"Game Over" d'Isabelle Villain

 

Game Over
Auteur : Isabelle Villain
Éditions : Taurnada (16 Janvier 2025)
ISBN : 978-2372581424
256 pages

Quatrième de couverture

Une vieille dame meurt écrasée sous les roues d'un bus. Un nouveau fait divers dans les rues de Paris.
Cependant, d'autres « accidents » sont rapidement à déplorer, laissant présager que ces tragiques événements ne sont que les prémices d'un sombre dessein.
Le groupe de Lost se retrouve à la tête d'une affaire qui va bousculer toutes ses certitudes.
Frustration. Colère. Incompréhension. Impuissance…

Mon avis

Rebecca de Lost est commandant de police. Avec son équipe, elle mène des enquêtes de main de maître. Mais cette fois-ci, c’est très compliqué. Tout part de faits divers qui pris séparément n’éveilleraient pas forcément de soupçons et puis …. Les jours, les heures des décès similaires, toujours commis dans deux quartiers ciblés laissent à penser que tout cela n’est pas dû au hasard.

Qui agit ? Quelqu’un tire-t-il les ficelles dans l’ombre ? Comment sont choisis les victimes et surtout pourquoi ? Dès le début on perçoit que les enquêteurs ne savent pas par quel bout commencer leurs investigations. De plus, Rebecca est préoccupée par une découverte en lien avec sa famille. Elle ne sait pas ce qu’elle risque de mettre au jour et cela la perturbe énormément. À tel point que ça joue sur son travail et que ça interfère. Est-elle moins performante à cause de tout ça ? Elle ne veut pas en parler et pourtant les collègues la sentent moins disponible et se posent des questions… Ne risque-t-elle pas de faire des erreurs, d’oublier une procédure ? Est-elle consciente de son état ? Pourquoi ne se confie-t-elle pas à son compagnon, à ses coéquipiers ? Son silence crée un mal être et ce n’est pas bon.

J’ai trouvé cet aspect de l’histoire très intéressant. Il nous montre l’humanité de Rebecca, les limites entre vie privée et professionnelle. Le point de rupture et comment tout cela s’enchaîne, se noue, se tisse. Elle n’est pas infaillible, elle est comme tout le monde, elle a des forces et des faiblesses. Mais dans son métier, il faut agir vite et bien, ne pas se tromper et surtout pour cette affaire, arrêter ce qui semble être une spirale infernale que personne ne maîtrise.

L’écriture fluide, addictive, d’Isabelle Villain entraîne le lecteur, la lectrice, dans les méandres d’une aventure terrible. On sait que les réseaux sociaux peuvent être dangereux, voire manipulateurs, on n’ose pas penser que ce pourrait être possible et pourtant… Il en faut peu pour embobiner quelqu’un qui se cherche, qui a besoin d’un but dans sa vie, qui a subi des traumatismes. Lorsque l’individu a le sentiment d’être, enfin, compris et écouté, il est prêt à tout pour obtenir des réponses, de l’adrénaline, une certaine forme de reconnaissance.

Ce nouveau roman fait froid dans le dos, la tension monte au fil des pages. Est-ce que c’est possible de stopper la folie des hommes ? L’auteur donne des explications à une partie de l’engrenage qui se met en place et qui conduit à ses exactions terrifiantes, mais on se demande sans cesse comment on peut en arriver à de telles horreurs…. Et pourtant, on connaît des réalités qui ne sont pas loin de cette fiction… Brr …

J’ai suivi la course poursuite des gendarmes, la quête personnelle de Rebecca (avec une incursion dans le passé captivante), plusieurs thèmes sont abordés, tels les liens familiaux, les non-dits, le passé qui nous hante, la culpabilité, les dangers du numérique lorsqu’on est inactif et réceptif parce que trop isolés.

Un récit particulièrement réussi !

"Les bons sentiments" de Karine Sulpice

 

Les bons sentiments
Auteur : Karine Sulpice
Éditions : Liana Levi (6 Février 2025)
ISBN : 979-1034910403
176 pages

Quatrième de couverture

Nuit de Noël. Dans les locaux de l’Association, une prise d’otage est en cours. Julien, employé de l’organisation caritative, retient trois de ses collègues sous la menace d’une arme. À l’extérieur, la commandante Maurane Le Queuvre a écourté sa soirée de réveillon pour négocier la libération des prisonniers.

Mon avis

Maurane Le Queuvre est commandante de police, elle aime son métier et sait très bien que, parfois, elle n’a pas le choix, elle doit aller sur le terrain parce qu’on a besoin d’elle. En cette nuit de Noël, elle est tranquille chez elle avec son mari et ses filles, le réveillon se passe au mieux, repas, jeux, sourires et bouderies, tout est conforme à l’habitude dans une ambiance sereine. Jusqu’à ce qu’elle soit appelée pour bosser. Une prise d’otages, même pas l’ombre d’une pensée de refus, elle doit foncer et agir au plus vite. L’obligation ? Négocier afin de libérer les prisonniers, limiter les dégâts pour l’homme qui tient trois collègues en joue, faire retomber au plus vite la pression.

Une fois arrivée, elle établit un contact téléphonique avec Julien, dit Ju. C’est lui, l’employé modèle qui devait assurer la permanence pour cette soirée du 24 décembre dans l’association caritative où il travaille depuis quelques années. Il était sur place lorsqu’il a, sans aucun doute, « pété un câble » en séquestrant ceux avec qui il collabore au quotidien. Qu’est-ce qui lui est passé par la tête ? Comment peut-on en arriver à de telles extrémités ?

C’est un lien ténu que Maurane tisse avec Ju. Elle sait faire, c’est son métier, mais la prudence s’impose. Ne pas lâcher la conversation, ne pas être trop inquisitrice mais s’intéresser quand même, trouver le juste équilibre. Obtenir des réponses, comprendre, faire avancer la situation vers une résolution mettant le moins de monde en danger. Ju déverse, se confie, se raconte ….

Dehors, devant les locaux de cet organisme, les badauds traînent dont une femme avec sa petite fille. On se demande bien si elles n’auraient pas mieux à faire que de rester là, au froid. D’ailleurs un policier leur conseille de rentrer et elles se dirigent vers l’immeuble voisin. Il s’avère que cette personne est une de celles qui sont aidées par ce groupe. Elle doit connaître Ju mais on ne lui demande rien à part de retourner à son domicile, au chaud. On sent malgré tout, de la détresse chez elle.

Les gens sont sur un fil, tout peut vriller en pensées ou en actes, d’un coup. Si c’est en actes, c’est beaucoup plus dangereux bien entendu. Karine Sulpice montre dans son roman les fragilités humaines, les non-dits par omission, qui font plus de mal que de bien. On croit protéger quelqu’un en ne disant pas tout et c’est le contraire qui se passe… Mais ça part d’un bon sentiment, n’est-ce pas ?

Ah les bons sentiments ! Met-on tous les mêmes ressentis derrière cette expression ? Ils sont censés nous porter, nous aider à faire de « bonnes actions », à bien nous comporter avec les autres … Comme un code de conduite… Mais ce n’est pas ça la vraie vie. Ce sont des rencontres qui soutiennent, d’autres qui détruisent, qui bouleversent, qui posent question, qui mettent mal à l’aise ou au contraire qui permettent de s’épanouir…

En nous présentant différents points de vue, l’auteur décrit les émotions et les réflexions de chacun, leur cheminement au cours de cette longue nuit mais également ce qui les a amenés ici et maintenant. Son écriture est précise, elle explore les caractères, tout ce qui fait que les situations s’enchaînent d’une façon et pas d’une autre. C’est bien pensé.

Ce livre fait moins de deux-cents pages mais il est très profond. Les personnalités sont fouillées, décortiquées pour qu’on cerne le pourquoi de l’évolution des faits. Je l’ai lu d’une traite et je l’ai trouvé particulièrement réussi !


"Coeur noir" de Silvia Avallone (Cuore Nero)

 

Cœur noir (Cuore Nero)
Auteur : Silvia Avallone
Traduit de l’italien par Lise Chapuis
Éditions : Liana Levi (6 Février 2025)
ISBN : 979-1034910359
450 pages

Quatrième de couverture

C’est dans les hauteurs d’un petit bourg de montagne qu’Emilia vient s’installer. De la maison d’en face, le maître d’école l’épie par la fenêtre, bien résolu à défendre son espace de tranquillité et à ne pas tisser des liens avec sa nouvelle voisine. La jeune femme finit pourtant par entrer dans sa vie, sans rien dévoiler d’elle-même. Pourquoi est-elle-là ? Quel est son passé ? Même la liaison amoureuse entre les deux trentenaires ne suffit pas à faire tomber les masques. Chacun sent cependant chez l’autre un abîme semblable au sien et une même certitude : le village de Sassaia est leur refuge, la seule solution pour échapper au passé et à un avenir auquel tous deux ont cessé de croire.

Mon avis

L’indicible, ce n’est jamais le moment où, l’instant bouleversant. C’est le lent, l’inexorable après. 

Sassaia est un village minuscule, quelques maisons, deux seulement habitées à l’année, par des hommes solitaires. Pour y arriver, il faut quitter la ville d’Alma et prendre un chemin à pied qui monte dans la forêt de châtaigniers. Si quelqu’un s’aventure dans ce coin, c’est vraiment par choix. C’est celui d’Emilia qui, un jour de 2015, accompagnée de son père, grimpe le sentier jusqu’à une bâtisse où elle s’installe, seule, avec ses bagages.

Bruno, le voisin d’en face, professeur à l’école du bas, ne voit pas cette arrivée d’un bon œil. Sa solitude, sa tranquillité, il y tient. Pourtant, il est un peu attiré, peut-être par curiosité, il se pose des questions. Qui est-elle et qu’est-elle venue faire dans ce coin perdu ? Il ne veut pas d’elle. Ça tombe bien, elle souhaite qu’on la laisse tranquille.

« Qui je suis, qui je veux être, je ne sais pas.
Je le déciderai pas à pas, en écoutant ce que me dit la vie. »

Quand Bruno intervient dans le récit, donnant son point de vue, il dit « je ». Pour les autres chapitres, c’est un narrateur. De chapitre en chapitre, des éléments se mettent en place, des informations du passé parviennent au lecteur qui assemble les pièces du puzzle, découvrant petit à petit ces deux personnages.

Ce sont deux vies brisées qui doivent se relever, qui essaient de reconstruire « l’après ». Cet après qui est souvent si douloureux lorsque le passé le hante, le ronge. Bruno et Emilia vont-ils réussir à dialoguer alors que chacun défend farouchement son indépendance et refuse de parler de l’avant ? Et puis, pourquoi se confier ? Pour dire ce qu’ils ont toujours tu ? Pour se libérer ? Pour être « vrai » et se dévoiler ? Peut-être pour vivre tout simplement …

« Une personne qui ne m’était pas étrangère, ou plutôt que j’avais gardée bâillonnée à l’intérieur de moi pendant tant de temps, à qui j’avais interdit toute forme et mesure de bonheur. »

Silvia Avallone est une grande écrivaine, elle tisse des histoires exceptionnelles. Son écriture profonde s’attache aux individus, elle leur donne vie, mettant des paroles très justes dans leur bouche, leur offrant des pensées intimes précises et des actes réalistes.

Ces deux êtres fracassés, cabossés, vont s’apprivoiser mais rien n’est simple. Dire oui à la rencontre, c’est prendre un risque…

« Si vous aimez une personne, vous ne pouvez pas faire abstraction de ce qu’elle est, et a été. Vous ne pouvez pas la diviser en parties, choisir celles qui vous conviennent. Vous devez l’accepter tout entière »

Ce qu’ils ont vécu est totalement opposé et on peut légitimement se poser la question de savoir s’il est possible qu’ils « s’acceptent »…

C’est avec beaucoup de doigté, de finesse, d’intelligence que l’auteur explore ces deux âmes qui souffrent. Elle les accompagne vers une possible résilience. Elle construit son texte avec quelques incursions dans le passé, apportant un éclairage sur Bruno et Emilia. Ils sont imprévisibles, leurs blessures ne sont pas cicatrisées et parfois la colère remonte à la surface et les pousse à des réactions inattendues …

Ce roman est bouleversant, tellement bien rédigé (merci à la traductrice !). Il nous touche au cœur, parce qu’il parle de la détresse humaine, de l’amour dans la famille, de la culpabilité, de tout ce qui détruit et construit les relations humaines, si complexes, mais aussi si belles … Un coup de cœur !

"Antoine, un fils aimant" de Sandrine Cohen

 

Antoine, un fils aimant
Auteur : Sandrine Cohen
Éditions : Belfond (6 Février 2025)
ISBN : 9782714404688
386 pages

Quatrième de couverture

À dix-sept ans, Antoine Durand est un lycéen brillant, sans histoires, qui grandit dans la banlieue huppée de Meudon. Jusqu’à ce dimanche de février où, dans la cuisine, Antoine pointe un fusil de chasse sur son père. Pour le braver, le faire rire, mais l’arme est chargée et le coup part. Xavier Durand meurt sur le coup. Enquêtrice de personnalité, Clélia Rivoire se charge du dossier. Son travail : retracer la trajectoire de vie du prévenu, comprendre les raisons de son passage à l’acte et apporter des pièces au dossier en vue du procès.

Mon avis

La justice devrait réparer, soigner, prendre en charge. Et non punir.

Il a dix-sept ans, il s’appelle Antoine, Antoine Durand, lycéen plutôt brillant qui veut apprendre le droit après son bac. Un jour, il appelle la police. Son père est rentré de la chasse et il l’a tué avec la carabine alors que sa mère et sa sœur étaient sorties dans le jardin pour récupérer du basilic pour la salade. Il semble froid, détaché de cet événement pourtant dramatique. Pourquoi a-t-il fait ça ?

C’est ce que Clélia Rivoire, enquêtrice de personnalité, est chargée de cerner. Elle doit comprendre le pourquoi du passage à l’acte. Pour elle, ce n’est pas anodin. Ce genre de geste s’inscrit dans l’histoire personnelle de l’individu, dans un « ensemble ». C’est ce qu’elle pense.

Étape numéro un, elle rencontre Antoine. Elle sent que quelque chose lui échappe. Il l’intrigue, elle a du mal à le cerner. Elle va creuser, questionner, aller plus loin que sa première impression. D’abord c’est son boulot, et puis, chez elle, c’est un besoin viscéral d’avoir tous les éléments. Elle a une intelligence en arborescence, elle suit un fil, puis un autre, elle est dotée d’une intuition exceptionnelle, mais il lui arrive d’être trop impulsive. C’est une pro dans son domaine. Sans doute parce qu’elle a une sensibilité à fleur de peau, ça l’aide et ça la dessert également. Elle a cette capacité à absorber et observer, permettant d’imaginer les différents scénarios afin de déchiffrer peu à peu ce qui a pu se passer. Mais, en parallèle, ce fonctionnement la ronge, d’autant plus que sa propre histoire est douloureuse comme on le découvre au fil des pages. Elle a un sens exacerbé de la justice.

« […} elle veut pouvoir décider seule ce qui servira le mieux la justice, pas celle des hommes, la sienne, celle qui prend en compte l’ensemble de l’équation d’un crime, pas seulement l’acte en lui-même [..] »

Elle va questionner Antoine, sa mère, sa sœur, ses copains de lycée. Elle ne lâche rien, c’est une femme d’excès, que ça soit dans sa vie, dans son travail, elle ne sait rien faire à moitié. Ses excès ne risquent-ils pas de la détruire ? N’est-elle pas hantée par la peur, des peurs ? Cette affaire envahit son quotidien jour et nuit.

L’écriture percutante de Sandrine Cohen nous permet de pénétrer les âmes des protagonistes, elle les fouille, comme Clélia fouille celles de la famille Durand.  Ce qui est impressionnant c’est que, tout comme pour l’enquêtrice, tout cela nous « colle » à la peau. Je me suis sentie « imprégnée » par ce que je lisais, j’aurais voulu donner mon avis, échanger avec tous ces individus, crier, pleurer, ou me taire parfois, tendre l’oreille, puis la main …

Les thèmes abordés sont très intéressants. Comment rompre la chaîne de la violence lorsque c’est un mode d’éducation ? Est-ce que ça se transmet lorsqu’on n’a vu que ça ? Quel est le poids du passé ? La place de chacun dans un couple ? Qu’est-ce qu’être libre ?

C’est avec beaucoup de doigté que tout cela est développé. Quelques incursions dans le passé permettent d’éclairer le présent de chacun. Clélia est attachante avec ses forces et ses fragilités. Antoine également, ainsi que sa mère. L’auteur insiste sur ce qui nous construit, elle souligne combien « savoir aimer » est essentiel pour grandir. Elle ne fait pas la morale, elle approche les personnalités de ceux qu’elle présente au plus profond et avec beaucoup de justesse.

Ce roman m’a bouleversée. J’ai eu le sentiment de lire un fait divers réel et ses ramifications. J’aurais pu être jurée et quelle aurait été ma conviction intime, qui aurais-je écouté ?  

"Berceuse pour Octave et Paul" d'Arthur Cahn

 

Berceuse pour Octave et Paul
Auteur : Arthur Cahn
Éditions : Christian Bourgois (6 Février 2025)
ISBN : 978-2267053371
256 pages

Quatrième de couverture

Paul, un musicien, et Fabien, son compagnon, vivent un bonheur doux avec leur fils adoptif, Octave. Mais un matin, tout bascule : Octave est retrouvé sans vie, victime d’un tragique accident domestique. Alors que Paul tente de survivre à l’insurmontable, son deuil intime est brutalement exposé. Une figure politique détourne le drame pour alimenter un discours de haine contre l’homoparentalité, plongeant Paul et son couple dans une détresse plus profonde encore.

Mon avis

Paul est musicien. Il a eu du succès mais depuis quelque temps, il a mis sa vie professionnelle entre parenthèses, par choix. Il l’a voulu, décidé. Avec son compagnon, Fabien, ils sont devenus pères. Bien sûr, ils auraient pu, dû -diraient certains- rencontrer des difficultés, deux hommes, ce n’est pas évident mais non. Oscar, un petit garçon d’un peu plus d’un an, les a rejoints pour leur plus grand bonheur. Oui, Fabien a sans doute plus « porté » le projet que Paul mais cet enfant ils l’ont souhaité, attendu, tous les deux. Il a transformé leur vie, ils l’aiment. Il remplit leurs jours et leurs nuits d’amour, de rires, de câlins, de chuchotements, de vie, surtout de vie !

Mais un matin, Octave n’est pas dans son lit. Le silence est lourd, terrible et terrifiant. Il est retrouvé mort. Tout s’écroule. Un stupide accident, rien à faire, c’est trop tard. Chacun des deux hommes va devoir apprivoiser le deuil, le faire sien pour continuer à avancer. Mais rien n’est aisé lorsqu’une famille perd un enfant. Ce n’est pas dans la logique des choses, ce n’est pas « normal », c’est injuste. Alors, entre les partenaires, il faut beaucoup d’écoute, de respect, de compréhension pour que le fossé ne se creuse pas.

Paul est connu et ce qu’il a vécu est mis en exergue, interprété. L’extrême-droite s’en mêle.
Un couple composé de deux hommes ? Vous voyez bien qu’ils ont fauté, qu’ils ont mal surveillé leur fils, qu’ils ne sont pas à la hauteur. L’homoparentalité ce n’est pas la norme, la preuve, ils ont failli.
La haine, les jugements hâtifs se déversent. C’est tellement plus facile de critiquer, de les offrir en pâture aux médias. Comment peuvent-ils réagir ? Que faire, que dire ? Ils ont déjà leur immense chagrin à gérer…

Ce livre est bouleversant. L’auteur décrit avec doigté le tsunami auxquels sont confrontés les parents qui perdent leur enfant. Les démarches à faire, manger, dormir alors qu’il ne respire plus, qu’il n’est plus là. En a-t-on le droit ? Et puis pour ce couple, les regards extérieurs, les attaques, destructrices, violentes. Fuir ? Se battre ? Se taire ? Hurler ? Comment peuvent-ils, doivent-ils faire face ? Ont-ils le même ressenti, la même approche de cette poussée médiatique qui s’ajoute à la béance, la perte de leur tout petit ? Où puiser la force de s’épauler, de rester unis, d’être un soutien pour l’autre alors qu’on perd pied ?

Tout cela les ronge, comme une rouille qui s’insinue partout, attaquant les points les plus cachés, mordant, blessant …

L’écriture de l’auteur est emplie de réalisme, c’est percutant, on est au cœur de cette histoire, les nerfs à fleur de peau, prêt à intervenir. Car oui, malheureusement, ça pourrait être vrai. Pas besoin de chercher bien loin pour savoir que ce genre de situation, même s’il s’agit d’une fiction, est très proche de ce qu’on peut voir dans notre quotidien.

Ce roman est un cri de colère, d’amour, de liberté de parole. Il permet de ne pas fermer les yeux, de ne pas oublier et d’entendre toutes les voix que quelques-uns voudraient étouffer et à que nous devons écouter avec respect.

"Longtemps je t'ai cherché" de Myrlène Sarrazin

 

Longtemps je t’ai cherché
Auteur : Myrlène Sarrazin
Éditions : ‎ L ET M PROD (17 novembre 2024)
ISBN : 978-2959665301
220 pages

Quatrième de couverture

« Vivre, c’est crier ».

Pour l’auteure Myrlène SARRAZIN, ce livre est écrit pour partager certaines étapes de sa Vie, heureuses ou malheureuses, qui l'ont aidée à Vivre, à se Construire et à se Reconstruire. C’est un vrai parcours de résilience, sur des échecs et des souffrances terribles. Mais nous pouvons survivre aux pires épreuves et continuer à espérer. Car c’est bien la première leçon de cet ouvrage souvent déchirant, poétique, un vrai point d’appui pour que chacun trouve dans le combat de tout être humain une réflexion positive jusqu’à se tenir debout et repartir.

Mon avis

Dans ce livre, Myrlène Sarrazin se confie et en le faisant, elle espère aider d’autres personnes à vivre mieux. Ses écrits sont simplement des instants partagés, elle ne se pose pas en moraliste. Elle souhaite que son expérience, les « leçons » et conclusions qu’elle a tirées de son vécu permettent à d’autres de ne pas commettre les mêmes erreurs.

C’est bien construit car elle ne nous noie pas sous les mots avec un texte trop verbeux. Elle consacre quelques pages à ce qu’elle souhaite mettre en avant : quelqu’un de sa famille, l’un ou l’une de ses amis-es, un fait qui la concerne ou qu’elle a observé. Si nécessaire, elle utilise les caractères gras pour souligner le propos, souvent un ressenti, ou ce qui, pour elle, est important de garder en mémoire. Pour ne pas rester uniquement dans ce style d’écrits, elle glisse entre les différentes parties, des poèmes très qualitatifs. Ils lui ont sans doute permis d’exprimer, d’une autre façon, ses émotions. Ils sont très beaux, porteurs de sens.

C’est un peu une introspection, délicate et fine, une prise de recul sur sa vie. Elle a choisi de « grandir », de ne pas se laisser détruire malgré les difficultés, les obstacles, les peurs.

Écrire l’a aidée, l’a portée, l’a apaisée.

« À travers l’écriture, j’ai brisé la cage dans laquelle je m’étais enfermée … »

Je pense qu’elle a raison, poser des phrases sur le papier c’est ouvrir les vannes, les barrières, pour faire sortir ce qu’on a le besoin d’expulser. Je suis consciente que ce terme peut paraître fort mais je l’entends dans le sens « libération ». Elle s’est délivrée du poids du passé. Il n’a pas disparu, elle ne l’a pas oublié mais elle l’a laissé derrière elle, à sa place, et elle s’est appuyée sur lui pour devenir plus forte et continuer la route. Elle a trouvé son équilibre, l’amour et elle le dit joliment.

Ce témoignage peut être soutenant pour certains, certaines qui croient qu’ils, elles, ne vont pas s’en sortir, n’auront pas le droit d’être aimé -e -s, respecté-e-s et c’est certainement aussi efficace qu’un médicament. On peut relire si on a des doutes et ainsi se sentir mieux.

Une belle découverte !

"Les sept soeurs -Tome 8: Atlas: L'histoire de Pas Salt" de Lucinda Riley & Harry Whittaker (Atlas : The Story of Pa Salt)

 

Atlas : L'Histoire de Pa Salt (Atlas : The Story of Pa Salt)
Auteurs : Lucinda Riley & Harry Whittaker
Traduit de l’irlandais par Marie-Axelle de La Rochefoucauld
Éditions : Charleston (11 mai 2023)
ISBN : 978-2368128091
780 pages

Quatrième de couverture

Comme l’a souhaité leur père, l’énigmatique milliardaire Pa Salt, les sept sœurs d’Aplièse sont enfin réunies. C'est à bord du Titan, sur la mer Égée, qu'elles vont lui rendre un dernier hommage. Si chacune a découvert sa propre histoire, la véritable identité de leur père bien-aimé leur demeure inconnue. D’où vient cet homme qui les a élevées et quels secrets cachait-il ? Les réponses se trouvent peut-être dans le journal qu’il a laissé en héritage…

Mon avis

Voilà, j’ai fini le dernier tome de cette saga. Toutes les pièces du puzzle se sont emboîtées, les zones d’ombre se sont éclairées. Je sais pourquoi les sœurs ont été adoptées, je sais pourquoi leur père était si riche. J’ai découvert l’enfance de ce papa. Un début de vie parsemé d’embuches, de difficultés mais déjà « un petit bout d’homme » avec de la volonté. Et des rencontres qui ont déterminé son avenir.

Jalonné par les faits historiques de chaque période évoquée, on découvre les événements de son vécu dans le journal intime de Pa Salt que ses filles lisent. De temps à autre, on repart dans le présent et elles échangent sur ce qu’elles viennent de comprendre.

Bien sûr, ce n’est pas vraisemblable mais je crois pouvoir dire que peu me chaut. Le plaisir de la lecture a été important (j’ai fait attention à ne pas enchaîner les titres pour éviter toute lassitude). J’ai trouvé certaines histoires plus intéressantes que d’autres, moins prévisibles mais globalement c’était super bien pensé. Il faut reconnaître le travail de l’auteur de départ : Lucinda Riley puis de son fils pour terminer tout ça sans fausse note. Et c’est une belle réussite !

L’écriture est fluide, plaisante (merci à la fidèle traductrice). Je n’ai pas trop ressenti le fait que le fils de Lucinda avait pris le relais de sa maman pour conclure cette aventure. C’est d’ailleurs bien qu’il l’ait fait sinon on n’aurait jamais su !

NB : j’aurais bien aimé qu’il y ait une liste des personnages et le lieu où ils avaient principalement vécu.