"Pas de fumée sans feu" de M.J. Arlidge (Into the Fire)

 

Pas de fumée sans feu (Into the Fire)
Auteur : M. J. Arlidge 
Traduit de l’anglais (Royaume-Uni) par Séverine Quelet
Éditions : Les Escales (5 Février 2026)
ISBN :  978-2386980121
440 pages

Quatrième de couverture

Helen Grace n'a aucun doute. Quitter la police était la bonne décision à prendre. Jusqu'au jour où elle assiste à l'agression d'une jeune femme. N'écoutant que son courage, elle intervient, sans parvenir à sauver la victime, enlevée sous ses yeux.
Déterminée à retrouver la jeune femme, Helen se tourne vers ses anciens collègues. En vain. Seule, elle se lance alors dans l'enquête et, bien vite, remonte la piste d'autres femmes en danger...

Mon avis

Quel plaisir de retrouver Helen Grace ! Elle a quitté la police alors qu’elle réussissait plutôt bien dans tout ce qu’on lui confiait. Mais elle n’était pas d’accord avec la façon de fonctionner de ses supérieurs et comme c’est une femme entière, elle a préféré partit.

Elle profite de la vie et commence, elle qui est toujours sur la défensive, à se lâcher avec son nouvel amant. Serait-elle en train de tomber amoureuse ? On la sent plus humaine, presque vulnérable au début de ce roman. Est-ce que le fait d’avoir quitté son boulot lui offre un peu de liberté, de souplesse ? La pression est sans doute moins présente également. Elle parait plus sereine, plus détendue, moins prête à « bondir ».

Pourtant, lorsqu’elle voit une jeune femme poursuivie par deux hommes, elle ne réfléchit pas, elle fonce. Elle est aguerrie aux sports de combat, mais malgré tout, elle finit au sol et réalise qu’elle n’a rien pu faire pour aider celle qu’elle a vue en danger. Elle n’a pas d’éléments, elle ne sait rien mais elle a vu la souffrance dans les yeux de la victime et elle ne peut pas laisser les choses en l’état. Elle n’a plus les moyens d’investigation du métier qu’elle a abandonné mais tant pis, elle mènera l’enquête seule. Le problème, si elle découvre quelque chose, qui acceptera de la croire ? Encore plus parce que parfois, elle se fie à son instinct, ses intuitions et ce n’est pas vraiment rationnel.

Elle veut connaître la vérité et elle s’attaque, sans le savoir à des grosses pointures. Où tout cela va-t-il l’entraîner ? Lorsqu’elle réalise que la situation est grave, elle essaie d’alerter les autorités mais personne ne l’écoute. Alors, elle cherche des informations quels que soient les risques encourus.

En parallèle, on suit une journaliste, autre personnage récurrent de l’auteur, qui n’a pas toujours été tendre avec Helen. C’est aussi une tête brûlée mais dans un autre genre.

Ce sont deux femmes solides et volontaires !

C’est un récit avec du rythme, des chapitres courts passant d’un personnage à un autre. C’est prenant, totalement addictif. M. J. Arlidge aborde des thèmes graves, entre autres tout ce qui concerne l’immigration, le rêve d’un autre possible, d’une meilleure vie, et les déceptions lorsque ce n’est pas réalisable pour diverses raisons. Il montre comment certains individus mauvais profitent de la vulnérabilité de ceux qui ont tout quitté parce qu’ils ne pouvaient plus vivre dans leur pays. C’est très émouvant.

C’est un des meilleurs livres de cette série. C’est sombre, noir, malheureusement réaliste par certains côtés.

L’écriture (merci à la traductrice) est fluide, rapide, sans temps mort car il y a des rebondissements, de l’action, des conflits. C’est vivant, intéressant et une fois dedans, on y est à fond ! Le suspense est omniprésent !

J’ai vraiment apprécié cette lecture et tout ce qu’a fait Helen. Elle n’est pas toujours facile à vivre, elle a du caractère (peut-être un peu trop) mais ses déductions sont fines et elle cerne assez vite les gens, ce qui lui permet de prendre, quelques fois, un peu de recul et de moins se précipiter.

J’espère qu’il y aura une suite !


"La maison aux neuf serrures" de Philip Gray (The House with Nine Locks)

 

La maison aux neuf serrures (The House with Nine Locks)
Auteur : Philip Gray
Traduit de l’anglais par Élodie Leplat
Éditions : Sonatine (18 Septembre 2025)
ISBN : 978-2383992158
484 pages

Quatrième de couverture

Bruxelles, février 1952. Un incendie se déclare dans un entrepôt. On y retrouve le corps d'un veilleur de nuit. Simple accident ? Envoyé sur les lieux, le commandant De Smet semble en douter.
Gand, avril 1957. Après une enfance marquée par la maladie, la jeune Adélaïs De Wolf reçoit de son oncle un curieux héritage : une maison dont elle ignorait l'existence. Celle-ci possède neuf serrures et Adélaïs découvre bientôt à sa grande stupéfaction la raison d'une telle protection. Alors que son existence prend un tour totalement inattendu, elle va devoir faire face aux investigations du commandant De Smet, un homme qui ne lâche rien, jamais.

Mon avis

Ce récit s’articule sur plusieurs temporalités, dans les années cinquante en Belgique.
On suit Adélaïs, petite fille qui vit dans une famille qui se délite. Le père perd pied et n’assume plus son travail d’horloger correctement, la mère ne sait pas trop où elle en est et l’oncle fait quelques apparitions surprenantes. Ce dernier a beaucoup d’affection pour sa nièce et il espère de grandes choses pour elle. Il voudrait qu’elle ait confiance en elle. Elle essaie d’avoir des amis, aimerait étudier mais l’argent manque souvent pour ne pas dire toujours…. Alors elle se construit autrement …

D’un autre côté, on découvre le commandant De Smet qui mène une enquête délicate. C’est un homme opiniâtre qui ne lâche jamais rien. Comme il ne résout pas son affaire, elle reste présente en lui, l’obsède. Ses collègues voudraient qu’il passe à autre chose mais il y revient tout le temps. C’est presque une obsession. C’est vital pour lui de réussir.

Et la maison ? C’est écrit dans le résumé de l’éditeur. Adélaïs la reçoit en héritage de son tonton, celui qui rêve d’une grande et belle destinée pour elle… Est-ce que cette donation va changer sa vie ? Et si oui, pourquoi ?

Après avoir lu « Comme si nous étions des fantômes » du même auteur, je ne m’attendais pas à un roman de ce style. De nombreux thèmes sont abordés, l’amour et l’amitié sous toutes leurs formes, la quête de l’indépendance et de la liberté, le remords, le mensonge, la trahison, la jalousie, la puissance de l’argent, le regard des autres, etc.

L’histoire est remarquablement bien pensée, tout s’emboîte et lorsqu’on arrive à la fin, on comprend les indices qui ont été semés au fil des pages. Les personnages sont intéressants, j’ai apprécié de suivre leur évolution. Adélaïs est très volontaire, observatrice, attachante. Je n’ai pas toujours été d’accord avec ses choix mais je pense qu’on peut les comprendre. Les lieux évoqués sont des villes que j’ai eu plaisir à visiter. La description des différents endroits présentés instaure une belle atmosphère.
L’intrigue s’installe petit à petit et la tension monte, tout s’assemble à merveille et on va de surprise en surprise.

L’écriture (merci à la traductrice) est dense (tout a son importance), fluide et prenante. Je n’ai ressenti ni temps mort, ni longueur. Le vocabulaire choisi est judicieux et c’est là que le travail d’Elodie Leplat prend tout son sens. 

Un opus abouti, réussi et un auteur à suivre !


"Brûle-bleu" de Léna Pontgelard

 

Brûle-bleu
Auteur : Léna Pontgelard
Éditions : Christian Bourgois (5 Février 2026)
ISBN :  978-2267054897
450 pages

Quatrième de couverture

Silas vit et travaille à l'Auberge de l'Écu depuis toujours. Lui et ses semblables aident Roland, l'aubergiste, à tenir le lieu pour que les voyageurs qui passent par l'Écu y dépensent lestement leurs bourses. Chaque jour, invariablement, Silas plie les draps, passe le balai, se rend au lavoir, plume les volailles, broie les épices, et recommence. Il existe pour cela, uniquement, car c'est ainsi qu'il a été créé. Mais un matin, Silas s'interroge. Sur son corps bleu. Sur son statut de créature. Sur l'origine des choses et leurs conséquences. Il n'en tire aucune conclusion, seulement d'autres questions, encore, qui pleuvent comme les amandes sur les plats des jours de fête. À force de questions, Silas est pris de vertiges ; il ne suit plus tout à fait le déroulement normal de ses journées, arraché à sa stricte routine par un trop plein de bruits, d'odeurs, de couleurs, de sensations.

Mon avis

Léna Pontgelard est née en 1992 mais elle a vécu de nombreuses expériences. Actuellement, elle est éditrice mais son insatiable curiosité la pousse à exploiter des tas de domaines. Brûle-bleu est son deuxième roman.

Oscillant entre plusieurs styles, le récit se situe principalement à Bourg-en Bresse et aux alentours, dans une période médiévale, au quinzième siècle, avec des humains mais pas que… ce qui donne une légère note fantastique, tout en restant ancré dans un contexte historique bien développé.

D’ailleurs, le narrateur est Silas, une « créature » qui a été conçu dans un but précis. Comme ses semblables, il aide Roland, le patron de l’Auberge de l’Ecu. Tous les jours, sans réfléchir, sans se poser de questions, il accomplit avec application et sérieux, les mêmes tâches : plier les draps, balayer, se rendre au lavoir etc. Il est candide, ne sait pas tout de la vie et ne cherche même pas plus loin, ça lui convient. Il est « programmé » et n’a connu que ça.

« Questionner ne fait pas partie du déroulement normal de ma journée. »

Roland arrive à sortir de belles phrases, lui, non. Mais un jour, une première interrogation arrive, un petit quelque chose envahit son ventre, ses tripes, son esprit. Commence-t-il à avoir des sentiments, à ressentir des émotions ? Que va-t-il faire de ça ? Il ne doit pas s’affoler.

« La panique, c’est quand tu réfléchis trop et que tu n’arrives plus à rien faire. »

S’il apprend des choses nouvelles, elles ne se gravent pas en lui. Il n’est qu’une créature… Pourtant de plus en plus, ça « bouge » à l’intérieur de lui…

C’est avec une langue imagée et poétique que l’auteur nous emmène dans son univers onirique. Les métaphores sont nombreuses et représentatives. Le vocabulaire et le langage moyenâgeux nous imprègnent du contexte. Les descriptions précises apportent un décor d’époque. C’est très bien fait.

J’ai aimé la place de la musique, évoquée avec beaucoup de lyrisme.

« Je ne sais pas si c’est le pur savoir ou la liesse transformée en notes, partagée dans tous les cœurs du soir, mais je sens qu’être musicien m’épaissit. La musique m’a trouvé comme de l’argile, mais elle a travaillé, travaillé mon âme, et elle m’a formé. »

Silas évolue, découvre. Il se rend compte qu’il existe et il réalise que les autres aussi. Il commence à faire des interactions, son cœur bat et pas seulement pour vivre !

Pour apprécier cette histoire, il faut se laisser porter par l’imaginaire de Léna Potgerland, accepter l’idée de mêler des personnages historiques à un monde teinté de fantastique. Silas fait un voyage initiatique. Ce qui est étonnant, c’est que tout s’articule à merveille, ce qui démontre que l’auteur sait très bien où elle veut emmener le lecteur. Au début, pourtant, je me suis demandée où elle m’entraînait ….

Et bien dans un milieu original, bien défini, où les protagonistes font des choix parfois difficiles pour assumer ou pas ce qu’ils sont. Le texte est plein de clins d’œil, de thèmes forts pour qui s’offrira le temps d’une lecture, une part de rêves avec des étoiles dans les yeux ….


"Clifton - Tome 3 : 7 jours pour mourir" de Bob de Groot & Turk

 

7 jours pour mourir
Auteurs : Bob de Groot & Turk 
Éditions : le Lombard (1er janvier 1979)
ISBN : 978-2803603169
48 pages

Quatrième de couverture

Imaginez un ordinateur hyper perfectionné, nouvellement acquis par l'Intelligence Service, qui choisit les personnes à éliminer, fournit toutes les informations à son sujet et envoie les tueurs. Terriblement efficace ! Seulement, ce n'est qu'une machine qui n'est pas à l'abri d'une erreur de manipulation. Par la maladresse d'un technocrate, le colonel Clifton est désigné comme la prochaine victime !

Mon avis

Pauvre Clifton ! Alors qu’il est bien tranquille chez lui, en train de faire le ménage car sa gouvernante est absente, il apprend que le super ordinateur de l’Intelligence Service a fait une erreur. Sur le coup, il s’en fiche un peu. Mais quand il apprend que la gaffe de l’ordi c’est de l’avoir déclaré comme personne à abattre et que le processus est enclenché sans possibilité de le stopper, il est fou de rage. Le délai ? Sept jours, les tueurs doivent l’avoir éliminé en maximum une semaine.

Il doit fuir et surveiller ses arrières sans cesse. Le problème ? C’est que la fameuse machine sait tout donc même ses planques les plus secrètes sont connues.

Le lecteur assiste donc à une course poursuite très dynamique, sur un rythme de fou. Les événements s’enchaînent, Notre détective a de l’idée mais les malfrats qui le traquent aussi. Ils sont organisés et ne manquent ni d’audace, ni de moyens.

J’ai beaucoup aimé cet album. Il y a de nombreuses actions et toujours de l’humour. Les dessins sont bien faits, vifs et colorés et on ressent tout ce qui se passe.


"Beyrouth Paradise" de David Hury

 

Beyrouth Paradise
Auteur : David Hury
Éditions : Liana Levi (5 Février 2026)
ISBN : 979-1034911912
320 pages

Quatrième de couverture

Décembre 2024. À Maameltein, le quartier rouge au nord de Beyrouth, les néons des super night-clubs ne brillent plus comme avant. Seul le Paradise ignore la crise, avec son décor kitsch, son champagne hors de prix et ses danseuses qui escortent les clients dans l’hôtel attenant. Lorsque l’une d’entre elles, une jeune Ukrainienne, disparaît, Marwan Khalil, ancien flic reconverti en détective privé, est chargé de la retrouver. La disparition d’une prostituée étrangère n’intéresse pas grand monde, mais pour Marwan, les disparus, c’est sacré. Ça le renvoie à ses copains miliciens évaporés pendant la guerre, et à celles et ceux qui ne sont jamais ressortis des geôles syriennes. Et dans le monde de la nuit, plus encore que dans le reste du pays, le silence fait loi et tous les coups sont permis.

Mon avis

Marwan Khalil était flic. Il n’a pas toujours été droit, c’est un homme désabusé, vidé par ce qu’il a vu, vécu. Il ne croit plus à son pays et pourtant il l’aime d’une certaine façon. Pour lui, les gouvernants ne sont pas à la hauteur, beaucoup de personnes bien placées sont corrompues, rien ne va vraiment. Il a perdu son couple, sa fille est partie étudier ailleurs et leurs liens sont sporadiques. Il voudrait moins fumer, moins boire, croire en d’autres possibles mais c’est difficile.

La vie est chère, très chère au Liban, en décembre 2024 alors pour améliorer ses finances, il s’est installé comme détective privé, recherches d’adultères etc. Un jour, une femme sonne à sa porte. Elle lui demande de retrouver sa sœur, une ukrainienne qui a disparu alors qu’elle travaillait comme danseuse dans une boîte de nuit de la ville. Il décide de mener quelques investigations. Bien entendu, il est loin de s’imaginer où tout cela va l’emmener.

Il a quelques entrées dans le monde de la nuit, dues à son ancien passé de flic, mais il va vite comprendre qu’il n’obtiendra que des bribes, juste de quoi le contenter pour qu’il laisse tranquille ceux qu’il interroge. Sauf que Marwan, il ne raisonne pas comme ça, il veut comprendre, il veut réussir et puis il sait bien qu’en fait de danse, les jeunes femmes sont des prostituées qui n’ont pas le choix car ceux qui les prennent sous leur coupe les exploitent. Et ça, ça ne lui plaît pas.

Marwan est meurtri, son pays est en perdition, l’électricité est intermittente, des individus retournent leur veste pour des raisons bizarres. Il se retrouve à solliciter son ancienne jeune collègue, l’épouse de son ex coéquipier qui ne veut plus entendre parler de lui (elle lui en veut car son mari est mort), des copains … il avance difficilement, pas à pas, prend une piste, se retrouve face à un cul de sac, repart sur une autre … Beaucoup lui conseillent d’arrêter de fouiner, de prendre du recul mais il ne peut pas. La cause lui semble juste et il continue, entêté, buté, acharné, prêt à en découdre malgré l’arrivée prochaine espérée et souhaitée de sa fille pour Noël.

Les chapitres sont assez longs, denses en informations historiques réelles et détailles, très bien amenées dans le texte. La trame est solide, très documentée. Les phrases, elles, sont plutôt courtes, percutantes, comme « crachées » dans l’urgence par manque de souffle. L’auteur a vécu à Beyrouth et son récit « vit » par son écriture expressive, sensible. Il nous éclaire sur les événements de cette époque, dans ce lieu. Son regard est aiguisé, pointu, tristement réaliste.

À travers son intrigue, il nous offre le portrait douloureux d’une ville, de ses failles, des ses souffrances, des ces courts moments suspendus où tout paraît à nouveau envisageable avant de retomber dans le marasme et les déceptions.

Dans ce recueil, la place des femmes est intéressante, certaines ont décidé de lutter, dans l’ombre ou pas. Elles veulent la liberté, le droit de décider de quoi sera fait leur vie.

« À la télévision, des centaines de Syriennes manifestent visages découverts, cheveux au vent, sur l’emblématique place des Omeyyades au centre de Damas. Elles réclament la démocratie et le respect des droits des femmes. »

J’ai aimé l’approche que David Hury fait de la politique, des événements présentés, des personnages (réels ou fictifs) cités et introduits dans le texte. Tout est parfaitement équilibré

Une lecture intense, édifiante, particulièrement réussie.

NB : une carte en fin d’ouvrage, permet de situer les principaux lieux évoqués.


"Aurore" de Nicolas Leclerc

 

Aurore
Auteur : Nicolas Leclerc
Éditions : du Seuil (6 Février 2026)
ISBN : 9782021590371
446 pages

Quatrième de couverture

À la suite d’un AVC qui la laisse paralysée du côté droit, Astrid, 75 ans, n’est plus capable de vivre seule dans sa maison isolée en pleine forêt jurassienne. Elle refuse de quitter son havre de paix malgré l’insistance de sa fille Mélanie, vétérinaire rurale au bord du burn out. Elles parviennent à un compromis en embauchant Aurore, une jeune aide à domicile timide et dévouée. Mélanie est vraiment soulagée. Mais très vite quelque chose cloche sérieusement. Qui est Aurore ?

Mon avis

Veuve, Astrid vit seule, à soixante quinze ans, assez loin du village, dans sa maison. Elle sculpte sur bois et a des commandes pour des églises voisines, dans le Jura. C’est un art qu’elle maîtrise, où elle s’épanouit et qui lui plaît. Elle le dit : « Créer, ce n’est pas reproduire, c’est interpréter. »

Elle a une fille, Mélanie, vétérinaire rurale, dévouée, débordée et mère d’Ewan, grand adolescent, qu’elle élève en solo.

Le père de Mélanie est décédé alors qu’elle avait dix ans et qu’elle était avec lui. Elle porte une certaine culpabilité (même si elle n’y est pour rien), et, inconsciemment, sa mère lui en veut. Les relations entre les deux femmes sont compliquées, tendues. Elles ont du mal à montrer leurs sentiments et donnent l’impression de se détester. D’ailleurs elles se font des reproches, n’arrivent pas à dialoguer. Astrid n’a jamais su être mère, la faute à son lourd passé et aux barrières qu’elle a érigées.

Et un jour, un AVC terrasse Astrid. À l’hôpital, elle est odieuse avec tout le monde, sa fille, les soignants… Elle veut rentrer chez elle, qu’on la laisse en paix mais son autonomie n’est pas suffisante. Personne ne sait comment « la prendre », la calmer. Seule Aurore, l’aide à domicile de sa voisine de chambre qu’elle visite quotidiennement, attire ses bonnes grâces. Attentionnée, agréable, douce, elle a tout pour plaire. Elle est disponible. Elle viendra aider Astrid à La Chaumoz. Cette dernière est prête, prête à accepter fauteuil, déambulateur, soutien, tout ce qui la révolte, pourvu qu’elle rentre chez elle. Alors, c’est un bon compromis, la mère sera accompagnée chaque jour pour les tâches les plus difficiles, elle n’aura pas sa fille sur le dos et, et celle-ci, à la limite du burn out, pourra bosser. Tout le monde est satisfait !

Aurore et Astrid s’entendent bien. Fille et mère sont soulagées dans un premier temps. Et puis, Mélanie trouve que cette assistante de vie prend un peu trop ses aises, elle essaie d’en parler mais elle est remise à sa place. Qui est là pour soutenir la malade ? Ce n’est pas elle, alors qu’elle lâche un peu du lest et ne cherche pas la petite bête.

J’ai senti la tension monter au fil des pages. Mon ventre se nouait, mes poings se serraient. L’auteur décrit avec précision chaque étape du rapprochement entre les deux femmes. On ne cerne pas immédiatement quelles vont être les conséquences. Les phrases, parfois courtes, nous percutent, d’abord avec des faits d’apparence anodines, puis avec les ressentis, les questions, les doutes qui s’installent. Mais comment faire lorsque les preuves vous échappent ou peuvent être remises en cause ?

Je ne connaissais pas cet auteur et j’ai été scotchée par son roman. D’abord, il décrit très bien la vie d’un vétérinaire de campagne (il s’est beaucoup documenté et tout ce qu’il présente est crédible), ensuite il installe une atmosphère familiale réaliste quelle que soit la génération évoquée. L’évolution de l’histoire est parfaitement pensée. Il montre les failles de chaque personnage, l’impulsivité de l’un, la colère d’un autre, l’orgueil qui bloque les contacts … C’est abouti et sans temps mort.

Un roman prenant, une lecture en apnée, tout ce que j’aime chez un excellent thriller !


"Résister" de Salomé Saqué

 

Résister
Auteur : Salomé Saqué
Éditions : Payot (16 Octobre 2024)
ISBN : 978-2228937597
146 pages

Quatrième de couverture

L’extrême droite est aux portes du pouvoir. Dans les urnes comme dans les esprits, ses thèmes, son narratif et son vocabulaire s’imposent. Il est encore temps d’inverser cette tendance, à condition de comprendre les rouages de cette progression et de réagir rapidement.

Mon avis

« Matin Brun », « Indignez-vous ! », ce n’est pas la première fois que quelqu’un tire la sonnette d’alarme et écrit pour nous rappeler qu’il faut être vigilants et agir.

Nos libertés sont en péril, les médias (dont beaucoup sont sous la coupe d’un même groupe) nous informent comme ils le veulent, de ce qu’ils veulent.

« À grands coups de millions, l’idéologie réactionnaire met progressivement la main sur les médias et reprend le contrôle de son image, impose ses thèmes dans lé débat public, ce qui lui permet d’importer et de banaliser son vocabulaire. »

Beaucoup de stratégies sont mises en place pour nous endormir, en jouant sur nos peurs. Après on s’éteint, on se tait, on subit, on oublie comment c’était avant et on laisse faire. Et pourtant, on est persuadés de ne pas être manipulés.

Dans ce court essai, aux nombreuses références (toutes expliquées dans les 22 pages de notes), l’auteur, journaliste, nous fait part de ses observations face à la montée de l’extrême droite en France. Elle rappelle qu’un site d’extrême droite préconise « une balle dans la nuque » pour se débarrasser de ceux qui investiguent, dont elle.

Après plusieurs courts chapitres consacrés à ce qu’elle a constaté ou étudié, Salomé Saqué donne des pistes pour renouer le dialogue et éviter les dérives. J’ai trouvé son manifeste intéressant, bien documenté mais pas autant percutant que ce à quoi je m’attendais.

Malgré tout, elle envoie un message fort.
Ne pas laisser l’indifférence s’installer face à la violence, ne pas être aveugle, garder son libre arbitre, cela semble simple mais…. se battre demande du temps, de la volonté, de l’énergie et parfois, on pense que d’autres le font très bien pour nous. Ce ne sera jamais suffisant … à chacun de résister !


"La psy" de Freida McFadden (Never Lie)

 

La psy (Never Lie)
Auteur : Freida McFadden
Traduit de l’américain par Karine Forestier
Éditions : City édition (17 Avril 2024)
ISBN : 978-2824638874
384 pages

Quatrième de couverture

Jeunes mariés, Tricia et Ethan recherchent la maison de leurs rêves. Alors qu'ils visitent un manoir isolé ayant appartenu au docteur Adrienne Hale, une psychiatre renommée disparue sans laisser de trace quatre ans plus tôt, une violente tempête de neige les piège sur place. Et la maison n’a rien d’un cocon rassurant... Il y a ces empreintes de pas récentes sur le parquet, ces bruits à l’étage, comme si quelqu’un vivait là. Pire encore : Tricia découvre une pièce secrète qui renferme les enregistrements audios de chaque patient du docteur Hale. La jeune femme les écoute les uns après les autres, tard dans la nuit.

Mon avis

Avant de commencer mon avis, j’avais presque envie d’écrire une liste d’avantages et d’inconvénients pour ce genre de lecture.

Tricia et Ethan, un jeune couple, tant par l’âge que la date de leur mariage et de leur rencontre, cherchent la maison de leurs rêves pour s’installer. Ce jour-là, ils visitent celle du docteur Adrienne Hale, une psychiatre connue. Elle a même écrit des livres qui ont du succès. L’agente immobilière n’arrive pas, et la neige tombe … Ils ont froid, la route est coupée, pas de réseau téléphonique … La totale comme on dit ! Que faire ?

Comme ils sont vraiment en détresse, ils arrivent à entrer dans la maison et se disent qu’ils vont y passer la nuit. Elle est encore meublée et Tricia la curieuse va découvrir les archives de la psychiatre. Et bien sûr, elle va mettre son joli nez là-dedans (qui a dit : « C’est bien une femme ? »). Des bruits bizarres, des découvertes surprenantes, le temps qu’ils passent dans cette demeure est pesant, les voilà déstabilisés …. Le suspense est prenant, on est sans cesse surpris par un nouvel élément. L’auteur a une imagination débordante !

C’est le livre idéal pour un voyage, une attente un peu longue, un après-midi où on a le souhait de s’évader sans se prendre la tête et surtout sans réfléchir !

Parce que, bien entendu, si on réfléchit, même pas beaucoup, on voit les invraisemblances, l’écriture basique, les ficelles et les coïncidences trop grosses, la traduction un peu légère, notamment au niveau de la conjugaison, le manque de consistance des personnages et de l’ensemble.

Il n’en reste pas moins qu’un jour de pluie, je l’ai dévoré dans l’après-midi. Ce roman ne me laissera pas un souvenir impérissable mais il m’aura détendue quelques heures.


"Clifton - Tome 16 : Le baiser du cobra" de Bédu

 

Le baiser du cobra
Clifton 16
Auteur : Bédu
Éditions : Lombard (1er Juin 1996)
ISBN : 978-2803610938
48 pages

Quatrième de couverture

Clifton a décidé de se rendre à Paris où son neveu Oliver va fêter son anniversaire. Mais voici que l’un de ses compatriotes est victime d’un mystérieux tueur. L’enquête s’annonce routinière pour ce fin limier qu’est le Colonel. Mais les initiatives de son neveu un peu trop entreprenant et plutôt casse-pieds vont pourtant lui compliquer singulièrement la besogne !

Mon avis

Un scénario qui tient la route avec Clifton qui vient en France afin d’être présent pour l’anniversaire de son neveu. Il en profite pour mener une enquête car une connaissance lui a demandé de l’aide. Il s’agit de trafic et les sujets abordés sont d’actualité. D’autre part, les malfrats sont bien campés, avec des profils plutôt crédibles.

Il y a des rebondissements dans cette histoire et la présence du jeune neveu, un tantinet imprévisible est un plus ! J’ai ri en lisant les bulles car il y a toujours un peu d’humour so british, pince sans rire. Le gamin a un peu de culot, juste ce qu’il faut pour bousculer toutes ces personnes bien pensantes.

Pour les dessins, Bédu a un trait de crayon qui me plaît bien, un peu arrondi, et de belles couleurs ! Les scènes sont parlantes et présentent bien les différentes situations auxquelles sont confrontés les protagonistes.

Clifton s’est même lâché et a osé quelques grossièretés ! Véridique !

Un très bon album !


"Il suffit parfois d'un cri ... " de Ludovic Deblois

 

Il suffit parfois d’un cri ….
Auteur : Ludovic Deblois
Éditions : Candela (12 Janvier 2026)
ISBN : 978-2492115028
354 pages

Quatrième de couverture

Au cœur du Pantanal, Marcelo Oliveira, ornithologue et défenseur des peuples autochtones, est retrouvé assassiné à son domicile. Refusant le verdict expéditif de la justice brésilienne, Dorothy Johnson, Rapporteuse spéciale des Nations Unies, décide de se rendre sur place. Très vite, elle comprend que l’affaire dépasse de loin le meurtre d’un scientifique engagé. À des milliers de kilomètres, dans le parc d’Etosha, en Namibie, un troupeau d’éléphants adopte un comportement aussi étrange qu’inquiétant. Amaya Quintero, éthologue passionnée, cherche à en percer le mystère. Rejointe par Nassim Améziane, expert en intelligence artificielle, elle s’engage dans une course contre la montre où la science se heurte à l’inexplicable et à l’aveuglement des pouvoirs.

Mon avis

En écoutant quelques podcasts de l’auteur, on s’aperçoit vite que cet ingénieur, entrepreneur, conférencier, développe une attention particulière pour l’avenir de l’homme et de la planète qu’il habite. Il est sensible à des thématiques essentielles et ce roman nous le prouve.

Dans son dernier titre, il est question d’éthologie (La science des comportements des espèces animales dans leur milieu naturel), de dérèglement climatique, d’écologie, d’ornithologie, etc. Le texte est très documenté, dans de nombreux domaines. Je connaissais certaines références, notamment sur les barges rousses, mais je suis impressionnée par la façon dont toutes les informations apportées ont été intégrées à l’intrigue, sans jamais être rébarbatives.

Le récit se partage entre plusieurs continents où des faits sont présentés. En Amérique du Sud, un homme engagé dans des actions en lien avec les animaux et les populations autochtones, est retrouvé assassiné. L’affaire est vite classée. Mais une rapporteuse des Nations Unies décide de se rendre sur place pour éclaircir ce meurtre. Elle comprend que les découvertes de ce scientifique ne plaisaient pas. Quant à elle, elle dérange et doit être vigilante.

En Afrique, des éléphants ont un comportement surprenant, ils peuvent même devenir agressifs.

En France, le président de la république veut une vie tranquille et n’aime pas trop les conflits, chasseurs, écologistes, il a d’autres soucis en tête ! Être au pouvoir, ce n’est pas évidemment, il doit écouter, réfléchir et agir avec discernement, parfois il oublie ….
Amaya Quintero, jeune éthologue observe des dauphins, des barges à queue rousses et essaie de décrypter leurs attitudes. Elle s’aperçoit que les sons émis par les animaux, les choix de migration, sont parfois une alerte que les hommes devraient prendre au sérieux. Mais ses patrons ne croient pas à ce qu’elle envisage et elle se sent seule.

Le lecteur suit ces différents destins en parallèle, l’un des points communs étant l’éthologie, plus ou moins moquée selon les protagonistes. Certains ne prennent pas cette science au sérieux. Probablement parce que cela les oblige à se remettre en cause, à accepter les capacités des animaux et ça… tout le monde n’est pas prêt à l’entendre ! Pourtant nous avons besoin d’eux et il est nécessaire de les comprendre et de préserver toutes les espèces.

Cet ambitieux et foisonnant roman est très intéressant car il évoque des causes qui me tiennent à cœur. Une belle atmosphère poétique s’en dégage. D’autre part, l’écriture est captivante, de qualité, tant au niveau du vocabulaire que du style. Les chapitres de quelques pages, donnent du rythme en passant d’un coin à l’autre de la planète. Chacun débute par le lieu et la date, donc on ne se perd pas. Les situations évoquées sont très parlantes. Certains individus se retrouvent face à des choix importants, comme Amaya. Elle ose se démarquer, tenir tête, affirmer ces décisions.

« Elle écouta l’appel de la nature. »

J’ai apprécié que les personnages aient du caractère, que quelques un évoluent, comme Nassim qui fait un vrai travail sur lui-même ou un autre qui se remet en cause (mais je ne dis pas de qui il s’agit, pour ne pas dévoiler quoi que ce soit).  Ludovic Deblois mêle habilement enquête, romance, légère anticipation, et vraies interrogations environnementales. Je l’avais lu, dans d’autres registres, et il a su me surprendre avec ce nouvel univers.

Une belle découverte !

"Obsessions" d'Emilie Chani

 

Obsessions
Auteur : Emilie Chani
Éditions : Taurnada (15 Janvier 2026)
ISBN : 978-2372581752
256 pages

Quatrième de couverture

1995. Un corps est retrouvé, soigneusement mis en scène. Rien d'un crime ordinaire. D'autres morts suivent, toutes marquées par des détails troublants.
Pour le commandant Victor Dufresne, l'affaire devient obsessionnelle. Derrière chaque indice, il devine un fil invisible, une histoire ancienne qui remonte à la surface.
Mais à mesure qu'il approche de la vérité, il se heurte à ses propres failles…

Mon avis

Ce roman s’inscrit dans deux temporalités.

Dans les années 80 avec Nina, que l’on voit grandir dans un foyer dysfonctionnel. À l’adolescence, les problèmes continuent, elle n’a pas un quotidien calme. Elle se protège comme elle peut en se forgeant une carapace. On s’interroge sur son devenir d’adulte. Quelqu’un lui tendra-t-il la main ? Sera-t-elle aimée ? Aimera-t-elle ? Sera-t-elle heureuse ou ce passé difficile l’empêchera-t-il de s’épanouir ? Comment s’est-elle construite ? On se doute que tout cela aura laissé des traces. Sera-t-elle assez forte pour cicatriser et vivre avec ses fragilités ? Avancer sereinement ?

1995, le commandant Victor Dufresne doit mener l’enquête. Un corps a été retrouvé. Des détails indiquent que l’auteur du crime a pris le temps de mettre en scène ce qu’il a fait. Pourquoi ? Cherche-t-il à faire passer un message ? Mais si c’est le cas, qui pourrait le comprendre ? Victor cherche des éléments pouvant l’éclairer, il est totalement obsédé par cette affaire. Veuf, il a du temps, ressasse souvent son passé, c’est un homme rongé mais bosseur. Il ne lâche pas même si ses collègues ont du mal à le suivre, ne voyant pas les mêmes éléments que lui. Il est impressionnant dans sa façon de raisonner, de reprendre ce qui pour lui, s’apparente à un indice en creusant encore et encore.

Emilie Chani installe une atmosphère où tous nos sens sont sollicités. Elle place son intrigue dans des périodes avec un contexte qu’elle maîtrise parfaitement, sans fausse note. Elle a dû se documenter pour que tout soit parfaitement crédible. D’ailleurs, pourquoi a-t-elle choisi ces dates-là ? Une fois son décor bien amené, elle explore avec finesse les relations humaines. Elle montre l’influence, la manipulation, le poids du passé, les mensonges qu’on finit par assimiler à des vérités. Elle présente des personnages qui « jouent » avec les autres, parfois tirant les fils comme pour une marionnette. Une question se pose également : qu’est-ce que l’amour ? Jusqu’où peut-on aller par amour ? Et quels sont les ingrédients d’une vraie amitié ?

Une grande part du texte est dédiée à la psychologie des personnages, à leurs actes et aux raisons qui les poussent à agir. Un être devient-il méchant à cause de ce qu’il a subi ou le mal l’habitait-il déjà ? Pourquoi veut-on se venger ? En retire-t-on du bien être ? Quand s’arrêter et pourquoi ?

 Les chapitres courts et l’écriture incisive maintiennent un bon rythme. Le style est posé, assez avec des détails pertinents, offrant un aperçu très visuel (une adaptation en film serait une excellente idée). Je me suis attachée à Victor, à son mal-être. Je l’ai suivi dans ses investigations et j’ai trouvé son évolution intéressante. C’est un homme à fleur de peau, je pense que c’est pour cela qu’il comprend les gens comme lui.

L’autrice construit son histoire à la manière d’un puzzle, dont les pièces ne sont pas toutes à notre disposition dès le départ. Cela nous emmène sur des chemins de traverse ou plusieurs hypothèses sont possibles (même si on a une petite idée), elle n’oublie pas d’en retourner quelques-unes pour qu’on ait seulement la face cachée à disposition. C’est très bien fait !

Un premier titre prometteur !


Le voile des illusions de Mary Costello (A Beautiful Loan)

 

Le voile des illusions (A Beautiful Loan)
Auteur : Mary Costello
Traduit de l’anglais par Carine Chichereau
Éditions : Bourgois (22 Janvier 2026)
ISBN :  ‎ 978-2267056563
274 pages

Quatrième de couverture

En 1985 à Dublin, Anna, dix-neuf ans, tombe sous le charme de Peter, un homme plus âgé. Anna est introvertie et naïve, et l'expérience de Peter, son large cercle d'amis et sa soif d'aventure la fascinent. Le désir obsessionnel qu'elle éprouve pour lui la conduit au mariage et, finalement, à subir une trahison dévastatrice. Des années plus tard, quand Anna rencontre Karim, un Algérien au grand cœur, elle tombe amoureuse non seulement de lui, mais aussi de la religion musulmane. Les premiers temps, il lui offre un refuge et un nouvel espoir, mais peu à peu la vie d'Anna commence dangereusement à se rétrécir.

Mon avis

Anna est au mitan de sa vie et elle ressent le besoin de comprendre ce qui l’a porté, ses choix, ses peurs, ses doutes, tout ce qui l’a façonnée. C’est pour cela qu’aujourd’hui, elle écrit. Pour essayer d’expliquer pourquoi elle a agi de telle manière plutôt qu’une autre. Elle partage avec nous le chemin de sa fin d’adolescence à ses quarante-cinq ans, la construction de la femme qu’elle est maintenant.

1985. Elle est encore dans les études, presque prête à devenir institutrice et n’a que dix-neuf ans lorsqu’elle rencontre Peter, son aîné de quinze ans. Un homme mur qui l’attire irrésistiblement. Un peu repliée sur elle-même, issue d’une famille simple, cette relation lui fait découvrir un univers plus ouvert, plus « pétillant », plus libre dans le sens où elle sort, bouge et a le sentiment d’être en couple et d’avoir une place dans la société. Mais est-ce vraiment cela ? Peter, lui continue ses activités : escalade, randonnées, etc. Il peut rester plusieurs jours sans prendre de ses nouvelles. Pendant ce temps, elle est seule. Bien sûr, elle se rassure en disant qu’elle aime bien être tranquille, prendre le temps, lire… Est-il conscient de souffler le chaud et le froid, d’imposer son mode de vie ? Réalise-t-elle que le partage n’en est pas un car c’est à sens unique ? Si une question surgit dans son esprit, elle la repousse. Elle est flattée sans doute d’être accompagnée de cet homme, qui est un « monsieur ».

A-t-elle un voile devant les yeux ? Refuse-t-elle de voir, d’entendre ? Trouve-t-elle sans cesse des excuses à ce qui est lorsque ça ne lui convient pas ? Une union, c’est être deux, c’est s’accorder, c’est s’écouter, c’est décider ensemble. Bien sûr, elle est jeune, Peter est-il son mentor ? La frontière est mince entre ce qu’elle veut réellement et ce qu’elle vit. Elle ne sait plus, et à qui se confier ?

Lorsqu’on s’est trompé, est-on prêt à le reconnaître ? Anna essaie de se persuader qu’elle est heureuse mais l’est-elle ? Est-elle épanouie ? Quand trop d’interrogations, de non-dits, d’hésitations, d’acceptations, envahissent les journées, c’est qu’il y a un problème et il faut « poser les choses », dialoguer, mais si en face, la personne n’est pas « disponible » parce qu’elle considère qu’il n’y a pas de difficulté, que faire ?

Avec une écriture fine (merci à la traductrice), précise, Mary Costello nous fait pénétrer dans l’esprit d’Anna. En se mettant à sa place, elle présente ses certitudes qui vacillent, ses questions, ses prises de décision et son parcours. C’est un portrait détaillé de son quotidien, de son évolution, de sa prise de conscience … L’analyse est pointue, bien pensée, placée dans un contexte intéressant.

Le récit balaie vingt-cinq ans de sa vie. J’ai eu envie de lui dire d’ouvrir les yeux, de se secouer, de se prendre en main, d’aller voir des gens susceptibles de l’aider. Mais j’ai pensé que ce n’était pas la bonne solution. Il était nécessaire qu’elle agisse seule pour dessiller les yeux, pour grandir. Pour affirmer sa personnalité sans dépendre de qui que ce soit.

J’ai beaucoup apprécié celle lecture, le ton est juste, le style est limpide mais assez profond pour aborder ces thèmes universels que sont l’amour, la maternité, la famille, la place de la femme. C’est une belle découverte !


"Douze balles pour Marie-Thérèse" de Paul Beaupère

 

Douze balles pour Marie-Thérèse
Auteur : Paul Beaupère
Éditions : City Edition (28 Janvier 2025)
ISBN : 978-2824626314
370 pages

Quatrième de couverture

Honorable veuve, Marie-Thérèse mène une vie en apparence irréprochable. Elle joue de l’orgue à la messe du dimanche, écoute de la musique baroque et adore le Scrabble. Ce qui ne l’empêche pas de jurer comme un charretier, de fumer comme un pompier et d’apprécier une bonne partie de chasse.
Lors d’une sortie en forêt, elle est témoin d’un viol. Elle abat l’agresseur d’une balle en pleine tête avant de rentrer discrètement chez elle. Mais le commissaire Berg, qui est chargé de l’enquête, retrouve sa trace. Il lui propose alors un marché : si elle élimine douze salopards qu’il n’a pas réussi à faire condamner, il ne la dénoncera pas. Un mort par mois, pendant un an.

Mon avis

Contexte

L’Est de la France, les Vosges, un village montagnard. Les hivers y sont rudes. Les habitants du cru sont « rugueux » mais s’entraident si besoin. La nature est présente, de grandes forêts où on peut se promener avec ou sans fusil. Un endroit tranquille, au rythme paisible.

Portraits

Marie-Thérèse ou MT, veuve, âgée, indépendante, dans sa maison, fumeuse compulsive, excellente chasseuse, très précise au tir. Elle joue de l’orgue, chante avec ses copines à l’église et aime la musique baroque. Elle joue au scrabble avec un voisin, en observe un autre. Elle adapte son vocabulaire en fonction des interlocuteurs. Pas très grande, un chignon serré, roule (parfois dangereusement) avec une vieille Lada et veut mener sa vie comme elle l’entend. Délicieusement improbable, impertinente, imprévisible, impatiente.

Le commissaire Berg. Il est très très laid, il prendra sa retraite dans un an. Une carrière bien remplie. Un regret : ne pas avoir coincé tous les malfrats qui le méritaient. Un souhait : régler tout ça avant de partir en grandes vacances. Sa route croise celle de Marie-Thérèse pour une enquête.

Les voisins de la vieille dame. Deux hommes avec qui elle discute, sans toutefois tout leur dire. Ils peuvent lui donner un coup de main si elle le souhaite.

Intrigue

Notre mamie « Calamity Jane » dégomme, avec sa carabine, un violeur récidiviste. Elle était là pour un cerf mais quand elle a aperçu ce que faisait (ou plutôt ce qu’allait faire) ce type dans les bois, elle s’est occupée de lui, en bonne citoyenne (je pourrais même écrire : en bonne chrétienne qui aide son prochain car la jeune femme qui lui doit son intégrité était en mauvaise posture).
Berg comprend que vite ce qu’il s’est passé et propose un deal à MT, en échange de son silence sur le rôle qu’elle a joué dans cette mort : douze balles. Une pour chaque mois de l’année et une mission : de Janvier à Décembre, éliminer chaque fois une personne. Bien sûr, il lui garantit que ce sont des gens dangereux et mettra en place des scénarios pour qu’elle ne se fasse pas prendre.

MT n’a pas vraiment le choix mais elle décide de mener sa barque comme elle l’entend, sans suivre tous les conseils de Berg. Elle se retrouve rapidement dans des situations délicates. Elle veut tout maîtriser mais elle n’y arrive pas. Nous suivons ses aventures.

Écriture, style

Drôle, enlevé, déjanté, désopilant, le phrasé apporte le sourire en permanence. Il y a de l’action, deux affaires à suivre en parallèle, des rebondissements, de la fantaisie. C’est totalement amoral, mais tellement jubilatoire ! Des chapitres courts, sans temps mort, du suspense. Un tempo parfait qui fait que vous tournez les pages sans cesse ! Les descriptions sont très visuelles et les dialogues bien ciblés, car personne ne manie vraiment la langue de bois, surtout pas notre mémé justicière ! Les différents protagonistes sont intéressants, leurs relations sont parfois déterminantes pour la suite de l’histoire et certains ne sont pas tels qu’on les pense et c’est très bien !

Juste pour le fun : « Quelques nouvelles touches de l’antique harmonium choisirent cet instant pour quitter le monde et rejoindre violes, doucemelles et autres sacqueboutes au paradis des instruments disparus. »

Auteur

C’est son premier roman policier. D’habitude il écrit plutôt pour la jeunesse ou rédige des scénarios. Derrière un récit qui peut sembler loufoque, il livre un texte à la limite de la satire. Quel est le rôle de la justice, que faire face aux représentants de la loi corrompus, etc ? Imagination débordante mais de bon aloi !

Ressenti

J’en redemande ! Une réussite pour ceux qui apprécient la dérision, la pointe de folie, tout qui apporte un écrit un tantinet « décalé ». Je me suis régalée avec cette lecture ! Je voyais cette mamie, j’entendais ses doutes, je comprenais ses réactions. Un peu de piment dans son quotidien bien régulier, elle n’a pas résisté mais avait-elle tout mesuré ?

NB : le dernier conseil de l’éditeur, à la toute fin, a été mon ultime éclat de rire pour ce livre !


"Ceux d'à côté" de M. T. Edvardsson (Goda grannar (lättläst))

 

Ceux d'à côté (Goda grannar (lättläst))
Auteur : M. T. Edvardsson
Traduit du suédois par Rémi Cassaigne
Éditions : Sonatine (13 Janvier 2022)
ISBN : 978-2355847325
420 pages

Quatrième de couverture

À Köpinge, localité résidentielle proprette de Suède, tout le monde se connaît, et l'entraide entre voisins fait office de loi. Du moins, en apparence. Car Mike et Bianca Andersson, qui ont quitté Stockholm pour élever leurs deux enfants dans le calme de la petite ville, découvrent rapidement que leur voisinage est loin d'être aussi idyllique que prévu. Entre Jacqueline, l'ex-mannequin croqueuse d'hommes, Ola, le voisin collant au passif violent, et Åke et Gun-Britt, le couple de retraités avides de ragots, la rancoeur et les tensions ne sont jamais loin. Et le malaise monte, lentement, au sein même du couple des Andersson. Jusqu'à un accident qui va faire basculer leurs vies.

Mon avis

C’est un coin tranquille en Suède, avec des pavillons résidentiels. Certains habitent ici depuis longtemps, comme Åke et Gun-Britt, c’est d’ailleurs pour ça que chaque année, ce sont eux qui lancent la soirée des voisins. C’est important de tous bien s’entendre, de se soutenir et même de tenir propre le lotissement en passant une journée ensemble à repeindre, tailler, nettoyer.

Mike et Bianca Andersson viennent de s’installer avec leurs deux enfants. Ils ont quitté la grande ville pour être au calme. Lui, il est professeur de sport, elle est agente immobilière. Rapidement, ils font connaissance de quelques voisins, Jacqueline qui vit avec son fils, Ola qui lui est tout seul. On comprend vite que, quelques fois, les relations ne sont simples qu’en façade. Jalousies, mensonges … on épie ceux d’à côté, on interprète un geste, une parole, on médit et on transforme la vérité …

Tout pourrait aller, vaille que vaille, chacun faisant des concessions, des efforts et puis un jour, c’est l’accident et tout explose car les habitants du lotissement sont tous concernés à différents niveaux.

Le récit alterne entre avant l’accident (2015-2016) et après l’accident (2017). Trois protagonistes s’expriment, chacun en disant « je ». Il faut bien regarder l’en tête du chapitre pour savoir qui parle. Parfois, un même fait est présenté avec différents ressentis.

L’écriture est fluide (merci au traducteur). Le passage passé / présent coupe un peu le rythme mais reste intéressant car cela permet de découvrir des informations sur chaque individu. Et il y a de quoi faire ! Car, bien entendu, chacun a ses petits secrets.

L’auteur sème les doutes et le trouble en nous. On s’interroge sur différentes situations car on ne sait pas tout dès le départ.  Les rapports entre les habitants sont bien analysés et on retrouve ce qui se passe dans un microcosme où peut-être chacun cherche sa place, veut se montrer à son avantage ….

J’ai apprécié cette lecture, mais je suis un peu déçue par la fin. C’est un peu comme si je pensais « tout ça pour ça ? ».


"Méchante" de Karine Sulpice

 

Méchante
Auteur : Karine Sulpice
Éditions : Liana Levi (22 Janvier 2026)
ISBN : ‎ 979-1034911714
170 pages

Quatrième de couverture

De Violette, il ne reste pas grand-chose. Une paire de bottes en caoutchouc, la petite maison où elle vivait seule depuis la mort de son mari et un ordinateur dernier cri qui jure avec la simplicité de son intérieur. La vieille femme est morte chez elle, terrassée par un inocybe de Patouillard. Étrange tout de même, qu’elle n’ait pas su reconnaître ce champignon vénéneux alors qu’elle sillonnait la forêt depuis toujours. Bizarres aussi, ces achats en ligne de lingerie fine… Un meurtre, alors ? Les regards des enquêteurs se tournent vers Bertille, son aide à domicile, la seule personne que Violette côtoyait quotidiennement. La presse s’emballe face à l’inertie de l’accusée, qui clame mollement son innocence.

Mon avis

Violette, plus de quatre-vingts ans, vit toujours dans la maison que son mari, décédé, et elle, avaient choisie. Elle est totalement indépendante et son quotidien est sans surprise. Elle va à l’épicerie chaque semaine, le même jour, pour acheter invariablement des denrées identiques. De temps en temps, elle ramasse, en forêt, de bons cèpes pour une omelette, elle connaît bien les champignons.
Elle a une vie bien calme et régulière. C’est pour ça que l’étonnement est grand lorsqu’elle est découverte morte à son domicile et que le médecin, dépêché sur place, signale qu’elle s’est empoisonnée avec un inocybe de Patouillard, un nom infiniment drôle pour un champignon vénéneux … Que s’est-il passé ? Rien au premier abord. Elle s’est trompée, ça arrive, c’est tout.

Le gendarme Porion, plus futé que les autres, creuse tout ça et recoupe ses observations. La vieille dame avait, entre autres, acheté un ordinateur de dernière génération, commandé de la lingerie fine, ouvert une assurance vie pour son aide-ménagère, Bertille. Ah oui, elle avait une aide-ménagère., dévouée, serviable, efficace. Parce qu’il faut bien le souligner, dans ce coin du pays, on prend soin des anciens. Le conseil général avait mandaté certains de ses employés pour proposer cette prestation aux « vieux » du village. Violette, dans un premier temps, n’en voulait pas. Quelqu’un chez elle, pas question. Et puis finalement, elle s’était laissé tenter et tout avait été mis en place.

Où est le problème ? Me direz-vous. Eh bien, d’après Porion, Bertille ne semble pas nette du tout et rapidement, elle est accusée car le gendarme a repéré des incohérences. Elle se dit innocente mais ne peut donner aucune explication sur tous les faits surprenants qu’on lui signale.  On assiste alors à son procès avec des témoignages divers, les voisins, l’épicier, les experts…
Lorsque chacun s’exprime, devant la présidente du tribunal, les propos, la posture, le vocabulaire, tout est adapté et en phase ave le personnage qui parle. L’auteur a vraiment réussi à présenter des individus crédibles dans l’entourage de cette mamie. Ce qu’ils disent n’est que la vérité. Mais quelle vérité ?

Cette partie du récit est très bien faite. Karine Sulpice a été avocate et elle décrit avec précision le minutage, l’enchaînement des prises de parole, l’attitude de chacun tant devant la barre que sur les bancs de la salle. Elle n’hésite pas à égratigner ceux qui savent toujours tout mieux que tout le monde et qui ne veulent pas être contrariés. C’est réaliste, fin et très vivant (même si on parle d’une morte…)

Habilement construit (je choisis volontairement de ne pas évoquer comment), ce roman est un régal d’humour grinçant, de manipulation des situations, d’interprétation des évidences. C’est plus qu’excellent !


L’ironie est présente, juste ce qu’il faut car tout est dosé de façon subtile. J’ai vraiment apprécié l’écriture, le style, les réflexions de Violette et les pensées de la présidente. L’atmosphère, les descriptions, tout est parfait. L’auteur montre l’importance de l’opinion publique, son influence et son rôle dans les médias.

Ce livre m’a beaucoup plu. J’ai aimé le déroulé, la dérision, les protagonistes, le phrasé et le côté « Oh, ah oui quand même » qui m’a échappé à la fin !


"Morte sous X" de Guillaume Lefebvre

 

Morte sous X
Trafic d’âmes à Saint-Malo
Auteur : Guillaume Lefebvre
Éditions : Aubane (27 novembre 2025)
ISBN : 978-2487020733
236 pages

Quatrième de couverture

Léna Morel, une étudiante en mathématiques à l’avenir prometteur, voit sa vie exploser après avoir cédé à la tentation de l’argent rapide. Dès lors, les cadavres jonchent son parcours. Notamment, celui d’une jeune femme retrouvée au pied des remparts de Saint-Malo. Une morte sous X, sans identité, qui entraînera la lieutenante de police Jeanne Loric à se confronter à un milieu dont elle ignore les règles.

Mon avis

Le roman commence sur une situation effrayante : une jeune femme qui fuit, dans la nuit, à Saint Malo, seulement vêtue d’une petite robe blanche. Elle est en danger et tente d’échapper à ses poursuivants. L’atmosphère est tendue, on serre les poings, se demandant si elle va s’en sortir. On ne sait pas et c’est angoissant …

Tout de suite après, une équipe de policiers fait des relevés autour d’un corps retrouvé au pied des remparts. Ce sont des promeneurs qui ont donné l’alerte. Bien sûr, personne n’a rien vu, ni rien entendu…. Jeanne Loric, lieutenant de police, récemment sortie de l’école, fait partie des enquêteurs. Elle est bouleversée par les premières constatations et par ce qu’elle observe. Certains de ses collègues ne sont pas tendres avec elle et se moquent.

Quelque temps après, Lou, une jeune femme, se présente au poste pour signaler qu’une amie à elle a disparu et qu’elle est très inquiète. Tous ces événements sont-ils liés ? Les policiers ne savent plus où donner de la tête, d’autant plus qu’ils essaient de stopper des trafics de drogue et de coincer les commanditaires. Certains malfrats se servent des bateaux et des dockers pour des livraisons en toute discrétion.  

Les investigations s’annoncent compliquées. Avec sa sensibilité féminine, Jeanne voudrait qu’on se concentre sur la jeune femme qui ne répond pas aux messages de son amie. Mais ses coéquipiers, des hommes, des vrais (ce sont eux qui ont tendance à le croire et faire un peu les machos) veulent s’occuper d’autre chose. Cela provoque quelques tensions et rien n’est simple. Leur patron, qui souhaite être plutôt tranquille, n’apprécie pas que ce ne soit pas fluide et voudrait que tout aille plus vite.

Jeanne ne veut pas lâcher et un arrêt maladie lui donne un peu de temps libre. Ce qu’elle découvre est grave … Et difficile à gérer seule.  Elle doit réfléchir, avancer petit à petit, ne pas se mettre qui que soit à dos.

Dans ce roman, Guillaume Lefebvre aborde plusieurs thèmes : la précarité estudiantine, les trafics de drogue, le rôle des indics pour la police, les relations humaines dans un groupe de travail, les jeux de pouvoir, etc. Il s’est beaucoup renseigné sur ce qu’il évoque, il a lu des témoignages, écouté des spécialistes … Cela donne du corps à son récit, avec un aperçu de certaines situations. Comme tout se déroule à Saint-Malo, le vocabulaire maritime émaille le texte. Il a été capitaine de navire, il sait de quoi il parle et les mots sont ciblés et précis.

Les chapitres assez courts et les rebondissements maintiennent un bon rythme. Le suspense va crescendo. Je me suis attachée à Jeanne et j’avais peur pour elle. Les différentes intrigues sont menées de main de maître et l’ensemble est parfaitement équilibré.

Un très bon polar, un peu plus noir que les livres précédents du même auteur mais tout aussi prenant !


La villa aux étoffes - Tome 2 : Les filles de la villa aux étoffes d'Anne Jacobs (Die Töchter der Tuchvilla)

 

La villa aux étoffes - Tome 2 : Les filles de la villa aux étoffes (Die Töchter der Tuchvilla)
Auteur : Anne Jacobs
Traduit de l’allemand par Corinna Gepner
Éditions : Charleston (9 Novembre 2020)
ISBN : 978-2368125540
630 pages

Quatrième de couverture

Augsbourg, hiver 1916. Trois ans se sont écoulés depuis le jour où Marie a frappé pour la première fois à la porte des Melzer. Seulement trois ans... et pourtant tout a changé. Si la jeune femme est à présent l'épouse de Paul et la maîtresse des lieux, l'heure n'est plus à la fête dans la somptueuse demeure transformée en hôpital militaire. Les hommes ont rejoint le front, femmes et domestiques œuvrent jour et nuit aux côtés des blessés et Marie se consacre à la gestion de l'usine familiale, dont elle découvre avec stupeur la situation critique. Alors que s'éloigne un peu plus chaque jour l'espoir de voir Paul revenir rapidement de cette guerre terrible et que le destin de toute la famille repose sur ses seules épaules, Marie se sent vaciller.

Mon avis

Tome 2 de cette saga familiale, ce livre est plus étoffé que le premier. Les problématiques ont de la consistance, les personnages secondaires sont plus nombreux et moins « lisses » et le contexte historique, bien développé, apporte « un fond » intéressant.

Il est toujours agréable de retrouver des personnages auxquels on s’est attaché. En trois ans, beaucoup de choses ont changé. Marie arrivée comme fille de cuisine, est maintenant l’épouse, heureuse et épanouie, de Paul, le fils de la maison. Elle s’entend bien avec les deux sœurs de ce dernier et avec ses beaux-parents.

La guerre est arrivée et il faut faire face. Marie a du tempérament et elle aimerait aider son beau père dans l’entreprise familiale mais difficile pour lui d’accepter sa présence…. Son époux lui manque, la transmission du courrier est aléatoire et il est nécessaire de garder le moral. Elle est forte et c’est un beau portrait de femme !

Comme souvent avec ce genre de roman, quelques faits sont prévisibles parce que ça fait partie des éléments indispensables à un bon récit historique, romanesque et sans prise de tête.

Mais il faut reconnaître le travail de fond de l’auteur. Elle s’est documentée sur la période évoquée, les conditions de vie, de travail, les communications, tout ce qui peut donner de la crédibilité à son texte.

J’ai beaucoup aimé ce titre et je continuerai d’ici cette série d’ici un mois ou deux.

NB : Un rappel des personnages, en début d’ouvrage, serait une bonne idée.


"Quand même" d'Olivier Zarrouati

 

Quand même
Auteur : Olivier Zarrouati
Éditions : Cherche Midi (22 Janvier 2026)
ISBN : 978-2749185262
434 pages

Quatrième de couverture

Quand Jean-Dominique Dauffarges, patron charismatique d’une PME, devient tétraplégique après un accident de voiture, son épouse Blandine se retrouve propulsée à la tête de l'entreprise. Alors qu'elle tente de sauver la société familiale, elle doit faire face à une épreuve plus déchirante encore : désespéré par la tournure qu'a prise sa vie, son mari a convaincu un ami médecin de l'aider à mettre fin à ses jours. La tentative échoue, le laissant dans un état végétatif. Mais Blandine doit continuer à se battre sur tous les fronts pour préserver sa famille et son usine.

Mon avis

L’orgueil des Dauffarges

Lui, c’est JoD, le patron, celui qui a repris l’entreprise après son père, celui qui connaît tous les rouages, qui sait négocier avec le banquier, les clients, les fournisseurs, qui est présent auprès des employés mais juste ce qu’il faut sans empiéter sur le rôle de chacun. Il connaît la valeur du mot confiance. Il a tout en tête, pas forcément sur le papier, mais, de toute façon, il gère de main de maître.

Blandine, c’est son épouse, plutôt dans l’ombre de cet homme charismatique, elle est la « femme de… ». On la connaît mais elle reste à sa place, s’occupe de la maison et des enfants, deux adolescents avec les problématiques de cet âge vers le passage à l’état adulte.

Lorsque JoD perd le contrôle de sa voiture, c’est l’accident et le diagnostic direct et cruel : tétraplégique. Seule la tête fonctionne, il peut penser, parler, mais pour tout le reste, il doit être assisté même pour un banal coup de fil ! La famille explose, chacun cherche sa place.

Blandine hésite sur la marche à suivre, mais il lui paraît essentiel de maintenir la firme à flots. Est-elle légitime ? Peut-être pas. À elle de le devenir, elle n’a pas le choix, être efficace, crédible, assurer les commandes donc les emplois… Qu’on la regarde de haut ou pas, qu’on doute d’elle, qu’on l’aime ou qu’on la déteste, un seul mot d’ordre : tenir, faire face. Elle doit enregistrer les informations au plus vite, avoir une main de fer dans un gant de velours

Et son mari ? Bloqué dans ce corps qu’il ne maîtrise plus, que fait-il ? Veut-il l’aider ou pas ? La laisser se débrouiller et faire ses preuves ? L’accompagner dans ses réflexions pour sauver la boîte ? Est-il profondément révolté face à son état ? En colère contre son impuissance ? Ces deux-là peuvent-ils encore communiquer et se comprendre ? Elle à courir sur tous les fronts, et lui coincé sur un lit ? Et que dire à tous ceux qui demandent des nouvelles, de quoi sera fait l’avenir, que répondre ? Et leur amour dans tout ça ? 

Un petit bout de femme dans un monde d’hommes avec ses codes, que doit-elle faire ? Sont-ils, tous, comme des loups, à attendre qu’elle s’effondre pour récupérer la meilleure part du butin ?

Ce roman est magnifique, il nous renvoie de nombreuses questions. Il présente une famille ordinaire, qui se retrouve face à un fait terrible. Cela oblige chacun à explorer des pistes, des facettes de sa vie, mais aussi de la vie en général. Qu’est-ce que la dignité humaine ? Est-ce qu’on la perd quand on est comme JoD, dépendant pour chaque geste du quotidien ? La personne, confrontée à ça n’aura plus jamais la place qu’elle avait avant, quelle est celle qu’elle veut, peut avoir et qu’on veut, peut lui donner ? Et si JoD demande à mourir ? Quel est le cadre légal ? Les textes écrits sont interprétables …. Comment être en paix avec tout ça ?

Aucun membre de la famille ne sortira indemne de ce qui est arrivé au père, les relations seront transformées, les personnalités évolueront. Tout sera bouleversé et chacun se remettra en cause : ai-je bien fait ?

L’écriture d’Olivier Zarrouati est pour moi frappante de justesse. L’auteur a réussi à trouver le bon équilibre, il n’en fait jamais trop. Les personnages sont humains dans leur faiblesse et leur force. J’ai vécu avec eux au jour le jour, je sentais chaque interrogation, chaque angoisse, chaque peur, chaque mini victoire. Je tenais la main de Blandine, je la portais dans mes pensées, puis je revenais vers les autres … J’étais en apnée, totalement immergée dans le récit.

C’est une histoire tellement vraie, tout donne matière à réfléchir, débattre, discuter, partager ses idées, écouter celles des autres….

Coup de cœur !


"Reste l'océan" de Marie Pointurier

 

Reste l’océan
Auteur : Marie Pointurier
Éditions : Liana Levi (15 Janvier 2026)
ISBN : 979-1034911660
162 pages

Quatrième de couverture

Béa promène son regard sur l’océan. Elle, qui passe ses vacances dans les Landes depuis l’adolescence, n’a jamais osé rejoindre les surfers qui filent dans les rouleaux. Son amie lui suggère d’essayer. Essayer ? Béa pense instinctivement qu’à quarante-cinq ans, il est trop tard. La tentation est pourtant forte maintenant qu’au mitan de sa vie, les choses se sont posées : ses filles sont grandes, sa carrière stable, son mari occupé. Un irrépressible élan vital fait tomber ses hésitations. Virgile, un jeune voisin, propose de la guider. Une fois dans l’eau, face à la beauté des éléments, une brèche s’ouvre. Désormais, ces moments d’euphorie occupent tout son temps, toutes ses pensées. Béa ne se coule plus dans le rythme familial ou les contraintes professionnelles : tous ses points d’appui cèdent face à son envie de liberté.

Mon avis

Il est là, vibrant, vivant, calme ou tumultueux, imprévisible parfois, indomptable, mais beau et majestueux. Lui, c’est l’océan. On l’aime ou pas. Mais on ne peut pas l’ignorer lorsqu’on vit près de lui.

Béa, quarante-cinq ans, est mère de famille, un mari, des jumelles, un boulot prenant. Et depuis longtemps des vacances dans les Landes. Une maison où elle est bien, où elle se ressource, avant de repartir sur Paris, la grande ville, la pression, les collègues. Mais c’est comme ça depuis toujours alors pas vraiment le choix.

Et puis un jour de congés, une envie irrépressible, presque une « obligation », impossible à calmer, difficile à expliquer, les vagues l’appellent, l’attirent. Depuis quelque temps, elle les regardait ces jeunes qui surfaient, qui prenaient du plaisir, jouant des flots, mettant leur corps à l’épreuve, s’épanouissant sur chaque spot. Elle est tentée. Pour une fois elle a le souhait de s’écouter.

Elle hésite, elle sait bien ce qu’elle va entendre, les « à ton âge ? tu crois que c’est une bonne idée ? et si tu te blesses ? et puis tu n’es pas entraînée… » Dans un premier temps, c’est comme un jeu, un pari, un brin de folie, un pied de nez à tous les bien-pensants. Elle se décide : elle va prendre des cours.

Et c’est le déclic. Non seulement, elle se passionne pour ce sport, mais elle devient totalement accro. La moindre occasion est mise à profit. Elle surfe et se lie avec Virgile, le fils des voisins. Il a bien grandi, son corps s’est modelé. Elle l’écoute, le suit.

Lors du retour en ville, elle nage, elle cherche à être plus résistante pour les futures sessions de surf.  

« Ne comptaient que le bassin de natation, la projection vers l’été à venir, le besoin de s’occuper de son corps. Pas pour qu’il soit mince ni même tonique, mais pour qu’il soit fort et qu’il soit son allié quand l’océan la malmènerait. »

Au bureau, on s’interroge sur ces heures de sport entre midi et deux. À la maison, son époux et ses filles se questionnent.

C’est un point de bascule au mitan de sa vie, pas seulement une parenthèse. Elle saisit vite que revivre les bons moments de surf ne lui suffit plus. Elle est dans l’urgence de surfer encore et encore. Quand elle est sur sa planche, ses sens et ses muscles sont en alerte. Les sensations de son corps dominent, l’océan lave toutes ses pensées négatives. C'est compliqué d'expliquer une passion, de mettre des mots sur ce feu qui vous consume, qui vous dévore de l’intérieur, qui vous emmène dans un univers où vous vous sentez, enfin, à votre place. Pourquoi se justifier lorsqu’on sait que les autres auront du mal à comprendre ?

Béa assume ses choix, reprend sa vie en main. Elle s’autorise à vivre cette exaltation, à écouter son cœur, à vivre ses rêves sans se préoccuper du regard des autres, du poids de la famille et du travail sur ses épaules. Ce choix qui la rend heureuse a ses contreparties, elle sait ce qu’elle risque de perdre, est-elle prête ? Que va-t-elle faire ?

C’est avec une écriture lumineuse, poétique, sensuelle, que Marie Pointurier rédige son récit. Elle montre l’évolution de cette femme, qui se découvre « amoureuse » d’un sport qui devient un élément indispensable de son quotidien. Elle en a besoin comme de l’air qu’elle respire. Le surf, l’océan la nourrissent. Les descriptions sont très fines, immersives. Moi qui aime l’océan, « j’y étais », je le voyais, je sentais le vent, les embruns, je l’entendais gronder …

Un premier roman magnifique !


"Les lutins diaboliques" de Greg, Azara, Bob de Groot

 

Les lutins diaboliques
Auteurs : Greg (texte), Azara (dessin), Bob De Groot (scénario)
Éditions : du Lombard (6 mars 1997)
ISBN : 978-2803612451
52 pages

Quatrième de couverture

Imaginez une route traversant la lande. Roulant sur cette route, imaginez une voiture conduite par le plus "british" et le plus futé des détectives depuis Sherlock Holmes. Ce qui se passe dans cette contrée dépasse toutefois l'imagination : des gnomes malfaisants écument la région et terrorisent la population ! Seul un Clifton peut élucider ce mystère et débarrasser l'endroit de ces épouvantables petits monstres qui font des grimaces horribles et tout à fait inconvenantes !

Mon avis

L’aventure de Clifton avec les lutins diaboliques s’arrête en page 32. Il y a ensuite quatre petites histoires. Cela fait donc cinq scénarios (scenari) pour un seul album. Si le flegme britannique et l’humour pince sans rire de Clifton sont toujours présents, le développement de chaque historiette n’est pas très recherché. Cela reste assez basique.

Les vignettes m’ont semblé plus petites, le dessinateur n’étant pas le même, c’est peut-être pour ça.

Je n’ai pas autant ri que d’habitude, je suis un peu déçue même si j’ai partagé un bon moment avec ce détective amateur et sa gouvernante !


"Dix-sept" de Mikaël Alex

 

Dix-sept
Auteur : Mikaël Alex
Éditions : Jarjille (1er Mars 2010)
ISBN : 978-2918658115
12 pages

Pas de quatrième de couverture

Mon avis

Mikaël Alex est un auteur et dessinateur stéphanois qui publie également sous le nom de Pizar.

Dans cette mini bande dessinée, il présente une jeune femme sur la plage. Elle s’éloigne avec un bateau pneumatique pour bronzer tranquillement un peu loin du rivage.

Seule la couverture est en couleurs. À l’intérieur, les dessins sont en noir et blanc, les vignettes de taille inégale en fonction de l’importance de ce qu’elles représentent.

Parfois le croquis se concentre sur une partie du corps.

C’est épuré et très expressif et la chute est excellente !