"Terres profondes" de Patrick S. Vast

 

Terres profondes
Auteur : Patrick S. Vast
Éditions : Le Chat Moiré (17 Septembre 2022)
ISBN : 978-2956188360
288 pages

Quatrième de couverture

1978 : des coups de feu éclatent dans la campagne ardéchoise lors d’une nuit de pleine lune.
2018 : Jack Sellier, auteur de thrillers mais aussi capitaine de police en disponibilité, emménage en Ardèche dans une maison qui est restée inhabitée durant quarante ans. Le fait qu’il commence à s’intéresser aux derniers occupants va faire ressurgir de vieilles histoires enfouies dans le passé et briser des secrets trop bien gardés.

Mon avis

2018, Jack Sellier, capitaine de police actuellement en disponibilité, décide de s’installer dans une petite bourgade ardéchoise. Il viendra seul pour tout mettre en place puis son épouse et leur fille le rejoindront. Depuis quelque temps, il écrit des polars qui rencontrent un certain succès et entend s’établir au calme pour en rédiger un nouveau. Ils prendront d’abord une location. On ne sait jamais … des fois qu’ils ne s’habituent pas à ce nouveau mode de vie bien différent de leur quotidien lyonnais.

L’écrivain a trouvé une maison tranquille, bien rénovée, et inhabitée depuis quarante ans ! Impeccable ! Les déménageurs sont efficaces et le voilà dans ses murs. Tonkin, un des villageois, lance des remarques, lui poses des questions, et Jack s’interroge. Peut-être que les habitants du coin ne sont pas contents de sa venue ? Il comprend très vite que les derniers à avoir logé dans la bâtisse qu’il a élue, étaient des hippies. Apparemment ces derniers ont disparu du jour au lendemain sans explications. Son instinct de flic lui souffle qu’il y a quelque chose de pas clair là-dedans mais quand il essaie de creuser, de se renseigner, les réponses restent évasives… C’était en 1978 et beaucoup de personnes ne sont plus là ou ont oublié…

Oublié ? Vraiment ? Quand des faits sortent de l’ordinaire, le plus souvent, ils sont marquants et restent ancrés dans la mémoire, non ? Et puis le capitaine de police est comme chacun de nous, moins on lui en dit, plus on tente de l’embobiner, plus il veut savoir, comprendre …. En outre, c’est un homme plutôt coriace et il ne lâchera rien, même si sa tendre moitié lui déconseille de s’en mêler.

Alternant passé et présent, ce roman nous entraîne dans les secrets d’un petit bourg où tout se sait mais où chacun protège le silence choisi par tous. C’est très réaliste car lorsqu’on connaît l’atmosphère de certains coins d’Ardèche ou des environs, on retrouve une façon d’agir d’autrefois, comme par exemple : traiter les problèmes par soi-même … quitte à réfléchir aux conséquences après … lorsqu’il est trop tard ….

Dans ce récit, Partrick S. Vast souligne combien le dialogue, l’écoute, les échanges sont importants, combien il est essentiel de respecter les différences, de se parler et d’accueillir ceux qui arrivent quelle que soit l’époque. Parce qu’il est un peu là le problème de cette bourgade, les « intrus » ça dérange…

Jack n’aura de cesse de cerner les événements du passé, qu’il relate dans un nouvel opus en les transformant à peine ce qui est une astucieuse mise en abyme. J’ai aimé son caractère tenace, sa volonté de rendre une forme de justice. L’ambiance et les rapports avec les gens du coin sont très bien retranscrits. On sent la tension qui monte, les hommes qui se braquent, prêts à prendre leur fusil de chasse, pas du tout prêts à discuter, ni à tolérer qu’on leur fasse un semblant de leçon…. Dans cette belle et calme nature ardéchoise, de terribles choses se sont peut-être passées mais pour le savoir…. Chacun protège le voisin, baisse les yeux, passe vite et ne dit rien…

J’ai vraiment apprécié cette lecture. L’auteur a su se renouveler. Son écriture est plaisante, la construction des chapitres est équilibrée. Cela donne un ensemble cohérent et très agréable à lire.


"Ne t'arrête pas de courir" de Mathieu Palain

 

Ne t’arrête pas de courir
Auteur : Mathieu Palain
Éditions : L’iconoclaste (19 Août 2021)
ISBN : 978-2378802394
422 pages

Quatrième de couverture

De chaque côté du parloir de la prison, deux hommes se dévoilent. L'un, Mathieu Palain, est devenu journaliste et écrivain alors qu'il se rêvait footballeur. L'autre, Toumany Coulibaly, cinquième d'une famille de dix-huit enfants, est un athlète hors normes et un braqueur de pharmacies. Champion le jour, voyou la nuit : il y a une " énigme Coulibaly " que Mathieu Palain tente d'éclaircir autant qu'il s'interroge sur lui-même. "

Mon avis

Prix Interallié et Prix des lectrices du magazine Elle (catégorie documents).

Mathieu Palain est journaliste, mais il aurait aimé être footballeur. Il lit un article évoquant Toumany Coulibaly, le sport et un coin de l’Essonne où ils ont grandi tous les deux. Alors, Mathieu se décide, il envoie une lettre en prison, parce que c’est là qu’est actuellement Coulibaly qui entre deux courses en véritable athlète, est un braqueur. Un homme a deux visages, qui aime courir, qui veut des médailles mais qui vole des commerçants, comme pris d’un mauvais démon.

Comme beaucoup de sportifs de haut niveau, le coureur n’a pas anticipé le manque d’argent quand ses résultats sont moins bons. Alors il devient voleur. J’ai trouvé qu’il replongeait bien souvent alors que dans ses paroles, il répétait son souhait de s’en sortir.

Un an après la lettre, c’est la rencontre entre les deux hommes et des heures d’échanges, de parloir, de conversations au téléphone qui donnent naissance à ce livre. Des liens se sont tissés, de l’écoute, du dialogue, une forme de compréhension.

Dans ce récit, on découvre l’évolution de leur relation, comment chacun s’est emparé de ces temps d’entretiens pour avancer, mieux se connaître afin d’avancer en confiance. L’auteur laisse de la place aux confidences du sportif rebelle, puis parfois il établit comme un parallèle avec sa vie. Le ton est juste, l’écriture très réaliste, pas de pathos inutile, pas de digressions, des faits bruts. On peut se demander pourquoi l’auteur, un homme bien sous tous rapports, a souhaité rencontrer un homme emprisonné. Au départ, il ne savait pas quelle forme allait prendre son livre, comment il allait résumer tout ce qu’ils s’étaient dit.

J’ai lu ce recueil comme un témoignage d’une amitié improbable entre deux hommes. C’est intéressant même si parfois, on ressent quelques longueurs ou redondances.


"Conquérant de l'impossible" de Moke Horn

 

Conquérant de l’impossible
Auteur : Mike Horn
Éditions : XO (21 février 2005)
ISBN : 978-2744187018
398 pages

Quatrième de couverture

Mike Horn est un aventurier de l'extrême. Il ne vit que pour relever de nouveaux défis, et repousser encore plus loin les limites de sa résistance. Pour obliger son corps à donner le meilleur de lui-même. Pour le contraindre à obéir à son esprit. Cette aventure, il l'a vécue aussi comme un véritable voyage vers l'humain. Parce que sur ces terres où la vie ne tient qu'à un fil, où la moindre erreur peut être fatale, la solidarité est exemplaire.

Mon avis

Qu'est ce qui peut pousser un homme à quitter sa famille, son confort pour partir pendant deux ans loin de tout en se lançant dans un défi de l'impossible ?

La réponse est dans ce livre : L'ivresse des sports extrêmes. La drogue, le défi d'aller plus loin encore une fois, de repousser ses propres limites, de réussir une espèce de conquête pour le plaisir.

Je pense que si on n'a pas été, à sa propre échelle (ah le plaisir de boucler mon premier semi marathon), confronté au besoin de se dépasser, de faire mieux, simplement pour le plaisir de la réussite, on ne put pas comprendre cet homme.

Mike Horn a choisi de faire le tour du cercle polaire à contre-vents et à contre-courants. Il sait qu'il prend des risques, il les mesure, il essaie de prévoir mais le risque zéro n'existe pas. Alors, un jour ou l'autre, il va se retrouver dans des situations périlleuses, plus qu'inconfortables, dangereuses pour son intégrité. Mais il puise au fond de lui les ressources et il survit. C'est lorsqu'on croit être au bout qu'on trouve encore et encore la force, l'énergie de lutter, d'avancer, de s'en sortir.....

Il y aura les tracasseries de certaines contrées (les russes ne lui ont pas facilité la tâche), les pépins physiques, les gros ennuis domestiques, et la nature indomptable qui ne se comporte pas toujours comme on s'y attend...  Mike continue et lorsqu'il arrive il ne pense pas « j'ai gagné » mais « je suis revenu ». Quelque part, cet homme reste humble, conscient que les gens peuvent, légitimement, se poser des questions sur la nécessité de ses expéditions qui restent pour lui essentielles. Je pense que, ces vingt-trois mois, intenses concentré de vie (dans le sens où il est passé par tous les états et toutes les émotions), sont, comme pour ses autres « excursions », le moteur de son existence. C'est ce qui le rend heureux et quoi de mieux qu'un homme heureux ?

Et je conclurai sur ces mots de Mike Horn : « Je suis de ceux qui croient encore que si la parole d'un homme ne vaut rien, lui non plus. Même s'il est immensément riche. »


"Voile rouge" de Patricia Cornwell (Red Mist)

 

Voile Rouge (Red Mist)
Auteur: Patricia Cornwell
Traduit de l’anglais par Andrea H. Japp
Éditions: Les Deux Terres (21 mars 2012)
ISBN: 978-2848931128
464 pages

Quatrième de couverture

Kay Scarpetta, bien déterminée à découvrir les raisons du meurtre de son assistant Jack Fielding, se rend au pénitencier de femmes de Géorgie, où une prisonnière affirme détenir des informations sur ce dernier. Elle évoque aussi d’autres assassinats sans relations apparentes : une famille d’Atlanta décimée des années auparavant et une jeune femme dans le couloir de la mort. Peu après, Jaime Berger, ancienne procureur de New York, convoque Kay Scarpetta à un dîner, mais dans quel but ? Kay comprend que le meurtre de Fielding et celui auquel elle a échappé autrefois constituent le début d’un plan destructeur. Face à un adversaire malade et dangereux, elle traverse enfin le voile rouge qui l’empêchait de comprendre.

Mon avis

Si les noms de Benton, Scarpetta, Lucy et Marino n’évoquent rien pour vous, ne lisez pas ce livre et commencez par un des premiers de Madame Cornwell.

En effet, ses héros récurrents sont tous présents directement ou indirectement dans ce roman et il vaut mieux les connaître un peu pour comprendre de qui il s’agit et quels « codes » régissent leurs relations. De plus, les rapports entretenus par les différents protagonistes prennent beaucoup de place dans le contenu des chapitres, parfois au détriment de l’enquête que tout bon amateur de polar attend.

Malgré tout, il faut reconnaître à cet écrivain une excellente capacité à faire évoluer ses héros, qui se « découvrent » de plus en plus, n’hésitant pas à confier leurs états d’âme profonds au lecteur. On aime ou on n’aime pas. Certains penseront que cette introspection et ce regard sur le nombril peuvent lasser, faire passer les recherches au second plan ou tout simplement ne servir à rien. Il y a aussi, ce côté scientifique, très poussé, qui peut rebuter car rien ne nous est épargné, ni le vocabulaire précis, pointu du domaine médical (matériel entre autres), ni les scènes d’autopsie avec pesée, analyse et tutti quanti …. Mais ceux qui, comme moi, suivent ses personnages depuis une vingtaine d’années, savent combien ces examens divers peuvent apporter un autre éclairage à une scène de mort et combien les non-dits, les malaises, le mal-être des uns et des autres entraînent des dépendances, des fissions entre les personnes qui vivent sous sa plume.

Dans ce dernier opus, les partenaires habituels de Kay Scarpetta apparaissent avec des rôles plus ou moins secondaires. Tous auront une place dans la nouvelle recherche à laquelle elle se consacre: Actions ou interactions, silence ou complaisance, manipulation ou sincérité des personnages, Patricia Cornwell décortique, dissèque, analyse les échanges humains, les pensées de chacun jusqu’à semer le doute dans nos esprits comme dans celui de Kay.

Qui influence qui ? Où se situe la vérité ? Comme à son habitude, Kay Scarpetta ira au bout de ses limites pour comprendre. Elle ne lâchera rien car elle veut saisir les tenants et les aboutissants. C’est une femme qui a souffert. Protégée par sa carapace, elle essaie de rester maître d’elle-même mais comme tout un chacun, elle se pose des questions et sa fragilité existe même si elle a du mal à l’admettre. Est-elle victime ou coupable ? Qui tire les ficelles ? Est-ce que quelqu’un les tire ou tout cela est-il le fruit de son imagination ?

L’écriture au cordeau de Madame Cornwell nous emmène dans les couloirs du centre pénitencier pour femmes de Savannah, glissant ça et là quelques réflexions sur la peine de mort, les conditions de vie, le système judiciaire américain tortueux et complexe.

Mais au-delà de cette visite, nous irons aussi avec elle sonder les cœurs, les esprits des uns et des autres. Que ce soit en voix in dans le texte ou en voix off par l’intermédiaire de longs dialogues (qui ont le mérite d’alléger le texte) nous mettrons un certain temps à cerner les volontés des individus ….. Heureusement, Benton, le fidèle compagnon de route, le mari aimé et aimant, sera là pour aider Scarpetta et le pauvre lecteur à prendre du recul, à ne pas trop réagir à l’affectif, à accepter de se reposer sur lui, à voir clair ….

Les esprits chagrins pourront soulever que la fin de cette histoire est un peu rapide. Comme souvent dans les romans policiers, la pression retombe d’un coup mais c’est sans doute pour préserver la santé du lecteur et le maintenir en forme pour lire le prochain roman….

"Nouvelles décapantes" de Dominique Uhlen

 

Nouvelles décapantes
Auteur : Dominique Uhlen
Éditions : ‎ Ekrysture (26 mars 2022)
ISBN : 978-2493761217
156 pages

Quatrième de couverture

19 histoires extraordinaires de gens peu ordinaires... À déguster comme une gourmandise, à savourer comme du bon vin ; en une ou plusieurs fois...

Mon avis

Décapantes ? Ah oui, ça décape, ça décoiffe comme on dit et qu’est-ce que ça fait du bien !

Les nouvelles, c’est un genre littéraire pas toujours bien vu. La plupart des gens imaginent que c’est facile d’écrire des petites histoires courtes. Et pourtant, ce n’est pas évident. Il faut faire un condensé en disant ce qu’il faut sur les lieux, les protagonistes, leurs échanges, les faits… bref aller à l’essentiel en tissant une atmosphère, en donnant envie au lecteur d’aller jusqu’au bout sans qu’il ait eu l’impression d’une lecture plate.

Ces récits m’ont beaucoup plu. Ils mettent en scène des humains ou des animaux, parfois la mort est présente. Il y a de l’humour, de l’ironie (tel est pris qui croyait prendre) et on se dit que certains se sont bien fait piéger (et on jubile quelques fois en se disant « pas volé »). Pour d’autres textes, comme celui qui parle d’amour entre un homme et son animal domestique, on a la larme à l’œil.

Ce que j’ai particulièrement apprécié, c’est le fait que les différentes nouvelles m’ont procuré tout un panel d’émotions. C’est varié, amusant, émouvant, parfois on retient un « oh » accompagné d’un sourire. Les « chutes » sont particulièrement bien amenées. Le tempo est bon, elles arrivent au bon moment, sont « fines » et bien pensées ce qui donne un ensemble harmonieux. Les thèmes sont nombreux, de l’amour à la jalousie en passant par l’envie de tout changer pour une autre vie ou de manipuler pour arriver à ses fins. Certains personnages sont très astucieux pour arriver à leurs fins, et ils (elles) ont prévu leurs arrières !

L’écriture de l’auteur est plaisante, fluide. S’il y a des dialogues, ils sont en phase avec le texte. Le rythme est excellent, il maintient l’intérêt sans être trop rapide, ni trop lent. J’ai eu du plaisir à découvrir ce livre, Dominique Uhlen a de bonnes idées, bravo !


"Memorial Drive" de Natasha Trethewey (Memorial Drive)

 

Memorial Drive (Memorial Drive)
Mémoires d’une fille
Auteur : Natasha Trethewey
Traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Céline Leroy
Éditions de l’Olivier (19 Août 2021)
ISBN : 9782823617320
226 pages

Quatrième de couverture

Le 5 juin 1985, Gwendolyn est assassinée par son ex-mari, Joel, dit « Big Joe ». Plus de trente ans après ce drame qui a changé sa vie, Natasha Trethewey, sa fille, affronte enfin sa part d’ombre en se penchant sur le destin de sa mère. Tout commence par un mariage interdit entre une femme noire et un homme blanc dans le Mississippi. Suivront une rupture, un déménagement puis une seconde union avec un vétéran du Vietnam. À chaque fois, Gwendolyn pense conquérir une liberté nouvelle. Mais la tâche semble impossible. Elle est toujours rattrapée par la violence.

Mon avis

Elle avait dix-neuf ans lorsque son ex beau-père a tué sa mère. Elle a mis une trentaine d’années avant d’écrire sur ce drame, sans doute pour se libérer mais également pour donner la parole à sa mère.

Le lien fusionnel qui les unissait n’a pas suffi à empêcher son assassinat. Aurait-il pu en être autrement ?

Gwendolyn, afro-américaine est tombée amoureuse d’un blanc canadien et ils ont eu Natasha. A l’époque, en 1966, les mariages mixtes n’étaient pas bien vus et la petite fille n’était à l’aise dans aucune communauté, ni la noire, ni la blanche, comme si elle était de nulle part. Pour sa mère, c’était la même chose, en pire, accompagner son mari blanc dans une soirée était difficile car elle était regardée comme une étrangère.

Ces deux femmes ont lutté pour leur identité en permanence (l’auteur est maintenant professeur à l’université et poétesse reconnue). Dans ces « Mémoires d’une fille », Natasha Trethewey présente des souvenirs heureux, d’autres beaucoup moins. Avec une écriture délicate, des pointes de poésie, elle analyse comment les événements se sont enchaînés jusqu’à l’inconcevable. Les peurs et les espoirs ont envahi son quotidien et je souhaite de tout cœur, que la rédaction de ce livre lui ait permis de souffler, de moins sentir le poids du passé.

Elle savait et se trouvait dans l’incapacité d’agir.

« Et là, tu sais que tu es impuissante.
TU SAIS TU SAIS TU SAIS
Regarde-toi. Aujourd’hui encore tu crois que tu peux prendre tes distances avec cette petite fille par l’écriture, en recourant à la deuxième personne du singulier, comme si tu n’étais pas celle à qui tout cela est arrivé. »

Les souvenirs peuvent sembler incomplets, parfois désordonnés mais c’est le propre de la mémoire, de ne pas tout savoir. Plus on avance dans la lecture, plus les choses sont claires, des extraits de journal intime, de conversations enregistrées, sa mère voulait s’en sortir. La douleur est présente, d’autant plus que l’auteur fait resurgir des faits qu’elle avait occultés.

Un témoignage inoubliable !


"L'âme dans le vestiaire" de Ève-Lyne Monnié

 

L’âme dans le vestiaire
Auteur : Ève-Lyne Monnié
Éditions : Les 2 encres (20 Mai 2014)
ISBN : 978-2-35168-673-7
192 pages

Quatrième de couverture

Marc n’imaginait pas ouvrir une boîte de pandore, ce soir-là, installé confortablement dans le salon de sa nouvelle demeure. Parfaitement heureux, il ne remettait aucunement en question ses valeurs et son mode de vie. Pourtant, il aura suffi d’une jolie boîte en bois laquée et d’un coup de fil pour que tout bascule ….

Mon avis

Demain, il serait à nouveau maître de sa vie….*

Marc habite et vit à Paris, il est beau gosse, intelligent, il a une bonne situation, une « presque quarantaine » épanouie. Bosseur mais aussi dragueur et superficiel avec les femmes, un rien hâbleur et assez sûr de son charme pour ne pas se « pencher » sur celles qu’il séduit. D’ailleurs, la plupart du temps, il ne retient pas leur prénom et assez rapidement les trompe avec une nouvelle conquête. Si vous lui en parlez, il vous expliquera qu’il ne trahit personne vu qu’il n’a rien promis, qu’il se veut libre, que la vie est courte, que les engagements ce n’est pas pour lui etc …

Présenté comme ça, il n’a rien d’attachant. Un de ces hommes qu’on tient à distance sauf si on cherche un petit en cas dans une soirée tristounette tout en sachant que ce sera sans lendemain ou avec des lendemains très courts

Un jour, notre homme achète une habitation en Normandie, près d’Evreux. Une de ces maison qui ont une âme mais cela il ne le sait pas. Pourquoi l’a-t-il acquise ? Besoin de souffler loin du tumulte de la capitale ? Besoin de se poser et de se créer des racines ? Besoin d’aller, sans s’en rendre compte, chercher ce qu’il a laissé au vestiaire ? Toujours est-il que cette humble demeure, un peu désuète, va l’intéresser puis le fasciner. Tout ça à cause d’un coffret en bois renfermant des lettres qu’il découvre dans une armoire….

Ce roman m’a pris dans ses rets et je suis restée lovée dans mon canapé, sous le charme, à enchaîner les pages sans le lâcher. D’abord, parce que les courriers m’ont beaucoup plu (j’apprécie toujours autant le style épistolaire) et également parce que l’évolution de Marc est intéressante et ce qui l’est encore plus, c’est de constater ce qui va le transformer. De plus, l’histoire n’est ni convenue, ni « fleur bleue », elle porte en elle des valeurs mais sans faire la morale. Il y a des rebondissements juste ce qu’il faut pour maintenir le rythme et ensorceler le lecteur. Le contenu n’est pas aussi simple qu’on peut l’imaginer, et tout s’enchaîne et s’explique à merveille.

L’écriture de l’auteur est délicate, aérienne, envoutante, notamment pour les courriers qui sont d’une grande profondeur et en opposition totale avec le personnage principal qui est léger et peu sérieux en amour. Ève-Lyne Monnié a su trouver le bon ton face aux différentes formes d’écrits qu’elle aborde et face aux diverses situations évoquées. « Il essayait de se raisonner, mais par la porte entrouverte au plus profond de lui, des sentiments s’étaient échappés. [….] Il lui fallait juste un peu de temps et de sommeil pour se reprendre et ranger soigneusement tout ça dans sa tête. Demain, il serait à nouveau maître de sa vie… »

J’ai énormément apprécié cette lecture. Elle a été réconfortante, agréable, et même beaucoup plus, elle m’a apporté un grand moment de délicatesse, une pause toute douce pleine de tendresse que je ne pouvais que partager avec vous…..

* page 91 du livre