"Chère Mamie au pays du confinement" de Virginie Grimaldi

 

Chère Mamie au pays du confinement
Auteur : Virginie Grimaldi
Éditions : Le Livre de Poche ; 1ère édition (28 octobre 2020)
ISBN : 978-2253078685
230 pages

Quatrième de couverture

Chère mamie,

J’espère que tu vas bien et que papy aussi.

Pendant 55 jours, pour se protéger du Covid-19, nous avons dû rester confinés chez nous. J’avais besoin de conjurer l’angoisse, alors chaque jour je t’ai écrit. La vie se chargeait de me fournir l’inspiration, et je ne manquais pas de grossir le trait, pour te distraire, pour me distraire. Aujourd’hui, je vais partager ces lettres avec tout le monde.  C’est très émouvant de penser que l’on a tous vécu la même chose au même moment.

Gros bisous à toi et à papy,

Ginie

Mon avis

Rythmé par les jours qui défilent plus ou moins lentement (confinement oblige), illustré avec humour, on retrouve ici l’écriture facétieuse de l’auteur. Librement inspirés de sa vie et de ce que devaient lui transmettre ses amis ou relations, les textes sont amusants et n’ont d’autre but que de faire sourire. Je comprends qu’elle ait été très suivie sur les réseaux sociaux tant les gens avaient besoin de se changer les idées pendant cette sinistrose…puisqu’elle publiait ses écrits chaque jour.

 C’est vraiment très ancré dans ce qu’a été notre quotidien pendant cette période où il fallait rester chez soi. Qui ne rêvait pas de retrouver son esthéticienne ou son coiffeur ? Qui n’a pas pensé : je ne supporte plus mes enfants et leurs devoirs, comment font les enseignants ? Ressenti : jour 30 alors qu’on en était qu’au cinquième ?

Un petit livre sans prétention, amusant et surtout dont les bénéfices sont reversés à la Fondation Hôpitaux de Paris-Hôpitaux de France, une façon sympathique de partager, de dire merci et de soutenir le personnel soignant dont on a bien besoin en ces temps difficiles.


"Noir d'Espagne" de Philippe Huet

 

Noir d’Espagne
Auteur : Philippe Huet
Éditions : Payot & Rivages (2 Juin 2021)
ISBN : 978-2743653040
353 pages

Quatrième de couverture

Le Havre constitue la principale escale des navires qui ravitaillent en armes la République espagnole. Parmi les dockers locaux, Marcel Bailleul, qui ne dort plus depuis l’assassinat de son père Victor. Après avoir finalement découvert que le meurtrier a passé la frontière et rejoint les rangs de l’armée franquiste, Marcel cherche à s’enrôler dans les brigades internationales. Pour retrouver cet homme et venger son père. Par ailleurs, le journaliste Louis-Albert Fournier, envoyé spécial du Populaire en Espagne, se voit le destin d’un Hemingway. Mais pour l’un comme pour l’autre, quand les bombes pleuvent et que le sang coule, assouvir une vengeance ou des rêves de gloire semble bien dérisoire…

Mon avis

Philippe Huet a été journaliste à Paris Normandie, il connaît donc très bien la ville du Havre. C’est d’ailleurs là que commence son récit. Nous sommes en 1936 et le Front Populaire commence à s’essouffler, Léon Blum souhaite une pause. Plus bas, de l’autre côté de la frontière, en Espagne, le pays sombre dans le chaos et la guerre civile après le putsch de Franco.

Marcel Bailleul est docker, son père a été assassiné et il traîne en lui une soif de vengeance qui l’empoisonne. Ça le ronge tellement que son couple en pâtit. Il n’a plus d’énergie jusqu’au jour où il découvre en plus du nom du tueur, que celui-ci vient de s’engager auprès des franquistes. Et si lui aussi partait pour l’Espagne, se battre et traquer cet homme afin de le faire disparaître ? Il s’en va et se lie avec les Brigades internationales, bien décidé à faire le nécessaire pour que son esprit soit en paix. Il est rapidement pris en charge et découvre des hommes à l’affût. On lui demande d’espionner les uns ou les autres, de rendre des comptes à ceux qui se placent ici ou là en « patron ». Il n’est pas forcément à l’aise pour évoluer dans ce milieu.

En parallèle, on découvre une famille bourgeoise, les Hottenberg. Un père, le patriarche, vieillissant, continue de mener sa famille où il l’a décidé, l’air de rien. Sa dernière idée ? Racheter le journal le « Havre-Éclair ». Ce n’est pas vraiment du goût de ses deux filles mais bon, c’est ainsi. Les deux sœurs ont des vies personnelles bien difficiles, l’une est veuve, l’autre a un mari gravement handicapé. Mais elles ne se laissent pas abattre ! D’ailleurs, Hortense a pour amant un journaliste, Louis-Albert Fournier. Voilà que le Populaire demande à ce dernier de partir en Espagne pour faire un reportage. Une occasion à ne pas laisser passer, il est fier d’avoir été choisi et il compte bien en revenir grandi. Il s’imagine déjà en grand reporter de guerre. Sauf que sur le terrain, c’est rarement comme on l’a pensé….

Bien documenté, enraciné dans l’Histoire, avec des personnages crédibles, ce livre se découvre avec plaisir. L’auteur analyse les différences entre les couches sociales : la classe populaire, la bourgeoisie et tous les autres n’ont pas les mêmes combats, les mêmes souhaits, les mêmes envies. Il montre comment en terre hispanique, tout est déséquilibré, chaque homme doit se méfier de son voisin. Il décrit avec un style précis les lieux, les ambiances, les protagonistes, les faits. Son écriture est acérée,
« Dans un siècle, les riches voudront toujours être plus riches, et les pauvres n’auront qu’à fermer leur gueule quand on leur dira que c’est eux qui gaspillent le pognon ! », rugueuse parfois.

Plusieurs points de vue sont offerts aux lecteurs, c’est intéressant car les ressentis des individus, pour un même fait, ne sont pas identiques. Chacun sa sensibilité, son interprétation et suivant ce qu’on souhaite, on peut être emballé ou désabusé. Chez les « combattants », l’atmosphère est particulière : solidarité mais aussi suspicion. Le danger est permanent, il faut être sur ses gardes. Dans la famille Hottenberg, la méfiance est présente également de temps à autre. De beaux portraits d’hommes et de femmes pour un roman qui mêle aspect social, politique et approche policière dans une période historique présentée avec brio (sans doute une belle recherche documentaire).

NB : j’aime beaucoup la couverture !

 


"84 Charing Cross Road" de Helene Hanff (84 Charing Cross Road)

 

84 Charing Cross Road (84 Charing Cross Road)
Auteur : Helene Hanff
Traduit de l’anglais par Marie-Anne de Kisch
Éditions : Autrement (10 octobre 2013) (1 ère édition en 1970 aux Etats-Unis)
ISBN : 978-2746700581
180 pages

Quatrième de couverture

Par un beau jour d'octobre 1949, Helene Hanff s'adresse depuis New York à la librairie Marks & Co., sise 84, Charing Cross Road à Londres. Passionnée, maniaque, un peu fauchée, extravagante, Miss Hanff réclame à Frank Doel les livres introuvables qui assouviront son insatiable soif de découvertes.

Mon avis

Je viens de relire ce recueil et le plaisir est toujours au rendez-vous.

Helene Hanff vivait à New-York. Elle était auteur de livres pour la jeunesse, elle essayait aussi d’écrire des pièces de théâtre et des synopsis de films. Passionnée de littérature anglaise, elle prend contact avec la librairie Marks & Co. de Londres, spécialisée dans la recherche de livres anciens et épuisés. Elle espère que les propriétaires de cette boutique pourront l’aider car elle ne trouve dans sa ville certains ouvrages. Un des employés lui répond et sur une vingtaine d’années (de 1949 à 1968) des courriers (et des colis) vont être échangés.

Cette correspondance devient un livre très connu, adapté au cinéma et en pièce de théâtre, remis au goût du jour par Katherine Pancol dans « Un homme à distance » et offre à Helene Hanff un succès bien tardif.

Cet échange épistolaire est intéressant sur plusieurs points. D’abord, pour les nombreuses références littéraires citées dans les courriers. Si on les transforme en liste, on a de quoi lire pour des années ! Ensuite pour le côté « historique », la différence de vie entre les deux pays, l’approche des événements et leur interprétation par les différentes personnes qui s’expriment. Puis pour la personnalité des deux principaux expéditeurs ou destinataires. Helen, assez exubérante, à l’aise, ne s’embarrassant pas de « chichis », très vite prête à la familiarité. Et de l’autre côté, les anglais, plutôt « collet monté » et plus long à se laisser aller à un ton plus léger.

Charmée une nouvelle fois par cette correspondance, je crois que je ne m’en lasserai pas si je la relis encore dans quelque temps.


"Cargèse n'oublie jamais" d'Isabelle Chaumard

 

Cargèse n’oublie jamais
Auteur : Isabelle Chaumard
Éditions : Le mot et le reste (17 Juin 2021)
ISBN :978 2361397852
230 pages

Quatrième de couverture

À quarante ans, Clio perd son premier procès et par la même occasion son poste d’avocate dans le cabinet de son ex-beau-père. Comme les mauvaises nouvelles n’arrivent jamais seules, sa mère disparaît de l’hospice où elle était internée. Pour la retrouver, elle n’a qu’une piste à suivre, celle d’un notaire de Corse-du-Sud, installé à Cargèse, qui aurait peut-être bien quelques secrets de famille, longtemps enfouis sous les mensonges, à raconter.

Mon avis

Une bien belle réussite que ce roman qui mêle avec doigté et intelligence une quête identitaire à l’histoire de la Corse et de la Grèce. Et oui, en 1676, une colonie grecque en provenance du sud du Péloponnèse s'est installée sur le littoral occidental de Corse, d'abord à Paomia, puis à Cargèse, cœur de ce récit. C’est en se basant sur des faits réels que l’auteur a tissé tout autour, son intrigue. Et c’est vraiment très bien fait. De plus, dans les dernières pages, elle éclaire le lecteur en donnant des précisions permettant de séparer le vrai du faux.

Isabelle Chaumard a, sans aucun doute, fait un formidable travail de recherches avec des supports variés : thèse de doctorat, entretiens, lectures etc. Afin de donner du corps à son intrigue, elle a décortiqué tout cela, comparé, gardé des faits importants qu’elle a ensuite intégrés à son texte. C’est bien fait et on peut penser que tout cela est crédible tant ça tient la route.

Clio est avocate. Elle a postulé dans un grand cabinet où elle a été embauchée et cerise sur le gâteau, elle y a trouvé son mari. Elle s’est associée à lui et à son beau-père qui travaille également avec eux et a des parts dans l’affaire. Elle est plutôt en réussite lorsqu’elle plaide, elle consciencieuse, appliquée et trouve toujours la faille pour remporter le procès. Mais voilà que sa vie commence à s’effilocher, elle a quitté son époux qui ne la respectait plus, sa mère est placée car elle souffre de troubles de mémoire importants…. Et une catastrophe en entraînant une autre, elle vient de perdre un procès pour la première fois. Elle compte bien redresser la barre avec le client suivant mais son beau-père ne se montre pas très agréable. Elle ne sait plus où elle en est et son désarroi s’accentue lors d’une visite à sa mère. Cette dernière tient des propos décousus et lui parle d’un notaire installé en Corse à Cargèse qu’elle doit aller voir impérativement.

Elle se rend finalement sur place et se heurte très rapidement à un mur de silence. Les Corses seraient-ils des taiseux ? Ou en savent-ils trop sur cette femme qui débarque chez eux ? Des secrets, des non-dits, des allusions, des faits troublants, elle est perdue. Mais elle ne renonce pas car elle sent qu’on lui cache quelque chose. Comment les colons grecs de 1674 peuvent-ils avoir influencé sa vie personnelle ? Qui sont tous ces gens qui semblent posséder des informations sur elle ? Clio a l’impression qu’une vérité, tue depuis des années, va lui tomber dessus.

« Le problème, avec les vérités, c’est qu’une fois énoncées, elles viennent tout chambouler. C’est irrémédiable. Pourtant, ce qu’il reste à bouleverser, là, est déjà en ruine. »

Est-on prêt à accueillir des révélations qui remettent en cause tout ce qu’on sait de son passé ? Divulguer ce qui a été tu mais à quel prix et pourquoi ?

J’ai beaucoup apprécié cette lecture. L’écriture est prenante, vivante, elle transmet une atmosphère liée à la Corse, aux lieux, aux insulaires. On lit comme si on vivait sur place. Les descriptions sont telles qu’on visualise les lieux, les paysages. De plus le contexte historique est captivant et le déroulement entre passé et présent très bien pensé. Clio est un personnage attachant et certains de ceux qu’elle rencontre, finissent par accepter de créer des liens avec elle. C’est progressif car la confiance s’installe petit à petit. Les faits évoluent sous nos yeux. En découvrant ce texte, j’ai  eu envie d’aller visiter sur place !


"Une saison au bord de l'eau" de Jenny Colgan (The Summer Seaside Kitchen)

 

Une saison au bord de l’eau (The Summer Seaside Kitchen)
Auteur : Jenny Colgan
Traduit de l'anglais par Laure Motet
Éditions : Prisma (7 Juin 2018)
ISBN : 978-2810424504
472 pages

Quatrième de couverture

La jeune Flora MacKenzie travaille à Londres dans un cabinet d'avocats. Jamais elle n'avait imaginé que son emploi la conduirait à retourner sur son île natale, au nord de l'Écosse. Une île qu'elle a brutalement quittée après la mort de sa mère, quelques années plus tôt. La jeune femme sent très vite qu'elle n'y est pas la bienvenue. La plupart des habitants du village considèrent cette " fille de la ville " comme une étrangère, et les non-dits de l'histoire familiale compliquent les relations avec son père et ses frères.

Mon avis

Après le décès de sa mère, Flora a fui l’île où elle vivait avec sa famille. Au large de l’Ecosse, ce lieu isolé où les insulaires vivent une vie simple, avec le folklore, les légendes, les croyances, ne lui convenait plus. Installée à Londres, elle travaille pour un cabinet juridique, gardant des liens, de loin, avec son père et ses frères.

Son beau et mystérieux patron, Joël, pour qui elle est transparente (à son grand regret), lui confie une mission qui l’oblige à retourner sur les lieux de son enfance et de sa jeunesse. L’occasion de faire le point, de revenir vers les siens, de parler, de partager ? Ou une épreuve difficile, voire insoutenable ?

J’ai pris du plaisir à lire cette histoire, même si j’ai trouvé le temps long une ou deux fois. Flora est une jeune femme en souffrance, attachante, et j’ai apprécié son cheminement vers la résilience. J’ai trouvé très intéressant les descriptions de lieux, de sauvetage d’animaux marins, de soirées… on se sent vraiment dans l’ambiance. La famille de Flora, où il ne reste pratiquement que des hommes bourrus, a du mal lorsqu’il s’agit de parler, de s’écouter, parce que chacun a peur du jugement de l’autre. D’ailleurs, l’île n’est pas très grande et c’est vite fait de juger quelqu’un.

Pour moi, le contexte, le « décor » ont fait beaucoup pour cette romance, ce sont des endroits comme je les aime et si je pouvais repartir demain en Ecosse, je le ferai !


"Qui gagne perd" de Donald E. Westlake (Somebody Owes Me Money)

 

Qui gagne perd (Somebody Owes Me Money)
Auteur : Donal E. Westlake
Traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Jean Esch)
Éditions : Payot & Rivages (2 Juin 2021) Première édition en 1969
ISBN : 978-2743653033
288 pages

Quatrième de couverture

Chet Conway est chauffeur de taxi. En guise de pourboire, il se fait refiler un tuyau sur un cheval gagnant. Un bon plan, sauf que lorsque Chet se présente chez le bookmaker pour collecter ses gains, le bookmaker est allongé par terre et il est tout ce qu’il y a de plus mort. Voilà Chet face à un triple problème. Comment expliquer aux flics qu’il n’y est pour rien ?

Mon avis

Un excellent remède contre la morosité !

Chet Conway est chauffeur de taxi, il vit avec son père et il organise ses semaines comme il le veut. Ça lui va bien. Il joue, entre autres, aux cartes et a quelques dettes qui traînent ici et là, mais régulièrement, il se met à jour et les prêteurs lui font confiance.

Un jour, alors qu’il attend un pourboire du client qu’il vient de déposer, celui-ci lui donne un tuyau sur un cheval gagnant. Il se décide et mise, espérant ainsi emporter un beau pactole et rembourser ce qu’il doit. Bingo, le canasson remporte la course ! Chet se rend alors chez le bookmaker pour récupérer son dû. Et là, c’est la catastrophe ! Il a été assassiné et Chet n’aura pas son argent. Moi, je serais partie discrètement et je me serais fait oublier. Pas lui …. Il touche le mort, se retrouve avec du sang sur ses vêtements etc. Pas très malin mais dans des situations surprenantes, on ne sait pas comment réagir. Il se décide à appeler la police lorsque la femme du macchabé débarque. Et le pauvre Chet va devoir prouver aux uns et aux autres qu’il n’est pour rien dans cette histoire, qu’il passait juste par hasard. Pas facile, hein ?

L’histoire pourrait s’arrêter là mais pas du tout pour le plus grand plaisir du lecteur ! Deux gangs rivaux en lien avec l’homme assassiné, s’imaginent que Chet l’a tué. Il est donc poursuivi, séquestré, interrogé. Là-dessus, la sœur du disparu s’en mêle et l’accuse également. Le pauvre taxi man ne sait plus comment agir. Dire la vérité ne semble pas toujours être la bonne solution, la plupart ne le croient pas. Mentir complique les choses car la vérité finit par ressortir et il faut à ce moment-là expliquer et justifier les mensonges.

Ce livre est bourré d’humour. Dans les événements, les dialogues, les pensées.

« Pas un geste », ordonna-t-il d’une voix composée à soixante pour cent de gravier et à quarante pour cent de matériaux inertes.

Les quiproquos sont légion et le sourire ne m’a pas quittée. Je pense que la traduction de Jean Esch est excellente (merci à lui) car rien ne sonnait faux. Les dialogues sont vraiment savoureux. L’écriture de l’auteur est pétillante, rapide. Il y a de l’ironie face à la problématique de l’honnêteté des uns et des autres. Chet, qui raconte, fait preuve de beaucoup de dérision. Il ne se prend pas au sérieux mais il veut son dû et entend bien l’obtenir. Lorsqu’il se trouve dans l’embarras, il essaie de réfléchir, d’anticiper mais ce n’est pas toujours une réussite. Heureusement, parfois, le destin intervient et le pire est évité.

Ce roman a été écrit en 1969, pas de téléphone portable, de trace ADN, et autres modernités. Pour autant, ce n’est pas une lecture désuète, contexte et phrasé sont hilarants. Les descriptions de Donal Westlake sont des pépites. On visualise les scènes, on s’en imprègne. J’ai particulièrement aimé la casquette orange de Chet et la course-poursuite dans la neige. Je pense que ce livre aurait pu être adapté en film tant il est empli de vivacité, de mouvements.

J’ai énormément apprécié cette comédie policière drôle, enlevé, sans longueur et je suis ravie d’avoir découvert un titre de plus de cet écrivain (décédé en 2008, il a écrit sous différents noms, plus d’une centaine de recueils, j’ai encore de quoi faire !)


"Seule la haine" de David Ruiz Martin

 

Seule la haine
Auteur : David Ruiz Martin
Éditions : Taurnada (10 Juin 2021)
ISBN : 978-2372580861
252 pages

Quatrième de couverture

Persuadé que le psychanalyste Larry Barney est responsable du suicide de son frère, Elliot le prend en otage dans son cabinet. Sous la menace d'une arme, Larry n'a pas d'autre choix que de laisser l'adolescent de 15 ans lui relater ses derniers mois. Mais très vite, c'est l'escalade de l'horreur : Larry est jeté dans un monde qui le dépasse, aux frontières de l'abject et de l'inhumanité.

Mon avis

Ce roman est glaçant, fort, puissant, violent.

C'est un huis clos lourd, où l'angoisse va crescendo. Tout se déroule dans le cabinet d’un psychanalyste, Larry, qui reçoit Elliot, le frère d’un de ses patients, décédé par suicide. Elliot est persuadé que tout aurait pu se dérouler autrement si le psy avait fait du bon boulot. Alors il le prend en otage et la soirée commence. Leur face à face est empli de questions, tant pour l’un que pour l’autre. L’adolescent accuse et culpabilise le psy, qui lui essaie de comprendre où ce cauchemar va l’emmener. La folie monte, les interrogations se bousculent, la tension est permanente et le lecteur ne peut pas souffler.

C’est anxiogène, noir. L’auteur décrit avec brio des scènes dures, à la limité du soutenable. On a envie de voir une lueur d’espoir, on la cherche mais l’étau, inexorablement, se resserre et la boule que l’on a au fond de la gorge est de plus en plus douloureuse. On sent l’engrenage qui entraîne les deux personnages de plus en plus loin. Larry essaie de rester rationnel mais c’est difficile tant Elliot le harcèle, le pousse dans ses retranchements, le titillant même sur sa vie personnelle.  

Dans ce récit, l’auteur appuie sur les mots, nous rappelant leur force, leur puissance, l’énergie qu’ils peuvent dégager. Un mot peut rendre heureux, un mot peut détruire. C’est encore plus vrai dans ce livre. C’est effrayant.

Elliot est un adolescent à haut potentiel. Ses émotions, comme souvent avec ce type de personnes, sont exacerbées, décuplées. Sa souffrance, sa colère, sa rage, sa soif de vengeance, tout est surdimensionné, ça l’envahit, ça l’asphyxie, ça lui enlève toute forme de jugement. Il poursuit inlassablement son but : punir celui qui, pour lui, a fauté.

Impuissant devant tant de haine, le lecteur ne peut que lire, tourner les pages, souhaiter qu’un vrai dialogue s’instaure entre les deux protagonistes. Mais il réalise que plus le temps passe, plus le fossé se creuse emportant les deux hommes dans une spirale infernale.

Qu’adviendra-t-il à l’issue de cette nuit ? Qui en sortira indemne ? Certainement pas celui ou celle qui lira ce recueil tant les thèmes abordés renvoient chacun à sa propre vie. Qu’en est-il de l’éducation que j’ai reçue, de celle que j’ai transmise ? Ai-je fait les bons choix ? L’enfant que j’ai été est-il devenu l’homme ou la femme que mes parents avaient imaginé ? Quelles sont les valeurs qui sont importantes à mes yeux et face à un choix cornélien, qu’aurais-je fait ?

L'écriture est captivante, on se sent pris par l’atmosphère pesante, par les événements qui ne laissent pas de place à l’espoir. C’est noir, terriblement sombre mais très bien écrit.

J'ai pensé au film "Usuals Suspects" où on comprend sur la fin tous les indices qui ont été semés....La manipulation mise en place est intéressante, c'est vraiment le point fort de ce récit. Un mini bémol pour l’épilogue que j’aurais préféré plus court mais ce n’est que mon avis.