Le voile des illusions de Mary Costello (A Beautiful Loan)

 

Le voile des illusions (A Beautiful Loan)
Auteur : Mary Costello
Traduit de l’anglais par Carine Chichereau
Éditions : Bourgois (22 Janvier 2026)
ISBN :  ‎ 978-2267056563
274 pages

Quatrième de couverture

En 1985 à Dublin, Anna, dix-neuf ans, tombe sous le charme de Peter, un homme plus âgé. Anna est introvertie et naïve, et l'expérience de Peter, son large cercle d'amis et sa soif d'aventure la fascinent. Le désir obsessionnel qu'elle éprouve pour lui la conduit au mariage et, finalement, à subir une trahison dévastatrice. Des années plus tard, quand Anna rencontre Karim, un Algérien au grand cœur, elle tombe amoureuse non seulement de lui, mais aussi de la religion musulmane. Les premiers temps, il lui offre un refuge et un nouvel espoir, mais peu à peu la vie d'Anna commence dangereusement à se rétrécir.

Mon avis

Anna est au mitan de sa vie et elle ressent le besoin de comprendre ce qui l’a porté, ses choix, ses peurs, ses doutes, tout ce qui l’a façonnée. C’est pour cela qu’aujourd’hui, elle écrit. Pour essayer d’expliquer pourquoi elle a agi de telle manière plutôt qu’une autre. Elle partage avec nous le chemin de sa fin d’adolescence à ses quarante-cinq ans, la construction de la femme qu’elle est maintenant.

1985. Elle est encore dans les études, presque prête à devenir institutrice et n’a que dix-neuf ans lorsqu’elle rencontre Peter, son aîné de quinze ans. Un homme mur qui l’attire irrésistiblement. Un peu repliée sur elle-même, issue d’une famille simple, cette relation lui fait découvrir un univers plus ouvert, plus « pétillant », plus libre dans le sens où elle sort, bouge et a le sentiment d’être en couple et d’avoir une place dans la société. Mais est-ce vraiment cela ? Peter, lui continue ses activités : escalade, randonnées, etc. Il peut rester plusieurs jours sans prendre de ses nouvelles. Pendant ce temps, elle est seule. Bien sûr, elle se rassure en disant qu’elle aime bien être tranquille, prendre le temps, lire… Est-il conscient de souffler le chaud et le froid, d’imposer son mode de vie ? Réalise-t-elle que le partage n’en est pas un car c’est à sens unique ? Si une question surgit dans son esprit, elle la repousse. Elle est flattée sans doute d’être accompagnée de cet homme, qui est un « monsieur ».

A-t-elle un voile devant les yeux ? Refuse-t-elle de voir, d’entendre ? Trouve-t-elle sans cesse des excuses à ce qui est lorsque ça ne lui convient pas ? Une union, c’est être deux, c’est s’accorder, c’est s’écouter, c’est décider ensemble. Bien sûr, elle est jeune, Peter est-il son mentor ? La frontière est mince entre ce qu’elle veut réellement et ce qu’elle vit. Elle ne sait plus, et à qui se confier ?

Lorsqu’on s’est trompé, est-on prêt à le reconnaître ? Anna essaie de se persuader qu’elle est heureuse mais l’est-elle ? Est-elle épanouie ? Quand trop d’interrogations, de non-dits, d’hésitations, d’acceptations, envahissent les journées, c’est qu’il y a un problème et il faut « poser les choses », dialoguer, mais si en face, la personne n’est pas « disponible » parce qu’elle considère qu’il n’y a pas de difficulté, que faire ?

Avec une écriture fine (merci à la traductrice), précise, Mary Costello nous fait pénétrer dans l’esprit d’Anna. En se mettant à sa place, elle présente ses certitudes qui vacillent, ses questions, ses prises de décision et son parcours. C’est un portrait détaillé de son quotidien, de son évolution, de sa prise de conscience … L’analyse est pointue, bien pensée, placée dans un contexte intéressant.

Le récit balaie vingt-cinq ans de sa vie. J’ai eu envie de lui dire d’ouvrir les yeux, de se secouer, de se prendre en main, d’aller voir des gens susceptibles de l’aider. Mais j’ai pensé que ce n’était pas la bonne solution. Il était nécessaire qu’elle agisse seule pour dessiller les yeux, pour grandir. Pour affirmer sa personnalité sans dépendre de qui que ce soit.

J’ai beaucoup apprécié celle lecture, le ton est juste, le style est limpide mais assez profond pour aborder ces thèmes universels que sont l’amour, la maternité, la famille, la place de la femme. C’est une belle découverte !


"Douze balles pour Marie-Thérèse" de Paul Beaupère

 

Douze balles pour Marie-Thérèse
Auteur : Paul Beaupère
Éditions : City Edition (28 Janvier 2025)
ISBN : 978-2824626314
370 pages

Quatrième de couverture

Honorable veuve, Marie-Thérèse mène une vie en apparence irréprochable. Elle joue de l’orgue à la messe du dimanche, écoute de la musique baroque et adore le Scrabble. Ce qui ne l’empêche pas de jurer comme un charretier, de fumer comme un pompier et d’apprécier une bonne partie de chasse.
Lors d’une sortie en forêt, elle est témoin d’un viol. Elle abat l’agresseur d’une balle en pleine tête avant de rentrer discrètement chez elle. Mais le commissaire Berg, qui est chargé de l’enquête, retrouve sa trace. Il lui propose alors un marché : si elle élimine douze salopards qu’il n’a pas réussi à faire condamner, il ne la dénoncera pas. Un mort par mois, pendant un an.

Mon avis

Contexte

L’Est de la France, les Vosges, un village montagnard. Les hivers y sont rudes. Les habitants du cru sont « rugueux » mais s’entraident si besoin. La nature est présente, de grandes forêts où on peut se promener avec ou sans fusil. Un endroit tranquille, au rythme paisible.

Portraits

Marie-Thérèse ou MT, veuve, âgée, indépendante, dans sa maison, fumeuse compulsive, excellente chasseuse, très précise au tir. Elle joue de l’orgue, chante avec ses copines à l’église et aime la musique baroque. Elle joue au scrabble avec un voisin, en observe un autre. Elle adapte son vocabulaire en fonction des interlocuteurs. Pas très grande, un chignon serré, roule (parfois dangereusement) avec une vieille Lada et veut mener sa vie comme elle l’entend. Délicieusement improbable, impertinente, imprévisible, impatiente.

Le commissaire Berg. Il est très très laid, il prendra sa retraite dans un an. Une carrière bien remplie. Un regret : ne pas avoir coincé tous les malfrats qui le méritaient. Un souhait : régler tout ça avant de partir en grandes vacances. Sa route croise celle de Marie-Thérèse pour une enquête.

Les voisins de la vieille dame. Deux hommes avec qui elle discute, sans toutefois tout leur dire. Ils peuvent lui donner un coup de main si elle le souhaite.

Intrigue

Notre mamie « Calamity Jane » dégomme, avec sa carabine, un violeur récidiviste. Elle était là pour un cerf mais quand elle a aperçu ce que faisait (ou plutôt ce qu’allait faire) ce type dans les bois, elle s’est occupée de lui, en bonne citoyenne (je pourrais même écrire : en bonne chrétienne qui aide son prochain car la jeune femme qui lui doit son intégrité était en mauvaise posture).
Berg comprend que vite ce qu’il s’est passé et propose un deal à MT, en échange de son silence sur le rôle qu’elle a joué dans cette mort : douze balles. Une pour chaque mois de l’année et une mission : de Janvier à Décembre, éliminer chaque fois une personne. Bien sûr, il lui garantit que ce sont des gens dangereux et mettra en place des scénarios pour qu’elle ne se fasse pas prendre.

MT n’a pas vraiment le choix mais elle décide de mener sa barque comme elle l’entend, sans suivre tous les conseils de Berg. Elle se retrouve rapidement dans des situations délicates. Elle veut tout maîtriser mais elle n’y arrive pas. Nous suivons ses aventures.

Écriture, style

Drôle, enlevé, déjanté, désopilant, le phrasé apporte le sourire en permanence. Il y a de l’action, deux affaires à suivre en parallèle, des rebondissements, de la fantaisie. C’est totalement amoral, mais tellement jubilatoire ! Des chapitres courts, sans temps mort, du suspense. Un tempo parfait qui fait que vous tournez les pages sans cesse ! Les descriptions sont très visuelles et les dialogues bien ciblés, car personne ne manie vraiment la langue de bois, surtout pas notre mémé justicière ! Les différents protagonistes sont intéressants, leurs relations sont parfois déterminantes pour la suite de l’histoire et certains ne sont pas tels qu’on les pense et c’est très bien !

Juste pour le fun : « Quelques nouvelles touches de l’antique harmonium choisirent cet instant pour quitter le monde et rejoindre violes, doucemelles et autres sacqueboutes au paradis des instruments disparus. »

Auteur

C’est son premier roman policier. D’habitude il écrit plutôt pour la jeunesse ou rédige des scénarios. Derrière un récit qui peut sembler loufoque, il livre un texte à la limite de la satire. Quel est le rôle de la justice, que faire face aux représentants de la loi corrompus, etc ? Imagination débordante mais de bon aloi !

Ressenti

J’en redemande ! Une réussite pour ceux qui apprécient la dérision, la pointe de folie, tout qui apporte un écrit un tantinet « décalé ». Je me suis régalée avec cette lecture ! Je voyais cette mamie, j’entendais ses doutes, je comprenais ses réactions. Un peu de piment dans son quotidien bien régulier, elle n’a pas résisté mais avait-elle tout mesuré ?

NB : le dernier conseil de l’éditeur, à la toute fin, a été mon ultime éclat de rire pour ce livre !


"Ceux d'à côté" de M. T. Edvardsson (Goda grannar (lättläst))

 

Ceux d'à côté (Goda grannar (lättläst))
Auteur : M. T. Edvardsson
Traduit du suédois par Rémi Cassaigne
Éditions : Sonatine (13 Janvier 2022)
ISBN : 978-2355847325
420 pages

Quatrième de couverture

À Köpinge, localité résidentielle proprette de Suède, tout le monde se connaît, et l'entraide entre voisins fait office de loi. Du moins, en apparence. Car Mike et Bianca Andersson, qui ont quitté Stockholm pour élever leurs deux enfants dans le calme de la petite ville, découvrent rapidement que leur voisinage est loin d'être aussi idyllique que prévu. Entre Jacqueline, l'ex-mannequin croqueuse d'hommes, Ola, le voisin collant au passif violent, et Åke et Gun-Britt, le couple de retraités avides de ragots, la rancoeur et les tensions ne sont jamais loin. Et le malaise monte, lentement, au sein même du couple des Andersson. Jusqu'à un accident qui va faire basculer leurs vies.

Mon avis

C’est un coin tranquille en Suède, avec des pavillons résidentiels. Certains habitent ici depuis longtemps, comme Åke et Gun-Britt, c’est d’ailleurs pour ça que chaque année, ce sont eux qui lancent la soirée des voisins. C’est important de tous bien s’entendre, de se soutenir et même de tenir propre le lotissement en passant une journée ensemble à repeindre, tailler, nettoyer.

Mike et Bianca Andersson viennent de s’installer avec leurs deux enfants. Ils ont quitté la grande ville pour être au calme. Lui, il est professeur de sport, elle est agente immobilière. Rapidement, ils font connaissance de quelques voisins, Jacqueline qui vit avec son fils, Ola qui lui est tout seul. On comprend vite que, quelques fois, les relations ne sont simples qu’en façade. Jalousies, mensonges … on épie ceux d’à côté, on interprète un geste, une parole, on médit et on transforme la vérité …

Tout pourrait aller, vaille que vaille, chacun faisant des concessions, des efforts et puis un jour, c’est l’accident et tout explose car les habitants du lotissement sont tous concernés à différents niveaux.

Le récit alterne entre avant l’accident (2015-2016) et après l’accident (2017). Trois protagonistes s’expriment, chacun en disant « je ». Il faut bien regarder l’en tête du chapitre pour savoir qui parle. Parfois, un même fait est présenté avec différents ressentis.

L’écriture est fluide (merci au traducteur). Le passage passé / présent coupe un peu le rythme mais reste intéressant car cela permet de découvrir des informations sur chaque individu. Et il y a de quoi faire ! Car, bien entendu, chacun a ses petits secrets.

L’auteur sème les doutes et le trouble en nous. On s’interroge sur différentes situations car on ne sait pas tout dès le départ.  Les rapports entre les habitants sont bien analysés et on retrouve ce qui se passe dans un microcosme où peut-être chacun cherche sa place, veut se montrer à son avantage ….

J’ai apprécié cette lecture, mais je suis un peu déçue par la fin. C’est un peu comme si je pensais « tout ça pour ça ? ».


"Méchante" de Karine Sulpice

 

Méchante
Auteur : Karine Sulpice
Éditions : Liana Levi (22 Janvier 2026)
ISBN : ‎ 979-1034911714
170 pages

Quatrième de couverture

De Violette, il ne reste pas grand-chose. Une paire de bottes en caoutchouc, la petite maison où elle vivait seule depuis la mort de son mari et un ordinateur dernier cri qui jure avec la simplicité de son intérieur. La vieille femme est morte chez elle, terrassée par un inocybe de Patouillard. Étrange tout de même, qu’elle n’ait pas su reconnaître ce champignon vénéneux alors qu’elle sillonnait la forêt depuis toujours. Bizarres aussi, ces achats en ligne de lingerie fine… Un meurtre, alors ? Les regards des enquêteurs se tournent vers Bertille, son aide à domicile, la seule personne que Violette côtoyait quotidiennement. La presse s’emballe face à l’inertie de l’accusée, qui clame mollement son innocence.

Mon avis

Violette, plus de quatre-vingts ans, vit toujours dans la maison que son mari, décédé, et elle, avaient choisie. Elle est totalement indépendante et son quotidien est sans surprise. Elle va à l’épicerie chaque semaine, le même jour, pour acheter invariablement des denrées identiques. De temps en temps, elle ramasse, en forêt, de bons cèpes pour une omelette, elle connaît bien les champignons.
Elle a une vie bien calme et régulière. C’est pour ça que l’étonnement est grand lorsqu’elle est découverte morte à son domicile et que le médecin, dépêché sur place, signale qu’elle s’est empoisonnée avec un inocybe de Patouillard, un nom infiniment drôle pour un champignon vénéneux … Que s’est-il passé ? Rien au premier abord. Elle s’est trompée, ça arrive, c’est tout.

Le gendarme Porion, plus futé que les autres, creuse tout ça et recoupe ses observations. La vieille dame avait, entre autres, acheté un ordinateur de dernière génération, commandé de la lingerie fine, ouvert une assurance vie pour son aide-ménagère, Bertille. Ah oui, elle avait une aide-ménagère., dévouée, serviable, efficace. Parce qu’il faut bien le souligner, dans ce coin du pays, on prend soin des anciens. Le conseil général avait mandaté certains de ses employés pour proposer cette prestation aux « vieux » du village. Violette, dans un premier temps, n’en voulait pas. Quelqu’un chez elle, pas question. Et puis finalement, elle s’était laissé tenter et tout avait été mis en place.

Où est le problème ? Me direz-vous. Eh bien, d’après Porion, Bertille ne semble pas nette du tout et rapidement, elle est accusée car le gendarme a repéré des incohérences. Elle se dit innocente mais ne peut donner aucune explication sur tous les faits surprenants qu’on lui signale.  On assiste alors à son procès avec des témoignages divers, les voisins, l’épicier, les experts…
Lorsque chacun s’exprime, devant la présidente du tribunal, les propos, la posture, le vocabulaire, tout est adapté et en phase ave le personnage qui parle. L’auteur a vraiment réussi à présenter des individus crédibles dans l’entourage de cette mamie. Ce qu’ils disent n’est que la vérité. Mais quelle vérité ?

Cette partie du récit est très bien faite. Karine Sulpice a été avocate et elle décrit avec précision le minutage, l’enchaînement des prises de parole, l’attitude de chacun tant devant la barre que sur les bancs de la salle. Elle n’hésite pas à égratigner ceux qui savent toujours tout mieux que tout le monde et qui ne veulent pas être contrariés. C’est réaliste, fin et très vivant (même si on parle d’une morte…)

Habilement construit (je choisis volontairement de ne pas évoquer comment), ce roman est un régal d’humour grinçant, de manipulation des situations, d’interprétation des évidences. C’est plus qu’excellent !


L’ironie est présente, juste ce qu’il faut car tout est dosé de façon subtile. J’ai vraiment apprécié l’écriture, le style, les réflexions de Violette et les pensées de la présidente. L’atmosphère, les descriptions, tout est parfait. L’auteur montre l’importance de l’opinion publique, son influence et son rôle dans les médias.

Ce livre m’a beaucoup plu. J’ai aimé le déroulé, la dérision, les protagonistes, le phrasé et le côté « Oh, ah oui quand même » qui m’a échappé à la fin !


"Morte sous X" de Guillaume Lefebvre

 

Morte sous X
Trafic d’âmes à Saint-Malo
Auteur : Guillaume Lefebvre
Éditions : Aubane (27 novembre 2025)
ISBN : 978-2487020733
236 pages

Quatrième de couverture

Léna Morel, une étudiante en mathématiques à l’avenir prometteur, voit sa vie exploser après avoir cédé à la tentation de l’argent rapide. Dès lors, les cadavres jonchent son parcours. Notamment, celui d’une jeune femme retrouvée au pied des remparts de Saint-Malo. Une morte sous X, sans identité, qui entraînera la lieutenante de police Jeanne Loric à se confronter à un milieu dont elle ignore les règles.

Mon avis

Le roman commence sur une situation effrayante : une jeune femme qui fuit, dans la nuit, à Saint Malo, seulement vêtue d’une petite robe blanche. Elle est en danger et tente d’échapper à ses poursuivants. L’atmosphère est tendue, on serre les poings, se demandant si elle va s’en sortir. On ne sait pas et c’est angoissant …

Tout de suite après, une équipe de policiers fait des relevés autour d’un corps retrouvé au pied des remparts. Ce sont des promeneurs qui ont donné l’alerte. Bien sûr, personne n’a rien vu, ni rien entendu…. Jeanne Loric, lieutenant de police, récemment sortie de l’école, fait partie des enquêteurs. Elle est bouleversée par les premières constatations et par ce qu’elle observe. Certains de ses collègues ne sont pas tendres avec elle et se moquent.

Quelque temps après, Lou, une jeune femme, se présente au poste pour signaler qu’une amie à elle a disparu et qu’elle est très inquiète. Tous ces événements sont-ils liés ? Les policiers ne savent plus où donner de la tête, d’autant plus qu’ils essaient de stopper des trafics de drogue et de coincer les commanditaires. Certains malfrats se servent des bateaux et des dockers pour des livraisons en toute discrétion.  

Les investigations s’annoncent compliquées. Avec sa sensibilité féminine, Jeanne voudrait qu’on se concentre sur la jeune femme qui ne répond pas aux messages de son amie. Mais ses coéquipiers, des hommes, des vrais (ce sont eux qui ont tendance à le croire et faire un peu les machos) veulent s’occuper d’autre chose. Cela provoque quelques tensions et rien n’est simple. Leur patron, qui souhaite être plutôt tranquille, n’apprécie pas que ce ne soit pas fluide et voudrait que tout aille plus vite.

Jeanne ne veut pas lâcher et un arrêt maladie lui donne un peu de temps libre. Ce qu’elle découvre est grave … Et difficile à gérer seule.  Elle doit réfléchir, avancer petit à petit, ne pas se mettre qui que soit à dos.

Dans ce roman, Guillaume Lefebvre aborde plusieurs thèmes : la précarité estudiantine, les trafics de drogue, le rôle des indics pour la police, les relations humaines dans un groupe de travail, les jeux de pouvoir, etc. Il s’est beaucoup renseigné sur ce qu’il évoque, il a lu des témoignages, écouté des spécialistes … Cela donne du corps à son récit, avec un aperçu de certaines situations. Comme tout se déroule à Saint-Malo, le vocabulaire maritime émaille le texte. Il a été capitaine de navire, il sait de quoi il parle et les mots sont ciblés et précis.

Les chapitres assez courts et les rebondissements maintiennent un bon rythme. Le suspense va crescendo. Je me suis attachée à Jeanne et j’avais peur pour elle. Les différentes intrigues sont menées de main de maître et l’ensemble est parfaitement équilibré.

Un très bon polar, un peu plus noir que les livres précédents du même auteur mais tout aussi prenant !


La villa aux étoffes - Tome 2 : Les filles de la villa aux étoffes d'Anne Jacobs (Die Töchter der Tuchvilla)

 

La villa aux étoffes - Tome 2 : Les filles de la villa aux étoffes (Die Töchter der Tuchvilla)
Auteur : Anne Jacobs
Traduit de l’allemand par Corinna Gepner
Éditions : Charleston (9 Novembre 2020)
ISBN : 978-2368125540
630 pages

Quatrième de couverture

Augsbourg, hiver 1916. Trois ans se sont écoulés depuis le jour où Marie a frappé pour la première fois à la porte des Melzer. Seulement trois ans... et pourtant tout a changé. Si la jeune femme est à présent l'épouse de Paul et la maîtresse des lieux, l'heure n'est plus à la fête dans la somptueuse demeure transformée en hôpital militaire. Les hommes ont rejoint le front, femmes et domestiques œuvrent jour et nuit aux côtés des blessés et Marie se consacre à la gestion de l'usine familiale, dont elle découvre avec stupeur la situation critique. Alors que s'éloigne un peu plus chaque jour l'espoir de voir Paul revenir rapidement de cette guerre terrible et que le destin de toute la famille repose sur ses seules épaules, Marie se sent vaciller.

Mon avis

Tome 2 de cette saga familiale, ce livre est plus étoffé que le premier. Les problématiques ont de la consistance, les personnages secondaires sont plus nombreux et moins « lisses » et le contexte historique, bien développé, apporte « un fond » intéressant.

Il est toujours agréable de retrouver des personnages auxquels on s’est attaché. En trois ans, beaucoup de choses ont changé. Marie arrivée comme fille de cuisine, est maintenant l’épouse, heureuse et épanouie, de Paul, le fils de la maison. Elle s’entend bien avec les deux sœurs de ce dernier et avec ses beaux-parents.

La guerre est arrivée et il faut faire face. Marie a du tempérament et elle aimerait aider son beau père dans l’entreprise familiale mais difficile pour lui d’accepter sa présence…. Son époux lui manque, la transmission du courrier est aléatoire et il est nécessaire de garder le moral. Elle est forte et c’est un beau portrait de femme !

Comme souvent avec ce genre de roman, quelques faits sont prévisibles parce que ça fait partie des éléments indispensables à un bon récit historique, romanesque et sans prise de tête.

Mais il faut reconnaître le travail de fond de l’auteur. Elle s’est documentée sur la période évoquée, les conditions de vie, de travail, les communications, tout ce qui peut donner de la crédibilité à son texte.

J’ai beaucoup aimé ce titre et je continuerai d’ici cette série d’ici un mois ou deux.

NB : Un rappel des personnages, en début d’ouvrage, serait une bonne idée.


"Quand même" d'Olivier Zarrouati

 

Quand même
Auteur : Olivier Zarrouati
Éditions : Cherche Midi (22 Janvier 2026)
ISBN : 978-2749185262
434 pages

Quatrième de couverture

Quand Jean-Dominique Dauffarges, patron charismatique d’une PME, devient tétraplégique après un accident de voiture, son épouse Blandine se retrouve propulsée à la tête de l'entreprise. Alors qu'elle tente de sauver la société familiale, elle doit faire face à une épreuve plus déchirante encore : désespéré par la tournure qu'a prise sa vie, son mari a convaincu un ami médecin de l'aider à mettre fin à ses jours. La tentative échoue, le laissant dans un état végétatif. Mais Blandine doit continuer à se battre sur tous les fronts pour préserver sa famille et son usine.

Mon avis

L’orgueil des Dauffarges

Lui, c’est JoD, le patron, celui qui a repris l’entreprise après son père, celui qui connaît tous les rouages, qui sait négocier avec le banquier, les clients, les fournisseurs, qui est présent auprès des employés mais juste ce qu’il faut sans empiéter sur le rôle de chacun. Il connaît la valeur du mot confiance. Il a tout en tête, pas forcément sur le papier, mais, de toute façon, il gère de main de maître.

Blandine, c’est son épouse, plutôt dans l’ombre de cet homme charismatique, elle est la « femme de… ». On la connaît mais elle reste à sa place, s’occupe de la maison et des enfants, deux adolescents avec les problématiques de cet âge vers le passage à l’état adulte.

Lorsque JoD perd le contrôle de sa voiture, c’est l’accident et le diagnostic direct et cruel : tétraplégique. Seule la tête fonctionne, il peut penser, parler, mais pour tout le reste, il doit être assisté même pour un banal coup de fil ! La famille explose, chacun cherche sa place.

Blandine hésite sur la marche à suivre, mais il lui paraît essentiel de maintenir la firme à flots. Est-elle légitime ? Peut-être pas. À elle de le devenir, elle n’a pas le choix, être efficace, crédible, assurer les commandes donc les emplois… Qu’on la regarde de haut ou pas, qu’on doute d’elle, qu’on l’aime ou qu’on la déteste, un seul mot d’ordre : tenir, faire face. Elle doit enregistrer les informations au plus vite, avoir une main de fer dans un gant de velours

Et son mari ? Bloqué dans ce corps qu’il ne maîtrise plus, que fait-il ? Veut-il l’aider ou pas ? La laisser se débrouiller et faire ses preuves ? L’accompagner dans ses réflexions pour sauver la boîte ? Est-il profondément révolté face à son état ? En colère contre son impuissance ? Ces deux-là peuvent-ils encore communiquer et se comprendre ? Elle à courir sur tous les fronts, et lui coincé sur un lit ? Et que dire à tous ceux qui demandent des nouvelles, de quoi sera fait l’avenir, que répondre ? Et leur amour dans tout ça ? 

Un petit bout de femme dans un monde d’hommes avec ses codes, que doit-elle faire ? Sont-ils, tous, comme des loups, à attendre qu’elle s’effondre pour récupérer la meilleure part du butin ?

Ce roman est magnifique, il nous renvoie de nombreuses questions. Il présente une famille ordinaire, qui se retrouve face à un fait terrible. Cela oblige chacun à explorer des pistes, des facettes de sa vie, mais aussi de la vie en général. Qu’est-ce que la dignité humaine ? Est-ce qu’on la perd quand on est comme JoD, dépendant pour chaque geste du quotidien ? La personne, confrontée à ça n’aura plus jamais la place qu’elle avait avant, quelle est celle qu’elle veut, peut avoir et qu’on veut, peut lui donner ? Et si JoD demande à mourir ? Quel est le cadre légal ? Les textes écrits sont interprétables …. Comment être en paix avec tout ça ?

Aucun membre de la famille ne sortira indemne de ce qui est arrivé au père, les relations seront transformées, les personnalités évolueront. Tout sera bouleversé et chacun se remettra en cause : ai-je bien fait ?

L’écriture d’Olivier Zarrouati est pour moi frappante de justesse. L’auteur a réussi à trouver le bon équilibre, il n’en fait jamais trop. Les personnages sont humains dans leur faiblesse et leur force. J’ai vécu avec eux au jour le jour, je sentais chaque interrogation, chaque angoisse, chaque peur, chaque mini victoire. Je tenais la main de Blandine, je la portais dans mes pensées, puis je revenais vers les autres … J’étais en apnée, totalement immergée dans le récit.

C’est une histoire tellement vraie, tout donne matière à réfléchir, débattre, discuter, partager ses idées, écouter celles des autres….

Coup de cœur !