autres … Il sera facile de s’identifier, d’être pris aux tripes et d’avoir envie de se rebeller avec eux pour qu’ils s’en sortent.

La question principale est même posée dans le roman :

« Pourquoi la différence effrayait-elle autant ? »

On accompagne Callum et Sephy, on les écoute, on les regarde vivre, grandir, commettre des erreurs, hésiter, foncer, parler trop alors que parfois il faut se taire

« Que ce n’était qu’un mot. [….] Un mot qui avait blessé mon meilleur ami, un mot qui me faisait souffrir. Je n’avais pas encore compris que les mots avaient un tel pouvoir. »

On observe aussi les réactions de leur famille respective : parents, frère, sœur … est-ce qu’ils agissent ainsi pour leur bien, pensant les protéger ?

Qu’il est difficile de ne pas penser comme sa famille, de devoir se justifier ….Est-ce que les parents projettent leurs désirs profonds sur eux ?

« Est-ce que tu ne désires pas qu’il réussisse là où nous avons échoué ? »

L’écriture est fluide (j’ai remarqué quelques imperfections grammaticales dans les dernières pages), adaptée à un public de jeunes et d’adultes. Les situations s’enchaînent, sont très visuelles et on suit sans peine les événements.

Les personnages secondaires mériteraient d’être plus approfondis dans leur personnalité, leurs raisonnements.

Le dernier quart m’a beaucoup plus intéressée que le reste du livre, peut-être parce qu’à ce moment là, les « seconds rôles » ont pris de la consistance, obligeant les deux « héros » à aller au fond d’eux-mêmes, à choisir, douloureusement, difficilement, mais à choisir sans retour possible … Et lorsqu’une décision est prise, on n’a plus le choix, c’est fini ….

Et on peut passer le reste de sa vie à se demander si on a bien fait ….


"Triple meurtre" à Hazebrouck de Philippe Declerck

 

Triple meurtre à Hazebrouck
Auteur : Philippe Declerck
Éditions : Ravet-Anceau (28 septembre 2011)
ISBN : 978-2359732122
288 pages

Quatrième de couverture

Mis à l'écart de la PJ pour avoir démantelé un réseau pédophile dans lequel était impliqué un de ses collègues, le policier lillois Olivier Béjot se retrouve à Hazebrouck à enquêter sur une série de tags racistes. A priori rien de bien passionnant jusqu'au jour où les trois skinheads soupçonnés par Béjot sont retrouvés égorgés au pied de la statue de l'abbé Lemire. La tension monte d'un cran, d'autant qu'un des morts est le fils d'un policier d'Hazebrouck. Climat tendu, coups bas, pressions politiques, suspicions... le chemin d'Olivier Béjot pour découvrir la vérité est parsemé d'obstacles...

Mon avis

C’est à la suite d’Olivier Béjot, dans la cité flamande de Hazebrouck (qu’il connaît bien) que nous emmène l’auteur.

D’une banale affaire de tags racistes au meurtre de trois jeunes d’une façon horrible, le pas sera franchi dans ce roman.

Comment seront reliées les deux affaires, qui, à la base, ne sont pas du même acabit ? Qui protège qui, qui cache quelque chose ? Les milieux policiers, politiques, commerciaux et autres ne seront pas épargnés par les secrets, les délations, les trahisons, les non-dits, les situations pas claires, les rencontres douteuses …. Il faudra toute l’opiniâtreté d’Olivier Béjot pour dénouer les fils de cette intrigue lourde de sens.

Olivier Béjot est un homme comme on en connaît, qui aime son métier au-delà de tout, ayant des difficultés à cloisonner sa vie privée et laissant trop souvent le premier déborder sur la seconde ….

« Il aimait sa femme mais il aimait aussi ce métier. Il ne savait rien faire d’autre que traquer le mal et il avait le sentiment d’être utile. »

Il ne compte pas son temps, son énergie pour son boulot …. C’est (presque !) toute sa vie …

Son activité principale c’est :

Un de ces « boulots » où l’urgence ne s’annonce pas et où il faut se rendre disponible au bon moment pour espérer solutionner les gros problèmes ….

Un de ces « boulots » que vous ne posez pas à la porte de la maison … Il vous suit, vous hante, vous obsède, vous vide, vous « tient » le jour, la nuit …

Un de ces « boulots » qui agit sur vous comme une drogue, qui vous est indispensable …..

« ……………la vue de la façade en verre de la PJ. lui arracha un sourire. L’angoisse s’évanouit. Il était chez lui. »

Il est comme ça, Olivier Béjot, tout à son labeur, ne lâchant rien, refusant les événements qui semblent trop évidents, rejetant la facilité, cherchant à comprendre ce qu’on lui tait sous prétexte qu’il n’en a pas besoin pour avancer ; observant, à l’affut, la moindre petite chose pouvant apporter un éclairage différent à sa recherche.

J’ai beaucoup apprécié ce personnage et je l’ai trouvé bien décrit dans ses tourments de mari, de père, de commandant de police, d’homme tout simplement, confronté au racisme, à l’extrême droite, à une enquête difficile ….

En revanche, en ce qui concerne les descriptions des journées, des événements … j’ai ressenti quelques longueurs. L’écriture, dans ces cas-là, m’a paru « trop appliquée », presque « scolaire », pas assez « visuelle », pas assez « puissante », comme si l’auteur avait parfois rencontré des difficultés pour trouver ses mots …

Heureusement les dialogues apportent un peu de vivacité !

Le rythme s’accélère sur la fin et c’est une bonne idée, je commençais à trouver long les différentes remarques et réflexions, trouvant qu’elles n’apportaient pas assez d’éléments essentiels … Il m’a semblé que les personnages secondaires manquaient un peu de consistance pour que je ressente de la colère ou de l’empathie envers eux …. Malgré tout, Ahmed a sauvé les seconds rôles, il est bien « cerné » dans ses angoisses, ses peurs, sa façon d’être ….

Globalement, ce livre est bien pensé, bien ficelé, mais je ne me suis pas sentie attirée, aspirée par l’histoire. Je lisais tout cela relativement détachée … Enfin, pas vraiment, Béjot m’a incontestablement intéressée …. Peut-être parce qu’il me paraissait très humain … Il est donc possible que je lise un autre roman du même auteur pour retrouver ce personnage et me faire une idée plus précise de son écriture ….