"Outre-Atlantique" de Simon Van Booy (The illusion of separateness)

 

Outre-Atlantique
Auteur : Simon Van Booy
Traduit de l’anglais par Micha Venaille
Éditions : Autrement Littérature (Août 2013)
ISBN : 9 782746 734906
220 pages

Quatrième de couverture

Los Angeles, 2010. Martin, d’origine française, est venu s’installer en Amérique avec sa famille, des boulangers, après la guerre. Ses parents ont accompli un acte héroïque en 1944, sans qu il sache bien lequel. Un beau jour, il voit arriver dans la maison de retraite où il travaille un certain M. Hugo, un très vieil homme défiguré, qui meurt dans ses bras. France, 1968 : deux enfants découvrent dans les bois les restes du bombardier B-24 d un soldat américain. Vingt-cinq ans plus tôt, ce jeune GI vivait ses derniers instants de détente à Coney Island, le parc d’attraction de New York, avec sa fiancée Harriet. John a réapparu à la Libération, sans jamais vraiment expliquer ce qu il lui était arrivé. On va le découvrir, grâce au récit d’Amelia, la petite-fille de John, et à plusieurs flashbacks : petit à petit émergent les liens entre John, Martin et M. Hugo.

Mon avis

« Nos vies se mettent en scène à l’intérieur de nous. »

C’est l’histoire des hommes.

Des tranches de vie dans le désordre, immense puzzle qu’il faudra assembler pour comprendre la substance de ce roman.

Des êtres humains qui en sauvent d’autres avec rien ou trois fois rien…. Il suffit d’un crayon, d’un caramel et on ne regarde plus les gens qui sont près de nous de la même façon… De ce fait, on se sent différent, la bonté peut finir par rattraper celui qui voulait faire le mal, simplement peut-être parce qu’il ne connaissait rien d’autre…

C’est l’histoire d’une écriture, épurée, discrète, s’exprimant entre les lignes, porteuse de sens et de messages à travers le monde comme autant de regards sur ceux qui peuplent notre univers, le construisent, le détruisent, l’habitent …

Les destinées de ce récit se croisent, se perdent de vue, se cherchent, ne se reconnaissent pas toujours… On perd parfois le fil pour le retrouver, le reperdre à nouveau….La construction peut désarçonner, laissant une impression de confusion mais il faudra sans doute lire cet opus deux fois pour en apprécier la saveur ...

"Même le silence a une fin" d'Ingrid Betancourt

 

Même le silence à une fin
Auteur : Ingrid Betancourt
Éditions : Gallimard (21 septembre 2010)
ISBN : 978-2070126644
704 pages

Quatrième de couverture

"Enchaînée par le cou à un arbre, privée de toute liberté, celle de bouger, de s'asseoir, de se lever ; celle de parler ou de se taire ; celle de boire ou de manger ; et même la plus élémentaire, celle d'assouvir les besoins de son corps... J'ai pris conscience - après de longues années - que l'on garde tout de même la plus précieuse de toutes, la liberté que personne ne peut jamais vous ôter : celle de décider qui l'on veut être."

Mon avis

Ingrid Betancourt c’était pour moi une fille, sa fille, remuant ciel et terre pendant des années pour qu’on n’oublie pas sa mère. C’était cette femme aux cheveux longs, si longs, tête baissée, soumise telle qu’on nous l’a montrée dans les medias…

Ce sera maintenant un livre ….

« Même le silence a une fin », ce titre phare extrait d’un beau poème de Pablo Neruda
« Si mes paroles restent ignorées
Ne doute pas que je suis toujours le même
Même le silence a une fin
Quand viendra le moment, attends moi »
a été choisi par Ingrid Betancourt pour nous présenter son récit.

Témoignage sur ses années de captivité, mais aussi sa relation à l’autre : père, mère, Clara, guérilleros, otages, medias etc …. sans oublier sa relation à elle-même.

Il est évident qu’on ne peut pas sortir indemne d’une telle expérience. Elle explique les nuits encore laborieuses, l’incapacité à ne vivre qu’une émotion à la fois : « …. je suis partagée entre des contraires qui m’habitent et me secouent. », la difficulté à communiquer parfois …

Ce livre qui passe du récit de la captivité au « présent » (lorsque le livre a été écrit), pour les premières pages, nous retrace ensuite, comme autant de « flashs », tout au long des quatre-vingt deux chapitres, les déplacements dans la jungle, sans cesse, pour ne pas être localisés, les tensions lorsqu’on est les uns sur les autres, les moments plus doux où l’on utilise « les provisions que la vie nous a données pour les traversées du désert », la découverte de la mort de son père sur une feuille de journal négligemment (mais volontairement) laissée là, les marches interminables, les souffrances morales et physiques, les évasions ratées, les révoltes, les brimades, les conflits, les trahisons, les frustrations, les fourmis qui mangent tout, les orages terribles, le fait de vivre enchaîné etc …. Tout cela est évoqué sobrement, clairement sans sombrer dans le pathos. Sa mémoire est nette, très précise, contrairement au flou du temps qui passe lorsqu’on est dans un lieu où les repères sont différents et changent sans cesse. Peut-être est-ce pour cela que tout ce qu’elle retranscrit est si distinct, parce qu’elle n’avait que sa vie sur place à garder en mémoire, pas ou peu d’événements extérieurs …

Que reste-t-il, à quoi s’accrocher quand même le temps ne vous appartient plus ?

Il reste la broderie, la lecture (Harry Potter, la Bible, un dictionnaire encyclopédique…), la voix de sa mère parfois à la radio, et par-dessus tout la liberté de penser, de s’évader par l’esprit ailleurs …. Et la volonté de s’enfuir … Il est impressionnant de constater qu’elle n’a jamais renoncé, imaginant ses fuites, nourrissant ses journées et ses pensées des différents moyens à mettre en œuvre pour arriver à ses fins …

On peut penser qu’elle a en fait « trop » à son retour, qu’elle s’est trompée dans ses interventions, dans ses choix, dans ses exigences …. On peut ne pas « aimer » le personnage …

Mais il faut reconnaître que ce récit, écrit par choix en français, dans un style épuré, vif, remue, trouble et nous renvoie sans cesse cette question lancinante « Qu’aurais-je fait à sa place ? » ….

Je suis sortie de ce livre émue, touchée, bouleversée, frissonnante, j’avais froid comme si les mots d’Ingrid résonnant en moi, m’avaient transmis ce froid à l’âme qu’elle a si souvent dû ressentir dans la jungle amazonienne ….


"De notre monde emporté" de Christian Astolfi

 

De notre monde emporté
Auteur : Christian Astolfi
Éditions : Le bruit du monde (7 avril 2022)
ISBN : 978-2493206077
192 pages

Quatrième de couverture

Du début des années 1970 à la fin des années 1980, Narval travaille aux Chantiers navals de La Seyne-sur-Mer. Ce temps restera celui de sa jeunesse et de la construction de son identité ouvrière. Quand se répand le bruit de la fermeture des Chantiers pour des raisons économiques, ses camarades et lui entrent en lutte, sans cesser de pratiquer leur métier avec la même application, tandis que l'amiante empoisonne lentement leur corps.

Mon avis

Me tenir aux mots comme à un fil dans l’obscurité.

Un jour d’Octobre 1972, comme son père des années avant lui, Narval arrive aux Chantiers navals de La Seyne-sur-Mer. Bienvenue dans le monde des ouvriers, des bruits, des odeurs, des matériaux spécifiques à ce type d’emploi. C’est auprès de ses collègues que Narval va devenir un homme, affiner sa personnalité, faire des choix, affirmer ses idées.

Ce roman est une observation fine et très juste du monde des ouvriers. Au bout de quelque temps, des liens très forts sont déjà tissés. « En quelques mois à peine, la Machine nous lie, les Chantiers nous tiennent ferme, main dans la main, chacun est important aux yeux des autres. »
Machine et Chantiers ont une majuscule, comme s’il s’agissait de noms propres, sans doute pour les « personnifier » et dire combien les deux sont présents et prennent de la place dans le quotidien des travailleurs. Tous ont des surnoms, des habitudes qui les démarquent des copains et qui accompagnent leur personnalité.  Quand l’un arrête, ceux qui restent sont tristes. Ils se soutiennent, se connaissent, s’entraident, discutent. Narval est de ceux-là, il vit avec sa compagne dans un petit appartement, travaille sérieusement et envisage l’avenir assez tranquillement.

En 1980, les premières rumeurs de fermeture courent, et chacun y va de son idée, comment agir, et d’abord, est-ce que c’est vrai ? Peu après, c’est l’élection de Mitterrand, on suit les hommes, l’actualité, leurs discussions. Beaucoup ont voté à gauche, pensant qu’ainsi tout ira mieux pour eux qui sont en bas de l’échelle. Et pourtant : « Je crois qu’ils m’ont volé ce qu’il me restait d’espoir. »

Les premiers signes de maladie apparaissent chez l’un ou l’autre, c’est l’amiante qui les empoisonne mais le rapprochement n’est pas fait tout de suite. On cache les faits, on les tait afin de ne pas faire peur à ceux qui sont encore sur les chantiers.

« La navale vivra. » La crise économique, la concurrence internationale, la révolution industrielle, les difficultés sont là et augmentent. C’est très pénible à vivre pour ceux qui sont sur le terrain. Les employés luttent, avec leurs moyens, mais c’est compliqué. Cela crée des tensions quand il y a désaccord. Narval s’accroche, pense à son père pour qui les chantiers étaient toute sa vie. Que faire ? Comment laisser une trace de tout ça ? Comment rester « présent » dans son couple lorsque les problèmes rencontrés au travail envahissent votre esprit ? Narval est tiraillé, partagé, il souffre. Il veut comprendre les réactions des autres, les raisons de leurs décisions.

Le récit est très vivant, les phrases courtes donnent un bon rythme. Narval est un personnage attachant qui partage plusieurs années de sa vie avec le lecteur, le texte est écrit à la première personne. L’écriture de Christian Astolfi est délicate, poétique, c’est à la fois sobre et précis. Tout est dit en peu de mots car ils sont magnifiquement choisis et font mouche. Cela m’a beaucoup plu. Ce recueil est édifiant, on réalise ce qu’ont vécu ces hommes, ce qui les a portés ou abattus. Avec eux le mot fraternité prend tout son sens.


"Café panique" de Roland Topor

 

Café Panique
Auteur: Roland Topor
Couverture et onze illustrations de Roland Topor
Préface de Jean-Marie Gourio
Éditions: Wombat (20 septembre 2012)
« Les Insensés » nº10
ISBN : 978-2919186181
196 pages

Quatrième de couverture

Café Panique, ce sont trente-huit histoires, loufoques et véridiques, récoltées par Topor dans les bistrots, où anecdotes, légendes urbaines et mythologies de comptoir s’entrelacent, et où la réalité toujours dépasse la fiction. Café Panique, ce sont trente-huit contes grotesques, burlesques et tragi-comiques distillés par l’imagination panique de Topor, fables cruelles sur lesquelles plane l’ombre de Gogol, Kubin, Ambrose Bierce et Damon Runyon.

Quelques mots sur l’auteur

Roland Topor (1938-1997). Dessinateur, peintre, écrivain, dramaturge, poète, humoriste, chansonnier, cinéaste, acteur, photographe, etc. Remarqué pour ses étranges dessins au graphisme original (dans Arts, Bizarre, Hara-Kiri...), il reçoit le prix de l’Humour noir dès 1961. Son premier roman, Le Locataire chimérique, sera adapté au cinéma par Roman Polanski ; il écrira aussi des recueils de nouvelles, des pièces de théâtre et des livres concepts. Du film d’animation La Planète sauvage (avec René Laloux, prix spécial du Jury à Cannes en 1973) à l’étonnant Marquis (avec Henri Xhonneux) en passant par les émissions télévisées Palace et Téléchat, il marquera de son empreinte le cinéma et l’audiovisuel. Certaines de ses images ont fait le tour du monde. Tout son univers reste marqué du sceau d’un humour noir féroce. Il n’est jamais devenu un vieux con.

Mon avis

Ouf, je ne mourrai pas en étant une vieille c….

J’aurai lu Topor …. parce que vous l’avez compris, on dit « Topor » pars Roland Topor ou Monsieur Topor. Non, juste le nom comme lorsqu’on parle de quelqu’un d’important.

Important et méconnu cet homme, ou alors connu de quelques initiés dont je ne faisais pas encore partie.

Ouf, c’est réparé ! Je le connais maintenant.

Il semblerait qu’il se soit inspiré d’un café qu’il fréquentait avec des amis pour écrire ces histoires courtes et jubilatoires. Peu importe d’où viennent les personnages que l’on va croiser: de Cœur-Croisé à Chaussettes-Humides en passant par Tarif-de-Nuit et Pas-de-Bol, l’essentiel reste que chacun active nos zygomatiques…. Les patronymes nous font rire avant de commencer leurs aventures. C’est drôle, décapant, « enlevé »….

Gros-Bide fait un régime qui n’allège que sa matière grise, le chauffeur de taxi  a un énorme chien qui fait peur aux clients …

Le style est incisif, rapide, et il décoiffe, les dessins sont faits au crayon en traits fins et sont très parlants.

Ouf, j’ai tout compris ….

Les histoires évoquées sont simples à cerner, quelques protagonistes, un lieu commun, (le café ou le taxi) et des gens qui racontent ou se racontent. Mais c’est amusant car on visualise les faits et c’est à pleurer de rire.

Le côté « loufoque » reste savamment dosé, sans excès et sans mauvais goût, toujours à la limite comme si l’auteur avait plaisir à flirter avec les frontières de la bienséance, montrant par son esprit frondeur que l’écriture et le dessin étant des arts… la liberté d’expression y est présente…

Ouf, une bande dessinée reprenant les scènes décrites dans café panique a été éditée….

J’imagine déjà Pommes-Vapeur ou Bout-Filtre !!!

Elle a été faite par un admirateur de Topor.

Ouf, je vais encore rire !

"Venture" de Philippe Paternolli

 

Venture
Auteur : Philippe Paternolli
Éditions du Caïman (24 mars 2022)
ISBN : 978-2919066988
254 pages

Quatrième de couverture

Vincent Erno, personnage atypique, ancien du « Cube », officine des services spéciaux, est envoyé en freelance par un ministre pour enquêter sur un attentat ayant eu lieu au Stade Vélodrome de Marseille. L’attentat le visait, ainsi que l’un de ses collègues. Très rapidement, après plusieurs assassinats de témoins de l’affaire, Erno comprend que l’affaire implique d’autres services de l’État. Peut-être même « le Cube » lui-même. Qui était réellement visé ? Les ministres ? Pas si sûr.

Mon avis

Voilà un roman comme je les aime ! Une écriture vive, avec de petites pointes d’humour délicat, du rythme, des personnages très attachants et une intrigue qui se tient.

Stade Vélodrome, OM-PSG, une affiche électrique, avec des supporters à surveiller mais pas que…il y a les « clans » de chaque club, présidents, « huiles » de la cité et j’en passe. En plus pour ce match de haut niveau, on retrouve le ministre de l’intérieur et le premier ministre, tout deux candidats à la succession du président. Deux caractères et deux vies totalement opposés, obligés de collaborer et de donner le change alors qu’ils ne s’aiment pas…. D’ailleurs en tribune, les regards n’ont rien d’aimable….

Coup d’envoi, le ballon part et hop la tribune officielle explose. C’est la panique, un attentat ? Pas de blessés ouf, mais il faut bien comprendre ce qu’il s’est passé, si seuls les hommes politiques étaient visés ou s’il y avait un autre but (c’est le cas de le dire dans un stade de foot ; -)….D’autant plus que le « pré coup d’envoi » a été tiré par quelqu’un de passage, s’agissait-il d’une diversion pour que d’autres agissent en douce?

Vincent Erno qui a travaillé pour le « Cube », un groupe des services spéciaux (en marge des services secrets et ni « affiché », ni connu sur la place publique), est dépêché sur place. Il a pris ses distances avec son ancienne activité professionnelle (il a démissionné) et entend bien rester comme ça. Pourtant, c’est lui qu’on appelle à la rescousse. C’est sans se presser (après tout il n’y a pas mort d’homme) qu’il rejoint Marseille après un tour au ministère où on lui explique sa mission. Des indices ? Un seul : l’explosif est une signature de l’ultra gauche.

A Marseille, il retrouve une ancienne collègue : Magali. Elle est maintenant dans la police et peut lui glisser quelques informations. Vincent, installé à l’hôtel, se rend vite compte que cette histoire n’est pas claire mais forcément il ne comprend pas pourquoi dans l’immédiat. Il va être nécessaire pour lui de la jouer fine d’autant plus qu’il a le sentiment que ces ex et finalement nouveaux patrons ne sont pas vraiment clairs. Grâce aux personnes que Magali connaît, il peut se cacher, louvoyer, enquêter….
Il fait face à des individus retors, dangereux mais il ne baisse jamais les bras.

J’aime beaucoup le style de Philippe Paternolli, c’est très visuel, j’ai chaque fois l’impression d’avoir les images sous les yeux. Pourtant, il ne s’embarrasse pas de détails inutiles, il va à l’essentiel et c’est peut-être cette façon de faire qui permet au lecteur de s’imprégner de l’atmosphère, du déroulé des événements et d’y prendre part ou presque….

J’ai lu ce roman en apnée, fascinée par le charisme de Vincent Erno qui remplit les pages de sa présence. Pourtant, il ne doit pas être facile à vivre tous les jours. Mais il a un côté « sauvage » qui me plaît énormément. Les autres personnages sont intéressants également et on s’aperçoit que, comme dans la « vraie vie », les hommes politiques jouent un double-jeu…tiens, qui l’eut cru ?

Un roman plaisant, prenant et sans temps mort, une belle réussite !


"La nuit des anges" d'Anna Tommasi

 

La nuit des anges
Auteur : Anna Tommasi
Éditions : Préludes (2 Mars 2022)
ISBN : 978-2253105213
320 pages

Quatrième de couverture

Alice, jeune mère divorcée, décide après dix ans d’absence de revenir à Perros Guirec, la ville de son enfance. Elle espère en profiter pour retrouver sa famille, des paysages familiers, et laisser derrière elle un passé douloureux. Mais dans ce coin de Bretagne chargé de souvenirs, l’angoisse s’installe rapidement : ses parents sont devenus des étrangers, son amour de jeunesse est obsédé par l’enlèvement de sa sœur, qui a eu lieu vingt-cinq ans plus tôt, et les visages jadis connus ne sont plus que des fantômes. Bientôt, c’est toute la ville qui est secouée d’un vent de panique avec la disparition d’une fillette.

Mon avis

Alice, médecin généraliste, est divorcée depuis peu et vit avec son fils Lucas. Il est autiste. Il perçoit le monde différemment des personnes neurotypiques, il communique difficilement, a des centres d’intérêt restreints (où il est très performant) et a besoin de prévisibilité en permanence et de rituels pour ne pas être angoissé. C’est entre autres pour ça qu’elle n’est pas revenue depuis de nombreuses années en Bretagne où vivent ses parents. Par contre, elle communique régulièrement par vidéo avec eux afin que son fils les connaisse. Apprenant qu’un de ses amis de jeunesse est décédé, elle décide de revenir à Perros Guirec pour les funérailles et d’en profiter pour voir famille et amis. Mais rien ne va vraiment se passer comme elle l’avait envisagé.

Pourtant, elle a essayé d’anticiper, préparant son fils au mieux pour pouvoir le confier à ses grands-parents et mettre à profit le temps libre pour souffler un peu car les troubles TSA (trouble du spectre autistique) sont épuisants pour l’entourage. Malheureusement, elle peine à retrouver sa Maman, qui semble fatiguée, déconnectée, voire malade. Quant à son Papa, il est tour à tour disponible ou un peu fuyant….

C’est un été où en Bretagne, la chaleur est écrasante, c’est rare mais c’est ainsi. Alice organise son temps au mieux, avec le souhait de se reposer, de créer du lien pour Lucas avec papi / mamie. La disparition d’une fillette va bouleverser ce fragile équilibre. Des recherches sont mises en place et la peur règne dans le coin. Il y a vingt-cinq ans la meilleure amie d’Alice s’est volatilisée et son corps n’a jamais été retrouvé. Y-a-t-il un lien entre les deux affaires ? Que s’est-il passé ? Teddy, le premier amour d’Alice est proche des enquêteurs et obtient des informations qu’il partage avec Alice. Elle, de son côté, analyse les faits mettant tout en œuvre pour comprendre (elle a fait des études de psychiatrie).

Ce roman commence tranquillement, Alice revient sur les terres de son enfance, nous entraîne sur ses pas, visitant ici et là malgré la chaleur. Elle souhaite faire découvrir les lieux qui lui sont chers à son fils. Mais elle ressent un certain malaise qui va, peu à peu, gagner le lecteur. Certains personnages sont troublants, on ne sait pas trop s’ils disent la vérité, s’ils ne jouent pas un double-jeu. Alice paraît parfois un peu trop « légère » mais on peut la comprendre tant le quotidien avec son fils autiste doit être difficile. Il n’en reste pas moins que j’ai pensé qu’elle le laissait un peu trop.

L’écriture de l’auteur est agréable, fluide, accrocheuse, le suspense monte en puissance, l’angoisse également. Si quelques petits faits peuvent sembler un tantinet invraisemblables (ainsi qu’un « cliché »), ce n’est en rien gênant pour la lecture. Anna Tommasi alterne le passé et le présent, glisse des comptes-rendus d’un psychiatre avec un ou une jeune patient-e. On cherche les liens, les indices, on n’ose pas penser au pire…. Et pourtant…..

Ce récit aborde plusieurs thèmes et l’intrigue est bien ficelée. J’aurais aimé que certains aspects psychologiques soient plus « creusés » mais il s’agit d’un premier titre et il y a une marge de progression à exploiter. L’histoire se tient et elle est plaisante à lire.

"Indigo" de Catherine Cusset

 

Indigo
Auteur : Catherine Cusset
Éditions : Gallimard (10 janvier 2013)
ISBN : 978-2070138388
320 pages

Quatrième de couverture

Un festival culturel rassemble pendant huit jours en Inde quatre Français, deux hommes et deux femmes, qui ne se connaissent pas. Une surprise attend chacun d'eux et les confronte avec leur passé. Cette semaine bouleverse leur vie. De Delhi à Kovalam, dans le Sud, ils voyagent dans une Inde sur le qui-vive où, juste un an après les attentats de Bombay, se fait partout sentir la menace terroriste. Une Inde où leur jeune accompagnateur indien déclare ouvertement sa haine des États-Unis. Une Inde où n'ont pas cours la légèreté et la raison françaises, où la chaleur exacerbe les sentiments, où le ciel avant l'orage est couleur indigo. Tout en enchaînant les événements selon une mécanique narrative précise et efficace, ce nouveau roman de Catherine Cusset nous fait découvrir une humanité complexe, tourmentée, captivante.

Mon avis

C’est en Inde que différents « intellectuels » issus du milieu littéraire ou du cinéma vont se retrouver pour un festival organisé par l’alliance française et supervisé par une française.

Trois personnages domineront, tous les trois reliés à l’Inde pour une raison quelconque, appartenant à leur histoire… Chassés croisés dans un immense kaléidoscope nous donnant un (trop ?) léger aperçu de l’Inde, sa vie, ses traditions, ses castes, son climat, son atmosphère…

Autour d’eux, les « seconds rôles » sans qui les premiers n’existeraient pas, ne seraient rien, ne vibreraient pas…à la façon d’un « décor » mettant en valeur les vedettes…

On retrouvera les discussions interminables entre écrivains :

« ….pourquoi et pour qui écrit-on ? Les deux écrivains s’accordaient sur le fait qu’ils ne pensaient pas à leur lecteur futur mais cherchaient à atteindre une certaine vérité. »

Ou ceux qui s’écoutent parler…

« C’est ça qui m’intéresse dans l’écriture : réussir à rendre compte des diverses sensations, avec ces instruments précis et difficiles à manier que sont les mots. »

Les hommes et les femmes qui ne savent plus où ils en sont…Le passé qui ressurgit avec son lot de tentations, lorsque le corps est attiré et que l’envie se fait forte si forte…

J’ai trouvé très dommage que les individus qui se retrouvent dans ce livre, me semblent « plaqués » les uns à côté des autres. Il serait presque possible de faire trois nouvelles au lieu d’un roman, tant les liens entre eux sont légers. Je sais que ce sont des gens qui se croisent « presque » par hasard et qu’ils ne peuvent pas avoir de relations plus conséquentes que celles qu’ont des personnes réunies pendant quelques jours pour une même manifestation mais ….

L’écriture de Catherine Cusset se veut intimiste, fouillant les âmes de ceux qu’elles évoquent dans son récit. Or elle se contente de les effleurer, de les regarder de loin, comme à travers une loupe grossissante …. et l’émotion, les émotions ne sont pas là… Elle ne s’est pas approchée assez près pour que le lecteur se sente impliqué, concerné… On a l’impression d’assister à une réunion de « bobos » quadra ou quinquagénaires et ce n’est malheureusement pas les quelques approches de l’ambiance indienne qui suffiront à relever tout ça….et tout cela fait un peu « cliché »….