"Inspecteur Lynley -Tome 22: Une si lente agonie" d'Elizabeth George

 

Une si lente agonie (A Slowly Dying Cause)
Auteur : Elizabeth George
Traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Nathalie Serval
Éditions : Presses de la Cité (2 Octobre 2025)
ISBN :  978-2258211063
512 pages

Quatrième de couverture

La découverte du corps de Michael Lobb, sauvagement assassiné, fait voler en éclats la paix de Trevellas. Dans ce hameau reculé de Cornouailles, les soupçons de l'inspectrice Beatrice Hannaford se portent sur une compagnie minière désireuse d'acquérir les terres de Lobb. Mais quand on découvre que, contrairement à Michael, son frère désirait vendre, et que la jeune veuve est volage, l'affaire se complexifie. Lorsque le frère de Dairdre, l'ancienne compagne de Lynley, est mis en détention provisoire, Barbara Havers, venue se mettre au vert après un épisode difficile, décide de leur prêter main-forte pour tenter de tirer le jeune homme de ce mauvais pas.

Mon avis

J’aime beaucoup les enquêteurs Barbara Havers (l’électron libre) et Thomas Lynley (l’aristocrate), ils forment une équipe atypique et sont efficaces lorsqu’ils travaillent en binôme. Lui, il essaie de la protéger car elle est fantasque, impulsive, mal fagotée (ce qui déplaît à ses supérieurs), parfois borderline. Elle, elle l’aime bien, elle sait qu’il a souffert, que certaines choses sont difficiles à vivre pour lui. Et, malgré sa maladresse, elle est toujours là pour lui.

Dans ce dernier roman, ils n’interviennent pas dès le début du récit et j’avoue que j’attendais avec impatience leur « arrivée ». Je suis contente de suivre leur évolution, de voir ce qu’ils deviennent au fil des tomes.

En Cornouailles, Michael Lobb a laissé sa femme et ses enfants pour une nouvelle épouse bien plus jeune que lui. Il travaille l’étain et se fait aider de deux hommes. Sa compagne donne des cours de danse. Mais leur terrain, comme d’autres dans le coin, attise les convoitises. Une compagnie minière fait des propositions et lorsque Michael Lobb est retrouvé assassiné, la question est posée : « À qui profite le crime ? »

À la veuve, aux enfants du mort, à son frère, etc ? C’est l'inspectrice Beatrice Hannaford qui mène les investigations et un des hommes soupçonnés et le frère de Dairdre, qui a été en couple avec Thomas. Elle demande de l’aide à Barbara pour sortir son frangin des griffes de la police. Un concours de circonstances amènera sur les lieux, Thomas et Barbara et, chacun à leur niveau, ils vont faire des recherches.

Cette histoire est très dense, il se passe plein de choses et il ne faut pas perdre le fil car ça se joue sur plusieurs niveaux. Au début, on « navigue » entre Londres et un coin de Cornouailles, l’auteur a installé les différents contextes, les protagonistes (et leur quotidien) tout en « lançant » cette nouvelle aventure. On a également accès à un journal intime, ce qui nous permet de cerner d’autres événements.

L’écriture (merci à Nathalie Serval, la traductrice) est complète, sans pour autant nous noyer sous les détails inutiles mais tout est important. J’ai trouvé ce roman très bien construit. Les rebondissements maintiennent le suspense. De nombreux thèmes sont abordés, d’une façon intelligente. Tout est bien dosé. La plupart des individus ont « des casseroles », des fragilités mais c’est ce qui les rend terriblement humains.

Elizabeth George met plus longtemps qu’avant pour écrire un nouveau titre, mais elle fait un travail remarquable tant dans les recherches (ici sur l’aspect minier), que dans l’approche psychologique de chaque être qu’elle évoque. Je la trouve très douée car c’est bien construit, intéressant et intense au niveau lecture.


"Clifton - Tome 12 : Dernière séance" de Bob de Groot & Bédu

 

Dernière séance
Clifton 12
Auteurs : Bob de Groot & Bédu
Éditions : du Lombard (7 Juin 1996)
ISBN : 978-2803606849
48 pages

Quatrième de couverture

Clifton se retrouve dans le milieu du cinéma : un producteur du nom du Beaumont ayant eu la bonne idée de faire un film relatant les aventures de notre détective. Mais tout n'est pas aussi rose dans le monde du cinéma qu'on l'imaginerait. Beaumont a un caractère de chien et tout le monde le déteste. En plus, il y a des jalousies entre certains acteurs.

Mon avis

Un réalisateur contacte Clifton dans le but de faire un film sur sa vie. Assez flatté, ce dernier accepte. En lisant le scénario, il constate que quelques libertés ont été prises avec la réalité. Il décide donc d’assister au tournage afin de rétablir la vérité. C’est l’occasion pour lui (et pour nous) de se plonger dans le monde du cinéma.

Clifton fait les yeux doux à l’actrice principale. On découvre les doublages, l’ambiance sur le plateau avec les rivalités entre les différents égos. Chacun voulant tirer la couverture à lui.

Plusieurs incidents surviennent et Clifton décide que cela n’est pas dû au hasard. Quelqu’un cherche à saboter le film, à pourrir l’ambiance, voire à blesser ou éliminer quelques individus… mais qui et pourquoi ?

Clifton ne résiste pas, il mène l’enquête !

L’intrigue ne m’a paru extraordinaire mais j’ai bien aimé l’atmosphère, le caractère de Clifton (quand il se met en colère, ça vaut le coup de le voir !) et l’humour anglais. Les dessins me plaisent car les tracés sont plus « ronds », plus doux.

Pas un des meilleurs de la série mais le plaisir de lecture est toujours là !


Northanger Abbey de Jane Austen (Northanger Abbey)

 

Northanger Abbey (Northanger Abbey)
Auteur : Jane Austen
Traduit de l’anglais par Josette Salesse-Lavergne
Éditions : 10 / 18 (12 Avril 1996)
ISBN : 978-2264023803
285 pages

Quatrième de couverture

Par sa gaucherie, ses rêveries naïves et son engouement pour les vieux châteaux, Catherine Morland semble loin des modèles de vertu.

Mon avis

Ce roman, écrit en 1797-1798, terminé en 1803, a été édité, la première fois, en 1818.

J’ai essayé de ne jamais perdre de vue ces dates pendant ma lecture.

Pourquoi ? Pour plusieurs raisons.

La première, pour mieux appréhender l’écriture (merci à la traductrice), accepter le vocabulaire, les vieilles tournures de phrases, le style qui est désuet, mais forcément en lien avec l’époque de rédaction de cette histoire.
La deuxième, pour comprendre la place de la femme dans la société dans ces années là afin d’avoir des indications sur les comportements, les attitudes des uns et des autres.
La troisième, pour ne pas être « braquée » dès le départ, en pensant que lire un classique, c’est barbant alors qu’on en retire toujours quelque chose.

Catherine Morland a dix-sept ans, elle est issue d’une grande famille et elle est « presque jolie ». Elle lit et confond un peu la réalité avec ce qu’elle aperçoit dans les romans (surtout gothiques qui ont sa préférence), elle se prend pour une héroïne…  Elle se laisse parfois influencer par ce qu’elle lit e, ça déforme sa vision et elle a des réactions pas toujours appropriées.

Invitée par des voisins de ses parents pour quelques semaines à Bath, dans une ville thermale, elle fait des rencontres, se lie d’amitié et découvre ce que peut être la vie. Ce séjour peut s’assimiler à un passage à l’âge adulte. Elle commence à cerner les personnalités, les caractères, les relations humaines et leurs ramifications. Cette jeune fille naïve grandit sous nos yeux, elle devient plus mature.

L’air de rien, ce texte aborde de nombreuses thématiques : la place de l’argent, la jalousie, l’hypocrise, l’envie, la manipulation, etc

C’est une lecture que j’ai appréciée car elle m’a fait découvrir un côté différent de Jane Austen. Un ton moqueur, parfois ironique qu’elle n’utilise pas très souvent.


"Le refuge" de Jérémy Bouquin

 

Le refuge
Auteur : Jérémy Bouquin
Éditions : du Caïman (9 Janvier 2026)
ISBN : ‎ 978-2493739735
260 pages

Quatrième de couverture

Caroline et ses enfants rejoignent une étrange communauté de femmes, réunies dans une ferme perdue au cœur des bois. Toutes ont fui l'enfer, et ont construit un nouveau monde, à l'abri des regards. Un lieu où rudesse, entraide et solidarité sont les seules lois. Pourtant, le passé ne s'oublie pas si facilement. Et la confiance, si difficile à accorder, peut se briser en un instant. Dans ce refuge loin de tout, entre les blessures d'hier et les doutes d'aujourd'hui, sont-elles vraiment en sécurité ?

Mon avis

Lorsqu’une femme est mal dans son couple, la vie n’est pas facile. Surtout si le mari violent ou humiliant donne le change devant les voisins et les amis. Caroline est de celle-là. Elle a essayé de parler à sa mère, d’expliquer les situations de conflits mais cette dernière a minimisé et ne l’a pas entendue. Alors, Caroline se sent seul avec ses deux enfants dont un bébé. Jusqu’à ce qu’une rencontre lui ouvre une porte sur l’espoir.

C’est Charline qui la comprend, l’écoute et lui propose une « exfiltration » organisée et bien « ordonnée ». Tout sera prévu, calculé, les risques minimisés voire inexistants. Alors Caroline fait confiance, elle sait qu’il n’y a pas d’autres solutions si elle veut offrir un meilleur avenir à ses fils. Pas évident de partir dans l’inconnu, sans rien ou presque, mais c’est pour un mieux-être…

Elle est conduite dans un lieu dont elle ignore tout, elle a été empêchée d’observer le trajet. Elle se retrouve dans une ferme isolée, au milieu des bois, assez loin de tout. Gérée en presque totale autarcie, elle est habitée par des femmes qui ont souffert comme elle et ont décidé d’aider d’autres épouses, compagnes, en détresse. Il faut qu’elle fasse ses preuves, qu’elle prouve qu’on peut lui faire confiance, qu’elle reste le temps décidé par la « responsable » avant de se voir offrir une nouvelle vie, ailleurs, en toute quiétude. Le quotidien est ardu, le confort aléatoire, elle se pose beaucoup de questions. Elle sent bien qu’on ne lui dit pas tout, que certaines choses sont tenues secrètes. Mais elle n’a pas de marge de manœuvre. Si elle veut s’en sortir, elle doit attendre des jours meilleurs., se raisonner.

Malgré toutes les précautions prises, toutes les protections mises en place, les locataires du refuge sont rarement totalement sereines. Elles surveillent leurs arrières dès qu’elles partent ou arrivent, font le nécessaire pour ne pas être vues, ni repérées. Donc, la tranquillité n’est qu’une façade, être sur le qui-vive est une obligation, sans cesse et avec peu de répit.

Tout ça, c’est quand même assez fragile, et peut-être moins pérenne que cette communauté l’imagine. Quand elles apprennent que des hommes essaient d’obtenir des renseignements dans le village le plus proche, elles réalisent vite qu’elles doivent être continuellement en éveil. Cet équilibre fragile est-il en péril ? Les événements vont-ils se précipiter et les mettre en danger ?

Jérémy Bouquin construit un récit qui nous tient en haleine. Dès les premières lignes, on sent que l’atmosphère ne respire pas la joie, ou pas autant qu’on veut nous en persuader. Dans ce groupe pour les femmes, régie par des femmes, les rôles sont définis, chacune à sa place, pas facile de prendre des initiatives, de voir plus loin que ce qu’on vous montre. Les tensions sont présentes, les plus jeunes n’ont pas les mêmes besoins, les mêmes envies. Quel peut être le suivi médical en cas de problème ? Les herbes sauvages sont-elles suffisantes ? Et puis, où trouver de l’argent pour ce qu’on ne peut pas obtenir en récupération ou autosuffisance ?

L’écriture est prenante, sans fioriture, des phrases qui claquent, comme si tout se déroulait sous nos yeux, sans fard. En filigrane des thèmes graves sont abordés. La tension monte au fil des chapitres, j’avais peur que Caroline perde pied, qu’elle ne choisisse pas le bon objectif. C’est noir bien sûr, mais très bien pensé !


"Ghostfather" d'Éric Calatraba

 

Ghostfather
Auteur: Éric Calatraba
Éditions: The Melmac Cat (19 Février 2026)
ISBN:
978-2492759376
224 pages

Quatrième de couverture

Clément et sa guitare Fender sont devenus en quelques années une des stars du paysage pop français. Cette guitare va l'amener à Londres où il va faire la connaissance de son père, qui l'aurait abandonné à la naissance. Roman noir sur fond de rock, de pop, et de relations familiales complexes, "Ghostfather" manie aussi habilement quelques ambiances britanniques, dévoile la nuit, sur une mauvaise route et dans les esprits des personnages.

Mon avis

C’est noir, sombre, intense, prenant et une fois encore l’auteur change de registre avec un roman où la musique est la ligne conductrice. Déjà tous les titres de chapitres sont en lien avec cette thématique (et j’avoue qu’il me manquait de nombreuses références, mais comme j’aime bien comprendre, j’ai fait des recherches…), ensuite la guitare Fender est un personnage à part entière dans le texte, puisqu’elle prend la parole.

Plusieurs protagonistes s’expriment et l’en tête ne précise pas qui prend la parole, il est donc nécessaire d’être attentif et de prendre en compte le contexte pour savoir qui parle. C’est pour moi quelque chose de très positif car ce récit choral n’est pas ordinaire.

Clément veut être musicien. Ce n’est pas aisé de réussir ses rêves mais sa confrontation avec une Fender, une guitare exceptionnelle, marque un tournant. Il joue et devient célèbre. Il fait des rencontres, dont une avec une femme (qui, à mon avis, est une perle mais c’est bien connu que les hommes ne s’en rendent pas compte), garde un ancien pote musicien, a parfois des difficultés mais sa Fender et lui, c’est quelque chose comme on dit.

Lors d’un passage à Londres, il fait la connaissance de son père, un presqu’inconnu pour lui. Leur lien est complexe, compliqué. L’influence du father n’est pas des mieux mais le fiston est tellement heureux de l’avoir retrouvé, il tolère tout. Il se fait manipuler, la drogue er bien d’autres mauvaises addictions entrent dans son univers… Et un jour un dramatique événement finit de bouleverser ce quotidien déjà fragile. Est-ce que tout va partir en vrille ou Clément va-t-il reprendre le dessus ? C’est un homme tourmenté qui ne sait plus comment mener sa vie. Quel avenir pour lui ?

Le texte est jalonné d’extraits de poèmes, de chansons, le lecteur baigne dans la musique et a envie de ressortir ces vieux vinyles, d’écouter, de se laisser envahir par le rythme du rock en roll. Chaque individu présente son point de vue, le langage, le style, le vocabulaire sont adaptés (j’ai beaucoup aimé lire les ressentis de la guitare, c’est très « parlant »).

« Le plus dur pour moi était quand il me prenait lorsqu’il était défoncé. Je plongeais dans son esprit, ce qu’il en restait. »

Les caractères sont travaillés, on découvre l’ambivalence de certains qui sont capables de jouer sur tous les tableaux, de se faufiler pour obtenir ce qu’ils veulent, quitte à manipuler les autres … Ce livre parle de musique, mais de nombreux thèmes sont abordés, la culpabilité, la jalousie, la vengeance, la famille, les choix qui modifient la trajectoire d’une vie, les déceptions, le succès (avec sa rançon : la solitude de la star, les profiteurs etc…) Beaucoup de situations sont évoquées en peu de pages parce que Éric Calatraba va à l’essentiel).

L’écriture est rythmée, les phrases sont courtes, parfois teintées d’humour.

« Elle est sortie avec un guitariste, con comme un médiator. »

Verlaine a écrit : « De la musique avant toute chose » et ce sera ma conclusion ….


"Lettres perdues" de Jim Bishop

 

Lettres perdues
Auteur : Jim Bishop
Éditions : Glénat (15 Septembre 2021)
ISBN : 978-2344043448
200 pages

Quatrième de couverture

Comme tous les matins, Iode attend impatiemment cette lettre que le facteur tarde à lui apporter. Surement une blague de ce farceur de poisson-clown qui s’amuse à livrer son courrier aux voisins... Ou peut-être a-t-il simplement été égaré ? Il n'y a qu'un seul moyen d’en avoir le cœur net : se rendre en ville. Embarqué dans sa petite auto vert pomme, Iode fait la rencontre de Frangine, une autostoppeuse au caractère bien trempé qui effectue une livraison.

Mon avis

Iode vit sur une île et il attend une lettre de sa maman. Tous les jours, il espère et tous les jours, il est déçu. Alors, il décide d’aller à la poste pour réclamer ce courrier. Il part et nous le suivons dans ses recherches. Il rencontre Frangine, une autostoppeuse et il pense qu’elle pourra l’aider.

Iode a un oiseau Péli, un fidèle compagnon à qui il se confie. Leur relation est simple et confiante. Il est un peu candide dans ses remarques, peut-être parce qu’il vit un peu loin des autres.

Jim Bishop nous fait pénétrer dans un univers où les poissons vivent sur terre grâce à un dispositif ingénieux. Ils occupent des professions variées. Il y a peu d’humains. C’est très original et bien mis en scène.

De nombreux thèmes sont présents et ils sont abordés à travers différentes rencontres ou situations.

L’histoire commence légèrement avant de s’intensifier et de devenir carrément profonde et émouvante dans les dernières pages.

Les dessins ont un beau tracé, assez net avec des couleurs lumineuses. Les cases ne sont pas régulières, parfois le croquis prend toute la page. Quelques retours en arrière sont dans les tons de sépia.

Les bulles sont porteuses de sens. Quelques fois, c’est très poétique : « Toucher de nos doigts les étoiles brûlantes … Les contempler un temps … et qu’elles redeviennent filantes .. »

Frangine, que sa mère a négligé, dit : « Les mères, c’est des femmes qui ne s’assument plus en tant que femmes. Alors, quand leur gosse leur prend la tête, la solution la plus simple, c’est de le rejeter ! »

Une belle lecture où l’imaginaire a une place délicate et radieuse.


"Le Dit du Mistral" d'Olivier Mak-Bouchard

 

Le Dit du Mistral
Auteur : Olivier Mak-Bouchard
Éditions : du Tripode (20 Août 2020)
ISBN : 978-2370552396
362 pages

Quatrième de couverture

Après une nuit de violent orage, un homme voit toquer à la porte de sa maison de campagne Monsieur Sécaillat, le vieux paysan d'à-côté. Qu'est-ce qui a pu pousser ce voisin secret, bourru, généralement si avare de paroles, à venir jusqu'à lui ? L'homme lui apporte la réponse en le conduisant dans leur champ mitoyen : emporté par la pluie violente et la terre gorgée d'eau, un pan entier d'un ancien mur de pierres sèches s'est éboulé. Or, au milieu des décombres et de la glaise, surgissent par endroits de mystérieux éclats de poterie. Intrigués par leur découverte, les deux hommes vont décider de mener une fouille clandestine, sans se douter que cette décision va chambouler leur vie.

Mon avis

La maison d’éditions du Tripode donne la parole à des voix singulières. Et ce terme de « singulier » correspond bien à ce premier roman de l’auteur. Il n’y croyait pas et l’avait laissé au fond d’un carton, jusqu’à ce que des événements personnels, le pousse à le ressortir, et le terminer…
Issu de cette terre du Lubéron qu’il met à l’honneur, il ne pouvait pas parler d’autre chose. Il est viscéralement attaché à ces lieux, à l’esprit du pays, à ses légendes et a choisi de rédiger (c’est lui qui le dit) un récit délicat et complexe.

La première partie raconte l’histoire de deux voisins. Suite à la chute d’un mur, il découvre des morceaux de poterie antique. Décidant de rien dire aux autorités, ils font les fouilles eux-mêmes sans imaginer où tout cela va les entraîner. C’est assez classique, on les voit avancer, douter, se cacher, discuter, prendre des décisions plus ou moins bonnes. J’ai trouvé l’écriture très belle, visuelle et poétique.

Arrive la seconde partie. Olivier Mak-Bouchard a choisi de faire intervenir le merveilleux et les légendes, peut-être pour rendre hommage à son coin de pays porté par des croyances, des superstitions, des personnages imaginaires. Il faut alors accepter de quitter le rationnel et s’évader dans un autre domaine. Je rajouterai que je pense qu’il faut « être prêt » et que suivant le moment où on lit ce recueil, on apprécie ou on écarquille les yeux en se disant « mais qu’est-ce qui lui a pris ? » Cela tombait bien, lorsque je l’ai lu, j’avais envie de fantaisie, de rêve….

À ce moment-là se mêlent réalité et fiction dans une langue pure, où le folklore a une belle place. Je me suis laissée emporter. Je n’ai pas voulu analyser, j’ai juste souhaité profiter de cet univers atypique.

J’ai apprécié l’atmosphère, les allusions (titres de chapitres, petites phrases, recettes ou autres) mettant en exergue la Provence. L’idée est originale et je ne regrette pas ma lecture.


"Tout doit être splendide" de Sasha Marianna Salzmann (Im Menschen muss alles herrlich sein)

 

Tout doit être splendide (Im Menschen muss alles herrlich sein)
Auteur : Sasha Marianna Salzmann
Traduit de l’allemand par Jeffrey Trehudic
Edditions : Christian Bourgois (5 Février 2026)
ISBN : 9682267055962
444 pages

Quatrième de couverture

Lena et Tatyana sont nées en Ukraine, en ex-URSS, mais la dissolution de l'Union soviétique les a amenées à Iéna, en Allemagne, où elles ont recommencé leur vie à zéro, élevé leurs filles Edi et Nina, et sont devenues amies. Pourtant, plus de vingt ans après, cette terre à laquelle elles se sont arrachées continue de les faire souffrir, tandis que leurs filles, désormais adultes, s'obstinent à ignorer son histoire et leurs origines. Pour Edi et Nina, le passé est le passé : l'enfance et l'adolescence de leurs mères, la corruption et le népotisme, le choix de ces deux femmes d'émigrer, puis la guerre dans le Donbass... tout cela ne les concerne pas. La fête d'anniversaire des cinquante ans de Lena les réunit à nouveau toutes les quatre : une occasion rêvée - ou cauchemardée - de faire face ensemble à ce qui les sépare, mais aussi à ce qui les rapproche

Mon avis

« Tout doit être splendide », un titre en forme d’injonction, comme s’il fallait se persuader que, malgré la dureté de la vie, tout va bien.

Dans ce roman, à la langue poétique et puissante, Sasha Marianna Salzmann nous présente deux binômes « mère/fille ». Elles ont toutes, quelle que soit leur génération, dû faire des choix pour exister dans des conditions correctes voire survivre. Elles se sont inévitablement posé la question de savoir si leurs décisions étaient les bonnes, s’il aurait dû en être autrement…

Après une courte introduction, on découvre Lena dans les années soixante-dix, en Ukraine. Elle est enfant et passe les étés, à Sotchi, chez sa mamie, qu’elle aime énormément. Ensemble, elles vendent des noisettes, qu’elles ont ramassées, au marché. C’est une vie simple mais très heureuse et pour Lena, c’est totalement magique. L’auteur nous décrit à merveille une relation complice, aimante et belle. Et puis arrive un été où tout change. Finis les séjours à la campagne, sa maman lui explique qu’elle a beaucoup de chance, elle va intégrer les camps de vacances des « petits octobristes », les pionniers qui doivent devenir de bons socialistes. Un bouleversement qui ne la laisse pas indemne et modifie à jamais la relation avec sa chère grand-mère. On va continuer de la suivre jusqu’à l’âge adulte, touchante, tenace, entière. On découvre comment le lien avec sa maman évolue, c’est quelques fois complexe et compliqué entre elles, et également avec son père. Elle décidera de partir en Allemagne, de s’arracher à cette terre qui est à la fois la sienne et plus assez hospitalière. C’est la fin de l’Union Soviétique et rien n’est simple.

Cette première partie est pour moi la plus belle, la plus poignante, la plus aboutie dans tout ce qui est exprimé et dans tout ce qui se lit entre les lignes. Les mots (merci au traducteur) choisis portent le texte dans toute sa splendeur.

Dans la suite du livre, c’est un autre personnage qui s’exprime, avec un point de vue situé à une époque différente mais des retours dans le passé qui nous éclairent et nous permettent de comprendre le quotidien dans ce pays qui a explosé où on y voit les réactions de chacun. Et puis vient une conclusion où ressortent les tensions mais aussi tout l’amour qui unit les protagonistes de cet ouvrage.

Ce récit est magnifique, édifiant, émouvant. Les émotions des femmes évoquées sont décrites avec un phrasé tout en nuances, plein de sens et de beauté. On cerne les difficultés face aux secrets que certaines ne savent pas comment partager. Doit-on être ce que les autres attendent de nous ou doit-on vivre sa vie sans se préoccuper des ressentis familiaux ?

Chaque lignée vit avec son passé, plus ou moins douloureux. Il a forcément influencé celles qu’elles sont devenues, construit les caractères et induit les comportements. Les histoires personnelles s’emboîtent les unes dans les autres, se nourrissent les unes des autres. L’autrice explore les liens intrafamiliaux et amicaux, leur finalité et les conséquences sur chacun.

Le ton est très juste, le propos jamais moraliste, les faits sont posés et expliqués avec beaucoup de finesse. Une pointe d’humour, des phrases poétiques et une lecture splendide… je suis ravie.


"La sage-femme de Berlin" d'Anna Stuart (The midwife of Berlin)

 

La sage-femme de Berlin (The midwife of Berlin)
Auteur : Anna Stuart
Traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Stéphanie Alglave
Éditions :  City Edition (21 Février 2024)
ISBN : 978-2824623320
400 pages

Quatrième de couverture

Dans l'enfer d'Auschwitz, Ester caresse doucement les cheveux de Pippa, son bébé. C'est un miracle que sa petite fille soit blonde, car grâce à ce détail l'enfant pourra rester en vie. Bientôt, les nazis viendront prendre son bébé pour le donner à une famille allemande. Mais Ester veut croire qu'un jour, après la guerre, elle retrouvera sa Pippa... Secrètement, la jeune femme a tatoué son numéro de déportée sous l'aisselle de sa fille. Un geste qui lui donne de l'espoir et la volonté de survivre malgré l'horreur. Des années plus tard, Ester est enfin libre. Dans chaque orphelinat et hôpital qu'elle visite, elle scrute les visages des enfants. Mais les mois passent et l'espoir de revoir Pippa s'amenuise.

Mon avis

M’étant beaucoup attachée aux personnages du roman « La sage-femme d’Auschwitz », j’ai eu envie de lire cette suite pour savoir ce qu’ils devenaient.

Pour moi, ce tome deux est réussi sans pour autant avoir la profondeur du premier. Peut-être parce que les événements sont moins « graves » et que l’émotion est moins forte. Ou alors, je les ai lus trop rapprochés et j’ai été moins surprise, c’est sans doute ça.

J’ai quand même eu du plaisir en lisant cet ouvrage. Je trouve que l’auteur sait parfaitement intégrer les événements historiques réels dans son récit. On découvre les ressentis des allemands quelle que soit la ville où ils habitent et c’est très intéressant car leurs quotidiens sont différents. C’est également édifiant de voir comment les esprits adolescents étaient « préparés » dans un but précis, en leur faisant miroiter des tas de choses, notamment pour le sport.

L’écriture est toujours fluide, le récit aisé à suivre. On voit plusieurs protagonistes, des points de vue et des périodes diverses avant un final prenant.

J’ai apprécié les « mères courage » qui espèrent, ne baissent pas les bras et se relèvent sans cesse, ainsi que la jeunesse qui se « bat » en toute discrétion. J’ai trouvé admirable d’être capable de faire passer son bonheur après celui des autres.

Je ne lirai pas le tome trois tout de suite, je vais attendre un peu !


"Pas de fumée sans feu" de M.J. Arlidge (Into the Fire)

 

Pas de fumée sans feu (Into the Fire)
Auteur : M. J. Arlidge 
Traduit de l’anglais (Royaume-Uni) par Séverine Quelet
Éditions : Les Escales (5 Février 2026)
ISBN :  978-2386980121
440 pages

Quatrième de couverture

Helen Grace n'a aucun doute. Quitter la police était la bonne décision à prendre. Jusqu'au jour où elle assiste à l'agression d'une jeune femme. N'écoutant que son courage, elle intervient, sans parvenir à sauver la victime, enlevée sous ses yeux.
Déterminée à retrouver la jeune femme, Helen se tourne vers ses anciens collègues. En vain. Seule, elle se lance alors dans l'enquête et, bien vite, remonte la piste d'autres femmes en danger...

Mon avis

Quel plaisir de retrouver Helen Grace ! Elle a quitté la police alors qu’elle réussissait plutôt bien dans tout ce qu’on lui confiait. Mais elle n’était pas d’accord avec la façon de fonctionner de ses supérieurs et comme c’est une femme entière, elle a préféré partit.

Elle profite de la vie et commence, elle qui est toujours sur la défensive, à se lâcher avec son nouvel amant. Serait-elle en train de tomber amoureuse ? On la sent plus humaine, presque vulnérable au début de ce roman. Est-ce que le fait d’avoir quitté son boulot lui offre un peu de liberté, de souplesse ? La pression est sans doute moins présente également. Elle parait plus sereine, plus détendue, moins prête à « bondir ».

Pourtant, lorsqu’elle voit une jeune femme poursuivie par deux hommes, elle ne réfléchit pas, elle fonce. Elle est aguerrie aux sports de combat, mais malgré tout, elle finit au sol et réalise qu’elle n’a rien pu faire pour aider celle qu’elle a vue en danger. Elle n’a pas d’éléments, elle ne sait rien mais elle a vu la souffrance dans les yeux de la victime et elle ne peut pas laisser les choses en l’état. Elle n’a plus les moyens d’investigation du métier qu’elle a abandonné mais tant pis, elle mènera l’enquête seule. Le problème, si elle découvre quelque chose, qui acceptera de la croire ? Encore plus parce que parfois, elle se fie à son instinct, ses intuitions et ce n’est pas vraiment rationnel.

Elle veut connaître la vérité et elle s’attaque, sans le savoir à des grosses pointures. Où tout cela va-t-il l’entraîner ? Lorsqu’elle réalise que la situation est grave, elle essaie d’alerter les autorités mais personne ne l’écoute. Alors, elle cherche des informations quels que soient les risques encourus.

En parallèle, on suit une journaliste, autre personnage récurrent de l’auteur, qui n’a pas toujours été tendre avec Helen. C’est aussi une tête brûlée mais dans un autre genre.

Ce sont deux femmes solides et volontaires !

C’est un récit avec du rythme, des chapitres courts passant d’un personnage à un autre. C’est prenant, totalement addictif. M. J. Arlidge aborde des thèmes graves, entre autres tout ce qui concerne l’immigration, le rêve d’un autre possible, d’une meilleure vie, et les déceptions lorsque ce n’est pas réalisable pour diverses raisons. Il montre comment certains individus mauvais profitent de la vulnérabilité de ceux qui ont tout quitté parce qu’ils ne pouvaient plus vivre dans leur pays. C’est très émouvant.

C’est un des meilleurs livres de cette série. C’est sombre, noir, malheureusement réaliste par certains côtés.

L’écriture (merci à la traductrice) est fluide, rapide, sans temps mort car il y a des rebondissements, de l’action, des conflits. C’est vivant, intéressant et une fois dedans, on y est à fond ! Le suspense est omniprésent !

J’ai vraiment apprécié cette lecture et tout ce qu’a fait Helen. Elle n’est pas toujours facile à vivre, elle a du caractère (peut-être un peu trop) mais ses déductions sont fines et elle cerne assez vite les gens, ce qui lui permet de prendre, quelques fois, un peu de recul et de moins se précipiter.

J’espère qu’il y aura une suite !


"La maison aux neuf serrures" de Philip Gray (The House with Nine Locks)

 

La maison aux neuf serrures (The House with Nine Locks)
Auteur : Philip Gray
Traduit de l’anglais par Élodie Leplat
Éditions : Sonatine (18 Septembre 2025)
ISBN : 978-2383992158
484 pages

Quatrième de couverture

Bruxelles, février 1952. Un incendie se déclare dans un entrepôt. On y retrouve le corps d'un veilleur de nuit. Simple accident ? Envoyé sur les lieux, le commandant De Smet semble en douter.
Gand, avril 1957. Après une enfance marquée par la maladie, la jeune Adélaïs De Wolf reçoit de son oncle un curieux héritage : une maison dont elle ignorait l'existence. Celle-ci possède neuf serrures et Adélaïs découvre bientôt à sa grande stupéfaction la raison d'une telle protection. Alors que son existence prend un tour totalement inattendu, elle va devoir faire face aux investigations du commandant De Smet, un homme qui ne lâche rien, jamais.

Mon avis

Ce récit s’articule sur plusieurs temporalités, dans les années cinquante en Belgique.
On suit Adélaïs, petite fille qui vit dans une famille qui se délite. Le père perd pied et n’assume plus son travail d’horloger correctement, la mère ne sait pas trop où elle en est et l’oncle fait quelques apparitions surprenantes. Ce dernier a beaucoup d’affection pour sa nièce et il espère de grandes choses pour elle. Il voudrait qu’elle ait confiance en elle. Elle essaie d’avoir des amis, aimerait étudier mais l’argent manque souvent pour ne pas dire toujours…. Alors elle se construit autrement …

D’un autre côté, on découvre le commandant De Smet qui mène une enquête délicate. C’est un homme opiniâtre qui ne lâche jamais rien. Comme il ne résout pas son affaire, elle reste présente en lui, l’obsède. Ses collègues voudraient qu’il passe à autre chose mais il y revient tout le temps. C’est presque une obsession. C’est vital pour lui de réussir.

Et la maison ? C’est écrit dans le résumé de l’éditeur. Adélaïs la reçoit en héritage de son tonton, celui qui rêve d’une grande et belle destinée pour elle… Est-ce que cette donation va changer sa vie ? Et si oui, pourquoi ?

Après avoir lu « Comme si nous étions des fantômes » du même auteur, je ne m’attendais pas à un roman de ce style. De nombreux thèmes sont abordés, l’amour et l’amitié sous toutes leurs formes, la quête de l’indépendance et de la liberté, le remords, le mensonge, la trahison, la jalousie, la puissance de l’argent, le regard des autres, etc.

L’histoire est remarquablement bien pensée, tout s’emboîte et lorsqu’on arrive à la fin, on comprend les indices qui ont été semés au fil des pages. Les personnages sont intéressants, j’ai apprécié de suivre leur évolution. Adélaïs est très volontaire, observatrice, attachante. Je n’ai pas toujours été d’accord avec ses choix mais je pense qu’on peut les comprendre. Les lieux évoqués sont des villes que j’ai eu plaisir à visiter. La description des différents endroits présentés instaure une belle atmosphère.
L’intrigue s’installe petit à petit et la tension monte, tout s’assemble à merveille et on va de surprise en surprise.

L’écriture (merci à la traductrice) est dense (tout a son importance), fluide et prenante. Je n’ai ressenti ni temps mort, ni longueur. Le vocabulaire choisi est judicieux et c’est là que le travail d’Elodie Leplat prend tout son sens. 

Un opus abouti, réussi et un auteur à suivre !


"Brûle-bleu" de Léna Pontgelard

 

Brûle-bleu
Auteur : Léna Pontgelard
Éditions : Christian Bourgois (5 Février 2026)
ISBN :  978-2267054897
450 pages

Quatrième de couverture

Silas vit et travaille à l'Auberge de l'Écu depuis toujours. Lui et ses semblables aident Roland, l'aubergiste, à tenir le lieu pour que les voyageurs qui passent par l'Écu y dépensent lestement leurs bourses. Chaque jour, invariablement, Silas plie les draps, passe le balai, se rend au lavoir, plume les volailles, broie les épices, et recommence. Il existe pour cela, uniquement, car c'est ainsi qu'il a été créé. Mais un matin, Silas s'interroge. Sur son corps bleu. Sur son statut de créature. Sur l'origine des choses et leurs conséquences. Il n'en tire aucune conclusion, seulement d'autres questions, encore, qui pleuvent comme les amandes sur les plats des jours de fête. À force de questions, Silas est pris de vertiges ; il ne suit plus tout à fait le déroulement normal de ses journées, arraché à sa stricte routine par un trop plein de bruits, d'odeurs, de couleurs, de sensations.

Mon avis

Léna Pontgelard est née en 1992 mais elle a vécu de nombreuses expériences. Actuellement, elle est éditrice mais son insatiable curiosité la pousse à exploiter des tas de domaines. Brûle-bleu est son deuxième roman.

Oscillant entre plusieurs styles, le récit se situe principalement à Bourg-en Bresse et aux alentours, dans une période médiévale, au quinzième siècle, avec des humains mais pas que… ce qui donne une légère note fantastique, tout en restant ancré dans un contexte historique bien développé.

D’ailleurs, le narrateur est Silas, une « créature » qui a été conçu dans un but précis. Comme ses semblables, il aide Roland, le patron de l’Auberge de l’Ecu. Tous les jours, sans réfléchir, sans se poser de questions, il accomplit avec application et sérieux, les mêmes tâches : plier les draps, balayer, se rendre au lavoir etc. Il est candide, ne sait pas tout de la vie et ne cherche même pas plus loin, ça lui convient. Il est « programmé » et n’a connu que ça.

« Questionner ne fait pas partie du déroulement normal de ma journée. »

Roland arrive à sortir de belles phrases, lui, non. Mais un jour, une première interrogation arrive, un petit quelque chose envahit son ventre, ses tripes, son esprit. Commence-t-il à avoir des sentiments, à ressentir des émotions ? Que va-t-il faire de ça ? Il ne doit pas s’affoler.

« La panique, c’est quand tu réfléchis trop et que tu n’arrives plus à rien faire. »

S’il apprend des choses nouvelles, elles ne se gravent pas en lui. Il n’est qu’une créature… Pourtant de plus en plus, ça « bouge » à l’intérieur de lui…

C’est avec une langue imagée et poétique que l’auteur nous emmène dans son univers onirique. Les métaphores sont nombreuses et représentatives. Le vocabulaire et le langage moyenâgeux nous imprègnent du contexte. Les descriptions précises apportent un décor d’époque. C’est très bien fait.

J’ai aimé la place de la musique, évoquée avec beaucoup de lyrisme.

« Je ne sais pas si c’est le pur savoir ou la liesse transformée en notes, partagée dans tous les cœurs du soir, mais je sens qu’être musicien m’épaissit. La musique m’a trouvé comme de l’argile, mais elle a travaillé, travaillé mon âme, et elle m’a formé. »

Silas évolue, découvre. Il se rend compte qu’il existe et il réalise que les autres aussi. Il commence à faire des interactions, son cœur bat et pas seulement pour vivre !

Pour apprécier cette histoire, il faut se laisser porter par l’imaginaire de Léna Potgerland, accepter l’idée de mêler des personnages historiques à un monde teinté de fantastique. Silas fait un voyage initiatique. Ce qui est étonnant, c’est que tout s’articule à merveille, ce qui démontre que l’auteur sait très bien où elle veut emmener le lecteur. Au début, pourtant, je me suis demandée où elle m’entraînait ….

Et bien dans un milieu original, bien défini, où les protagonistes font des choix parfois difficiles pour assumer ou pas ce qu’ils sont. Le texte est plein de clins d’œil, de thèmes forts pour qui s’offrira le temps d’une lecture, une part de rêves avec des étoiles dans les yeux ….


"Clifton - Tome 3 : 7 jours pour mourir" de Bob de Groot & Turk

 

7 jours pour mourir
Auteurs : Bob de Groot & Turk 
Éditions : le Lombard (1er janvier 1979)
ISBN : 978-2803603169
48 pages

Quatrième de couverture

Imaginez un ordinateur hyper perfectionné, nouvellement acquis par l'Intelligence Service, qui choisit les personnes à éliminer, fournit toutes les informations à son sujet et envoie les tueurs. Terriblement efficace ! Seulement, ce n'est qu'une machine qui n'est pas à l'abri d'une erreur de manipulation. Par la maladresse d'un technocrate, le colonel Clifton est désigné comme la prochaine victime !

Mon avis

Pauvre Clifton ! Alors qu’il est bien tranquille chez lui, en train de faire le ménage car sa gouvernante est absente, il apprend que le super ordinateur de l’Intelligence Service a fait une erreur. Sur le coup, il s’en fiche un peu. Mais quand il apprend que la gaffe de l’ordi c’est de l’avoir déclaré comme personne à abattre et que le processus est enclenché sans possibilité de le stopper, il est fou de rage. Le délai ? Sept jours, les tueurs doivent l’avoir éliminé en maximum une semaine.

Il doit fuir et surveiller ses arrières sans cesse. Le problème ? C’est que la fameuse machine sait tout donc même ses planques les plus secrètes sont connues.

Le lecteur assiste donc à une course poursuite très dynamique, sur un rythme de fou. Les événements s’enchaînent, Notre détective a de l’idée mais les malfrats qui le traquent aussi. Ils sont organisés et ne manquent ni d’audace, ni de moyens.

J’ai beaucoup aimé cet album. Il y a de nombreuses actions et toujours de l’humour. Les dessins sont bien faits, vifs et colorés et on ressent tout ce qui se passe.


"Beyrouth Paradise" de David Hury

 

Beyrouth Paradise
Auteur : David Hury
Éditions : Liana Levi (5 Février 2026)
ISBN : 979-1034911912
320 pages

Quatrième de couverture

Décembre 2024. À Maameltein, le quartier rouge au nord de Beyrouth, les néons des super night-clubs ne brillent plus comme avant. Seul le Paradise ignore la crise, avec son décor kitsch, son champagne hors de prix et ses danseuses qui escortent les clients dans l’hôtel attenant. Lorsque l’une d’entre elles, une jeune Ukrainienne, disparaît, Marwan Khalil, ancien flic reconverti en détective privé, est chargé de la retrouver. La disparition d’une prostituée étrangère n’intéresse pas grand monde, mais pour Marwan, les disparus, c’est sacré. Ça le renvoie à ses copains miliciens évaporés pendant la guerre, et à celles et ceux qui ne sont jamais ressortis des geôles syriennes. Et dans le monde de la nuit, plus encore que dans le reste du pays, le silence fait loi et tous les coups sont permis.

Mon avis

Marwan Khalil était flic. Il n’a pas toujours été droit, c’est un homme désabusé, vidé par ce qu’il a vu, vécu. Il ne croit plus à son pays et pourtant il l’aime d’une certaine façon. Pour lui, les gouvernants ne sont pas à la hauteur, beaucoup de personnes bien placées sont corrompues, rien ne va vraiment. Il a perdu son couple, sa fille est partie étudier ailleurs et leurs liens sont sporadiques. Il voudrait moins fumer, moins boire, croire en d’autres possibles mais c’est difficile.

La vie est chère, très chère au Liban, en décembre 2024 alors pour améliorer ses finances, il s’est installé comme détective privé, recherches d’adultères etc. Un jour, une femme sonne à sa porte. Elle lui demande de retrouver sa sœur, une ukrainienne qui a disparu alors qu’elle travaillait comme danseuse dans une boîte de nuit de la ville. Il décide de mener quelques investigations. Bien entendu, il est loin de s’imaginer où tout cela va l’emmener.

Il a quelques entrées dans le monde de la nuit, dues à son ancien passé de flic, mais il va vite comprendre qu’il n’obtiendra que des bribes, juste de quoi le contenter pour qu’il laisse tranquille ceux qu’il interroge. Sauf que Marwan, il ne raisonne pas comme ça, il veut comprendre, il veut réussir et puis il sait bien qu’en fait de danse, les jeunes femmes sont des prostituées qui n’ont pas le choix car ceux qui les prennent sous leur coupe les exploitent. Et ça, ça ne lui plaît pas.

Marwan est meurtri, son pays est en perdition, l’électricité est intermittente, des individus retournent leur veste pour des raisons bizarres. Il se retrouve à solliciter son ancienne jeune collègue, l’épouse de son ex coéquipier qui ne veut plus entendre parler de lui (elle lui en veut car son mari est mort), des copains … il avance difficilement, pas à pas, prend une piste, se retrouve face à un cul de sac, repart sur une autre … Beaucoup lui conseillent d’arrêter de fouiner, de prendre du recul mais il ne peut pas. La cause lui semble juste et il continue, entêté, buté, acharné, prêt à en découdre malgré l’arrivée prochaine espérée et souhaitée de sa fille pour Noël.

Les chapitres sont assez longs, denses en informations historiques réelles et détailles, très bien amenées dans le texte. La trame est solide, très documentée. Les phrases, elles, sont plutôt courtes, percutantes, comme « crachées » dans l’urgence par manque de souffle. L’auteur a vécu à Beyrouth et son récit « vit » par son écriture expressive, sensible. Il nous éclaire sur les événements de cette époque, dans ce lieu. Son regard est aiguisé, pointu, tristement réaliste.

À travers son intrigue, il nous offre le portrait douloureux d’une ville, de ses failles, des ses souffrances, des ces courts moments suspendus où tout paraît à nouveau envisageable avant de retomber dans le marasme et les déceptions.

Dans ce recueil, la place des femmes est intéressante, certaines ont décidé de lutter, dans l’ombre ou pas. Elles veulent la liberté, le droit de décider de quoi sera fait leur vie.

« À la télévision, des centaines de Syriennes manifestent visages découverts, cheveux au vent, sur l’emblématique place des Omeyyades au centre de Damas. Elles réclament la démocratie et le respect des droits des femmes. »

J’ai aimé l’approche que David Hury fait de la politique, des événements présentés, des personnages (réels ou fictifs) cités et introduits dans le texte. Tout est parfaitement équilibré

Une lecture intense, édifiante, particulièrement réussie.

NB : une carte en fin d’ouvrage, permet de situer les principaux lieux évoqués.


"Aurore" de Nicolas Leclerc

 

Aurore
Auteur : Nicolas Leclerc
Éditions : du Seuil (6 Février 2026)
ISBN : 9782021590371
446 pages

Quatrième de couverture

À la suite d’un AVC qui la laisse paralysée du côté droit, Astrid, 75 ans, n’est plus capable de vivre seule dans sa maison isolée en pleine forêt jurassienne. Elle refuse de quitter son havre de paix malgré l’insistance de sa fille Mélanie, vétérinaire rurale au bord du burn out. Elles parviennent à un compromis en embauchant Aurore, une jeune aide à domicile timide et dévouée. Mélanie est vraiment soulagée. Mais très vite quelque chose cloche sérieusement. Qui est Aurore ?

Mon avis

Veuve, Astrid vit seule, à soixante quinze ans, assez loin du village, dans sa maison. Elle sculpte sur bois et a des commandes pour des églises voisines, dans le Jura. C’est un art qu’elle maîtrise, où elle s’épanouit et qui lui plaît. Elle le dit : « Créer, ce n’est pas reproduire, c’est interpréter. »

Elle a une fille, Mélanie, vétérinaire rurale, dévouée, débordée et mère d’Ewan, grand adolescent, qu’elle élève en solo.

Le père de Mélanie est décédé alors qu’elle avait dix ans et qu’elle était avec lui. Elle porte une certaine culpabilité (même si elle n’y est pour rien), et, inconsciemment, sa mère lui en veut. Les relations entre les deux femmes sont compliquées, tendues. Elles ont du mal à montrer leurs sentiments et donnent l’impression de se détester. D’ailleurs elles se font des reproches, n’arrivent pas à dialoguer. Astrid n’a jamais su être mère, la faute à son lourd passé et aux barrières qu’elle a érigées.

Et un jour, un AVC terrasse Astrid. À l’hôpital, elle est odieuse avec tout le monde, sa fille, les soignants… Elle veut rentrer chez elle, qu’on la laisse en paix mais son autonomie n’est pas suffisante. Personne ne sait comment « la prendre », la calmer. Seule Aurore, l’aide à domicile de sa voisine de chambre qu’elle visite quotidiennement, attire ses bonnes grâces. Attentionnée, agréable, douce, elle a tout pour plaire. Elle est disponible. Elle viendra aider Astrid à La Chaumoz. Cette dernière est prête, prête à accepter fauteuil, déambulateur, soutien, tout ce qui la révolte, pourvu qu’elle rentre chez elle. Alors, c’est un bon compromis, la mère sera accompagnée chaque jour pour les tâches les plus difficiles, elle n’aura pas sa fille sur le dos et, et celle-ci, à la limite du burn out, pourra bosser. Tout le monde est satisfait !

Aurore et Astrid s’entendent bien. Fille et mère sont soulagées dans un premier temps. Et puis, Mélanie trouve que cette assistante de vie prend un peu trop ses aises, elle essaie d’en parler mais elle est remise à sa place. Qui est là pour soutenir la malade ? Ce n’est pas elle, alors qu’elle lâche un peu du lest et ne cherche pas la petite bête.

J’ai senti la tension monter au fil des pages. Mon ventre se nouait, mes poings se serraient. L’auteur décrit avec précision chaque étape du rapprochement entre les deux femmes. On ne cerne pas immédiatement quelles vont être les conséquences. Les phrases, parfois courtes, nous percutent, d’abord avec des faits d’apparence anodines, puis avec les ressentis, les questions, les doutes qui s’installent. Mais comment faire lorsque les preuves vous échappent ou peuvent être remises en cause ?

Je ne connaissais pas cet auteur et j’ai été scotchée par son roman. D’abord, il décrit très bien la vie d’un vétérinaire de campagne (il s’est beaucoup documenté et tout ce qu’il présente est crédible), ensuite il installe une atmosphère familiale réaliste quelle que soit la génération évoquée. L’évolution de l’histoire est parfaitement pensée. Il montre les failles de chaque personnage, l’impulsivité de l’un, la colère d’un autre, l’orgueil qui bloque les contacts … C’est abouti et sans temps mort.

Un roman prenant, une lecture en apnée, tout ce que j’aime chez un excellent thriller !


"Résister" de Salomé Saqué

 

Résister
Auteur : Salomé Saqué
Éditions : Payot (16 Octobre 2024)
ISBN : 978-2228937597
146 pages

Quatrième de couverture

L’extrême droite est aux portes du pouvoir. Dans les urnes comme dans les esprits, ses thèmes, son narratif et son vocabulaire s’imposent. Il est encore temps d’inverser cette tendance, à condition de comprendre les rouages de cette progression et de réagir rapidement.

Mon avis

« Matin Brun », « Indignez-vous ! », ce n’est pas la première fois que quelqu’un tire la sonnette d’alarme et écrit pour nous rappeler qu’il faut être vigilants et agir.

Nos libertés sont en péril, les médias (dont beaucoup sont sous la coupe d’un même groupe) nous informent comme ils le veulent, de ce qu’ils veulent.

« À grands coups de millions, l’idéologie réactionnaire met progressivement la main sur les médias et reprend le contrôle de son image, impose ses thèmes dans lé débat public, ce qui lui permet d’importer et de banaliser son vocabulaire. »

Beaucoup de stratégies sont mises en place pour nous endormir, en jouant sur nos peurs. Après on s’éteint, on se tait, on subit, on oublie comment c’était avant et on laisse faire. Et pourtant, on est persuadés de ne pas être manipulés.

Dans ce court essai, aux nombreuses références (toutes expliquées dans les 22 pages de notes), l’auteur, journaliste, nous fait part de ses observations face à la montée de l’extrême droite en France. Elle rappelle qu’un site d’extrême droite préconise « une balle dans la nuque » pour se débarrasser de ceux qui investiguent, dont elle.

Après plusieurs courts chapitres consacrés à ce qu’elle a constaté ou étudié, Salomé Saqué donne des pistes pour renouer le dialogue et éviter les dérives. J’ai trouvé son manifeste intéressant, bien documenté mais pas autant percutant que ce à quoi je m’attendais.

Malgré tout, elle envoie un message fort.
Ne pas laisser l’indifférence s’installer face à la violence, ne pas être aveugle, garder son libre arbitre, cela semble simple mais…. se battre demande du temps, de la volonté, de l’énergie et parfois, on pense que d’autres le font très bien pour nous. Ce ne sera jamais suffisant … à chacun de résister !


"La psy" de Freida McFadden (Never Lie)

 

La psy (Never Lie)
Auteur : Freida McFadden
Traduit de l’américain par Karine Forestier
Éditions : City édition (17 Avril 2024)
ISBN : 978-2824638874
384 pages

Quatrième de couverture

Jeunes mariés, Tricia et Ethan recherchent la maison de leurs rêves. Alors qu'ils visitent un manoir isolé ayant appartenu au docteur Adrienne Hale, une psychiatre renommée disparue sans laisser de trace quatre ans plus tôt, une violente tempête de neige les piège sur place. Et la maison n’a rien d’un cocon rassurant... Il y a ces empreintes de pas récentes sur le parquet, ces bruits à l’étage, comme si quelqu’un vivait là. Pire encore : Tricia découvre une pièce secrète qui renferme les enregistrements audios de chaque patient du docteur Hale. La jeune femme les écoute les uns après les autres, tard dans la nuit.

Mon avis

Avant de commencer mon avis, j’avais presque envie d’écrire une liste d’avantages et d’inconvénients pour ce genre de lecture.

Tricia et Ethan, un jeune couple, tant par l’âge que la date de leur mariage et de leur rencontre, cherchent la maison de leurs rêves pour s’installer. Ce jour-là, ils visitent celle du docteur Adrienne Hale, une psychiatre connue. Elle a même écrit des livres qui ont du succès. L’agente immobilière n’arrive pas, et la neige tombe … Ils ont froid, la route est coupée, pas de réseau téléphonique … La totale comme on dit ! Que faire ?

Comme ils sont vraiment en détresse, ils arrivent à entrer dans la maison et se disent qu’ils vont y passer la nuit. Elle est encore meublée et Tricia la curieuse va découvrir les archives de la psychiatre. Et bien sûr, elle va mettre son joli nez là-dedans (qui a dit : « C’est bien une femme ? »). Des bruits bizarres, des découvertes surprenantes, le temps qu’ils passent dans cette demeure est pesant, les voilà déstabilisés …. Le suspense est prenant, on est sans cesse surpris par un nouvel élément. L’auteur a une imagination débordante !

C’est le livre idéal pour un voyage, une attente un peu longue, un après-midi où on a le souhait de s’évader sans se prendre la tête et surtout sans réfléchir !

Parce que, bien entendu, si on réfléchit, même pas beaucoup, on voit les invraisemblances, l’écriture basique, les ficelles et les coïncidences trop grosses, la traduction un peu légère, notamment au niveau de la conjugaison, le manque de consistance des personnages et de l’ensemble.

Il n’en reste pas moins qu’un jour de pluie, je l’ai dévoré dans l’après-midi. Ce roman ne me laissera pas un souvenir impérissable mais il m’aura détendue quelques heures.


"Clifton - Tome 16 : Le baiser du cobra" de Bédu

 

Le baiser du cobra
Clifton 16
Auteur : Bédu
Éditions : Lombard (1er Juin 1996)
ISBN : 978-2803610938
48 pages

Quatrième de couverture

Clifton a décidé de se rendre à Paris où son neveu Oliver va fêter son anniversaire. Mais voici que l’un de ses compatriotes est victime d’un mystérieux tueur. L’enquête s’annonce routinière pour ce fin limier qu’est le Colonel. Mais les initiatives de son neveu un peu trop entreprenant et plutôt casse-pieds vont pourtant lui compliquer singulièrement la besogne !

Mon avis

Un scénario qui tient la route avec Clifton qui vient en France afin d’être présent pour l’anniversaire de son neveu. Il en profite pour mener une enquête car une connaissance lui a demandé de l’aide. Il s’agit de trafic et les sujets abordés sont d’actualité. D’autre part, les malfrats sont bien campés, avec des profils plutôt crédibles.

Il y a des rebondissements dans cette histoire et la présence du jeune neveu, un tantinet imprévisible est un plus ! J’ai ri en lisant les bulles car il y a toujours un peu d’humour so british, pince sans rire. Le gamin a un peu de culot, juste ce qu’il faut pour bousculer toutes ces personnes bien pensantes.

Pour les dessins, Bédu a un trait de crayon qui me plaît bien, un peu arrondi, et de belles couleurs ! Les scènes sont parlantes et présentent bien les différentes situations auxquelles sont confrontés les protagonistes.

Clifton s’est même lâché et a osé quelques grossièretés ! Véridique !

Un très bon album !


"Il suffit parfois d'un cri ... " de Ludovic Deblois

 

Il suffit parfois d’un cri ….
Auteur : Ludovic Deblois
Éditions : Candela (12 Janvier 2026)
ISBN : 978-2492115028
354 pages

Quatrième de couverture

Au cœur du Pantanal, Marcelo Oliveira, ornithologue et défenseur des peuples autochtones, est retrouvé assassiné à son domicile. Refusant le verdict expéditif de la justice brésilienne, Dorothy Johnson, Rapporteuse spéciale des Nations Unies, décide de se rendre sur place. Très vite, elle comprend que l’affaire dépasse de loin le meurtre d’un scientifique engagé. À des milliers de kilomètres, dans le parc d’Etosha, en Namibie, un troupeau d’éléphants adopte un comportement aussi étrange qu’inquiétant. Amaya Quintero, éthologue passionnée, cherche à en percer le mystère. Rejointe par Nassim Améziane, expert en intelligence artificielle, elle s’engage dans une course contre la montre où la science se heurte à l’inexplicable et à l’aveuglement des pouvoirs.

Mon avis

En écoutant quelques podcasts de l’auteur, on s’aperçoit vite que cet ingénieur, entrepreneur, conférencier, développe une attention particulière pour l’avenir de l’homme et de la planète qu’il habite. Il est sensible à des thématiques essentielles et ce roman nous le prouve.

Dans son dernier titre, il est question d’éthologie (La science des comportements des espèces animales dans leur milieu naturel), de dérèglement climatique, d’écologie, d’ornithologie, etc. Le texte est très documenté, dans de nombreux domaines. Je connaissais certaines références, notamment sur les barges rousses, mais je suis impressionnée par la façon dont toutes les informations apportées ont été intégrées à l’intrigue, sans jamais être rébarbatives.

Le récit se partage entre plusieurs continents où des faits sont présentés. En Amérique du Sud, un homme engagé dans des actions en lien avec les animaux et les populations autochtones, est retrouvé assassiné. L’affaire est vite classée. Mais une rapporteuse des Nations Unies décide de se rendre sur place pour éclaircir ce meurtre. Elle comprend que les découvertes de ce scientifique ne plaisaient pas. Quant à elle, elle dérange et doit être vigilante.

En Afrique, des éléphants ont un comportement surprenant, ils peuvent même devenir agressifs.

En France, le président de la république veut une vie tranquille et n’aime pas trop les conflits, chasseurs, écologistes, il a d’autres soucis en tête ! Être au pouvoir, ce n’est pas évidemment, il doit écouter, réfléchir et agir avec discernement, parfois il oublie ….
Amaya Quintero, jeune éthologue observe des dauphins, des barges à queue rousses et essaie de décrypter leurs attitudes. Elle s’aperçoit que les sons émis par les animaux, les choix de migration, sont parfois une alerte que les hommes devraient prendre au sérieux. Mais ses patrons ne croient pas à ce qu’elle envisage et elle se sent seule.

Le lecteur suit ces différents destins en parallèle, l’un des points communs étant l’éthologie, plus ou moins moquée selon les protagonistes. Certains ne prennent pas cette science au sérieux. Probablement parce que cela les oblige à se remettre en cause, à accepter les capacités des animaux et ça… tout le monde n’est pas prêt à l’entendre ! Pourtant nous avons besoin d’eux et il est nécessaire de les comprendre et de préserver toutes les espèces.

Cet ambitieux et foisonnant roman est très intéressant car il évoque des causes qui me tiennent à cœur. Une belle atmosphère poétique s’en dégage. D’autre part, l’écriture est captivante, de qualité, tant au niveau du vocabulaire que du style. Les chapitres de quelques pages, donnent du rythme en passant d’un coin à l’autre de la planète. Chacun débute par le lieu et la date, donc on ne se perd pas. Les situations évoquées sont très parlantes. Certains individus se retrouvent face à des choix importants, comme Amaya. Elle ose se démarquer, tenir tête, affirmer ces décisions.

« Elle écouta l’appel de la nature. »

J’ai apprécié que les personnages aient du caractère, que quelques un évoluent, comme Nassim qui fait un vrai travail sur lui-même ou un autre qui se remet en cause (mais je ne dis pas de qui il s’agit, pour ne pas dévoiler quoi que ce soit).  Ludovic Deblois mêle habilement enquête, romance, légère anticipation, et vraies interrogations environnementales. Je l’avais lu, dans d’autres registres, et il a su me surprendre avec ce nouvel univers.

Une belle découverte !

"Obsessions" d'Emilie Chani

 

Obsessions
Auteur : Emilie Chani
Éditions : Taurnada (15 Janvier 2026)
ISBN : 978-2372581752
256 pages

Quatrième de couverture

1995. Un corps est retrouvé, soigneusement mis en scène. Rien d'un crime ordinaire. D'autres morts suivent, toutes marquées par des détails troublants.
Pour le commandant Victor Dufresne, l'affaire devient obsessionnelle. Derrière chaque indice, il devine un fil invisible, une histoire ancienne qui remonte à la surface.
Mais à mesure qu'il approche de la vérité, il se heurte à ses propres failles…

Mon avis

Ce roman s’inscrit dans deux temporalités.

Dans les années 80 avec Nina, que l’on voit grandir dans un foyer dysfonctionnel. À l’adolescence, les problèmes continuent, elle n’a pas un quotidien calme. Elle se protège comme elle peut en se forgeant une carapace. On s’interroge sur son devenir d’adulte. Quelqu’un lui tendra-t-il la main ? Sera-t-elle aimée ? Aimera-t-elle ? Sera-t-elle heureuse ou ce passé difficile l’empêchera-t-il de s’épanouir ? Comment s’est-elle construite ? On se doute que tout cela aura laissé des traces. Sera-t-elle assez forte pour cicatriser et vivre avec ses fragilités ? Avancer sereinement ?

1995, le commandant Victor Dufresne doit mener l’enquête. Un corps a été retrouvé. Des détails indiquent que l’auteur du crime a pris le temps de mettre en scène ce qu’il a fait. Pourquoi ? Cherche-t-il à faire passer un message ? Mais si c’est le cas, qui pourrait le comprendre ? Victor cherche des éléments pouvant l’éclairer, il est totalement obsédé par cette affaire. Veuf, il a du temps, ressasse souvent son passé, c’est un homme rongé mais bosseur. Il ne lâche pas même si ses collègues ont du mal à le suivre, ne voyant pas les mêmes éléments que lui. Il est impressionnant dans sa façon de raisonner, de reprendre ce qui pour lui, s’apparente à un indice en creusant encore et encore.

Emilie Chani installe une atmosphère où tous nos sens sont sollicités. Elle place son intrigue dans des périodes avec un contexte qu’elle maîtrise parfaitement, sans fausse note. Elle a dû se documenter pour que tout soit parfaitement crédible. D’ailleurs, pourquoi a-t-elle choisi ces dates-là ? Une fois son décor bien amené, elle explore avec finesse les relations humaines. Elle montre l’influence, la manipulation, le poids du passé, les mensonges qu’on finit par assimiler à des vérités. Elle présente des personnages qui « jouent » avec les autres, parfois tirant les fils comme pour une marionnette. Une question se pose également : qu’est-ce que l’amour ? Jusqu’où peut-on aller par amour ? Et quels sont les ingrédients d’une vraie amitié ?

Une grande part du texte est dédiée à la psychologie des personnages, à leurs actes et aux raisons qui les poussent à agir. Un être devient-il méchant à cause de ce qu’il a subi ou le mal l’habitait-il déjà ? Pourquoi veut-on se venger ? En retire-t-on du bien être ? Quand s’arrêter et pourquoi ?

 Les chapitres courts et l’écriture incisive maintiennent un bon rythme. Le style est posé, assez avec des détails pertinents, offrant un aperçu très visuel (une adaptation en film serait une excellente idée). Je me suis attachée à Victor, à son mal-être. Je l’ai suivi dans ses investigations et j’ai trouvé son évolution intéressante. C’est un homme à fleur de peau, je pense que c’est pour cela qu’il comprend les gens comme lui.

L’autrice construit son histoire à la manière d’un puzzle, dont les pièces ne sont pas toutes à notre disposition dès le départ. Cela nous emmène sur des chemins de traverse ou plusieurs hypothèses sont possibles (même si on a une petite idée), elle n’oublie pas d’en retourner quelques-unes pour qu’on ait seulement la face cachée à disposition. C’est très bien fait !

Un premier titre prometteur !