"Serenissima Tosca" de Jean-Pascal Dumans

 

Serenissima Tosca
Auteur : Jean-Pascal Dumans
Éditions : les 2 encres (2 Juin 2012)
ISBN : 9782351684672
340 pages

Quatrième de couverture

Un roman d'action au cœur de Venise...

Vous prisez les énigmes policières, vous aimez Venise comme elle mérite d'être aimée, vous appréciez les personnages vrais et vivants, vous goûtez la langue et le style quand ils allient l'élégance et la simplicité ? Vous lirez d'une traite Serenissima Tosca et y prendrez un plaisir rare.

Quelques mots sur l’auteur

De formation littéraire classique puis juridique, Jean Pascal Dumans a embrassé une carrière professionnelle dans l'univers bancaire qui lui a permis, de l'Afrique Noire à l'Outre Mer français en passant par l'Hexagone ou Monaco, d'enrichir sa vision du monde et des hommes. Passionné de littérature, il se tourne enfin vers la création. Serenissima Tosca est le premier roman qu'il publie. L'auteur partage sa vie entre Paris, la Provence et l'Italie, et son temps entre l'écriture et sa famille.

Mon avis

 Ayant répondu oui aux questions posées sur la quatrième de couverture, il était grand temps de se plonger dans ce roman… Ce que j’ai fait avec plaisir, me promenant dans Venise la sérénissime, Milan et d’autres villes italiennes ainsi qu’à Arles et en Provence mais aussi sur les plages de Saint Jean de Luz et dans le pays basque, où il m’a été donné d’admirer la plastique de Tosca (l’auteur aurait pu penser aux lectrices qui vont être jalouses de cette dernière et qui vont attendre jusqu’à la dernière page la description du corps beau, musclé et bronzé d’Hubert, compagnon chanceux de cette femme merveilleuse….)

Cette parenthèse refermée ; si vous lisez le livre, vous verrez que l’auteur, sans les ouvrir (les parenthèses !) en fait de nombreuses prenant le lecteur à témoin des événements, comme il le ferait avec un vieil ami en compagnie de qui il partagerait le récit autour d’une bonne tasse de thé (pour moi, d’autres préférant peut-être un bon vin…)

« Nous manquerions d’élégance à imposer plus longuement notre présence à Hubert. La discrétion nous commande de respecter sa solitude, dans ce moment de faiblesse …. »

Venons-en à Tosca et Hubert, couple sympathique qui semble avoir trouvé le bonheur après des épisodes douloureux qui seront discrètement abordés au fil des pages sans tomber dans le déballage sentimental. On apprendra ainsi à mieux les connaître et à comprendre comment fonctionne leur couple qui, bien que très amoureux, se « cherche » parfois encore un peu.

Elle, veuve, italienne, pharmacienne, 36 ans, belle, racée, intelligente, impulsive, aimant la musique et le ciel bleu entre autres.

Lui, célibataire ayant souffert suite à une histoire d’amour pas simple à vivre, directeur et actionnaire d’une société d’assainissement des eaux, consacrant l’essentiel de son temps à son travail et quelques amourettes.

Venise, la belle est là, charmante, séduisante, magique, et nos deux comparses se rencontrent dans cet univers atypique.

Depuis vingt-sept mois, c’est l’amour fou….

Chacun a le caractère vif et prompt, l’esprit en éveil et les sens en alerte (les sous-entendus de câlins sont « contenus » mais nous font sourire …. L’homme (et la femme amoureuse ;-) n’étant pas de bois, même dans les romans ….)

Le neveu de Tosca, entend bien malgré lui, une conversation entre le proviseur de son lycée vénitien et un surveillant (qui lui a demandé de le suivre pour être puni). Les phrases qui sont parvenues à son oreille l’interpellent et il en parle à sa mère. Le lendemain, la police veut l’interroger car le « pion » a été assassiné… Face à cette kyrielle d’événements difficiles à gérer et avant que les choses n’empirent, la maman de ce jeune homme appelle la famille au secours : Tosca, mais aussi leur frère, Gian Carlo, Monsignore de Mantoue, ecclésiastique à l’évêché du même nom.

Tosca sans Hubert, ce n’est plus Tosca, donc, nos deux amoureux arrivent au plus vite et vont prendre le temps de mener une enquête discrète.

Nous les suivrons, parfois seuls, parfois en couple, parfois aidés par Stefano, dans des endroits insolites (la recherche d’Hubert dans les sous-sols de l’évêché est un pur régal….), essayant de comprendre s’il s’agit d’un trafic d’œuvres d’art ou autre, qui y est mêlé et comment tout cela s’articule…

Très vite pris dans l’ambiance de recherches, nous les accompagnerons avec bonheur dans leurs différentes destinations. Stefano, chauffeur de Gian Carlo l’évêque a plusieurs cordes à son arc et il est digne des meilleurs seconds rôles.

C’est sur un rythme trépident, avec une écriture très imagée, où le lecteur est régulièrement apostrophé, que Jean-Pascal Dumans, nous transporte. Les points d’humour et les apartés de bon aloi donnent de la légèreté au propos, permettant une lecture qui détend mais qui reste de qualité car l’intrigue est bien amenée et bien menée.

J’ai beaucoup apprécié le « ton » de cette lecture, la façon de s’exprimer de l’auteur, prenant le lecteur dans ses rets pour dire « Nous » et faisant des commentaires sur ses propres écrits…

C’est amusant, cela ne prend jamais trop de place (donc l’essentiel du récit n’est ni étouffé, ni oublié) et cela démontre (à mon sens) quelqu’un qui ne se prend pas au sérieux et qui a du plaisir à écrire …..


"Méthode 15-33" de Shannon Kirk (Method 15-33)

Méthode 15-33 (Method 15-33)
Auteur : Shannon Kirk
Traduit de l'anglais (États-Unis) par Laurent Barucq
Éditions : Denoël  (15 Février 2016)
ISBN : 9782207131640
304 pages

Quatrième de couverture

Imaginez une jeune fille de seize ans, enceinte et vulnérable, que l’on jette dans une camionnette crasseuse. Vous la croyez terrifiée?  Bien au contraire, elle n’est pas comme les autres, elle ne ressent aucune empathie. Un handicap qui va devenir une force redoutable : méthodique et calculatrice, elle met au point un plan d’évasion où rien n’est laissé au hasard.

Mon avis

Items……

Voilà un livre pour le moins surprenant avec pourtant une intrigue tout à fait ordinaire. Comme le dit la quatrième de couverture, la jeune Lisa, enceinte, a été kidnappée et elle n’a pas l’intention de se laisser faire. Tout va être calculé, minuté pour qu’elle arrive à ses fins : vivre et sauver son enfant. Va-t-elle réussir et comment ?

Une bonne partie des chapitres va être consacrée à découvrir ses raisonnements, sa façon de penser, sa logique d’adolescente qui peut se désolidariser de ses émotions pour être ainsi plus rationnelle dans ses réflexions.  J’ai vraiment, totalement, adhéré à ce concept, qui m’a emballée. Dans ces pages, c’est Lisa qui dit « je », elle analyse froidement la situation, les faits, les moyens qui sont mis à sa disposition et comment elle va les utiliser pour se libérer du carcan de ses geôliers. J’ai trouvé cette approche intéressante, fascinante. On a vraiment l’impression de pénétrer dans le cerveau de Lisa et de l’accompagner dans chacune de ses pensées. Peut-être que certains lecteurs trouveront que cette façon d’aborder les événements  empêche une quelconque empathie envers la jeune femme, mais moi, elle m’a  complètement séduite.

En parallèle, dans les autres chapitres, on suit un enquêteur : « L’agent spécial Roger Lui » qui a la charge de retrouver Dorothy, une autre jeune femme enceinte, qui a également disparu. Là, à son tour,  Liu prend la parole et dit « je ». Le fait d’alterner les deux points de vue évite toute lassitude et donne du rythme au roman. De plus, comme Lisa dissèque ce qu’elle vit avec détachement, retrouver Roger Liu met un peu de « couleurs » aux sentiments que le lecteur peut développer.  On découvre comment et pourquoi Roger a atterri dans ce service. On le suit, avec une collègue, dans chacune de leurs avancées, dans chacun de leurs progrès. C’est un homme intéressant, dont la personnalité n’est pas encore totalement décryptée et qui méritera sans doute d’être revu dans d’autres recueils si l’auteur le décide.

Vous l’aurez compris, l’individu le plus captivant de ce récit est Lisa. Non seulement par ce qu’elle est capable de mettre en place pour continuer à vivre, mais aussi pour ses rapports aux autres (on la voit également avec son amoureux, avec sa famille). Elle est atypique, hors normes mais pour mon point de vue, tout à fait « vraie ». Je veux dire par là que, même si on peut se dire qu’il y a quelques invraisemblances, que ça fait beaucoup, tout cela reste dans la réalité. Je suis persuadée que l’être humain confronté à des obstacles énormes, peut puiser en lui des ressources insoupçonnées dont il n’a même l’idée au départ. Et il ne s’agit pas uniquement de l’instinct de survie, la force de lutter est en chacun mais il faut peut-être savoir la trouver pour l’exploiter au maximum ensuite.

L’écriture de cet opus, (excellent travail de traduction) est très addictive, dès les premières pages, on a le désir de suivre le récit de Lisa, présenté sous forme d’un journal de bord. La constante évolution de son argumentation face à sa peur qu’elle domine et utilise comme une force supplémentaire est à découvrir. Bien sûr, les adversaires de Lisa ne sont vraiment pas dégourdis mais leur a-t-on demandé de penser ou plutôt d’exécuter leurs tâches sans réfléchir ? Je pense que l’opposition entre les ravisseurs qui ne raisonnent qu’en terme de profit et Lisa qui elle, cogite pour survivre  est d’autant plus importante que le but est différent. Ne recherchant pas la même chose, les hommes, qui ont fait prisonnière la jeune femme, n’ont pas à réfléchir puisque leur but est déjà atteint. C’est pour cela qu’ils baissent leur garde sans s’en rendre compte….

En conclusion, si vous avez le souhait d’une lecture qui ne se lâche plus une fois commencée, foncez ! 

 

"Alerte rouge" de James Patterson & Marshall Karp (Red Alert)


Alerte rouge (Red Alert)
Auteur : James Patterson & Marshall Karp
Traduit de l’américain par Sebastian Danchin
Éditions : Archipel (9 Janvier 2020)
ISBN : 9782809827880
360 pages

Quatrième de couverture

La haute société new-yorkaise est réunie au Pierre, l’un des plus prestigieux hôtels de la ville, pour un gala de charité. Soudain, une explosion souffle la salle. Plusieurs blessés, une victime. Acte terroriste ou vengeance personnelle ? À quelques kilomètres de là, dans les entrailles d’un hôpital désaffecté de Roosevelt Island, est retrouvé le corps d’une célèbre réalisatrice de documentaires. Étranglée. Une séance SM qui aurait mal tourné ? Deux enquêtes cousues main pour Zach Jordan et sa partenaire Kylie MacDonald, du NYPD Red, l’unité d’élite chargée de la protection des célébrités.

Mon avis

New-York, époque contemporaine. Il est de bon aloi de se faire voir dans des galas dits « de charité ». Une fondation, « Aidons les nécessiteux » écrit en gros et un repas à très chère l’assiette. Oui, mais c’est pour la bonne cause et j’y suis, vous me voyez au moins ? pensent la plupart des convives…. Quatre hommes sont à l’origine de cette « bonne œuvre ». En accord avec Madame le Maire, ils ont déboursé un dollar symbolique pour un entrepôt désaffecté. En échange, ils se chargeaient de le réhabiliter en cent-vingt-cinq logements sociaux destinés aux sans-abris. Ils ont remué ciel et terre, trouvé des financements, de généreux donateurs et ce soir-là, tous fêtent « la première pierre. Deux employés du NYPD (unité d’élite policière chargée de la protection des célébrités) veillent au grain, même si servir de nounou ne les emballent guère…. En plein discours, c’est l’explosion, la panique….et la mort….

Etonnant, une seule personne est décédée, un des quatre fondateurs. Était-il réellement la cible ou cet attentat visait l’édile de la ville ? Les deux enquêteurs n’ont pas le temps de se poser beaucoup de questions. Voilà qu’on les envoie sur les lieux d’un drôle de drame. Dans un hôpital abandonné, une femme nue a été retrouvée assassinée. Certains éléments laissent à penser que ce serait une séance sado masochiste qui aurait mal tourné…. Pas de liens apparents entre les deux affaires. Les deux acolytes Zach et Kylie vont devoir être sur tous les fronts pour faire face et surtout protéger les trois autres membres du quatuor de bienfaiteurs…..

Aubrey, la jeune femme morte, était réalisatrice de documentaires. Malgré les dénégations de sa sœur, elle n’avait rien d’une femme rangée classique. Elle recherchait des sensations violentes et provoquait des situations à risques, se mettant en danger. Alors, est-ce un jeu qui a mal tourné ou un acte volontaire d’un de ses partenaires ? Sa personnalité était ambivalente, torturée, que cachait-elle ? Son psychiatre est prêt à aider la police, ce ne sera pas de trop. Tous les soutiens seront les bienvenus, même ceux de malfrats ou d’indicateurs pour l’affaire de la bombe ….

Sacré boulot pour les deux acolytes, pas facile du tout lorsqu’on sait que ces deux-là ont été amants et qu’ils passent de très nombreuses heures (autant le jour que la nuit) ensemble pour le travail….. Leurs conjoints respectifs doivent se montrer compréhensifs et accommodants et cet état de faits pimente un peu plus l’intrigue. Fonctionnant parfois à l’instinct, à d’autres moments en réfléchissant plus, ils forment un duo détonant, amusant également lorsqu’ils ne savent plus très bien la limite de leur relation. Chacun peut être le flic méchant ou le gentil la seconde suivante. Un regard, un geste et ils se comprennent, ce qui les rend redoutablement efficaces. Arriveront-ils à comprendre la mort d’Audrey, à empêcher d’autres mécènes d’être visés par un ou des tueurs dans l’ombre ? Et puis, d’abord, qu’ont-ils faits ces « bons » messieurs pour être sur la sellette comme ça ?

C’est sur un rythme vif, endiablé, avec une écriture fluide (merci au traducteur) que James Patterson et Marshall Karp nous entraînent dans les rues et quartiers de New-York, mais également en Thaïlande. De nombreux dialogues rendent le récit très vivant, accrocheur. L’histoire, très bien construite, est fascinante, les deux intrigues se croisent, les différents policiers doivent être fins limiers pour faire parler ceux qui se taisent et déjouer les coups tordus des autres.  James Patterson a l’art et la manière de construire des thrillers efficaces, captivants pour le lecteur et ce nouveau titre ne dément pas cette affirmation.

"Que tombe le silence" de Christophe Guillaumot


Que tombe le silence
Auteur : Christophe Guillaumot
Éditions : Liana Levi (9 Janvier 2020)
ISBN : 979-1034902163
305 pages

Quatrième de couverture
En cet été caniculaire, Renato Donatelli, dit le Kanak, s’ennuie à la section des courses et jeux. Lorsqu’il apprend que Six, son partenaire, serait impliqué dans l’exécution d’un baron de la drogue, il se lance dans une contre-enquête au grand dam de sa hiérarchie. Mais à fouiller le passé, on ressuscite de vieux démons que le gardien de la paix aurait aimé ne plus croiser. Comme une trainée de poudre, sa vie personnelle s’embrase alors que les coups montés et règlements de compte s’accumulent.

Mon avis

Un dernier silence …..

C’est le premier roman que je lis de Christophe Guillaumot et je sais déjà que je vais suivre ses écrits de près. Son écriture précise, concise, coup de poing vous met au cœur de la vie réelle, sans détour, ni faux semblant, cash et vous prenez les événements, les ressentis, en pleine face. Impossible d’y échapper. De plus les thèmes abordés le sont avec doigté, intelligence et réalisme. Avec lui, faire l’autruche c’est non. Il évoque les difficultés quotidiennes pour les jeunes en Nouvelle-Calédonie, dont certains obligés de faire la mule pour espérer des jours meilleurs afin de quitter ce pays. Ils sont cesse confrontés au chômage, à l’insécurité, aux problèmes de racisme, de culture… Il parle du mal-être des policiers et des relations « sur le fil » avec le Mirail dans la banlieue de Toulouse où se trouvent beaucoup de logements sociaux. Une cité où parfois la guerre des clans engendre l’incompréhension et la violence.

Dans ce livre, nous découvrons Renato Donatelli, dit le Kanak, un policier affecté à la section des courses et des jeux. Ce n’est pas ce qu’il préfère car lui, il aime le terrain, l’action, le mouvement mais on ne choisit pas toujours et il faut se plier aux décisions des supérieurs. Il est grand, des mains comme des battoirs qu’il n’hésite pas à utiliser. Il a tendance à agir comme il l’entend, parfois en marge du code de procédure….parce que l’administration a des lourdeurs un peu insupportables et que pour avancer il est nécessaire de se bouger. Lorsque son coéquipier est placé en garde à vue pour le meurtre d’un dealer, il sent le coup fourré, l’arnaque. Bien sûr, son collègue, dit Six, a sniffé de la blanche lorsqu’il déprimait, mais de là à tuer…. Ce qui est gênant, c’est qu’il y a quelques jours à peine, il a démissionné pour aller vivre aux Etats-Unis. Voulait-il fuir après avoir fait le ménage ? Quelle était la raison de ce grand départ ?

Ne voulant pas abandonner son ami, le Kanak va fouiner quitte à déranger, parce qu’il sait bien qu’il n’a pas le droit. Mais lui, il veut un peu d’humanité, de savoir être, de savoir vivre. On ne peut pas, on ne doit pas oublier tout ce que Six a fait de bien avant de juger et de condamner sans essayer de comprendre … Mais certains (certaine … les femmes ne sont pas toutes dans l’empathie) ne pensent qu’à appliquer le système sans discuter, et sans envisager de le changer….
J’ai énormément apprécié ce roman malgré son côté noir. Je l’ai trouvé empli de désespérance mais également de poésie. « Un jour, je ferai un souhait en regardant une étoile, Je me réveillerai là où les nuages sont loin derrière moi…. » Je crois que c’est le subtil équilibre entre ces deux émotions qui donne toute sa force à ce récit. C’est sombre, les hommes sont cassés, épuisés, leur vie est brisée mais il suffit d’une main tendue, d’une viennoiserie, d’un geste et vous vous prenez à croire à nouveau en l’homme avant, quelques fois, de retomber….. Chacun des protagonistes a des failles, une part d’ombre, nous apprenons à les connaître petit à petit et ils deviennent de plus en plus attachants pour ceux qui sont « aimables » (que l’on peut aimer)….

L’auteur est commandant de police, il connaît le quotidien des forces de l’ordre. Il sait de quoi il parle lorsque ses personnages s’expriment, se livrent, et même lorsqu’ils se taisent…. surtout lorsqu’ils se taisent et demandent le silence (Monsieur Guillaumot, vous m’avez fait pleurer sur ce coup-là…)




"Aux armes" de Boris Marme


Aux armes
Auteur : Boris Marme
Éditions : Liana Levi (9 Janvier 2020)
ISBN : 9791034902118
270 pages

Quatrième de couverture

Dans les couloirs d’un établissement scolaire américain, des bruits semblables à des tirs d’arme à feu résonnent subitement. Alerté, l’officier responsable de la surveillance, Wayne Chambers, accourt sur les lieux, mais demeure figé à proximité du bâtiment. Tétanisé, il hésite à en franchir le seuil. Quand la fusillade prend fin, il n’est pas entré dans les classes où sont étendus les corps de quatorze jeunes élèves, mais déjà réseaux sociaux et chaînes d’info s’emballent : la machine médiatique affûte ses armes.

Mon avis

Coupable ou non-coupable ?

Boris Marme est français mais il situe l’action de son roman aux Etats-Unis. Sans doute, parce que tout enfle plus vite dans ce pays de la démesure…. Avec une écriture choc, des phrases courtes, parfois sans verbe, il nous fait rentrer au cœur de l’action dès les premières pages.

Wayne Chambers est un officier de police affecté à la surveillance d’un grand établissement scolaire américain. Dans ce lycée, il lui arrive d’être appelé dans le bureau du directeur pour faire la « leçon » à des jeunes ayant fait une bêtise. Il s’acquitte de son rôle, prend sa grosse voix et les renvoie dans le droit chemin. Son quotidien est assez tranquille jusqu’au jour où…..

Nicholas, son collègue l’appelle. Des bruits de pétards viennent d’éclater dans un des bâtiments. Pétards ou tirs ? Et si c’était une fusillade ? L’alarme résonne, ne cesse pas, on entend des coups de feu ou du moins ça y ressemble fort, il faut lancer le « Code Red »….. Le code rouge d’habitude, c’est pour de faux, pour s’entraîner. Le genre d’exercices qui fait sourire les lycéens… Mais là, Wayne doit l’annoncer, le mettre en place. Il court, il dit à Nicholas de ne pas bouger, qu’il va aller voir ce qu’il se passe, il se précipite vers le bâtiment, près à rentrer et là …..

Plus rien, un blanc, le vide………… Un homme immobile, l’arme à la main, un officier inutile ? Il ne sait plus, le bruit est trop fort, le choc le paralyse…et il reste à l’extérieur, en dehors du drame qui s’est joué dans les couloirs, dans les classes ….

Au début les yeux sont rivés sur la tragédie, les morts, les blessés puis la question se pose. Qu’a fait l’officier de surveillance ? A partir de ce moment-là, les médias, les réseaux sociaux, les gens se déchaînent, Wayne peut devenir le bouc émissaire, celui qui a « failli », qui n’a pas agi comme il aurait dû. Cacher sa honte, faire face, essayer de se justifier ? Quelle que soit la position adoptée il sera lynché par la vindicte populaire et comme il se doit, ce que les personnes ne savent pas, elles l’inventeront, quitte à transformer la vérité…. Alors ? Coupable ou non coupable ? 

Habilement, l’auteur par quelques retours en arrières, nous explique comment Wayne est arrivée à ce poste, qui est sa mère, qui était son père. Boris Marme offre également des regards croisés sur cet homme. Sa mère, l’avocat qu’elle embauche, les collègues, le maire, la presse, la radio, la télé…tous s’en mêlent, s’expriment  …. On voit combien les paroles des uns et des autres peuvent inverser une tendance, modifier un jugement, un ressenti…La médiatisation des événements est un engrenage violent, dangereux, non maîtrisé…. C’est très bien présenté sans fioritures et on ressent vraiment la détresse de Wayne face à ce déferlement de brutalité.

J’ai trouvé ce recueil parfaitement maîtrisé et d’une justesse étonnante pour un premier récit. Le poids des mots est comme autant d’uppercuts que le lecteur prend en pleine face car difficile de ne pas se poser la question : « Et moi ? Qu’aurais-je fait à sa place ? »
« Il reste là de longs instants, à tenter de s’apaiser, de se délester de tout ça, mais il ne peut échapper à lui-même, cette chose s’est emparée de ses remords et les attise. »

"Le petit garçon sur le quai de la gare" de Pierre Sainte-Hélène


Le petit garçon sur le quai de la gare
Auteur : Pierre Sainte-Hélène
Éditions du Volcan (14 Novembre 2019)
ISBN : 979-1097339210
132 pages

Quatrième de couverture

Sur son quai de gare, Louis a tout d'un garçon ordinaire. Pas plus haut que trois pommes, il semble sourire au monde. Pourtant, le drame qui se joue devant ses grands yeux bleus va changer le cours de sa vie. Tiraillé entre deux mondes totalement opposés, il lui faudra grandir et apprendre très vite, trop vite, la violence du monde des adultes.

Mon avis

C’est un petit coin de pays, quelque part, sans doute dans un gros village ou une ville moyenne, où tout le monde se côtoie, s’apprécie. Il y a la gare, un peu le cœur de la bourgade avec le café restaurant tenu par Marie qui l’a repris après ses parents. François, c’est le chef de gare, celui qui régule tout ça avec son sifflet et son couvre-chef. Il travaille avec Mathilde qui fait les annonces vocales et demande aux voyageurs de se tenir éloignés de la bordure des quais selon la formule consacrée. La vie est paisible, chacun fait de son mieux pour que tout aille bien. Et puis un soir, à l’heure de la fermeture, ce n’est pas une valise abandonnée que François trouve mais …. un bébé.

Que faire ? Le laisser aux services sociaux, le recueillir, le confier à quelqu’un ? C’est finalement une femme (je ne dis pas laquelle volontairement) qui deviendra Maman de ce petit bout d’homme (car oui, il s’agit d’un garçon). Elle a de l’amour à donner, il a besoin d’en recevoir pour grandir. C’est comme si ces deux-là s’étaient donné rendez-vous, choisis pour la vie….

Pour la vie ? Ça c’est moins sûr… Des fois que « sa mère » revienne, qu’elle veuille le reprendre, qu’elle explique que c’est son enfant, son droit de le récupérer…. Les adultes, parfois, oublient qu’ils ont été petits, ne pensent qu’à ce qui les intéresse. Ils oublient de se pencher vers les plus jeunes.

Vous dites :
" C'est fatigant de fréquenter les enfants. "
Vous avez raison.
Vous ajoutez :
" Parce qu'il faut se mettre à leur niveau,
se baisser, s'incliner, se courber, se faire petit. "
Là, vous avez tort.
Ce n'est pas cela qui fatigue le plus.
C'est plutôt le fait d'être obligé de s'élever
jusqu'à la hauteur de leurs sentiments.
De s'étirer, de s'allonger, de se hisser
sur la pointe des pieds.
Pour ne pas les blesser.

Janusz Korczak
"Quand je reviendrai petit"

C’est l’histoire de ce petit garçon que nous conte Pierre Sainte-Hélène avec une écriture délicate, empreinte de tendresse pour ses personnages. Il nous prend par le cœur, et nous tenons fermement la main du garçonnet, de peur que son univers devienne poussière. Les événements le font grandir trop vite, difficile de le préserver….

C’est un livre court mais tellement rempli d’amour qu’il ne peut que rejaillir sur le lecteur. Je l’ai trouvé sublime tant dans les mots que le contenu. Je ne sais pas qui se cache derrière le pseudonyme de l’auteur mais je suis sûre d’une chose, c’est un homme bon.

"Fils du passé" de Blanca Miosi (Hijo del Pasado)


Fils du passé (Hijo del Pasado)
Auteur : Blanca Miosi
Traduit de l’espagnol par Maud Hillard
Éditions : Independently published (21 novembre 2019)
ISBN : 978-1710246056
400 pages

Quatrième de couverture

John Hamilton décide de déshériter Howard, son fils unique. Vingt-cinq ans plus tard, le cambriolage d’une banque déclenche une série d’événements qui vont révéler ce qui se cache derrière chacun des trois personnages principaux : Daniel Kozlowski, un Juif polonais, Viveka, sa jeune épouse, Francis Hamilton, fils de Howard, le déshérité, spécialisé en restauration d’œuvres d’art.


Mon avis

Dans ce roman habilement construit, richement documenté, Blanca Miosi nous entraîne dans plusieurs lieux à différentes époques (De 1943 à 2005). Les retours en arrière éclairent la personnalité des protagonistes, surtout Daniel Kozlowski dont le caractère, la vie, les ressentis sont très développés.  Cet homme est un juif polonais que l’on apprend à connaître jeune garçon de dix ans, en 1943, dans le ghetto de Varsovie. Il se bat pour survivre, pour réussir et finira médecin aux Etats-Unis après de nombreuses péripéties.

En 2005, époque où se déroule l’essentiel de l’intrigue, il est installé avec sa seconde et jeune épouse dans une demeure, appelée « maison Hamilton » du nom du propriétaire décédé. Il l’a obtenue en usufruit pour une vingtaine d’années parce qu’il n’y a pas d’héritier. Il doit l’entretenir et en prendre soin pour pouvoir l’habiter. Le couple a une vie bien réglée et est heureux jusqu’à ce que….

Francis Hamilton, petit-fils de l’ancien habitant débarque chez eux. Il leur explique que son grand-père avait déshérité son Papa et que cette villa représente quelque chose pour lui. Daniel et Viveka l’accueillent pour quelques jours. Quelles sont les intentions de cet homme ? Pourquoi veut-il rencontre le banquier que sa famille fréquentait ? Pourquoi reste-t-il dans la maison ? Que cherche-t-il ? Quel est le but réel de sa visite ? Il parle d’une fortune cachée dans le logement. Est-ce vrai ? Les locataires ont-ils découvert quelque chose ? Qui est sincère, qui ne l’est pas ?

Avec doigté, l’auteur nous emmène dans les méandres du passé des personnes évoquées dans ce recueil. Personne n’est vraiment parfait, l’opportunisme guide les pas de certains, d’autres veulent réussir quel que soit le prix à payer, d’autres enfin ne sont habités que par le besoin de rendre les gens heureux autour d’eux (Xia en est un parfait exemple).

Francis Hamilton va se révéler très intéressant, c’est un homme honnête et il est tiraillé entre tout ce qu’on lui propose. Il est devenu avocat parce que c’est ce que voulait son père mais sa vie, c’est l’art et la restauration des tableaux. Il connaît bien l’œuvre de Léonard de Vinci et cela lui sera utile. Il tisse un lien particulier avec Daniel et il est fascinant de voir comment leur relation évolue. Daniel, lui, est quelqu’un qui a souffert mais qui n’a jamais renoncé. Il semble placide mais il réfléchit, analyse et fait face.

J’ai vraiment beaucoup apprécié ce récit. Le contexte est instructif, mêlant fais réels et imaginaires et apportant des informations sur un événement véridique. L’écriture est fluide, le style très vivant, la traduction excellente et le vocabulaire de qualité. Malgré les nombreuses époques, on ne se perd pas car la date est, si besoin, indiquée en titre de chapitre. En outre, il n’y a pas pléthore de personnages et les situations de chacun sont très claires. Ce qui est également captivant c’est que l’intérêt ne faiblit pas. La vie de chacun se découvre par petites touches et les révélations progressives maintiennent l’attention du lecteur. Blanca Miosi est une conteuse hors pairs et je ne me lasse pas de la lire. Je comprends que Maud Hillard, sa fidèle traductrice prenne du plaisir à découvrir ses textes et à nous les faire partager.