"Tout droit" de Philippe Paternolli

 


Tout droit
Auteur : Philippe Paternolli
Éditions : du Caïman (7 avril 2021)
ISBN : 978-2919066889
196 pages

Quatrième de couverture

Juin 2013, deux accidents mortels surviennent à un jour d'intervalle sur la piste de Silverstone lors des essais du Grand Prix de F1. 2016, un couple de tigres est retrouvé décapité au zoo de la Barben en Provence. On retrouve, entre autres, le portefeuille de Noël Texier, patron d'un puissant groupe de communication, dans la gueule du mâle, et les restes de Texier dans l'estomac du fauve. Vincent Erno est dépêché par le Cube (cabinet noir en marge des Services Secrets français) pour enquêter sur cette mort visant l'un des hommes les plus puissants de France.

Mon avis

C’est avec une écriture vive, puissante et dénuée de toute fioriture que Philippe Paternolli nous emporte dans son nouveau roman. C’est une œuvre de fiction, il est bon de le rappeler car certains faits ne sont pas sans rappeler des événements réels….

Grand prix de Formule 1, en 2013, lors des essais d’un grand prix, deux véhicules vont « tout droit » et loupent un virage, bilan : deux conducteurs morts. Pourtant il s’agissait de pilotes aguerris, dont les bolides sont révisés avec soin, régulièrement par des professionnels. Manque de maîtrise liée à la vitesse : accidents et affaires classées. On n’en parle plus.

Trois ans plus tard, un tigre a eu un festin peu ordinaire, il a dévoré Noël Texier, patron d'un puissant groupe de communication. Bilan ? Un homme mort et deux tigres décapités (mais ils avaient le ventre plein ; -), dont l’un a en gueule le portefeuille de l’homme mangé. Bien sûr, une version édulcorée de ce décès est servie aux médias et au grand public. Pas la peine de donner des détails sordides. Il faut malgré tout démêler les faits et pour cela il est nécessaire de confier cette mission à une grande pointure. C’est Vincent Erno qui est mandaté. Il travaille pour un « cabinet noir » des services secrets. C’est un personnage récurrent de l’auteur mais on peut découvrir ce recueil sans savoir ce qu’il a vécu auparavant (si besoin, un petit rappel est glissé). Il va collaborer avec les flics du coin et comme il est bien placé, il sait pas mal de choses sur eux (et ça, c’est vraiment amusant parce que ceux qu’il côtoie s’imaginent que leur vie privée est bien discrète et pfff lui, l’air de rien, il leur balance ce qu’il a appris avec désinvolture…)

Collaboration… le mot est peut-être un peu surestimé. Erno, c’est lui qui tient les rênes et qui décide. D’ailleurs quand il interroge les personnes liées à l’affaire (épouse, collaborateurs ou autres), il semble poser des questions qui ne font pas toujours sens pour ceux qui participent. Et il attend qu’on l’interpelle, il est persuadé d’en apprendre plus quand ça se passe comme ça. Et c’est intéressant de voir comment son esprit fonctionne dans ces cas-là.

L’enquête de Vincent va l’emmener dans différents coins de France et il reliera 2016 à 2013. Des hommes tirent les ficelles dans l’ombre, manipulent les uns et les autres dans un but précis. Il faut stopper ce qui peut être dangereux, négocier de temps à autre sans pour autant perdre la main. Il faudra toute la sagacité et tout le doigté d’Erno pour avancer et décrypter l’ensemble des événements.

Ce récit est court mais dense. Pas de temps mort, du suspense, de l’action, une pointe d’humour, des rebondissements et en filigrane une solide réflexion sur les possibles dérives du monde…. Politique, informatique, influence, certains utilisent leur force pour de bien mauvais choix….

Ce recueil captivant est là pour nous détendre mais on peut aussi penser qu’il nous rappelle d’être vigilant face aux dérives sinon on ne sait pas où on va mais on ira « tout droit »…..

"La prophétie de l’âge d’or -Tome 2 : Rédemption" de Néo Leuduc

 

La prophétie de l’âge d’or -Tome 2 : Rédemption
Auteur : Néo Leuduc
Éditions : du Saule (12 Avril 2021)
ISBN : 978-2356770387
352 pages

Quatrième de couverture

Année 2200 : l'apocalypse a eu lieu, le monde a sombré dans le chaos, les Hommes sont en voie d'extinction. Tristan, Lou, Euxane et Cheng continuent leur périple au gré des prédictions de Nostradamus. Leur but : sauver ce qui reste d'humanité. Dans ce monde de désolation, l'heure de la rédemption a sonné...

L’avis de Franck

Voici la suite et fin du tome précédent qu’il est nécessaire d’avoir lu si on veut apprécier tous les enjeux de ce roman.

On retrouve notre compagnie d’aventuriers juste après les avoir quittés dans le premier livre de ce diptyque.

L’écriture est toujours aussi agréable. On sent que l’auteur s’est bien renseigné sur les enjeux scientifiques, sociologiques et géographiques qu’il a mis en filigrane de son récit. Les explications sur les enjeux de la génétique sont claires et intégrées dans la continuité du récit sans en couper le rythme.

La violence, l’amour, l’humour et l’aventure sont présents au fil du texte ce qui en rend la lecture très plaisante.

Il y a encore une petite incohérence temporelle qui m’a gêné : la ville/camp fortifié retranché de Pandoras qui s’est construite et organisée en si peu de temps me rappelle la transformation physique quasi instantanée de Kita dans le tome 1. Mais là aussi, cela ne nuit pas au tempo de l’histoire.

J’ai particulièrement apprécié la fin.

Enfin une histoire qui respecte sa logique interne !

Nous ne sommes pas dans un conte de fées...

Tout le monde ne sera peut-être pas sauvé mais, comme le dit l’auteur dans les remerciements : « Nous avons tous un rôle à jouer sur cette terre ».

Et, après avoir tenu le sien tout au long de l’histoire, le héros accepte à la fin son destin ….


"Séquences mortelles" de MIchael Connelly (Fair Warning)

 

Séquences mortelles (Fair Warning)
Auteur : Michael Connelly
Traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Robert Pépin
Éditions : Calmann-Lévy (10 mars 2021)
ISBN :
452 pages

Quatrième de couverture

L’illustre Jack McEvoy, maintenant journaliste au Fair Warning, un site Web de défense des consommateurs, a eu raison de bien des assassins. Jusqu’au jour où il est accusé de meurtre par deux inspecteurs du LAPD. Et leurs arguments ont du poids : il aurait tué une certaine Tina Portrero avec laquelle il a effectivement passé une nuit, et qu’il aurait harcelée en ligne. Malgré les interdictions de la police et de son propre patron, il enquête et découvre que d’autres femmes sont mortes de la même et parfaitement horrible façon : le cou brisé.

Mon avis

Qu’est-ce que ça fait du bien de lire un bon Connelly ! Un vrai, travaillé, pas superficiel, avec une bonne intrigue et un sujet qui tient la route. Pas de Harry Bos, de Mickey Haller, de Renée Ballard, on retrouve Jack McEvoy, rencontré dans « Le Poète » du même auteur.

Il est maintenant journaliste pour un site de défense des consommateurs. Parfois, ses articles sont repris par de grands quotidiens. Il n’a plus que de loin en loin des contacts avec son ex petite amie Rachel qui était profileuse au FBI.  Un jour, deux policiers débarquent chez Jack et il est interrogé. Une jeune femme a été tuée et il s’avère que, quelque temps auparavant, il a passé la nuit avec elle. Prélèvement d’ADN et tout le tralala, ça ne lui plaît pas du tout à Jack. Il est un tantinet susceptible, un peu vif et soupe au lait. Il sait bien qu’il n’a pas assassiné cette fille qui est morte par DAO (décapitation atlanto-occipitale autrement dit on tord le cou jusqu’à ce que ça casse). Jack va prendre un peu de temps et en creusant l’affaire, il constate que d’autres femmes ont subi la même chose. Toutes avaient envoyé leur ADN à une société d’analyse….

Y-a-t-il un lien entre les tests ADN et les meurtres ? Si oui, pourquoi ? Comment agir ? Jack ne veut pas que l’affaire soit classée. Quitte à déranger la police, il mène une enquête parallèle pour comprendre, d’autant plus qu’il reste un suspect potentiel. Il demande de l’aide à Rachel pour essayer de cerner le profil de celui qui agit dans l’ombre.

Ce récit est vraiment captivant et intéressant. Déjà, il n’y a qu’une intrigue et on ne part pas dans tout un tas de directions, et puis, l’auteur nous offre différents points de vue, ce qui permet d’affiner les personnalités et les faits. Ce que suggère Michael Connelly lorsqu’il parle des études ADN n’est certainement pas improbable et ça fait peur. Peut-on vendre des informations personnelles, les étudier pour les recouper ? L’air de rien, il aborde des sujets graves, le cyberharcèlement, les dérives avec la protection des données et les recherches ADN  …. Jack se lance dans des investigations pointues et précises aidé par une collaboratrice du site et par Rachel. Il a l’intention de dénoncer tout ça et d’écrire plusieurs articles. Il faut savoir que Fair Warning est un site qui existe réellement et qui mérite d’être visité (d’ailleurs Connelly fait partie du conseil d’administration). C’est la preuve que l’auteur s’inspire du vécu pour son contexte. Est-ce que ça rend tout cela plus crédible ? Sans doute.

Le suspense est présent, l’histoire construite avec intelligence, l’enchaînement des événements tout à fait cohérent, bref, je le redis un très bon Connelly. L’écriture est fluide (merci à Robert Pépin !), même les explications sur l’ADN sont digestes. Je n’ai pas vu le temps passer et j’ai eu beaucoup de plaisir à découvrir ce roman.

 

 


"À l’abri du mal" de Sylvain Matoré

 

À l’abri du mal
Auteur : Sylvain Matoré
Éditions : Le mot et le reste (21 Mai 2021)
ISBN : 978-2361397968
312 pages

Quatrième de couverture

Au cœur des Pyrénées, dans la vallée de la Himone, coule la Lisette, cours d'eau dont la beauté n'est altérée que par la présence de l'usine Laely et de ses rejets toxiques. C'est sur la rive, non loin de ce monstre de ferraille, que le corps d'une jeune femme brûlée au troisième degré est retrouvé. L'hypothèse de l'accident chimique est sur toutes les lèvres. Convaincus qu'il ne peut en être autrement, Mélanie, une saisonnière idéaliste en manque de combats à mener, et son petit ami Abdel, ouvrier de l'usine et lascar repenti, vont se mettre en quête d'une justice que personne ne semble vouloir appliquer. Mais leurs espoirs seront bientôt piétinés par une imprévisible spirale de violence.

Mon avis

Comme un parfum de désespérance….

Dans cette vallée des Pyrénées, au cœur d’un petit village de montagne, il n’y pas grand-chose à faire. Mais la vie est calme, proche de la nature et la plupart s’en contentent. Surtout que l’usine Laely donne du boulot aux gens du coin. Bien sûr Jean-Paul Lanteau, le patron, n’est pas toujours très honnête dans sa charte de bonne conduite. Les déchets toxiques, censés être recyclés, sont parfois « échappés » dans la Lisette, la belle rivière sauvage qui coule à proximité. Mais on fait comme si on ne savait pas, et puis d’abord, il ne dépasse pas un certain taux et rien de grave n’en découle, n’est-ce pas ?

Sauf que ce jour-là, un corps féminin est retrouvé gravement brûlé, en partie dénudée, sur les berges. Un bain dans l’eau fraîche très polluée a-t-il pu provoquer de tels dégâts ? Ou est-ce autre chose ? L’enquête va commencer. Très vite, la police se questionne sur Laely et son personnel. D’abord faire le point sur les bidons de déchets dangereux, vérifier leur évacuation et tous ceux qui, dans l’entreprise, ont un lien avec cette tâche. D’ailleurs, parmi les employés, il y a Abdel, presque le profil idéal. Il a habité en banlieue, a participé à des trafics et a fait de la prison. N’aurait-il pas quelque chose à cacher ? Sa copine, c’est Mélanie, une fille toute maigre qui a traîné sur les routes et dans des squats avant de se poser là avec lui. Ce qui les unit ? En apparence un peu d’amour, un besoin de compter pour quelqu’un, des idées communes sur l’écologie, la tolérance et quelques autres combats bien actuels. Mais, si on creuse, je pense que ce qui les a rapprochés, ce sont leurs fêlures, leurs blessures invisibles. En prenant soin l’un de l’autre, ils se sentent, non pas investis d’une mission, mais utiles parce qu’ils « existent », ils ne sont plus « transparents ».

Justement, le décès de cette jeune femme va leur donner l’occasion d’agir. Il faut dénoncer les erreurs de la fabrique, ne pas oublier que la terre n’appartient pas à l’homme (c’est même le contraire), obliger le PDG à faire d’autres choix. C’est avec un autre couple, un peu désœuvré, Marco et Angèle, que la réflexion va être menée.  Un combat qu’il va falloir réfléchir en amont pour éviter toute erreur, des actions qui devront être discrètes mais virulentes et suffisamment parlantes pour que les débordements cessent.

Portés par leurs résolutions, Abdel et Mélanie ne renoncent à rien, ne baissent pas les bras. Ils refusent de se résigner, de laisser faire. La montagne et la nature autour d’eux sont tellement belles, il faut cesser leur destruction, surtout si cela entraîne des morts. Oui, ils ont peu de moyens mais, c’est le cas de le dire, ils soulèveront des montagnes et se remueront pour faire bouger les choses. Pendant ce temps, le PDG est blanchi, il n’a rien à se reprocher…. Paraît-il…. Mais qu’y- a-t-il sous les apparences bien lisses de cet homme et de sa société ? La lutte des jeunes gens n’est-elle pas vouée à l’échec ?

Cette lecture m’a captivée. J’ai apprécié l’omniprésence des Pyrénées, de l’environnement, des lieux présentés, tous sont évoqués avec beaucoup de doigté et d’intelligence. Ce n’est pas seulement l’aspect écologique, mais tout un ensemble qui démontre combien il est important de respecter le rythme naturel de chaque coin du monde pour vivre en harmonie. Ce roman policier, outre l’intrigue, est un véritable plaidoyer pour que le lecteur prenne conscience de certains faits. C’est très bien pensé cette « double entrée ». Les personnages ne sont pas trop caricaturaux, ils sont parfois dans le mal-être ou la toute puissance mais sans exagération. On comprend vite que certains vont être entraînés plus loin que ce qu’ils souhaitaient et qu’ils risquent de souffrir. L’écriture est belle, parfois poétique, enrichie par des approches très visuelles des lieux, j’avais presque l’impression de contempler des photos. L’atmosphère, teintée de désespérance, est lourde de sens. À nous de ne pas oublier, une fois le livre refermé.

 


"J’ai voulu oublier ce jour" de Laura Lippman (The Most Dangerous Thing)

 

J’ai voulu oublier ce jour (The Most Dangerous Thing)
Auteur : Laura Lippman
Traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Yoko Lacour
Les Éditions du Toucan (4 Décembre 2013)
ISBN : 9782810005316
432 pages

Quatrième de couverture

Il y a quelques années, ils formaient une bande d’amis, les meilleurs amis du monde. Mais le temps a passé et ils sont maintenant presque tous mariés, sont pris dans leurs vies de famille et se sont lentement perdus de vue. Jusqu’à oublier même leur terrible mensonge.
Mais quand Gordon, le plus attendrissant de la bande, meurt soudainement, tout s’écroule. Et les soupçons commencent à émerger….

Mon avis

Amateur de thriller glaçant, de suspense angoissant, d’enquêtes aux multiples ramifications, ce livre n’est pas fait pour vous ! Si vous cherchez un livre d’ambiance, d’évolution des relations humaines au fil du temps et transformées par un événement particulier, vous pourrez trouver votre bonheur….

Décliné en cinq parties (Go-go, nous, eux, pitié pour eux, pitié pour nous) de longueur inégale (la première ne faisant que quelques pages), ce roman nous entraîne de façon singulière au cœur d’une époque où les téléphones portables n’existaient pas et où les rapports entre les jeunes gens étaient simples, ceci pour ce qui est du passé. Le présent étant lui, bien plus complexe et compliqué…. En effet, le décès de l’un d’eux va remuer ce que chacun s’était appliqué à oublier.

Ils étaient cinq amis, trois frères, deux bonnes copines, et passaient beaucoup de temps ensemble. Suite à un fait, dont nous ne savons rien, chacun a suivi son chemin, différent de ce qu’il aurait pu être….
Laura Lippman sait à merveille se pencher sur les êtres, leurs tourments secrets, leurs questions, leur évolution, leur regard sur la société mais également sur les uns et les autres, sur les liens tissés qui se tendent, se distendent, se resserrent au gré du temps. Ceci est un point fort du roman ou comment le passé conditionne (empoisonne pour certains) le présent, ligotant l’expression d’une certaine façon surtout lorsqu’il y a un secret.

Car bien, entendu, il y a quelque chose de caché, évoqué entre les lignes, à mots couverts.
Alternant le passé et le présent, le style impersonnel (avec un narrateur extérieur) puis différent et particulier : un « nous » qui raconte alors que tous les individus sont nommés, comme s’il y avait une sixième personne…. Je crois pour rebondir sur cette formulation du « nous » que c’est volontaire de la part de l’auteur. Elle insiste, de nombreuses fois, sur le fait que les cinq compagnons forment, au début de leur amitié, un « bloc » serré et compact, d’où l’emploi de ce nous car aucun ne peut se mettre en avant pour « parler ». C’est leur histoire, leur vie….
De flash-back en flash back avec des pauses dans le présent, nous cheminerons avec les protagonistes et comprendront ce qui a provoqué l’éclatement du groupe.

Je suis immédiatement rentrée dans le récit, avide d’avancer dans les différentes directions et de savoir, j’ai lu d’une traite les deux cent-trente premières pages et puis une forme de lassitude s’est installée. L’écriture m’a semblé plus terne, plus redondante, les redites sur les personnages ne m’apportaient rien et au lieu de m’attacher à eux, ils ne m’intéressaient plus.

Laura Lippman dit que l’intrigue se déroule dans un coin qu’elle connaît bien… A-t-elle trop mis de ses souvenirs dans le texte ? Je ne sais pas. Toujours est-il que, bien qu’elle glisse çà et là, des choses ayant existé (l’ouragan de la Nouvelle Orléans) ou des faits de société marquants (l’homosexualité), tout ceci me semble trop « léger », pas assez fouillé, comme d’ailleurs l’âme de ses personnages. De plus, il aurait été intéressant d’en savoir plus sur l’attitude des parents. Leur place est assez obscure et méritait mieux pour en faire un vrai roman d’atmosphère.

L’ensemble n’est pas mauvais (la traduction m’a malgré tout posé quelques questions, certaines tournures de phrases me semblant « bizarres ») mais globalement, un manque de rythme et de profondeur en font un roman correct mais qui ne se détache pas et n’emballera peut-être pas les foules….

Je reste néanmoins persuadée que l’auteur a un excellent potentiel, je ne suis sans doute pas tombée sur son meilleur livre….

 


"Le dard du scorpion" de Douglas Preston & Lincoln Child (The Scorpion’s Tail)

 

Le dard du scorpion (The Scorpion’s Tail)
Auteurs : Douglas Preston & Lincoln Child
Traduit de l’américain par Sebastian Danchin
Éditions :  L’Archipel (20 mai 2021)
ISBN : 9782809841558
400 pages

Quatrième de couverture

Le corps étrangement momifié d'un homme est retrouvé dans une ville fantôme du Nouveau-Mexique. À son côté : une croix en or du XVIIe siècle datant de l'ère coloniale espagnole. L'archéologue Nora Kelly et Corrie Swanson, jeune agente du FBI, doivent déterrer l'homme pour l'identifier, déterminer les causes de sa mort et rechercher un éventuel trésor enfoui...

Mon avis

C’est dans « Tombes oubliées » des mêmes auteurs que Corrie Swanson, jeune recrue du FBI et Nora Kelly, une archéologue ont collaboré la première fois. Ces deux femmes sont complémentaires même si parfois elles se « titillent ». L’addition de leurs compétences les amènent à résoudre des situations parfois complexes. Elles ne travaillent pas ensemble et pour cette aventure, c’est Corrie qui fait appel à Nora. Corrie est une ancienne ado rebelle et cet aspect de sa personnalité ressort encore quelques fois. Elle a suivi les conseils de Pendergast (autre personnage récurrent de Preston & Child) et a intégré » le Bureau » mais elle n’a rien perdu de son caractère fougueux. Nora est veuve depuis peu, elle peine à se remettre de la mort de son époux et se donne à fond au travail pour oublier et s’occuper l’esprit. Il faut le préciser, même si on n’a pas lu le roman précédent, on comprend tout !

Nous sommes près d’Albuquerque, au Nouveau-Mexique, avec des paysages sublimes, parfois déserts (je regarde toujours les lieux cités pour voir s’ils existent mais également pour mieux m’imprégner du décor, il pourrait même y avoir quelques photos pour nous faire envie). Corrie, qui vient d’avoir un coup dur au boulot et qui a l’impression d’être mise sur la touche, est mandatée pour une nouvelle enquête. Elle va aider le shérif du comté de Socorro. Il a surpris un pillard, occupé à déterrer des restes humains dans un village fantôme, abandonné depuis des dizaines d’années. Comme elle est spécialisée en anthropologie médico-légale, elle lui sera d’une grande aide pour comprendre les raisons de cette mort qui remonte à très longtemps.

Aidée de Nora, Corrie se rend sur les lieux. Elles vont vite comprendre qu’elles dérangent. D’après la rumeur, ce coin isolé et perdu serait lié à un trésor. Mais d’abord pourquoi ce lieu a-t-il été totalement vidé de toute vie ? Que fait l’armée pas très loin de là, à surveiller, semble-t-il, les moindres faits et gestes ? Qu’en est-il des essais nucléaires qui se déroulent dans le coin ? Le trésor existe-t-il ? Il faudra des investigations minutieuses, beaucoup de persévérance également pour que ce duo féminin y voit plus clair.

J’ai vraiment apprécié ce récit. Je l’ai trouvé plus travaillé que les derniers du binôme d’écrivains. L’écriture est toujours fluide, accrocheuse, et le fidèle traducteur fait du bon travail car certains mots sont vraiment bien ciblés. Le contexte est intéressant, en lien avec l’histoire de la colonisation de l’état, la place de la religion, le respect (ou non) des communautés indiennes (les Pueblos entre autres). On réalise que, quelle que soit l’époque, l’appât de la richesse fait bien des dégâts. Pas mal d’hommes sont des machos dans ce livre, certains se moquent ouvertement de Corrie, remettant même en cause ses connaissances et ses qualités, ah l’orgueil de certains « mâles ». C’est très bien que ce soit des femmes qui aient plus de lumière. Toutes deux ont de l’humour, savent prendre du recul. Elles sont parfois un peu naïves mais tellement sympathiques ! Heureusement, le shérif Homère Watts est un homme ouvert d’esprit, à l’écoute, respectueux de la gent féminine (je verrai bien un flirt, voire plus, avec Corrie…)

L’ensemble est toujours aussi efficace, de l’action, quelques rebondissements, du suspense, une pointe de peur bien maîtrisée, des protagonistes attachants et régulièrement en danger et une fin comme on les aime. Certains esprits chagrins diront que c’est un peu toujours le même moule. Ce n’est pas faux mais ça reste prenant et puis il suffit de varier ses lectures. Personnellement, pour moi cela a été un vrai plaisir !

NB : je ne connaissais pas l’origine du mot scotch et je le sais depuis cette lecture !

 


"Rendors-toi, tout va bien" d'Agnès Laurent

 

Rendors-toi, tout va bien
Auteur : Agnès Laurent
Éditions : Plon (12 Mai 2021)
ISBN : 978-2259306300
224 pages

Quatrième de couverture

Une femme dans une voiture délabrée, une autoroute, un jour de grand départ. Et soudain, l'accident. Qui est la victime ? Épouse, mère, femme ordinaire ? Qu'a-t-elle fait durant les heures qui ont précédé le choc ? Pourquoi son mari a-t-il été arrêté un peu plus tôt ? Depuis sa cellule de garde à vue, ce dernier cherche à comprendre pourquoi sa femme a pris la fuite. Que n'a-t-il pas vu, que n'a-t-il pas voulu voir derrière les " rendors-toi, tout va bien " de celle qui vivait à ses côtés ?

Mon avis

Un vendredi de Juin, un accident sur l’autoroute A31 en direction de Dijon. Dans la voiture, une femme blessée, inconsciente, qui est-elle ? D’où vient-elle ? Que faisait-elle là ?

STOP ! On rembobine la pellicule …

Le matin du même jour à Sète … puis tout au long de la journée …
Des extraits de vie, des personnes qui connaissent de près ou de loin cette femme, qui l’ont croisée, ou cherchée, ou entrevue. Quelques pages pour chacun, famille, amis, voisins, connaissances, inconnus qui se sont trouvés à un moment ou un autre en sa présence. Et au milieu de ces rencontres, le mari, hagard, qui s’exprime en disant « je », en ne comprenant rien car la police l’a embarqué et mis en garde à vue. Il est dans le présent, un présent qui lui échappe, entendant des questions et des réflexions qui n’ont aucun sens pour lui, « Vous n’avez rien vu, rien senti ? Ne faites pas l’innocent… » Il essaie, péniblement, de penser à ce qui a pu lui échapper, à ce qu’il aurait dû voir… Pendant ce temps, l’horloge tourne, la femme roule, s’arrête, repart, elle ne sait pas où elle va, ce qu’elle veut…. Les « témoins » - mais peut-on appeler « témoin » des personnes qui ignorent tout ? - ceux-là mêmes qui en apprenant qu’il y a, sans doute, un problème au sein de ce couple « bien sous tous rapport » - se souviennent d’un geste, d’un fait, d’une larme, d’un début de phrase … mais ça ne suffit pas …. Seul le lecteur qui a accès à tous les éléments commencent à envisager l’emboîtement des pièces d’un puzzle dont il n’ose imaginer la photographie finale.

J’ai été fascinée par la construction de ce roman qui offre le déroulé de la journée. L’intérêt principal réside dans les différents points de vue, les divers angles d’approche d’une même problématique, à savoir : pourquoi une mère de famille ordinaire plaque tout un matin sans raison apparente ? Un mari, deux petites filles, une maison, de l’argent, une vie facile, que lui manquait-il ? Petit à petit, au fil des pages, nous apprenons à la connaître. Née dans une famille modeste, peu sûre d’elle et de sa valeur, une relation compliquée avec sa mère, une routine qui s’installe, le silence quand on ne sait que dire de sa journée, un fossé parfois, qui se creuse. 

« Il y a comme une bulle noire qui se forme entre nous, qu’aucun de nous deux ne parvient à percer et qui nous éloigne. »

L’écriture de l’auteur est presque chirurgicale, elle va au fond de chaque relation, de chaque situation, elle analyse les ressentis, les impressions. Petit à petit, la personnalité des deux époux se dessine, se précise, s’étoffe, alors, on entrevoit des possibilités, des secrets, des non-dits, un mal être…. Et on se dit que, bien sûr, la communication est la base de tout et que lorsqu’on la perd…. Mais c’est quelques fois plus aisé de fermer les yeux, de se tourner et de se rendormir, de se taire, de ne pas voir, de continuer le quotidien en faisant comme si… d’ailleurs on a peut-être rêvé, imaginé, alors à quoi bon se prendre la tête, se questionner puisque « tout va bien » ? Cherche-t-on alors à se persuader ? Et quand on réalise qu’on a fait une erreur, qu’on s’est trompé, il est trop tard et la culpabilité arrive …..

Malgré la douloureuse thématique abordée, ce récit ne sombre ni dans le voyeurisme, ni dans le pathos. Le ton est juste, les personnages sont tout à fait crédibles, humains. L’approche psychologique est pointue, réfléchie. Je ne sais pas comment, ni pourquoi, ni par qui la couverture a été choisie, mais je la trouve tout simplement superbe.

Ce premier roman est une réussite !