"Dans les brumes de la baie" de Guillaume Lefebvre

 

Dans les brumes de la baie
Auteur : Guillaume Lefebvre
Éditions : Aubane (6 Mai 2021)
ISBN : 978-2492738142
254 pages

Quatrième de couverture

Par une nuit de tempête, le voilier de Diane Le Querec fait naufrage au large de Saint-Malo.
Quelques semaines plus tard, Hatice, une jeune ornithologue, aperçoit une femme en difficulté au milieu de la baie de Somme. Après un sauvetage délicat, la victime est transportée à l’hôpital d’où elle disparaît sans laisser de traces. Plusieurs centaines de kilomètres, plusieurs mois séparent le naufrage et ce sauvetage inattendu, pourtant Hatice, curieuse et déterminée, établit un lien entre eux. Dans l’apparente quiétude hivernale, de sombres desseins se dévoilent alors.

Mon avis

Ancien capitaine de navire, Guillaume Lefebvre place souvent ses intrigues sur des bateaux avec un personnage récurrent : Armand Verrotier. Cette fois-ci, c’est à terre que se déroule l’essentiel de l’histoire mais pas loin des plages, près de Cayeux sur Mer et de Saint-Malo, région qu’il aime. Sans doute pour ne pas faire mentir l’adage : on ne parle bien que de ce qu’on connaît.

Hatice est une jeune femme hébergée chez Armand Verrotier pendant qu’il est en mer. Lé décor est donc familier pour ceux qui suivent l’auteur mais pour un nouveau lecteur, il n’y a rien de gênant. Un jour où elle prend des photos d’oiseaux sur la plage, Hatice aperçoit une femme dans l’eau alors que le chenal va s’élargir. Qu’elle soit une adepte de la pêche à pied ou autre chose, une chose est sûre : cette personne n’a plus la force d’avancer et il faut lui porter secours. Hatice n’a pas le choix et elle va l’aider à ses risques et périls. Elle la sauve de justesse. L’inconnue est hospitalisée dans un état critique puis elle finit par disparaître. Hatice, veut comprendre et parallèlement aux policiers chargés des investigations, elle va mener sa petite enquête. Elle fait le lien entre cette femme dont personne ne retrouve la trace et l’épouse d’un armateur disparue en mer alors qu’elle était sortie seule avec son embarcation. Elle ne se doute pas qu’elle va rapidement se mettre en danger, qu’elle sera suivie et surveillée, alors qu’elle est dans cette ville pour se faire oublier…..

On pourrait penser qu’Hatice est trop curieuse (un défaut bien féminin ?) mais je ne pense pas que ce soit ça. Elle a sauvé une femme et se sent presque un peu responsable d’elle d’où ce besoin de la retrouver après qu’elle a quitté l’hôpital (forcée ou de son plein gré ?) Ce qu’elle ignore par contre, c’est que cette quête l’entraînera très loin, beaucoup plus que ce qu’elle imagine. J’ai apprécié le personnage d’Hatice, une femme opiniâtre, vive (parfois un peu trop), elle observe, elle réfléchit et réalise vite qu’elle est manipulée par certains. Elle doit alors être vigilante et se méfier de tous. Les enquêteurs, eux, ne sont pas toujours rapides, peut-être noyés sous la paperasse et les coups de fil. Il arrive qu’Hatice les dérange car elle va plus vite qu’eux et pourtant ils ont intérêt à se rapprocher d’elle pour utiliser les informations qu’elle découvre.

L’intrigue est travaillée et est intéressante. On s’interroge sans cesse sur qui est coupable et pourquoi. Les personnages autant principaux que secondaires ont de l’étoffe et on ne sait pas forcément si on peut les croire, leur faire confiance. Le contexte est bien décrit et on est tellement imprégné de l’atmosphère du récit qu’on regarde par-dessus son épaule pour voir s’il n’y a pas quelqu’un qui nous épie. Il y a quelques situations qui interrogent et qu’on ne sait pas forcément comment interpréter. Ce qu’on imagine être des indices en sont-ils vraiment ?

Avec ce nouveau titre, Guillaume Lefebvre est monté en puissance. L’écriture, toujours fluide est plus affirmée, ne ménageant pas le lecteur. L’histoire est complète, réfléchie et parfaitement « orchestrée » pour que tout s’explique à la fin.  Ce roman m’a accrochée dès les premières pages et j’ai pris du plaisir à le lire, essayant de cerner ce qui était caché.

Je suis contente que l’éditeur Aubane ait repris la série des polars en Nord, cela m’a permis de lire le nouveau roman d’un auteur que j’apprécie.


"Les murs qui séparent les hommes ne montent pas jusqu’au ciel" de Reza Moghaddassi

 

Les murs qui séparent les hommes ne montent pas jusqu’au ciel
Auteur : Reza Moghaddassi
Éditions : Marabout (13 Janvier 2021)
ISBN : 9782501134002
194 pages

Quatrième de couverture

Nous bâtissons des murs autour de nous pour nous protéger. Ils forment une frontière entre l’intérieur et l’extérieur, entre soi et l’autre. Mais lorsqu’ils sont trop épais, ces murs gênent les échanges et nous éloignent les uns des autres. Qu’ils soient visibles comme des parois de pierre, ou invisibles comme des barrières mentales, ces murs nous emprisonnent dans nos convictions et nos croyances. Ils bouchent nos horizons et nous incitent au repli sur soi. Et si nous construisions des ponts au-dessus des murs, pour que notre ciel se dégage ? Et si nous prenions un peu de hauteur pour nous libérer des entraves que nous avons tendance à créer ?

Mon avis

Voilà un livre qui nous invite à nous poser, à méditer, à « philosopher », à prendre le temps de s’ouvrir à l’autre, en toute confiance, non pas pour juger et constater les différences, mais pour échanger et s’enrichir.
Pas si facile que ça !

C’est parfois un défi de se pencher sur l’autre, de le respecter dans ce qu’il est, dans ce qu’il pense, tant sa cohérence n’est pas la nôtre, et pourtant …. Il n’y a pas de bon ou de mauvais côté, chacun est lui-même avec sa propre histoire. Faire preuve d’humilité, regarder les autres sans le faire « de haut », c’est déjà leur donner la place qu’ils doivent avoir.

Le poète Houshang Ebtehadj dit que, dans les jardins séparés par des murs et des portails, « les arbres communiquent par les airs, et se tiennent main dans la main par les racines. »

Parfois, c’est par crainte ou par colère qu’on érige des murs qui nous séparent des autres, qui les rejettent. Il faut cerner les barrières mentales qui nous poussent à construire ces obstacles. Oui, il arrive que nous ayons besoin d’uniformité pour nous sentir reconnus, en phase mais nous n’avons pas tous les mêmes goûts, les mêmes envies. Heureusement ! Que serait un monde « lisse » où tout serait plat et identique ?

Dans son livre, l’auteur ne se pose pas en donneur de leçons, il offre des pistes de réflexion, pour mieux se comprendre dans un premier temps, et être en paix avec soi-même. Lorsqu’on se connaît bien, que l’on s’accepte, on peut s’ouvrir aux autres, leur donner une place, une écoute, les comprendre. Il nous rappelle qu’il ne faut pas réduire les personnes à leurs idées, ce sont des êtres humains qui méritent, la plupart du temps, que l’on s’attarde auprès d’eux pour discuter et pour entendre également ce qu’ils ne disent pas.

Un saint russe du XIX ème siècle à qui on demandait : « Maître, qui sont ceux qui sont le plus dans la vérité ? », répondit : « Ceux qui aiment le plus leurs ennemis. » À méditer, non ?

C’est une lecture que j’ai appréciée, j’ai pris le temps de la « digérer », la posant, la reprenant, écrivant des notes pour garder une trace. Ce recueil va rester à portée de main pour en relire des extraits et savourer les nombreuses références que l’on peut y trouver.


"Vie et destin" de Vassili Grossman (Жизнь и судьба) (Zhizn i Sudba)

 

Vie et destin (Жизнь и судьба (Zhizn i Sudba)
Auteur : Vassili Grossman
Traduit du russe par Alexis Berelowitch et Anne Coldefy-Faucard
Éditions : Livre de Poche (1 er Juin 2005)
ISBN : 978-2253110941
1175 pages

Quatrième de couverture

Dans ce roman-fresque, composé dans les années 1950, à la façon de Guerre et paix, Vassili Grossman (1905-1964) fait revivre l'URSS en guerre à travers le destin d'une famille, dont les membres nous amènent tour à tour dans Stalingrad assiégée, dans les laboratoires de recherche scientifique, dans la vie ordinaire du peuple russe, et jusqu'à Treblinka sur les pas de l'Armée rouge. Au-delà de ces destins souvent tragiques, il s'interroge sur la terrifiante convergence des systèmes nazi et communiste alors même qu'ils s'affrontent sans merci. Radicalement iconoclaste en son temps - le manuscrit fut confisqué par le KGB, tandis qu'une copie parvenait clandestinement en Occident -, ce livre pose sur l'histoire du XXe siècle une question que philosophes et historiens n'ont cessé d'explorer depuis lors. Il le fait sous la forme d'une grande œuvre littéraire, imprégnée de vie et d'humanité, qui transcende le documentaire et la polémique pour atteindre à une vision puissante, métaphysique, de la lutte éternelle du bien contre le mal.

Mon avis  

1175 pages et deux cartes géographiques : le front russe de décembre 1941 à Novembre 1942 et celle de la bataille de Stalingrad…

Ce livre a été saisi par le KGB et a disparu pendant près de vingt ans.

L’auteur, juif russe communiste a été longtemps persuadé du bien fondé de la politique communiste puis il a assisté au déchaînement de l’antisémitisme, à la création des camps de concentration et a été ainsi amené à revoir ses idées. Il a donc observé les deux visions, les deux côtés de l’horreur, de l’injustice, de ce que chacun croit être mieux.

À travers une fresque où se croisent différents personnages pendant une cinquantaine d’années, Vassili Grossman nous raconte sa Russie… On observe la bataille de Stalingrad décrite avec un sens accru de la réalité .On y voit des familles séparées par le Goulag, la ligne de front, certains dans des camps, d’autres au travail dans des conditions précaires. On y découvre le quotidien d’une époque de différents côtés de la barrière. On y voit les gens sous la pression qui finissent par craquer, d’autres qui résistent. On voit monter l’antisémitisme. Il n’y a pas de héros, seulement des gens ordinaires avec leurs tourments, leurs questions existentielles, leurs idées…

Une des principales difficultés est de repérer les différents lieux et les différents personnages et se remettre dans le contexte pour chaque situation. Les personnages changent de nom et il ne faut pas perdre le fil. Un exemple Victor Pavlovitch s’appelle aussi : Vitia et Strum !

Lorsqu’on connaît l’histoire personnelle de Vassili Grossman, on comprend comment il a pu faire « cheminer » ceux dont il parle. Il transpose sa réflexion personnelle sur ses personnages. Il ne dit jamais qu’il s’est trompé, que nazisme ou communisme ne sont pas bons. On sent parfois la désillusion mais tout cela reste formidablement humain. Ces russes qui font vivre ce livre, le font à travers l’amour de leur pays, où sont enracinées les vertus des hommes : courage, travail, patrie,…. restant éloignés des idéaux politiques qui déçoivent parfois.

Un « pavé » bien sûr, pas toujours facile à lire mais d’une écriture très vraie, très réelle. La forme, le foisonnement de lieux et de personnages peuvent rebuter mais il faut s’accrocher et se donner des atouts pour aimer cette lecture. J’avais, dès les premières pages écrit un arbre généalogique que j’ai complété petit à petit et qui m’a beaucoup aidé (entre autres pour ceux qui ont plusieurs noms).

Un livre à découvrir mais quand on a le temps et le souhait….


"L'histoire de Malala" de Viviana Mazza

 

L'histoire de Malala
Auteur : Viviana Mazza
Traduit de l'italien par Diane Ménard
Illustré par Paolo d'Altan
Éditions : Gallimard (21 octobre 2014)
Série: romans junior (à partir de 11 ans)
ISBN : 9782070659128
210 pages

Quatrième de couverture 

Malala n'a que onze ans lorsqu'elle décide d'élever la voix. Elle en a quinze quand, un jour comme tant d'autres, alors qu'elle rentre de l'école avec ses amies, les talibans tentent de la tuer. Pourquoi? Dans son pays, le Pakistan, elle s'est opposée à ceux qui voulaient supprimer les droits des femmes. Avec l'aide de sa famille, Malala a décidé de crier "non". Presque une petite fille encore, elle a lutté sans armes ni violence, mais avec le courage des mots et de l'intelligence, avec la force de la vérité et de l'innocence.

Mon avis

Avec des chapitres courts, des mots simples et un style fluide, l'auteur met à la portée de chacun l’histoire de Malala, cette jeune pakistanaise qui se bat pour le droit à l'éducation des filles.

La construction en chapitres successifs permet de présenter sous forme de « flash » des événements, des remarques, des réflexions. Ce procédé évite au jeune lecteur (puisqu'il s'agit à la base d'un livre jeunesse) de se lasser de descriptions ou de longs monologues philosophiques....

Viviana Mazza a la délicatesse et l'intelligence de ne pas « en rajouter » lorsqu'il s'agit d'événements graves, pour autant, elle ne les nie pas, elle les dénonce.

Je connaissais Malala et sa vie, déjà bien remplie, donc je n'ai rien appris. Je n'en ai pas moins apprécié cette lecture qui peut, pour un adulte, être une première approche pour faire connaissance avec cette jeune femme.


"Road Tripes" de Sébastien Gendron

 

Road Tripes
Auteur : Sébastien Gendron
Éditions : Albin Michel (27 Mars 2013)
ISBN : 978 2 226 24825 1
288 pages

Quatrième de couverture

Quand deux paumés décident de jouer aux cow-boys sur des routes où les pompes à essence ont remplacé les Indiens, cela donne une course folle et déjantée entre Bordeaux et Montélimar, soient 4000 kilomètres en dents de scie à manger des sardines à l’huile et des gâteaux secs, à foutre le feu aux forêts et à vider un fusil pour secouer le décor…

Mon avis

Et le perdant est….

Un Road Movie déjanté dû à une rencontre improbable ou comment se mettre dans la panade sans en avoir l’intention (heureusement !!!)…

Vincent Coste a un travail, une femme (enceinte), un logement, une famille qui l’aime. On pourrait utiliser le raccourci tant galvaudé « Tout pour être heureux »… Mais tout un chacun sait bien que « pourquoi faire simple quand on peut faire compliqué » ? Ce serait sans compter sur l’imagination débridée et sans fin d’un Sébastien Gendron déchaîné….

On aimera ou on n’aimera pas, il me semble que ce roman supportera difficilement la demi-mesure quoique…

Notre homme va donc se retrouver à chercher un travail, histoire de maintenir son statut social et, d’accessoirement, prouver à son épouse qu’il se prend en mains.

Il est donc embauché par une société de distribution de prospectus, pas de quoi pavoiser lorsqu’on a voulu être pianiste professionnel, mais au moins, il n’est pas à la rue, ni au chômage et il devrait recevoir un semblant de salaire pour peu qu’il respecte les consignes données par son employeur, à savoir, bien mettre les publicités dans les boîtes aux lettres de la zone qui lui a été allouée ….

Tout ceci en attendant de trouver mieux, cela s’entend….

Ceci c’est la version lisse et expurgée d’un livre qui n’en aurait pas été un sans la coïncidence qui met notre pauvre héros en face de Carell Lanusse, embauché par le même patron….

Nous allons nous retrouver avec deux losers sur les bras car le duo va vite être face à des événements qu’ils gèreront en accumulant les erreurs, Carell emmenant Vincent toujours plus loin, toujours plus bas….

Il est nécessaire, si l’on veut prendre du plaisir, de lire cet opus au second degré sinon on pensera très vite que l’on a à faire à deux dépravés et que c’est une « honte d’oser écrire des choses pareilles » faisant, en quelque sorte, une banalisation de la violence.

Car des morts, des blessés et du sang, il y en a à foison dans les pages qui racontent l’épopée de ces deux  êtres en perdition. Vincent, sans trop savoir pourquoi, est monté dans la voiture de Carell et tout est parti de là. De kilomètres en kilomètres (l’intitulé des chapitres nous dit la plupart du temps le kilométrage parcouru), la spirale infernale deviendra de plus en plus profonde, de plus en plus rapide car lorsqu’on commence à être en marge de la société il est difficile de s’arrêter….

Les personnages enchaineront les erreurs, les bêtises (et pas des petites) jusqu’à la conclusion … On pourra penser que l’auteur aurait pu écourter ou rallonger son texte à souhait car il suffisait de mettre une entrevue de plus ou de moins …. Sur ce point là le dosage (du nombre de pages) est le bon.

N’est pas Donald Westlake qui veut… Le trait m’a semblé parfois un peu lourd… et c’est sans doute dommage. Je n’ai pas ri autant que j’aurais pu le faire. Je reconnais malgré tout que l’écriture est acérée, mettant en dérision des actes qui sont graves dans les faits, mais qui, présentés comme ils le sont, portent à rire. Je pense aussi qu’il est plus difficile de faire rire que le contraire et l’écrivain a un talent indéniable (où est-il allé chercher tout ça ?,) les dialogues sont savoureux et amusants. Il glisse régulièrement des références musicales ou cinématographiques et cela étoffe le propos …

De plus, si on va plus loin que la musculation des zygomatiques, ce livre nous montre combien est fragile cette barrière qui sépare la normalité d’une vie « dérangée » (dans tous les sens du terme). Il suffit de peu pour passer de l’autre côté et une fois qu’on y est, on prend goût à certaine forme de « liberté » se moquant de tout ce qui semblait nous entraver dans le monde des « bien pensants….

Une playlist accompagne la lecture, on la découvre à la fin (sauf si on a commencé le livre par les dernières pages…). Il aurait été intéressant de la mettre en valeur de façon différente..

Une lecture originale qui détend, parfaite pour les transports cet été (mais ne suivez pas les idées de l'auteur ;-)


"Alan Lambin et le fantôme au crayon" de Jean-Marc Dhainaut

 

Alan Lambin et le fantôme au crayon
Auteur : Jean-Marc Dhainaut
Éditions : Taurnada (29 Juin 2017)
ISBN : 978-2372580281
24 pages

Quatrième de couverture

Six ans avant "La Maison bleu horizon", Alan Lambin était déjà confronté à l'impensable. Une enquête inédite explorant le monde du paranormal avec sensibilité et émotion…

Mon avis

Après avoir lu "La maison bleu horizon" du même auteur, je me suis plongée dans cette nouvelle parlant d'une situation évoquée dans le roman que je viens de citer.

L'écriture de Jean-Marc Dhainaut a quelque chose de magnétique. Elle vous attire, vous captive, vous tient attentif. Son texte, même court, dégage ce qu'on aime à retrouver pour se sentir partie prenante d'une lecture: une atmosphère, des personnages qui ont de la consistance, une intrigue intéressante...

J'ai pris beaucoup de plaisir à lire ces quelques pages et j'ai hâte de retrouver un nouveau livre de l'auteur.

Et en plus la couverture est superbe !


"Fucking Melody" de Noël Sisinni

 

Fucking Melody
Auteur : Noël Sisinni
Éditions : Jigal (20 Mai 2021)
ISBN : 978-2377221332
232 pages

Quatrième de couverture

Elle a quinze ans, est en soins dans une clinique spécialisée et se fait appeler Fiorella. Pas sûr que ce soit son vrai prénom… Elle ment beaucoup, s’invente des passés, traficote le présent, et ne se projette pas dans l’avenir vu qu’elle vient d’apprendre que le sien est limité. Une saloperie quelque part dans la moelle épinière selon les médecins. Alors, il lui faut vivre, vivre passionnément et vite… Et comme toutes les filles de son âge, elle veut connaître l’amour. Alors elle jette son dévolu sur Boris, le compagnon de Soline, son amie qui officie comme clown dans la clinique.

Mon avis

Il y a des livres comme celui-ci qui vous mette une claque, vous envoie par terre, vous bouscule, vous bouleverse, vous laisse les yeux ouverts après avoir fermé la dernière page.

Pour plusieurs raisons : pour les personnages, pour l’histoire, pour l’écriture. Vous n’en sortez pas indemne, ça vous colle à la peau, ça reste ancré en vous de façon durable.

Fiorella, ce n’est pas son vrai nom mais c’est celui qu’elle s’est choisie, sans doute pour oublier sa vraie vie, s’en inventer une autre, faire comme si, mentir, rêver…. et peut-être espérer, non ? Elle est en soins en clinique et pour elle c’est trop, surtout qu’avant ça, son parcours chaotique a été fait d’abandons successifs. Alors, elle crache sa haine de cette situation en étant dans la provocation, parce que, ainsi, on la remarque, elle existe. Elle rejette l’autre avant de s’attacher, de peur d’avoir mal si on la laisse. Elle s’est forgée une carapace, elle agresse pour oublier sa souffrance en provoquant celle des autres, qu’elle soit physique ou morale. Il n’y a que Soline qui a établi un lien d’échange respectueux avec elle. Soline est clown, elle vient régulièrement rencontrer les jeunes hospitalisés, apporter de la joie et de la bonne humeur. Fio lui parle, l’écoute, lui raconte des craques mais elles en rient toutes les deux. Peut-être que Soline lui donne trop, trop de temps, trop de place dans sa vie, trop d’affection ? Mais est-ce qu’on peut mesurer ? Non, alors, c’est comme ça et basta, elles vivent … Quoique, justement, Fio a entendu que son avenir allait se restreindre, qu’une saleté la bouffait de l’intérieur ….

Pleurer, lutter, se taire, hurler ? Elle est révoltée mais elle ne lâchera rien. Ce qu’elle veut c’est aimer, aimer jusqu’à l’impossible. Connaître l’amour, celui qui grise, qui renverse tout sur son passage, celui pour lequel on peut tout donner, tout imaginer …. Et voilà que Boris, le compagnon de Soline, un doux rêveur, créateur de bandes dessinées, qui vit dans sa bulle, dans son monde, avec ceux qu’ils dessinent, ceux qu’ils cherchent car il les imagine mais n’arrive pas à les faire vivre, voilà que Boris, un homme, pas un jeune, se trouve sur son chemin ….

Le rouleau compresseur se met alors en marche, tout s’accélère. Flo n’a plus rien à perdre, sa vie sera courte, elle le sait. Elle va entraîner Boris dans un espèce de délire, dans une course contre la mort, dans un chemin empli de désespérance où des gens croiseront leur route pour le meilleur ou le pire.

Une écriture nerveuse et dynamique, de nombreux dialogues, du rythme, c’est sec, c’est brut, on serre les poings, on lit d’une traite, on se demande où on va, si la petite fleur espérance va arriver ou s’il faudra se faire à l’idée que tout cela reste sombre. On s’attache aux pas de Fio, on l’accompagne dans sa volonté de vivre, on ne cautionne pas ses choix, on s’en fiche complètement que ce soit plausible ou pas, ce qu’on souhaiterait presque, c’est qu’il y ait un miracle, que tout s’arrête et qu’on respire à nouveau parce qu’il faut bien le dire, on reste en apnée, le souffle coupé tant Noël Sisinni nous a pris dans ses rets….