"Vérités et mensonges" de Caz Frear (Sweet Little Lies)

 

Vérités et mensonges (Sweet Little Lies)
Auteur : Caz Frear
Traduit de l’anglais par Sophie Guyon
Éditions : L'Archipel (21 mars 2024)
ISBN : 978-2809847727
434 pages

Quatrième de couverture

31 mai 1998. Cat avait 8 ans. Pourtant, elle se souvient avec précision de ce jour-là. Celui où Maryanne Doyle, adolescente de 17 ans qui faisait tourner toutes les têtes, a disparu. Celui où Cat a surpris son père en flagrant délit de mensonge...
Aujourd'hui, Cat Kinsella a 26 ans. Inspectrice de police, elle se rend avec son équipe sur une scène de crime dans le quartier londonien d'Islington, non loin du pub que tient son père. Le corps d'une certaine Alice Lapaine y a été découvert.
Quand il apparaît qu'Alice n'est autre que Maryanne, le passé revient hanter Cat, et elle se met à douter. Elle savait son père menteur, se pourrait-il qu'il soit aussi meurtrier ? Où est la vérité ?

Mon avis

Cat Kinsella est inspectrice de police et nous faisons sa connaissance dans ce roman (qui devrait faire partie d’une série et qui va être adapté à la télévision anglaise).  Célibataire, elle est plus préoccupée par son travail que par sa famille (sa sœur, son neveu, et encore moins par son père qu’elle fuit).

Une jeune épouse vient d’être retrouvée assassinée, pas très loin du pub paternel. Elle est bien décidée à mener l’enquête, surtout quand elle réalise que cette femme, Alice, n’est autre que Maryanne qu’elle a connu dans le passé quand elle était enfant. Elle avait même vu cette dernière avec son papa alors qu’elle l’avait suivi pour l’espionner. Et leur discussion avait semblé très animée. A-t-il fait quelque chose autrefois et/ou maintenant à cette personne ?

Forcément, Cat se pose des questions mais elle sait qu’elle ne peut pas prendre son géniteur de front car ça va dégénérer, ils sont sanguins tous les deux. En plus les faits datent de 1998, la mémoire peut jouer des tours …

Et c’est bien là son principal problème : gérer les interférences entre sa vie privée et sa vie professionnelle. Que dire à ses supérieurs, que taire? Jusqu’où aller sans se mettre dans une situation délicate ? Cette approche de l’affaire criminelle est un plus et permet de voir comment les événements peuvent se télescoper ou pas. Vers qui porter ses soupçons ? Qui croire et pourquoi ? Cat n’est pas à l’aise et parfois ça se voit trop, ses collèges s’interrogent …

L’époux de Maryanne découvre que sa conjointe menait une double vie. Un autre pan d’elle où elle habitait Londres et s’appelait Alice. Que lui cachait-elle et pourquoi ? Il ne comprend rien, pas plus que les policiers chargés des investigations. Où tout cela va-t-il les emmener ?

J’ai eu un peu de mal à entrer dans l’histoire, il m’a fallu une petite centaine de pages avant de me sentir dedans. J’étais à l’extérieur, je ne voyais absolument pas comment l’auteur allait relier tout ça : le passé / le présent, les différents personnages, son histoire familiale. Et surtout, la vérité nous échappe. Je sais que c’est volontaire de la part de Caz Frear mais au début je me méfiais de tout le monde, même de Cat !

Après, une fois l’intrigue posée, les liens entre les uns et les autres établis, mon intérêt s’est renforcé et j’ai été beaucoup plus captivée. Pour autant, ce n’est pas un récit qui se lit rapidement comme certains polars. Les ramifications nombreuses, le jeu de poker menteur de plusieurs individus fait qu’on nage en eaux troubles en doutant de tous. L’écriture est fluide (merci à la traductrice), le style agréable avec de nombreux rebondissements, de l’action… Mais comme indiqué dans le titre, « vérités et mensonges », il y a des menteurs et plus qu’on l’imagine. J’ai été dupée par l’attitude certains-nes qui paraissent parfaits et qui sont en réalité pervers. Les révélations finales sont très fortes ! Je n’y avais pas pensé et c’est très fort !

Un nouvel auteur à suivre !


"Les saisons" de Maurice Pons

 

Les saisons
Auteur : Maurice Pons
Éditions : Christian Bourgois (7 Mars 2024)
ISBN : 978-2267049282
272 pages

Quatrième de couverture

Un jour du seizième mois de l’automne, Siméon arrive dans une vallée perdue où se succèdent inlassablement deux saisons ― une de pluie et une de gel bleu ― et où seules les lentilles parviennent à germer. En pleine saison pourrie, cet étranger qui se déclare écrivain cherche à prendre place dans la communauté qui y vit, vaille que vaille. Isolé au milieu de ces habitants aux moeurs mystérieuses, Siméon affronte une hostilité grandissante…

Mon avis

Ce livre est indéfinissable, fascinant par son histoire, son phrasé, ses événements qui peuvent tour à tour vous dégoûter, vous surprendre, vous donner de l’espoir. Il ne laissera personne indifférent. Il a été publié la première fois en 1965.

Le récit se déroule dans un pays où les saisons sont rudes (après des mois de pluie, le gel peut rester présent trente à quarante mois), longues ; où la nature est difficile à maîtriser ; où la nourriture est rare et les occupations également….. Un homme, qui a beaucoup souffert, arrive dans un village au milieu de nulle part. Il veut s’installer quelque temps pour écrire. Les habitants, peu nombreux, sont soupçonneux et envoie les douaniers enquêter. Il arrive malgré tout à s’installer, dans des conditions précaires, chez une veuve qui tient ce qu’on pourrait appeler une auberge (mais elle ne ressemble en rien à un tel lieu).

Il pleut, tout le monde est hostile mais notre homme espère être avec son crayon, ses feuilles et les remplir. C’est son but et il le dit : « Je suis venu pour partager avec vous le pain des mots et le vin de la phrase ». (Oui, il y a quelques allusions à la Bible). Il essaie de surmonter chaque obstacle, d’avancer son projet mais toujours quelque chose se met en travers. L’auteur nous parle de la condition d’écrivain, des maux et des mots de ceux qui veulent transmettre, par un livre, un message, raconter une vie, des vies….

Un narrateur extérieur, parlant à la première personne et interpelant de temps à autre le lecteur, présente le quotidien de cet étranger, Siméon, qui a osé débarquer et surtout rester là alors qu’il n’est pas franchement le bienvenu. Il croit qu’on s’habitue à lui mais ce n’est pas si simple… Il fait tout pour apporter un peu de lumière, de chaleur, de printemps avec ce qu’il tente de transmettre.

La galerie de personnages est très riche, tous ont un petit côté burlesque qui s’explique par ce qu’on apprend sur eux, sur les traditions de ce coin du monde atypique, sur les relations que les gens entretiennent ou pas.

J’ai pensé à Kafka et « La métamorphose », un recueil inclassable lui aussi mais d’une force extraordinaire. Ce sont des textes qui restent dans notre mémoire, même des années plus tard. J’ai pensé à la cour des miracles et puis j’ai compris : « Les saisons » c’est incomparable.

C’est tendre, loufoque, décalé, hypnotisant. Maurice Pons a une écriture riche au vocabulaire soigné, aux tournures de phrases travaillées. La poésie est là même quand il décrit des moments plus ardus. C’est un sacré contraste d’utiliser un style qui magnifie chaque terme pour parler de la laideur (celle des autochtones, celle du paysage, celle des faits…..) J’ai été ébahi de la puissance de ce petit bouquin !

Rédiger ce texte a dû être aussi une prise de risque. Comment peut réagir un éditeur le découvrant la première fois ? Pense-t-il que l’originalité, la beauté du libellé, et tout ce qui fait l’unicité de cette rédaction, emporteront les lecteurs dans un univers qu’ils n’oublieront jamais, entre réel et imaginaire ?

C’est mon cas. Dire que j’aurais pu passer à côté de cette œuvre magistrale et ne jamais la lire ! Je ne l’oublierai pas !


"Le chat du rocher - Tome 3: Fatale Mona Lisa" d'Alice Quinn et Sandra Nelson

 

Fatale Mona Lisa
Auteurs : Sandra Nelson & Alice Quinn
Éditions : Alliage afnil (25 mars 2024)
ISBN : 978-2369100713
205 pages

Quatrième de couverture

Et si la Joconde, au Louvre, était une … copie ?
Que feriez-vous si un charmant italien prétendant posséder le chef-d’œuvre de
Léonard de Vinci, vous sollicitait pour le restituer au célèbre musée ?
Vous le traiteriez de cinglé et l’enverriez consulter un bon psy.
Mais pour Calypso Finn, ex-actrice de telenovelas reconvertie en brocanteuse,
rien n’est impossible.
À peine accepte-elle sa mission qu’elle est témoin d’un meurtre. Quant au
tableau, il s’est volatilisé.

Mon avis

Calypso est de retour !

Vous ne la connaissez pas ? C’est l’occasion de la rencontrer. Ancienne actrice, elle a quitté le Brésil car elle n’était plus la priorité du réalisateur, son ex-mari. Elle s’est installée sur le Rocher, où elle aide sa tante Peggy à tenir son magasin (une brocante). Pendant ses années de comédienne, elle était Zézé Pinta, une détective amateur, plutôt dégourdie. D’ailleurs cet ancien rôle l’a aidé à éclaircir des histoires et à donner un coup de main au vrai policier, le commissaire Vadim. On se demande si elle n’en pince pas pour lui mais bon… Elle est devenue assez copine avec Poker, un chat très futé qui observe et qui la guide lorsqu’il comprend qu’elle n’a pas su déceler ce qui va lui permettre d’avancer. Comme il ne parle pas, il prend des initiatives quitte à renverser un vase, cracher ou courir dans tous les sens !

Une fois encore, il y a meurtre et Caly ne peut pas s’empêcher de se mettre son joli nez et son magnifique chapeau orange un peu partout pour démêler le vrai du faux. Le vrai du faux ? c’est tout à fait ça ! Figurez-vous que la Joconde ne serait qu’une imitation fabuleuse et tellement bien réussie que même les experts n’ont rien vu. Je vous vois venir ! Qu’ont inventé les deux autrices ? Et bien, je ne dirai rien. Mais sachez que vous allez découvrir quelques éléments historiques intéressants dont un assez récent (en 2016 à Aix en Provence) tous en lien avec la peinture et l’art. On apprend même comment s’y prennent les faussaires pour faire plus vrai. C’est dire si Alice Quinn et Sandra Nelson se sont documentés avant d’écrire. Ce cosy mystery est donc bien étoffé et travaillé en profondeur.

C’est très plaisant à lire, d’abord parce qu’il y a régulièrement des pointes d’humour lorsque Calypso « entend » la voix de Zézé Pinta, son double de l’écran télé, qui lui suggère des idées surtout dans les situations délicates. Caly s’appuie également sur ce qu’elle faisait pendant la série et qui lui a apporté de l’expérience (pour crocheter une serrure par exemple). Et puis Poker, prend le lecteur en aparté avec ses réflexions bien senties. Ajouter à ça des protagonistes et une intrigue qui tiennent la route, quelques recettes qui mettent l’eau à la bouche et vous saurez pourquoi il faut se plonger dans cette lecture !

Mais Caly, parfois accompagnée de ses copines, est quelques fois trop impulsive et elle se retrouve confrontée à des événements qu’elle doit gérer avec doigté. À elle de ne pas se laisser déborder par ses émotions.

C’est un roman captivant, avec du rythme, un récit bien construit où on ne sent jamais de différence de style bien qu’il soit rédigé par deux écrivaines distinctes. J’ai particulièrement apprécié de voir l’évolution des personnages que je « suis » depuis le début, d’apprendre des anecdotes sur l’art, de suivre Caly (et Poker) dans une nouvelle aventure sans temps mort!


"La maison aux sortilèges" d'Emilia Hart (Weyward)

 

La maison aux sortilèges (Weyward)
Auteur : Emilia Hart
Traduit de l’anglais par Alice Delarbre
Éditions : Les  Escales (28 Septembre 2023)
ISBN : 9782365697002
450 pages

Quatrième de couverture

2019. Kate fuit Londres pour se réfugier dans une maison délabrée dont elle a hérité.
1942. Alors que la Seconde Guerre mondiale fait rage, Violet est cloîtrée dans le grand domaine familial, étouffée par les conventions sociales. Elle vit avec le souvenir de sa mère, dont il ne lui reste qu'un mystérieux médaillon et une inscription étrange sur le mur de sa chambre.
1619. Altha connaît les secrets des plantes, savoir ancestral transmis de mère en fille. Pourtant, quand un fermier meurt piétiné par son troupeau, tous la pointent du doigt et l'accusent de sorcellerie.

Mon avis

Une journée aura été suffisante pour lire ce premier roman. Dans la lignée d’une Kate Morton, Emilia Hart a réussi haut la main son récit.

Trois magnifiques portraits de femmes sur trois périodes différentes. Elles sont reliées de près ou de loin par leur famille mais ne se connaîtront pas vraiment. C’est à travers différents écrits que le lien se fera. Le lecteur, lui, aura les détails de ces trois vies exceptionnelles.

Exceptionnelles car toutes ont dû se battre pour s’accomplir, faire ce qu’elles voulaient, choisir, face à des hommes qui entendaient dicter leur loi.

Et à aucun moment ce n’est simple car ils peuvent être pervers, retors, manipulateurs, dominateurs, sous couvert de « faire ce qui est le mieux pour toi ».

En 1619, connaître les plantes et faire mieux parfois qu’un médecin pouvait être dangereux. C’est vite fait d’être accusé de sorcellerie. C’est ce qui arrive à Altha qui a hérité du don de sa mère.

Violet, elle, en 1942, est une jeune fille passionnée de nature, d’insectes, d’animaux mais son père souhaite une demoiselle bien rangée, capable de sortir en société.

Quant à Kate, elle va « s’éteindre » par amour avant de comprendre que ce n’est pas ce sentiment qui est le plus fort dans son couple.

Nous passons de l’une à l’autre au gré des chapitres (leur nom au début donc on sait tout de suite de qui on parle). Chaque époque est présentée avec un contexte historique suffisant pour cerner les événements. Le caractère des protagonistes est précis et permet de comprendre les relations qui s’établissent.

L’écriture est fluide (merci à la traductrice), prenante, on est vite au cœur de l’histoire et on se prend d’affection pour ces trois femmes. On ne veut pas, plus, les voir souffrir, on les accompagne, on serre les poings à leurs côtés.

J’ai trouvé cet opus captivant, parfaitement construit. L’auteur maîtrise à merveille chaque individu pour créer des fils tendus entre eux. Elle a dû réfléchir avant de se lancer et tout est agencé sans fausse note. Bravo !


"La petite fille sur le pont" d'Isabelle Chaumard

 

La petite fille sur le pont
Auteur : Isabelle Chaumard
Éditions :  Independently published (25 mars 2024)
ISBN : 9798884293342
144 pages

Quatrième de couverture

Plongée dans le coma après un accident de voiture, une petite fille bascule en pleine seconde guerre mondiale. Dans un village occupé par les Allemands, elle découvre la noirceur des hommes. Son regard candide posé sur la période immerge le lecteur dans un univers naïf qui se révèle de plus en plus âpre.

Mon avis

S’inspirant de ce que sa mère, Michelle (avec deux ailes) a vécu pendant la seconde guerre mondiale (elle avait six ans en 1943), Isabelle Chaumard a rédigé un récit délicat et original.

Suite à un accident de voiture, une petite fille est plongée dans le coma. Entre rêve et réalité, elle est projetée dans un petit village de l’Ain, occupé par les allemands pendant la guerre. Elle réalise qu’elle est ainsi confrontée à l’horreur de cette période. Son esprit, resté dans le présent, se rappelle des cours d’histoire de son enseignante, des souvenirs de sa grand-mère (d’ailleurs n’est-ce pas elle qu’elle rencontre dans ce passé douloureux ?). Seule une fillette la voit et elle peut tisser un lien avec elle, malgré les difficultés.

Elle souhaite revenir dans son quotidien tranquille sans voir les souffrances, en oubliant tout ce qui est dur à observer, à vivre. Son principal problème, c’est qu’elle « sait ». Elle connaît l’issue pour les enfants juifs entre autres…

Dans son roman, écrit « à hauteur d’enfant », l’auteur souligne avec finesse les silences, les non-dits pour préserver les plus jeunes qui, malgré tout, comprennent, sentent ….et se posent de nombreuses questions.

L’écriture et le style sont plaisants, il y a toujours un peu d’action, des événements qui font avancer l’histoire de cette famille et de cette petite « invitée ».  J’ai beaucoup aimé les personnages dont certains sont très attachants.

On sent que ce texte a été rédigé après lecture d’un fonds documentaire important. Avec acuité, Isabelle Chaumard décrit les traumatismes, les actions mises en place, les « bêtises » des gosses qui veulent agir (et c’est beau…). Chacun, à son niveau, a des ressentis, des peurs, des émois et fait de son mieux.

Loin de ses écrits habituels, Isabelle Chaumard a su, d’une façon indirecte, rendre hommage à sa Maman. C’est un livre qui peut être lu avec des collégiens pour leur donner accès à l’histoire de notre pays par l’intermédiaire de mots qui leur parleront et les toucheront au cœur et à la tête.


"Le déjeuner du coroner" de Colin Cotterill (The Coroner's Lunch)


 Le déjeuner du coroner (The Coroner's Lunch)
Auteur : Colin Cotterill
Traduit de l’anglais par Valérie Malfoy
Éditions :  Albin Michel (28 Février 2007)
ISBN :  978 2 226 17941 8
390 pages

Quatrième de couverture


Laos, 1976. Les communistes du Pathet s'emparent du pouvoir et l'intelligentsia fuit le pays. Siri Paiboun, un médecin qui a fait ses études à Paris, décide de rester. À 72 ans, et bien qu'il n'ait jamais pratiqué d'autopsie, il est nommé coroner. Quand la femme d'un ponte du Parti meurt en plein banquet et que les cadavres de trois soldats vietnamiens sont retrouvés flottant sur les eaux d'un lac laotien, tous les regards se tournent vers lui. Déterminé à résoudre ces crimes en dépit des tentatives d'intimidation, Siri mène l'enquête, recrutant au passage quelques vieux amis, mais aussi les shamans hmongs, les esprits des forêts, et même ceux des morts qui le visitent en songe... Première des aventures du Dr Siri, vieux sage excentrique revenu de tout - un peu Maigret sauce saté, un peu juge Ti -, Le Déjeuner du coroner comblera les fans d'Alexandre McCall Smith et tous les amateurs de polars originaux, brillants et pleins d'humour.

Quelques mots sur l’auteur

Colin Cotterill a enseigné en Australie, aux États-Unis et au Japon. Il a vécu en Thaïlande et au Laos, et a travaillé au sein d’ONG pour la réinsertion d’enfants-prostitués. Aujourd’hui écrivain à plein temps, il vit à Chiang Mai, en Thaïlande. Il a remporté le Prix SNCF du polar européen en 2006 pour son roman Le Déjeuner du coroner.

Mon avis

Le Laos en 1976 ? À découvrir ….

Le Laos en 1976, un docteur,  Siri Paiboun, de soixante-douze ans qui vient d’être nommé coroner (le seul du pays), sans doute une mise au placard. Bien entendu, lui, il n’avait rien demandé ! Il va malgré tout s’acquitter de sa tâche avec l’aide de deux adjoints atypiques : une pimpante infirmière ambitieuse (malgré ses lectures de magazines « people ») et un jeune trisomique doté d’une mémoire époustouflante et capable de remarques pointues.  Il  travaille dans des conditions sommaires, muni d’un appareil photos qu’il doit parfois prêter et les rapports qu’il écrit dérangent de temps à autre alors ils disparaissent pfuuii !!!

C’est un homme inhabituel, à la morgue (sans jeu de mots) discrète et délicate. On pourrait associer son attitude au fait qu’il n’a plus rien à perdre.  Il a choisi de rester au pays mais il reconnaît volontiers qu’il n’est ni un bon communiste ni un bon bouddhiste. Il est l’aîné de ses collègues ou supérieurs alors il ne s’en laisse pas compter. Une rencontre entre un jeune présomptueux qui veut l’envoyer (afin de l’éloigner car il est en passe de mettre au jour des choses qui dérangent)  là où il ne veut pas aller dans l’immédiat est un pur régal de verve. De plus le comique de situation de cette scène est jubilatoire. Il y a également des passages un peu saugrenus où Siri Paiboun côtoie des personnes mortes qui lui « parlent » pour l’aider à avancer dans ses recherches ou d’autres où il vit des instants un peu « hors du temps » avec une communauté un peu portée sur les esprits. Ne prenez pas peur, c’est juste dosé comme il le faut pour apporter une touche de fantaisie à l’ensemble. Il y a les gens du parti, un tantinet figés dans leurs idées et leurs postures et de l’autre côté Siri et ses proches, fantaisistes, indépendants, curieux de tout, allant plus loin que le paraître …

Je ne sais pas comment l’auteur a eu l’idée de ce héros « décalé », surprenant et surtout de quelle façon il s’y est pris pour situer son récit dans le Laos de 1976, même si sa biographie dit qu’il a vécu sur place (vivre dans un lieu, ce n’est pas forcément connaître les rouages et les relations des personnes du cru). En tout cas, c’est réussi même si je ne suis pas allée là-bas en 1976 et donc incapable de comparer réalité et fiction.

L’écriture est fine, truculente à souhaits. Les situations décrites avec précision et une pointe d’humour lorsqu’il en faut.
« Il me semble, camarade. Mais je crois que si le prolétariat doit me baiser les pieds, je peux au moins lui présenter quelques orteils….. »
On découvre des lieux et des individus dans un contexte sans téléphone, sans internet, avec une bicyclette ou une moto poussives,  des salles de bain communes mais où demeure  un profond respect entre les hommes (sauf lorsque les magistraux veulent s’en mêler et manipuler notre médecin rebelle). L’intrigue est un mélange de ramifications politiques (et des réflexions qui vont avec) et de vie quotidienne avec des petits côtés surnaturels glissés ça et là pour une touche supplémentaire d’exotisme (je plaisante).
J’ai eu beaucoup de plaisir avec cette lecture au héros sortant de l’ordinaire, au style agrémenté d’une malice délicieuse. Je retrouverai volontiers la suite des aventures du Docteur Siri.


"Sable noir" de Cristina Cassar Scalia (Sabbia nera)

 

Sable noir (Sabbia nera)
Auteur : Cristina Cassar Scalia
Traduit de l’italien par Laura Brignon
Éditions : L’Archipel (14 Mars 2024)
ISBN : 978-2809847383
380 pages

Quatrième de couverture

Le corps momifié d'une femme est retrouvé dans une villa sur les pentes de l'Etna, alors que le volcan répand une pluie de cendres noires sur toute la région. L'enquête est confiée à la commissaire Vanina Guarrasi qui, après trois années passées à Milan, est revenue dans sa Sicile natale diriger la brigade criminelle de Catane. Depuis un demi-siècle, la villa est quasiment à l'abandon, et découvrir l'identité de la victime – avant celle de l'assassin – va se révéler délicat.

Mon avis

Catane, une ville de Sicile. C’est l’été, il fait chaud, et l’Etna envoie de la cendre noire de partout. Les voitures en sont couvertes. La commissaire Giovanna Guarrasi, dite Vanina, a quitté Milan (on découvrira pourquoi) et est revenue dans ce coin où elle est née. Elle y dirige la brigade criminelle. Solitaire, elle vit dans le bourg de Santo Stefano, aime les vieux films italiens qu’elle regarde chez elle, se nourrit assez mal (malgré les efforts d’une gentille voisine), et semble hantée de temps à autre par des souvenirs douloureux. Elle a de bons adjoints, plutôt efficaces et s’il faut se mettre au boulot, tous sont prêts.

Alors qu’elle se prépare pour une soirée cinéma à la maison, Spanò, son collègue efficace, l’appelle. Un corps momifié a été trouvé dans le monte-charge inutilisé d’une villa. Qui ? Pourquoi ? Que s’est-il passé ? L’enquête promet d’être difficile car les faits datent forcément. Les recherches d’indices, d’ADN, ou autres, semblent déjà compromises. La demeure est en partie occupée par le neveu de la propriétaire mais pas du côté où a été retrouvée la morte (car il s’agit d’une femme). Les vêtements conservés correctement montrent qu’elle avait un certain niveau social. Le passe-plat fermant de l’extérieur, elle a dû être coincée là-dedans mais pourquoi n’a-t-elle pas appelé à l’aide ? Était-elle décédée avant d’être installée dans ce lieu ?

Le médecin légiste, les anciens du village, dont le commissaire retraité Patanè, quelques amis sûrs, vont apporter un peu d’aide, ou à défaut un autre éclairage sur cette situation pour le moins bizarre et surprenante. Vanina aura bien besoin de tout ce monde pour comprendre ce qu’il s’est passé.

Les investigations entraînent les policiers dans le passé. Vanina peut interroger quelques témoins de cette époque qui ont probablement connu la femme. Mais elle sent très vite qu’il y a rétention d’informations, qu’on ne lui dit pas tout. Il faudra ruser pour faire parler ces personnes, observer de vieux objets ou documents, recouper ce que lui souffle son instinct et ce qui est tangible.

Impliquant des habitants d’hier et d’aujourd’hui, ce récit est très intéressant. Il est situé en Sicile et les explications des mœurs, des habitudes, sont précises et amusantes…..

« Elle était arrivée en Sicile un peu plus d’un an auparavant. Elle s’était habituée à beaucoup de choses : les horaires flottants, les services inexistants ; elle avait appris à sortir avec des lunettes de soleil en plein hiver, […] »

De plus, comme Vanina mange souvent, les plats locaux sont souvent évoqués (on aurait presque pu nous mettre la liste et les recettes à la fin. C’est dire si on est dans l’atmosphère de cette histoire. Tout y est, l’Etna qui rejette le sable noir, la chaleur, le soleil éblouissant, les habitants taiseux, parfois pas très honnêtes, arrangeant la vérité à leur façon…ajouter à ça une commissaire attachante dans ses forces et sa fragilité, des personnages hauts en couleur, et vous avez une intrigue qui se tient.

L’écriture est plaisante (merci à la traductrice), les chapitres s’enchaînent et les rebondissements permettent de maintenir l’intérêt. Je pense que le « décor » est un atout pour « pimenter » la lecture. Cela m’a bien maintenu dans le contexte, c’est mieux car on s’imprègne plus du texte quand on « visualise » tout ce qui est décrit (et puis pour les spécialités culinaires, avoir uniquement la description, c’est pratique, on ne grossit pas ;- )

Un nouvel auteur à suivre !