"Jusqu'à l'impensable" de Michael Connelly (The Crossing)


Jusqu'à l'impensable (The Crossing)
Auteur : Michael Connelly
Traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Robert Pépin
Éditions : Calmann-Levy (5 Avril 2017)
ISBN : 978-2702156513
400 pages

Quatrième de couverture

Harry Bosch, retraité du LAPD malgré lui, tente de tuer le temps en remontant une vieille Harley lorsque Mickey Haller, son demi-frère avocat de la défense, lui demande de travailler pour lui comme enquêteur. Cisco, qui occupe ce poste habituellement, vient d’être victime d’un accident de moto aux circonstances plus qu’étranges, et Haller est persuadé que seul Bosch pourra l’aider à innocenter Da Quan Foster, un ex-membre de gang accusé d’avoir battu à mort Lexi Parks, la directrice adjointe des services municipaux de West Hollywood.

Mon avis

« Jusqu’à l’impensable »…c’est quoi l’impensable ?

Pour Harry Bosh, retraité du LAPD (Los Angeles Police Department), c’est fréquenter l’ennemi, passer de l’autre côté et frôler (parfois même franchir) la ligne jaune…
Comment un homme aussi intègre que ce bon vieux Harry en est-il arrivé là ? Son demi-frère, Mickey Haller, est avocat de la défense et son boulot c’est de trouver des combines pour ses clients. C’est comme ça que des petits (et quelques fois grands…) malfrats se retrouvent libres…. Voilà Mick qui appelle Harry : il a l’impression qu’un de ses accusés à qui on reproche un meurtre est pris dans une belle magouille, sans doute pour sauver la mise au vrai assassin. Il a besoin d’un enquêteur, vu que le sien vient d’être accidenté et a pensé à son frangin…. Harry hésite parce qu’il sait bien que s’il accepte cette mission, cela va l’entraîner sur des sables mouvants (et il est loin d’imaginer jusqu’où il ira…)mais son instinct d’enquêteur prend le dessus et il dit oui.

Etre de l’autre côté pour Harry, c’est être libre de suivre chacune de ses intuitions sans rendre de compte, c’est se fier à une impression, même floue, c’est se mettre dans les lieux, dans la peau de ceux qui ont agi, s’imprégner de chaque détail connu ou envisagé, prendre le risque de passer la ligne jaune et surtout, surtout : être détesté, incompris de la plupart des anciens collègues qui hurleront à la trahison….et ça, Bosh a du mal… C’est d’ailleurs un des principaux attraits de ce livre, sentir combien notre vieil ami (c’est le vingt-et-unième opus de la série) est tiraillé entre deux envies : celle de rester droit et celle de trouver la réponse, de comprendre en allant fouiner partout. Il est entêté alors il ne lâche rien et plus il avance, plus il se rend compte des risques qu’il prend mais que faire ? L’enquête en elle-même, partie d’un détail infime (et vraiment bien pensé) n’est pas des plus captivantes mais je le répète, l’intérêt n’est pas là. Il faut s’attacher aux deux hommes, issus d’une même famille, ayant choisi des voies si différentes. L’un, un peu hâbleur, qui cherche comment détourner les événements pour sauver celui qu’il défend ; l’autre, attaché à la justice, qui a toujours fait régner la loi et pour qui le mot « tricherie » n’existe pas.

On passe sans cesse de l’un à l’autre, même si Harry a un rôle peut-être un peu plus important. Observer les réactions de chacun, finement décrites par l’auteur, est un régal, car cette ambivalence, représentée ici par deux hommes, pourrait bien être également, celle qu’on a en nous. A savoir, comment démêler le vrai du faux, qui croire lorsque quelqu’un hurle au coup monté et se dit innocent ?

Harry enquête pour la défense alors qu’il a été de l’autre côté pendant toute sa carrière de policier. Cela l’interpelle et lorsque sa fille lui fait comprendre qu’elle a honte de lui, il a peur de perdre l’embryon de complicité qu’il a établi avec elle, il est angoissé à l’idée de la décevoir…. Les rapports humains sont bouleversés pour Harry, comme si le fait d’avoir endossé « un nouveau costume » l’avait profondément changé…. Il lui faudra beaucoup de patience, mettre son poing dans sa poche (sans oublier le mouchoir dessus) pour arriver à comprendre et à se faire comprendre de ceux qui l’admiraient en tant que policier.

Ce recueil m’a beaucoup plu, par son contenu, mais aussi sa forme avec toutes les recherches des deux frères qui se télescopent ou se complètent. Il y a également leur cheminement distincts, leur force et leur faiblesse. Une écriture fluide, complète dans l’approche psychologique. Un traducteur qui a l’habitude de la série et qui fait un excellent travail. Et puis, toujours, ça et là, des références musicales de qualité pour notre plus grand plaisir. Un Connelly comme on les aime !

"Coupable" de Jacques-Olivier Bosco


Coupable
Auteur : Jacques-Olivier Bosco
Éditions : Robert Laffont (Février 2018)
Collection : La Bête Noire
400 pages
ISBN : 978-2221190760

Quatrième de couverture

Lise est lieutenante à la brigade criminelle de Paris. Quand elle est amenée à enquêter sur la mort de l'un de ses proches, le passé trouble de sa famille réapparaît. Et les secrets de son enfance refont surface.

Mon avis

C’est le deuxième livre dans lequel  Jacques-Olivier Bosco met en scène Lise Lartéguy. Je n’ai pas lu le premier mais ça ne m’a pas dérangée. Il y a quelques explications sur sa vie, suffisamment pour cerner ce qu’elle est ou ce qu’elle veut paraître…  C’est une jeune femme totalement atypique, avec des problèmes psy, souffrant d’un espèce de dédoublement de personnalité qui l’entraîne sur des chemins torturés et tortueux…. Elle ne supporte pas l’injustice et aime agir par elle-même pour faire souffrir ceux qui sont allés trop loin. Elle expulse ainsi  une sorte de haine, profondément ancrée en elle. Bien entendu, ses actions sont hors la loi …. mais elle sait agir en toute discrétion.  On devrait blâmer Lise d’user et d’abuser de ce que l’on peut assimiler à une loi du talion mais Jacques-Olivier Bosco réussit le tour de force de nous la rendre attachante. Pourtant, avec son côté sombre, sa part d’ombre, ses troubles psychologiques, elle ne rassure pas vraiment, Lise, mais on sent en elle, une sorte de fragilité, de tendresse qui ne demandent qu’à s’exprimer…..et on aurait presque envie de la protéger des autres, mais aussi d’elle-même…. Je pense que c’est une femme entière, qui ne pardonne et ne se pardonne rien, elle est prête à aller jusqu’au bout pour ses idées…quel que soit le prix à payer….et il peut être très cher….

L’écriture et le style de l’auteur donnent de la consistance, du poids à ce qu’il décrit et présente. Son phrasé est sec,  porteur de sens et beaucoup de choses sont exprimées en filigrane. Il n’hésite pas à évoquer les magouilles de la justice, les lenteurs de certaines procédures, les choix qui n’en sont pas et qui appartiennent à du « politiquement correct » pour ne pas semer le trouble …. Il vous remue avec des personnages hors du commun et pourtant tellement vrais  par leur humanité….  Il vous entraîne dans les travers de son héroïne et   vous vous surprenez à la comprendre et à l’absoudre…..et pourtant….

Et puis, il n’y a pas que Lise… Les autres protagonistes sont, comme elle, travaillés, présentés avec leurs secrets, leur volonté d’agir que soit au vue et  au su  de tout le monde ou en cachette…. Les rapports entre les uns et les autres sont rarement neutres, parfois brutaux, douloureux à d’autres moments. Le lecteur peut aller d’un sentiment éphémère de douceur à une cruauté terrible en passant par beaucoup de questions, d’interpellations sur le passé de ceux qu’il regarde vivre….
L’atmosphère est lourde, la cadence infernale et le lecteur est scotché aux pages.  Le plus intéressant ne réside pas dans l’intrigue mais dans tous les à-côtés et notamment le passé on ne peut plus obscur  de Lise. Avec des flash-back réguliers, sur deux époques distinctes, on découvre ce qu’a vécu Lise, quels étaient les liens entre son père, son parrain et des collègues à eux. Tout s’éclaircit petit à petit et on est obligé d’accepter l’indicible, de se rappeler que l’homme est un loup pour l’homme.

Qu’est-ce qui fait qu’on apprécie une lecture ? Parfois, on a envie de se détendre, de se changer les idées mais il arrive également que l’on soit satisfait d’être bousculé, de se trouver sur des chemins différents de ceux empruntés habituellement. Avec « Coupable », c’est ce que j’ai ressenti. Bien sûr, je lisais un roman policier mais il était accompagné d’une bande son, proposée à travers les chapitres l’air de rien, et ce n’était pas n’importe quoi ! Ça collait au texte, aux actions leur donnant encore plus de profondeur. De plus, Lise, comme sur la couverture (que je trouve en phase avec le contenu), emplissait les pages tout en restant floue, encore un peu cachée…pour mieux se dévoiler dans une autre aventure ?



"L'affaire Agathe Vanders" de Guillaume Lefebvre


L'affaire Agathe Vanders
Auteur : Guillaume Lefebvre
Éditions : Ravet-Anceau (10 Juin 2013)
Collection : Polars en Nord
ISBN : 978-2-35973-332-7
340 pages

Quatrième de couverture

En mer d’Opale deux incidents d’une proximité troublante se produisent la même nuit. Un pétrolier explose et une jeune femme, Agathe Vanders, est retrouvée carbonisée sur son voilier. Les autorités maritimes sont en effervescence. S’agit-il d’une simple coïncidence ou d’un dommage collatéral ? Une commission est chargée de lever ce doute. Parmi ses membres, le capitaine de navire, Armand Verrotier est un ami du père d’Agathe. En désaccord avec les conclusions de l’enquête, Armand va opérer seul pour rétablir la vérité. A ses risques et périls.

Mon avis

C’est une nouvelle fois dans le milieu maritime que nous entraîne Guillaume Lefebvre et nous retrouverons les embruns qui vous fouettent le visage, les limicoles qui s’envolent, les tempêtes qui effraient, les hommes avares de paroles, les non-dits et les secrets de ces personnes qui n’ont pas de temps à consacrer aux blablas…

Agathe Vanders, est une belle jeune femme, sûre d’elle, qui a une excellente situation. Elle part régulièrement avec son bateau.

Armand Verrotier, capitaine de navire, travaille pour une compagnie et accepte des missions plus ou moins longues, il peut aller parfois assez loin, en Afrique par exemple, et nous le suivrons…découvrant au passage certains aspects de la vie là-bas, le rôle des femmes, le regard sur les « blancs »….

Juliette Moreno, jeune maman, de Romain, se bat pour son fils qui souffre d’un léger handicap mental. Il a besoin d’être rassuré, aimé, accompagné. Juliette est assistante sociale et côtoie beaucoup de marins et leur famille.

Agathe va mourir et Armand et Juliette vont à cause de ce fait, se rencontrer…
La suite pourrait être : « ils s’aimèrent, furent heureux et eurent beaucoup d’enfants… »
Mais l’auteur nous maintient le plus souvent « dans la vraie vie » donc : « ils se rencontrèrent, se posèrent des questions et voulurent mener l’enquête… »
Et cela ne fut vraiment pas aisé….

Ni pour eux, ni pour nous….car l’intrigue a des ramifications et l’auteur sait parfaitement nous emmener de ci, de là. Une fois encore, j’ai apprécié que les individus aient un train de vie quasiment normal, sur plusieurs mois, ne voyant ressurgir qu’au détour d’un hasard, les interrogations qui sont restées en eux et de temps à autre, l’occasion d’avancer dans la compréhension de ce qui les a intrigués.

Mêlant avec habileté, secrets familiaux, vieilles rivalités professionnelles, multinationales et lobbying, nous avons affaire à un roman étoffé, complexe, mais accessible. De nombreux sujets sont abordés et nous poussent à la réflexion et il n’est pas évident de trancher et d’avoir une opinion. De plus, comme Armand voyage (pour ses recherches ou son travail), nous nous retrouvons, à sa suite, à Rome, au Kenya…. Il m’a semblé que l’auteur connaissait de visu les lieux dont il parlait car ses descriptions étaient précises. C’est, à mon avis, un plus, car « on s’y croirait… » (entre autres, pour Rome et le musée du Vatican…le Kenya, je ne connais pas…)

L’écriture est de qualité, seule une expression m’a surprise (elle est employée au moins deux fois, c’est : « être déballé » (bouleversé ?) que je ne connaissais pas… Les termes du monde des marins sont appropriés et donnent à Armand un air de vrai professionnel.
Les dialogues sont bien construits et rythment le récit
Il y a trois parties inégales, dans lesquelles on trouve des chapitres de plusieurs pages (qui ont des titres jusqu’au 13, puis cela s’arrête, pourquoi ?...) et un épilogue. Le tout est bien amené, bien bâti. Il y a plusieurs pistes et j’aimerais savoir si l’auteur avait préparé une trame générale avant de se lancer afin de ne pas s’embrouiller dans les différents aspects de son livre.

J’ai apprécié que les protagonistes soient présentés sous divers angles et que les relations qu’ils nouent soient développées. Il y a ainsi plus de profondeur dans le texte, on se sent plus proche des êtres de papier que l’on côtoie. De plus, comme on a l’impression de les « connaître » un peu mieux, on se prend à essayer d’imaginer leurs réaction, comme s’ils faisaient partie de nos familiers.

C’est un très bon roman, qui sans nous mettre face à des situations glauques, fait froid dans le dos… en effet, la réalité n’est pas si loin…quand on voit comment les grosses sociétés agissent (et encore, on ne sait pas tout…)

NB: Encore une belle couverture

"Les enfants de Staline " de Owen Matthews (Stalin’s Children)


Les enfants de Staline (Stalin’s Children)
Auteur : Owen Matthews
Traduit de l'anglais par Karine Reignier
Éditions : Belfond (3 Septembre 2009)
ISBN : 978-2714445926
410 pages

Quatrième de couverture

Dans la lignée de Pasternak et de Soljenitsyne, une œuvre bouleversante qui convoque, parla grâce de l'écriture, les destinées d'une famille sur trois générations. Sélectionné pour le Guardian First Book Award, un témoignage aussi profond que déchirant, la chronique flamboyante du XXe siècle russe, à travers d'inoubliables histoires de survie et de rédemption. Au cœur du Moscou post-communiste des années 1990, un jeune reporter retrouve la trace des siens et de ces existences qui le hantent...

Mon avis

Ce qui frappe tout d’abord, lorsqu’on prend ce livre en mains, ce sont les regards des deux enfants sur la photo.
La sœur aînée qui semble protéger la plus jeune et qui a le regard résigné de celle qui n’a pas choisi mais subi et qui semble accepter.
Et puis, la plus jeune, Ludmila, dont il sera beaucoup question dans ce livre (elle est la mère de l’auteur), qui vous fixe de son regard grave. Un regard qui transperce, qui interroge, qui porte déjà toute la souffrance accumulée, un regard qui interpelle « Qu’as-tu fait, toi, pour m’aider ? .... »

Plus de quatre cents pages pour quatorze chapitres (encadrés par un prologue et un épilogue), tous sur le même modèle : un titre reprenant le contenu et une phrase en italiques (citations diverses) puis l’écrit de l’auteur.

Contrairement à ce que laisse penser la quatrième de couverture, c’est seulement dans le dernier tiers que nous lirons de larges extraits des courriers échangés entre les parents de l'auteur. Ce livre n’est donc pas de genre épistolaire.

Il retrace la vie de trois générations.
Celle du grand-père maternel: Boris Bibikov, soudain devenu « ennemi public ».
Celle de ses parents : Ludmila et Mervyn. Une russe et un britannique amoureux, quelle idée de
se « compliquer » la vie ! Ceux-là mêmes qui, n’ayant eu que neuf mois de bonheur sans avoir le temps de se marier vont être séparés pendant six ans. C’est pendant ces années qu’ils s’écrivent : « Chaque phrase (de mes lettres) est rédigée avec mon sang, celui qui vient du cœur ». écrit Ludmila.
Ceux-là mêmes qui ont « figé leur amour » sur le papier, ce qui leur a posé problème lorsqu’ils se sont retrouvés…
Et enfin celle de l’auteur, expliquant sa propre « histoire » à travers celles de ceux qui l’ont précédé, racontant l’URSS et la Russie, menant obstinément son enquête pour comprendre, retrouvant, comme son père,
« ….tout ce qu’il aimait en Russie -cette fièvre et cette force qui le fascinaient tant. »

Ludmila, Mila, Milotchka (on retrouve ici, une «habitude » russe consistant à donner plusieurs noms pour une même personne), ne s’est jamais résignée : « … armée de ses seules certitudes, elle s’est attaquée au mastodonte de l’Etat soviétique et a remporté la bataille. »
Ludmila, pour qui « le mot mère n’a aucun sens » a souffert, s’est battue mais n’a jamais
baissé les bras …
Pour moi, Ludmila est la « force » de ce livre … Elle représente l’image de ces personnes russes, humiliées, blessées, terrifiées …. qui renaissent toujours plus fortes, plus émouvantes refusant le mot
« fatalité ».

Dans la première partie, l’auteur nous fait découvrir Staline, les purges, les trahisons, le cheminement des uns et des autres. Les scènes sont vives, poignantes, vous prenant aux tripes parfois.
On suivra ensuite la tante et la mère, ballotées de familles en orphelinats, accumulant la souffrance, se forgeant une « carapace ».
Le dernier tiers du livre consacré aux efforts de rapprochement de nos deux amoureux est plus léger et on sent que l’auteur a posé une partie du fardeau familial. Il découvre (dans les courriers) l’amour de ses parents, (parfois sa propre femme lui lit les lettres), essayant de retranscrire ce qu’ils ont vécu, ressenti, espéré, souffert, sans jamais se poser « en voyeur » de cette vie qui n’est pas la sienne. Il avance doucement dans la découverte de chaque missive, à pas feutrés …

On sent qu’il porte en lui, les deux cultures, russe par sa mère, britannique par son père.

Tout au long de ce livre, on ne peut s’empêcher de penser que, peut-être, pour Owen Matthews, ce livre a été un exutoire.
Bien sûr, il voulait mieux connaître l’histoire des siens mais à travers les choix et les décisions de chacun, il ne cesse de nous livrer ses réflexions, ses avis : « Je me suis aperçu en écrivant ce livre que j’aurais, moi, agi de manière radicalement différente … »
C’est aussi en ça que ce livre est riche.

Parce que, oui, ce livre est riche ….
Riche parce qu’il est un véritable témoignage d’une époque, d'une famille.
Riche parce que bien écrit, avec pudeur, profondeur, délicatesse.
Riche parce que porteur d’une réelle analyse des faits, des choix, des questions de chacun.
Riche parce que Owen Matthews a su habilement mêler son enquête (il est journaliste) et les témoignages récents aux événements du passé.
Riche parce que vrai …

D’ailleurs par deux fois, des pages de photos, pour nous rappeler, si besoin est, qu’on lit « une histoire vraie », retraçant le cheminement de personnes aux destins si peu ordinaires qu’ils nous « habiteront » encore longtemps ….

"Que Dieu me pardonne" de Philippe Hauret

Que Dieu me pardonne
Auteur : Philippe Hauret
Éditions : Jigal (18 Mai 2017)
ISBN :  978-2-37722-008-3
210 pages

Quatrième de couverture

Ici, une banlieue tranquille, un quartier résidentiel et ses somptueuses maisons dans lesquelles le gratin de la ville coule des jours paisibles… À quelques encablures, une petite cité, grise et crasseuse. Avec sa bande de jeunes désœuvrés qui végètent du matin au soir. Deux univers qui se frôlent sans jamais se toucher. D’un côté, il y a Kader, le roi de la glande et des petits trafics, Mélissa, la belle plante qui rêve d’une vie meilleure… De l’autre, Rayan, le bourgeois fortuné mais un peu détraqué… Et au milieu, Mattis, le flic ténébreux, toujours en quête de rédemption.

Mon avis

Cabossés par la vie…

Qu’ils soient pauvres ou nantis, désœuvrés ou travailleurs, les personnages de ce roman ont tous été à un moment ou un autre cabossés par la vie. Ils n’ont pas tous réagis de la même façon, certains luttent pour essayer de s’en sortir à l’image de la belle Mélissa, d’autres vivent « à la petite semaine » de trafics, de vols, de magouilles, comme Kader, d’autres encore profitent de leurs rentes et s’offrent la belle vie, comme Rayan Martel, le bourgeois ….  Au milieu de tout cela, les flics, Franck Mattis et son collègue Dan, qui n’ont pas la même approche des faits, ni des hommes. Le premier a encore un semblant d’espérance, le second, blasé, a baissé les bras et ne pense qu’à exterminer la racaille, à nettoyer la gangrène des cités….

Philippe Hauret a une belle écriture, il glisse ça et là des références musicales, des mots de haut niveau. On sent un humaniste cultivé qui se penche sur la vie, qui espère que les regards changent, que les bons ou les mauvais se peaufinent, les uns pour se pencher sur les plus « petits », les autres pour se donner les moyens (ou les accepter) de s’en sortir. Si chacun avance d’un pas, même minuscule, sa nouvelle approche modifiera sa perception de l’autre ….

C’est tout cela qui transparaît dans ce livre prenant, poignant, que j’ai lu en une nuit tant il m’a captivée. Pourquoi ces individus m’ont-ils tellement intéressée ? Tout simplement parce qu’ils « sonnaient » vrais. Des personnalités ni toutes blanches, ni toutes noires, des gens qui parfois se laissent attirer par la facilité même si pour ça ils renient leurs principes, et qui, à d’autres moments s’accrochent et essaient de redresser la barre. Des protagonistes qui vivent avec leur passé, comme ils peuvent quand il est lourd et douloureux, avec l’environnement du moment qui n’est pas toujours celui qu’ils espéraient, avec les hommes et les femmes qu’ils croisent et qu’ils ne regardent pas forcément comme ils le devraient…. Mais malgré tout, ils avancent, plus ou moins portés par la vie, ils n’ont pas le choix, il faut continuer, accepter ou s’accommoder de ce qu’ils ont ……

C’est si difficile de trouver le chemin lorsqu’on s’est égarée sur des voies de traverse, c’est si difficile de croire en soi quand aucun projet n’aboutit, c’est si difficile de parler d’espoir quand tout semble vouer à l’échec…. Et pourtant, par petites touches, au milieu de ces destins malheureux, égarés, l’auteur met de la couleur, de la lumière, de celle qui brille dans les yeux quand on a compris qu’il faut de temps à autre, si peu de choses, pour que la main se tende vers celui qui en a besoin…. On sent en filigrane que Philippe Hauret croit en l’homme….

Et si c’était ça, le cadeau de cet écrivain ? Un recueil sombre, des vies fracassées mais toujours (comme disait mon poète préféré Paul Eluard) au bout du chagrin une fenêtre ouverte, une fenêtre éclairée [….]des yeux attentifs, une vie : la vie à se partager ?

"La dame de la Sauve : 1075-1125 Tome 1 : La croisade" de Sandrine Biyi


La dame de la Sauve : 1075-1125
Tome 1 : La croisade
Auteur : Sandrine Biyi
Éditions : du halage (Novembre 2017)
ISBN :9782953602838
410 pages

Quatrième de couverture

Brunissende naît à Jérusalem en 1108. Elle est la fille d’un seigneur aquitain parti en Orient lors de la première croisade et d’une jeune femme médecin, Arabe de la dynastie des Abassides. Élevée dans ces milieux de grande culture et de tolérance que sont l’Orient et le Moyen Orient de cette époque, elle a accès à un savoir qui fait d’elle un danger dès son arrivée en Aquitaine et ce, malgré le soutien de son père Philippe.

Mon avis

C’est alors qu’elle est au chevet de son père tant aimé que la Belle Sarrasine se souvient et nous livre ses souvenirs. Les siens mais aussi ceux de ses parents qu’elle a reçus en confidence d’eux-mêmes ou de sa grand-mère. Elle, c’est Brunissende des Aygues, lui, c’est Philippe, seigneur aquitain parti en croisade avec le Duc Guillaume qui l’a fait chevalier. Les deux hommes étaient très proches malgré leurs différences et une amitié indéfectible les unissait.  Les deux compères en leur pays écrivaient des cansos  (chansons à strophes) et c’est parce que l’une d’elles fut considérée un tantinet irrévérencieuse que Philippe se dut de partir guerroyer afin d’ éviter une éventuelle excommunion.

 Ainsi, à vingt-trois ans, il quitte l’Aquitaine pour l’Orient, laissant derrière lui, ses parents dont sa mère qu’il aime plus que tout. Il y rencontrera Sara, jeune femme médecin Arabe de la dynasties des Abassides et s’installera avec elle là-bas. De leur union, naîtra la superbe Brunissende aux yeux verts. Dans ces contrées si différentes des siennes, il apporte beaucoup à ceux qu’il côtoie mais il reçoit tout autant.  Il est aimé, respecté, parfois même admiré pour ses choix, ses prises de risques.  C’est un homme bon, et le mot bon mériterait une majuscule tant ce mari et père respire la bonté et l’amour. Que ce soit avec sa femme ou sa fille, il n’a de cesse de les rendre heureuses, de les comprendre. Il est sans doute un des premiers à vivre le mot « parité ».


Brunissende a hérité de ses deux parents. Le goût des chevaux de son Papa et celui de la médecine de la part de sa Maman. Son caractère est un savant mélange des deux : aventureux, parfois un peu rebelle, respectueux de chacun,  prévenant avec les plus petits, à l’écoute de tous, droite dans ses bottes de cavalière ;-) Elle ne s’en laisse pas compter car elle entend bien mener sa vie à sa guise. Elle est imprégnée  des deux cultures  et cela lui donne une aura particulière. C’est une jeune femme vive, enjouée, harmonieuse. D’ailleurs, on la sent vivre entre les pages, elle est « présence ».

L’auteur a une écriture limpide, une connaissance de l’histoire de l’époque complète ce qui rend son récit parfaitement crédible.  Son texte est riche, « pétillant » sans temps mort. On s’attache rapidement aux personnages qu’elle présente et on les accompagne avec grand plaisir. J’ai eu un immense plaisir à me plonger dans ce recueil et je n’aurais pas imaginé un seul instant qu’il me passionne autant. J’ai été conquise non seulement par le contenu qui m’a intéressée et grâce auquel j’ai beaucoup appris mais aussi par le style de Sandrine Biyi. Je trouve qu’elle sait mettre à la portée de tous des repères et des faits historiques ainsi que les us et coutumes de la période qu’elle évoque. J’ai vraiment hâte de lire le tome deux.

"La fille sous la glace" de Robert Bryndza (The Girl in the Ice)


La fille sous la glace (The Girl in the Ice)
Auteur : Robert Bryndza
Traduit de l'anglais par Véronique Roland
Éditions : Belfond (25 Janvier 2018)
ISBN : 978-2714475930
450 pages

Quatrième de couverture

Le froid a figé la beauté de ses traits pour l’éternité.  La mort d’Andrea est un mystère, tout comme l’abominable secret qu’elle emporte avec elle… Connue pour son sang-froid, son esprit de déduction imparable et son verbe tranchant, l’inspectrice Erika Foster semble être la mieux placée pour mener l’enquête. En lutte contre ses propres fantômes, la super flic s’interroge : peut-elle encore faire confiance à son instinct ? Et si le plus dangereux dans cette affaire n’était pas le tueur, mais elle-même ?

Mon avis

Erika est slovaque, c’est une femme policière qui a souffert, elle a perdu son mari alors qu’ils étaient avec d’autres en embuscade pour arrêter des trafiquants. Elle a fait un burn out, rejetant tout pendant de longs mois. Elle vient d’être réintégrée et on lui demande de s’occuper d’une enquête où une jeune femme disparue a été assassinée. Pourquoi elle ? D’abord parce qu’elle a toujours été une enquêtrice hors pair et surtout que son statut de slovaque va peut être permettre à la mère de la jeune morte de se sentir en confiance vu qu’elle est de même origine….

Mais ça, c’est sur le papier … Parce que sur le terrain, Erika n’est pas du tout bien vue de la famille en deuil, mais alors pas du tout. Ses méthodes dérangent, son ton ne plaît pas et sa façon de faire n’est pas au goût de ses supérieurs…. Mais elle ne lâche pas le morceau et elle suit ses intuitions et c’est souvent cela qui permet de reconnaître un bon flic….

J’ai beaucoup aimé cet excellent roman (bien traduit d’ailleurs, il faut le souligner), car Erika est un personnage atypique et attachant. J’ai apprécié de suivre ses raisonnements, ses coups de g…. Si la fin est un peu rapide, elle n’en reste pas moins logique car sous le vernis, les apparats, parfois de bien vilaines choses se cachent……