"Crocodiles...Tango" de Chantal Figueira-Lévy


Crocodiles...Tango
Auteur : Chantal Figueira-Lévy
Éditions :  Passion du Livre (Mai 2018)
ISBN : 979-10-97531-23-2
346 pages

Quatrième de couverture

Qui y a-t-il de commun entre :
– Elizabeth dite Sissi, aristocrate autrichienne, flirtant avec Hitler.
Eva, sa fille, née en Argentine
– Cécilia, fille d’Eva, libertine, amoureuse du «se laisser vivre et ne rien faire».
– La Comtesse Luisa-Maria
– Liliana, dite Lilia, sa fille, qui surnage dans les eaux troubles de sa famille.
Et puis, quelque quatre ondines, blondes à souhait et échouées, qui, des falaises portugaises aux côtes espagnoles et françaises, posent problème à Interpol …

Mon avis


C’est un roman comme on les aime : intéressant sur le fond qui aborde plusieurs thèmes (notamment  la question du judaïsme approchée par petites touches, de façon très intelligente par l’auteur)  et complet sur la forme : style et écriture fluides, addictifs, de qualité.

On commence fin Août 2000, avec une jeune femme découverte morte au Portugal. Apparemment, c’est un suicide et la personne chargée de l’enquête, très peu motivée, n’a pas envie d’aller chercher plus loin. Classer l’affaire vite fait, bien fait, serait la solution idéale. Oui, mais…. Ce n’est pas tout à fait comme cela que les événements vont évoluer car d’autres voudront aller plus loin. En parallèle, on fait connaissance avec Liliana qui va bientôt se marier et dont la mère est en fin de vie. C’est la seule personne qui la rattache à ses racines puisqu’ elle ne connaît pas ses grands-parents ni d’un côté, ni de l’autre .... Au décès de sa mère, Liliana se retrouve à la tête d’une fortune, mais elle est surtout, subitement,  confrontée à des tas de questions sur son enfance, son père, la vie de sa génitrice et les liens avec  une famille dont elle ignore tout. Qui était vraiment celui que sa mère a aimé ? Lui a-t-on caché des choses essentielles ? Elle est fiancée à Paul-Antoine, qui a des parents charmants, il l’aide à faire face à cet état de faits pour le moins déstabilisant.

Ces deux histoires vont nous emmener jusqu’en Argentine, au Portugal et pas seulement…. L’intrigue est fouillée, travaillée, elle mêle astucieusement quelques personnages historiques à ceux à qui Chantal Figueira-Lévy a donné vie. Comme ils sont nombreux, l’auteur a pensé, dès le début,  à nous rappeler leur nom et qui ils sont,  sans que cela nous indique quoi que ce soit pour la lecture. C’est un simple mémo qui peut s’avérer utile si on ne lit pas tout assez rapidement.

L’ensemble est parfaitement maîtrisé dans ce récit et lorsqu’on y réfléchit, cela n’a rien d’évident. Non pas qu’il soit difficile de suivre et de comprendre les faits mais il ya pléthore d’informations, il se passe toujours quelque chose et il faut bien rester au contact des protagonistes pour ne pas les perdre de vue et ainsi suivre tous les indices donnés au fil des pages car il y a de nombreuses ramifications.

 Le phrasé vif, trépidant, de l’auteur est atout pour donner envie de lire sans pause . C’est une excellente lecture !

"La vengeance des mères" de Jim Fergus (The Vengeance of mothers)


La vengeance des mères (The Vengeance of mothers)
Les journaux de Margaret Kelly et de Molly McGill
Auteur : Jim Fergus
Traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Jean-Luc Piningre
Editions :  Cherche-Midi  (22 septembre 2016)
ISBN : 978 2 7491 4329 3
392 pages

Quatrième de couverture

1875. Dans le but de favoriser l'intégration, un chef cheyenne, Little Wolf, propose au président Grant d'échanger mille chevaux contre mille femmes blanches pour les marier à ses guerriers. Grant accepte et envoie dans les contrées reculées du Nebraska les premières femmes, pour la plupart " recrutées " de force dans les pénitenciers et les asiles du pays. En dépit de tous les traités, la tribu de Little Wolf ne tarde pas à être exterminée par l'armée américaine, et quelques femmes blanches seulement échappent à ce massacre.  Parmi elles, deux sœurs, Margaret et Susan Kelly, qui, traumatisées par la perte de leurs enfants et par le comportement sanguinaire de l'armée, refusent de rejoindre la " civilisation ".

Mon avis

Seize ans après « Mille femmes blanches »,( un chef d’œuvre), et sous la pression de ses nombreux lecteurs, Jim Fergus s’est décidé à écrire une suite (qui sera suivie d’un troisième livre).  Reprendre la plume lorsqu’un premier tome a été encensé est toujours difficile, délicat et risqué…. L’auteur est attendu « au tournant », et la pression est énorme.

Jim Fergus qui est comme d’autres écrivains américains, plus connus en France qu’aux Etats-Unis, parle un français de qualité (je l’ai rencontré à la Fête du Livre de Saint-Etienne) mais malgré tout, il a écrit en anglais et a été traduit (de fort belle manière d’ailleurs ). Il explique souvent aux journalistes que la plupart des Américains ne connaissent rien à la vie des Indiens, et qu’ils n’ont pas idée des massacres subis par ces peuples. C’est bien dommage, et c’est encore plus triste que Monsieur Fergus soit peu lu dans son pays….car ses habitants continueront de fermer les yeux et d’ignorer….Pourtant Jim Fergus est un merveilleux conteur….

J’ai été captivée, envoûtée par Mille femmes blanches et j’attendais cette suite avec impatience. Mais je n’osais pas me lancer tant j’avais peur d’être déçue.

J’ai retrouvé l’écriture magique, poétique, porteuse de sens de l’auteur.
« Un mot à propos du vent… […] N’est-ce pas lui qui préside au découpage des terrains, qui modèle les plaines à son image, tel le peintre avec sa brosse, ou le sculpteur ciselant la pierre avec son marteau et son burin ? »

J’ai apprécié ces femmes battantes, parfois vengeresses, qui ne se laissent pas impressionner et qui veulent vivre. Elles sont au milieu de nulle part, face à des inconnus et elles arrivent, pour certaines, à manier l’humour, à continuer d’espérer et de croire qu’elles vont s’en sortir.  On pourrait reprocher des personnalités un peu « clichés » : la coincée, la lady, la risque-tout, la timide, la leader …. Mais c’est comme ça dans la vie de tous les jours…..alors pourquoi pas ?

Il y a deux narratrices principales, les deux femmes dont les carnets ont été récupérés.  Elles ne sont pas issues du même milieu et elles ne s’expriment pas de la même façon. L’auteur a parfaitement adapté le vocabulaire, le phrasé, le style à chacune. Elles n’appréhendent pas forcément les événements de la même façon et le ton peut être sérieux, frôler la dérision, être plein de questions, cacher la réalité pour essayer de l’esquiver ou de diminuer la gravité de ce qui se passe.  L’approche du récit par ces journaux intimes a, pour moi,  moins de rythme qu’un « récit en direct ».
Toutefois ces « mères courage » sont merveilleusement décrites et même si le texte n’a pas la puissance de Mille femmes blanches, les portraits de ces femmes méritent amplement le détour.

Monsieur Fergus ne nous faites pas attendre seize pour la fin de cette trilogie, s’il vous plaît !!!

NB : J’aime beaucoup l’idée de la couverture pour faire connaissance. Et j’ai particulièrement apprécié le début et la fin du roman… Quant à la photo de couverture ….superbe !

"Esquisse d'un pendu" de Michel Jullien


Esquisse d’un pendu
Auteur : Michel Jullien
Éditions : Verdier (Janvier 2013)
ISBN : 978-2864327097
192 pages

Quatrième de couverture

Rompant avec une tradition qui décrit l'atmosphère monacale des ateliers de copistes du Moyen Âge, ce roman met en scène un scribe très laïque, Raoulet d'Orléans - personnage réel, il fut l'un des copistes attitrés de Charles V -, bon vivant, hâbleur, peu chatouilleux sur les mystères de la religion. Animant un atelier familial au coeur de Paris, actuelle rue Boutebrie, il a pourtant copié des bibles à tour de bras mais, incapable d'établir le silence et de se concentrer très longtemps sur ses rectangles de parchemin, il a pour habitude de fréquenter les tripots des barrières, ceux de Montfaucon notamment, le grand gibet de Paris.

Mon avis

Une approche très originale du métier de copiste

Avec un vocabulaire recherché, d’époque, ce qui lui donne un air ancien, des phrases longues et travaillées, ce roman nous entraîne dans le monde des copistes.

Beaucoup de phrases commencent par un complément, un adjectif ou un participe passé, parfois sans verbe, demandant une concentration maximum au lecture voire une redite pour bien appréhender le contenu.
« Autres habits, même tendance, chamarré du col aux chevilles, dominante amande et bleu dragée, quelques rubans de lus ou de moins un peu partout et ces poulaines encornées au bas des jambes, moulant le pied. »
Ce n’est pas chose aisée que de se plonger dans ce livre. Si le thème et sa façon de l’aborder sortent de l’ordinaire, le phrasé risque d’en rebuter plus d’un.  Il y a pourtant beaucoup d’humour dans ce récit, mais il faut presque le « décoder », enfin pas toujours, lorsque l’auteur fait une comparaison avec le touring-club, c’est parfaitement abordable ;-)

J’ai apprécié le fait que Raoulet d'Orléans ne soit pas « coincé », qu’il se permette quelques fantaisies dans son travail dont « les petites lucarnes horizontales distribuées au gré du texte. »

Je ne serais pas aller, de moi-même, vers cet opus mais je ne regrette pas ma découverte, ne serait-ce que pour le style et l’écriture qui se démarquent totalement. Il y a moins de deux cent pages mais prévoyez un peu de temps pour savourer ce texte….

"La captive aux yeux clairs" de A.B. Guthrie (The Big Sky 1 )


La captive aux yeux clairs  (The Big Sky 1 )
Auteur : A.B. Guthrie
Traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Jean Esch
Préface de James Lee Burke et postface de Bertrand Tavernier
Éditions :  Actes Sud   (1er  octobre 2014)     
ISBN :978 2 330 032081            
500 pages      
  
Quatrième de couverture
En 1832, Boone Caudill et ses amis trappeurs rejoignent une expédition vers le Haut-Missouri, vaste région sauvage où vivent les Indiens Blackfeet. Teal Eye, une jeune Blackfoot, fait partie du voyage. Va-t-elle pouvoir servir de "cadeau" pour les Indiens qui défendent farouchement leur territoire ?

Mon avis

Un bon pavé pour l’été, rien de tel pour lire avec plaisir et se sentir rapidement dépaysée!

Nous sommes en 1832, dans l’Ouest américain beau et sauvage, aux paysages immenses, démesurés dans lesquels vivent des indiens. Mais les « blancs » veulent installer leur commerce, leur comptoir, coloniser le territoire petit à petit et certains « oublient » de discuter avec les autochtones qui défendent alors leurs terres. Boone Caudill est un jeune paysan qui suite à une raclée de trop, décide de prendre la route pour rejoindre son oncle Zeb, un trappeur. Ce dernier porte une part de rêves qui fait envie au jeune homme et cela le motive tout au long de sa fuite. Pas facile de   se retrouver sur les routes, on n’y fait pas que de bonnes rencontres, Boone l’apprendra à ses dépends. Il va faire connaissance avec deux compagnons : Deakins un jeune comme lui mais moins fougueux, plus raisonnable et Summer, un vieux sage, habitué des longues pérégrinations. Et bien sûr, Teal Eye, la seule femme ayant de l’importance dans ce récit.

C’est un voyage ardu, semé d’embuches mais jamais Booen ne lâche des yeux le but qu’il s’est fixé. Il démontre un caractère, une résistance à toute épreuve. Il est impressionnant. Parfois, on voudrait qu’il calme son ardeur car trop c’est trop et l’impulsivité n’est pas forcément bonne conseillère,  mais il ne peut pas, cette façon d’être fait partie de lui. C’est l’épopée de cet homme qui nous est présentée. Il a une telle présence dans les pages qu’il ne peut que nous captiver. Dès les premières lignes, on rentre dans l’histoire, happée par le contenu. Les descriptions sont magnifiées par une écriture sublime, forte et puissante.
« ‒ C’est un sacré pays, là-haut, il paraît.
Summers le regarda et sa bouche esquissa un sourire.
‒ Sauvage. Sauvage et beau, comme une vierge. Quoi que tu fasses, tu as le sentiment d’être le premier à le faire ».
L’amitié masculine, rigoureuse qui se tisse entre les protagonistes et les situations auxquelles ils sont confrontés maintient le lecteur dans le récit. Je n’aurais jamais imaginé qu’une « histoire de cow boys et d’indiens »  soit aussi belle…. Il n’y a pas un seul temps mort, pas une longueur tant les présentations de la nature, de l’atmosphère, des relations entre les uns et les autres sont décrites dans un style vif, rythmé, porté par un phrasé envoûtant et des dialogues bien vivants. Les indiens sont droits dans leurs mocassins, fiers et ténébreux…. La nature tient de la place, comme un personnage à part entière et pas seulement en toile de fond, elle vibre, murmure, se fâche, s’impose, se retire, se tait …. Elle est « présence »…..

J’ai vraiment beaucoup aimé ce livre, il dégage quelque chose qui le rend inoubliable, il se laisse découvrir, se savoure et on le quitte à regrets ….

A noter : Beaucoup de personnages et d’événements de  cette histoire sont inspirés de l’expédition d’Andrew Henry en 1829.
C’est le  premier tome de la très célèbre série ­« The Big Sky » de A. B. Guthrie, texte fondateur de “l’école du Montana”. Ce roman a donné naissance à un film avec Kirk Douglas. L’auteur a reçu le prix Pulitzer en 1950 et on peut, légitimement, s’interroger sur le pourquoi d’une traduction et d’une mise en avant si tardive…..



"Ophélio L'oiseau prodige" de Patricia de Boysson



Ophélio      L’oiseau prodige
Auteur : Patricia de Boysson
Éditions : La Bruyère (Novembre 2017)
ISBN : 978 2 7500 1273 1
345 pages

Quatrième de couverture

Roman contemporain écrit sous la plume incisive d'Ophélio. Oiseau - prodige qui, sorti des nébuleuses de la captivité, découvre le règne humain et s'interroge sur les êtres qui l'entourent. De son sens aiguisé de l'observation, sa logique de comportement imparable, son humour décapant décrivant chacun de ses ressentis dans un style passant du mordant au poétique, ou sans intermède d'une colère endémique à un vague à l'âme prégnant ! Le tout rehaussé d'un langage coloré à nul autre pareil en laissant plus d'un pantois.

Mon avis

Ah si les animaux pouvaient parler !

C’est fou comme une petite boule de plumes peut changer une vie, des vies …. Et offrir un autre regard, une approche différente aux pauvres humains qui ne voient pas tout ;-)

Non pas qu’Ophélio et ses amis nous fassent la leçon, nous rappelant ce qui est important, quoique….
Dans ce roman, tour à tour, Perle, Ophélio, Saphyr s’expriment mais celui qui « parle » le plus c’est Ophélio, l’oiseau prodige. C’est lui qui avec un esprit pétillant, un regard perçant, un sens de l’observation affuté, nous fait part des faits et gestes de chacun. Le tout raconté avec  un humour décapant et une justesse étonnante.  Il est là, l’oiseau au milieu des hommes, provoquant des conversations sur ses facéties, mais aussi de mini-disputes ;-) A qui le nettoyage lorsqu’il y a des dégâts, aussi négligeables soient-ils ? Ah que de discussions !

L’auteur décrit ce lien qui se tisse entre l’animal et celui qui l’aime. Lorsqu’il vient manger dans sa main, abandonnant toute méfiance, c’est l’innocence, la confiance qui se bousculent…  Que comprennent nos amis à poils et à plumes ? Que sentent-ils de nos joies, nos peurs, nos tristesses ? Beaucoup plus qu’on l’imagine sans aucun doute et une chose est sûre : plus on les aime, plus ils nous aiment.

Avec une écriture et un style vifs, fluides et agréables, Patricia de Boysson nous offre un récit original, plein de fraîcheur et dans lequel, elle n’oublie pas par l’intermédiaire de son volatile préféré de nous rappeler que tout ce qu’on donne ou reçoit sans compter ne peut qu’être du bonheur à l’état pur !  

C’est une belle lecture et Ophélio est un oiseau plein de bon sens    ce qui manque parfois à certains hommes ;-)  et ce serait bien que ces derniers découvrent ce livre !

"Te retourne Pas, Handala !" d'Olivier Gérard

Te retourne Pas, Handala !
Auteur: Olivier Gérard
Préface de Jean-Claude Carrière
Editions: Kyklos (Mai 2010)
ISBN : 978-2-918406-07-5
270 pages

Quatrième de couverture

Marié à Sandra, une femme qui a embrassé le judaïsme et tenait à faire l’alyah – le retour en Terre Sainte – Asso se retrouve à gérer une boutique d’articles de sport au cœur de la plus riche colonie juive d’Israël, à deux pas de Jérusalem. Son existence monotone aurait coulé sans histoire… c’était compter sans l’irruption de celui qui fut jadis son mentor : Mossan, l’homme qui, en s’appropriant son adolescence au point de vouloir faire de lui son double, a suscité sa haine.
Pris entre deux fanatismes, jeté dans la tourmente qu’ils attisent, montré du doigt comme ancien protégé du milliardaire Mossan, Asso devient, à son corps défendant, le jouet d’un complot infernal.

 Mon avis

Avant de vous livrer mon avis, une petite parenthèse.
Je suis allée chercher sur internet les éditions Kyklos et là j’ai lu …. qu'elles se définissaient comme:
« la voix dissonante de l’édition »…

Voici un extrait de Fabrice Berthet, le directeur éditorial:
"Kyklos Editions, à l’image de son logo, définit sa politique éditoriale sans discrimination de temps, de lieu, d’identité, d’idée ou de style des œuvres qui forment son catalogue.
Son catalogue est constitué de titres multiples, éclectiques au sein d’une unité cognitive, en vue de poser les bases de l’intérêt et de la réflexion chez ses lecteurs.
La politique éditoriale de Kyklos Editions ne se cantonne ni géographiquement, ni culturellement.
Le ton des éditions est rigoureux, divertissant et intellectuellement stimulant. Si les ouvrages présentés s’avèrent dérangeants, Kyklos Editions en assumera les conséquences, s’opposant énergiquement à toute forme de censure, restant fidèle à sa voix dissonante par laquelle elle tente de séduire, sans forcément chercher à plaire."

Alors pourquoi "Kyklos" ? Kyklos en grec, signifie « cercle », « cycle »…. Je laisse à chacun de vous le soin d’imaginer une réponse… Peut-être l’éditeur nous la livrera t-il ?

Ensuite, ce titre : « Te retourne pas Handala ! ». Le verbe est à l’impératif présent. L’impératif ? Le mode du souhait, de la requête, des ordres, des interdictions, des obligations… Comment l’auteur la prononce t-il cette petite phrase ?
Déjà, elle est écrite en langage familier, la négation étant escamotée....
Est-ce qu’Olivier Gérard l’imagine hurlée, criée dans le style « non, surtout ne te retourne pas, attends que tout aille mieux », ou bien chuchotée, murmurée au milieu des bruits de la vie « chut, ne te retourne pas, ne regarde pas … » ou encore ?….
Handala, "l’amertume" …c’est une tristesse mêlée à du ressentiment …Handala est donc amer…à qui en veut-il ? Choisit-il de tourner le dos pour montrer qu’il est écœuré par les événements ? Dans la quatrième de couverture, il est écrit qu’il était au début le symbole de la lutte palestinienne mais que sa conscience s’est développé pour devenir celle d’une nation, puis de l’humanité toute entière…Le dessinateur d’Handala a été assassiné en 1987, il disait : « Ce personnage que j’ai créé ne disparaîtra pas après moi. Je ne crois pas exagérer en disant que je serai immortalisé à travers lui. » Il a reçu à titre posthume la « plume d’or de la liberté », tout un symbole....
Il est intéressant, au fil de la lecture, de noter qui prononce cette phrase et quand ... et éventuellement avec quel ton de voix...

Quatrième de couverture, titre … il y a déjà matière à réflexion, ouverture à l’autre (l’autre qui est mon frère même s’il est différent… ), désir de connaître, de comprendre, de pénétrer dans les territoires « là-bas » pour aller plus loin dans la réflexion…

Alors, on se laisse emporter par le roman, tellement "visuel" et d’actualité qu’on pourrait en faire un film. On suit les personnages, chacun avec ses convictions, ses choix mais aussi parfois ses hésitations, ses souffrances, devant l’incompréhension ou le doute. Qui a raison ? Qui a tort ? Ce n’est pas comme cela que se positionne l’auteur et c’est un vrai tour de force. On pourrait presque apparenter son roman à un documentaire. Il aurait pu mettre une carte géographique en index. Il explique ce qui se déroule sans parti pris. Les descriptions sont précises, "visuelles" et jamais trop lourdes, on peut ainsi "regarder vivre" chaque situation..

J’ai été marquée par Conrad, Gaï, le fils, qui se demande où sont ses racines. Il se sent déraciné…C’est terrible de se dire que l’on est de « nulle part »…. Il a dû mal à comprendre les choix de ses parents, que ce soit la religion ou au sens plus large "les choix de vie", d'ailleurs, son père sait-il précisément ce qu'il veut vivre? J'aurais voulu une autre vie pour Conrad ....

Et puis, cette phrase : « la guerre, c’est important, n’est-ce pas ? ». Et toute cette violence, que l'on retrouve dans le livre .... On a mal .... Savent-ils ceux qui se battent qu'une seule rencontre a pu changer le cours de leur existence et les entraîner dans le fanatisme?

L’écriture est alerte. Les chapitres courts s’enchaînent sans difficultés, chacun d’eux étant introduit par la date et le lieu, on situe tout de suite. Les personnages ont des caractères bien déterminés, chacun sa personnalité.

A travers ce roman, on découvre une représentation terrible d'un quotidien qui existe et qui se met à vivre sous nos yeux. Inutile de les frotter ... cette réalité là existe ...  

Cela entraîne plusieurs approches de lecture: en premier, le roman en lui-même; en deuxième, les réflexions que la lecture provoque: fanatisme, place de chacun, choix; en troisième, le retour sur nous-mêmes: "Et moi, qu'est ce que j'en pense, qu'aurais je fait, choisi, pensé, où sont mes racines ? ... etc..."

C'est un coup de coeur, mais un coup de coeur douloureux parce que je ne sais pas si Handala se retournera un jour ... Et je voudrais l'interpeller et lui dire: "retourne-toi, dis leur, ... explique leur que c'est possible, que la vie peut être belle, qu'il y a de la place pour vivre ensemble en harmonie, retourne-toi, parle en ouvrant les bras ... peut-être qu'ils comprendront ... allez Handala, essaie ... il faut continuer de croire en l'homme"....


"Le temps des femmes: Tome 1: Le salon d'Emilie" de Emmanuelle de Boysson


Le temps des femmes: Tome 1: Le salon d'Emilie
Auteur: Emmanuelle de Boysson
Éditeur: J'ai lu (9 Avril 2011)
ISBN: 9782290039403
 411 pages

Quatrième de couverture:

Dans les tourments de la Fronde qui traumatise Louis XIV enfant, Émilie, jeune Bretonne sans le sou, part tenter sa chance à Paris. Elle y devient préceptrice chez la comtesse Arsinoé de La Tour qui l'introduit dans les salons littéraires. Son ambition provoque la jalousie des précieuses qui manient aussi bien l'art de la conversation que la raillerie. Cette caste arrogante s'accommodera-t-elle de sa modeste condition ? Émilie tient son journal, tente de se protéger des coups bas, s'impose. Trouvera-t-elle la force de quitter son vieux mari, noble et fortuné, pour suivre Ronan, l'homme qu'elle aime, un poète libre et pauvre?

Mon avis

En regardant ce livre, une chose est certaine: si je l’avais vu en version broché grand format, l’illustration ne m’aurait pas fait envie… En éditions de poche, elle est plus attirante à mon goût.
Cet aparté fait, j’ai vraiment apprécié cette lecture.

D’une écriture qui peut sembler légère, mais qui reste «racée» (le vocabulaire de l’époque –nous sommes aux alentours de 1643-- y est employé avec intelligence et à bon escient: saviez-vous qu’un poulet est un billet doux ?), Emmanuelle de Boysson nous emmène dans les salons des dames de Paris où va se trouver propulser Emilie malgré elle. Jeune bretonne dont le père vient de mourir, très cultivée grâce à lui (elle sait lire et écrire, apprécie la belle littérature et peut en parler, un fait rare pour l’époque), elle va commencer comme préceptrice dans une famille bourgeoise où elle a été «recommandée». Prise en affection par une des dames qu’elle côtoie, elle sera ensuite introduite plus avant dans les «salons où l’on cause». Emilie est fine, intelligente, mais parfois son ambition l’a fait agir avec maladresse… Elle n’aura pas toujours la vie facile et ne pourra pas choisir son destin… Malgré tout, elle est volontaire, c’est une femme qui ne se laissera jamais miner par le chagrin quitte à tourner ses malheurs en dérision, elle essaiera de faire face.

C’est la société bien pensante de l’époque de la Fronde que nous croisons dans ce roman.
Les hommes sont un peu rustres, quelquefois violents car ils se sentent investis de la toute puissance. Les femmes font tout pour se retrouver entre elles, échanger des secrets, parler de lectures, des «amies» (quand elles ne sont pas là), de leurs beaux amants qui leur font découvrir le vrai plaisir….. Elles cherchent, adroitement, à se démarquer de leurs époux qui les considèrent comme des «potiches» (et peut-être aussi des «pouliches»)….

On pourrait croire que tout cela a un petit air suranné, vieillot à souhait et bien pas du tout!!!
Les descriptions sont très vivantes, entrecoupées de quelques pages du journal intime d’Emilie qui nous permettent de voir ce qui se passe sous un autre angle. On découvre les intrigues de la cour, les complots, la vie quotidienne (notamment le rapport à la médecine).
C’est l’époque où les femmes commencent à écrire et où les hommes se targuent d’être bien meilleurs qu’elles, se demandant de quel droit elles osent prendre la plume…
On croise des hommes (Corneille entre autres…) et des femmes ayant réellement existé et glissés ça et là (avec des références réelles) au cœur de l’intrigue.

C’est prenant, facile à lire, on redécouvre une période de l’histoire sans avoir de lourdeur dans le texte.
On s’attache aux pas de la jeune Emilie, on a envie de la voir grandir, de savoir ce qu’elle devient, de l’aider à trouver sa place dans la société, de la conseiller quand elle fait preuve de trop de fougue et en pâtit par la suite …
On voudrait qu’elle soit heureuse, tout simplement …