"CULOTTEES" (volume 1) de Pénélope Bagieu


CULOTTÉES
Des femmes qui ne font que ce qu'elles veulent : Volume 1
Auteur :  Pénélope Bagieu
Éditions : Gallimard (22 Juin 2016)
ISBN : 9782070601387
144 pages

Quatrième de couverture

Guerrière apache ou sirène hollywoodienne, gardienne de phare ou créatrice de trolls, gynécologue ou impératrice, les Culottées ont fait voler en éclats les préjugés. Quinze portraits de femmes qui ont inventé leur destin.

Mon avis

Oserai-je écrire que ces femmes culottées « en ont » ?

Quinze portraits de femmes qu’il faut absolument découvrir ! Le dessin est vif, endiablé, le texte précis, percutant, documenté (quel travail de recherche pour l’auteur, bravo et merci).  Les vignettes ne sont pas surchargées « d’accessoires » et vont ainsi à l’essentiel, se mariant parfaitement avec le texte. Les personnages présentées ne sont pas forcément connus mais gagnent à l’être bien évidemment. Elles ont toutes d’une façon ou d’une autre, ouvert des voies pour que les suivantes soient reconnues dans leur droit, leurs choix, leur volonté d’exister dans ce qui les anime, les  fait vivre.

J’ai particulièrement apprécié de connaître l’histoire de Tove Jansson (j’ai lu tous les récits de Moumine le Troll qu’elle a créé) et sa phrase qui affiche ses priorités : « Seules la passion et la joie peuvent être honnêtes. Rien de ce qu’on m’a forcée à faire n’a jamais apporté de joie. Ni à moi, ni à ceux qui m’entourent. » Tout est dit et comme l’a écrit Hegel : « « Rien de grand ne s’est jamais accompli dans le monde sans passion ».

Ses femmes étaient portées par leur passion et des caractères exceptionnels ! Merci à Pénélope Bagieu de nous les présenter et de nous rappeler ainsi que personne n’a le droit de dicter le destin de qui que ce soit.



"Une seconde de trop" de Linda Green (While My Eyes Were Closed)


Une seconde de trop (While My Eyes Were Closed)
Auteur : Linda Green
Traduit de l’anglais (Grande Bretagne) pat Freddy Michalski
Éditions : Préludes (23 Mai 2018)
ISBN : 978-2253045618
450 pages

Quatrième de couverture

Un, deux, trois... Lisa Dale ferme les yeux et compte jusqu'à cent lors d'une partie de cache-cache avec sa fille. Lorsqu'elle les rouvre, Ella, quatre ans, a disparu. Sans laisser la moindre trace. La police, les médias et la famille de Lisa font corps pour retrouver la fillette. Mais si leur instinct les éloignait d'Ella ? Et si le ravisseur était connu d'eux tous ?

Mon avis

Si le thème est rebattu (la disparition d’un jeune enfant sur une aire de jeux), l’approche de ce roman est un peu différente de ce qu’on a l’habitude lire et de ce fait, l’intérêt est bien présent.

Trois entrées de lecture se déclinent alternativement au cours des chapitres. Chaque personnage parlant en disant « je » rendant ainsi le récit plus présent, plus réel. Il y a Lisa, la jeune mère de famille éplorée et sa culpabilité. Muriel et son esprit troublé que l’on voit sombrer petit à petit. Matthew, un adolescent  qui se cherche, qui a du mal à s’affirmer et qui rêve d’un avenir qu’il prendrait lui-même en main. L’approche psychologique de chaque protagoniste (et de ceux qu’ils côtoient) est très bien faite.  On sent que l’auteur a réfléchi pour rendre crédible les émotions, les tourments de chacun.  

De nombreux thèmes sont abordés. La reconstruction d’un être après le décès d’une personne aimée. Les choix que l’on fait dans une vie qui peuvent influencer de manière profonde le cours d’un destin. Tout ce qui fait que l’on peut être considéré (ou se considérer) comme une bonne ou une mauvaise mère. C’est notamment sur ce dernier sujet qu’une réflexion fouillée est présentée.  Comment gérer l’amour que l’on porte à un enfant ? Lui donner ce dont il a besoin, sans l’étouffer ? Le laisser grandir en vivant ses propres expériences sans le négliger pour autant ?  Trouver le bon dosage, la bonne distance dans sa relation avec sa progéniture peut sembler facile. Il n’en est rien. Parfois, on pourrait avoir tendance à faire culpabiliser son enfant, sans vraiment en être conscient et il aura alors des difficultés à se construire et s’approprier sa vie… Dans ces (ses) deux « portraits » de femmes, Linda Green démontre toute la complexité d’être parent, car les pères ont eu aussi un rôle à jouer très important, vital même. Tout se doit d’être vécu en nuances, en tendresse pour que chaque membre d’une famille avance sur son chemin personnel, trouve sa place en lien avec les autres.

L’écriture de l’auteur est fluide (merci au traducteur), captivante, on peut se reconnaître dans différentes situations évoquées surtout si on est mère et ce qui se déroule sous nos yeux ne peut pas nous laisser indifférent.

C’est une lecture addictive qui m’a captivée et je reviendrai volontiers vers cet auteur.

NB: j'ai préféré le titre français au titre original ...


"Jesse le héros" de Lawrence Millman (Hero Jesse)


Jesse le héros (Hero Jesse)
Auteur : Lawrence Millman
Traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Claro
Éditions : Sonatine (15 mars 2018)
ISBN : 978-2355846700
220 pages

Quatrième de couverture

1968, Hollinsford, New Hampshire. Élevé par son père, Jesse a toujours été un outsider au comportement inquiétant, rejeté par les autres enfants du village. Avec l'adolescence, les choses ne s'arrangent pas. On l'accuse aujourd'hui d'avoir violé une jeune fille, on le menace d'un placement en institution spécialisée. Mais tout ce qui préoccupe Jesse, ce sont les images du Vietnam, qu'il suit obsessionnellement à la télévision, celles de cette guerre où est parti son frère Jeff, qu'il idolâtre. Lorsque celui-ci, démobilisé, revient au pays, rien ne se passe comme Jesse l'espérait.

Mon avis

Ce livre, sorti aux Etats-Unis en 1982, vient seulement de paraître en France. Il se déroule en 1968, à Hollinsford dans le New Hampshire.

C’est un roman qui provoque plusieurs sentiments chez le lecteur. La surprise, le dégoût, une forme d’empathie malgré tout, une espèce  de fascination que certains qualifieraient de morbide ... C’est l’histoire de deux frères élevés par leur père. On ne sait rien de la mère si ce n’est qu’elle ne vit plus avec eux. Jeff, le grand, est parti faire la guerre au Viet Nam et Jesse, le petit, est fasciné par les images qu’il découvre de  ce conflit dans la télévision familiale. Il est persuadé qu’un jour, il apercevra son frangin dans le petit écran…Il n’attend que ça, scotché devant l’écran. Le père, qui n’arrive pas à gérer le petit, attend, lui, le retour du grand…. Mais Jeff lorsqu’il reviendra, sera-t-il le héros que tout le monde espère, pourra-t-il aider son paternel face aux nombreux problèmes que posent Jesse ?
Dès les premières pages, le malaise s’installe, le plus jeune des deux est bizarre. Il  est évident que certaines de ses réactions ne sont pas dans la norme mais les voisins bienveillants ont passé l’éponge. Jusqu’à quand ? On sent bien dans sa façon de raisonner, de communiquer, d’agir qu’il n’a pas un comportement adapté à la vie avec les autres pourquoi ? Est-il déficient mental, pervers, mal influencé ? A-t-il un problème psychique de personnalité ?

Comment a-t-il pu se construire sa propre identité avec un prénom si proche de celui de son frangin ? N’a-t-il pas l’impression qu’il doit toujours prouver quelque chose à ce dernier pour être « grand » lui aussi ? Pour abolir cette distance, due à l’âge, qui fait que lui, n’est pas parti à la guerre et ne pourra pas revenir en héros ? Pour être lui aussi un héros ? Est-ce que l’absence d’une figure maternelle et ce vase clos entre hommes a mis à mal la personnalité de Jesse et entraîné « des désordres » ?  On pourrait croire que je prends « sa défense », que je lui cherche des excuses…. Pas du tout, j’essaie de comprendre pourquoi il est comme ça…. D’ailleurs, je n’ai pas à m’en occuper, son père est là, qui le protège …. Et on se demande pourquoi  … Est-ce par amour ? Pour ne pas être dérangé ? Parce qu’il est en plein déni ? Parce qu’il a déjà trop souffert et qu’il essaie de s’accommoder de ce fils atypique ? 

Ce livre est assez court mais il est lourd de sens par son ambiance, son atmosphère, ses personnages  et son écriture (merci à Claro qui a traduit).  Tout est en style indirect, donc pas de dialogues « vivants », enflammés …. Il y a peu de femmes et la légèreté n’est pas de mise. Les faits sont graves, poisseux, et ne laissent aucune place à l’espérance. C’est noir, très noir et écrit de l’intérieur car nous avons les points de vue de Jesse ….Tout cela nous colle à la peau, nous envahit …. Et nous fait découvrir une Amérique où les gens semblent bien démunis pour éduquer leur enfant « différent » …..

Je n’avais jamais entendu parler de cet auteur et je ne sais rien de ses autres titres. Celui-ci est fort d’un style particulier qui le démarque et qui ne laisse pas indifférent. Le contenu est sombre, angoissant ce qui prouve que Lawrence Millman a du talent puisqu’on ressent tout ça.

"Le manuscrit - II : Le collectionneur" de Blanca Miosi (EL Manuscrito 2. El Coleccionista)

Le manuscrit II : Le collectionneur
Février 2017
Auteur : Blanca Miosi
Traduit de l’espagnol par Maud Hillard
ISBN: 978-2322132690
304 pages

Quatrième de couverture

Au XVIe siècle, le trafic d'or et d'argent provenant d'Amérique en direction de l'Espagne était fréquent. Les chargements traversaient la Mer du Nord depuis la Nouvelle Espagne (Mexico) ainsi que depuis la Vice-Royauté du Pérou. De nombreux navires firent naufrage dans la mer des Ténèbres, connue de nos jours sous le nom d'océan Atlantique. Leurs cargaisons se retrouvèrent dispersées au coeur de certaines îles et dans les profondeurs de l'océan, suite à des ouragans et des tempêtes, mais également à des attaques de corsaires et de pirates. Or, voilà que l'un de ces immenses trésors se trouve enterré dans une île proche des Bahamas. Cet endroit, ainsi que son environnement est décrit sur un minuscule parchemin que Giulio Clovio - le peintre miniaturiste le plus célèbre de l'Histoire - a dissimulé à l'intérieur d'une montre miniature, laquelle, conservant son secret, tombe incidemment, presque cinq cents ans plus tard, entre les mains d'un collectionneur.


Mon avis

L’ambition n’est rien de plus que l’ombre d’un rêve……


C’est un récit comme je les aime : du rythme, de l’action, de la recherche dans le style et la construction, des personnages atypiques mais crédibles et une écriture addictive. J’envierai presque la traductrice qui est la première à découvrir les intrigues de Blanca Miosi. Il faut d’ailleurs souligner son remarquable travail, il n’y a aucune faute de goût, d’accords ou autres….

Thomas, un jeune écrivain en manque d’inspiration fait une rencontre pour le moins étrange. Un homme lui prête un manuscrit qui semble incomplet et qui s’avère être plutôt « un livre magique ». En effet, soit les pages sont vides et ne contiennent pas une ligne, soit un début (prometteur) d’une intrigue existe (pour disparaitre ensuite) … Bizarre…. D’autant plus que ce recueil ne dévoile pas toujours la même chose. Il balade l’ écrivaillon d’époque en époque et le laisse régulièrement sur sa faim, avide de connaître la suite…..

Nous, pauvres lecteurs, sommes confrontés aux mêmes tourments que Thomas : le désir profond de comprendre, de savoir, et de posséder les éléments manquants d’une intrigue diablement bien ficelée. A la manière des poupées gigognes, les différentes dates s’imbriqueront pour nous donner un éclairage complet.  Quels que soient l’instant et le lieu où sont présentés les protagonistes, Blanca Miosi ne commet aucune erreur, ni sur les objets, ni les modes de communication ou les mœurs…..

J’ai beaucoup aimé cette lecture. L’auteur a l’art de me transporter dans son univers et une fois plongée dans son roman, il est difficile pour moi de le laisser. La construction avec le manuscrit qui sert de fil conducteur, de regard extérieur, de futur et de passé est un régal. L’écriture est fluide, enlevée, soignée et de qualité ce qui est loin d’être négligeable. Je pense que Blanca Miosi a énormément de plaisir à écrire car on le ressent dans ses textes.

"Opération « Rastreador »" de Blanca Miosi (El Rastreador)


Opération « Rastreador »
Auteur : Blanca Miosi
Traduit par Maud Hillard
Editions : Books on Demand (20 avril 2016)
Nombre de pages: 348
ISBN: 978-2322075966

Quatrième de couverture

Opération « Rastreador » oscille entre la passion d’un amour impossible et le respect du devoir dans un scénario conflictuel entre deux religions, deux manières de penser et deux façons différentes de voir le monde. Action, intrigue, haine et amour sont les ingrédients qui accompagneront le lecteur du début à la fin du livre.

Mon avis

Dualité….

Ancré dans une actualité brûlante, le récit de Blanca Miosi est une réussite. Une intrigue à la fois simple et complexe de par sa structure et ses protagonistes, une place pour l’amour et en toile de fond les choix de chacun et comment ils sont profondément liés à notre histoire personnelle.

Ce sont deux frères, deux hommes maintenant, qui devraient, à défaut de s’aimer, se respecter, ou du moins respecter les décisions qu’ils prennent en leur âme et conscience. C’est sans compter sur la jalousie, le mépris, l’arrogance également de l’un par rapport à l’autre…. Rien n’est aisé lorsque les intérêts divergent dans une même famille et on se dit que ce qu’évoque l’auteur n’est pas sans exister dans la vie de tous les jours. La droiture de l’un, le fanatisme de l’autre et aussi la femme, le meilleur ami …. qui se trouvent au milieu et qui ne savent plus sur quel pied danser…enfin c’est ce qu’on imagine…. En réalité, c’est beaucoup plus « travaillé ». Blanca Miosi n’a pas oublié la part d’ombre de chacun, et le fait qu’on n’est jamais blanc ou noir, que les nuances sont là et déstabilisent ceux qui pensent que tout est acquis…. Chacun des individus croisés dans cet opus a ses secrets et même le premier couple présenté, comme follement amoureux, se révélera surprenant….
Jouant sur tous les tableaux : guerre, trahison, amour, amitié, l’auteur nous emmènera au sein des réseaux d’Al-Quaïda, là où certains ont trouvé l’idéal qui leur manquait dans la vraie vie… Puis de l’autre côté, près de ceux qui luttent, qui essaient de démanteler tout cela….

Avec une écriture vive, à la mesure du rythme qu’elle donne à son écrit, elle nous entraîne à la découverte de ces hommes et quelques femmes aux personnalités déterminées, pointues. Les dialogues démontrent les ressentis de chacun face aux événements et la façon dont sont déterminées les options choisies.

C’est une lecture complète, sérieuse avec des questions importantes et un sujet grave d’actualité traité ici avec brio et doigté.

"L’Héritage - La fille d’Hitler" de Blanca Miosi (El Legado - La Hija de Hitler)


L’Héritage - La fille d’Hitler
Auteur : Blanca Miosi
Traduit de l’espagnol par Maud Hillard
Éditions : Les 2 encres (Avril 2015) (première édition en 2009 en Espagne)
Collection : Mémoire d'encre
Nombre de pages : 452
ISBN : 978-2-35168-701-7


Quelques mots sur l’auteur

Né à Lima (Pérou) d'un père japonais et de mère péruvienne , Blanca Miosi vit au Venezuela . Elle est l'auteur de Waldek , le garçon qui a affronté les nazis un roman basé sur la vie de son mari , un survivant des camps d'Auschwitz et de Mauthausen


Quatrième de couverture

Et si un inconnu offre de t’accorder ce que tu désires le plus ?
C’est ce qui est arrivé à Erik Hanussen, l’astrologue de Hitler. Peu de personnes intervinrent autant dans la vie d’Adolf Hitler que le mystérieux Erik Hanussen considéré, durant de nombreuses années, comme le plus grand voyant de Berlin et conseiller personnel du Dictateur.
Deux personnalités ambitieuses qui s’utilisèrent mutuellement pour obtenir ce qu’ils désiraient le plus. Mais... tout a un prix...
Hanussen aida Hitler dans sa fulgurante ascension au pouvoir ; cependant, il ne fut pas capable de contrôler les conséquences d’une descendance avec les mêmes gènes que le Führer.


Mon avis

Une saga familiale envoûtante

En commençant ce roman, je ne m’attendais absolument à une histoire aussi captivante, surprenante et intéressante. J’ai dévoré le contenu, souhaitant ne pas être dérangée pour avancer encore et encore.
Non seulement le récit est très bien construit, mais l’écriture est de qualité ce qui donne un ensemble d’un excellent niveau. Je ne sais pas comment les éditions des deux encres ont eu l’idée de faire découvrir cet opus mais ils auraient été dommage que ce livre ne soit jamais traduit en France.

On retrouve des personnages sur plusieurs générations et le poids du passé que chacun gère à sa manière, soit en fuyant, soit en faisant face, soit en se cachant, soit en construisant etc …. L’auteur as su parfaitement « placer» chacun de ses protagonistes dans une vaste toile d’araignée où les ramifications sont tellement bien mises en place qu’elles ne gênent en aucun cas la lecture. On n’est jamais « perdu », le lieu et la date sont indiqués au début de chaque chapitre et chaque individu est tellement bien « campé » dans son rôle qu’il n’y aucun risque de les confondre. Pour autant, tous ces gens ne sont pas caricaturaux, bien au contraire.
Il se définissent, comme tout un chacun, par leur caractère, leurs angoisses, leurs peurs mais également leurs forces, leurs convictions. Terriblement attachants, malgré leur part d’ombre (ou peut-être à cause de ça), on les suit, captivé par la façon dont ils progressent, accompagnant l’évolution de leur personnalité.
« Elle observait très attentivement tout ce qui se passait autour d’elle sans donner l’impression aux autres qu’elle savait quelque chose. C’était sa manière à elle de survivre. »

Le poids du passé, la rédemption, la peur de l’échec, la lutte pour la survie, le mensonge, les secrets de famille, les désirs profonds, le cœur ou la raison…tels sont les sujets qui défilent entre les pages. Tout cela dans un contexte historique parfaitement intégré, présenté, dévoilé. Bien entendu, il s’ agit d’une oeuvre de fiction ; de fait, Blanca Miosi a donné libre cours à son imagination pour les relations entretenues par Adolf Hitler et son mystérieux conseiller astrologue Erik Hanussen. Pour autant, on ne tombe pas dans l’irrationnel, dans la sorcellerie débridée où tout et n’importe quoi peut arriver. Et ça, à mon sens, c’est très fort, car parfaitement dosé.

L’auteur a une force d’écriture discrète, elle vous envoûte pas le recul qu’elle aborde sur les événements où ses protagonistes sont impliqués. Elle ne se contente pas de parler sur plusieurs générations d’une famille, elle essaie, et réussit parfaitement, de dire pourquoi les uns ou les autres se positionnent ainsi, à quoi sont dus leurs choix, parfois douloureux mais nécessaires à leur avis. Le narrateur ne fait jamais d’interprétation hâtive, les pensées et le cheminement de chacun sont très bien expliqués.

Dois-je préciser que la lecture de cet ouvrage a été un bonheur du début à la fin ? J’ai apprécié l’ intrigue, la façon d’aborder les différents thèmes, j’ai été captivée par les personnages (surtout les femmes de la famille). Le vocabulaire de valeur et le phrasé soigné de l’auteur (une mention particulière à la traductrice) ont fini de me séduire.

Pour moi, rien ne manque dans ce roman (ah si, peut-être une suite pour le plaisir de retrouver le style de cet écrivain que je viens de découvrir avec un immense plaisir), tout est présent pour en faire un coup de cœur….

"Mon amie Adèle" de Sarah Pinborough (Behind her eyes)


Mon amie Adèle (Behind her eyes)
Auteur : Sarah Pinborough
Traduit de l’anglais par Paul Benita
Éditions : Préludes (20 Septembre 2017)
ISBN : 9782253107880
450 pages

Quatrième de couverture

LOUISE
Mère célibataire, elle est coincée dans un quotidien minuté. Un soir pourtant elle embrasse un homme dans un bar… sans savoir qu’il est son nouveau patron.
DAVID
Psychiatre renommé et dévoué à sa femme, il regrette ce baiser mais ne peut s’empêcher de tomber amoureux de son assistante.
ADÈLE
L’épouse de David semble n’avoir aucun défaut. Si ce n’est de vouloir à tout prix devenir l’amie de Louise...

Mon avis

Voici un roman totalement addictif dans un (presque) huis clos, concernant principalement trois personnes : le mari, la femme, la secrétaire et maîtresse du mari. Les deux premiers sont riches (il est psychiatre), la dernière est une femme divorcée avec un fils qui fait tout pour s’en sortir au mieux.

Dès le départ, on est pris dans les rets, on ne peut plus lâcher cette lecture malgré le malaise indéfinissable qui s’installe, que l’on sent et qui va grandissant…. On se rend bien compte que certaines choses ne tournent pas vraiment rond mais on n’arrive pas forcément à définir quoi et surtout on s’interroge sans arrêt : qui ment, qui manipule qui, à qui peut-on faire confiance ?

Tout commence tranquillement, l’histoire s’installe avec un triangle amoureux rehaussé par le fait que les deux femmes risquent de devenir amies… Certains protagonistes exercent une espèce de fascination morbide sur les autres et tout est si lié qu’il est difficile de compartimenter.

Le roman est construit autour d’Adèle et de Louise qui parlent à tour de rôle en disant « je », et cela est complété par des retours en arrière apportant un angle de vue supplémentaire. Les protagonistes semblent assez classiques à première vue puis au fil des pages, on leur trouve une part d’ombre, on aimerait les secouer pour qu’ils crachent la vérité…Non-dits, mensonges, influences, tout est terriblement diabolique….jusqu’à une fin totalement époustouflante ! C’est là que je mettrai un petit bémol : elle risque de ne pas plaire à tout le monde mais au moins elle a le mérite de nous sortir des sentiers battus et de nous retourner comme une crêpe.

Trois ou quatre fois, j’ai trouvé des remarques un peu «surprenantes » et bien entendu, en découvrant la fin, tout s’est éclairé, pas forcément comme je l’aurais souhaité mais je comprenais chacune des phrases qui m’avait intriguée.

L’écriture est fluide (une bonne traduction), vive avec de l’action et des dialogues. Le contenu monte en puissance au fil des chapitres. On se sent sans cesse ballottés, prêts à prendre la fuite devant ces individus qui ont la fâcheuse tendance à nous filer entre les doigts et c’est le contraire qui se produit : on s’accroche, on saute des repas et on oublie de dormir car on veut connaître la fin….