"Les sept morts d'Evelyn Hardcastle" de Stuart Turton (The Seven Deaths of Evelyn Hardcastle)


Les sept morts d'Evelyn Hardcastle (The Seven Deaths of Evelyn Hardcastle)
Auteur : Stuart Turton
Traduit de l’anglais par Fabrice Pointeau
Éditions : Sonatine (16 Mai 2019)
ISBN : 978-2355847264
600 pages

Quatrième de couverture

Ce soir à 11 heures, Evelyn Hardcastle va être assassinée. Qui, dans cette luxueuse demeure anglaise, a intérêt à la tuer ? Aiden Bishop a quelques heures pour trouver l’identité de l’assassin et empêcher le meurtre. Tant qu’il n’est pas parvenu à ses fins, il est condamné à revivre sans cesse la même journée.

Mon avis

Surprenant !

Stuart Turton offre avec son premier roman un récit atypique, addictif et qui vaut le détour ! Je ne sais pas comment il fera pour se renouveler lorsqu’il voudra écrire un autre livre car c’est toujours difficile lorsque le premier écrit sort de l’ordinaire et est réussi.

Avant de parler du contenu de «Les Sept morts d'Evelyn Hardcastle », il me semble important de dire quelques mots sur l’auteur. On peut écrire que lui aussi est atypique et vaut le détour ! Après l’université, il est parti voyager et lorsque ses parents lui demandaient quand il allait rentrer, il répondait « la semaine prochaine » et cela a duré cinq ans…  Il a étudié l’anglais, la philosophie, a travaillé pour un magazine et est devenu journaliste… Ici ou là, je pense qu’il suivait son instinct, son envie du moment…. Trois années ont été nécessaires pour rédiger ce recueil.

Si vous aimiez Agatha Christie, le jeu de Cluedo ou plus récemment les escape-game, plongez vite au cœur de cette histoire ! Tout se déroule dans un seul lieu (on a un plan dans les premières pages), une propriété anglaise, Blackheath House, où la famille Hardcastle (Peter et Helena pour les parents, Michael et Evelyn pour les enfants) a invité de nombreuses personnes à un bal masqué. On retrouve donc des gens de la bonne société : avocat, banquier, médecin etc et des employés de maison : soubrettes, valets, cuisinière, majordome, etc

On va très rapidement comprendre le principe. Aiden Bishop se réveille dans un corps qui n’est pas le sine et il doit empêcher l’assassinat d’Evelyn. Il a une seule journée pour résoudre cette énigme sinon le lendemain, il est dans un autre corps et recommence à zéro les mêmes vingt quatre heures. Au début, c’est le flou complet, il ne comprend rien du tout et le lecteur se sent aussi perdu que lui. Plus on avance, plus les choses se précisent, il découvre des faits identiques avec un autre angle de vue, il recroise des informations, il se sert de ce qu’il apprend sur les uns et les autres. C’est absolument génial ! Stuart Turton a dû faire un travail de réflexion énorme pour que tout soit cohérent et se tienne. Chaque personnage, dans lequel Aiden va être accueilli, a ses travers, une face cachée. Dans ce contexte, à qui faire confiance ? Mensonges, trahisons, roublardises, rebondissements sont au programme.

On fait corps  ;- ) avec Aiden, une solution semble apparaître, enfin jusqu’aux prochaines révélations qui déstabilise la dernière théorie. Tout est parfaitement emboîté, harmonieux, c’est stupéfiant. J’ai été très étonnée des perspectives sur le caractère d’Aiden qui se mélange avec celui des corps où il s’installe. C’est judicieux ! Parfois il est en colère contre ses « hôtes », parce qu’il se trouve trop gros, trop faible, pas assez vif d’esprit etc… Il voudrait les « dominer », garder la tête froide mais…..
« J’avais supposé que ma personnalité était transposée dans chaque nouvel hôte  [….] Se pourrait-il que je me plie à leur volonté, et non l’inverse ? »

Je ne sais pas comment l’auteur s’y est pris pour ce tour de force et de magie mais je suis admirative ! La construction est admirable de cohérence, d’originalité, de rigueur discrète.
L’atmosphère est retranscrite à la perfection et les relations humaines entre les différents protagonistes en phase avec ce qu’ils sont réellement. L’écriture et le style sont un régal et la traduction de Fabrice Pointeau une fois encore excellente.

J’ai trouvé ce recueil fabuleux, addictif, magique et totalement époustouflant !
« On peut supposer que la personne que je serai demain est déjà en train de se réveiller. J’ai même déjà pu la rencontrer. Et pas simplement demain, mais aussi l’homme que je serai après-demain. Qu’est-ce que ça fait de moi ? Ou d’eux ? Sommes-nous les éclats d’une même personne ou des personnes totalement différentes ? »







"Malamorte" de Antoine Albertini


Malamorte
Auteur : Antoine Albertini
Éditions : Jean-Claude Lattès (2 Mai 2019)
ISBN : 978-2709663434
370 pages

Quatrième de couverture

« C’est sur mon bureau qu’échouent les dossiers dont personne ne veut, les cadavres qui ne feraient pas lever un sourcil à un gratte-papier des chiens écrasés, les victimes anonymes des crimes d’après boire, les vies gâchées pour rien, les destins lacérés des assassins et de leurs victimes confondues dans la même misère, dans la came, dans le vice, dans les jalousies morbides carbonisant des générations entières au fond d’un taudis en bordure de la Nationale. »

Mon avis

De la Corse, chacun a son image. Le soleil, les plages, les paysages magnifiques, les randonnées, les chanteurs à voix et les habitants parfois têtus pour certains. La mafia, les règlements de compte, les propos xénophobes, le sang chaud, les coups de gueule, coups de sang et … le caractère bouillant des autochtones pour d’autres. C’est plutôt le second aspect qu’il nous est donné de découvrir dans ce roman. Roman ?  Tout commence avec l’assassinat d’un préfet…hum…

Mais venons -en aux faits. Un policier qui avait envie d’être intègre et de faire régner la justice (la vraie, pas celle à qui on fait dire ce qu’on veut) s’est retrouvé muté au BHS (bureau des homicides simples) à Bastia pour avoir ouvert un peu trop la bouche face à ses supérieurs qui lui demandaient parfois d’oublier ce qu’il avait vu ou entendu…..
« Je n’avais pas mis longtemps à comprendre que mes priorités ne coïncidaient pas tout à fait avec celles du ministère de l’Intérieur. »
La priorité était mise sur le fait de traquer les indépendantistes. Le reste….On verrait plus tard….

 Autant dire que c’est un placard pour lui et qu’il n’est pas doré. Désœuvré, il boit trop et ne prend pas soin de lui, un certain mal-être l’habite. Le voilà de permanence et il va se retrouver en première ligne pour ce qui ressemble à un drame familial. Monsieur a tué sa femme et sa fille et a essayé de se suicider…  Logiquement l’affaire devrait être rapidement réglée. C’est d’ailleurs ce que conseille la hiérarchie. Mais ce serait sans compter sur notre flic entêté. Pourquoi un homme à qui tout semblait sourire en serait-il arrivé là ?

Quelques jours plus tard, c’est une femme qui est retrouvée tuée sur les chemins. Alors le flic décide de mener l’enquête, quitte à le faire en solo, sans trop rendre de compte. A sa suite, on va vite comprendre que :
« Sur cette île, n’importe quoi peut faire voler en éclats le repos qu’on pense avoir trouvé un jour ou l’autre. »
Tout peut partir en « live » très vite. On pénètre dans le monde des magouilles, des pots de vin, des scandales, de la drogue…. Le mensonge coule à flots.

Avec une écriture franche, teintée d’ironie, et un style vif, l’auteur nous fait visiter la Corse sous la pluie. Une île où le côté obscur des personnages donne le ton à ce roman noir de bonne facture. On entre de plain-pied dans la face cachée de ce lieu : les bars mal fréquentés, les quartiers pauvres, les entreprises qui survivent à coup de combines malhonnêtes et on y voit les prostituées de luxe ou pas, les expatriés, les policiers pas toujours courageux…  La carte postale est écornée mais ça sent le réalisme et on redemande !






"Le garçon qui rêvait de voler en Cadillac" d'Alice Quinn


Le petit garçon qui rêvait de voler en Cadillac
Auteur : Alice Quinn 
Éditions : Alliage (16 Décembre 2013)
 ISBN : 978-2824608013
 166 pages

 Quatrième de couverture

Ranko, père inconnu, mère en prison : un vrai mélo! Fugueur récidiviste de la ddass, il n'a qu'un but, rejoindre son père dont il se raconte qu'il est pirate à la Réunion. Le fric pour le voyage? No problèmo, Ranko a un plan d'enfer: suffit de braquer des vieux à la sortie des banques. Surtout qu'en faisant du stop, il va rencontrer un truand, un vrai de vrai, Bloody Theo, à qui il va subtiliser discrètement un énorme flingue et une clé banale...

Mon avis

C’est avec plaisir que j’ai retrouvé l’écriture vive et pétillante d’Alice Quinn.
On peut ranger son roman dans la catégorie des comédies policières.
Du rythme, de l’humour, de l’action, pas de sang à outrance et pas de prise de tête.
 Les réparties et les dialogues sont endiablés, sans temps mort.
 Ranko, le personnage par qui tout arrive est un petit garçon attachant, qui prend la vie à bras le corps, qui mord dedans comme dans une brioche fourrée au chocolat. Son émotivité, ses angoisses ; il les cache, il faut être grand, fort, hardi et costaud, faire face, avancer …. C’est ce qu’il fait avec plus ou moins de succès jusqu’à faire des rencontres surprenantes qui vont changer le cours de ses projets.

Les individus qui vont graviter autour de Ranko ont tous un côté amusant. Les parents de Victoria, qui sont un peu coincés, le grand-père de celle-ci haut en paroles et en couleurs…

On pourrait dire qu’ils sont tous un peu des caricatures, que le « trait » est forcé mais c’est aussi ce qui donne du « caractère » à l’écrit…

Cet ebook ne coûte presque rien, il vous donne du tonus, vous dépayse et à mon avis on aurait bien de tort de se priver d’un peu de bonne humeur en ces temps que tous s’accordent à trouver difficiles !

Une lecture idéale pour se détendre et passer un agréable moment.

"L'ombre du zèbre" d'Alice Quinn


L'ombre du zèbre
(Au pays de Rosie Maldonne t. 3)
Auteur: Alice Quinn
Editions: Amazon Publishing (8 Novembre 2016)
414 pages

Quatrième de couverture

Depuis quelque temps, la vie de Rosie est au beau fixe. Débarrassée de ses dettes, elle trouve même le temps de s’occuper d’elle. Mais, comme souvent avec Rosie Maldonne, le répit est de courte durée ! Quand son amie Véro, coincée à l’hôpital, l’appelle à l’aide, Rosie n’hésite pas une seconde. Elle accepte de remplacer au pied levé Véro dans son emploi de femme de ménage chez une psychanalyste de renom mais aussi d’accueillir à son domicile son fils Léo, adolescent rebelle.
Jusque-là, elle pense être à la hauteur de la tâche. Mais les choses s’emballent quand, suite à un quiproquo, Rosie s’improvise psychanalyste, tandis que Léo tombe fou amoureux d’une jeune fille mystérieuse, prisonnière de la mafia.

Mon avis

C’est avec plaisir que j’ai retrouvé le style inimitable, la plume alerte et l’humour d’Alice Quinn. Quand je la lis, au milieu d’autres romans plus « lourds », c’est comme une pause, une parenthèse nécessaire de bienveillance. Contrairement à ce qu’on pourrait imaginer, le contenu n’a rien de mièvre. Elle aborde des sujets graves comme la place des réfugiés, le statut des jeunes enfants exploités à des fins malhonnêtes, l’entraide entre les personnes de milieux sociaux différents, les réactions devant des intempéries déstabilisants etc…..

La «gouaille» dont Rosie Cricri fait preuve lorsqu’elle s’exprime permet d’alléger le propos, de sourire, de s’amuser mais pas de l’oublier. Rosie est une vraie tigresse et protège ses enfants, parfois avec les moyens du bord, mais toujours avec amour et c’est là un message fort.

Bien sûr, les situations sont de temps à autre, un tantinet invraisemblables mais ce n’est pas gênant tant le rythme est haletant, sans temps mort. Les péripéties sont nombreuses, certaines totalement cocasses et l’ensemble très visuel (ah les tenues de Cricri ;-)

L’auteur continue avec son personnage fétiche, réussit à se renouveler et à toujours nous intéresser. Je crois même qu’elle se bonifie ! Alors merci !

"Monsieur Papa" de Patrick Cauvin


Monsieur Papa
Auteur : Patrick Cauvin
Éditions : Le Livre de Poche (27 octobre 1982)
ISBN : 978-2253030522
160 pages

Quatrième de couverture

Franck Lanier avait tout arrangé pour les vacances. Il casait son fils chez son ex-femme et il filait à Bangkok. Mais son petit garçon, Laurent, n’est pas du tout  d’accord. Il veut, lui aussi, partir pour Bangkok. Tous les moyens lui seront bons pour parvenir à ses fins, des plus drôles aux plus désespérés, et des aventures peu banales se succèdent dans une vie quotidienne pleine de tendresse entre le père et le fils.

Mon avis

Un des meilleurs livres de Patrick Cauvin, selon moi (je les ai tous lus ou presque). L'écriture est légère, agréable, très vraisemblable. On sourit, on se détend et on passe un bon moment. La relation "père fils" est évoquée avec beaucoup d'humour mais aussi de délicatesse, de pudeur, de tendresse.

C'est ce que j'appelle un livre sans prétention, idéal lorsqu'on veut se détendre. On peut l'offrir à une personne alitée sans souci. Comme je l'ai déjà écrit, c'est le premier livre que j'ai enregistré pour la bibliothèque sonore. Je réalise ainsi que les livres que je lis à haute voix restent présents en moi, la concentration ne doit pas être la même sans doute.

Je reste fascinée par le fait que Patrick Cauvin, écrivain "populaire" pouvait devenir Claude Klotz, écrivain de romans noirs avec une facilité déconcertante.

J'ai une tendresse particulière pour ce roman qui est le premier que j'ai enregistré pour la bibliothèque sonore. Patrick Cauvin me l'avait dédicacé lors d'une rencontre en écrivant :

"Pour Cassiopée, qui donne sa voix pour faire vivre mes livres."

"Broyé" de Cédric Cham


Broyé
Auteur : Cédric Cham
Éditions : Jigal (15 Mai 2019)
ISBN :  978-2377220670
275 pages

Quatrième de couverture

Christo porte dans sa chair les stigmates d’une enfance extrêmement violente. Christo lutte pour contenir cette rage qui bouillonne en lui… Mathias, enfant, fugue pour éviter les coups, espérant un monde meilleur. Mathias se réveille enfermé dans une cage. Abandonné, désespéré, la peur au ventre, seul ! Pour survivre, pour vivre, Mathias va faire ce qu'il pensait impossible jusqu’alors ! Deux êtres. Deux vies. Peut-être pas si éloignées…

Mon avis

Une claque !

Chaque roman de Cédric Cham est une claque, une claque magistrale et on en redemande.  On se dit qu’il ne pourra pas aller plus loin, qu’il a exploré le côté noir de l’âme humaine, loin, très loin et qu’il n’arrivera pas à nous surprendre encore et … bien si….

Pourtant, ils sont peu nombreux les personnages qui peuplent les pages de son dernier livre. C’est presque un huis clos et c’est sacrément prenant, angoissant, terrifiant … On voudrait respirer, laisser les protagonistes se débrouiller seul, histoire de souffler un peu quelques instants, mais on ne peut pas. On risque un œil de loin, parce qu’on a peur, la violence est là, elle sourd entre les lignes … Et puis on met les deux yeux, on lit, on lit encore, on s’imbibe des phrases, des mots, comme autant de coups qu’on prend et lorsqu’on éteint pour dormir, ils sont là : Christo et Mathias, sous nos paupières…. Alors, on se dit que l’auteur a plus que réussi son récit même si ça fait mal…. Il est arrivé à nous envoûter avec des hommes hors normes…

Mathias et Christo ont en commun d’avoir fui parce qu’ils ne voulaient plus subir mais … on ne maîtrise pas forcément les rencontres qu’on fait et parfois, on n’a pas le choix… Eux qui voulaient être maître de leur destin se retrouvent dans une situation où ils doivent repousser leurs limites, jusqu’à l’impensable pour survivre…C’est terrible mais dans une relation duelle, que faire, tuer ou être tué ? Lorsque le bourreau est aussi celui qui vous fait exister, qui vous nourrit, comment réagir ? J’ai pensé à ces enfants-soldats, conditionnés dès leur plus jeune âge, ne connaissant de l’existence que ce qu’on veut leur en montrer….
C’est avec une écriture sèche, troublante, faite de peu de mots que Cédric Cham nous entraîne dans cet univers obscur où l’éclaircie est rarissime…. On veut espérer, croire en l’homme, penser que l’amour finira par gagner … C’est difficile …  mais lorsqu’on écoute la bande originale proposée par l’auteur, les notes de musique, les voix nous apaisent un peu…. Les choix musicaux qu’il fait sont superbes, ils magnifient son texte si on les écoute au bon moment et c’est une alchimie indicible qui nous fait pénétrer encore plus dans « l’intimité » de ceux qu’il évoque….

C’est toujours délicat d’écrire qu’on a aimé un recueil où la brutalité est présente. Cela ne veut pas dire qu’on cautionne ce qui se vit dans les chapitres. Cela signifie simplement que l’auteur a su nous surprendre, nous bousculer, nous intéresser parce qu’au-delà des exactions commises, la question est posée : comment peut-on en arriver là et pourquoi ? Cédric Cham, par petites touches, offre des possibilités d’analyse des esprits torturés qu’il présente. Il le fait avec intelligence, c’est intégré dans son texte, ce qui permet de garder dynamique et rythme. Et la principale interrogation n’est-elle pas celle-là : Où se situe la frontière entre le bien et le mal quand la vie vous a cabossé dès les premiers jours ?

"Lou après tout -Tome 1: Le grand effondrement" de Jérôme Leroy


Lou après tout
Tome 1 : Le grand effondrement
Auteur : Jérôme Leroy
Éditions : Syros (16 Mai 2019)
ISBN : 978-2748526349
384 pages

Quatrième de couverture

Lorsque la civilisation s'est effondrée, le monde allait mal depuis longtemps. Bouleversements climatiques, émeutes, épidémies inquiétantes et dictatures... c'était un monde en bout de course, où l'on faisait semblant de vivre normalement. Le Grand Effondrement était inévitable, mais nul n'aurait pu imaginer ce qui allait suivre. Quinze ans plus tard, Lou et Guillaume font partie des survivants

Mon avis

Au moment d’écrire une chronique sur cette lecture que j’ai dévorée, un mot me monte aux lèvres : MERCI.
Tout d’abord, merci à l’auteur qui, par l’intermédiaire de ce récit destiné aux plus de treize ans (donc à faire lire également à des adultes), tire une sonnette d’alarme sur ce que peut devenir notre monde si on ne réagit pas rapidement. Merci à lui d’avoir posé des mots sur les maux de notre société et merci à lui d’avoir osé décrire un avenir probable…
Et le second merci sera pour la vie. Par l’intermédiaire de ses deux personnages : Guillaume et Lou, qui refusent la fatalité, qui ne se résignent pas, Jérôme Leroy nous offre une ode à la vie et c’est tout simplement …beau…

Le 15 Juin 2040, il y a « la Grande Panne ». Le monde ne va déjà pas très bien. Les hommes ont depuis longtemps oublié l’essentiel : la planète ne leur appartient pas et « vivre ensemble » doit avoir du sens. On est loin de tout ça : la pollution est à son apogée, les enfants sont « pucés », la réalité augmentée donne l’illusion du bonheur, les tablettes isolent et entraînent de nouveaux handicaps etc. Et surtout les gens vivent surveillés, cadrés, stressés, ne se mélangeant pas car « l’étranger » n’est plus accueilli ni compris ou considéré comme un pair et puis ils n’ont pas le temps et pensent se suffire à eux-mêmes.… La dictature règne sur le pays. Quelques-uns, dont Guillaume et sa mère, essaient de résister, de lutter contre cette descente insidieuse vers la négation des valeurs humaines mais c’est de plus en plus difficile….

Suite à cette Grande Panne, le Grand Effondrement est arrivé et Guillaume âgé de dix-sept ans doit fuir… Il rencontre Lou, petite fille de cinq ans et ils partent ensemble sur les routes, se battant chaque jour pour survivre….Nous suivons leur chemin et nous découvrons également comment ils en sont arrivés là. La relation qu’ils construisent est admirable. Lou n’a connu que le chaos mais par l’intermédiaire du jeune homme, elle apprend à lire, écrire, et surtout :
« Mais grâce à toi, j’ai découvert la poésie, j’ai appris à apprécier la beauté du ciel. »
Il lui offre la joie des bonheurs simples de l’instant présent lorsque le soleil brille ou que la lune vous éclaire. Il n’oublie pas la rencontre avec la poésie, la musique… grâce à Apollinaire et Marvin Gaye qui chante « Les choses ne sont plus ce qu’elles étaient… » Il l’aide à se construire une belle personnalité et on sent que ce petit bout de femme a du caractère, qu’elle est pleine de ressources. On ne peut que s’attacher à elle.

L’écriture est exquise, fluide, douce, décrivant avec intelligence les événements douloureux, terrifiants ou ceux qui redonnent un peu d’espoir. Le style est vif, rythmé. J’ai été sous le charme pendant tout le temps passé avec ce recueil entre les mains.  Une remarque de l’auteur m’a particulièrement frappée. Guillaume, son personnage, explique que les photos ne sont plus tirées sur papier. A quoi bon, dans la mesure où avec les smartphones, les ordinateurs, on peut les consulter quand on veut…Oui, mais, si un jour, l’électricité n’existe plus ? Est-ce qu’on ne prendrait pas le risque que tous les souvenirs s’estompent puis disparaissent de nos mémoires ? …

J’ai pris un plaisir immense tout au long des presque quatre cents pages de cet opus et je n’ai qu’une hâte : lire la suite !

En conclusion, je partagerai une citation qui a une résonance particulière pour moi après la lecture de ce magnifique récit.
« N’oubliez pas que ce monde hideux ne se soutient encore que par la douce complicité, toujours combattue, toujours renaissante, des poètes et des enfants… » Bernanos